^.P^~o, /^y U^iCd^ /CtT^/-ù^ ANNALES DES SCIENCES NATURELLES QUATRIÈME SÉRIE ZOOLOGIE Pari?. — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon > 3. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA BOTANIQUE, L'ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE COMPARÉE DES PEUX RÈGNES ET L'HISTOIRE DES CORPS ORGANISÉS FOSSILES RÉDIGÉES PUmi LA ZOOLOGIF, P\]^ M. MILNE EDWARDS l'UlR LA UOTAIIQIIE PAR MM. AD. BRONGNIART ET J. DECAISNE OUATlilÈME Si: Kl F. ZOOLOGIE LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON PLACE DE l'ÉCOI.E-DE-MëDECINE 1855 ANNALES DKS SCIENCES NATURELLES PARTIE ZOOLOGIQUE MONOGRAPHIE DE LA FAMILLE DES BALISTIUES, Par H. HOLLAKU . l'iofcssctir ù la Fai'uUé lîes sciciRc* de l'ciliui*. SUITE El FIN (1). fienre Monacanthus. 2' sous-geure. — ■ Ai.utères (Aluterus , Cuv.). Caractères. — Ceux des Monacanllies, inoins la niodilicalion de l'écaillin-e pelvienne, et la pointe du même nom qui man(iuc com- plètement. Pour accorder à l'absence de la pointe pelvienne l'importance que nous lui conservons ici sans liésilation, nous devons nous sou- venir que ce caractère est le dernier terme d'une dégradation pro- gressive du membre pelvien et du bassin en particulier, qui con- corde, des Triacanthes aux Balistes, et de ceux-ci aux Monacanihes, avec la réduction de la dorsale épineuse. Cette considération domine toutes celles qui pourraient nous tenter de distribuer l'ensemble des Monacanthes autrement que ne l'ont l'ait nos devanciers , et d'accorder à la forme du corps , à celle de la tête , enfin au déve- loppement des nageoires médianes molles, une valeur prédomi- nante. Nous verrons ces derniers caractères faire quelquefois ime sorte de retour vers les types du sous-genre précédent , bien qu'ils concordent dans la très grande majorité des cas avec les niodifi- (I) Voyez 3' série, t. XX, p. 71; l" série, l. I. p, 41, et t. II, p. 321. 6 II. HOLL4RO. ^ cations du bassin et de l'épine dorsale, comme nous avons déjà pu le remarquer chez les derniers Monacanlhcs. Ce retour vers des formes et des dispositions supérieures au type morphologique do- miriant prouve seulement que le groupe des Alutères constitue par lui-même nne véritable série. Nous allons y retrouver, en el'l'ct, une succession de types mor- phologiques f[ui nous rappelleront plusieurs de ceux de la série pré- cédente, mais qui porteront plus g(''néralcment et plus loin ce faciès général de dégradation remar(|ué chez un très grand nondjre de Monacanllies, et qui se résume dans l'allongement général du corps, dans celui des nageoires médianes caudale cl anale, et dans la ])rédoniinance de la mâchoire inlerieure. A. Notre premier type est loin d'offrir ce faciès, et nous montre la série des Alutères débutant par des formes courtes et élevées, comme toutes les précédentes. (]e type n'est représenté dans la collection du Muséum que pai' une seule espèce nommée : 1. Aluterus trossulus, Richards. PI. 1, fig. 1. Caractères. — Formes 1res hautes et très ramassées ; dcvclo[»|)C- ment extraordinaire de la région abdominale. D. M. 25. An. 23. P. 10. Cet Alutère serait remarqué dans toute la famille des Bahstides par ses formes ramassées et la forte saillie de sa ligne ventrale. Son prolil facial est rapide, incliné à 40 degrés, court et marqué d'une légère dépression. La mâchoire inférieure est un peu plus avancée que la su[iéricure. La ligne dorsale est courte et montante. La région ventrale est non-seulement saillante , mais massive. La fente branchiale , courte et verticale , rappelle celle des Mona- canthes. Le rayon épineux (jui représente la dernière dorsale est court et fléchi. La dorsale molle et l'anale sont peu élevées dans toute leur longueur ; la première conserve sa supériorité de longueiu' sur la seconde. La caudale est courte et arrondie. L'écaillure se compose de petites squames plus ou moins régu- MONOGRAPHIE DES liXLlSTIDES. 7 lièrement circulaires, et surmontées chacune d'une spinule conique visible à l'œil nu. Quant au système de coloration , il consiste en un semis de taches foncées , entourées d'une auréole plus claire ; la caudale est tachetée de jioints noirs. La collection du Muséum possède trois exemplaires de cette espèce : ils proviennent des mers de l'Australie , et sont de petite taille. Le plus grand d'entre eux offre les dimensions suivantes : Longueur totale O^jOS.S Hauteur maximum 0",045 La région céphalo-branchiale atteint 0°,OI6, c'est-à-dire un peu plus du quart de la longueur. La nageoire caudale ne compte dans celle-ci que pour (i",01 3. L'Alutère ipie je viens de décrire d'après nos exemplaires me parait, malgré quelipies légères divergences dans la description, en ce qui concerni! le nombre des rayons de la dorsale et de l'anale et le système de coloration, identique avec celui que M Rirliardson nous a fait connaître le premier, si je ne me trompe , sous le nom spécifi(pie de Trossulus {Ereh. andTerr., p. 68, et[)l. /|0, fig, 5 et 6). .Je lui conserve ce nom en vertu du droit de priorité, et le substitue à l'épitlièle plus significative de venlricosus, que je lui avais donnée dans mes premières notes. B. Notre second type rapjielle le précédent , tout en s'en distin- guant d'une matière très nette par quelques caractères qui en font un terme de passage au troisième. Ici, avec des formes plus longues et moins ramassées que celles du premier type, la ligne abdomi- nale conserve une convexilé plus ou moins prononcée. La caudale s'allonge un peu, mais beaucoup moins (|ue dans le troisième type. L'anale est constamment plus longue que la dorsale; enfin la fente branchiale est allongée et très oblicpie. Telles sont les espèces sui- vantes : 2. Aluterus Holbroocki , Nob. Caractères. — Formes comprimées; alidonien tressaillant; caudale terminée |iar une ligne sinueuse. D. .M. 36. A. 39. P. 12. 8 H. UOLLARU. Cet Alutère a le profil l'acial incliné à ÛO degrés, un peu déprimé avant d'alleindro les mâchoires, dont l'inférieure dépasse beaucoup la supérieure. La région sus-oculaire est comprimée. La ligne dor- sale est horizontale ; l'abdominale descend rapidement, décrit une courbe saillanle, et remonte presque verticalement vers l'anus. La fente brancljiale est passablement grande et inclinée. L'épine de la première dorsale est sus-oculaire; brisée dans l'exemplaire que j'ai sous les yeux, elle serait assez courte, si j'en jugeais par le peu de longueur du sillon qui est destiné à la loger quand elle s'abaisse. La dorsale molle , dépassée par l'anale , tant en avant qu'en arrière, est, ainsi que cette dernière, peu élevée et arrondie. La caudale, mutilée sur notre exemplaire, serait d'une longueur médiocre, si l'on en juge par l'atténuation des rayons au point où ils sont brisés. Synonymie. — Cet Alutère se rapproche, par la courbure de la région abdominale, de l'espèce décrite par de Kay sous le nom de B. auraniiacus, espèce nommée par Mitchill, qui la fit connaître le premier [Tra7isact. ofliller. and philos. Society }. Dans l'un comme dans l'autre, le nombre des rayons de la dorsale molle est de 36, celui de l'anale de 39. Mais Vanrantiacus offre un profil plus ra- pide, des formes beaucoup plus hautes que notre A . d'Holbroock. Si ces différences n'ont pas été exagérées par le dessinateur de la Zoologie de Neic-York , je dois considérer cette espèce comme encore inédite, et, jus(|u'à preuve du contraire, je propose de lui donner le nom du naturaliste auquel nous devons l'exemplaire qui a servi à notre description. Dans ce cas aussi, Ui Batistes aurantia- ciis de IMitchill prendrait rang sous le nom A'Aluterus aurantiacus, en tête de la série qui nous occupe. Ce poisson a la caudale termi- née par une ligne sinueuse , d'après le dessin et la description de de Kay. 3. Aluterus cuLTniFRONS, Nob. (PI. 'I,fig. 2.) Caractères. — (À)i|is très comprimé; abaissement vertical des parties latérales du froni , riuncnant l'o-'il très au-dessous de la iMONOGRAPHIE DES BALISTIUES. 9 ligne médio-frontale , qui esl trancliantc. — Épine dorsale longue et grêle. DM. 37. A. âO. P. 12. Cet Alutère a une physionomie particulière, qu'il doit à l'extrême compression de son corps, et plus spécialement à celle de la partie supérieure de la tête, les frontaux et les j)ariclaux offrant une in- clinaison latérale des plus rapides, qui reporte les orbites plus bas que dans aucune autre espèce du genre. La ligne de prolil fronto- nasale se trouve par cela même très élevée au front, et mesure avec l'horizontale un angle de 60 degrés. Un peu avant d'atteindre le museau , cette ligne se creuse un peu ; la mâchoire inférieure s'avance plus que la supérieure. L'œil est très grand. La fente bran- chiale est assez oblique , et atteint le niveau de la limite inférieure de la pectorale. La dor.sale épineuse a son [iremier rayon de longueur plus qu'ordinaire, très grêle, un peu lléchi, très faiblement rugueux. La dorsale molle et l'anale sont d'une hauteur moyenne, arron- dies en avant, à déclinaison lente. La seconde dépasse la première par ses deux extrémités. La caudale est lancéolée, et forme le 1/6° de la longueur totale du corps. L'écaillure de ce poisson se compose de petits éléments irrégu- lièrement oblongs, plus élevés vers le milieu que sur les bords, et portant un certain nombre de petits tubercules épineux. Ceux des flancs et de la queue ont une épine centrale plus forte que les autres, fléchie en arrière. 11 résulte de ces particularités un revêtement cutané , qu'à l'œil nu on prendrait pour une peau de chagrin , en raison des tubercules centraux qui en relèvent chaque petit com- partiment squamoidc. La coloration se caractérise par des taches brunes arrondies, petites , et semées en grand nombre sur un fond plus ou moins nuage de fauve et de brun. C'est du moins tout ce qui subsiste chez les individus conservés dans la liqueur , et (jui présentent ce des.sin. Le Muséum possède plusieurs exemplaires de cette espèce; ils viennent des mers de New- York et de Baliia. Quelque différence 10 H. MOLLAUM. existe entre eux sous le rapport de la hauteur du iront au-dessus de l'œil. Chez l'un de nos cxeniphnrcs, cette hauteur est sensible- ment moindre que chez les autres, et la lisne de profil un peu plus creusée. Le plus grand offre les dimensions suivantes : Longueur totale 0"',40 Hauteur maximum 0",14 La caudale ajoute 0»,065 à la longueur. La région céplialique y entre pour O'°,10. Synonymie. — Je trouve des iinalogics de forme entre notre A. cuUrifrons et le Batistes monoceros de Block, pi. 147 ; seule- mentrépinedii dernier est dentelée comme celle des IMonacanthes. Comparez avec Alutarius macranlhus Blcecker , [il. IH, fig. 6 (Bijdrage tôt de Kenniss der Balistini, etc., in T'erhandl. van het Batav. Genootschap vanKunsten en TVatenschappoen.,185 2). à. Aluterus coNVExiFnoNS , Nob. Caractères. — Formes comprimées et subfranchanles sur les lignes médianes du corps; [irofil l'ronlnl décrivant une courbe uni- forme et prononcée du front au museau ; la ligne tpii lui corres- pond inférieurement égalemcnl arrondie. DM. AS. An. 47. P. 14. Ce poisson est remarquable enire tous les Alutères par la con- vexité uniforme de son [irufil, depuis l'épine dorsale jusqu'à la lèvre supérieure-, l'angle que ce prolil forme avec l'horizontale dépasse Z|5 degrés. Au delà de l'épine, la ligne du dos décrit en- core une courbe monlanto et uniforme jusf|u'à la dorsale molle. Quoique tranchant, le Iront s'incline vers les orbites d'une pente bien moins rapide (jue dans Y.,dl. cnllrifrons ; aussi l'œil descend- il moins bas que dans cette dernière espèce. La fente branchiale est très iiu'linée. L'épine dorsale est courte , gi èlc , couverte île simples aspéri- tés ; elle répond à la pai'tie moyoune de l'orbite. La dorsale molle et l'anale sont arrondies, peu élevées en avant, et décroissent lentement. La caudale est courte et arrondie, comme MONOGllAl'HIE DliS B VLISTIUKS. 11 dans les Monacanthes proprement flils. (]ette nageoire paraît être, il es! vrai, un peu mnlilée sur l'exemplaire qui sert à cette descrip- tion ; mais il est l'aeile de voir (pie sa longueur primitive dépassait peu sa dimension iietuelle. L'éeaillure se compose de très petits éléments, peu distincts à l'œil nu , iiérissés despinules, La coloration est d'un gris i>run uniforme sur les exemplaires conservés dans la Hipicur, qui l'ont partie de la collection du Muséum. Le plus grand de ces exemplaires oITrc les dimensions sui- vantes : Longueur jusqu'à la caudale. . 0"',236 Hauteur 0"',093 La région céplialique entre dans l,06S. La caudale, telle qu'elle est, y ajoute 0'",n2. Synonymie. — Je n'ai trouve ni description , ni ligure , qui se rapporte à celle que je donne ici de VAL convexifrons. 5. Aluterus anginosus (étiq. de la Coll.). Caractères. — Corps subcomprimé, àprofd facial moins rapide (|ue la ligne mentonnière, laquelle décrit une courbe saillante. DM. à9. An. 53. P. 14. Le corps est moins comprimé que dans les espèces précédentes. Le [)roliltacial ne s'élève qu'à 35 degrés. En rcvanclie, l'abaissement rapide et la courbure un peu brusque de la ligne ventrale derrière la bouche donnent à ce poisson, et constamment, une physionomie très parlicnlière. La lente branchiale est très inclinée. L'œd est de grandenr iiK'diocre. La mâchoire inl'ériein^e ne dépasse pas très sensiblement la supérieure. L'épine dorsale est cotirte i-l grêle. La dorsale molle et l'anale sont arrondies en avant, peu élevées, et à décroissance lente. La caudale est médiocrement longue et arrondie. L'éeaillure est [leu distincte à l'a'il nu ; sur les flancs, elle offre de très petites saillies tuberculeuses qui rendent sa surface ru- gueuse. 12 H. UOLLARU. A l'aide (le verres grossissants, on reconnail flans la composi- tion (le ce revêtement cutané de très petites squames surmontées de tubercules spinoïdes plus ou moins nombreux, et parmi les- quels on en distingue un plus ou moins central, plus fort que ceux qui l'entourent. La couleur, uniforme sur plusieurs exemplaires , semble offrir sur un jjetit nombre d'auti'es un système de taches noires très pe- tites et irrégulièrement semées. La collection possède plusieurs individus de cette espèce. Ils viennent tous de la mer des Indes et des régions voisines de l'Australie. Le plus grand est un exemplaire sec et monté; il offre les dimensions suivantes : Longueur jusqu'à la caudale. . . 0"',28 Hauteur 0">,1S La caudale ajoute 0'",06 à la longueur. La région céphalique y entre pour O^.OeS. Synonymie. — Je ne connais aucune description de V^él. angi- nosus antérieure à celle-ci ; je lui conserve ce nom, d'ailleurs très convenable, tel que je le trouve inscrit, j'ignore par qui, sur les étiquettes de la Collection. — Comp. avec VJlutère de Bérard, Lesson, Foyage de la Coquille ; avec le Hija barbuda de Parra, p. 48, pi. 22, 2; puis avec VAlularius amphacanthoïdes de Bleeckor (Bijdrage totde Kenniss der Balislini, etc., pi. Il, tig.5). Enfin au nombre des Alutèrcs rapportés par Siebold des mers du Japon, et décrits par MM. Temininek et Sehlegel, se trouve une espèce sous le nomd' Alutera cinerea, qui appartient par ses formes à notre second type, et se rapproche beaucoup deVAlulerus angi- nosus. C. Dans les espèces de notre troisième type, les formes s'allon- gent et s'abaissent très sensiblement ; la ligne abdominale est subhorizonlale, et la nageoire caudale acquiert des proportions très supérieures à celles que nous lui avons vues jusqu'ici. Enlnil'écail- lure, composée d'éléments microscopiques, est lisse au toucher , tant les spinules qui la surmontent sont courtes et grêles. Du reste, la MONOGHAPllIF, DES BMISTIUF.S. 13 leiiti! branchiale coiiliinic à offrir nno dirLH'lion 1res oblique; la iviàciioiro inférieun; conserve sa saillie au-devant de la supérieure, et la dorsale molle est encore ici constamment plus courte que l'anale. Si ce type n'offrait pas, par sa première espèce, une sorte de retour vers les aïonacanthcs , nous pourrions le rattacher au précédent, et ne voir en lui que la dernière dégradation des formes et des autres caractères de celui-ci. Je compte dans cette troisième .série les quatre espèces suivantes : 6. Aluterus Heudelotii. Caractères. — Formes longues et comprimées ; le grand rayon de la dorsale épineuse armé de pointes en avant et en arrière. DM. 37. An. il. P. 13. Le profil, incliné à 40 degrés, est droit jus(iu'auprès du museau, (jui est un peu projeté et offre peu de iiauteur; connnc à l'ordi- naire, la mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure. L'œil se trouve ramené parla compression latérale du front à quel- que distance au-dessous de la ligne médiane. La ligne dorsale est horizontale et un peu concave; la ligne abdominale, sans offrir un abaissement très rapide d'avant en arrière, décrit néanmoins encore une courbe assez prononcée, et remonte sensiblement {)our gagner l'anus. L'épine de la première dorsale s'écarte dans cette espèce, par sa force et les pointes dont elle est armée , du caractère qu'elle offre généralement chez les Alutères. Elle est placée au- des.sus de l'œil. La dorsale molle et l'anale sont de hauteur médiocre, arrondies ; la seconde dépasse la première, tant en arrière qu'en avant. La caudale est longue et arrondie. Quant à l'écaillure, on n'en distingue déjà plus les éléments à l'œil nu; elle est assez unie au toucher, et néanmoins, à l'aide du microscope, on la trouve comjiosée de squamules qui portent chacune un petit nombre de pointes coniques et dressées ; mais ces squamules n'ayant en moyenne que i/k de millimètre de diamètre; leurs pointes, plus courtes encore, offrent bien peu de saillie et de r('sislance. ili II. iioiXAitn. La couleur de l'exemplaire que j'iii sous les yeux est une teinle brune uniforme. Le Muséum ne possède qu'un seul exemplaire de cette espèce. Ses dimensions senties suivantes : Longueur totale 0"',13 Hauteur maximum 0"',033 La région céphalique mesure . . (I"',030 La nageoire caudale .... 0"',033 ou le 1/4 de la longueur. Synonymie. — Cet exemplaire a été apporté des eaux du Sénégal par 51. Heudelot; il est juste (jue l'espèce qu'il représente porte le nom du voyageur auqtiel nous la devons, aussi longtemps du moins que nous n'aurons pas découvert qu'elle ait été nommée et dé- crite avant notre travail actuel. Le B. Kleinii, Lin., Gm., n° 16, p. 1472, caractérisé d'après Klein, Miss. Pisc, III, p. 25, n'S, a quelque ressemblance déforme avec notre Al. d'Heudelot; mais il porterait des barbillons qui manquent à celui-ci. Il se rapporte plu- tôt à la caractéristi(|uc de Gronovius, Zooph., n° 193. 7. AUITERUS VENOSUS, Nob. Caractères. — Formes longues et basses. — La tète et le corps sillonnés de traits longitudinaux plus pâles que le fond de la cou- leur générale, et anastomosés sur les joues. DM. 47. A. â9. P. là. Cet Alutère a les formes, le prolîl, tous les caractères typiques du suivant. Le profil, convexe au front, incliné à 30 degrés, se creuse avant d'atteindre les mâchoires , ce qui donne une saillie assez notable au museau. La ligne du dos est horizontale jusqu'à la dorsale molle; celle de la gorge et du ventre forme une courbe à grand rayon, qui, ne dépassant pas le niveau de l'anus, n'a pas à remonter pour atteindre celui-ci. L'épine de la première dorsale est sus-oculaire , grêle , d'une longueur très médiocre, et couverte de fines aspérités. La dorsale molle et l'anale sont longues et basses , à peu près égales sur lnutc leur ('•IimkImc; la |iremière est dépassée en arrière MONOGRAPHIE [lËS IIALISTIDES. 19 par la seoonde. La caudale, i)roportioiinellement moins lonoiuM|uc dans Y Al. lœvis, a la forme d'un fer de lance. L'écalUure, lisse au louclier, se cimipose de très petites lames ovalaires portant chacune quelques petites épines droites et grêle s 'le plus ordinairement trois sur la rcfjion caudale). La couleur, plus ou moins l'auvc sur l'exemplaire conservé dans la liqueur, est interrompue par des traits clairs, qui, nombreux et anastomosés sur les joues, s'écartent davantage, et se convertissent même en taches sur le tronc. Je décris et caractérise cette espèce d'après un seul individu, rapporté de la Nouvelle-Irlande (Australie) par MM. Lesson et Garnot, et dont les dimensions sont les suivantes : Long:ueiir totale 0",16 Hauteur 0",0i La caudale entre pour O-.Oi dans la longueur. La région cé[ihalique pour un autre quart. Jusqu'ici je ne trouve ni description, ni figure, qui se rapportent complètement à l'Alutère que je viens de décrire; son système de coloration, uniquement formé de bandes claires, sans taches noires, ne permet guère de le réunir à VAL lœvis, dont la caudale est d'ailleurs proportionnellement beaucoup plus grande. Je serais plus près de considérer cet Alutère comme identique avec celui que M. Cantor a admis sous le nom d'Alutarius obliteralus [Catal. of Malayan (ishes< ; mais celle identité ne m'est cependant pas démontrée. 8. Aluterus LjEvis, B1. Caractères. — Région céphalique et caudale très longues. — Un très grand nombre de taches noires, rondes, semées sans ordre sur tout le corps, et mêlées à des traits longitudinaux. DM. 45. An. 49. P. 15. Cette espèce, aux formes longues, basses, médiocrement com- primées, nous offre une ligne de profil convexe au front, dépnmée au delà, et un museau étroit et saillant, avec la lèvre inférieure 1() H. IIOIXARII. hoaiicoiip plus avancée que la supérieure. L'angle facial ne s'élève pas au-dessus de 30 degrés. LVeil est à quelque distance au-des- sous de la ligne niédio-l'rontale, ce qui indique un certain degré de compression de la tête et d'inclinaison latérale de l'espace sus- orbitaire. La fente branchiale est un peu en croissant , et médio- crement couchée. L'épine dorsale, placée assez exactement au-dessus de l'œil, est grêle, à peu près droite, faiblement rugueuse ; sa longueur dépasse un peu le quart de la hauteur du corps. La dorsale molle et l'anale, atteignant la même hauteur que l'épiu'^, sont arrondies en avant, et s'abaissent très notablement dans leur moitié postérieure. La caudale est à la fois très longue et arrondie à son extrémité. L'écaillure, très lisse au toucher, et peu distincte à l'reil nu, se présente sous le microscope conmie composée de petits éléments irrégulièrement découpés en losange, et couverts chacun d'un cer- tain nombre de spinules coniques et plus ou moins mousses, assez courtes d'ailleurs. Quant au système de coloration, il consiste en un semis irrégu- lier de taches noires, rondes, lenticulaires, plus nombreuses sur la face que sur le corps, et auxquelles s'associent des bandes étroites dirigées d'avant en arrière, plus continues sur la face, plus inter- rompues sur les côtés du corps. Ces bandes s'effacent plus ou moins complètement après la mort, et les taches persistent davantage. Cet Alutère atteint une grande taille. Parmi les nombreux exem- plaires qu'en possède le Muséum, tant à l'état sec que dans la li- <|ueur, j'en mesure un des plus grands, qui m'offre les dimensions suivantes : Longueur totale 0",^ Hauteur 0°>,13 La caudale entre pour le tiers, ou mieux pour 0'",1 5 dans la longueur, et la ri^gion céptialique pour 0'",12. Parmi ces divers individus, les uns appartiennent à l'Atlantique, les autres à l'Océanie, ce ffui prouve que l'espèce habite une région maritime très étendue en longitude ; quant à la latitude , ce poisson nous vient à la IbisdeBahia el de la Caroline du Sud. MONOGRAPHIE DES BALISTIDES. 17 Synonymie. — 11 est liors de toute espèce de doute que l'Aliilère qiieje viens de décrire est le Balistes lœvis de Block 'pi. hih >. ^l;il- gré quelques ditlérences dans la distribution des bandes l)leues lon- gitudinales, je ne saurais le séparer de l'espèce figurée et décrite par ("atesby, pi. et p. 19. C'est un des Balistides monacanllies qu'on a confondus (pielquelois sous l'épitliète commune de motio- ceros. Scbneider i p. 462 et sniv.) cite le B. lœvis comme variété de son monoceros. C'est une erreur manifeste, puisqu'il renvoie pour ce dernier à Bi. Ii7, qui est analogue, sinon identique, à notre cuUrifrons. 9. AXUTERUS BARBATUS. Caractères. — Forme rubanée; caudale longue et pointue. — Un barbillon à la symphyse du menton. DM. 50. A. 60. P. 8. (PI. I.fig. 4.) Le corps de cet Alulère est remanjuahle par l'extrêiue dispro- portion de sa longueur et de sa hauteur, et par l'horizontalité des lignes qui s'étendent du nuiseau à la queue, soit en haut, soit en bas : ainsi le profil facial ne forme pas le plus petit angle avec l'hori- zontale, et la ligne ventrale décrit à peine une légère courbe à l'en- droit où la masse des viscères pèse sur elle. La mâchoire inférieure, plus avancée que la supérieure, remonte un peu la fente de la bouche et la rend très oblique. Sous le menton pend un petit appendice plat , large à son origine, très atténué à son extrémité j véritable barbillon cutané. La fente hianehiale est courte, mais très inclinée. La dorsale épineu.seesl réduite à un rayon court et filiforme. La dorsale molle et l'anale sont bas.ses et longues ; la seconde dépasse la première, tant en arrière qu'en avant. La caudale est remarquablement longue, et les rayons médians, beaucoup plus longs que les extrêmes, lui donnent une forme de fer de lance très [irononcée, quainl on lui rend toute son extension transversale. L'écaillure se compose de scpianndes discoïdes , visibles seule- i' série. Zool. T. IV. (Caliier n» 1 .) 2 2 18 II. iioiXAitn. ment A l'aide il'iinn 1i)ii|m', l'i cimvefles cliacuue de plusieurs petiles épines. La coloration se montre unil'orniénient brune dans les exem- plaires que j'ai sous les yeux. Ces exemplaires sont au nombre de quatre, et proviennent de la mer des Indes; ils sont à peu près de même taille. En mesurant un des mieux conservés, je trouve les dimensions suivantes : Longueur, jusqu'à la naissance de la caudale. 0"',1 40 Hauteur 0"',015 La région cépliatique enlre dans la longueur pour 3 centimètres. La caudale y ajoute 7 centimètres et la porte à 2i centimètres. Synonymie. — Cette espèce a été décrite et figurée par Gray sous le nom (ÏJnacanthiis barbalus , et par JI. Canlor sous celui iVAlutarius barbalus : Cal. of Mal. fishes, Joimi. de ta Soc. asiat. du Bengale, t. XMU, ami. 1849, oct., |i. 1339, et |)l. 8, lig. 1). Je lui conserve donc l'épithètc s]iécili(pie doiiniV par cet auteiu" et par M. Swainson , qui l'ait de cet Alutère son Pselocephalus bar- balus, 11,327. M. Bleecker a aussi créé pour cette espèce un genre sous le nom de Pogonognallius. D. Nous devons séparer des autres Alulères, conune type très distinct , une espèce fort singulière qui , par ses formes et la posi- tion exceptionnelle de son rayon épineux, s'éloigne aussi bien des autres Alutères que des Monacanihcs (mi général. Si nous nous rap- pelons qu'en marchant des Tiiacanllies atix Monacanthes nous avons vu la dorsale épineuse, d'abord très en arrièi'cde la région oculaire, se rapprocher de [ilus eu plus de cell(>-ci, et venir enliu se placer , réduite à nu seul rayon visible , au-dessus de l'œil ; si nous songeons aux modiiications suliics par la pièce de sujiporf , non-seulement à mesure (pie le nombre des rayons de cette na- geoire diminuait, mais encon^ à mesure que cette même pièce pre- nait une position plus antérieure , et se rattaebait de plus près au crâne, nous reconnailrons dans le nouveau déplacement que subit ici le rayon des ilonacanlhes, dans sou isolement absolu , et dans lofait qu'avec ce déplacement disparait tonte trace de support, le MONdCIi Vl'IIII-. IIKS IllIJSTinES. iO caraclère J'uu qiialriènic el dernier leriiie de la dégrndalion sériale qui acheiDine la première nageoire dorsale des Balistides vers sa disparition. 10. Alutekhs RHINOCEROS, Cuv., Coll. du Mus., seu Nasicornis , Tem. et Schlg. Caractères. — Le j^raiid rayon de la dorsale épineuse situé au devani de l'o'il, sur la région nasale. DM. liO. A. 38. P. 11. Le corps de cet Alutère est fusiforiue, médiocrement comprimé, quatre fois aussi long que haut. La ligne du profil facial est très abaissée, el fait partie d'une courbe unifuruie à grand rayon, qui se continue ih la bouelie à la ipieue; une courbe analogue forme la limite iul't'-iicure nu vcnirale. L'o'il est |iresque à lleur de tète. La fente brancliiale, courte et verticale, se trouve placée tout entière au-devant de la nageoire pectorale, et dépasse même un peu celle-ci inférieurement. Les deux uiàclioires sont avancées au même degré Le grand rayon de la dorsale épineuse est long , droit , grêle , faiblement Iiérissé , et seulement, en avant de petites dents nom- breuses dirigées de bas en liaut. Le caractère le plus remanjuable de ce rayon est sa situation à égale distance de l'oMl et de la boucbe. La dorsale molle et l'anale sont très basses ; il est difficile déjuger de leur forme sur le très petit individu que possède le Muséum : c'est à grand'pciric (|ue j'ai jiu compter les rayons de ces nageoires, et je ne puis répoudr(M|uc les nombres (|ue j'en donne soient d'une exaclilude rigoureu.se. Kn tout cas Terreur ne pourrait être que d'un iMi deux rayons, si cireur il y a, et l'anale est , tout compte à part, plus courte que la dorsale, connue dans les Monacantlies. La caudale est courte et arrondie. L'écaillure se compose de très petites squamules portant cha- cune une épine coniijue, infléchie, visible à l'œil nu. Less])inules devieiment sensiblement plus grosses sur la région pelvienne, sans former toutefois une armure comparable à celle des scutelles pel- viennes des Munacautlies, lesquelles manquent complètement ici. ^0 H. UOLI.AR». La (Miloration scmlile imiruiiiif, bronzée, avccl;! dilTérenn; de teintes qui distinguenl le do.s du veiilre. L'Aluterus rhinocéros est reiJieseiité dans la colleclion du .Alu- séiim par un seul exemplaire que M. Dussumier a ra|iporli'' de la mei- des Indes. Ses dimensions sont les suivantes : Longueur, jusqu'à la naissance rie la caudale. 0"',0 1 Hauteur abdominale 0"',01 La région céphalique entre dans la longueur pour 0"',013. La nageoire caudale mesure G millimètres. Synonymie.— ic Irouve eetle espèee, mentionnée et fisuréepar MM. Temmincket Selilegel, parmi les poissons rapportés parSié- bold ; ils lui donnent le nom à'Alutera nasicornis , qui est l'équi- valent de celui qu'avait proposé Cuvier. Espèce inrertœ sedis. Eniin je placerai ici , non comme le dernier des Alulères , mais parce que je ne suis pas certain qu'il appartienne à ce sous-genre plutôt qu'au précédent, un poisson de la mer des Indes dont la col- leclion du Muséum ne possède cpi'un exemplaire mutilé à la ré- gion abdominale. Par ses formes, son écaillure , sa ligne latérale, cette espèce s'écaric de tous les Alutères que nous avons décrils, et laisse soupçonner que la mulilation a enlevé à noire exemplaire la pointe pelvienne des vrais Monacanthes. D'un autre côté, je re- trouve ce même poisson sous le nom d'AlutariusPrionurus, parmi ceux de M. Bleecker, et le dessin qui en illustre la description ne porte point de saillie pelvienne. Si ce détail n'a pas échappé à l'ha- bile observateur que je viens de citer, en raison d'un très faible développement , supposition qu'autorise l'exemple de véritables Jlonacanthes , tels que le Spilomelanurus et le maculosus , qui n'ont qu'une écaille pelvienne effacée, VAlutarius Prionurus de M. Bleecker deviendrait le type d'une section qui devrait prendre place en tête du sous-genre. Mais j'avoue que je suis plus près de le regarder comme un Monacanthe que comme un Alulère. Voici, du reste, la description à l'appui du dessin que j'en ai donné parmi ceux des Monacanthes (I. U, pi. U, fig. 10). MONOGRAPHIE DES BALISTIDES. '21 11. Altjtercs seu Monacanthus Prionurus. Caractères. — Quatre épines eautlales, longues et couchées au milieu de spinules plus déliées. — Ligne latérale très évidente, des bandes verticales brunes descendant du dos , et séparées par des mouchetures. DM. 28. A. 2li. P. 10. Les l'ormes de ce poisson sont uiédiocrenicnt élevées et assez é'paisses. Son profil est droit, incliné à 30 degrés, mais relevé au- dessus de l'œil. La ligne dorsale est courte , et dirigée liorizontale- nient jusipi'à la dorsale molle. La l'ente branchiale est remarqua- blcuient courte. Le rayon dorsal , lléclii à .sa base cl court, se redresse peu, re- tenu qu'il est par la nienibranc ipii s'attaclic à .son bord posté- rieur. La dorsale molle et l'anale sont arrondies et assez élevées. L'écaillure oiTrc un peu de rudesse ; les s([uamules |Miileiil cha- cune une pointe conique assez forte. On voit à l'extrémité de la queue quatre fortes épines entourées de spinules plus déliées. La ligne latérale est ici très apparente. Le système de coloration présente de larges bandes jjrunes qui descendent de la ligne médio-dorsale en ne laissant entre elles que des intervalles très étroits , et qui se terminent sur les lianes. La première embrasse l'o/il, et le dépasse à peine ; la troisième et der- nière, jilacéc à la tin de la dorsale molle, a peu d'étendue verticale. Entre ces bandes, et même sur elles, on remarque de nombreuses mouchetures brunes. L'individu uni(iue de cette espèce que [)0.ssède le .Muséum vient de la Nouvelle-Guinée. Voici ses dimensions : Longueur lolale Oi'jOGO Hauteur 0",022 La caudale entre dans la longueur pour. 0'",01 5 La région céphalique pour O^.OSO Sijnnii'/mie. — L'i.'liqnctlc ilu biirnl qui ri-iifernie er poisson SS H. HOLLARD. porte le nom spëcitique de CryptacantJvus, ikhm i|iic (liivier a donné à nn Ahitère qu'il se borne à citer en noie ! Règne animal, II , p. 374), en renvoyant à Renard, II, pi. xtni, li^. 28i. En adoptant le nom de M. Blcecker, nons ne faisons qne rendre justice au pre- mier auteur, qui ait , si nous ne nous trompons, à la fois déerit , figuré et nommé celle jolie espèce ''11. M. Ricliardson décrit sous le nom (YAleuterius Brownii une espèce dont les formes r:i|ipi'llent aussi , comme celles de la |iré- cédente, les Monacanlhes philôt ipie les Alutères proprement dits. Ce poisson porte aussi quatre épines caudales sur deux rangs. Ses nageoires médianes offrent : la dorsale molle 3.3, l'anale 30 rayons , rapport (jui est encore celui des iMonacanIhes ; mais ces chiffres, fort supérieurs à ceux du Prionurus , et le système de co- loration consistant en nn semis de taches bleues sur fond vert, avec des traits bleus autour de la bouche , et une tache orange sur la place occupée par les épines caudales , ne permeltent aucun soupçon d'identité entre ces deux poissons, évidemment différents d'espèce, sinon de type. M.Riehardson ({cent V y4 leuterius Brownii d'après un beau dessin de M. Ferdinand Bauer, exécuté pendant le voyage du capitaine Flinder, et appartenant à .^I. Brown (Ereb. and Terr., Fish., p. 68 . Enlin le même ichthyologiste nous fait encore connaître, d'après un dessin du même auteur cl de la même collection , un singulier Plectognalhe qui réunit au sysième de nageoires des Alutères les dents des Diodons et le développement abdominal des Tétraodons. Ce serait un terme de passage entre les Sclérodermes et les Gymno- dontes, mais qui réclame une vérification attentive (Ereb. and Ter. , Fw/i., p. 68,1. (I ) Depuis que cet article est sous presse, le Muséum a acquis deux nouveaux exemplaires de VAlulerus Prionurus; ils sont parfaitement conservés, ce qui m'a permis de reconnaître que la pointe pelvienne manque complètement, et que ce poisson est un véritable Alutère représentant d'un type qui doit prendre place en tête de son genre. Les épines caudales se redressent, et ramènent leur pointe en avant. Les joues sont couverles de taches claires circonscrites de brun et for- mant une sorte de mosaïque. Cello-ci se répète derrière la pectorale, mais avec des taches plus petites, et qui, plus on arrière, s'écartent les unes des autres. MONOr.KAPHIK UES II.VLiSI IDES. 23 ADDITIONS ET CORRECTIONS A l'ensemble DE LA MONOGRAPHIE DES BALISTIDES. 1. Genre Triacaxthus. M.M. Temmincket Sclili^f^ol décrivonl ot figuroiil dans h Faune japonaise l\o\i\iie de Sicbold) un Balistide qu'ils rapportent au genre Triacanthus, en le désignant par l'épidiète d'anomalus: il s éloigne, en effet, des autres Triacanthes par des caractères dignes de toute notre attention. Le Triacanthus anomalu s olTrc six rayons à la dorsale épineuse , deux rayons accessoires derrière la gro.sse épine de la ventrale, iuk- caudale arrondie , enfin des dents encore plus nombreuses (|uc celles des espèces ordinaires. La ligne latérale manque. Les formes sont élevées, l'tcil très raiiproché du museau. Ce poisson renrésenic évidemment , non point une ano- malie, mais un type, un sons-genre, si Ton veut, distinct de celui des Triacanthes proprement dits , supérieur à ce dernier, et. qui , se plaçant à la lèle de la série des Balislidcs, confirme la coordi- nation que nous avons fondée sur le nombre des rayons de la dor- .sale é'|)ineuse, sur le degré de développement du membre abdomi- nal , et enfin, jiour ce qui concerne la famille entière, en présence des autres Plectognatlies , sur le degré de rcsseniblancc avec les poissons ordinaires. .M. Blcecker ( /oc. cil. ) compte dans la mer des Indes quatre Triacanllies , qu'il désigne sous les noms de T. Russelii, Rhodo- pleriis , ^ ieiiliofi et oj-yceplmlus. Bien que les caractéristiques de ces espèces laissent (piel(|ue chose à désirer sous le rapport de la précision, nous jioiivoiis, tiiàci' aux figures qui accompagnent le texte , recomiailie notre T. hreviroslris dans le Rhodoplerus do .M. Bleecker , et dans .-;oii Russelii. L'espèce dédiée à la mémoire de Nieuliof, (il. i\, tig. '.), ne diffère du ftreu/ro^/r/s que par la lon- gueur de la partie étroite de la queue. Enfin Voxycephalus res- semble beaucoii|i à mon anyiislifroiis , nommé dès l'année 1851. .M. Cantor a publié , .sous le nom de Triacanthus slrilifjer, une es|ièce qui, (tai' la description comme par la figure, se rapporte a.s.sez bien À ui)ii\' lomjirosfris . cl piésciile, comme celui-ci, un 2k u. uoLi.Aun. doiixièmo rayon opiiicux dorsiil, qui dépasse debeaucouj) la lon- gueur des suivants. Le striliger a le eorps («uvert de taches oran- gées. Ses squames sont surmontées de plusieurs crêtes découpées en épines. D. 22, A. i6(Catal. of Malayan fishes). '2. Genre Iîalistes. .M. le docteur Kaup , (pii pn'parc en ce moment le catalogue des Balistides du Musée britannique , cl qui s'est livré pom- cela à une étude comparative très complète des écliantiUons de plusieurs grandes collections étrangères , et de la nôtre en ce qui concerne les Solistes proprement dits , publie un extrait de son travail dans les Archives de Troschel {nlim Wiegmann et Ericlison), et veut bien me donner communication de l'ensemble de sa distribu- tion et de ses études synonymiques, avec l'autorisation d'en faire mon profit. Je commencerai par remercier publi(]uement le savant directeur du musée de Darmstadt d'unelibéralité dont je sens tout le prix, et dont je crois par cela mcin(> devoir user avec toute discrétion . M. Kaup fait des Balistes une sous-famille sous le nom de Ba- iislinœ, et divise celle-ci en six genres , qui , à l'exception d'un seul, avaient été proposés par d'autres zoologistes. Ce sont : 1° le genrePïRODON, établi par Rup[iel [lOinlcZ?. niger, sur le caractère particulier des premières dents latérales supérieures (ancienne- ment Xekodon Rupp., et Zenouon Swains.j. 2° Le genre ^Ielich- THVs de Swains. , pour le B. ringens et le B. vidua. 3° Le genre Xanthichthys Kaup, qui réunit les espèces de Balistes privées de plaques scapulaires, dont j'ai fait le deuxième type de ma première section, représentée par le B. caloiepis. !i° Le genre CA^rnlDERMls de Swainson, propose pour les espèces du premier type de cette même section, telles que le B. maculatus. 5° Le genre Balistes, réduit aux espèces à plaques scapulaires qui ont nue fosse préocu- laire. 6° Enlln le genre Balistapls , caractérisé non plus par la prétendue absence de la saillie iiclvienne, comme lors de sa création par Tilesius, mais par l'absence de la ioss(^ prcoeulairc. La multiplication de ces cou|ies génériques cl leur coordination, (pii sépare les Balistes à pla(|ues scapulaires par des es|ièccs qui maiK[uent de ce caractère important , sont les traits les plus sail- MONOGRAPHIE DES lULISTIDES. 25 lants de ce travail en ce qui touche la classification. Quant aux espèces elles-mêmes, .AF. Kanp n'en compte ipie vinj^it et une dans l'ensemble des grandes collcclions qu'il a étudiées. 11 réunit sous le nom commun de Curassavicus , déjà inscrit dans Lin., Gm., d'après Gronov., les quatre Balisles très distincts , selon moi , ([ue j'ai nommés gutlurosus , calolepis , lineo punclatus et elongatus. Ces espèces, représentées dans nos collcclions par des exeni[ilaires à peu près de même taille, diffèrent trop, sous le triple rapport des formes p'énérales , des nageoires médianes et de l'écaillure , pour ipi'il soil [iossil)lede n'y voir que de simples variétés. Je n'ai qu'une rectificalion à faire en ce i|ui concerne ce petit groupe : dans la synonymie du B. calolepis, j'assimile ce Poisson à celui ipieParra décrit cl ligure sous le nom âc Cucujo. .M. le docteur Helotli, de Milan, a bien \(inln inc faire remarquer que h^ (liieujo ressemblait plutôtàime autre es|iècequece savant avait désignée suus le nom de B. deParra dansla collection milanaise, et dans laquellenoiis recon- naissons maintenant l'un et l'autre mon B. lineo punctalus . C'est très probablement pour elle qu'a été propos('' le nom de Curassa- vicus, conservé par M . Rupjiel dans la collection de Francfort , à ce que m'apprend .M. Bclotli. Ce [loisson appartiendrait ainsi, comme tant d'autres, aux deux grands Océans. — M. Kaup réunit encore, sous le nom de B. maculatus, les espèces (pie, d'après mespi'opres observations et celles de plusieurs iclilhyologistes de diverses époques, j'ai séparées en conservant :'i l'une le nom qu'on vient de lire, et en donnant aux autres ceux de brevissitmts, augulosus (Q. et G., éti(i. du Mus., senticn.sus Richards., Smar., etc.) et lon- gissimus. Selon M. Kauii. le hrevissimus et l'aj/giM/osjw seraient le jeune àgc , le longissimusVÎ\g{' adulte du maculatus. Il m'est bien difficile de considérer comme de simples dilïérences d'âge les caractères si prononcés d'écaillure, de forme générale et de forme des nageoires médianes, sans compter ceux du système de colo- ration qui séparent ces espèces, et cela d'autant plus que la collec- tion du Muséum offre des exemplaires du B. maciilahis de [}lu- sieiirs granilcurs , par con.s(''quent de plusieurs âges , et offrant né;innioius le ni("'me ensemble de caractères, .le luc suis assuri' par plusieurs autres espèces que l'àgc modifie très [leu les proportions XO H. IIOLL4RD. relatives de la hauteur et de la longueur, et aucuue analogie ne me permet d'assimiler les B. longissirmts, maciilatus el brevissimus. M. Kuu|) assimile, avec ]}lus de vraisemiilance, mon B. reticulatiis au B. viridescens, dont il ne diffère guère que par un système de coloralion assez difficile à délurminer dans lous les exemplaires. Son B. forcipalus n'est pas celui de Willugby, mais le B. étoile de Lacépède, qui offre, avec la caudale fourchue, une dorsale molle partout d'égale hauleur, un système d'(''caillure et un dessin très différenls de ceux du type du forcijMtus. Serail-ce le B. puiictatus qui correspondrait à ce dernier, tel que nous l'avons accepté de nos prédécesseurs ? Genre Monacanthus. Parmi les Jlonacanthes nettement caractérisés , «pie la collection du Muséum ne possède pas encore, se trouve le M. hystrix. Lin., ligure dans l'Encyclopédie méthodique, el par !M. Gray, d'après un exemplaire du .Musée brilanni(pic ^ dans les Illtistr. of Ind. zooL, pi. 1 , lig. 2. Ce poisson appartient aux premiers types de sa série générique; il est très élevé à la région peclorale, avec le profd un peu creusé, el la (pieue garnie d'un faisceau de gros pi(|uants. M. setifer, Benjn. -- M. auriga de Low, Poissons de Madère, in Ami. of nal. history, I. \ , 1852 ; — M. gallinula ? Val. , Foy. aux (an. de Webb et Berthelot. Ce dernier manque tle lilels, mais nous avons vu que cette absence pourrait bien n'être qu'une différence sexuelle. M. hippocrepis. Au même type, sinon à la même espèce, appar- licnt le M variabilis de Richardson {Ereb. and Terror , pi. 53, lig. 1 à 2, p. 67 j, désigné dans le texte comme une Alulère, par une erreur corrigée dans la lablc métliodic[ue. Ce poisson est très commun dans les eaux jirofondes de la baie du roi Georges, et très estimé des indigènes. Sa belle teinle pourpre, qui fait le fond de sa couleur, jaunit sous l'influence des parasiles isopodes qui l'exploi- lent connue tous ses congénères (NeiH's, Icon. 31 , in Mus. Br.). il/, chinensis. Sont au moins du même lype : Le M. cantoris de BlUr. ( Bijilrage lot de Kcnniss der Balis- liiii, etc. i et le M. hajain du même [ib.). M. sulcalv^. A ce type parait appartenir le M. oblongus (\v MONOGKAI'HIF, DES BALISTIDKS. 27 MM. Temminck etSchlegel(voy. de Siebold, p. 291, CXXX, 1. 2), qui offre, avec les mêmes formes jjéiiéiales, la même pointe jiel- vienne allongée, ieséeailles imispiiiulées,la dorsale molle el l'anale liaule, en avani, nn ou deux rayons [iiolongés à l'anale. = M. nemuriis, Blkr., hc. cit.. pi. 2, f. 3, p. 20; et du même auteur, M. choiroceplialus, |il. 2, f. 4, qui, s'il n'est jias identique, appartient aussi à ee type. Qu'est-ee (pie le M. viltatus, Hicliards. ?Ereb. andTerr. , p. 66, donné daiirês Sohmdei' ' niannser. , avee indication de NeiH's Ico- nogr., i8 , Mus. Br. La deseription est in.sulïisanle poiu' étaldir les affinités de cette espèce. EXPLIC.\TIOiN DE LA PLANCHE 1. Fig. 1. 1" type: Alulerua Trossnhis de Richards. Fig. 2. 2' type : Aluterus cullrifrons , \ob. Fig. 3. 3' Ivpe : Muterui cenosus, Nob. Fig. i. 4* tvpe : Aluterus barbalus, seu Anacanthtif barbatus de Gray, Pogoiio- gnathu.1, de Bleecker. Fig. 5. Type hors ligne : Aluterus nasicornis, Val 7 seu /i/iiiioceros él. du Mus. MEMOIRE snR L AS.SI.MILAÏION 1) L SLCRK, Par Georges D. GIBB, Docteur en médecine , Médecin du West London Dispensaiy. 11 y a dix années, je découvris la présence du sucre eliez nn individu atteint de maladie de Briglil, et ne présentant pas d'autres symptômes de dialiète. Donnant à ee cas toute mon attention, j'c.xa- miiiai les différents liipiidfs du corps sous leurs divers étals patho- logiques. Dans ipiel(pu-s-niis, le li(juide de l'aseite, ]iar exemple, je trouvai du suimc ; dans d'autres, au contraire, il n'y en avait pas. J'arrivai iitMonioins à cette conclusion intéressante, (|ue l'élément du sucre, comme Ta avancé le docteur Prout, joue dans l'assimila- tion générale un rôle plus important qu'on ne le croyait ordinaire- ment ; mais je ne dus rien ajouter de plus à ce sujet. Quelques aimées plus tard, en France, mon ami .M. Cl. Bernard découvrit ce fait important ([ue le foie est le .siège de la fabrication 28 ». r;iBB. — i\iÉMOiKE du sucre, et l'origine du principe de cet élément dans les autres parties du corps. Cette découverte était très précieuse , siu'tout appliquée à la physiologie et à la pathologie non-seulement du foie, mais encore des autres organes, surtout pour ce qui regarde l'assi- milation en général. Elle devenait nécessaire à l'explication de plu- sieurs points expliqués plus has. Un certain nombre d'ohservateurs s'appliquèrent alors à résoudre un des prohlèmes les plus remar- quables de la pathologie , savoir « la glycosurie. » Dernièrement, le docteur Goolden, médecin à l'hôpital Saint-Thomas, publia là-dessus un mémoire intéressant, où il démontre qu'il y a souvent une relation évidente entre les troubles cérébraux et la présence du sucre dans les urines. J'essayai de recueillir toutes les conditions pathologiques importantes ayant rapport à l'assimilation du sucre , et de savoir, par I examen d(^ quelques-unes, s'il n'était pas possible de les réunir toutes sous un seul chef, .l'ai pris le litre ci-dessus , parce qu'il me sciublc le [>lns propre, sinon le plus utile, au but que je me propose, jusqu'à ce qu'un autre trouve aie compléter. Comme je veux renfermer un sujet aussi étendu dans un cadre aussi restreint que possible, je me contenterai de citer les nuinifeslations patholo- giques qui y ont le plus rapport. Mais avant de commencer la pathologie, je dirai quehpics mots sur la physiologie de l'assimila- tion du sucre. Le foie , qui a toujours été regardé comme le siège de la forma- tion du sucre, en contient, à l'état de santé, une certaine quantité. Ce sucre a pour origine le sang , qui , arrivant dans le foie par la veine porte, en sort par les veines li(''pali([ues et cave inférieure, pour gagner les cavités droites du cœur, et se rendre de là, par les artères pulmnnain^s, dans les pciuuons, tm il subi! l'oxygf'nalion. Ce fait, sur lequel il sérail Irop Inng de s'élendre, prouve la rclahon importante qui existe entre la formation du sucre et l'acte respira- toire. Mon ami le docteur Pavy a prouvé , par de nombreuses expériences, que la ])réscncc de la fibrine dans le sang est néces- saire à la décomposition du sucre. La formation du sucre dans le foie est tout à fait indépendante d'une nourriture fcculenle ou sac- cliarifère, et commence, d'après M. (]1. Bcrnanl, avant la naissance de l'individu. SUR L ASSIMILATION' DU SUCRE. 29 Cepenilanl, la quaiiliti' de sucre diffère dans les diverses classes d'animaux, coinnicjc lai pliisieiMs fois prouvé. Klle csf plus grande dans le foie où domine l'éliMnent [graisseux, par exemple, dans celui du Veau marin, du .Marsouin, du (lanard, de l'Oie et de la plupart des oiseaux de mer. On le trouve eu grande quantité dans le foie d(; la Morue et autres poissons qui ont beaucoup de grais.se. (>. fait (|ue j'ai noté , et dont on ne peut nier l'importance , prouve le ra|)port intime qu'il y a entre la graisse et la présence du sucre ; il sert aussi à élucider la question patliologique des dégénéres- cences graisseuses. Le sucre existe aussi , dans le sérum du sang artériel, à l'état normal et en petite quantité ; on le trouve également , quoique en (piantité moindre, dans le sang veineux. Le docteur Pavy en a trouvé dans les veines jugulaires ; il en existe également dans la veine porte, où, (pioique peu aliondant, il l'est néaiminins plus que dans les jugulaires. Le chyle du canal tlioracique en contient : il y est amené par les lymphatiques du foie , qui le puisent dans le paren- chyme saturé de cet organe. 11 n'y en a pas dans le chyle venant directement de l'apjiareil digestif. La glande mammaire le sécrète en grande quantité , sous le nom de sucre de lait. On le trouve de même dans le lait sécrété par les nouveau-nés mâles ou femelles , dans l'urine des femmes enceintes, où il peut être clairement démontri' iieudaut toute la grossesse. Dernièrement on a démon- tré qu'il existait , comme élément normal, dans l'urine des vieillards. Telles sont les circonstances normales dans lesquelles le sucre est rencontri' dans l'économie animale : c'est ce que l'on peut appe- ler h physiolofiie de l'assimilation du sucre. Cet exposé nous per- mettra de comprendre les états dans lesquels les liquides ou les solides du corps reidérment du sucre normalement ou anorma- lement. Les conditions pathologirpies forment une classe tout à fait à part, et amènent une des maladies les plus incurables de l'homme. Ces conditions , qui peuvent à la vérité être regardées comme symptomatiques , indiquent des dérangements constitutionnels si importants, que je crois ])(iuvflir les renfermer sous le titre de pathologie de l'assimilation du sucre. 30 II. UIBII. — Mr.MllUlK Diabète. — Le docteur Proul: a bien établi (|iie les organes iiiii, à l'état de santé, assimilent normalement du sucre, en deviennent incapables dans C(!tte maladie. Les l'onelions qui ont [lour but de faire subir au sucre ses différentes transformations sont accompa- gnées de la formation d'un sucre d'une autre natiny. Dans le dia- bète, les fondions réduisantes de l'estomac sont morbides, tandis que les fonctions convertissantes sont plus ou moins suspendues ou paralysées. Dans les estomacs des diabétiques, le sucre est en plus grande quantité , surtout après l'usage des végétaux , et il passe rapidement dans le système circulatoire. Le docteur Prout fait observer avec raison (pie le diabète n'est pas constitué, comme on l'avait dit, parla formation de sucre dans l'estomac, ce (pii est nor- mal, mais par la plus ou moins grande altération des fonctions con- vertissantes, et, par conséquent, dans la plus ou moins grande modification des fonctions assimilatrices. Je pense que celte explication des jtremiers désordres de cette maladie est suffisante, et ne souffre pas de contradiction. La décou- verte du sucre dans le foie, d'après la doctrine de Prout, n'est pas en opposition avec ce que je dis pins haut. 11 a avoué , cependant, que, dans les périodes avancées du diabète, le sucre paraît être le résultat d'une assimilation .secondaire, ce qui n'a jamais lieu dans l'état sain. JI. Cl. Bernard a maintenant prouvé la deinière partie de cette assertion. On ne doit donc pas s'étonner , en voyant le sucre produit en aussi grande ((uantité dans l'eslomac, de le retrou- ver dans le sang : c'est un l'ail (pii, malgré lesdénégalitins de cer- tains auteurs, est maintenant bien établi. Le sang se cliarge d'une partie seulement du sucre formé ; car on retrouve aussi ce principe dans les excréments, après une période de quelques heures, à l'état solide , et surtout cristallisé. Les différents éuiunctuires du corps enlèvent au sang son trop-plein de sucre : ainsi on le trouve dans les urines, dans l'expectoration des phthisiques lil y manque quel- quefois), dans la salive, et même dans la sueur. (Juoii pie ce dernier fait soit rare, il a été prouvé par Simon, Nasse, Magendieet autres. Le sucre est quelquefois tout au.ssi abondant dans la sueur que dans les autres sécrétions du corfis. 11 csl difficile de se [nucurcr un foie diabétique immMafement après la mort ; je n'ai jamais trouvé de SIR l'assisiilmion iiL' sl'Cke. m sucre ilaiis leux qui' j'ai exuiiiinés (|UL'l(iiies lieures après. J'ai d'abord (loulû de l'oxactilitdc de mes ex|i(''neiiees ; mais , en con- sidérant que les mêmes moyens m'avaii'iil servi à eonslaler la pré- sence du sucre dans d'autres l'oies, et (|ue j'avais une certaine habitude lie reeoniiailre ee[irin(ipe, je nie suis convaincu que, dans le diabète, le l'oie ne contenait (|ue très peu ou point de sucre. Cette découverte, tout à l'ait opposée aux idées de M. Cl. Bernard, est très impoitante. Pourrait-on s'expliquer ceci par un déiange- ment de l'assiniilalion secondaire, déraufiement tel (|ue , la veine porte apportant au l'oie une si grande quantité de sucre tout l'orme, cet organe n'a plus besoin d'en charger le sang qui traverse son parenchyme. C'est là évidenunent une des causes du t'ait, et qui me semble expliipier aussi, sous fpielques rapports, pourquoi le diabète amène si souvcnl des nialadi(>s de poitrine; et cela non pas pai'cequ'il apporte trop de sucie au poumon, mais iiieii parce qui; le sucre (|u"il lui envoie ne virni pas assez directement ilu l'oie lui- niénie. Je note ici que je n'oublie pas les exjiérienees dans lesquelles du sucre de camie el de raisin , ayant été injecté dans les veines jugulaires, a été retrouvé dans les urines, ni celles dans lesquelles du sucre , introduit dans le système de la veine porte, et subissant par conséipjent des moditi(!alions dans le foie, n'a pas été constaté dans les urines. Ces expéiienc(;s prouvent clairement que le l'oie à l'état de santé absorbe exclusivement le sucre ap|)orté du dehors; mais quand ce principe devient en excès , comme dans le dia- bète, les l'onctions particulières du t'oie sont plus ou moins para- lysées. Mon ami le professeur Beale, de King's Collège^ qui a souvent analysé le foie et les reins dans les cas de diabète, m'assure n'avoir jamais trouvéde sucre dans ce premier organe; e(, dans un mémoire remarquable sur ce sujet , |)ubli('' dans le Meiiico -chirurgical Heview , il dit y avoir trouvé plus de gi'aisse que dans l'état sain. Cet organe parait alors famélique. Mes opinions se trouvent donc coulirmées par celles du docteur Beale, et tout à fait contraires aux recherches de .M. Cl. Bernard sur le foie. Il croit que la cause du diabète est dans une production excessive et aniuiuale de sucre 32 H. eIBB. MKMOIRE flans le foie , prodiiclioii iittiibiit'c à une trop grande action du grand sympathique. Pour moi, c'est le contraire. S'il en était ainsi, nous devrions observer le diabète comme lié aux dégénérescences graisseuses du foie, alors ([ue ccl organe renferme du sucre dans les mêmes proportions (comme je l'ai démontré autre part) que celles trouvées par M. Cl. Bernard dans les foies diabétiques ; mais, en mettant de côté l'existence de l'œdème, nous voyons qu'il est impossible de constaler la présence du sucre dans les urines, et de reconnaître par conséquent l'existence du diabèle. Pour moi donc , le diabèle ne serait qu'un résultat de la non- sécrétion du sucre par le foie, et par conséquent d'un dérangement de l'assimilation. Ainsi, les principaux organes assimilateurs sont influencés d'une manière particulière , soi( par une condition anormale de la bile sécrétée par un foie dépourvu de sucre , soit par une réaction nerveuse du foie sur l'estomac et les intestins, soit par l'action du suc pancréatique chargé de graisse (le docteur Hyde Salter a retrouvé ce dernier principe dans les cellules du pancréas d'un diabétique). Le suc pancréatique a pour but, à l'élat de santé, de convertir l'amidon en sucre. Cette fonction se fait lentement et par gradation, et le suc est absorbé comme il est produit. Dans le dia- bète, cette fonction peut èlre augmentée conuiie elle est produite. L'état graisseux du pancréas semblerait donc |irouver directement ou indirectemenl l'iniluence des fonctions convertissantes de l'esto- mac, et, parla, derassimilalion secondaire. Je ne discuterai pas les idées du doctetn- Bence Jones , qui pré- tend que la digeshon ne se fait plus iiormaiciaent, et qu'il n'y a plus transformation de l'amidon en dextrine , de la dextrine en sucre, et formation d'acide carbonique et d'acide végétal. Ces idées n'ont rapport qu'aux effets de la maladie. Les signes trouvés à l'autopsie , et cités par plusieurs observateurs et par moi-même , viennent encore à l'appui de ma théorie. Quoi qu'il en soit, je ne me pose pas en autorité. Prout , dans ses nombreuses expériences , a trouvé chez plu- sieurs individus des lésions organiques des viscères; chez d'autres, tous les organes paraissaient sains. Selon lui , la diversité ou l'ab- SIR l'assimilation du sucrk. 33' sence de ces lésions orgaiii(]iies ne se r:ittachent pas à la présence du sucre : elles seraient plutôt des affections concomitantes. En jiarlant des fonctions, il était porté à croire que, dans le diabète, le foie est toujours gravement attaqué. Cette supposition d'un obser- vateur aussi exact et aussi expérimenté est d'une grande importance, siu"tout depuis la découverte de la propriété qu'a le foie de sécréter du sucre. Les lésions analomiques que Prout a le plus .signalées sont plutôt de la nature cbimico-mécanique que véritablement orga- nique. 11 les rangeait en trois catégories : 1° hypertropliie et con- gestion des reins ; 2° turgescence des veines qui se terminent dans la veine porte , principalement les veines mésentéri(jues, et afflux dans les organes assimilateurs de sang coloré et liquide ; 3° dans des cas plus rares , vascularisation de la membrane miu|ueuse de l'estomac et de la partie supérieure du canal digestif. La première et la troisième catégorie procèdent naturellement de la maladie. Ouant à la (leuxième, elle prouve évidemment que la grande (luantité de sucre ap[iorté a obstrué le foie, et empêché la circulation en paralysant les fonctions. Il résulte de preuves décisives que, dans le diabète , le foie est l'organe le plus intéressé , et qu'il subit une inlkience de la moelle allongée. Ceci est très important, et c'est avec confiance que je combats les opinions de M. Cl. Bernard, non sur le siège de la mala- die, mais bien sur la nature des Ibnclions intéressées, lésions qui constituent l'étiologie do la maladie. On pourrait m'objccter que les urines cessent de contenir du sucre quelque temjis avant la mort, et que le foie [lourrait bien aussi ne pas en contenir. Mais j'ai démontré (pie la présence de ce principe pouvait èfie constatée assez longtemps après la mort, dans les urines ou dans un i'oie dia- bétique. Je citerai un cas où je l'ai rencontré dans un foie grais- seux, onze jours après le décès, et déjà piesque décomposé. Dans ce moment, l'urine d'un diabétique mort à l'hôpital Saint-Barthé- lémy (service du docteur Btirro\vs,8 décembre 1853) renferme du sucre. Cette particularité spéciale du sucre diabétique, que l'on ne trouve pas dans le sucre produit par des expériences pendant la vie, a été indiquée par mon ami le docteur Pavy. De plus, si le sucre existait dans le foie en aussi grande quantité que le veut M. Cl. Ber- 4' série Zool. T. IV. (Cahier n" 1 .) ' 3 3/| II. eiBB. MÉMOIKE :ird, ou devrait \c déciiiivrii' l'acileiiient , même quelques heures près la mort. Or, cela n'est pas. Pendant la publication de ces nouvelles idées , le docteur Pavy prétendait que ni M. Cl. Bernard, ni lui, n'avaient trouvé de sucre à l'autopsie dans un foie de diabétii|ue. (]e l'ail est très important. Je suis pourtant ]iorlé à croire à rexislence de quelques rares excep- tions ; exemple : les expériences du docteur Garrod. Indépendamment de sa combustion dans le poumon , le sucre , assimilé à l'élatsain parle l'oie, a encore pour objet la formation de la graisse. Je ne doute pas que , plus tard , on ne jirouve qu'il y a une relation exacte entre la quantité de graisse et la quantité de sucre. Ce résultat constant de mes expériences m'a amené à con- clure que le sucre est une des principales sources de la graisse dans les différentes parties du corps ; qu'il peut être converti en graisse, et que la graisse ne peut l'être en sucre. Je dois avouei' que j'ai longtemps partagé avec d autres une opinion contraire à celle-ci : je m'empresse de la rectifier aujourd'liui. Le seul argu- ment en faveur de la conversion de la graisse en sucre est l'action du suc pancréatique [)ur et nouvellement formé, qui, d'après M. Cl. Bernard, émulsionne les huiles et les corps gras avec la plus grande lacilité. Celte érnulsion persiste assez longtemps , et les corps gras subissent une ftunieutation qui permet aux acides con- tenus de se séparer. Relativement à la graisse et au sucre dans le diabète , il y a d'autres pointsquipeuventjeter un jour sur ce point de pathologie. Dans un mémoire du docteur Beale ( Brilish and Foreign medico- chirurgical Reviewj sur la composition chimique et microscopique du foie et des reins dans le diabète, sous \e rapport de la présence de la graisse , il trouve que la graisse est prédominante dans les leins , et en moins grande quantité qu'à l'état sain dans le foie. Ainsi, dans les reins à l'état de santé, la graisse ne s'élève pas au- dessus de 4 pour iOO; dans le diabèle, elle surpasse 25 pour 100. Sous un égal volume de rein et de foie sain , la graisse prédomine dans le premier, selon lui , tandis (|u"à l'c'lat n.ormal c'est le con- traire. En comparant à volume égal, il a trouvé que le foie sain con- tenait jilus du double de matières graisseuses que le foie diabétique. Sll! I.'ASS1.^II1.^TI()^ Dl SUCRE. ;^5 Oui' sigiiilieiil ii's l'ails tlii tluclPiir Bciilo? La graisse duc à la cir- culaliun du suiiv jiar les reins est un effet purement niécaiiico- (•liinii(|U('; par le même effet, si le foie, à l'élal sain, ret;oit une (]uanlilé moindre de sucre , la graisse doit être notalilement dinii- iMM'c. Le docteur Hyde Salter a démonin'' (jue le panciéas devait une cerlaine i|uanlité de suci'e à la présence de globules huileux dans ses cellules. Un des effets du diabète élanl lairèl de la l'uimaliou du sucre dans le foie, l'I ce sucre étant nécessaire à rccononiie, il doit être le rcsullat d'une sécréiion morljide qui se fait principale- ment dans l'estomac, au.\ dépens d'aliments de toute nature. L'esto- mac doit cette prii|iriéli'' an \iiisiiiai;e de l'organe sécréteur par excellence. Ain.si , la diéra|)euti(jue dcjil avoir pour bul de soustraire le foie à l'iidluence du système nerveux, de ranimer ses fonctions, et, eu même temps, de modifier l'açlion de l'estomac, action qui a été cliangée par la non-formalion du sucre dans l'organe voisin. La première cau.se du diabèle, comme Fa si clairement établi M. Cl. Bernard , résidant dans une perturbation du système ner- veux, je crois qu'elle est principalement due à la moelle allongée et au grand sympalliirpie. Pour .M. Cl. Bernard, la prédominance du sucre dans les urines iliabéliques est due à l'action du grand syn)- pathique sur le foie; il a prouvé, par des expériences, que le pneumogastrique n'agissait que secondairement. Ainsi , la section de ce nerf produit un diabète artificiel. Le courant galvanique doit passer en baul par leurs exiréniilés cenliales, et non en bas par leurs extrémités périphériques. Le galvanisme agissant sur la moelle allongée par l'extrémilé supérieure du pneumogastri(pie a une intluence pareille à celle qu'une ponction, faite au centi'c nerveux, transmettrait par en bas le long du cordon spécial, et de là au foie parle splanclmique. En tcrminajil cette partie de mon mémoire, je dirai que les doc- leurs Briglit, Copland et Wall (de Nottingliam) regardaient le dia- bète comme dépendant d'un trouble du système nerveux, sans en pi'i'-ciser le siège. Le docU'ur (Copland le place dans le grand syni- 36 n. GIBB. MliWOIRF. patliiqiio , L'I l'on cilo des cNOiiipIcs dp dialjèlo dans los(|U('ls un a trouvé un déveloiJiu'mciil annrnial du grand sym|iatliif|ue, du pneumogastri(]uo et des s|)lanchniques. Tubercules. — Dans les dégénérescences graisseuses du foie dont nous venons de parler, et que nous examinerons plus tard dans leurs rapports avec la phtjiisie, on trouve plus de sucrequ'à l'état de santé. S'il y avait entre cet état du foie cl les alTections du poumon un rapport quelconque, nous pourrions en expliquer l'existence par la physiologie. En effet, par suite d'une oxygénation et d'une combustion imparfaite du charbon , duc à un arrêt de la l'ircnialion et d(>la respiration dans les poumons, le sucre s'accu- mule dans le foie, dont ne peut le débarrasser l'appareil respira- toire. On pourrait, à la rigueur, ('tablir un rapport entre ces faits et la plithisie; mais alors comment expliquer l'état graisseux du foie dans d'autres affections où le poumon est sain en apparence? Avant de nous prononcer, il faudra plus de recherches et d'expériences nouvelles. La physiologie nous apprend rim|iortancc du rapport du sucre avec la respiration ; elle nous montre l'erreur de ceux (jui ont cru que dans le diabète il y avait excès de formation de sucre dans le foie; opinion qui n'est pas prouvée, et dont j'ai clierch(' à démon- trer le côté attaquable. Je me fonderai sur ce fait que le foie graisseux contient du sucre en excès, pour élucider cette question et établir ses rapports avec celle des tubercules; de là je présenterai quelques considérations sur la relation île la scrofule avec la formation de sucre. En janvier 1850, j'ouvris sur une femme de vingt-trois ans, d'une constitution scrofulcuse , im vaste abcès situé à la base île l'omoplate; le liquide qui en sortit était neutre, d'une densité de 1,028, d'une couleur jaunâtre, inodore, d'une consistance cré- meuse. L'analyse chimique par la méthode de Moore et de Fram- mer m'y démontra l'existence d'une quantité notable de sucre. Au microscope , je retrouvai les caractères ordinaires de la matière tuberculeuse, des cellules remplies de matières granuleuses, de granules libres, et de globdes de graisse mi'langés à du pus et à SLU l'assimilation DL' slcre. 37 des coipuscules lynijiliatiriiies. En lévrier, ce yruiul abcès s'ctaiil de nouveau rempli lut ouvert, et il en sortit un liquide épais, cré- meux, de couleur tbiicée, mclaiij;é de [larties concrètes de même couleur. Nous trouvâmes également du sucre, et nous vîmes au microscoiie des corpuscules de pus, de la matière scrot'uleuse , mais pas de f;lobules sanguins. Ces expériences , en me montrant la coexistence des tubercules avec du sucic, me frappèrent, et je crus devoir l'aire des recher- ches sérieuses sur un sujet aussi important. La prcniièi-c occasion (pie je trouvai me lut oITcrle par des tuber- cules crus cl ramollis d'unpiilliisiipic moi'l à (piarantc ans; j'exa- minai ceux du poumon gauche : le> luliercules crus lurent soumis aux moyens employés poiu' l'analyse du l'oie; je lis bouillir, avant de les examiner, les tubercules ramollis. Je constatai des traces de sucre dans les tubercules crus ; mais les résultats n'étaient pas assez concluants pour admettre une rela- tion certaine, malgré la beauté du cas. En et't'et, il y avait un l'oie graisseux très volumineux et chargé de sucre. Tout récemment, je reçus ilc mon ami M. V. Edwards, médecin à l'bùpital des phthisiques de Bromplon , des morceaux de pou- mons, des glandes liioiiclii(pics et mésenléi'iqiies , du l'oie grais- seux, provenant d'une t'eninie tuberculeuse de vingt-trois ans. Pour y constater la présence du sucre , je soumis le tout à des analyses plusieurs l'ois ré|)étées. A l'exceplion du t'oie graisseux, où j'en trouvai cdinnie à l'onlinaire , je n'en constatai ni dans les tuber- cules, ni dans les glandes, ni dans le poumon Ini-même. J'en trou- vai des traces par la méthode de Moorc ; mais connue c'était la seule méthode qui donnât ce résultat , on n'en peut rien con- clure. Il tant iliinc expérimenter encore, surtout sur les tubercules ramollis. .M. Magcndie assinc qu'il n'y a ipir deux maladies, dans Ics- <|uelles la quantité" de sucre se trouve augmentée dans l'économie : la phlliisie et la glycosui'ie. Di'pnis IdUiili'mps ou a oi)servé que l'urine et les ciachats des |)hthisi(|ucs sont (piebpiel'ois sucrés ; mais il faudra bien distinguer le cas où la phthisie serait le résultai du diabète. .M. <;i. Bernard 38 I». «IBB, — MÉMOlKi: prétend (|iie d;iiis la plilliisic le sucre inîiii(|iie diuis l'iiriiie, et qu'il est iiugnienté dans le sang. Il avait constate cette augmenta- tion dans le sang d'une jeune liUe que l'on venait de saigner, et chez qui les urines ne rcnl'erniaicnt pas de sucre; qiidiqu'il n'y eût pas d'au Ire syniplôme, il pronoslii|ua la mort [lar [ilitliisie, ce (jui arriva en effet, tliritish and Fnreign Medico-Chirurgical Revieio, oct. 18/|9. ' Par contre, 31. Reyodso a cuMSlatt' du sucre dans les urines de malades tuberculeux , sucre d'autan! plus aliondant que la ma- ladie était plus avancée et les symptômes inllanmiatoires plus intenses. Je ne doute pas que l'on ne lniu\e (piel()uefois du sucre dans les urines des phtliisii|ucs au premier degré, mais je ne possède pas d'observations poui' le prouver. Pourtant le cas cité par le docteur Gooldcn, dans The Lancet de juillet dernier, me semble appeler l'attenlion sur ce poinl. La malade était une lille âgée de treize ans, st à présent im sujet d'études à rh(!)|iilal de Brompton; M. Bird, un des élèves internes de cet éta- blissement, m'a assuré, ces jours derniers, avoir constaté du sucte dans l'expecloration des ]ihlliisiques. Ces faits, dans les rapports fin sucre diabétique el des tuber- cules, ofïrent beaucoup d'intérêt aux observateurs sérieux, et ser- viront à éclaircir la ((uestion du diabète et des maladies cnncomi^ tantes. Je crois (pi'il ne sérail pas déplacé ici de parler de la phthisie secondaire comme résultai du diabète; c'est une des terminaisons SIR l.'vsSnilLMKIN Ut' MCftK. 39 frpr|iientf's (le retle- ?n,nl;idip . m;iis elle ii'osl pus eonstîiiifc eoinine on l'a supposé. Pour moi , la lerminaison pur la phthisie est plutôt un résultat du maiirpie il'atllux de siiere du Inie dans le poumon , et par con- séquent d'une cessation du tiavail pulmonaire. Contrairement à cette opinion , M. Cl. Bernard pense que les affections pulmonaires tiennent à inie falipue de eel oriiane causée par une trop jurande <|uantité de sucre formée daiis le foie. J'ai combattu ces idées autre part , car pour moi le véritable diabète tient non pas à ce que le foie fabrique trop de sucre, mais bien à et qu'il n'en fabrique plus. Abcès. — Les expériences déjà citées [lonr prouver la pirésencé du sucre dans le pus scrofulenx ne suflisenl pas \hmr le démontrer dansdn pus d'autre nature. Pour doimer des pienves plus certaines, on a examiné du pus de dilTérenles soini es , de différents sinus sécrétant du liquide, et l'on y a découvert la présence évidente du sucre. Os reelierelies ont fait voir que le sucre se trouve comme ingrédient normal dans le pus, indéjiendammentde sa couleur, de sa nature, de sa consistance, de son orifiine. Pour citer quelques exemples, j'ai rencontré ilu sucre dans le pus d'un jirand abcès mammaire ordinaire et deboime nature, dans le |ius d'un bubon, d'un abeèsde l'os malaire droit cbez une jeune femme. Lne lislule cbrouique , dans le sein droit d'une femme , sécrétait du pus bleuâtre qui contenait du cyamire de fer et du sucre. Ou a tonjoiu-s reucnnin'' du sucre dans le pus des abcès phleg- inoneux. Il ii'sidiedonc de là ipie le sucre est un des élélneilts lior* mauxdu pus, et ipie c'est à sa présence ([u'il doit sa saveur douceâtre. Le docteur .Mason (jood. dans son deuxième volume, ilit ipie le pus doit à la |irt''sence du sucre son goût douceâtre et sa fadeur diff('reute de celle des autres sécrétions. H |iarait être le premier qui ait a|ipeli'' raltentiou sur ce poinl. Le sucre jieut être, dans ce cas, attrilini- à l'albumine, cpii , d'ajirès le doctem- Wriabi Ranking's 4bslract., vol. I, 18i5\ conlieni d(^ 58 à 83 pour lUO de sucre, ou à une propriété [larticu- lière qu'aurait la membrane p\ooénii|uc de le sécréter avec les aulrcs éléments du pus. llO U. UIBB. — MEMUlRb Dans une lellrc adressée à rAcadémie de médecine par M. Pe- loiize sur différents faits de ciiimie appliqués à la piiysiologie , il parle de sucre dans l'albumine des œufs d'oiseaux {Gazelle médi- cale de Paris, 1 8liS). Le pus contient aussi des matières graisseuses qui poui'raient èlre ainsi pour quelque chose dans la présence du sucre ; mais je ne ])uis décider si ce principe est formé par la dé- composilion de l'albumine, ou sécrété par la membrane pyogénique, ou bien dû à la seule présence de la graisse ou de l'albumine. Je n'ai pas moi-même examiné le pus d'abcès de diabétiques; mais je sais (jue ^^I. ledocteur Friche a h'ouvé du sucre dans le jius d'abcès développés sur l'épaule et la face dorsale des mains d'un diabétique. Maladies du système nerveux. — Les recherches déjà faites sur l'assimilation physiologique du sucre, et particulièrement dans ses rapports avec le système nerveux, nous ont montré qu'il y a une relation intime entre le foie et la base du cerveau. Ceci a déjà été justitié dans plusieurs maladies de cette classe, où l'on constate du sucre dans les urines et môme quelquefois un véritable diabète. Quand on (l('couvrit que le foieconicnaitdu sucre dont la sécrétion dépendait du pneumogashique , on fut naturellement conduit à admettre que les fonctions ciiimiques du foie étaient soumises à une iidluence nerveuse. On en trouva la preuve dans le diabète arliliciel produit par la ponction de la paroi inférieure du quatrième ventricule ; mais cette expérience ne peut èh'c concluante , tant que l'on ne sera pas sûr (jue la sécrétion du sucre dans le l'oie est augmentée ou suspendue après cette opération. Si elle est suspendue, ce que je crois, ma théorie sur le diabète se trouve confirmée. En examinant atlentivement les travaux de M. ('1. Bernard et du docleur Pavy , je ne h'ouve rien de décisif sur ce [loint. On doit accorder beaucouji de confiance au docteur Goolden , de Saint- Thomas's Hospilal, pour ra|iplicalion de ses idées à la pafiiologie du diabète dans ses rapports avec les affections du cerveau; les observafions qu'il a pnbli<'esjus(iu'ici sont pleines d'intérêl. Nous donnei'ons à présent un aperçu de iV'^ maladies ner- veuses. SIR l'assimilation du Sl'CRE. H Epilepsie. — Les recherches de .M. Alvaro Reynoso sont les premières qui montrent la présence du sucre daiis les urines après des attaques d'épilepsie ; ce fait , ([u'il a démontré par de nom- breuses expériences , a ensuite été confirmé par d'autres. Mes propres recherches ont t'ait voir que le sucre était aussi reconnais- sahlc aussitôt après l'attaque que quehpie temps après; je l'ai même trouvé chez un individu dont le traitement avait t'ait avorter la crise. Dans les leçons clini(|ues du docteur Tood sur les paralysies et autres affections du système nerveux 57' , on trouve un cas où à des attaques jiériodiques de goutte très fréquentes succédait tou- jours une attaque d'épilepsie, qui laissait le malade hémiplégie temporairement du côté gauche ; l'urine de ce malade rcnferniail une petite quantité de sucre. Un cas très curieux se trouve dans un mémoire du docteur Goolden {Lancet de juillet dernier : l'urine avait un poids spécifique de 1,022; elle était très épaisse, avec e.Ncès de l'urate acide d'ammonia(pie , et contenait une quantité notahle de sucre. Cet état dura plusieurs jours ; il y avait une légère tendance à la chorée. Dans les cas (pie j'ai examinés, le poids spécifique variait entre 1,018 et 1,025; la quantité d'urine sécrétée était normale, et je n'ai constaté la présence du sucre que pendant deux ou trois jours au plus. Dans la chorée, la paralysie, les névralgies, la dentifion, l'ébran- lement du cerveau , et probablement plusieurs autres affections nerveuses, on trouve occasionnellement du sucre dans les uiines; il y a même des cas où ces affections ont été suivies de diabète. Quelques-uns des cas décrits par le docteur Goolden paraissent devoir leurorigine à des lésions du cerveau; lésions dont le traite- ment faisait disparaître le diabète. Un cas de diabète disparut avec une paralysie guérie. Il a trouvé souvent du sucre dans les urines d'épileptiques, de paralytiques, de choréiques. Ce sucre n'existait plus après le ti'aitement de ces maladies. ^I. Coolden certifie que dans beaucoup de cas de névralgies, spécialement dans le tic dou- loureux et la seiatique , il y a souvi'iil , siiKui lonjdiMS, du su<'re dans les urines, et que ce sucre dis|iarail a\ec un amendement Il'2 ». eiBB. — MKMOIRË de l'état nerveux. Il note de même des névralgies générales et un cas de névralgie faciale soignée par le docteur Dundas Thomson. Il parle aussi de sucre dans l'urine des enfants en travail de dentition. Je suis à même de conlirmer plusieurs observations du docteur Gôolden ; car j'ai observé du sucre dans plusieurs cas d'affections nerveuses. 11 n'est pas rare du tout d'en trouver dans les urines des enfants pendant le travail de la dentition; je l'ai même constaté dernièrement dans des cas de coqueluche simple et compliquée , dans l'cpilepsie, labronchite, les affections du cerveau. M. Reynoso l'a observé dans l'hystérie. Dans les maladies de la base du cerveau, telles (|ue tumeurs, affections chroniques, blessures ou plaies du quatrième ventricule, lésions ou sections du pneumogastrique, il y a toujours du sucre dans les urines. Les expériences de M. Ci. Bernard sont trop con- nues pour que j'aie besoin de les décrire, et je veux citer les inté- ressantes recherches de mon ami le docteur Pavy sur la ponction du quatrième ventricule d'un Lapin ; recherches rapportées dans le Guy's Hospital Reports , et qui prouvent l'attention et l'exactitude de ce savant expérimentateur. Des tiuneurs comprimant cette partie du cerveau, ou d'autres all'eelioiis siluécs dans eetttî-J'égion ou dans son voisinage , auront pour conséquence nécessaire la présence du sucre dans l'urine. Os conjeelurcs sont ptinr moi aussi évidentes que si je les voyais démontrées expérimentalement. La section complète du pneumogastrique paralyse la fonction saccharine spéciale du foie ; car après celte ojiération on ne trouve plus de sucre, ni dans le foie, ni dans le sang, qui est porté de cet organe au poiunon ou au e(cur ; on en trouve néanmoins dans les urines. Par une section partielle, une compression, une lésion ou une ])iqi'UT du pneumogastrique , on diniinnera iirohablement la (|uantit(' de sucre dans le foie, et on le priMlnira dans les urines. Le galvanisme domiera les mêmes n'snllats. .M. Magendie cite un fait très curieux , savoir , la présence, conslalée à l'autopsie d'un dia- bétique, de deux points altérés dans la paroi inférieure du quatrième ventricule, juste à l'endroit où l'on praliipie artiriciellement la ponction pour produire du sucre. SLR l'assimil.vtion bu sucni:. iS Il |i;irait donc qu'il existe un rapport très intime entre le système iiervoiiN l'i la l'onction sacoliarine (In ibie ; ceci se trouve claire- ment démontré par de nombreuses expériences citées plus haut. .M. Cl. nernard dit encore ([n'en Jétruisaul la coinmunicalioii cuire la moelle cl le Toic, soit par une section des nci'l's s|ilaii('liniques, soit par une section de la moelle qui n'abolirait pas complètement la vie animale, il est iiupossililed'aupinenlcr les fonctions saccharines du l'oie en irrilanl le pueuuio^aslrique par une ponction ou par un courant galvanique. .le ne discuterai point ici la dernière partie des idées de M. Cl. Bernard; je me contenterai de l'aire observer tpie le système ner- veux est le régulateur de la l'onction saccharine du l'oie , fonction que nous voyons diversement modifiée par le moindre dérange- ment de ce système : c'est un point (pi'il ne faudra pas perdre de vue dans le Irailcment des afi'cclious où il n'y a jias nécessairement diabète, mais où l'on n'en constate pas moins \f>^ iulialalions d'dwgèue. Je crois (|uc dans le diahèle le pouuioii esl débililé par la diminution de la (juan- SIR l'assimilation i)L srcitF. /|5 til(' (If siiere ha?)iliiellemenl sécrété par lo foie. Les inliala- tions d'oxygène , agissant cemnie stimulant , servent en quelque sorte à rappeler les fonctions propres au foie , et peuvent , au bout (le ([uelqiie temps, diminuer le ilialn'te. Comme je l'ai dit plus liaul , le sucre gastrique n'est pas comparable au sucre hépa- li(|iie; ce dernier est plus convenable aux fondions respira- toires. Choléra. — Un des caractères de cette maladie étant l'arrêt de rassimilalioii, surtout de l'assimilalion secniidiiii'e, on ne doit pas s'étonner de trouver du sucre dans les produits de la sécrétion. 11 n'est pas encore prouvé que l'altération de la sécrétion biliaire mo- difie spécialement les usages du foie. Sans aborder cette question, si discutée et si ])eu élucidée, on peut dire que si les foncKons du foie sont dérangées dans cette maladie, celles des autres (jrganes le sont aussi. On pourra ainsi expliquer la présence du sucre dans les urines et la sueur. M. Doyère a le premier constaté la présence du sucre dans la sueur des cholériques; sa découvcric fui appuyée par M. Pois- son , ('lève interne de la Salp(''trièrc , qui , clic/, nue vieille fcmmi^ morte du choléra , trouva une grande quanlil('' de sucre dans la sueur ('paissii^ cl visqueuse qu'il prit eu grande partie sur la ligure. .M. .Magendie l'a aussi démontré dans les excrétions alvines des cholériques, et M. Vernois a dit qu'il était plus facile de le constater dans le foie d'un cholérique que dans celui d'un homme sain. Ceci serait-il dû à l'obstruction des veines hépatiques par la gêne de la respiration , ou bien à la non-sécrétion de la bile? //a7. — Quand on détermine le poids spécifique du lait, on peut décider (|uelle est la (|uanlilé de crème, mais non la (|uanlifé de sucre, (^e dernier point est de la dernière importance dans rélude du lait au point de vue pathologique; il mérite plus d'allcnl ion (|u'on n'eu a attaché jusqu'alors, cl je ne sache pas (|u"ou en ait parb- jusqu'à pr(''seiit, à quebjues exceptions près. Si le lait conlient [)cu de crème, il ne nourrira pas bien l'enfant, et produira simplement de l 'amaigrissement ; il peut néauiiioiiis contenir aussi du sucre pour compenser en quelque sorte le manque de crème, ])uisque, 46 D. CilHB. — MÉMOIRK par le l'uil do l'assimilalion, ce sucre peul rire couverli eu graisse. D'un autre eùlé , si le lail, iiieii que coiiteiiaiit en alioncianee de la crème el du suere, présenle d'aulies caractères auernianx, l'entant, nfialgré la bonne santé de sa mère, présentera de l'amaigrisse- nient, des sueurs ecipieuses, di^s urines frériiientes.On dc^vra alors soupçonner dans le sein un acte de lermenlatiou saccharine et un développement d'iniusoires. Ce faites! un exemple remarquable de perversion d'assimilalion du sucre, produit par une si'crétion anor- male dont il faut aller reclierclier la cause dans une surexcitation nerveuse. 11 y a plusieurs autres états pathologiques du lait dus à des dérangements dans l'assimilation du sucre. Nous en parlerons ailleurs. M. Lehmann a constaté du sucre dans l'urine d'une femme en couches , dont le lait s'était tout d'un coup arrêté cinq jours après l'accoueliement. Ce l'ait prouve évidemment le lapporl qui existe entre l'assimilation du sucre et la sécrétion du lait. E/fets de certains médicaments. — Si les recherches de ^I. Rey- noso sur les urines ne méritaient pas tant de confiance par la ma- nière dont elles sont faites , on pourrait presque douter des beaux résultats (ju'il a obtenus. Il paraîtque certains médicaments absor- bés à l'état de vapeur par les poumons , à l'état naturel par l'esto- mac, ont le pouvoir de produire du sucre dans les urines ; mais on ne pourra le constater que par des analyses faites avec beaucoup de soin. Nous avons déjà cité l'éther et le chloroforme connue produi- sant parfois ce résultat. .M. Reynoso a trouvé du sucre dans l'urine des personnes traitées par le bichlorure, l'iodure, le sulfure de mercure, les sels d'antimoine, le sulfate de quinine, l'opium, les narcotiques en général. Il en a encore trouvé dans l'urine des Chiens traités par l'arsenic, le plomb, le sulfate de fer, ainsi que dans l'urine des personnes faisant usage de carbonate de fer. Avant même de connaître les recherches de M. Reynoso , j'avais conçu l'idée que des médicaments à trop forte dose pouvaient pro- duii'e du sucre dans les urines , mais je n'avais pas fait de recher- ches à ce sujet. Une des substances qui me paraissaient capables de déranger SIR l'assimilation Dl SLCRE. M l'assimilation du sikti' éUiit le tabac pris en exci's en fiiniiinl mi en chiquanl. J'ai ti'ouvé clans leaComples rendus de l'Académie des sciences de France janvier 1849; un l'ail de |iroduclion de diabète [lar un trop grand emploi de nitrate de potasse, publié par le docteur Cardan. \}n homme avait pris 3 onces de niire au lieu de sel d'Epsom ; cette erreur cul pour conséquence une grande inllamniatioii de la muqueuse intestinale et une émission abondante d'urine ; l'inflam- malion diminua lentemenl , mais le diabète persista. J'ignore si ce malade guérit. Je n'ai pu me prononcer, (|uant à présent, sur ce sujet, le ciinnip à explorer l'Iant encore troii vasic pour donner des conclusions sa- tisfaisantes. Toutefois, il semble que cette fonclion saccliarifère du foie est plus facilement affeelée par les agents médicinaux qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. En finissant ces ligne», je m'abstiens nécessairement de tirer des conclusions générales des manifeslations palliologiques de l'assimilation du sucre dont je viens de faire le tableau trop abrégé peut-être ; mais ce tableau représente fidèlement les découvertes et les recberches faites ju.squ'à présent sur ce sujet. Cette question est maintenant l'objet de beaucoup d'études, et l'on peut espérer, avec raison, que de nouveaux travaux viendront jeter du jour sur des points encore obscurs. MEMOIRE SDR LES VERS RUBANNÉS ET VÉSICULAIRES DE L'HOMME ET DES ANIMAUX {TENIAS ,'^CYSTICERQUES, etc.), ET SUR LA PRODUCTION DES HELMINTHES EN GÉNÉRAL, Par n. C.-T. DE SIEBOLD, Professeur à l'Universilé de Munich (1). CHAPITRE I. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LA PRODUCTION DES VERS INTESTINAUI. Occupé depuis plusieurs années de recherches relatives à l'his- toire, encore si obscure, des Vers intestinaux, j'ai été conduit peu à peu à la conviction que ces animaux parasites ne naissent pas de substances hétérogènes par voie de génération primitive ou géné- ration équivocpie, ainsi fpi'on le supposait anciennement. On con- naît tout l'abus qui a été t'ait de cette hypothèse appliquée aux Vers intestinaux, aussi bien qu'aux animalcules infusoires. Comme , au premier abord , on ne pouvait ni saisir ni comprendre le mode de production et de multiplication de ces animaux, et comme aussi, en les examinant de plus près , on voyait dans leur organisation et dans leurs facultés pliysiologiques des particularités qu'on n'était pas habitué à rencontrer chez les animaux supérieurs , on s'était imaginé qu'ils étaient d'une nature essenlielleineni (liflV-rente ; et au lieu de poursuivre l'étude de ces faits obscurs par la voie de l'ol)- servation , on s'était contenté d'une exjtlicalion en désaccord avec les lois générales les plus im|iortantes de la nature. Ainsi lesméde- ()) Ueber die Band- und Blasenwurmer, nebsl einer EMeilung iibcr die Enl- stehung der EingeweidewUrmer, von C. Th. Siebold, in-8; Leipzig, 1854. Dans ce travail l'auteur rosume l'ensemble des faits déjà acquis à la science au sujet des migrations et des phénomènes de la malagénèse des Helminthes ; et c'est pour cette raison que j'ai cru devoir le mettre presqu'en entier sous les yeux du lecteur des Annales. R. SLR l.V rRODLCTlON DF.S HF.LMIKTUF.S. ftQ cins et leshelminlhologistes se sont crus auiorisés ;'i peusfr i|iir les Vers intestinaux sont produits, dans l'intérieur du canal intestinal de l'homme et des animaux , par des matières alimentaires dont la digestion ne s'était pas laite eonvenableinent, et dans les autres organes de l'économie par des liumeurs viciées; ils ont affirmé rpieoei'tainesalfeiiions pathologiques d('terminent dans les viscèies la formation des Helniinllies , en amenant la s(''paralion inécani(pie des principes constitutifs des tissus affectés, et (pic les parties ainsi éliminées, au lieu de périr et d'être cxpuls(''es au dciiors, se réunissent pour former un organisme indépendant , un cire para- site. Ils ont orné cette hypothèse de paroles séduisantes qui roui fait adopter avec enthousiasme, et elle a pris racine si profondé- ment dans l'esprit de beaucoup de personnes qu'aujoiu'd'hui il est très difficile de substituer à cette idée fantastitpie les résidtats qui nous sont fournis par l'expérience, et qui sont en accord avec les lois générales de la nature. Sans doute il serait parfois agréable et très commode de domier le champ à sa pensée, et de remplir par des hypothèses les lacunes nombreuses que la science offre encore, en tout ce qui touche à la produclion et à la multiplication d(\s animaux intV-rieui's : mais une [larcillc marche ne saurait être admise aujour- d'hui , et c'est .seulement par I é'tude des faits , par des recherches attentives et (lar des expériences bien instilu(Vs, (pi'du peut espérer porter des lumières nouvelles dans l'hisloin^ physiologique de tous ces êtres. Kn marchant dans cette dci'nièrc voie, on a découvert liienlôt que l'hez un grand nombre d'Helminthes il existe des organes gé- nitaux très dévelo[)pés, fait que l'on ne souiiçonnaitpasjiisfpi'alors, et que chez les Ascarides, les Pilaires, les Ttenias il : cl les Duuves , (I) On sait qu'un TiL'nia est souvent composé de |)lusieiiis centaines d'ar- ticles, et que chacun de ceux-ci peut fournir des centaines d'œufs. Par consé- quent un seul individu est susceptible d'avoir une progéniture immense. Le pro- fesseur Eschricht , de Copenhague , possède un Taenia qui a été rendu par un malade, et qui se compose déplus de mille articles, dont chacun renferme plus de mille œufs (voj 62 son ouvrage intitulé : Das /i/iysi.sc/ie Lebeii iii popularen Vorlrœ- gen , p. 1 I :j ; Berlin, 1852) . Le même auteur, après avoir examiné avec soin les organes génitaux de l'ascaride de l'homme {Ascaris tombricoides) évolue a plu- sieurs millions le nombre des œufs qui peuvent s'y trouver. i' série. Zooi,. T. IV. i;r,aliier n" I.) * 4 50 SIEBOLD. par exemple , les inils ol les jeunes [leuvent s'y produire en nom- bres si prodigieux , (pi'il doit semlder oiseux de se torlurer l'esprit à chercher ailleurs une explication de lu reproduclion de ces ani- maux. Ce n'était donc que le mode d'introduclion de ces animaux innombrables , dans l'intérieur du corps des êtres où ils devaient se nourrir, ijui pouvait rester longtemps incertain ; et pour jeter de nouvelles lumières sur ce jibénomène inexpliqué , il fallait que l'attention se trouvât dirigée sur la première période de la vie des Helminthes. On a acquis alors la conviclion tiu'à une certaine période de la vie les Vers intestinaux l'ont des mij^irations , souvent même des mifirations très éloifinccs , pour arriver jusque dans l'intérieur de l'animal dont les organes sont destinés par la nature à leur servir de résidence. Ainsi nous savons aujourd'hui que la progéniture des Tœnias qui vivent eu parasites dans le canal digestif des ani- maux supérieurs seulement, (juilte cette cavité, soit à l'état d 'œuf, soit après l'éclosion, et attend au dehors de l'organisme (|ui sert de demeure à l'individu .souche, qu'une occasion se présente pour pénétrer dans le canal intestinal d'un aulri' hôte. La sortie de la progéniture des Taenias est , eu effet, i'acilc à constater par l'exa- men des ex(!rémenls évacuées par les animaux dans le corps des- •juels ces parasites résident; car, à certaines épo(pics de l'année, lorsque les organes génitaux des Tsenias sont parvenus au plus haut degré de di'vcloppemenl, les animaux ainsi infectés expulsent an dehors , tantôt des articles isolés de ces Vers, tantôt des cha- pelets de ces mêmes articles gorgés d'œufs, d'autres fois un nombre immense d'03nfs dc\jà libres et mêlés aux excréments. Il en est de même pour les reufs des Douves, qui habitent dans le foie de nos animaux luuiinants-, ces leufs, après avoir été déposés dans les conduits hépatiques de laiiimal où vivent leurs parents, passent dans le canal intestinal, cl sont ensuite évacues avec les excréments. Cède sortie de la iti'OgiMiitunMlcs Ilelmindies es! aussi utile à ces Vers qu'aux aniniaux (|ui les hchergenl. Il y a beaucoup de ces parasites dont les u'uls ne s(^ (l(''vcloppenl jamais dans le lien même dans lequel ils ont él('' [iroduils, on ipii n'y parviennent qu'à l'état d'embryon, cl ipii. pour anivci' à l'élal complet et être pourvus Sl'li l.\ IMillUrCTldN IIF.S IIKI.MINTHES. 51 (l"orij;;uies reprodiiclcurs , ou pour (lomicr iiiiissiincc ;"i l;t proj^éiii- ture déjà l'orniécdans li'iir iiilériinir, iitlcndenl jiisr|u'à ce qu'ils aiorit été évacués au deliors ( l . Celle ]iroii(''iiilurc, pouf acquérir à son loiu" i1<'s oifiaucs géiiéralcurs , cl pour cire apt(" à se repro- duire, doil doue alleiidre qu'elle ait trouvé un autre hôte, et qu'elle ail enlin réussi à y établir sa demeure. Les animaux infestés par les Helminthes sont de la sorte débarrassés de ces parasites, qui auraient pu leur être extrêmement nuisibles si les millions d'oeufs (ju'un seul .ascaride ou un seul Taenia peut produire s'étaient déve- lo|ipés dans l'intestin où ils ont pris naissance. On comprend que si une pareille ])(utéese liitd(''veloi)pée,i't qu'elle cûl donné naissance à une seconde génération, l'intestin aurait pu en être distendu ou même conii)léfement obstrué, et devenir inapte à remplir les fonc- tions nécessaires à l'cnlreticn de la vie de riiôte et des para- .sites. Du reste , quoi (pi il en soit à cet épard , les migrations des descendauls des Helmintlies, leur sortie du corps d'un animal, aussi bien ipie leur cnlrt'c dans celui d'un autre, est une cliose très im- portante , mais qui n'a attiré l'attention des naturalistes que depuis un petit nombre d'années. Une foule de faits qui se recueillent inainicnani montrent de mieux en mieux que la présence des Hel- minlbcs dans les divers viscères des animaux s'explique ainsi de la manière la plus facile et la plus naturelle; tandis que la théorie des générations ('-quivoqucs , adoptée lors(]u'on n'avait encore qu'une connaissance cxtrcmcinent imparfaite des mœurs de ces Vers, ne pouvait tendre ipi'à nous égarer au sujet de leur origine , ipii souvent, eni'oi'i' aujourd'hui, esl enlouréedc tant d'obscurités, malgré les renseigncmenis positifs (|ue la science possède. Une circonstance importante et très favorable à la conservation (4) Un Taenia qui a trouvé son chemin jusque dans le canal intestinal d'un animal propre à lui servir d'habitation, peut y acquérir son développement com- plet , mais il ne s'y multiplie pas. C'est par cette raison que le Tsenia de l'homme (r. solium) se trouve seul dans notre intestin . et a re(;u les noms vulgaires qu il porte en .Allemagne et en France : Einseidlcr Banilwurm et Ver soliiaire. Mais ces appellations ne sont pas bonnes, parce que c'est seulement par suite de cir- constances fortuites que les migrations de ces Vers amènent un seul indiviau ou loul une société de Tsenias dans l'intestin de l'homme. 52 !«if:roi,d. (les Hcliniiillics |ieii(l;iiil leurs mij^ralidiis, l'sl l'cxisli'iirp de |;i roque solide; doiil leurs (l'ul's sunl souvent pourvus. Par suite de la densité et de lu rit^idité de cette coquille, les œufs de beaucoup de Vers intestinaux peuvent se conserver en bon état avec leur frerme et leur vitellus, ou même avec l'embryon déjà développé dans leur intérieur, malpré les vicissitudes auxquelles ils sont exposés après qu'ils ont élé expulsés du lieu babifé par leurs parents, lin efl'et, ces (cuf's arrivent souvent dans d(^s trous à l'uniier, dans les fosses à iuunondiees, etc., où ils sont exposés tantôt à trop d'buniidifé, d'autres l'ois àla dessiccalion, ainsi qu'à de grandes variations de tem- pérature . Ils sont ensuite transportés avee les engrais dans les champs ou les praiiies, où les iniluences extérieures peuvent favoriser leur développement ultérieur , et où les eirconslances ne manquent pas pour permettre le retour de la nouvelle génération de parasites dans le canal intestinal des animaux supérieurs, puisipi'à côté des œufs ainsi placés se trouvent souvent déposées aussi les semences desti- nées à la production de plantes dont l'homme et les animaux do- mestiques font usage comme aliments, et que les (cufs peuvent être charriés par ces plantes jusque dans les viscères appropriés à leur développemeni . Parfois aussi la pluie peut entraîner les œufs d'Hel- minthes contenus dans le fumier ou dans la terre enfumée , et les transporter dans les llaques d'eau où ils se trouvent mêlés à la boisson dont l'homme ou les bestiaux font usage. Un grand nombre de ces germes, encore renfermés dans leur coquille, peuvent rester inactifs pendant tous ces transports; la migration esl passive, el c'est le hasard seul qui fait i|ue le jeune Ver parvient ou ne parvient pas à son domicile nécessaire ; mais d'autres fois ces jeunes ayant déjà (|uilté l'œuf peuvent intervenir d'une manière active dans l'ob- tenlion de ce résultat, en allant se placer eux-mêmes sur les plantes que l'humidité rend gluantes , et que les animaux où ils doivent pénétrer rechercheni comme aliments. Un précepte purement empirique, mais d'une grande antiquité, et que les bergers soigneux de leurs troupeaux observent slrictc- nient, veut que les Moutons ne sortent qu'après la disparition des dernières gouttes de rosée, et(|u'il ne leur soit pas permis de paître dans les endroits humides et mai'écageux. Or, par celte pi'alique, le Sim LA PUODlCïlOiN UliS IIELMIMHKS. 53 bei'gvi', s;iiis se rendre compte de ce qu'il fait, ijréserve ses Mou- tons des immigrations de jeunes Pilaires du poumon et des Douves du l'oie. I.es aimcos liuniiilcs sont très preiu ; cai' on ne liduvc dans ces Vers aucune trace d'organes génilaux, à l'aide des(|uels leur reproduc- tion pourrait s'etTectuer. Ayant porl('' nuin attention sur ces para- sites, j'ai reconnu d'abord (|ue ce ne sont pas de vi'ritaliles Filaires, mais des animaux appartenant à des divisions particulières de Vers filiformes, et nolanunenl aux genres Gorrfius et l/eHnis. J'ai appris plus tard que ces animaux, en pleine croissance, sortent de la de- meure qu'ils avaient liabitée jusqu'alors, et, pour cela, percent de dedans en dehors lesjiarois du corps de leiu" liôic dans un endroit (|uelconque où les tégiunents sonl mous, puis se glissent par l'ou- verture ainsi pratiquée, et abandonnent complètement l'animal aux dépens desquels ils vivaient. La pliqiart dcsiiersonnes (pii élèvent des Chenilles pour se procurer des Pai)ilions en bon état de conser- vation , ont vu des ^ ers blanchâtres sortir ainsi du corps de ces animaux. Or ce n'csl pasl'inconunodité de leui' iiabitalion, ni l'état maladif de la Chenille par exemple, qui excite ces parasites à émi- grer de la sorte , mais un instinct analogue à celui (|ui détermine l'Œstre du Cheval à abandonner l'estomac de ce Quadru|iède où il se tenait jus(|u'alors cramponné, et qui fait que l'OEstre du Bœuf perfore la tumeur sous-cutanée où il est logé, poiu' se rendre au dehors. Ces larves émigrent pour subir leur transformation en nymphe, et arriver à un état de développement sexuel ))liis com- plet. Du reste, cet instinct d'émigration est donné à un grand nombre d'autres Insectes parasites, et c'est nu l'ail bien conim dans l'histoire de ces animaux. J'ai donc montn'' (pic les Kilaires des lnsecl(îs , parvemis à leur entière croissance, mais encore dépourvus d'organes générateurs, poussés parrinsliucl doni il vient d'être ([iiestiiui, entrent dans une nouvelle période de leur existence. Dans les paniers et les autres lieux où l'on élève les Chenilles, les Filaires se dessèchent et meurent peu après leiu' sortie du ccu-ps de cesaiùmaux. Mais les choses se passent tout autrement pour les Kilaires ([ui quitteid le corps de leur hôte dans les conditions naturelles ; ils tondient alors à terre, et, en rampant, ils se rendent dans les anfractuosités où le sol reste himiide. On m'a souvent apiiorlt'de ces Vers liliformes (|u'on avait trouvés dans la Icrie liumidc des partiescreu.ses d'im jardin, ou dans Slll I.A l'I-.MDLCÏlOK UKS IIEI.MIMIIES. 55 des trous siliiés dans des prairies. Extérieurement , ils ne ditïé- raieiit en lieu des Pilaires des insectes , et cette circonstance m'a l'ait penser que |ieul-èlre ces parasites avaient besoin de se rendre dans de la (erre liumide poui- achever leur développenienl. Je fis alors des expériences (l i sur des Fihiires que je me pro- curais en abondance sur des Chenilles du lusain {Yponomeuta evomjmella ) ; je mis les Vers, déjà sortis du corps |ipcm('nl l'Iail achevé dans les premiers jours du printemps, et plusieurs jeunes Vers avaient alors quitté les en\elop|)es de r(CMi' |iour pénétrer dans la terre d'alentour, ipie je conservais toujours dans les pots et dans un état convenable d'hnnudité. Présunuint i|n<' ces Helminthes élaienl destinés à devenir pai'asitcs, cl devaii'iil avoir l'inslinct de chercher à s'introduire dans le corps des animaux [iropres à les héberg(>r, el [icnsanl aussi que des Chenilles, de la même espèce (|ue celles où leurs |iarcnts avaient vécu, leur convien- di'aienl mieux (pie toutes autres, je leiu' présentai un certain nondii'c de très petites Chenilles de VY ponomeula evony niella, longnesd une demi-ligne, (|iii venaienid'éclore. Alin de ijien obser- ver ce (pu se passerait, je plai.ai dans un veriv denKinlreun peu de terre humide pns(^ dans le piil a lle(M', près du |ioinl où je savais (pTunc loide d'indisidus de mes Mermin albicans avaient passé riiivei'; plus je plaçai siii- celte pinei-e de terre (pielipies-uiies de mes petites Chenilles, que j'avais eu la précaiilion d'examiner (1) Ces expériences, et les résultats qu'elles m'ont fournis, ont été publiés, cil 1848, dans le Entomologische Zeilung, p. 290. [i] J ai désigné ces Vers sous le nom iv Hennis albicans. 56 SIEBOLD. préaliibleinenl au uiiciuscopc une à une , puni' lu'assurer (qu'elles n'étaient pas déjà attaquées par des Pilaires, exploration qui est l'acile à l'aire, à eause de la transparence de ces animaux, et sans incon- vénient pour eux, malgré leur délicatesse. Cette précaution était nécessaire, car j'ai trouvé que, sur vingt-cinq individus sur les- quels portaient mes observations, trois logeaient déjà un embryon liblorme semblable en tout à ceux des Filaires que j'avais élevées dans la terre de mes pots à Heur. Enfin j'ai obtenu de cette expé- rience les résultats suivants , que j'ai déjà fait connaître dans mon Mémoire sur les Filaires des Insectes (Ij, et que je reproduis ici : Treize de ces Chenilles que j'avais préalablement examinées au microscope, et que j'avais reconnues exemptes de parasites, lurent placées, dans le verre de montre , sur la terre qui contenait un grand nombre d'embryons de Mermis bien vivants. Dix-huit heui'es après , j'ai pu constater la présence des embryons de Mermis dans le corps de cinq Chenilles. Dans une seconde expérience, trente-trois Ciicnilles deTYpono- meuta co^wo/e/te, que j'avais reconnu, par l'examen microscopique, ne pas contenir de ces Vers, furent placées dans les mêmes con- ditions. Vingt-quatre heures après, quatorze individus avaient des embryons de Mermis dans leur corps ; six de ces Clienilles renfer- maient chacune deux de ces parasites, et deux Chenilles en avaient jusqu'à trois. Je Ils d'autres expériences semblables sur plusieurs Chenilles du Pontia Ci'atœgi, du Liparis chrysorrhœa et du Gastropacha neus- Iria, puis dans des nids où ces animaux avaient passé l'hiver. Je les plaçais, dans un verre de montre, sur de la terre humide conte- nant des larves de Mermw. Le lendemain, vingt-quatre individus étaient déjà infestés de ces Vers ; cinq de ces Chenilles en conte- naient deux, et une en contenait trois. 11 est donc évident (pie ces jeunes Filaires avaient pénétré du dehors dans l'intérieur du cor|is de ces Chenilles, à travers la peau encore délicate de ces jeunes animaux. (l) Enlomoloijische /eitumj, ISoO, p. 239. SUR LA PRODUCTION DBS HELMINTHES. 57 D'après les expériences dont je viens d'exposer les résultats, on voit que, pour expliquer la diathèse verniineuse des Insectes, au moins en ce qui concerne les Pilaires, on n'a pas besoin de recou- rir à l'hypollièse de la génération équivoque , car ici le mode d'ori- gine des parasites est évident. Ceux qui ne veulent pas abandonner cette théorie , si commode pour nous dis[ienser de faire des re- cherches , diront ]ieul-ctrc que l'histoire du développement du Mermis albicans est un l'ait isolé, et constitue une exci'plion à la règle ; mais je répondrais par ces mots de Gœtlie : « La nature suit sa marche, et ce qui nous semble une exception est conforme à la règle. » Les nouvelles recherciies qu'on a faites surliiisloin' naturelle des Hclniiiillies prouvent (|uc la pensée dctio'thi' est vraie. Depuis répocjuc où l'attention des zooiogisles a été dirigée .sur les migra- tions des Vers intestinaiLV, les faits du même ordre se sont beaucoup multipliés, et l'on a pu se convaincre que ces migrations sont bea>i- coup plus fréquentes (|u'on ne pouvait le pn'siuner de prime abord. .Vinsi les mœurs du Mermis albicans ressemblent à celles du Gor- dius aquaticus qui se développe dans le corps de divers Insectes, et en ]iarticulier dans celui des Sauterelles, des Carabes, des Hydro- philes ou de leurs larves, fait qu'on ne .soupçonnait pas encore. Ils s'y trouvent sous la forme de vers filiformes tantôl 1res petits , d'autres fois longs de plusieiu's pouces ; mais ils en sortent pour arri- ver à la période du développement des organes reproducteurs, et dans ces migrations il leur arrive souvent d'être submergés dans «pielques tlau, mais en laissant toujours un objet nettement dé'lini et doui- de monvemenis. Les êtres ainsi produits avaient un corps et deux appendices lal(''ranx , courts (fig. 12) ; el du reste, ils élaienl visibles par transparence dans l'inlérieur de l'organisme de l'embryoïi pendant la vie de celui-ci (fig. 11). Or, en examinant avec attention le corps vivant qui provenait ainsi de la progénilure des^lonostumes, je reconnus, à ma grande surprise, (|u'ils ressendjlaient en tout, formes , structure et mouvements , à déjeunes sacs eercarigères. J'ai dû, par conséquent , en conclure que les sacs eercarigères tirent leur origine des Trématodes. Cette observation faisait comprendre aussi conunent les sacs eercarigères, inei'les et incapablesde.se nicher dans le corps de l(>ur hôte (piand Slm LA PRODUCTION DES IlliLlIlMHES. 63 ils sont abandonnes à leurs propres ressources, peuvent ceiienclant arrivei' jusqui^ dans l'inlérieur des Mollusques. Nous savons que le Monoslomum mulahile vil eu parasite chez des oiseaux aquatiques dans des sinus qui communiquent au dehors parles orifices naturels. Quand un embryon de ce Monostome naît, il peut donc trouver facilement une voie pom* sortir de l'intérieur du corps de l'animal que son panîut habite, et il est aussi à noter que les mœurs de son hôte le mettent en contact avec l'eau où il peut nager libremenl à raid<' de ses cils vibratiles, toul eu portant dans son intérieur son sac cercarigcre. (]el embryon de Alonostonie, à roruKHrinl'usoire, cher- chera instinctivement les animaux qui sont propres à servir de ré- sidence à ce sac: puis ayant pi'iK'Iré dans le corps de l'un de ceux-ci par les ouvertures naturelles, et ayant rempli son rôle comme enve- loppe vivante et active du sac cercarigèrc , il cessera d'exister , et le sac devenu libre pénétrera de plus en plus prolnndi'ment dans le corps de son liôle, et y trouvera le lieu le [ihis convenable au déve- loppement de sa progéniture t'ulure. Je n'ai pu suivre de mes yeux ces migrations de l'embryon du Monostome chargé de son sac cercarigèrc , et c'est par la pensée .seulement que j'ai coniiili'ti' la .série des circonstances ilont il vient d'être question ; il est donc possible que les choses ne se passent pas complètement de la S(U'le : mais on ne pcul douter du t'ait prin- cipal, c'est-à-dire de la migralidu dt^ l'embryon du Monostome, car les mœurs de cet embryon à forme d'infusoire l'indiquent , ainsi que la pré.sencc du jeiuie sac cercarigèrc dans son inlé-ricur. On comprend facilc'mcul toute riinp(u1aiice des laits que j'ai constatés relativement à la courte période du développement du Monoslomum mvlabile , car ils m'ont donné la clef du problème que nous offrait la f(U'niation des sacs cercarigèrcs. Il me reste maintenant à examiner ce que deviennent les Cercaires qui naissent de ces sacs, et les rapports que ces animaux peuvent avoir avec les Trémalodes parfaits. Depuis longtemps on a été frii|ip('' de l'ana- logie; de IVirme (pii existe entre le corps des (AM'caires et certains Trématodes, plus particulièrement les Monostomes et les Distomes. On peut eni'ore ajouter (pie ces Cercaires, après a\nii' quille leur sac , perdent facilement leur queue, et devieiment ainsi encore plus 62i SlF.BOL». SLMiiblables à des Tréinutodes. Un gnind nombre de Dislomes, donl le coriis est armé antérieurement d'une couronne d'épines ( les D. Irigonocchalum , eclnnalum , uncinatum et mititare i, ressem- blent même tant à des Cercaires, que tout observateur non prévenu prendrait ees derniers après la ebule de leur queue pour des jeunes individus de l'une de ces espèces de Trématodes. Et elïectivemenf, à en juger par l'ensemble de leur organisation , ils ne sont autre cbose que des jeunes Trématodes; et l'absence complète d'organes génitaux dans leur intérieur vient encore à l'appui de ce rappro- chement. Ce seraient donc encore de ces parasites qui sont destinés à sortir, puis à rentrer dans le corps des animaux, à la recbercbc d'une demeure où ils puissent arriver à la maturité sexuelle. Mais la voie par laquelle ces Cercaires parviennent à leur destination est bien plus longue et plus compliquée que celle que nous avons vu suivre les jeunes Gordyces encore dépourvues d'organes de généra- tion. Ces derniers n'ont pas (|uitté la demeure où ils s'étaient tenus jusqu'alors , savoir le corps des insectes , et ils se retirent dans la terre déjà poiu'vus d'un dépôt de matières grasses nécessaire à leur existence , de façon à pouvoir y attendre tranquillement que le développement de leurs organes génitaux se fasse. Mais les Cer- caires i''migr('es sont destinées à voyager davantage , car elles ne peuvent croître et attendre leur maturité sexuelle que dans l'appa- reil digestif de certains Mollusques, Oise'aux, Reptiles ou Poissons. Beaucoup de mes lecteurs ne comprendront peut-être pas, au premier abord, connnent les Cercaires, (|ui vivent dans l'eau, peu- vent arriver dans l'intestin de tel ou tel Mammifère oa Oiseau , lesquels ne sont pour la plupart jamais en rap|)oil avec l'eau ren- fermant ces petits êtres. Mais je |iuis lever ees diflicultés, car j'ai observé ces Cercaires dans leurs migrations; mais avant de traiter ce point de leur histoire, je dois faire connaître une faculté qu'ils possèdent lors(|ii'ils ont f|uitté leur .sac et l'animal sur lequel ils vivaient. C'est la i)ropriét(; ([ii'ils ont de s'enkyster, c'est-à-dire de se revêtir d'une capsule. Ce phénomène s'accomplit de la manière suivante : ce Cercaire, après avoir ranqié ou nagé i}endant un cer- tain temps, en paraissant iiKjuiet, se contracte en boule , et laisse suinter de la surface de son corps uni' matière muqueuse <|ui se SUR LA PKODLCTIOJi DES HELMINTHES. 65 durcit peu à peu, et enveloppe de toute part l'aninuil qui ne cosse de se recourber, et se trouve ainsi renfermé dans une sorte de coque. Pendant que cela se l'ail la queue du Cercaire tombe, de façon que c'est le corps seulement de celui-ci qui se trouvé logé dans la capsule (fig. 13). Pendant longtemps j'ai cherché en vain à me rendre compte du rôle de ce kyste dans la vie du Cercaire ; mais à la suite de nombreuses dissections d'insectes , j'ai découvert un fait qui me permet d'en comprendre l'utilité. Effectivement, en disséquant un grand nombre de larves d'in- sectes différents, des Libellules, des Ephémères, des Perles, des Phryganes, j'ai trouvé dans lem- intérieur des Cercaires enkystés; j 'ai également trouvé de ces Vers dans le même état chez ces in sectes , après qu'ils avaient quitté l'eau pour venir à terre , et qu'ils avaient achevé leurs métamorphoses. Mais pas un seul de ces Cercaires enkystés n'était encore pourvu de leurs organes générateurs complets. Chez un seul individu j'ai pu distinguer les premiers ves- tiges du testicule, de l'ovaire, et des parties externes de cet appa- reil. Or, on ne rencontre jamais chez les insectes des Trématodes adultes. J'en conclus donc que ces parasites n'avaient cherché daas le corps des insectes dont je viens de parler qu'un refuge transi- toire; et que la plupart des Trématodes adultes qui vivent dans le corps des V'ertébrés supérieurs ne sont antre chose que les Cer- caires , ou jeunes Trématodes à organes sexuels non di'veloppés , qui ont l'instinct d'émigrer des animaux inférieurs où ils sont nés jusque dans le corps des animaux supérieurs où leur développe- ment sexuel peut s'achever. .Vinsi les Cercaires, produits dans l'in- térieur des .Mollusques d'eau douce , [larviennent à l'état parfait dans l'intestin d'un .'Mammifère ou d'un Oiseau insectivores , et pour y arriver immigrent dans le corps des larves aquati(|ues, s'y enkystent , et attendent ainsi que leur hôte ait subi des méta- morphoses , ait quitté l'eau , et ail été la proie d'un de ces Verté- brés supérieurs. Les insectes qui les renferment sont alors digérés, et les Cercaires, devenus libres par la (hssohilion de leur capsule, se tixent aux parois de linteslin de leur nouvel hôte, qui seul était apte à les nourrir pendant la période du développement de leurs organes sexuels. l' série. ZooL. T. IV. (Catiier n" 2.) ' 5 66 siKBOi.n. J'ai constaté, par l'observation directe, que les Gercaires n'ont pas seulement la l'acuité de s'enkyster de la sorte , mais qu'ils ont aussi l'instinct d'immigrer dans le corps des larves d'insectes. En effet, m'étant procuré un grand nombre de Gercaires (C. urmala) provenant du corps du Lymneus stagnalis, je les ai placés dans un verre de montre avec des larves de Névroptères (de la famille des Éphémères et des Perles;. Bientôt après je vis, à l'aide du micros- cope , ([ue les Gercaires cessèrent de nager librement dans l'eau qui les entourait , et se réunirent autour des larves, sur le corps desquelles ils semblaient ramper d'une manière in(iuiète, comme s'ils cherchaient quelque chose. On sait que le Cercaria armata a l'extrémité antérieure du front garnie d'une armature! spiniforme ( fig. 15 , B ) , et j'ai vu que souvent ces petits êtres restaient im- mobiles en pressant cet instrument vulnérant contre la surface du corps des larves sur lesquelles ils rampaient de la sorte. Bientôt après ils cessaient de faire effoii pour piquer leui- proie , puis re- commençaient la même manoeuvre jusqu'à ce qn'enlin ils eussent réussi à entamer la peau molle située entre les segments du corps. Cela fait ils ne bougeaient ))lus, mais Iravaillaient sans relâche avec leur épine frontale jusqu'à ce ([u'ils eussent achevé de perforer les téguments ; et aussitôt ce résultat obtenu , le Ver, dont l'agilité est extrême, faisait pénétrer l'extrémité antérieure et très effdée de son corps dans la plaie, en écartait les lèvres, [Mis en passant comme à la filière, entrait presque tout entier dans l'intérieur du corps de la larve ; la queue seule restait toujours au dehors comme si elle avait été pincée par la rétraction des bords de la plaie. Ayant em- ployé dans ces expériences des larves de Névroptères très jeunes, dont les téguments sont très délicats, j'ai pu contimier àobservei les Gercaires après leur entrée dans le corps de leur hôte et la chule de leur queue. Grâce à la transparence des larves , je vis que ces parasites restaient aussitôt tranquilles , se contractaient en boule, et s'entouraient d'un kysle. Je reconnus aussi que toujours pendant que cette coque se forme, l'armature fiontale se dé- tache du corps du Gercnire, et reste libre dans la cavité de la capsule (1 ). Gelte armature subit donc le même sort que la queue (Ij OUo obsprvalinn , q\ii" j'ai publiée dans le Dictionnaire de physiologie SIR L\ PnOULCTKlN DES HELMINTHES. 67 iiMlaluire ili* iTs petits iiiiiniaux: tons les deux se détachent, et tombentdès que leur rôle est accompli. L'insliiiil qui porte li'stiercaires à immigrer de la sorte et à s'en- kyster est si puissant, que pour y satisfaire ces animaux se hâtent parfois trop, et semblent se tromper de route. Ainsi j'ai trouvé enkystés dans l'intérieur du corps de divers Crustacés d'eau douce (.Aselles et Crevettes des ruisseaux: des Cercaires qui ressemblaient exactement à ceux qui se logent dans le corps de certains insectes. Si ces Cercaires étaient destinés à se développer dans l'intérieur de r|uelque Vertébré à sang cliaud qui ne cherche sa nourriture que siu'la lerre, ils aiu'aieiil allcudu vainement dans leur kysie que leur hôte, habitant des eaux, sortit de ce milieu pour venir à l'air. Il arrive aussi (pie beaucoup de Cercaires l'ommencenl trop tôt à for- mer leurs capsules, cl iiianqueiit ainsi le iiut auquel ils sont des- tinés à tendre. Ainsi j'ai déjà dit ipic \eCercaria ephemera, après sa sortie ilu sai', s'attache souvent à la surface d'une plante ou de quelque autre corps é-tranger, et s'y enkyste; d'autres s'enkys- tent dans l'intérieur des Mollusques où ils ont pris naissance , quelquefois même dans la cavité de leur sac générateur (1). Stecnsirup regarde ce phénomène comme étant normal, et je par- tagerais cette opinion si les Vers enkystés étaient destinés à se développer dans le canal intestinal de quekpie poisson ou oiseau de marais. Bien que l'cnseinble de faits (juc je viens d'exposer ne se com- pose que de fragments de l'histoire physiologique de certains Tré- malodcs, on peut les coordonner pour en former un tout à l'aide de la loi des géiiéialioiis altenuiiiles établie par Steenstrup sur l'observation du mode de reproduction d'un grand nombre d'ani- maux inférieurs, crest ce ipie je vais faire. Nous savons par les faits |)rccédeininent établis que certains Trématodes dont les organes sexuels sont développés (tels que les Monostomes et les Distomes), produisent dans ces organes une (t. II, p. 669;, est facile à répéter, car les sacs cercarigères de ce Trématode sont exlrêmement communs chez nos Mollusques d'eau douce. (<) Steenstrup a décrit avec détail et figuré ces sacs cercarigènes qui con- tiennent des cercaires enkystés (loc. cil., p. 92, pi. 3, fifi. 6 m et C U). 68 SIEBOI.D. progéniliiic ((iiiiikisl-i' dV'Iresqiii n'ont pas d'appareil générateur, et qui ne ressembleiil à la mère ni par leur forme ni par leur mode d'organisation. Cliacun de ces jeunes se transforme en nn anin)al tout à fait différent, savoir en un sac eercarigère cpii offre les carac- Icres d'une nourrice agame, car il produit une portée de Cercaires sans le concours d'organes de génération. Les Cercaires, nés de ces sacs , diffèrent à leur lonr de leurs parents , mais se transfor- ment peu à peu, et liiiissciit par avoir la structure et la forme de leur aïeul, du Trémalodc souclic, i|uand leurs organes génitaux se sont développés. Cluupie iMuliryon, né de ces Trématodes , ne de- vient pas un nouveau Trématode sexué; mais au contraire , en se mélamorphosani, constitue une nourrice , laquelle, par la voie de la génération non sexuelle, produit à son tour un nombre plus ou moins considérable de nouveaux individus qui, en se développant, deviennent autant de Trématodes pourvus d'un appareil génital. Si nous suivons dans leurs diverses migrations les Ti'ématodes qui sont soumis à cette loi de générations allernanles, nous verrons qu'une foule d'accidents peuvent les empêclier d'arriver au but voulu, c'est-à-dire les empêclier de pénétrer dans les viscères de l'animal destiné à servir de résidence pour le Trématode. Ainsi , tantôt l'émigration ou rimmigralion de l'embryon infu- soriforme ou duCercaire caudifère ne s'effectue pas ; d'autres fois le moment où le Ver s'enkyste n'est pas convciialile ; d'autres fois l'insecte dans le corps duquel il s'est logé peut périr à une époque ou dans un lieu défavorable : de sorte que le Cercaire enkysté ne saurait arriver dans le corps de l'animal où son séjour est indis- pensable au développement de son appareil sexuel. Mais on voit aussi que, malgré les circonstances qui doivent entraîner la des- truction d'un si grand nombre de ces aiiiinaux, les Trématodes ont, aux divei'ses périodes de leurs générations alternantes, la faculté de se multiplier d'une manière excessive. La perpétuation de ces Vers se trouve donc toujours assurée; car le nombre de ces nourrices et de ces larves est si grand qu'il en reste toujours assez i]ui sur- montent tous les obstacles et arrivent à l'état sexuel parfait. L'iùsloire des Cercaires nous permet de com|ircndi'e certains pbénomcnesque les anciens helniinlliologistes ignoraient ou expli- SLK LA l'UODUCTIO.N DKS HKLMUNTHES. 69 (juaient d'une manière loul à fuit t'ausse. Ainsi on a sniixcnl Iruiivé chez les animaux et même chez riioninin, an milieu de la sulislanee des organes les plus variés, des llelminllies dont le dévelo|)|jement était incomplet. Et l'on ne pouvait comprendre comment ces Enfo- zoaircs, logés si profondément dans l 'organisme, avaient pu pénétrer jusque dans les parties sans issue au dehors pour y vivre et s'y multiplier. On s'imaginait alors iju'ils y étaient |)roduits par voie de génération équivoque au.\ dépens de la substance des organes qui les renfermaient. On croyait aussi que cette production de Vers expli(piail pourquoi on rencontre souvent en liberté, au milieu de la substance des organes , de jeunes Helminthes impar- faitement dévelo|ipés ; c'était encore , suivant ces physiologistes , descas de géiiéralion équivoque; mais en réalité ces ]ietils étaient des individus surpris au moment de leurs migrations, et qui étaient en train, soit d'entrer, soit de sortir ; ou bien encore des individus (|ui avaient trouvé dans ces organes un lieu de repos, où ils de- vaient attendre jusqu'à ce que leur hôte, dévoré par un autre ani- mal , leur permit d'achever passivement leur voyage de parasite. Beaucoup d'Helminthes errants pénètrent à travers le tissu des organes sans y rencontrer aucune résistance; mais d'autres finis- sent par s'y trouver enfermés dans une matière coagulable qui suinte des parties (]ue leur présence irrite. Dans le premier cas, le kyste se fait aux dépens du |iaiasile lui-inéme; dans le second, aux dépens de l'organe dans le(iuel ce parasite s'est logé. Ce dernier mode d'cnkystement se voit chez les Cercaires dont j'ai rapporté l'histoire ci-dessus; l'autie mode, c'est-à-dire l'enkystement aux dépens de l'organe protecteur, est très facile à constater chez les Vertébrés, parce que le kyste se trouve alors en connexion orga- nique avec les tissus circonvoisins et en reçoit des vaisseaux sanguins. On trouve dans ces derniers kystes ou capsules les Helminthes les plus divers, et (|ui doivent avoir les destinées les plus variées. .\iiisi beaucoup de ces Helminthes enkystés ne semodillentplus, elattendcul jnsi|u'à ce que leur hôte ait passé dans le canal digestif de quel(|ue animal de proie |ilus convenable à Iihu' développement ultérieur. l,es Ceri'aires nous ont fiiiuiil un exiMuplc de cette ma- 70 SIEBOLU. nière d'être. Il y a aussi un pelil Ver lilirornie ineoniplétement dé- veloppé, qu'on a ("lassé à lorl |)arrni les Helminliies adultes, sous le nom de Trichina spircUis, cpii reste pendant longtemps dans son kyste sans croître et sans acquérir des organes sexuels. Ce petit Trichina spiralis se trouve non-seulement dans la chair muscu- laire de l'Homme, mais aussi, entoun' d'iuie capsule ovaUiire d'un (juart de ligne de long, dans la peau de la poitrine cl du ventre de beaucoup de Vertébrés différents. Il est probablement destiné à passer un certain temps dans celte prison, et s'il ne devient pas libre par suite d'iuie migration passive, il y meurt sans avoir grandi el son cor|is se change en ime masse de même forme, mais d'appa- rence vitreuse, composée de carbonate calcaire, (^ette vitrilication, ou créti/îcation, a lieu aussi chez d'autres Helminthes enkystés qui meurent sur place ; mais la forme de ces petits Vers ne se conserve pas toujours comme chez la Trichina, et clumgc ou disparait plus ou moins complètement . D'autres Helminthes continuent à croître dans l'intérieui' de leur kyste, dont les parois leur fournissent les humeurs nécessaires à leur nutrition; mais les espèces qui sont destinées [lar la nature à acquérir leurs organes sexuels dans l'intestin de certains animaux déterminés ne peuvent achever leur développement dans l'intérieur de leur kyste, et doivent y languir, malgré leur accroissement, jusqu'à ce que leur hôte ait été dévoré par un animal de proie, dont l'intestin est la seule demeure où le parasite puisse airiver à son état uarfait. Je puis citer comme exemple plusieurs Vers né- matoïdcs, ainsi que des Cestoïdes. Dans une foule de Poissons, le foie est farci de capsules renfermant des Vers fdiformes, qui sont souvent assez grands, ayant plus d'un pouce de long. Les helmin- thologistes ont classé dans leurs systèmes ces êtres sous le nom d'Ascaris capsularis, de Filaria piscium et F. cysïica. Jamais je ne leur ai trouvé des organes génitaux développés, et, comme par l'ensemble de leur organisation ainsi cjne par leur forme, ils resr semblent d'une manière remarquable à certains Ascarides adultes et sexués , tels i\\\e V Ascaris osculala, VA . spicidigera,\'A. angvr lata, Vacula^cAc, qui habitent la cavité digestive des Phoques, du Cormoran , de la Grèbe , de la Mouette , et de divers qui vivent de SLll LA l'K0DUCT)O.\ UK6 IIIJ.MINTHES. 71 proie , on doil êlre disposé à penser qu'ils u|)parliennenl à l'une ou à l'autre des esiièces d'Ascarides doiil je viens de parler, et dont ils seraient les larves. Des recherches plus précises nous apprendront à (juelles espèces de ces Nématoïdes il faut rapporter ces Vers en- kystés , dont on a loi'mé jusqu'ici des espèces nominalement distinctes; car on ne saurait continuer à séparer spéciliquemenl les jeunes et les adultes d'une même lignée. Il est prohable aussi que V.-tscaris incisa tlg. 17 , qui, à l'état non sexué, se trouve enkystée dans le péritoine de la Taupe, doit arriver à son complet développement sexuel dans l'intestin de quelque autre animai. Il r('snlle de tout ce que j'ai dit ci-dessus ((uc la projjéniture des Helminthes se développe loin du séjour des parents, et, par suite de migrations plus ou moins coniiilcxes, parvient parfois à la fin dans lies lieux de niême nature que ceux hahilé's par eux. Pressés par l'instinct de n)igration, les cniliryons sortis de l'œuf ijuiltent le lieu de leur naissance, se disséminent en tous sens, cl protitent des occasions favorables pour pénétrer ot s'établir dans le corps des animaux. Il est évident que des milliers de ('CS embryons ne doivent pas arriver au but et périssent en route; car leurs mi- grations son! trop soumises au hasard pour qu'il en soit autrement. Il peut se faire nussi que l'animal, dans lef|ucl ils élisent leur do- micile tempoiaiie, soi! dévoré par un aninial de la même espèce que celui habité pur leurs parents, etdont ils sont euxi-mèmes sor- tis , circonslance qui entraînera égalemeni la mort de ces petits èlres. D'autres peuvent se loger dans des individus qui ne devien- dront jamais la proie des animaux, dont le canal intestinal convient au dévelu|i|ienient complet de ces parasites. J"en vois la preuve dans la pr(''S(Mice de la même espèce d'Helniinlhes enkystes chez des animaux de Uiiluiv très variée; et je considère les embryons, ipii uni nian(|iié ainsi le but que la nature assigne à leur migration, comme ('lanl des Vers qui se sont li-onipésdc roule. Je sais ipie les zoologistes sont peu disposés à adniêltre ([ue les Helminthes puissent se tromper dans leurs migralions, et l'on se fonde sur ce f|ue ces êtres, de uiênic que tous les autres animaux, sont doués d'iui instinct rpii les porte à ne rien faire d'inulile, el à agir toujours d'une manière conforme à leurs besoins , bien (pi'ils 72 SIKBOl,». ignorent le but où leurs aelitins Icndenl. Mais si cela était vrai, chaque embryon de Tœnia finirait par devenir un Taenia adulte, et les Ascarides, à raison du nombi'c incalculable de leurs reufs, se jnulliplieraient lellemcnt que les animaux où ils habitent ne pour- raient plus exister , et tous périraient : jeunes et parents. Or ceux qui s'occupent de la reciierche des Helniiiidies savent ([ue ces pa- rasites nesont pas aussi abondants qu'on pourrait le croire, d'après le nombre immense d'œul's ([u'ils produisent. Il est même très probable que la nature , en vue des grandes dilTiculfés que ces animaux ont à surmonter pour arriver à l'état adulte , les a doués d'une faculté reproducirice si extraordinaire, qu'il suffi! qu'un petit nombre d'individus errants arrivent à leur destination pour donner naissance à des milliers d'œufs. Par suite de l'exten- sion progressive de l'agriculture , de la destruction parfois com- plète de certaines espèces animales, de l'acclimatatidn et de la do- mestication, des modifications ont dû se produire peu à peu dans les habitudes de beaucoup d'Helminthes ; les choses ne doivent pas toujours se passer de nos jours comme dans les temps primi- tifs, et par conséquent nous ne devons pas nous étonner si les embryons de ces Vers sont siijcls à se tromper parfois dans leur voyage. Le Trichina spiralis , que nous avons mentionné ci-dessus comme ayant été trouvé dans les muscles de l'Homme , doit être considéré comme y étant aiTivi" par suite d'une erreur de ce genre. Il en est de même du Cysliccnpie du tissu ccWuhiiT Cysticercus cellulosœ) qui se rencontre assez souvent dans nos muscles et dans plusieurs autres organes, ("e Ver est une nourrice agame de Taenia : arrivé dans l'intestin de certains iMammifèrcs, il peut achever son développement, acquérir l'appareil générateur, et devenir un Tœnia. Le Trichina spiralis , trans|ilanté dans un lieu de séjour convenable , éprouverait également un développement analogue. Si l'on admettait que ces deux parasites, poussés par leur instinct, s'étaient logés dans le roi|is (le l'Hoinuic, comme ils se logent ailleurs , |iour y rester jusqu'à ce (|iic leur hôte soit df-voré par un animal carnassier déterminé, on arriverait ;i une conclusion que peu de mes lecteurs seront disposés à admelire. el ils penseroul , SLK LA PROUUCTIOS UES HELMIMTHES. 73 comme moi, que c'est plutôt parce que ces parasites se sont trom- pés dans leurs migratioiis. Beaucoup de jeunes Vers, dont les individus adultes habitent le canal intestinal d'un Manunil'èi'c déterminé, s'égarent ainsi en pé- nétrant dans d'autres parties du corps du même animal, par exemple dans les nmscles , dans le foie ou la peau , et ils y restent sans se développer , tandis que d'autres individus (|ui sont arrivés dans l'intestin y atteignent leur maturité sexuelle. Je citerais comme exemple le Triœnophorus nodulosus , parasite de Poisson , qui , dans le canal inleslinal ilu Brocliel et de la Perche, devient un long Taenia à organes sexuels bien développés , tandis que dans le foie des mêmes animaux , on trouve renfermés dans des kystes des in- dividus de la même espèce, mais qui sont toujours dépourvus d'or- ganes générateurs. Ces derniers sont aussi, à mes yeux, des para- sites égarés. Il arrive assez souvent à ces petits embryons d'Helminthes, qui errent à travers le corps des Vertébrés , de percer les parois des vaisseaux sanguins, et d'être entraînés avec les globules du sang dans le torrent de la circulation. En effet , j'ai souvent constaté la présence de ces cmliryons dans le sang des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons, et ou les a désignés sous le nom d'Hématozoaires (1). Ces petits parasites ne continuent pas à se développer dans le sang; ils n'y grandissent pas, mais quelques-uns d'entre eux, entraînés par le courant qui les charrie, peuvent parvenir dans les vaisseaux capillaires de certains organes , et y trouver un lieu de séjour con- venable à leur développement. Du moins , on peut s'expliquer de la sorte la jirésence de Vers intestinaux dans la substance du cer- veau, dans la moelle épinièreet dans l'intérieur de l'œil. Ces parties du corps sont protégées tantôt par des ns, tantôt par des membranes résistantes, qui n'y laissent aucun accès de l'extérieur; et cette clôture est si complète, qu'avant ladécou\erte des Hématozoaires (I) Dans mon article Parasites, déjà cité, j'ai rapporté les diverses observa- tions publiées jusqu'alors sur les Hématozoaires (p. 648); mais depuis lors de nouvelles recherches sur le même sujet ont élé faites par Hlclcer dans les Ar- chives de Mùller, 184S, p. SOI), Wedl (dans ses Beitragcn zur Lehre voii dm Hœmatozom, Vienne, 18 49), et Leydig [Archives de Millier, 1831, p. 227). Td SIEBOMt, on ne pouvait sVmpèclier de oroire (|n'il ('hiil impossible à des parasilos d'y p('n('li'('r du dehors, ol que ces animaux devaient s'y être prodnils par voie de généralion écpiivoque. Le ( '.ysticerque du tissu cellulaire, le Co^ure du cerveau, et l'Écliinocoque (£. homi- nis et E. veterinorum) (pi'on avait trouvé vivant dans l'intérieur du cerveau el de la moelle épinière de rHonnne et des animaux , constituaient un des arguments les plus piiissants des partisans de la génération équivo(|ue. J'ai donc soinnis ces Vers à l'épreuve de l'observation directe, et plus loin je rendrai compte des résultats de mes expériences à ce sujet. Il y a encore deux phénomènes (pii se lient aux migrations et à la génération alternanic des Helminthes, et qui ont passé inaperçus, mais que l'on constatera facilement aujourd'hui que l'attention est dirigée sur ce point. En effet , on ne trouve dans l'entourage des individus adultes que des renfs ou des embryons nouvellement éclos ; les autres périodes de développement nous manrpient com- plètement , et c'est toujours dans d'autres lieux que le développe- ment de la progénilin'e s'accomplit. Ensuite les essaims d'Hel- mintlies (pi'on saisit pendant leurs migrations se comiiusent toujours d'individus d'une certaine taille ; car ni les nourrices, ni les larves, n'émigrent ijuc lorsqu'elles sont arrivées à une grandeur déter- minée. Dans ce chapitre , j'ai exposé avec détail l'histoire générale des migrations et de la génération alternante des Helmintiies, afin de mettie le lecteur à même de me suivre lorsque , dans les chapitres suivants, j'aurais à parler du rôle des nourrices. Les faits précé- dents peuvent paraître à bien des persormes aussi neufs que sur- prenants ; mais le phcnoinène des générations alternantes n'est pas, en réalité», plus merveilleux que les métamorphoses. Nous sommes habitués depuis si longtemps aux pliénomènes de métamorphose tant cliez les animaux supérieiu's (pie chez les animaux inférieurs, que nous ne nous ('tonnons plus à la vue des chniigenients que la Grenouille éprouve dans le jeune âge, et nous trouvons tout simple (|ue la Chenille se transforme en une chrysalide, d'où s'é(iiappera ensuite unPa]iillon. .Ajais il y avait lui temps où ces métamorphoses élaientinconiuies flog iinluralistes, el (lù l'on attribuait la prucluc» SLR LA l'ItOULCTlON DES IIELMIXTHKS. f$ tloii des larves, aussi bien que des Vers, à la génération spontanée. Il ost donc à espérer que le moment arrivera où la génération si compliquée des Helminthes seia également elaire aux yeux dq tous les naturalistes. CHAPITRE II, VERS CESTOÏDES. Les Vers ruijanés, ou Cestoïdes, forment un groupe partieulier parmi les Helminthes, et ne parviennent à leur développement eom[ilet et à l'état de maturité sexuelle ipie dans le canal intestinal des Vertébrés. Ceux que l'on loneonlre fréquemment soit hors du canal intestinal, dans d'autres viscères, chez les Poissons, les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères, soit dans l'intérieur du corps des animaux invertébrés , n'ont jamais des organes géné- rateurs complètement dévelop|iés. Ils attendent dans cet état de stérilité une occasion pour ('migrer, et leur changement d'habita- tion s'effectue lors(|ue leur bôlc est dévoré pai' quel(pie Vertébré carnassier. C'est alors seulement que les Cestoïdes non sexués, parvenus d'une manière passive jusque dans un canal intestinal appi'oprié à leurdé'veloppcmenl ultérieur, acquièrent leur appareil générateur et deviennent aptes à [iroduire des œuls. l ne circon- stance remarquable se présente jiendant que ces parasites accom- plissent ce voyage ; ils traversent l'estomac des animaux de proie pour aller se lixer dans l'intestin sans être notablement endomma- gés, tandis que les parties molles de l'animal, dans le corps duquel ils se trouvaient logés, sont complètement digérées. Il existe une foule de faits qui d('moutrent l'exactitude de ce que jp viens d'avancer ; mais je me bornerai à citer les suivants •' Paps certaines localités, un Poisson delà famille des Sconibres, IcGaslerosteus aculeutiis.vsl liiibili' par un Tïpnia,qui y vit à l'état libre dans la cavité uliilominale. Le corps de ce parasite y acquiert parfois des dimensions considérables, surtout en épaisseur ; mais dans rinlcricur du Poisson, ce Ver, (pie l'on a appelé le Bolhrio- cephalus solidus, reste toujours incomplet, n'ayant ni organes gé- nitaux, ni les articles terminaux de son corps. J^e Gaslerosteuf egl 76 SIEBOLD. la proie d'une tbiile d'Oiseaux d'eau, qui portent tréquemment dans leur intestin un Tœnia qui est pourvu d'nn a[ipïireil générateur complet, et qui est désigné par les in'lniinlhologisles sous le nom de Bolhriocephalus nodosus. Or celui-ci n'est autre chose que le B. suliclus, parvenu à une [iériode de développement plus avancée ; son premier liôte, le Scumliéroïde, ayant été digéré dans l'estomac d'un Oiseau, il a pu passer, sain et sauf, delà cavité abdominale de ce Poisson dans le canal intestinal de son second hôte, l'Oiseau, et y achever son déveki]ipement sexuel , développement que l'on trouve d'autant plus avancé, que l'époque où s'est effectuée cette migration passive est plus éloignée. Depuis qu'on a reconnu ces relations entre le B. sotidus et le B. Jiodosus^ les helminthologistes ne considèrent plus ces animaux comme formant deux espèces distinctes, et conformément aux conclusions formulées par le doc- teur Creplin, qui le premier attira l'attention sin- leur parenté, on les désigne tous les deux sous un même nom spécifique, celui de Schislocephalus dimorphus. Il en est tout à fait de même du Lirjula simplicissima, qui vit en parasite dans la cavité abdominale de diverses espèces de Carpes, et qui y conserve toujours ses organes générateurs à l'état rudi- mentairc; tandis qu'après être parvenue, avec le Poisson qui lui sert d'hôte , dans l'intestin des (Canards , des Grèbes, des Hérons et autres Oiseaux aquatiques , il achève de se développer et ses organes sexuels arrivent à maturité. Dans les systèmes helmintho- logiques du siècle dernier, on donnait à celte Ligule adulte, par- venue aux diverses périodes de son développement, d'autres noms, et on l'appelait tantôt Ligula sparsa ou L. universalis , tantôt L. alternans ou L. interrupta. Beaucoup de Cestoïdes, (juand ils sont dans le jeune âge, se logent dans le foie ou dans le péritoine des Poissons, et déterminent dans le tissu d'alentour une irritation, accompagnée de la sécrétion d'une matière coagulable , hupicllc ct)nstitue plus tard une fausse mem- brane , et les enveloppe dans une capsule, de façon à les isoler du reste de l'organisme de leur liôte. La nainre cherche ainsi à débar- rasser les organes de ces parasites incommodes , dont nous avons déjà parlé sous le nom de Helminthes enkystés. SIR L\ PRODUCTION DES IIELMINTIIEP. 77 Les Cestoïdes enkystés de la sorte continuent, agrandir ; mais ils n'arrivent jamais à la maturité sexuelle, car ils n'ont pas encore trouvé un gile convenable [lourleur développement complet. Aussi lorsque l'animal dans le(|Ufl ils sont logés de la sorte vient à périr sans être dévoré par quelque Carnassier , ils trouveront aussi la mort sans avoirdonné naissance à d'autres individus. Les exemples suivants le montrent. Le lecteur se rappelle , sans doute , que le Triœnophorus nodu- losus dont il a déjà été question ei-dessus liabite l'intestin du Bro- cliefet de la Carpe quand il est à l'état adulte, qu'il affecte alors la forme d'un long Ver rubané, à organes génitaux complets, et qu'il ne se rencontre nulle part ailleurs dans cet état de maturité. Les helminthologistes attribuent encore d'autres habitations à ce para- site, et le signalent comme se trouvant aussi dans différentes espèces de Salmones ; mais dans ces derniers Poissons, il est tou- jours enkysté et logé soit dans le foie ou dans le péritoine , et tou- jours aussi dépourvu d'organes reproducteurs. J'ai eu dernière- ment l'occasion de vérifier ce fait, en examinant un grand noiidire de Truites (Saimo salvelinus) pèchécs à Konigsee , près de Berchtesgaden. Les organes des Poissons étaient farcis de kystes de diverses grosseurs, contenant des individus du Triœnocephalus chez aucun desquels les organes génitaux n'étaient développés. Ils attendaient évidemment que ce développement pût avoir lieu , mais cela ne devait s'accomplir qu'après leur migration dans le canal intestinal d'un Brochet ou d'une Perche, changement d'ha- bilalion qui d'ailleius i)0uvait facilement se faire dans ces eaux, où des Pdis.sons de proie, en nombre considiM'able, vivaient au mi- lieu des Truites où les jeunes Vers étaient renfermés, et qui en font la chasse. Lorsque le Triœnophorus noclulosus est parvenu à l'état adulte, il dépose ses œufs dans l'intérieur de l'intestin du Brochet ou de la Perche; mais ces œufs, qui n'éclosent jamais dans l'habi- tati(m de la mère, sont évacués au dehors avec les excréments Je n'ai pu rien constater relativement aux embryons qui doivent naili-e de ces reufs; mais s'il est permis d'en juger d'après ce qui se passe clicz d'autres Helminthes, nous devons croire que la pro- géniture (In Triœnophorus jtodvlosus ainsi formée possède l'instinct 78 SIEBOLD. d'éinigralioii , i|ui lu romliiira dans un lipii favorable à son déve- loppement ultôricnr. Je ne connais ni la l'oraie de ces embryons, ni leurs migrations; mais ayant trouvé dans le l'oie de ilivers Poissons (différentes espèces de Truites, le Gaslerosteus aculeatus, le Cottus gobbio, la Lotie, la Bletmie, ele;}des individus enkystés du T. no- didosus, i|ui étaient souvent assez avancés dans leur croissance, je crois devoir en conclure que la progéniture de ces Helminthes pé- nètre dans ces animaux pour y établir leur séjour temporaire, et y attendre rpie leiu' hôte soit dévoré par un des Poissons de proie sus-menlionnés. Je ne sais pas si l'entrée de ces |iarasites dans l'in- testin de leurs hôtes principaux (le Brochet ou la Perche) peut s'effectuer sans rinlcrmédiaire d'un hôte provisoire; cela me parait probable; mais s'il en est ainsi , il ne leur sera pas indifférent de pénétrer dans telle ou telle autre partie du corps de ces Poissons carnassiers ; si les jeunes Vers arrivent dans le foie ou dans le péri - toine du Brochet ou de la Perche , ils y subiront le même sort que lorsqu'ils se logent dans d'autres Poissons , car le canal intestinal des premiers est le seul gîte approprié à leur développement sexuel ; ils s'enkysteront par conséquent et y grandiront, mais n'y arriveront jamais à maturité, et la seule chance qu'il leur resterait pour devenir féconds serak (pie leur hôte devînt la proie d'un plus grand individu de son espèce. Les luêmes migrations et les mêmes erreurs dans le choix du gîte ortt lieu chez le Tœnia longicollis et le T. ocellata, qu'on ren- contre enkystés, hors du canal intestinal, dans le foie de divers Salmones et Percoïdes; son corps peut s'y augmenter et se seg- menter, mais reste dépourvu d'organes génitaux. J'appellerai encore l'attention sur le fait suivant : On trouve assez souvent le Triœnophorus nodulosus à l'état non sexué dans le l'oie du Gastrosteus aculeatus ; or les Brochets et les Perches ne chassent pas ce Poisson A cause do ses épines. Il en résulte que les jeunes Triœnophores se sont trompés dans le choix de leur gîte, quand ils l'ont pris dans le corps de ces Épinoclies. Les diverses espèces de Cestoides, que les helminthologistes ont rangées dans le genre Tetrarhyncinis, ne sont autre chose que des individus incompléteinent développés et non sexués, des Vers que SUR LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 79 les mêmes naturalistes ont placés dans d'autres genres, cl i|iic les successeurs de Rudolplii ont désignes sous le nom de Rhynchobo- thrium. Ainsi le genre Telrorhyiichus ne d(ii( pas être conservé ; il ne se compose, en elTel, que de j(nines individus de certaines espèces de Rhynchobothrium. L'extrémité ccplialirjue de plusieurs de cesTélrariiynques, avec ses quatre tronqies rétractiies armées de crochets, et ses quatre ventouses mobiles, ressemble si exacte- ment , tant par sa forme ((ue par son organisation , à celle d'un Rhynehobotliriitm , qu'on ne saurait conserver aucun doute sur l'identité spécilique de ces animaux. Le Hhynclwbothrium , à son état de développement sexuel, ne se trouve que dans le canal dig(;stif de la Raie et des Squales, et, sa progéniture pour arriver dans l'in- térieur de ces animaux voraces, |)rend, comme moyen de trans- port, les Poissons dont ceux-ci se nourrissent. Comme le Sipiale n'est pas difficile sur le clioix de sa nourriture, il n'est pas néces- saire que les jeunes Vers prennent pour hôtes provisoires telle ou telle espèce d'animal marin iiicn déterminée, pour qu'ils arrivent dans l'intérieur de ce Poisson. Aussi trouve-t-on des Tétrarhyn- ques , c'est-à-dire de jeunes liynchobolhrium , dans beaucoup d'animaux marins différents, dans la Sole, la Limande, le Rouget, le Trigle , le("ongre, des Mollusques coneliifères, et même la Seiche. Leur état enkysté montre qu'ils ne sont destinés à y séjourner que d'une manière temporaire; on voit aussi à leurs allures qu'ils ne sont pas encore chez eux : ils traversent les chairs, les parois de l'estomac, et les organes les plus divers du Poisson qui les loge, et se servent très habilement de leurs trompes rétractiles, qui sont garnies d'innondjrables crochets recourbés en arrière, et (jui sont d'excellents instruments de perforation. L'extrémité céphalique des jeunes Cestoïdes prend de très bonne heure la forme de la tèle de ses |iarents arrivés à l'état de complet développement. .V l'aide des caractères fournis par ces parties, on peut donc déterminer très facilement les Cestoïdes , loi's même qu'ils sont encore dans le jeune âge. D'après M. van Beneden, on désigne sous le nom de Scolex ces individus non développés et encore dépourvus d'organes reproducteurs , mais dont l'extrémité céphali(|uc a déjà sa l'orme définitive. Sous le rappoi't pbysiolo- 80 SIEBOLD. gique, on a comparé les Scolex aux larves des Insectes ; mais cette comparaison n'est pas à l'aljri rie la critique, car la larve de l'In- secte quitte l'œuf sous cette l'orme, et se transforme peu à peu en un individu apte à se reproduire; tandis que le Scolex n'est pas sorti de l'œuf sous cette forme, et ne devient pas lui-même un in- dividu apte à engendrer, mais produit, par la multiplication non sexuelle, un grand nombre d'individus pourvus d'organes géni- taux. Il y a donc ici non pas une simple métamorphose , mais des phénomènes de générations altcrnanles , dans lesquels le Scolex joue le rôle de nourrice (1). Il ne faut pas oublier, lorsqu'on étudie la vie des Cestoïdes, que tout Scolex, quelle que soit sa forme, n'est qu'un individu dans le jeune âge, et que l'embryon dont il provient a quitté l'œuf sous une forme toute différente. Les embryons des genres Taenia et Bothrio- céphale se ressemblent en tous points , bien que la [lortion cépha- lique de ces Cestoïdes diffère considérablement. Ces embryons (fig. 18, a) sont parfaitement bien adaptés au genre de vie qu'ils doivent mener, c'est-à-dire pour creuser et perforer. Ils se mon- trent, eu effet, sous la forme de corps arrondis, extrêmement petits, microscopiques mêmes, et à l'un de leurs pôles on voit saillir les pointes de six petits crochets ou griffes, dont deux placés au milieu du groupe et deux de chaque côté. Ces crochets^ fig. 18, 6,c,rf) sont ainsi disposés en trois paires , et diffèrent entre eux par leur forme, mais ceux de la même paire se ressemblent ("2). Lorsqu'on retire un de ces emiiryous des enveloppes de l'oeuf sans le blesser, (opération qui peut se prati([uer, si l'on presse avec précaution l'œuf entre deux plaques de verre, de façon à rompre la coque ren- fermant l'animal), on peut voir, à l'aide du microscope, (]ue son corps se contracte, s'allonge, se retrécil allernalivement, et que, (1) Pour l'intelligence de ceci, il est bon d'ajonler que dans l'opinion de l'au- teur les individus sexués sont constitués par les divers anneaux qui se déve- loppent à l'arrière de la tête , et qui constituent la portion rubanée du corps du Tsenia adulte, anneaux qui se séparent souvent et qui renferment chacun un appareil génital complet, ainsi que cela sera expliqué plus loin. R. (2) Voyez la description de ces petits crochets dans la Physiologie de Burdach, t. II, p. 204 (1837). ilH La l'RODlCTlON DKs HFI.MlNTIir.S. M l()rsi|tiH eNéciil(^ (■{'•; iiioiivpnipnls, rexlri'iiiili' minrc di^ six cro- chets, que je considère comme l'cxiréniilé antérieure du Ver, se, porte 1res loin en avant et sur les côtés. En observant ces ma- nreuvre*, on comprend t'acilemrnl comment le Cestoïde, encore si petit , peu! parvenir à pénétrer dans les parties molles d'autres animaux, et traverser même leurs orpaues dans fous les sens Ces embryons di^ (lesloïdes ayant réussi à iinniigrei' de la sorte, pl s'élant enkystés et niibés dans le corps d'im animai [lar l'inter- médiaire duquel ils |ieuvent être ])orl('s dans le canal intestinal d'un Vertébré, subissenl une mi'lamdi'plidse remarqualile , et passent de l'état embryonnaire à l'état lie Scole.e. En elTel, il se d(''veloppe dans l'intérieur de leur corps un oryane (pii prend peu à peu les caractères d'une tète de Taenia, et ipii ressemble toujours à celle propre à l'esiièci' dont cet endiryon descend. Lorsque le dévelop- pement delà tète s'est accompli, celle-ei peut smiir de l'intérieiu' du corps de l'embryon en se renversimt comme un doifjt de oant , et alors le jenne Ver devient un Siolex ( lii;' 19 1. L'idée la pins juste que l'on puisse se t'ornirr de tont ce développement du Scolex est de l'assimiler à la l'ormalinn d'im bouriicon iiilerne. Les anciens lielmiiillidioLiisles ceu plus d'un côté que de l'autre ; ce qui fait (jue les six crochets s'écartent d'une manière irrégulière (lig. 26) ; cette armature cesse en même temps de fonc- tionner et devient inutile : elle n'entre pour rien dans la formation de la couronne de crochets du Scolex. H est évident que ces em- brvons de Taenia étaient parvenus par émigration dans le corps des larves deTéncbrions, et y avaieni pénétn'', comme le pense Stein, en traversant les parois de l'estomac de lein's hôtes ; car ce natu- (1) Voyez Beitratje :ur Enlwicklungsgeschichte der EingeweidewUrmer, par Stein, dans le journal que je publie avec .\1. Kôlliker, intitulé; Zeilschrijl fur wisseiiSclialViclie Zoologie, l. IV, p. 207 (1853). SLR LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 8$ ralisti' il trouvé plusieurs fois dans la cavité de l'estomac de ces mêmes hirvcs des cnilirvons qui , à en juger par leur aspect, ve- naieut de sortir de l'œul'. Il est donc probable que ces jeunes em- bryons sont arrivés dans l'estomac des larves de Ténébrions avec la nourriture de ces animaux, et qu'après avoir percé les parois de ce viscère, à l'aide de leurs six crocbets, sont parvenus dans la cavité abdominale de leur hôte. Celui-ci leur fournissant un gîte temporaire convenable, ils y accomplissent leurs fonctions en produisant dans leur intérieur un Scolex. Le but de la migration de ces embryons est alors atteint, et c'est pour cela (juc leurs organes periorants tombent , et qu'eux-mêmes ne jouent qu'un ri)le secondaire, le l'ùle principal élanl dès lors dévolu à la nour- rice en forme de Scoli'X, qui s'est développée dans leur intérieur. Celle nourrice est elle-même neutre; mais elle produit aux dépens de la snbslaucc de son corps des individus sexués, lorsipi'elle se trouve dans les condilions favorables, c'est-à-dire dans l'intestin d'un animal vertèbre d'une certaine espèce , et non pas ailleurs. La nourrice ccstoide doit donc alors émigrer à son tour jiour aller dans l'intestin de son bùle jirincipal (1 j , et pour cela elle n'a qu'à rester en place, en attendant que son hôte intermédiaire ait été mangé par le Vertébré, dans l'intestin duquel elle est destinée par sa nature à achever sondévelo|)penient, et à engendrer une nouvelle progéniture. C(^ \'erlébré ne nousesl pas encore connu, et par con- séquent je ne puis parler d'une manière positive de la dernière période du cycle pliysiologique de ce Cesloide ; mais voici quelques faits qui nous meliront peut-être sur la voie de cette découverte. Plusieurs petits mammifères, tels que les Rats et les Souris, man- gent volontiers les larves de Ténébrions ; il en est de même de divers oiseaux. Il, est aussi à noter que les Ténébrions, après l'achèvement de leurs mé'tamorpboses , peuvent devenir la proie destJhauvcs-Souris, des Hirondelles, etc. On arriverait donc peut- èti'e à combler la lacune qui existe dans l'histoire des parasites observés par iM. Stein, en comparani atlentivcment ces Scolex du (Ij L'auteur désigne toujours sous le nom û'hûle principal l'animal dans l'intérieur duquel t Helminthe devient apte a produire des œufs, et par consé- quent a se multiplier par la génération sexuelle. (R.) g/t SIEROI.D. Ténébrion avec l'exlrémilô réplinliqiic des Taenias trouvés dans l'infeslin de ces Vertébrés. Plus ancieniiement, j'avais t'ait moi-même une observation qui a été complétée par le docteur Meissner , et qui vient à l'appui des recherches de Stcin (1 ;. En effet, j'ai trouvé dans la substance du poumon d'un mollusque terrestre {VÀrion empiricorum), un grand nombre de Scolex enkystés, dont la forme delà tête prouvait qu'ils étaient des Cestoïdes. Mais la forme de ce Tœnia nourrice est tout autre que celle des Scolex trouvés dans les larves de Téné- brions. Son extrémité céjilialique reste toujours renfoncée dans la portion abdominale courte el peu développée du parasite (fig. 20 et 21 ). Bien que je n'aie jamais trouvé de ces animaux en voie de formation, on voit, par la disposition de toutes les parties du Scolex renfermé dans l'intérieur de son réceptacle, que la tête a été [iro- dnite par une bouture interne, analogue à celle précédemment dé- crite chez le Scolex du Ténébrion. L'existence des six crochets restés sur la surface de l'abdomen , mais pas implantés dans la substance du corps de ces Scolex rétractiles, montre aussi que ces Vers provenaient réellement des embryons de Toenia, et c'est au docteur Meissner qu'appartient d'avoir constaté la présence de ces appendices (2). On voit donc que ce Scolex enkysté est tout à fait semblable aux nourrices de Taenia des larves de Ténébrions, si ce n'est que son extrémité abdominale ne se prolonge pas en forme de queue. Il est évident que ces parasites ont dû arriver dans le pou- mon de la Limace sous la forme ordinaire des Taenias qui sont en train d'émigrer ; mais, quoique j'en aie trouvé très fréquemment, je n'ai pu reconnaître encore quelle est l'espèce de Cestoïde qui fournit les embryons dont ils proviennent , ni dans quel cas est le Vertébré dans l'inteslin duquel ces Scolex doivent arriver pour produire les individus sexués (3^. (\) Voyez mon Mémoire surlesgénéralions alternantes des Cestoïdes, Zeitsch. fur ivissench. Zoologie, 1 850 , p. 202 , et Annales des sciences naturelles, t. XV, p. 177 (1851). (2) Zeitsch. fUr wissensch. Zool., 1854, p. 383. (3) J'ai trouvé très fréquemment ces Scolex enkystés dans le poumon de la Limace rouge {Arion empiricorum), non-seulement à Brisgau, mais aussi en Silé- SLR LA PKODLCIIO.N Mbh 11LLMIMI1I>. 85 Lrs individus sexués des Cestoïdes sont, connue on le voit , les articles adultes de ces mêmes Vers ; car c'est dans l'intérieur de ces arlicles (|ue se développent les orsianes mâles et femelles, par les- (jiiels les (l'uCs nécessaires à la conservalion ). Les anciens naturalistes avaient parfaitement raison de considérer les divers articles isolés du Taenia comme autant d'individus distincts ; mais ils commirent en même temps une grande erreur, lorsqu'ils disaient que le Cestoïde multiarticulé résulte de l'agglomération de ces Cucurbitains bout A bout, car c'est absolument l'inverse qui a lieu : les Cucurbitains, au lieu de se réunir après avoir été isolés, sont produits par la désagrégation des articles primitivement agrégés. La première o[iinion des naturalistes touchant l'individualité des articles associés aux Cestoïdes était juste, et a été corroborée par ce fait que les helminthologistes modernes ont parfois décrit comme autant d'espèces de Vers des articles du Taenia isolés, et dont l'ori- (1 ) Voyez ses Co/isiderazioni ed esperienzi intorno alla generazione de i'ermi del corpo humano. Padova, 1710, p. 63. (2) Voyez Traclalus de Ascaridibus , et Lumbrico lato. Lugd. Batav., 1729, p. 37, 56, etc. (.3) Voyez les Gœlingischen anzeigen von gelchrten sachcii, 1 774, n" I 54. Blu - menbach considérait les petits articles antérieurs de la chaîne d'un Tienia comme étant les plus âgés; et la raison qu'il alléguait pour expliquer leur petitesse, rela- tivement aux articles postérieurs , était que les premiers n'avaient pas pu s'ap- proprier la nourriture qu'ils avaient prise , les autres la leur ayant soustraite par succion. A cette occasion , il compare ces Vers à certains enfants dont les plus nouveaux ne cessent pas d'extraire de leurs prédécesseurs ce que ceux-ci avaient déjà puisé ctiez leurs devanciers. SLR LA l'KODlCTlON DES HELMINTHES. T I gine leur était inconnue. Ainsi le Ver singulier que Diesing a dé- crit sous le nom de Thysanosoma aclinoides, et qu'il a trouvé dans le canal intestinal d'un Cerf du Brésil, a d'abord excité beaucoup d'inl(Wèl parmi les naturalistes; mais dernièrement ce même auteur a reconnu que ce parasite n'était autre chose qu'un article isolé (un proglotlis) (\{\ Tœnia fimhrinta ([ui liabite rinteslin de ce Cerf (1). M. Dujardiu aussi a décrit des articles de divers Taenias comme des espèces d'un genre nouveau , auquel il a donné le nom de Pro- glotlis 2), bien qu'il ait vu que ces Vers provenaient du Taenia; il était tellement convaincu de leur individualité, que, dans son système de classification , il les en sépara génériquement fS). Mais depuis qu'on s'est familiarisé davantage avec les phénomènes des généra- tions alternantes, et qu'on sait qu'un animal peut naitre d'un parent d'une forme toute différente de la sienne, les relations entre ces manières d'être d'une même espèce sont mieux comprises, et les helminthologisles (■(immencenlà marcher franchement dans la voie nouvelle , et à cousidérfM' les Cesloïdes comme étant des colonies d'animaux. Cependant les naturalistes ne se sont d'abord décidés que bien diflicilcment à adopter les vues ipii, depuis le temps de Blumenbach, axaient été un sujet de plaisanterie. Ainsi M. F. -S. Leuckart , tout en reconnaissant la véritable nature des Cesto'ides articulés, s'exprima de la manière suivante, probablement pourne pas trop cho(|uer les préjugés de .ses contemporains : « Je suis même porté à considérer les Vers cestoïdes articulés comme des organismes dont chaque memfire formerait un individu distinct, et le tout un animal composé, ainsi que plusieurs zoologistes distin- gués l'ont (111 jadis 'li . » Après que Steen.strup fut revenu sur ce sujet , et eut considéré les Tsenias comme des animaux compo- sés ''5 , .M. Van Beneden , dans une exci'lleule monographie, a dé- monlré l'exactiturle de ces vues en s'appiiyant sur les exemples les plus frappants, et en donnant des animaux dont il parle des figures (t) Systema Ihlminthum , I, p. 501 (1850). (2j Annales des sciences naturelles, i' série, t. XX, p. 341 (1843). (3) Histoire naturelle des Helminthes, p. 630, pi. 10, fig. A, B, C. (1845). (i) Versuck einer nalurgemà*sen Eintheilung der Helmenthiii, I S27, p. 21 . (5) Lnc. cit., p. 114. 88 MEBOI.U. très exactes (1). Lorsqu'on jclLc les yeux sur les ligures queCoulet a (loiuKîes Jes nrlieles isolés lou proglottis) du Tœnia solium dans leurs divers mouvements et leur élat de eontraetion ou d'extension (fig. 22), on ne peut se défendre de l'idée que ce sont bien des individus iodi-peiKhoils. Les ;irlieles isolés c'est à-dire la t'ormc proglottidienue) des autres espèces de Tieiiias se comportent exac- tement de 0iêmc. Enlia l(;s genres Eche.neibothrium, Phyllobo- thrium, Anllwbollirium^Onchobuthriuni, Calliobothrium et Tetra- rhynchus, que Van Benixien a décrits avec leurs articles nettement indiqués, sont alisoUunent dans le même <;as, lorsqu'ils sont à l'élat de Proglottis (2j. Étant amené de la sorte à considère)' les Cesloïdes comme des animaux agrégés, on peut comparer un Ta?nia avec ses nombreux segments à un Polypiaire composé, bien qu'il y ait entre ces êtres multiples des dit'lérences importantes à noter. Kn effet, dans le Polypiaire ('omiiosé, les individus gei-menl en différents sens, soit les uns vis-à-vis les autres, soit les uns sur les autres, de soj'teque, selon les genres, la forme de l'agrégat varie ; celui ci se ramitie, devient foliacé, s'étend en manière de croûte, ou constitue une masse arrondie; tandis qu'au contraire, chez les Vers ruba- nés, les individus ne se développent sur le corps maternel que dans un seul sens et en une seule sc'ric à la suite les uns des autres. Le lieu où cette multi|ilicaliou s'opère, et que l'on pourrait appe- ler \c champ reproducteur, est l'extrémité abdominale de la nour- rice à l'état de Scolex. La génération alternante de ces Helminthes présente cette particularité (pie la nourrice conserve toujours son activité refiroductrice et son indépendance , tandis que les autres animaux à générations alternantes périssent après avoir donné nais- sauceàune nouvelle génération, ou Imi'u continuent simplement à vivre avec sa progéniture. Nous devons donc considérer la tète de chaque Ver ridiané (1) Les fers cfsloK/is, 1850. 11 esl à regreUer que M. Van Beneden, dans ses rechercties , se soil liorné à l'étude des scolex et des proglottis des Cestoïdes , et qu'il ne les ait pas étendues au développement de leurs embryons. (2j toc. cil., fi^'. 2 à )6. SIR LA PRODUCTION DKS llKL.MlNïHtS, 8Î^ comme appartenant m la nourrice, ipii continne ;'i vivri' el à se innl- tiplier. Le col du T-.enia est l'extrémité abdominale de celte nourrice à l'état de Scolex , et à la suite de ce col on voit toujours chez les Cestoïdes un dévelopiienienl continue d'articles s'effectuer. Une série non interrompue de nouveaux individus pousse ainsi, d'avant en arrière, à l'extrémité du col du Tsenia, et peu à peu les articles qui conslilucnt ces individus grandissent, et devicimcnt de plus en plus distincts, par suite des rides transversales (pii les séparent entre eux. (^es rides transversales sont d'aliord très serrées et à peine visibles; mais à mesure (pi'ils s'allout^cnt, et (|ue de nou- veaux articles , se développant toujours en arrière du champ pro- ducteur I ou région céplialiipie du Tasnia), les éloignent de plus en plus de leur lieu de naissance , ces lignes de démarcation devien- nent de plus en plus distinctes , et les segments ou individus ac- quièrent chacun leur forme propre ( tig 23 ). Plus tard les rudi- ments d'un appareil générateur hermaphrodite se montrent dans l'intérieur de chacun de ces articles, et cet appareil est d'autant plus avancé en maturité que l'article auquel il appartient est situé plus loin en arrière du cou; car la production non interrom- pue de nouveaux articles éloigne toujours les anciens de plus en plus de la tète , et le rang d'aînesse de ceux-ci corresiiond à la place qu'ils occupent dans la série. Kidln les anneaux adidies se séparent de leurs frères puînés, et deviennent des individus indé- pendants. Je dois dire cependant rpio le développement des articles n'est pas toujours aussi complet (pie chez certains Cestoïdes ; les indivi- dus ainsi constitués n'offrent pas d'une manière aussi distincte la forme de Progloltis. Chez les Taenias , les Tétrarhynques et |)ln- sieurs autres Ostoïdes, dont l'extrémitc' céphali(|ue est armée de suçoirs et d'une couronne de crochets, ce développement est com- plet, et il y a produclion de Proglottis parfaits et indépendants. Danslegem-e Butlirioci'pliali', les articles arrivent aussi à être bien délimités, mais n'ont (pie peu de tendance à s'isoler complètement. Chez le Triœnophorus la division en articles est moins prononcée , et chez la F.igide elle est encore plus incoiiqdèle , car elle n'est in- dicjuéc que sur les côtés par des rides Iraiisvci'sales à pdne per- 9b SIEBOLD. — SUR l„\ PRODUCTION DES HELMINTHES. ceplibles; de sorte que chez ces Helminthes le corps de la nour- rice , développé en l'orme de ruban simple , offre dans son intérieur un grand nombre de groupes d'organes génilaiix hermajihrodites, sans que ces groupes soient circonscrits dans des articles distincts. Sous ce rapport, une Ligule, considérée comme nii animal composé, peut se comparer à certains Polyi)iaircs dans lesquels les individus sont également moins indépendants et s'isolent par des troncs communs. On n'est [las encore parvenu à coiislaler la durée de la période pendant laquelle l'extrémité céphaliiiue d'un Cesloïde peut jouer le rôle de nourrice , ni le nombre d'individus sexués qui peuvent en naître dans telle ou telle espèce; mais, chez plusieurs Cestoïdes, le nombre de Proglottis produits par un seul de ces Scolex nourrices doit être énorme , car on sait , par l'observation directe , que plu- .sieurs de ces Vers , après avoir laissé tomber beaucoup d'articles chaque jour pendant des mois entiers , durant lesquels ils étaient restés fixés dans le canal intestinal , en portaient encore plusieurs centaines au moment oii ils avaient été ex|)ulsés au dehors. D'un autre côté, il est difficile de décider si les Vers cestoïdes qui habi- tent le corps de l'homme et des animaux peuvent ou non , après la production d'une série de Proglottis , suivie d'un certain temps de repos , recommencer à en former , car on ne peut être certain que les deux séries d'articles aient été produites par la nièmc nourrice, et que la seconde partie ne provienne pas d'une nouvelle nourrice qui aurait réussi à se loger dans l'intestin déjà habité par un autre Ver de la même espèce. (La suite à un prochain cahier.) MÉMOIRE LA FONCTION GIACIX; KN IQUE DU FOIE, Pnr le D' L. FIGUIER, Agrt-gr (le cbiniic à l'Ecole ilf pli:ii macif lii" P;irii, etc. Lu à l'Académie des sciences le 27 août 1fî55. La théorie physiolof;iqiie(|iii iicconlc avi l'oie la loiictioii de sé- créter du sucre repose uiiiquciiieut, ainsi (ju 'on l'a déclaré dès le début de cette discussion , sur l'absence du sucre dans le sang de la veine porte chez un animal en digestion de viande. L'auteur de cette théorie déclare, conformément à ses travaux antérieurs, que, « chez un Chien en digestion de viande cuite ou crue, il n'y a pas de sucre dans la veine porte, ni une lieure, ni deux heures, ni trois heures, etc., après le repas (1 1. » Cette assertion se trouve repro- duite en ces termes dans un ouvrage récent du même auteur : « Quand on dit que, clicz un Carnivore, il n'y a pasde sucre dans » le sang de la veine porte, ce n'est pas là un résultat moyen fourni «par beaucoup d'expériences dans les(|uelles on aurait Irouvé » quelquefois des résultats opposés. C'est une expérience constante » et absolue, ('{jamais, quand elle est liien faite et dans les condi- » tions indiquées, il n'y a du sucre dans le sang de la veine «porte ^^2^ » D'autre part, j'ai affirmé, en m'appuyaiit sur plus de trente expériences faites sur des Chiens soumis au régime exclusif de la viande, et saignés à la veine porte pendant la digestion, que, dans le sang de; la veine porte d'un animal placé dans ces conditions, on peut toujours, à l'aide du rc'actif de Frommlierz, reconnaître la présence d'un |irincipe sucré. (1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, l. XL, p. 717. (2) Leçons de physiologie expérimentale, par M . Cl. Bernard, 1 85b, p. 489, 92 I/. FlIiUlliU. MÉMdlItE L'Acadéiiiif ;i coiitié à une commission le soin de juger ces faits contradictoires, afin de terminer ce débat et de fixer l'opinion des pliysiologistes sur une question (|ui avait vivement {)réoccupé le monde savant. Dans la séance du 18 juin, l'Académie a entendu la lecture du travail de la conunissioii. Conloruiémeiit aux laits dont j'eus l'honneur de la rendre témoin pendant l'expérience à laquelle je fus convoqué, la commission reconnaît qu'il existe dans le sang de la veine porte d'un animal qui a pris un repas de viande, un principe qui réduit la liqueur de Fromndierz, c'est-à-dire le tar- trate de cuivre dissous datis la potasse. Mais elle ajoute qu'à ses yeux ce phénomène de réduction est insuffisant pour caractériser le sucre, et que la fermentation peut seule fournir une conclusion rigoureuse sur la nature de ce principe. Reconnaissant toutefois que la question relative à la sécrétion du sucre par le foie n'était pas encore résolue , la commission a bien voulu engager les personnes qui se sont occupées de ces travaux à continuer leurs l'echerches. Je me suis fait im devoir d'obéir au vœu exprimé par l'éminent iap|)orteur de la couunission, et je viens coumuuu()uer à l'Acadé- mie le résultat de mes nouvelles expériences, résultat qui n'était |tas d'ailleui's dilhcile à prévoir. Lorsque, en efl'et, j'ai annoncé l'eNislence d'un principe sucré dans le sang de la veine porte, en m 'appuyant sur le caractère po- sitif fourni pai' le réactif cupro-polassique , je me conformais au mode lie recherche qui était alors en honneur. Dans toutes les ex- périences publi(iucs qui ont été faites depuis six ans, relativement à la recherche du sucre , aussi bien pour le cas considéré ici que pour tous les autres, c'est au réactif de Frommherz (jue l'on avait l'erours. La lernu^nlation était sans doute invo(iuée comme moyen de contrôle dans le cours des recherches de laboratoire ; mais on avait, avec raison d'ailleurs, une confiance entière dans le réactif cupro-potassiipie,el l'on posait notamment eu principe quel'absence de réduction par œ réactif était une preuve absolue de l'absence du sucre dans le liquide examiné fl). Je me plaçais donc bien au cœur (I) En 1833, l'auteur de la théorie glycogénique exprimait ce fait en ces termes dans sa thèse Hur iu nouvelle fonction du foie : « La réduction du tartrale de cuivre Sl'R LA FONCTION ULHCOGEXIQI'K 1)1 l'on', 93 de la question en annoni,anl ({ue, cunlraircnienl ;i co (jni ;i\;iil Ou'- professé jusqu'à ce jour, il existe, dans le sang de la veine porte d'un animal en digestion de viande, un principe qui réduit facile- ment la liqueur cupro-potassique ; ajoutant que l'erreur qui avait été commise sur ce point tenait à la présence , dans le sang de la veine porte, d'une matière albuminoïde, qui a pour effet d'empê- cher la réaction (|ue le glycose exerce sur la li(|ueur de Fronun- herz. On a déclaré, à la suite de mon travail, (pie le liquide cupro-potassi(|ue, proclamé naguère coninie infaillible iiour établir l'absence du glycose, est un réactif infidèle ou iiisuflisaut, et que la fermentation est le seul caractère à invoquer. J'ai accepté sans difficulté la question posée en ces termes, persuadé que, puis- qu'une chimie attentive avait pu signaler la cause de l'erreur où la physiologie était tombée, relativement à l'emploi du liquide cupro- potassique pour la recherche du sucre dans le sang de la veine porte, elle pourrait également réussir à dévoiler la circonstance qui mettait obstacle à la fermentation ;dcooli(|iie du même produit. I. La chimie a fait connaître la liste d'un grand nombre de sub- stances qui, ajoutées à un liquide sucré, ont la propriété de s'oppo- ser à l'action du ferment; même en quantité très faible, elles mettent obstacle à la transformation du sucre en acide carbonique et en alcool. Mais il suffit de faire disparaître ces produits, grâce à » dissous dans la potasse, en présence du glucose, est un caractère empirique qui » n'offre pas sans doute une valeur absolue comme la fermentation alcoolique, pour » constater la prénenceàa glucose. Mais il n'en est plus de même quand il s'agit de r constater r(i6sfnce du même principe sucré; si la rétluclion manque, on peut » conclure avec certiludi' qu'il n'existe pas de traces de glucose dans le liquide où » on le cherche. » (A'ouve/le fonction du foie, par M. Cl Bernard, p. 23.) Le même physiologiste disait encore en 1834, dans ses Leçons de physiologie expérimentale , qui viennent d'être imprimées : « Leur caractère absolu ( il est » question du réactif de Frommherz et de la potasse) n'est qu'un caractère né- > gatif, c'est-à-dire que l'on peut affirmer que toute liqueur qui ne produit pas avec » eux les réactions indiquées ne contient aucun des sucres de lu deuxième espèce. » ILeçon du 26 décembre (834, ouïr, cité, p. 39.) SJJ t. FIGUIER. — MÉMOIRE un réactif approprié, pour voir la fermentation, jusque-là empêchée, se manifester aussitôt. C'est un fait de ce genre qui se présente pour le sucre contenu dans le sang charrié par la veine |)orte, pendant la digestion de la viande. Ce principe ne fermente |)as directement, mais il suffit de le faire bouillir deux on trois minutes avec un acide étendu , c'est-à-dire avec quelques gouttes d'acide sulfurique ou azotique , et de saturer ensuite exactement l'acide par un carbo- nate alcalin , pour que la fernienlalion alcoolique puisse se mani- fester par le contact de la levure de bière avec sa dissolution. L'expérience que nous allons rapporter mettra ce phénomène dans tout son jour; elle a d'ailleurs l'avantage de répondre à toutes les objections que l'on pourrait élever, telles que le reflux du sang du foie dans la veine porte, et l'insuffisance du temps du régime animal. Un Chien de forte taille , nourri depuis huit jours de viande de cheval, a pris un repas composé de cette viande cuite. Six heures et demie après ce repas, on a fait sur l'animal vivant la ligature de la veine porte , en opérant comme je l'ai indiqué dans mon deuxième mémoire; le sang, défibriné, pesait 700 grammes. 600 grammes de ce sang ont été traités par deux fois et demie leur volume d'alcool à 36 degrés. Séparée du coagulum rouge dû à l'action de l'alcool, et acidulée par un peu d'acide acétique, cette liqueur a été évaporée à siccité au hain-maric. Le résidu , bien sec, a été repris par l'eau distillée , et passé à travers un linge pour le séparer du dépôt albumineux formé |)endant l'éva- poration. La liqueur ainsi obtenue a été divisée en deux iiarties égales. La première partie a été mise, directement et sans traitement particulier, en contact avec de la levure de bière; elle n'a donné aucun signe de fermentation. La seconde a été tenue en ébullition, pendant deux ou trois mi- nutes, avec cinq gouttes d'acide azoti([ue ordinaire. La liqueur, qui était trouble, et passant très difficilement à travers le filtre, a donné , par l'ébullilion, un dépôt de nature albumineuse ou ca- séuse, et s'est subitement éclaircic en prenant une belle teinte jaune. Neutralisée ensuite très exactement par un peu de carbo- SLR LA FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE. 95 nale de soude en poudre, et mise en contact avec de la levure de bière bien lavée, elle a donné , au bout d'un quart d'beure, des signes de lermentation qui ont conlinué ijendanl plusieurs heures, en ayant la précaution de maintenir l'appareil près d'un fourneau un peu cli;md. Le gaz recueilli élail ciitièren]cnt absorbalilc i}ar la potasse. Quant au li(|ui(le, on l'a placé dans une pelilc cornue, et l'on en a recueilli, parla distillation, environ le cinquième. Pendant cette dislillatioii, il a été facile de reconnaiire, dans le récipient où les vapeurs se condensaient, une odeur alcoolique bien carac- térisée. Le ])roduit de cette distiilalion ayant été placé dans une cornue plus petile, on a rectifié de manière à ne recueillir que les sept ou huit prcuiières gouttes du produit. Dans cette reclilication, l'odeur akouliquc s'est encore manifestée avec évidence. Knfin, ce dernier liquide, additionné de quelques gouttes d'une disso- lulion de bichromalc de potasse el d'un peu d'acide sulfurique, poi'lé cu.suile à rébuUilion , s'est coloré en vei'l, el a conservé, après l'ébulliliou, une légère odeur d'aldéhyde. Je me permets de recommander aux opérateurs cette manière simple et éminem- ment sensible de reconnaître lapré.sence de l'alcool. Lorsque ce li- quide existe en quantité trop petite |i(iin- pouvoir être enflammé, la constatation de l'odeur caractéiistiipie de l'esprit-dc-viu dans le récipient où viennent se condenser les vapeurs, aussi bien que la coloration en vert par la réduction du bichromate de potasse, est un moyen qui permet de reconnaître les plus faibles traces d'alcool. L'expérience que nous venons de rapporter est démonstrative, puisque l'on voit le même sang de la veine porte qui n'avait point donné directement de signes de fermentation, présenter ce phéno- mène dès (pion le soumet à l'action de (pielques gouttes d'un acide étendu. On peut conclure de cette expérience, que le principe sucré qui se forme |ieudiiiit la digcstidii de la viande s'accompagne, dans la veine porte , de quchpjc substance étrangère qui met obstacle à la fermentation alcoolique. Pour faire apparaître le sucre avec toutes ses propriétés, il faut le débarrasser, par l'ébuUition avec un acide, des matières étrangères qui l'accompagnent; de même que, pour obtenir à l'état de pureté un produit mêlé à d'autres 96 !.. Fltil'lEK. MKMOinF, matières oi'Kaniques, il liiiil, |i;h' drs réactifs appi'dpriés, par le sous-acétate de plomb, |)ar exemple, éliminer les autres substances organiques. Ici le sous-acétate de plomb ne saurait être employé, car il précipite en partie le glycose contenu dans le foie et dans le sang, comme je l'ai montré dans mon premier mémoire. Ainsi, le principe sucré conlenu dans la veine porte n'est pas seulement masqué par une substance étrangère au réactif de Frommherz, il est également soustrait, par quelque cause du même ordre , à l'action du ferment. C'est parce que l'on a mécoimu ces deux circonstances , (jue l'existence d'un principe sucré dans le sang de la veine |)orte estreslée jusqu'ici inaperçue. Ajoutons enfin que si le sucre pris dans le foie et dans les veines hépati(]ues a la propriété defermenler directement et sans l'intervenlion préalable d'un acide, cela lient sans doute à ce que ces produits étrangers, charriés parla veine \Hn'U' iiendant la dipesliou , et (pii mettent obstacle à la fermentation du sricre, ont disparu du l'oie, à la suite du temps et des mutations physiologiques dont cel organe est le siège. J'ai répété plusieurs fois l'expérience qui précède, avec cette différence que je ne partageais pas en deux parlies le liquide, (jui était consacré tout entier à constater le phénomène de la fermenta- tion, grâce à l'éliullilion préalable avec quelques gouttes d'acide sulfurique ou azotique. Dans toutes les expériences exécutées de celte manière, en agissant sur 300 à ûOO grammes de sang de la veine porte de Chiens soumis depuis une semaine au moins à une alimenlalion exclusive avec de la viande de cheval , et opérés de cinq à six heures après le re[ias , il a toujours été possible de con- stater, par l'action de la levure de bière, le dégagement d'une cer- taine ipiaïuilé d'un gaz absorhahle [lar la potasse, d'ap|)récier d'une manière très manifeste une odeur alcoolique dans le récipient où venait se condenser le produit des deux distillations, et de constater avec le dernier liquide la réduction et la coloration en vert du bichromate de potasse. L'expérience nous a appris que, dans la discussion actuelle, il faut s'attendre à tous les arguments. M. le professeur Lehmann a récemment observé que la matière coloranle du sang (hématosine slll LA FO.Ni.TKlN f.LiCOGÉSIQir. Dl FOIE. 97 lie .M. le Cîiiiii , tiaid'c pur l'ycidf az(ili()U(' , (loiiiic naissaïK'e à de. l'éther azoteux, à un acide non azolc et à du glycose. Un objectera peut -être que , |iar suite d'une allëiation de ce genre , il peut se former du piyrose dans l'opération (pii nous sert à purifier le jinn- cipe sucré (;onlenu dans le sang de la veine porte. Mais il suffira , pour détruire celle olijection, de faire rcinarquer que, par le [iro- cédéque j'ai fait cnnuailre et que j'(Mnploie pour séparer le glycose du sang, toute i'JK'iiiatosine est précipitée, sans qu'il en reste au- cune trace dans le produit ulliuie de l'opération. En effet, l'addi- tion an sang de trois fois son volume d alcool si'parel'hématosine qui se trouve précipitée dans leeoagulum rouge formé parralcool. L'action de la chaleur sur le liquide liltré, acidifié par l'acide acé- tique et évapori' à siccilé, a ensuite pour résultat d'éliminer toutes les autres matières albuminoïdes du même genre ; de telle sorte qu'il est impossible d'admettre (pie l'acide azotique puisse, dans la dernière opération , concentrer la moindre trace d'h(''matosine. J'ajouterai, d'ailleurs, (|ue l'acide sulfurique ne pnnluit point avec l'hémalosine la réaction indiquée par AI. Lehniann; or, c'est avec l'acifle sulfurique ('tendu (pie j'ui (ipéi'é dans le plus grand nombre de mes expériences, cl il a toujours donni' le même résultat. Quelipies personnes regretteront peut-être que nous n'ayons pu recueillir dans nos expériences des quantit('S [dus considérables d'alcool. Nous n'-pondrons par imc n'Ilcxion bien simple. LU Chien reçoit un repas composé, par exemple, il'im kilogramme de viande. Commencée deux beui'cs apiès le repas , la digestion de cette viande n'est pas encore lermiiKr au bout de buit à neuf heures l'dans l'estomac de Chiens (pie imus avons opérés huit et quel(|uefois dix heures après le repas, il restait encore de la viande non digérée . Que l'on calcule, da|iri!s cela, la (juantité de sucre que l'intestin doit céder au sang des veines mésentériques pendant l'espace des quelques minutes (|ue dure la saignée de la veine porte, et l'on com|iiendra qu'il ne puisse exister dans ce sang ipie des (]uantités très faibles de sucre. Il faiidiait, pour obtenir des (piaii- tilés plus considérables d'alcool, réunir sept ou huit Chiens de forte taille, rccueillu' sur chacun d'eux 200 ù ;iOO grammes seulement du sang de la veine porte, afin de ne pas emprunter de sang à la i' série. Zool. ï. IV. (Cahier n" 2.^ 5 7 98 L. FieiJIEB. — MÉMOIRE circulation générale ; traiter ensuite tous ces sangs par l'alcool, ce procédé étant le seul qui permette d'obtenir sans altération le prin- cipe sucré contenu dans le sang de la veine porte , et soumettre entin à une fermentation commune les produits de ces iliverses opérations. Cette belle expérience, mes humbles ressources d'expé- rimentateur ne m'ont pas permis de l'exécuter ; les résultats si nets que j'avais obtenus la rendaient d'ailleurs peu nécessaire. Les faits qui précèdent paraîtront sans doute décisifs si on les met en regard de cette assertion , proclamée par l'auteur de la théorie glycogénique , que pendant la digestion il n'y ajatnais de sucre dans le sang de la veine porte. Mais l'expérience que nous avons décrite demande à être exécutée avec soin, car, aux difficul- tés que présentent les expériences sur un animal vivant , vient se joindre cette autre dilticulté, d'ordre chimi(|ue, qui consiste à trou- ver une petite quantité d'un produit assez altérable, mêlé à une grande proportion de matériaux organiqu(i^s étrangers. Je deman- derai donc la permission de rappeler ici ce que j'ai dit dans mon deuxième mémoire siu" la manière d'exécuter la recherche du sucre dans le sang de la veine porte. La méthode que j'emploie n'a pas été, en effet, instituée, ainsi qu'on l'a dit, « vaguement et comme au hasard. « Elle a été , au contraire , le résultat de l'étude appro- fondie des moyens les plus convenables à employer pour résoudre, par la voie de l'expérience , l'imporlanlc question de physiologie dont elle renferme la solution. Les conditions de cette expérience sont les suivantes : 1° Opérer sur le C.hieii vivant, afin de se procurer une quantité assez grande de sang. Si l'on <'ommenco, au contraire, par tuer l'animal au moyen de la section du bulbe rachidien, et que l'on ne recueille le sang que sur le cadavre , par suite de l'arrêt de la cir- culation, la quantité de ce li(piide que l'on retire des vaisseaux est habituellement trop faible pour que l'on procède avec sûreté dans cette recherche. On peut sans doute avec plus d'attention et de soin obtenir le même résultat dans ce dernier cas ; mais il est plus conmiodeel plus sûr d'opérer sur l'animal vivant. SUR LA FONCTION CLYCOGÉNIQUE DU FOIE. 99 "2° Ne pasrecueilliriiourtiuil, même avec un Chien de forte taille, plus de 300 à 400 grammes de sang de la veine porte, afin d'éviter que le sang qui provient de la saignée ne finisse par être emprunté à celui de la circulation générale. 3° Pour éliminer les lualières coagulables du sang, opérer, conmie je l'ai indifjué , au moyen de l'alcool, de l'évaporation à siccité, etc. Il esl, en effet, un procédé rpie j'alquelcpiefois mis en usage pour l'élimiuation complète de matières coagulables du sang, et (jui permet d'obtenir, à moins de frais, le même résultat. Voici eu quoi ce procédé consiste : Le sang, défibriné jiar le battage, est étendu de son volume d'eau , et coagulé dans un bain-maric à la vapeur de l'eau bouillante. Le eoagulum très épais, déterminé par la chaleur, est exprimé dans un linge. Le liquide brun-rougc ([u'on eu retire est acidilié par uii peu d'acide azotique , et porté à l'ébul- lition dans une ca|isul(^ ; les dernières quantités d'albumine non coagulée au liain-niaric se séparent par celle courte ébullition. En saturant dans le liquide filtré la petite quantité d'acide libre au moyeu d'un carbonate alcalin, on obtient 1res promptemenl, à l'état de liberté', h^s parties non eoagulahlcs contenues dans le sérum du sang. -Mais ce moyen, qui peut rendre beaucoup de services quand il s'agit de rechercher dans le sang des .substances peu altérables , ne doit pas être employé dans le cas que nous considérons ici, dans la crainte que, sous l'influence de la chaleur, le carbonate alcalin contenu dans le sérum n'altère ou ne modifie le principe sucré qui existe dans le sang de la veine porte. ll° S'il s'agit d'examiner comparativement le sang de la veine porte et celui ([ui s'échappe du l'oie, dans le but de déterminer les quantités relatives de glycose contenues dans chacun de ces li- quides, pratiquer, ainsi que j'ai eu le soin de le dire dans mon deuxième mémoire, une saignée sur la veine cave inférieure dans la cavité thoracique. En effet, et j'insiste sur ce point d'une manière toute spéciale, quand on |ircndle sang dans les veines hépatiques, .selon le iiiocédc connu et si recommandé, on se place dans des conditions profondément vicieuses au point de vue de la recherche que l'on exécute. Les veines hépatiques sont renfermées , comme on lésait, dans le tissu même du foie, et viennent se déverser dans 100 I.. FIUUIFB. — MÉMOiltf. la veine oavp inférieure avanl l'éniorgence de ee iternier vaisseau hors de l'organe liépalii]iie, de sorle qu'il est impossible de prati- quer sur elles une véritable saignée. On est donc obligé, pour re- cueillir le sang contenu dans les veines hépatiques, d'introduire un tube de verre dans le calibre intérieur de quelques-unes de ces veines, et de presser ensuite sur le foie afin d'en exprimer lesang, ou bien, sans eniployor de tube de verre , on se contente d'inciser la veine cave dans son passage à travers la scissure supérieure du foie, après l'avoir liée dans l'abdomen et dans la poitrine ; on in- cline alors le foie de l'animal pour eu faire écoulai' le liquide contenu dans les veines hépatiques. Mais en opérant de cette manière, on recueille \e sang qui remplit le tissu du foie et non celui qui circule dans un vaisseau. Autant vaudrait presque séparer le foie de l'ani- mal, le couper en morceaux, et le faire bouillir avec de l'eau. L'or- gane hépatique étant le réservoir où le sucre se trouve accumulé, il n'est pas étonnant fpi'en prenant le sang au sein même de cet organe, on recueille un liquide chargé d'une quantité relativement considérable de sucre, puisqu'on vient cherclier ce produit au sein même du réservoir où il est retenu. On peut , il est vrai , nous objecter qu'en prenant, comme nous le recommandons, le sang de la veine cave inférieiu'e dans la cavité thoracique, on ne prend pas uniquement le sang sortant du foie, et qu'il est mélangé avec celui ([ui provient des extrémités inférieures, puisque la veine cave, qui ne fait que traverser le foie, sans s'y ramifier, vient verser dans le cœur droit le sang qui provient des extrémités inférieures du corps. A cette objection , je réponds qu'en liant la veine cave inférieure dans l'abdomen , au-dessus du foie cl au-dessus de l'insertion des veines rénales, on peut arrêter le sang i]ui provient des extrémités inférieures, et que, dans tous les cas, il est bien préférable d'opé- rer, en se tenant averti de la circonstance, sur ce sang mélangé , que de tomber dans cette vicieuse méthode qui consiste à puiser dans l'organe même où il est physiologiquement accumulé, le prin- cipe sucré dont on veut constater l'existence dans la circulation. Est-il étonnant, je le répète, que recueillant parle canal des veines hépatiques le sang qui a séjourné dans le tissu sucré du foie, on fasse ressortir une différence si marquée entre les quantités de sucre Mil LA FOXCTION I.I.V<;0(,I;MQIE Df lOlK. 101 que l'iiii Iruiivy au-dessous et au-dessus de cet organe.' Mais cette ditïérence résulte surtout de la iiuinicre dont re\|it'nence i^st faite, Qu'on i'exét:ulc,coinnie je l'iiidii [lie, eu recueillant le sang en circula- tion, par une véritable saignée |irali(|uée sur la veine cave intérieure, à une certaine hauteur au-dessus du foie, dans la cavité tlioracique, et l'on verra s'évanouir, entre les (|uaiitit(''s de sucre contenues dans les deux sangs, une partie de cette ditïérence dont on arguë. Je rap[iorterai ici une expérience qui montrera bien qu'en effet lors(|u'on recueille le sang sortant du l'oie dans les conditions véri- talilcnii'iil physiologiques que je signale, le résultat (jiiel'oii obtient sous le rapport de la (pianlilé de sucre contenue dans ce sang est loin d'être en rapport avec ceux que l'on a tant de fois obtenus en opérant avec le sang des veines iM'paliipics. Un Chien de l'orlc taille, nourri depuis six jours avec de la viande de cheval, a rei;u un i-c]ias de celle viande cuile. Six heures après, sans ouvrir la cavité abdominale, ce (pii aurait troublé la circulation et empêché de recueillir dans la veine cave inférieure une quan- tité de sang sulfisanle , on a pratiipié à ce Chien la résection de trois cotes poiu' découvrir la cavité tlioracique. On a lié la veine cave inférieure au-dessous du eoiur pour s'opposer au rellux du sang de l'oreillette droite. La veine cave inférieure a été alors inci- .sée deux pouces environ au-dessus du diaphragme, pour y inlro- duire un pclil luyau niélallique Iciniiné par un tube de caoulchouc. On a pu ainsi recueillir facilement le sang qui circulait dans la veine cave inférieure. Ce sang, après la dérdirinalion, pesai! 205 grammes. On l'a Irailé à la manière ordinaire, parirois l'ois son volume d'al- cool , exprimé le coaguluni, et évaponf à siccili' au bain-marie le liquide acidulé par un peu d'acide ac(''liqu(\ Après avoir repris le résidu pai' l'eau distillée et passé à travers un linge, le liquide, mis en contact avec de la levure de bière préalablement lavée , n'a donné, au bout de huit à dix heures de fermentation, qu'environ 6 centinièires cubes d'acide carbonique. 11 n'est pas douteux que si l'on eût opéré, ainsi qu'on le recommande, sur le sang des veines hépatiques pris dans le foie , on n'eût obtenu une quantité d'acide carbonique de beaucoup plus considérable (1). I ; Je ne veux pas agiter ici la question , bien difficile , des moyens qu il fau- 102 l, FIGUIEB. — MÉMOIRE La discussion précédente montrera peut-être qu'il est bon de né pas trop s'arrêter, comme ini l'a fait jusqu'ici, aux assertions des personnes qui déclarent ([ue hors de leurs procédés il n'y a point de salut; ou plutôt elle nous éclaire sur les motifs qui ont fait re- commander, comme la seule à uieftre en usage, la méthode d'expé- rience dont il vient d'être question. Recueillir le sans de la veine porte sur le cadavre de l'animal, afin de n'en ohleiiir qu'une petite quantité, et prendre le sang dans les veines hépatiques, c'est-i^-dire au sein d'un organe gorgé de sucre , c'est rassembler des condi- tions artificielles calculées pour frapper les yeux en vue du résultat qu'on veut mettre en évidence, mais ce n'est pas procéder selon les règles d'une saine expérimentation physiologique. 111. Ici se termine la communication que j'avais à présenter à l'Aca- démie pour faire suite aux deux mémoires que j'ai publiés sur la même question. Arrivé au terme d'un travail qui a été fécond en difficultés de plus d'un genre , je demanderai la permission de résumer les faits nouveaux que je crois avoir mis en évidence dans le cours de ces recherches. La discussion , qui s'est concentrée dès le début sur un point presque unique, a fait perdre de vue drail employer pour déterminer et comparer d'une manière rigoureuse les quan- tités de sucre que contient le sang de la veine porte pendant la digestion et celles que le sang renferme à sa sortie du foie. Je ferai cependant remarquer que si le sang de la veine cave inférieure , à sa sortie du foie , est chargé d'uno quantité notable de sucre, cela tient à ce que par son séjour dans le foie , et à la suite du travail de sécrétion qui s'accomplit dans cet organe, il s'y est dépouillé d'une grande quantité d'éléments divers. Comparé, à poids égal , au sang de la veine porte, le sang de la veine cave inférieure peut renfermer plus de sucre que celui delà veine porte, sans qu'il soit permis d'en tirer d'autre conséquence, sinon que le sang s'est débarrassé dans le foie de plusieurs produits étrangers, dont la disparition a pour résultat d'élever la proporlion relative du sucre contenu dans ce dernier sang. Je signale ce fait pour répondre à l'argument de plusieurs phy- siologistes qui voudraient, avec M. de Casteinau, que l'on établît une balance égale entre la quantité de glycose contenue dans les deux sangs ; on voit que celte question se complique de beaucoup d'éléments, et n'est peut-être pas même susceptible d'être tranchée rigoureusement par l'expérience. SUR LA FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE. 103 quelques-uns des résultais que j'avais présentés à l'appui de mon opinion ; on me permettra floue de les rappeler ici en peu de mots. Dans mon premier Mémoire, j'ai établi ce fait, admis aujourd'hui comme une vérité incontestable , que , dans l'étal normal, il existe une certaine quantité de sucre dans le sang de l'homme et des ani- maux. Ce fait était en opposilion avec les résultats obtenus par l'auteur de la théorie glycogénique , qui déclarait (jue le sucre, sécrété dans le foie, était presque aussitôt détruit par la respira- tion; de sorte que. d'après lui, on n'en trouvait plus dans le sang dès sa sortie du poumon. M. (A. Bernard a essayé de m'enle- ver le mérite de celte découverte , en avançant qu'elle avait été faite, en 1846, par .M. Magendie. J'ai répondu netlement à cette assertion , dans mon premier Mémoire imprimé dans les Annales des sciences naturelles et dans le Journal de pharmacie ; mais comme elle se trouve reproduite dans un ouvrage récent du même auteur, je suis oblige de rappeler encore que dans les expériences de M. Magendie, aux(piclleson fait allusion, ce physiologiste ne s'était occupé ipie de constater la présence du glycose dans le sang d'ani- maux nourris exclusivement avec des matières féculentes ; — que l'auteur de la théorie glycogénique n'a jamais fait la moindre allu- sion à ces résultais de !M. Magendie, soit pour les réfuter, soil pour y plier sa théorie, — cl qu'il ne s'en est souvenu cpie neuf années après, postérieurement à la publication de mon travail, et dans le vain désir de me contester l'iionnciir d'une dliservalidu qu'il estim- possililedem'cnlever. J'ajoiileraiqueM.Cl. Bernard élail si peu con- vaincu (le la jirésence du suere dans le sang, ailleurs que dans les veines hépatiques et la veine cave inférieure, qu'à l'apparition de mon [)remicr .Mémoire, il a |)rétendu (pie le glycose doni je signa- lais la présence dans le sang des animaux de boucherie provenait du foie, attendu, disait cet observateur, que, pour saigner le bœuf qui vient d'être abattu, le boucher plonge son couteau dans l'oreil- lette diTiite du c(eur de l'animal, cl (pic, dès lors, le sang ainsi re- cueilli arrive directement du foie par la veine cave inférieure qui le déverse dansToreillelle droite ; attendu, disait-il encore, que le boucher presse du [)ied le foie deraiiiniiil pour c:iex|)rimer plus de 104 L. FICiUlliR. — MÉMOIHK sang, etc. Ce liiil, que l'oreillette, droile soit intéressée par le couteau du boU(_'lior,est]iarf:iit('m('iitinex:irt,L't nous nenous arrêterons pas à le rél'utoi', bien qu'il soit reproduit dans l'ouvrage récemment publié par l'auleur sur la l'onction glycogénique (Ij. 11 prouve, toutefois , que ce physiologislc ne pouvait croire, même à cette époque, à l'exislence du sucre dans le sang de la circulation gé- nérale , c'est-à-dire à la réalité du l'ail (ju'il at'iirme aujourd'hui avoir été découvert par M. Jlagendie en 1846. Le second l'ait que j'ai établi dans les recberches (luej'essaie de résumer, c'est la présence dans le l'oie, en quantité considérable, deValbuinmose , c'est-à-dire du produit de la digestion des ma- tières azotées. Ce résultat a une importance (jue l'on a [leut-ètre trop négligée , au point de vue des l'onetions physiologiques du foie , qu'il nous montre comme un organe chargé de servir de réservoir temporaire aux produits de la digestion. Le rapprochemeni de ces deux résultais, savoir, qu'il existe beaucou|) d'albuminose dans le foie et très peu dans le sang, — et qu'il existe beaucoup de sucre dans le foie et bien moins dans le sang, — m'ont conduit à émcllre celle opinion, accueillie sans défaveur par les physiologisles , (|ue le foie constitue une sorte de réservoir pour les produils de la digcsiion : que cel organe doit re- tenir quelque temps dans son lissu le glycosc et l'albuminose pro- venant de la digestion, |iour les déverser plus tard dans le sang de la cireulauon générale. Il est probable, selon nous, qu'il s'opère dans le foie i,u travail physiologique nouveau sur les produils delà digestion qui arrivent de l'inlestiu ; de telle sorle (|ue le foie pour- (1) « Dans le sang de bœuf pris dans les abaUoirs, quand il est frais, on en 1) trouve toujours (du sucre), et voici pourquoi : Pour saigner les bœufs que l'on 1) vient d'assommer , le boucher leur enfonce le couteau jusque dans l'oreillette 11 droite; le sang qui s'en écoule vient donc en partie des veines hépatiques. Et » si l'on observe , en outre , que pour faire dégorger le sang que contient l'ani- 1) mal , on appuie fortement avec le pied justement dans la région du foie , de Il manière à exprimer le plus possible cet organe, vous comprendrez alors, d'après » ce que nous avons dit dans unepréiédcnle leçon, comment il se fait que le sang » qui sort de la plaie , mélangé avec celui qui vient des veines hépatiques, con- » tienne des (]uanlilés notables de sucre. » iLcr.ms ilv ))liijsiu!or)lc cxpérimciilnlc . par M Cl. Bernard, p. 267. j SIR LA FONCTION (;L^COG^;^l^!Lfc DU POIK. 105 rait être considéré, sinon conniic lui second eslonuic , an moins comme une véi'itabie annexe de l'appareil digestif. Je me suis occnp('' cnsnile de l'expérience fondamentale qui avait pour objet de dcniontier la présence du sucre dans le sang de la veine porte chez un animal nourri exclusivement de viande. J'ai fait voir que, contrairement à ce qni était alors admis, le réactif cupro-polassiijiie acciisail, dans ce liquide, la présence du sucre, qui se trouvait simplement masqué à l'action de ce réactif par une matière étrangère ; résultat qui n'es! plus maintenant contesté par personne. Je m'eflbri^'ais, dans le même travail, d'expliquer et de mettre bien en relief le fait de l'accumulation du sucre dans le foie à la suite de la digestion ; je montrais, par une expérience compa- rative , que , dans les premiers moments tic la digestion , le réactif cupro-potassique indique dans le sang de la veine porte une quan- tité deglycose supérieure à celle qui est contenue dans lesangsor- tantdufoie, pris dans la veine cave inférieure, c'est-à-dire dans la cavité llioi'acii]ue(li. [i'j Les expériences qui m'ont conduit à ce dernier résultat ont été formelle- ment niées. Dans ses Leçons de physiologie expériinenlal(\ publiées jtour défendre sa tliéorie, el où il traite sou contradicteur avec si peu de modération , l'auteur de la glycogénie, après avoir cité cette deuxième partie de mon Mémoire, ajoute : « J'ai reproduit textuellement les paroles de fauteur, parce qu'il faut avoir lu » de ses yeux de semblables résultats, pour croire qu'on les ait avancés d'après " une expérience faite une seule fois. On comprend . jusqu'à un certain point , » que l'illusion puisse se glisser dans le raisonnement sous l'influence de certaines idées préconçues ; mais ce qui est plus difficile de comprendre, c'est que l'on » trouve et que l'on dose du sucre dans le sang de la veine porte, quand il n'y en « a pas, et que l'on n'en voie pas dans le sang des veines hépatiques, où il y » en a. La possibilité de semblables contradictions doit attrister les hommes qui V recherchent la vérité! » Ce n'est pas avec le sang des veines hépatiques que j'ai opéré , comme me le fait dire, avec une persistance singulière, l'auteur des Leçons de physiologie expé- rimentale, mais bien , ainsi que cela est dit partout dans mon Mémoire , avec le sang pris dans la veine cave inférieure, au-dessus du diaphragme; et les consi- dérations rapportées plus haut motivaient suffisamment ce choix. Si donc l'hono- rable professeur avait bien voulu répéter mon expérience telle que je la rapporte, il aurait trouvé le même résultat que j'ai annoncé, et il se serait peut-être dis- pensé de diriger contre moi . du nioms dans ce cas spécial, les censures que je viens de rappeler. 106 L. FIGUIER. ~ MÉMOIRE Enfin, dans le Mémoire que je viens d'avoir l'honneur de com- muniquer à l'Académie, j'ai essayé de prouver que le principe sucré ([ui existe dans le sang de la veine porte est susceptible d'entrer en lermentation comme celui du foie. Je crois donc pouvoir répéter ici ce que je disais à la fin de mon premier Mémoire : « Nous concluons, en résumé, que le loie, chez » l'homme et les animaux, n'a point reçu pour fonction de fabriquer » du sucre ; que tout le glycose qu'il renferme provient du sang «qui gorge son tissu, et que ce glycose a été apporté dans les » vaisseaux par suite de la digestion. » J'ai été heureux de trouver, dans un Mémoire counnuniqué à l'Académie le 11 juin de cette année, l'entière confirmation de mes propres résultats. Dans un travail intitule : Recherches sur la for- mation du sucre dans l'organisme, entrepris dans le but de décider .si la production du sucre est réellement localisée dans le l'oie, M. G. Colin (d'Alfort) a été conduit à résumer, par les propositions .suivantes, les résultais de ses expérieuccs. « 1» A l'état normal , chez les Herbivores , d y a du sucre dans » le sang, le chyle et la lymphe ; chez ces animaux, la veine porte »et les chylifères puisent, pendant la digestion, le sucre tout formé » dans les aliments , comme celui (pii y prend naissance par les » mutations de matières amylacées. » 2° Chez les Carnassiers nourris exclusivement de chair , la u veine porte et les chylifères se chargent de matière sucrée pro- » duite dans l'appareil digestif aux dépens des principes de l'ali- » menlation. » 3° Divers produits de sécrétion, comme la sérosité des plèvres, » du péricarde, du péritoine, le contenu dos vésicules ovariennes, » de l'estomac, du fœtus, la bile, renferment du sucre en plus ou » moins foite pi'oporliou. « Des t"N|iérieuresde M. Colin conuMedes n)iennes, il résulte donc que le sucre n'apparail point dans le l'oie par l'effel d'une sécrétion de cet organe, mais seulemeni à la suite de la digestion. I SUR LA FONCTION GLYCOGÉNIQIJE Dt' FOIE. 107 IV. Je viens de résumer mes recherches particulières à propos de la fonction glycogpniqu(\ Vu l'iniporliuice du sujet, je crois utile do présenter, eu terminant, les cunsidérations générales , résultant d'autres travaux déjà connus, et qui s'élèvent éfïalement contre l'existence de cette fouclioii. .le présenterai ce tableau en termes concis. L'objet de la fonction glycogénique serait de créer un seul pro- duit, le sucre : lequel produit, unn fois versé dans le sang, personne ne peut dire ce qu'il y lait, quel rôle il remplit dans l'économie, ni comment il en disparaît. Le théâtre de cette fonction sérail le foie. Mais cet organe est déjà le siège d'une sécrétion qui n'a rien de mystérieux ni de latent: c'est celle de la bile. Le sang qui s'introduit dans le foie ne ren- ferme point les éléments de la bile, et ce liquide, sécrété aux dépens du sang, s'échappe au dehors par un canal excréteur. Au contraire, le sang qui pénètre dans le foie renferme déjà du sucre, et l'on ne connaît pas encore de conduit excréteur pour le principe sucré. De plus, on ne trouve dans le foie qu'un seul genre de cellules, ce qui indique (pie cette glande, comme lesaulrcs glandes de l'économie, n'est anatomiquement organisée que poiu- une seule sécrétion. L'a|i[iarition itii glycose dans le foie est toujours subordonnée à raiimenlaliou. Chez un animal bien nourri, c'est |)endant la diges- tion que la proportion du sucre qui se montre dans le foie est le plus considérable possibli'. .Mais quand on supprime l'alinienlation, on voit ce produit diminuer rapidement dans le foie, et il tinit par disparaître à la suite d'une abstinence sullisamment prolongée. Certes, dans d'autres conjecUires, un tel fait aurait suffi à lui seul pour prouver que, dans l'économie animale, le sucre est un simple produit (le digeslion, et non \o résultat d'une sécrétion physiolo- gique. Ajoutez cet auhe fait, si confirmatif, emprunté à la patho- logie, que, d'après M. Andral, les diabéti(iues mis à la diète cessent de reiiJrc du sucre par les urines; ce i\m prouve que, dans l'étaé 108 L. FlUllliB. MK.MOIRE de maladie comme dans l'état de santé, l'apparition du sucre dans l'économie arn'malc est subordonnée à l'alimenlation. La présence du sucre dans le l'oie ne paraît nullement sous la dépendance flu système nerveux , comme le sont toutes les autres fonctions de l'économie. Celle bizarre démonstration de l'influence du système nerveux sur la Ibnclion glycogénicjue, i|ui consiste à monirer que le sucre apparaît dans les urines du Lapin à la suite de la piqûre d'un certain poinl, unique, de la moelle allongée, n'a aucune signilicalion. 11 esl , enet'tèt, bien reconnu, d'après des travaux récents, que, dans cette expérience, le sucre ne se montre dans l'urine que par suite du trouble apporté par la lésion du sys- tème nerveux central à l'assimilation et à la destruction du sucre dans l'économie. Le professeur Lehmann, dont l'autorité a étéin- vo(|uéeà ce sujet, « déclare formellement, dans sa Chimie physio- » logique, qu'il serait contraire aux lois les plus simples de la chi- » mie de penser que cerlaines cxcilationsde tilets nerveux dussent «influencer l'apparition du sucre dans le l'oie; que si cela était » admissible, il faudrait conslaler tout d'abord une accumulation des )) madères élémentaires et fondamentales du sang dans le foie pen- » dant la durée de cette irritation. Or ce physiologiste ajoute que, » loin d'avoir remaniné une accédéralion dans la circulation hépa- » tique, il a, au contraire, loujoiu's observt' un ralentissement dans » la circulation chez les diabétiques et chez les animaux soumis à » ses expériences. 11 avoue d'ailleurs (pie, dans l'état actuel de nos » coimaissances ( 1855), il ne reste plus rien de vrai, quant à l'ori- « gine du sucre dans les urines, sinon ce fait, que le sucre passe dans les urines, parce qu'il n'est pas détruit dans le sang (1 ). « Ouand la physiologie animale vient à s'enrichir de l'inestimable conipièle d'iuic l'onction nouvelle, cette découverte doit trouver et trouve toujours dans la |)afl)ologie un retentissement considé- rable. La fonclion glycogénicpie, coiuuie depuis plus de six ans, est demeurée absolumiMit stérile dans la pathologie du l'oie. En fait d'applications à l'art de guérir , elle n'a produit que cette idée, que le diabète est une maladie du foie, c'est-à-dire une (1) Monileur des hôpitaux, 7 avril tSoo [Note historique sur la présence du sucre dans l organisme animal, par M. SctinepîT), SUR LA FONCTION GLVr.OdKMQl K TU' FOU!. 109 exagération de sa séci'élioii iioraiale, opinion ('•vidciiiiiienl insou- tenable. Si l'on se demande, en résumé, quelles sont les acquisitions faites parla science à la suite des travaux dont cette f|uestinnaété l'objet, elles se réduisent, selon nous, à ces deux l'ails : qu'il existe du sucre dans le tissu du t'oie, et (jue, par la digestion, la viande pmil fournir du sucre. Ces deux résultats ont sans doute leur impor- tance, mais on pensera peut-être qu'ils ont été un peu chèrement acquis au prix de tant de débals. SUR LE MÉCANISME DE LA FORM.ATION DU SUCRK DANS LE FOIE, Par n Claude BERÎVARD. La fonction glycogénique du foie est une de celles qui ont eu le privilège d'attirer le plus vivement l'attention des physiologistes , des chimistes et des médecins, à cause de l'importance des idées qu'elle soulève en physiologie générale. Après avoir, par des expériences nombreuses faites sur l'homme et les animaux , établi la généralité de cette nouvelle fonction , l'avoir étudiée dans ses conditions physiologitiues et localisée dans le foie, je devais songer à entrer plus avant dans la nature du phé- nomène, et clicrcber à pénétrer le mécanisme intime de la pro- duction du sucre dans les animaux. Les expériences nouvelles dont j'ai à entretenir aujourd'hui l'Académie sont destinées, je crois, à jeter une vive lumière sur cette partie intéressante delà question. Il est inutile (pie je re|irodiiisc ici tous les faits incontestables sur lesquels j'ai établi la réaliti- de la fonction glycogénique. Depuis six ans, ces faits ont pris leur place dans la science, et je dois me fé- liciter de les avoir vu contirmer dans fous les |iays par les physio- logistes et les chimistes les plus compétents. 110 Cl. BEBNARD. SUR LE MÉCANISME Néanmoins, comme dans ces derniers temps il s'est rencontré des auteurs (|ui sont v(nHis introduire dos expériences inexactes dans la question de la production du sucre dans l'organisme animal, j'ai cru qu'il était nécessaire, avant d'entrer en matière, de relever ces inexactitudes en rétablissant dans leur ordre et d'une manière très succincte quelques-uns des laits fondamentaux ((ui servent de base à la théorie glycogénique. Premièrement, j'ai dit dans mon Mémoire qu'il existe chez les animaux une l'onction physiologique en vertu de laquelle il se produit de la matière sucrée dans l'organisme , parce que le sucre persiste toujours dans le foie et dans le sang chez les animaux car- nivores, dont l'alimentation ne renferme aucune substance sucrée. C'est là un fait capital ; car, il y a peu de temps encore, on admet- tait généralement que le sucre trouvé dans l'organisme était tou- jours introduit en nature par l'alimentation. Aujourd'hui personne ne discute plus sur cette question , et il reste parfaitement établi , depuis mes expériences , que le sucre (glycose) se produit dans l'organisme animal sans l'intervention des substances sucrées ou amylacées. Deuxièmement, j'ai également dit que celle fonction glycogé- nique doit être localisée dans le foie. En effet, chez un animal Car- nivore le foie est en réalité le point central d'où part le sucre pour se répandre dans tout le corps, et, circonstance sur laquelle j'ai particulièrement insisté, le sang qui pénètre dans le foie par la veine porte ne renferme pas de sucre, tandis que le même sang qui sort par les veines licpali(|ucs en contient toujours des proportions notables. On ne pouvait, d'après cela, s'empêcher de conclure que le sucre prend naissance dans le foie, dont le tissu est du reste constamment imprégné de matière sucrée dans l'état phy- siologique. ("elle expérience, qui constituera toujours un des principaux ar- guments chimiques de la fonction glycogénique du foie, n'a trouvé, jusqu'à ce jour, qu'un seul contradicteur. L'auteur de ces contra- dictions est venu lire devant cette Académie trois Mémoires suc- cessifs , destinés à combattre la fonction glycogénique dans les animaux. DE LA FORMATION Dl' SUCRE DANS LE FOIE. 111 Dans sou premier Mémoire - 1 ,i, rniiteur soutenait encore que le Sucre ne peut exister dans les animaux sans une alimentation sucrée ou amylacée ; et pour CNpli(|uer la pn'scuce du sucre (pi'on ren- contre dans le foie et dans le sanii des Carnivores, il avait dit que la viande provenant d'animaux herbivores doit contenir du sucre. C'est là une assertion qui' ilémcnl l'expérience; car jamais l'auteur ni personne n'ont constaté la présence du sucre dans la viande Dans son deuxième Mémoire (2), l'auteur admet ce qu'il avait nié dans le premier , et il reconnaît que le sucre se produit dans les animaux sans l'intervention d'une alimentation sucrée ou amy- lacée ; mais il essaie de prouver alors (pie le sucre, au lieu de se former dans le foie, ne fait que s'y condenser ou s'y accumuler : il suppose que la matière sucrée, prenant naissance dans le sang, arrive par la veine porte pour aller se déposer dans le tissu hépa- tique. D'après cette idée , l'auteur a été conduit à admettre non- seulement qu'il y a du sucre dans le san^' de la veine porte, mais il a dû renverser les résultais de l'expérience, tels que je les avais trouvés ; aussi a-t-il écrit dans son Mémoire que chez un animal nourri de viande crue on trouvait, deux heures après le repas, une plus grande quantité de sucre dans le sang de la veine porte que dans le sang des veines hépatiques. L'auteur, mis à même de répéter cette ex[)érience devant une commission académique, a été dans l'impossibilité absolue démon- trer la présence du sucre dans le sang de la veine porte , et la commission a déclaré que chez un animal Carnivore , dans la pé- riode de la digestion ci-dessus indiquée , et au moyen de la fer- mentation alcoolique, seul caractère positif de la présence du sucre, elle n'avait pas constaté de sucre dans le sang de la veine porte d'une manière appréciable, tandis qu'elle en avait trouvé des quan- tités notables dans le sang des veines hépatiques. En concluant ainsi, la commission a reconnu l'erreur des résultats qui avaient été avancés, et a rétabli les faits tels que je les avais vus, ainsi que tous ceux qui les ont lepioduits après moi. (1) Annales des sciences naturelles, 4' série, t. III, p. 17. (2) Annales de» sciences naturelles, i' série, t. III, p. 243. 112 CI,. BERNARD. —- sut 1,K Mf^XANlSMI. Plus réceiiiiiieiil, d;ii]s un Iroisième Mémoire (l), le iiiL-iiif au- teur prétend que s'il n'a pu montrer du sucre dans le sang de la veine porte, cela tient à ce qu'il y existe une matière inconnue qui masque la présence du sucre en s'opposant à la l'ermentation ; et il décrit à ce sujet des expériences dans lesquelles il dit avoir mis ce sucre en évidence en détruisant celle matière indéterminée qui le masque, au moyen de l'ébuUilioii avec l'acide suiruri(jue ou azo- tique, j'ai fait cette expérience, ainsi que l'indique l'auteur , et après l'avoir répétée plusieurs fois avec soin, je dois déclarer que les faits avancés sont complètement inexacts. Le sang de la veine porte recueilli dans des conditions convenables ne fermente pas , même quand on l'a fail bduillir avec un acide, comme le dit l'au- teur. Mais quand on se place ensuite volontairement dans les con- ditions où il peut se rencontrer du sucre dans le sang de la veine porte, conditions que j'ai déterminées depuis longtemps, alors on obtient directement la fermentation, sans (pul soit besoin d'aucun traitement préalable par un acide; et ce qui suftlrait pour prouver que celte prétendue matièie s'opposant à la fermentation n'existe pas , c'est qu'en ajoutant un peu d'une dissolution sucrée au sang de la veine porte avec de la levure de bière, (in voit la fermentation s'établir très rapidement. Les expériences (pii servent de base aux divers Mémoires que je viens de citer étant inexactes , il n'y a pas lieu de relever toutes les erreurs pbysiologiques et toutes les contradictions dans les- quelles l'auteur a dû tomber ajuès un semblable point de départ. Je passe donc innM(''diat('m('Ml àréliidcdii mécanisme de la for- mation du sucre dans le foie, (|ui lait l'objet de ce travail. Mécanisme de In fonction glycogénique du l'oie. Toutes les sécrétions ont nécessairement besoin, pour s'accom- plir, de deux tboses, savoir : 1" du sang; 2° d'un tissu glandulaire. Nous devrons chercber à apprécier quel est le rôle respectif de cliacun de ces ('léments dans la production du sucre. En 1849, >I. Sclimidt, de Dorpat (2, sans connaître mon tra- (1) Annales des sciences naturelles, i' série, t. IV, p. (H. (2) Charakierislik der Epidemischeii Chnlera. etc. Leipzig, 1 8.^0, p. 1 6 et suiv. DE LA FORMATION DU SUCRE DANS LE FOIE. 113 vail sur la Ibnction glyeogéniijuc du i\m , insislait sur cette idée que le sucre qui existe normalement dans le sang de l'homme et des animaux doit être regardé comme uu desiiriiicipes constitutifs de ce lluide, et il admettait ([ue ce sucre se forme, comme l'urée (lu l'acide carbonifjue, dans tous les points du système circulatoire, et directement atix dépens de certains principes du sang. Pour cet auteur , la production du sucre dépendrait d'une oxydation des matières grasses qui circulent dans le sang , et il exprime son hypothèse à l'aide de formules chimiques que je n'ai pas à repro- duire ici. De son côté , M. Lehmann , de Leipzig, après s'être convaincu de la réalité de la fonction glycogéni([ue du foie par ses belles analyses comparatives du sang de la veine porte et du sang des veines hépati(iues dont l'.Vcadémie connaît les résultats (1 ), a été conduit à chercher aussi le mécanisme de la production du sucre dans le foie. Ayant constalé que le sang sucr(! qui sort du foie [lar les veines hépatiques contient moins de fibrine et moins d'héma- tosine que le sang non sucré qui entre dans cet organe par la veine porte, yi. l.ehmann a pensé que celte dernière substance pouvait, en se dédoublant dans le foie, contribuer à la formation du sucre; et l'on sait que cet habile chimiste est parvenu à réaliser par un procédé très ingénieux le dédoublement de l'hémalosine cristalli- sée, qu'il a le premier oijtenuc, en sucre 'giycosel et en une ma- tière azotée avec laquelle il serait intimement combiné. M. Lehmann admet donc que le foie opère sa fonction glycogénique en dédou- blant certaines substances albuminoïdes du sang en sucre et en des matières azotées (pii, peut-èlre, entrent dans la formation des principes azotés de la bile. M. Frerichs, de Bieslau, qui a également confirmé mes expé- riences sur la formation du sucre dans le foie, aux dépens des ali- ments azotés, admet que cet organe accomplit sa fonction glycogé- niijue en décomposant d'uneccriainc façon, et suivantdes formules hypothétiques (ju'il indique, des matières azotées qui donneraient naissance dans le foie à de l'urée et à du sucre (2). (!) Comptée rendus de V Académie di^s scieiicis, t. XL, p. S89. (2) Wagner, Hawluorlerbuch Physiologie, 1" partie, p. 831 . 4' série. ZooL. T. IV. (Caliier n° 2.) * S 114 CL. BERNARB. — SUR LE MÉCANISMF, Les hypothèses sur la formation du sucre dans le foie que je viens de rappeler expriment toutes l'idée que l'on se l'ait générale- ment aujourd'hui du mécanisme des sécrétions. On pense, en effet, que l'organe glandulaire no fournit rien à la sécrétion , mais que son tissu se borne à agir par une sorte d'action de contact ou ca- talytique sur les éléments du sang qui traverse l'organe glandulaire au moment même où la sécrétion s'opère. Pour le cas parliculier de la sécrétion du sucre dans le foie, nous avons vu, en effet, que tous les auteurs suiiposeul que la matière sucrée se forme directe- vient dans le sang. Les faits que j 'ai à exposer actuellement me paraissent de nature à prouver ([u'il faut coiupreudre tout autrement la fonction glyco- génique du foie, et qu'au lien de chercher dans le sang la substance qui précède le sucre et qui lui donne immédiatement naissance, il l'aut la chercher dans le tissu hépatique lui-même. Voici une expérience à laquelle j'ai élé conduit, et qui mettra ce fait en lumière ; je la décrirai avec quelques détails, afm qu'on puisse facilement en reproduire les résultats qui me semblent très importants et dignes d'intéresser à la fois les physiologisles et les chimistes. J'ai choisi un Cliien adulte, vigoureux et bien portant, qui de- puis plusieurs jours élait nourri exclusivement avec de la viande, et je lesacriiiai [lar la section ilu bulbe racbidicn, si^pl heuresa|)rès un repas copieux de tripes. Aussitôt l'abdomen hit ouvert-, le foie ut enlevé en évitant de blesser sou tissu, et cet organe encore tout chaud, el avant que le sang eût eu le temps de se coaguler dans ses vaisseaux, fut soumis à un lavage à l'eau froide par la veine porte. Poiu' cela, je pris un tulie de gulla-pereha, long de 1 mèlre environ , et portant à ses deux extrémités des ajutages de cuivre. Le tube élan! préalablement rempU d'eau, une de ses extrémités fut solideuienl hxée sur le tronc de la veine porte à son entrée dans le l'oie, et 1 antre l'ut ajustée an robinet de la fontaine du laboratoire de médecine du (Collège de France. En ouvrant le robinet, l'eau traversa le i'oie avec une grande rapidité , car la force du courant d'eau élail rajiablc , ainsi que cela fui uiesuré, de soulever une colonne de mercure à ]!27 ceulimèlresde hauteur. Sous l'influence DE LA FIlRMATIOiN Di: SLCKE DANS LE FOIE. 115 de ce lavage énergique, le foie se gonllait, la couleur de son tissu pâlissait , et le sang était cbiissé avec l'eau qui s'échappait en jet fort et continu parles veines liépatiques. Déjà, au bout d'un quart d'heure, le tissu du l'oie était à peu près exsangue, et l'eau qui sor- tait par les veines hépatiques était entièrement incolore. Je laissai ce foie soumis à ce lavage continu pendant quarante minutes sans interru[)tion. J'avais constaté au début de l'expérience que l'eau colorée en rouge (|ui jaillissait par les veines hépatiques était su- crée , et précipitait aiiondanunenf par la chaleur , et je constatai à la lin (le l'expérience (pic l'eau parrailenient incolore (pii sortait par les veines hépatiques ne renfermait plus aucune trace de ma- tière aihuinineuse, ni de sucre. Alois le foie l'ut enlevé et soustrait à l'action du courant d'eau; et je m'assurai, en en faisant bouillir une partie avec un peu d'eau, que son tissu était bien lavé, iiuisqu'ilne renfermait plus de matière sucrée. Son décoctuin ne donnait aucun signe de réduction du liquide cupro-potassique, ni aucune trace de fermentation avec la levùi'e de bière. Il s'échappait de la coupe du tissu hépatique et des vaisseaux liéants une petite quantité d'un liquide trouble qui ne renfermait non plus aucune trace de matière sucrée. J'abandonnai alors dans un vase ce foie à la température ambiante, et, en reve- nant vingt-quatre heures après, je constatai que cet organe bien lavi! de son sang, (jue j'avais lais.sé la veille complètement privé de sucre, s'en trouvait alors pourvu très abondamment. Il me suffit, pour m'en convaincre, d'exaiiiinei' lui peu du liquide qui s'était écoulé autour du foie, et qui était fortement sucré ; ensuite, en in- jectant avec une petite seringue de l'eau froide par la veine porte, et recueillant cette eau quand elle sortait par les veines hépatiques, je constatai t\ue celi(piid(' donnait lieu, avec la levure de bière, à une fermentation très abondante et très active. Celte expéiience si simple, dans laquelle on voit renaître sous ses yeux la matière sucrée en abondance dans un toie qui en a été complètement débarrassé, ainsi que de son sang, au moyen du la- vage, est une des plus instructives pour la solution de la question de la fonction glycogénique (pji nous occupe. Cette expérience prouve clairement, comme nous l'avons avancé, que dans un foie 116 CL. BERIVARD. — SUR LE MÉCANISME frais à ré(at pliysiolosique , c'ost-à-tlire en fonclioii , il y ii deux subslances, savoir : 1° !<; sucre très soluble dans l'eau, et qui est eni|i(irlé avec le san;;' par le lavage ; 2° une autre matière assez peu soluble dans l'eau pour ([u'elle soit restée fixée au tissu hépatique, après que celui-ci avait été dépouillé de son sucre et de son sang par un lavage de quarante minutes. C'est cette dernière substance qui, dans le foie abandonné à lui-même , se change peu à peu en sucre par une sorte de fermentation , ainsi que nous allons le montrer. En effet, cette nouvelle formation de sucre dans le foie lavé est complètement empêchée par la cuisson. Si l'on fait euire, par exemple , la moitié d'un foie aussitôt après le lavage , on s'assure qu'au moment même son décoctum, généralement opalin, necon- tientpas de sucre, et qu'il n'en renferme pas non plus le lendemain, preuve qu'il ne s'en est pas développé. On constate, au contraire, dans l'autre moitié du foie qui n'a pas sulù la cuisson , que la ma- tière sucrée s'est produite déjà après quelques heures , et que sa quantité va graduellement en augmentant , au point d'atteindre quelquefois, après vingt-quatre heures, les propoi'lions de sucre égales à celles que le foie contenait primitivement. Cette formation glycosique est généralement terminée après vingt-quatre heures , et si après ce temps on soumet le foie de nouveau au lavage par le courant d'eau , de manière à lui enlever tout son sucre de nouvelle formation , on voit que généralement il ne s'en produit plus, parce que la matière qui le formait est sans doute épuisée. Il ne se dissout plus alors qu'une sorte de matière albumineuse qui accompagne toujours la production du sucre , bien qu'elle en paraisse compb'temeni indépendante, ainsi que je le dirai pkis tard. Enfin cette formation glycosique m'a |iaru géné- ralement plus rapide, quand on multipliait le contact de l'air en coupant le foie enmorceaux, en même temps qu'on l'humectait avec de l'eau. Nous avons dit plus haut que la matière hépatique qui est sus- ceptible de se changer en sucre doit être peu soluble dans l'eau. Cette même matière se montre également insoluble dans l'alcool, ainsi que le prouve l'expérience suivante. DE LA l'Oll.MATlON' 1)L SlCItE DANS LE FOIE. 117 J'ai pris le l'oie d'un aiiirnal en digeslion; j'ai broyé son tissu foLit eiwiul iiniiiédiateriM'nt, ou luirux après l'avoir lui pini lave eu iujeetaut avec une seringue de l'aleuol ordinaire par la veine poric, pour débarrasser le tissu liépati(pie d'une partie de son sang. Ensuite je séparai les vaisseaux et uerl's du l'oie, en exprimant son tissu sui' un tamis de crin assez lin, de mainèrc à ne reeucillir que la [lulpc de l'organe qui passait par le tamis. Celte sorte de boue hépatique l'ut ensuite agitée, macérée et lavée avec de l'alcool froid à plusieurs reprises, afin de l'épuiser complètement du sucre qu'elle [louvait contenir , et de ne garder que les substances inso- lubles dans l'alcool. Cette pulpe hépatique fut ensuite recueillie sur un filtre et placée sur du papier Joseph, dans une ctuve dont la tem- pérature ne déliassait pas 40 dcgré.s et dans laijuclle un courant d'air accélérait la dessiccation. J'avais soin de diviser la matière , afin que la dessi(^cation se fit d'une manière égale. J'obtins ainsi une sidjstance iinlvérulente, l'onnée de la partie glandulaire même du foie qui était bien desséchée et débarrassée de sucre, mais qui retenait avec elle la matière hépaliipie en question, susceptible de donner naissance à du sucre, dès qu on la rcnietlait dans l'eau. En efl'et, lorsque j'humectais cette poudre hépatique avec de l'eau or- dinaire, en laissant ensuite le tout à la température ambiante, je constatais déjà au bout de quel([ucs heures que l'eau contenait des proportions très notables de sucre. On ne |)Ouvait pas objecter que le sucre ipd se manifeste alors était retenu dans le tissu hépatique, parce (pie l'alcool est un moins bon dissolvant que l'eau ; car si j'ajoutais la poudre liépati(piedansde l'eau nudnienueen ébidlition pendant quelques minutes , je ne remarquais plus aucune appari- tion de matière sucrée, ce qui se rapiiorle d'ailleurs [larfaitement à ce que nous avons déjà dit de celle matière, dont la réaction gly- cosique dans le foie lavé à l'eau est également empêchée par la cuisson. L'éther ne parait pas non [ilns altérer la matière singulière qui nous occupe, car j'ai laissé macérer dans de l'éther, pendant plu- sieurs jours, la pulpe liépatiiiue déjà préalablement traitée par l'al- cool et desséchée, et j'ai constaté que cette pulpe conservait encore la propriété de former du sucre. 118 Cl,. BERNARD. — • SUR LE MÉCANISME Je me bornerai à ces expériences pour aujourd'hui. La matière dont je ne f^iis ici en ([uclqnc sorte qu'indiquer l'existence, devra être isolée et étudiée ultérieurement avec soin au point de vue chi- mique et physiologique. .l'ajouterai seulement, sous ce dernier rapport, que j'ai trouvé que cette matière n'existe dans le foie qu'à l'état normal ou fonctionnel, et qu'elle disparaît complélement du tissude cet organe dans toutes les circonstances où la fonction glyco- génique est arrêtée, circonstances que j'ai d'ailleurs déterminées depuis longtemps dans mon Mémoire. Cette madère appartient exclusivement au tissu du foie, dans lequel elle prend naissance ; car j 'ai constaté bien souvent qu'il n'y en a pas de traces dans le sang delà veine porte, non plus que dans le sang des autres parties du corps. Enfin je ferai remarquer que, pendant la vie, cette matière, se renouvelant sans cesse dans le tissu hépatique sous l'intluence de la nutrition , s'y transforme incessamment en matière sucrée , qui vient remplacer dans le foie le sucre , que le courant sanguin em- porte continuellement par les veines hépatiques. Après la mort, dans un foie extrait du corps, cette matière, sous l'influence de l'humidilé, peut continuer à se changer en sucre jusqu'à ce qu'elle soit épuisée. Mais comme alors il ne sort plus de sucre du foie par la circulalion, il en rcsulfe que la matière sucrée s'accumule, et que sa proportion augmente dans le lissa héiialiqiic après la mort. Aussi le tissu du foie est toujours plus sucré le lendemain qu'au moment même où l'on sacrifie l'animal, et qucl(|uci'ois cette différence est dans une proportion considcrahlc. Tous les dosages que l'on a faits du sucre dans le foie doivent donc être revérifiés d'après la connaissance de ces nouveaux faits. En résumé, le seul but de mon travail pour le moment, c'est de prouver que le sucre (|ui se forme dans le foie ne se produit pas A' emblée dans le sang , si je puis m'exprimer ainsi , mais que sa présence est constamment précédée par une matière s|iéciale dé- posée dans le tissu du foie, et qui lui donne imméiliaicment nais- sance. Si je me suis décidé à publier ce travail encore inachevé, c'est qu'il m'a paru utile , pour la solution de la (jucsiion glyco- géniipie qui nous occipe. d'adirer raltcnlion des cliimislcs sur des I DE LA FORMATIO.-N UL: SUCRE PANS LE FOIE. 119 phénomènes <|iii ne leur sont pas connus, et qui me paraissent de nature à changer lepoinl de vue où l'on s'i'tait place jusqu'à pré- sent pour comprendre chimiquement la production du sucre dans le l'oie. En etïct, il ne s'agit plus niaiiilcnantdc taire des hyitothèses sur la provenance du sucre du l'oie, ni sur la possihilité du dédou- blement direct et immédial de tel ou tel élénienl du sang pour pro- duire ce sucre. 11 faul clierelier à i.soler cette matière iié[iati(iue singulière (|ui lui préexiste , savoir comment elle se sécrète dans le l'oie, et comment ensuite elle subit les transloriiiatious succes- sives qui la changent en sucre. 11 y a ])robablenient entre ces deux extrêmes, la matière insoluble telle qu'elle est sécrétée par l'action vitale du l'oie , et le sucre qui en émane et sort de l'organe avec le sang: des veines bépati(|ues, une série de formations intermédiaires que je n'ai pas vues, mais que les chimistes découvriront sans doute. MEMOIRE SDR L'INFLUENCE (JU'EXERCE SUR LE DÉVELOPPEMENT LU POULET l'application pabtielle d'ox vernis s™ la coquille de l'oexif, Par M. Camille UARESTE. J'ai fait, pi:udaut l'élc dernier, un grand iioiabre d'expériences poui' dclcnniucr l'action (|iic des enduits iuipeiini'ujiles appliqués sur des (l'ufsde Poule exeireiit sur le dévelo[ipement du germe ou de l'embryon qu'ils conlieimeut. De .semblal)Ies expériences ont été d(.'jà faites partleiiffray Saint- Hilaire (1, il y a j)lus de treille ans, cl plus récemment par ()) Geoffroy Saint-Hilaire est te premier pliysiologUle qui ail tenté des expé- riences sur la production artificiette des monstruosités. Ces expériences ont été faites, à plusieurs reprises, en 1820, IS22 et 1826 Les résultatsdes expériences do 1820 sont consignés dans un Mémoire qui a pour titre : Des différents états de pesanteur des œufs au commencement et à la fin de, l'incubation, Mémoire lu à l'Acadcmie des sciences le 20 août 1820, et publié dans lo Journal complémen- taire des sciences médicales, L VII, p. 271. Celles de 1822 sont indiquées, mais 120 C. DARESTE. MÉMOIRE MM. Baudi'iinont et Martin Sainl-Aiige (1). Mais ces savants, n'ayant mis en expérieiice qu'un 1res petit nombre irreufs, n'ont obtenu que des résultats incomplets, bien qu'ils aient vu plusieurs faits importants. Pourarriver à des connaissances précises, il fallait opérer sur un nombre d'u'ufs considérabii; ; car, dans les couvées naturelles , il arrive fréquemment qu'un nombre plus ou moins grand de Poulets meurt avant réclusion ; et cet événement est beaucoup plus fréquent dans les couvées artificielles. 11 y a donc là une cause d'erreur qu'on ne peut amoindrir et faire disparaître qu'en multipliant le plus possible les expériences. J'ai pu, à l'aide de l'ingénieux appareil d'incubation de M. Va- lée (l'un des gardiens de la ménagerie au Muséum d'histoire natu- relle) , reprendre cette étude , et mettre |)lus de soixante œufs en expérience. Cela m'a conduit à voir plusieurs faits ([ui avaient échappé aux savants dont je viens de rappeler les travaux, et qui me paraissent avoir un certain intérêt pour la physiologie. J'ai fait ces expériences en recouvrant certaines parties de l'œuf avec du vernis, et en faisant ces applications à des époques diffé- rentes, à partir du commencement de l'incubation (2i. Je n'ai point verni d'œuf en totalité. Le fait de la respiration du Poulet dans l'œuf est établi aujourd'hui par trop d'expériences pour f[u'il m'ait paru nécessaire de voir ce (|ui arriverait en ren- dant la coquille entière complètement imperméalile à l'air ambiant. Toutefois il résulte des expériences de MM. Baudrimont et Martin Saint- Ange, que si l'action de l'oxygène est indispensable au Poulet d'une manière très incomplète, clans la Philosophie analomique , t. Il, p. 511. Celles de 1826 forment le sujet d'un Mémoire lu à l'.icadémie des sciences le 10 avril 1826, intitulé : Sur des déviations provoquées et observées duns un éta- blissement d' incubalion artificielle [Mém. du Muséum, t. XIII, p. *229). (1) Baudrimont et Martin Saint-Ange, Recherches analomiques et physiologiques sur le développement du fœtus, et, en particulier, sur l'évolution embryonnaire des Oiseaux et des Batraciens. Ce Mémoire, qui a obtenu le grand prix des sciences pliysiquesen 1815, a été publié, en 1831 , dans le Recueil des savants étramjers. (2) Je me suis servi, pour ces expériences, du vernis dont on se sert actuelle- ment pour les bottes, qui a l'avantage de ne contenir que très peu d'essence de térébenthine, substance qui pourrait peut-être par elle-même exercer une action toxique sur le Poulet. SUR LE DÉVELOPPEMENT DU POULET. 121 après qiie l'incubation est commencée, elle paraît ne pas l'être au début même du développement. Quatre œufs vernis en totalité ont présenté à ces savants (piclques débris qui indiquaient que les phé- nomènes embryologiques avaient conimencé , mais (|ue le défaut de respiration les avait très rapidement arrêtés (1). Je n'ai appliqué le vernis que sur une moitié de l'o'uf, tantôt sur le gros bout et tantôt sur le petit bout ; cette application a donné lieu à des résultats très divers. Lorsque j'ai verni les leufs parle gros bout, an commencement ou dans les premiers jours de l'incubation, j'ai trouvé, en cas.sant les œufs , un certain nombre de Poulets morts. Ce résultat, prove- nait-il de rinlluence du vernis où de la mortalité ordinaire des Poulets? Je ne saurais le décider. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'à cette époque l'application du vernis sur le gros bout de l'œuf n'est point toujours un obstacle au développement du Poulet. Plusieurs des reufs dont j'avais verni le gros bout se sont dévelop- pés , et m'ont pré.senté des Poulets qui , au moment où j'ai arrêté l'expérience, étaient dans un parfait état de santé. Je dois insister sur ce point, car il.M. Baudrimont et Martin Saint-Ange sont arrivés dans leurs expériences à des résultats fout contraires ; il n'y avait eu de développement ipic dans un seul cas (2). ^lais ces n'sultats négatifs ne sauraient contredire les ré- sultats positifs que j'ai obtenus, surtout si l'on songe que ces deux savants n'ont mis en expérience que trois teufs, et que les deux œufs qui ne se sont point développés étaient peut-être des œufs clairs. II y avait toutefois dans les Poulets qui n'ont point péri un fait anatomique qui me parait digne d'une grande attention. L'allan- toide, au lieu d'être appliquée contre la chambre à air, était venue s'appliquer contre une des parties de la coquille qui n'avait point été vernie. Ce phénomène est-il général? Je n'oserais l'affirmer. Lorsque j'ai ciMumcncé mes expériences, mon attention ne s'était point portée sur ce fait; depuis que j'en ai eu connaissance, je l'ai (<) Voyez )e Mémoire cité, p. 640 et 6i'i. (2) Ibid., p. 640. 122 C. DARESTE. — MÉMOIRE toujours constaté dans les œufs dont j'ai verni le gros bout, et qui m'ont présenlé des Poulets vivaiils. Si ce lait se reproduisait toujours , il nous donnerait mani- festement l'explication de la persistance de la vie dans les con- ditions ; curieux (pic l'analyse cliiniiquepùl s'exercer sur cette liqueur, et » surtout (pi'on parvînt à composer un aussi puissant antiseptique. » .Malgré les découvertes de 51. Gannal sur la conservation des » cliairs, on poiu-rait ]]eut-ètre tirer parti de l'observation fournie » [)ar nos Hyménoptères. » J'avouerai que l'infiniment petite goultelelle de venin que le Cerceris peut inocuici' dans les flancs de sa victime ne me rend pas suflisaiument compte de la conservation parfaite des viscères, et ipie j'ai de la peine à croire à des effets aussi merveilleux produits, fclalivemeni dans d'immenses proportions, par un atome de liquide. Quelipie autre cau.se doit être en jeu , quel(]ue cause physiologique jieul- èlre ? (^immenl donc s'opère le meurtre qu'on n'a pu mallieu- (I) Ann. des se. nal., 2" série, L XV. 4* série. ZooL. T. IV. (Caliier n" .î.) ' 9 130 FABRE. OBSERVATIONS reusement encore constater? Quels sont les moyens antiseptiques employés par l'Hyménoptère préservateur ? Telles sont les questions que je me suis bien souvent et vainement proposées. Enfin les loisirs de ces vacances m'ont permis une chasse plus assidue aux Cerceris, et, maljïré la saison un peu avancée, j'ai en le bonheur de trouver non le Cerceris de M. L. Dufour avec ses trésors souter- rains, mais un de ses congénères, ravisseur géant qui se contente d'une proie plus modeste (i). C'est dans la dernière quinzaine de septembre que notre Hymé- noptère fouisseur creuse ses terriers, et enfouit dans leur jirofon- (leur la proie destinée à sa progéniture. L'emplacement pour son domicile, toujours choisi avec discernement, je dirai presque avec inlclligcnee , est soumis à ces lois mystérieuses si variables d'une espèce à l'autre, mais immualilcs pour une même espèce. Au Cer- ceris de M. L. Dufour il faut un sol horizontal , et par suite battu el compacte comme celui d'une allée, pouriendre impossible les éboulemenis , les déformations qui ruineraient sa galerie à la moindre pluie. Il faut au nôtre, au contraire, un sol vertical. Avec celte légère modilication archilectonique, il évite la plupart des dangers qui pourraient menacer sa galerie ; aussi se montre-t-il peu difficile dans le choix de la nature du sol, et creuse-t-il indiffé- remment ses terriers soit dans une terre meuble légèrement argi- leuse, soit dans les sables friables de la mollasse ; ce qui rend ses travaux d'excavation beaucoup plus aisés. La seule condition indispensable parait être un sol parfaitement sec, et exposé la plus grande iiarlie du jour aux ardeurs du soled. C'est donc les talus à pic des chemins, les lianes des ravins ])rol'onds, creusés par les pluies dans les sables de la mollasse , que notre Hyménoptère ciioisit pour établir son domicile. Mais ce n'est pas assez pour lui du choix de cet emplacement vertical , d'autres précautions sont prises, avec une admirable prévoyance, pour se garantir des pluies inévitables delà saison déjà avancée. Si une lame degrés compacte fait saillie en forme de corniche; si quelque trou, à y loger le poing, est naturellement creusé dans le sol, c'est là sous cet auvent, (1 ) Voyez ci-après noie A . SliK LES MOEURS DES CERCERIS. 131 au iond de celte cavité, qu'il pratique sa galerie, ajoutant ainsi un péristyle naturel à son propre édifice. Bien qu'il n'y ait chez eux aucune espèce de communauté, ces insectes aiment cependant à se réunir en petit nctiiibre sur le même emplacement pour exé- cuter leurs travaux ; et c'est toujours par groupes d'une dizaine environ ou moins que j ai observé leurs nids, dont les orifices, le plus souvent assez distants l'un de l'autre , se rapprochent quel- quefois jusqu'à se toucher. Par un beau soleil, c'est merveille de voiries diverses manœuvres de ces laborieux mineurs. Les uns, avec leurs mandibules, arra- chent patiemment au fond de leur excavation (|uelques fjrains de gravier, et en poussent péniblement la lourde masse au dehors ; d'autres, grattant les parois de leur couloir avec les râteaux acérés de leurs tarses, forment un las de déblais qu'ils balaient au dehors à reculons, et qu'ils font ruisseler sur les lianes du talus en longs filets pulvérulents. Ce sont ces ondées périodiques de sable rejet('' hors des galeries en construction qui ont trahi mes premiers Cer- ceris, et m'ont fait découvrir leurs nids. D'autres, soit par fatigue, soit pai' suite de l'achèvement de leur rude tâche, semblent se reposer, et lustrent leurs antennes cl leurs ailes .sous l'auvent natu- lel , (|ui le plus .souvent protège leur domicile ; ou bien encore restent immobiles à l'orifice de leur trou, et montient seulement leui' large face carrée barioli'e de jaune et de noir. D'autres enfin, avec un gi'ave bourdonnement , voltigent sur les buissons voisins de Cliène au Kermès, où les mCdes, sans cesse aux aguets dans le voisinage des terriers en consliuction, ne tardent pas à les suivre. Des couples se forment, mai.', sont souvent troublés par l'arrivée d'un second mâle qui cherche à supplanter l'heureux possesseur. Les bom ilnnnemcnts deviennent menaçants ; des rixes ont lieu, et sou- vent les deux mâles se roulent dans la poussière jus(iu'à ce que l'un des deux reconnaisse la supériorité de son rival. Non loin de là, la lémelle attend indifférente le dénoùmentde lalutte; enfin ellere(;oit le mâle ipie les hasards du combat lui ont donné, et le couple, s'envolant à [)erlc(lc vue, va chercher jilus loin la Iranquillilé sur (pieliine touffe do brou.ssailles. Là se borne le rôle des mâles. De nuiilié plus petits que les femelles, et presque aussi nombreux 132 FABRE. OBSERVATIONS qu'elles , ils rôdent çà et là à proximité des terriers , mais sans y pénétrer, et sans jamais prendre part aux laborieux travaux de mine que ces derniùres exécutent, cl aux chasses peut-être encore plus pénibles qu'elles doivent faire pour approvisionner leurs cellules. En peu de jours , les galeries sont prêtes , d'autant plus que celles de l'année précédente sont employées de nouveau après quelques réparations. Leur diamètre est assez large pour qu'on puisse y plonger le pouce, et l'insecte peut s'y mouvoir aisément, même lorscpi'il est chargé de la proie énorme que nous lui verrons saisir. Leur direction, qui d'abord est horizontale jusqu'à une pro- fondeurdel décimètre à 1 décimètre 1/2, l'ait subitement un coude, et plonge plus ou moins obliquement tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Sauf la portion horizontale et le coude du tube, le reste ne parait réglé que par les difficultés du terrain, connue le prouvent les sinuosités, les orientations variables qu'on observe dans la partie la plus reculée. La longueur totale de cette espèce de trou de sonde atteint de 3 à [y décimètres. A l'extrémité la plus reculée du tube se trouvent les cellules en assez petit nombre , et approvisionnées eiiacune avec cinq ou six cadavres de Coléoptères. Mais laissons ces détails de maçonnerie, et arrivons à des faits plus capables d'exciter notre admiration. La victime que le Cerceris choisit pour alimenter ses larves est un Curculionite de grande taille , le Cleomis ophthalmicus, Rossi. On voit le ravisseur arriver pesamment chargé, portant sa victime entre les pattes, ventre à ventre, tête contre tète, et s'abattre lour- dement à quelque distance de son trou , pour achever le reste du trajet sans le secours des ailes , mais en traînant péniblement sa proie avec les mandibules sur un [ilaii vertical ou au moins très incliné, cause de fréquentes culbutes, qui font rouler pêle-mêle l'Hyménoptère et sa victime jusqu'au bas du talus, mais incapables de décourager l'infatigable mère, (jui, souillée de poussière, plonge enfui au fond du terrier avec le butin dont elle ne s'est point dessaisie un histant. Si la marche avec un tel fardeau n'est pas aisée pour le Cerceris, surtout sur un pareil terrain, il n'en est pas ainsi du vol dont la puissance est admirable, si l'on considère que la robuste bestiole emporte une proie presque aussi grosse et plus SUR LES WœURS DES CEBCERIS. 133 pesante qu'elle. J'ai eu la curiosité do peser comparativement le Cerccris et son gibier : j'ai trouve'^ pour le premiri' '150 milli- grammes; pour le second, en moyenne, 255 milligrammes , presijue le double. Ces nombres parlent assez éloquemmcnt en faveur du vigoureux ebasseur ; aussi ne pouvais-je me lasser d'admirer avec quelle prestesse, quelle aisance, il reprenait son vol, le gibier entre les pattes, et s'élevait à une baulcur où je le perdais de vue , lorsque , traqué de trop jirès par ma curiosité indiscrète, il se décidait à fuir pour sauver son précieux butin. Mais il ne fuyait pas toujours, et je parvenais alors, mais non sans difficulté, pour ne pas blesser le ebasseur, en le barcelant, en le culbutant avec une paille, à lui faire abandonner sa proie dont je m'emi)arais aussitôt. Le Cerccris ainsi dépouillé cherchait un instant çà et là, entrait un moment dans sa tanière, et en sortait bientôt après pour voler à de nouvelles chasses. En moins de dix minutes, l'adroit investigateur avait trouvé une nouvelle victime, consommé le meurtre, et accompli le rapt rpie je me suis souvent permis de faire tourner à mon prolil. Huit fois, aux dépens du même indi- vidu, j'ai commis coup sur coup le même larcin; huit fois, avec une constance inébranlaljlc , il a recommencé son expédition infructueuse. Sa patience a lassé la mienne, et sa neuvième capture lui est restée définitivement acquise. Par ce procédé, ou en violant les cellules déjà approvisionnées, je me suis procuré près d'une centaine de Cureulioniles; et, malgn'" ce que j'avaisdroit d'attendre, d'après ce que M. L. Dufour nous a appris sur les mceurs du Cerceris bupresticida , je n'ai pu réprimer mon ('tonnement à la vue de la singulière collection monograpliiquc ijui' je M'uais de faire. Si le ebasseur de Buprestes, sans sortir des limites d'un genre , passe indistinctement d'une espèce à l'autre; celui-ci, plus exclusif, s'adresse invariablement à la même l'spèee, le Cleomts ojihlhaiminis . Dans le dénondircnieiit de uKin butin, je n'ai reconnu i(u'unc exception, une seule, et encore él;iit-elle fournie par une es|)èce congénère , le Cleonus allernans, Olivier, espèce (pic je n'ai jamais pu revoir une .seconde fois dans mes frérpientes visites aux Cerceris. Une proie plus savou- reuse, plus succulcnli', sullil-clli' pdiu' expliipier cette prédilection 131 FABKE. — OBSERVATIONS pour une espèce unique? Les larves trouvent-elles dans ce gibier, sans variété, des sues mieux à leur convenance et qu'elles ne trou- veraient pas ailleurs? Je ne le pense pas , et si le Cerceris de M. L. Dulbur chasse indistinctement tous les Buprestes, c'est sans doute parce que tous les Buprestes ont les mêmes sucs , ce rpii est assez probable. Mais les Gurculionites doivent être en général dans le même cas ; leurs qualités alimentaires doivent être ideiiliipies , et alors ce choix si sur|ircnant n'est plus qu'une question de volume , et par suite d'économie , de fatigues et de temps. Notre Cerceris , le géant de ses congénères , s'attaque exclusivement au Cleonus ophthalmicus , parce que ce dernier est le plus gros des Curculionieus de ces conlrécs ; mais si celte proie [iréférée vient à lui mamjucr, il doit se raballre sur des espèces moins grosses, comme le prouve l'iuilividu unique de la seconde espèce. Le Cer- ceris aurila approvisionne aussi ses cellules avec des Charançons (OsHorhynchus rauc^is, Pkylonomus punctalus) (1 ), et le Cerceris hipreslicida n'est pas le seul à sacrifier de somptueuses victimes à la voracité de ses larves. Dans les nids d'une quatrième espèce, j'ai Irouvé pour provisions une espèce de Bupreste , invariable- ment la même dans toutes les cellules, et sans aucun mélange (2). Voilà donc que sur (juatre espèces de Cerceris dont on connaît les provisions de bouche, deux sont adonnées au régime des Cha- rançons, deux autres à celui des Buprestes. Poiu' quelles raisons singulières les déprédations de ces Hyménoptères sont-elles ren- IcruK'cs dans des limites si étroites? Quels sont les motifs de ces choix si exclusifs? Quels traits de ressemblance interne y a-t-il entre les Buprestes et les Charançons qui extérieurement ne se ressemblent en rien , pour devenir ainsi également la pâture de larves congénères? Entre tclU^ et telle autre espèce de victime, il y a , sans doute , des différences de saveur, des différences nutri- tives que les larves savent apprécier; mais une raison purement anatomique me paraît dominer toutes ces considérations gastrono- miques et motiver ces étranges prédilections , comme j'essaierai de le démontrer bientôt. (1) Ann. des se. nal., 2" série, l. XV, p. 334, en note. (2) Voyez ci-après note B. Sl'R LES MOEUKS DES CERCERIS. 135 Après tout ce qui a été dit d'admirable par 31. L. Dui'our sur la longue et merveilleuse conservation des insectes destinés aux larves carnassières, il est presque inutile d'ajouter que les Charançons , autant ceux que j'exhumais ([ue ceux que je prenais entre les pattes des ravisseurs , quoique absolument et pour toujours privés de mouvements, élaient dans un parlait étal de conservation. Fraî- cheur des couleurs, souplesse des membranes et des moindres articulations, état normal des viscères, tout conspire à vous faire douter que ce corps inerte (|u'on a .sous les yeux soit un véritable cadavre, d'autant plus qu'à la loupe même il es! inqwssible d'y apercevoir la moindre lésion , et malgré soi on satlend à voir remuer, à voir marcher l'insecte d'un moment à l'aulre. Bien plus, par des chaleurs qui, en quelques heures, auraieiu' desséclK- et rendu rriaj)lcs des insectes morts d'une mort ortiinaire, par des temps humides qui les auraient tout aussi rapidement corrompus et moisis, j'ai conservé, sans aucune ])récaution et jicndani plus d'un mois, les mêmes individus , soit dans des cornets de pa[iicr, suit dans des tubes de verre, toujours avec la même souplesse; et, cho.se inouïe, si l'habile historien du Cerceris bupresticida ne nous avait déjà habitués à de pareils miracles, après cet énorme laps de temps, les viscères n'ont rien perdu de leur fraîcheur, et la dissec- tion en est aussi aisée que si l'on opérait sur un animal vivant. Non , en présence de pareils faits, on ne peut invoquer l'action d'un antise|)tique et croire à une mort réelle ; la vie est encore là , vie latente et passive , la vie du végétal. Elle seule , luttant encore quelque temiis avec avantage contre l'invasion destructive des forces ciiimiques , peut ainsi préserver l'organisme de ladécom- position. La vie estcneore là, moins la sensibilité et le mouvcineni, et l'on a sous les yeux une merveille que l'éthcr et le clildinlorme ne sauraient réaliser, et qui reconnait pour cause les lois mysté- rieuses du système nerveux. Lea fonctions de cette vie végétative sont ralenties, trordilces sans doute; mais enfin elles s'cxi-rcenl encore sourdcmcut. .l'en ai pour preuves la défécation (|ui s'opère normalemeni cl par intervalles chez les Charançons piqués par le (Cerceris pendant la première semaine ilc ce prof()u), bien ([ne, cununelc faitobsci'ver M. Audouin (/|), elles eussent é|iniuvé de la paii de l'Odynèic femelle ([uelque blessure, suivie peul-èli'c de l'inocidiitidn d'iuiesidjstance ayant la propi'iélé de la plonger dans un état iéthaigique. D'aulics larves ()) E. Blanchard , S'jttémt; m>n'pi/.r des Insecli's cotéopléres {Aim. des se. nat., .■»• série, t. V). i) E. Btaiicliaril, Inc. cil. {'■i) Rcauniur, .Mémoire pour servir à /'/lisfoiiv dea Insectes, l. VIII, p, 258. (4) Audouin, Observations sur les mœurs des Oiijnéres [Ann. des se, nat., 2' série, l. XI). 142 FABBE. — OBSERVATIONS également vertes, et appartenant à un Lépidoptère, larves que j'ai observées dans le nid d'un Euménien (1), jouissaient également de tous leurs niouvemenls, rendus paresseux, il est vrai, à cause de l'espèce de somnolence où le ravisseur doit les plonger. De l'abolition complète de l'animalité des insectes parfaits à cette somnolence, cette léthargie des larves, il n'y a qu'une dirt'érence du plus au moins par suite des différents degrés de centralisation du système nerveux, et les cbasseurs de Chenilles, comme les chasseurs de Coléoptères, doivent également rendre leurs victimes iuol'fensives et incorruptibles par un coup d'aiguillon dans la moelle abdominale. Les mêmes motifs, puisés dans la centralisation du système ner- veux, peuvent nous expliquer les [irédilections exiraordinaires des (^erceris pour les ]5uprestcs cl lesCharan(;ons; car, rcmar(|uoiis-le bien, il faut au lavisscur une proie très vulnérable, qu'il puisse se procurer ra[iidemenl , sans luttes qui compromettraient l'exis- tence de cette mère prévoyante, sans longues agonies qui mettraient en danger l'œuf précieux déposé au milieu de victimes récentes. Que deviendrait, en effet, cet reuf, où la jeune larve qui en pro- vient, au milieu de vigoureux Coléoptères grouillants, même à demi-morts, dans un étroit espace, et remuant des semaines entières leurs longues jambes éperonnées? Que de faiblesChenilles soient rendues parfaitement inol'fensives par une soumolence plus ou moins profonde , cela se conçoit ; mais pour arriver au même résultat avec des insectes incomparablement plus vigoureux, il faut l'anéantissement complet des mouvements : cet anéantissement ne peut se produire avec la rapidité voulue, qu'autant (jue le Coléoptère offre un certain degré de centralisation dans son appa- reil nerveux. Si nous consultons le beau mémoire et les superbes planches de U. É. Blanchard sur le système nerveux des insectes coléoptères, nous verrons que très peu de tribus remplissent ces conditions indispensables. On trouve cette centralisation chez les Searabéiens, mais la plu|)art sont trop gros : le Orccris ne [)0ur- raitniles atta(|uer, ni les emporter; d'ailleurs beaucoup vivent dans (1 ) Voyez ci-après note C. Sl'R LES MOEURS DES CERCERIS. 143 des ordures où l'Hyinénoptère n'irait pas les chercher. Toutefois je suis persuadé que, si jamais on trouve desCcrceris chassant une autre proie que les Buprestes el les Charançons, cette proie appar- tiendra aux petites espèces de Scarabéicns vivant aux dc|iens des végétaux. On la trouve encore chez les Hisiériens, qui vivent de madères infectes puant le cadavre , et doivent être par conséquent abandonnés ; chez les Scolytiens, qui sont de trop petite taille , el enlin chez les Buprestes et les Charançons. Voilà le Irait de ressem- blance qui, dans les autres des divers Cerceris, rassemble les représentants lantôl de l'une, laiilùl de l'antre de ces deux tribus dont l'extérieur n'a rien de commun. Et niainlenanl la raison humaine n'est-elle pas encore une fois confondue devant les miracles de cet instinct, qui de tout temps a appris à nos Hymé- noptères les plus beaux théorèmes physiologiques, les lois mer- veilleuses de ces tilamenls blancs qu'on appelle les nerfs, qui leiu- a dévoilé les .secrets les plus cachés de l'anatomie, secrets que le savant ne dérobe qu'à force de veilles et de labeurs. Pour compléter ma di'monslralion , il me reste à établir qu'on peut à volonté , en imitant les manœuvres des Cerceris, plonger ilans une entière inunnbililé, (ont en leur conservant la vie végéta- live , les insectes coli'oplèn'S dont l'apiiarril nei'vcux seju'èleàce senre d'expérience. L'opération est on ne peul jilus simple ; il s'afrit, avec une priinir acérée d'acier ou avec un Inbc de verre convenablemeni criilé,d'amenei' une goullelelte de (pielijue liquide corrosif sur les centres médullaires thoraciques, en piquant légère- mentrinsecte à la jointure du prolhorax, en arrière de la première paire de pattes. Le liquide que j'en)iiloie est l'ammoniaque ; mais il est évident que tout autre lirpiide ayant une action aussi énergique produirait les mêmes résultats. Les elTels ainsi obtenus diffèrent énormément, suivant qu'on opère sur des espèces dont les gan- gli'jiis thoraciques sont rapprochés, ou sur des espèces où ces mêmes ganglions sont distants l'un de l'autre. Pour la première catégorie, mi's expérienci's onl (''li' faites sur des Lamellicornes Scarabœus sacer , Srarabœus lalicollis), sur des Buprestes (Buprestis aenea), enfin sur des Curculioniles, et en particulier sur l'espèce même que chasse le héros de ces observations. Pour la lllll rABRE. — OBSERVATIONS seconde catégorie, j'ai expérimenté sur des Carabiqucs {Carabus, Procusies, Chlœnixis, Sphodrus, Nebria, etc.), des Longicornes {Saperda, Lamia), des Mélasomes {Blaps, Scaurus, A sida). Ciiez les Scarabées, les Buprestes et les Curculionites, l'effet est instantané ; tout mouvement cesse subitement , sans convulsions , dès que la fatale gouttelette a touché les centres médullaires. La piqûre du Cerceris ne produit pas un anéantissement plus prompt. iMais là ne s'arrête pas la ressemblance des effets produits par le dard de l'Hyménoplère et par l'aiguille empoisonnée avec de l'ammoniaque. Les Scarabées , les Buprestes et les Charançons piqués artificiellement, malgré leur immobilité complète, conser- vent pendant trois semaines , un mois et même deux , la parfaite llexibilitc de toutes leurs articulations et la fraîcheur normale de leurs viscères. Chez eux, la défécation s'opère les premiers jours comme dans l'état habituel, et les mouvements peuvent encore être provoqués par le courant voltaïque. En un mot, ils se comportent absolument comme les Coléoptères sacrifiés par les Cerceris, et il y a identité complète entre l'état où le ravisseur plonge ses victimes et celui qu'on produit à volonté en lésant la moelle abdominale avec de l'ammoniaque Or, comme ici il est impossible d'attribuer à la gouttelette inoculée la conservation parfaite de l'insecte pen- dant un temps aussi long, il faut bien rejeter toute idée de liqueur préservatrice , de procédés analogues à ceux de Gannal , et admettre que , malgré sa proibnde iumiobilité, l'animal n'est pas réellement mort , qu'il lui reste encore une lueur de vie, maintenant encore quelque temps les organes dans leur fraîcheur normale , mais les abandonnant peu à peu ]iour les laisser enfin livrés à la corruption. Dans quelques cas d'ailleurs, l'ammoniaque ne produit l'anéantissement complet dos mouvements (|ue dans les pattes , et alors l'action délétère du liquide ne s'étant pas sans doute étendue assez loin, les antennes conservent un reste de mobilité; et l'on voit l'animal, même plus d'un mois après l'inoculation, les retirer vive- ment au moindre attouchement : preuve évidente que la vie n'a pas complètement déserté ce corps inerte. Ce mouvement des antennes s'observe aussi parfois chez les Charançons blessés par les Cerceris. I SUR LES MOEURS DES CERCERIS. 145 L'inoculation de l'ammoniaque arrête toujours sur-le-champ les mouvements des Scarabées, etc., mais on ne parvient pas toujours à mettre l'animal dans l'état que je viens de décrire. Si la blessure est trop profonde, si la gouttelette instillée est trop forte, la victime meurt réellement, et , au bout de deux ou trois jours, on n'a plus qu'un cadavre infect. Si la piqûre est trop faible, au contraire, l'animal, après un temps plus ou moins long d'un profond engour- dissement, revient à lui, et recouvre au moins en partie ses mou- vements. J'ai pu constater celte espèce de résurrection , même chez un insecte atteint par le dard d'un Hyménoptère fouisseur. Le Sphex flavipennis entasse dans ses trous de jeunes Grillons (Gryllus campestris), préalablement atteints par son stylet vénéni- fère (1 :. J'ai retiré de l'un de ces Irons trois pauvres Grillons, dont la llaccidité extrême aurait dénoté la mort dans toute autre circon- stance. Mais ici encore ce n'était qu'une mort apparente : mis dans un flacon , ces Grillons se sont conservés en fort bon état, et tou- jours immobiles pendant [irèsde trois semaines. A la fin, deux se sont moisis, cl le troisième a ressuscité, c'est-à-dire qu'il a recou- vré le mouvement des antennes , des pièces de la bouche et des deux premières paires de pattes. Chez les Coléoptères de la seconde catégorie , c'est-à-dire chez ceux dont les centres médullaires thoraciques sont distants l'un de l'autre, reffel produit par l'ammoniariue est très différent. Ce sont les (>arabi(|ues »|ui se montrent les moins vulnérables. Une piiiùre qui aurait produit chez un vigoureux Scarabée sacré l'anéantisse- ment instantané des mouvements ne produit , même chez les Carabifiues de médiocre hnWc (Chlœnius verlitus, Nebrivs psam- modes, Calathus cisteloides) , que des convulsions violentes et désordonnées. Peu à peu l'animal se calme, et, après quelques heures de repos , il l'eprend ses mouvements habituels , et parait n'avoir rien éprouvé. Si l'on renouvelle l'épreuve sur le même individu , deux , trois , quatre fois , les résultats .sont les mêmes , jusqu'à ce que, la blessure devenant trop grave, l'animal meure (I) D'après M. de Saint-Fargeau , quelques Sptiex d'Afrique chassent égale menl des OrUiopléres , de très gros Acridiens. i' série ZooL T. IV. (Cahier u" 3.) ^ lU 146 FABRE. — OBSERVATIONS réellemei)!, coniine le prouvent son desscchomenl cl snputrelao- lion qui surviennent bientôt après. Les Mélasomes et les Longicornes sont plus sensibles à l'action (le l'animoniai^ie. L'inoeulation de la gouttelette corrosive les plonge assez rapidement dans l'immobilité, et, après quelques con- vulsions, l'animal parailmort. Mais cette paralysie, qui aurait per- sisté chez les Scarabées, n'est ici que momentanée, et du jour au li'iideniain les mouvements reparaissent aussi énergiques que jauiais. Ce n'est qu'autant que la dose d'ammoniaque est d'une certaine force, que les mouvements ne reparaissent plus; mais alors l animal est mort, bien mort, car il ne tarde jias à touiber en putréfaction. Par les mêmes procédés , si efficaces chez les Scara- bées, les Cbarançons et les Buprestes, il est donc impossible de provoquer une paralysie complète et persistante chez les Coléoptères dont les ganglions thoraciques sont distants l'un de l'autre, et l'on ne peut obtenir tout au plus qu'une paralysie momentanée se dissi- pant du jour au lendemain. Ces résultats de l'expérience confirment de la manière la plus éclatante les raisons que j'ai exposées plus haut pour mofiver la prédilection exclusive des Ccrceris pour quelques tribus de (Coléoptères, cl pour expliquer la longue conservation de leurs victimes. Conclusions. Les Hyménoptères prédateurs rendent inoffensive la proie destinée aux larves pai' un coup d'aiguillon dans les ganglions thoraciques. Si la victime est une Chenille, une faible larve, l'effet du coup d'aiguillon peut se borner à ime torpeur, à une léthargie plus ou moins profonde , et les mouvcmenis ne sont pas com|il(''lement anéantis ; exemples : les larves vertes de Phylonomus variabilis ({u'on trouve dans les nids de VOdynerus spinipes , les larves vertes de Lépidoptère qu'on trouve dans les cellules (kVEumenes décrit ci-après. Si la victime est un insecte vigoureux , la paralysie doit être totale et persistante, afin que l'œuf ou la larve ne se trouve pas en danger; il y a alors anéantissement complet des mouvements. SUR LES MOEURS DES CERCERIS. iftT comme chez les Buprestes et les Charançons des Cerceris, les Grillons des Sphex. Cet état d'inertie n'est iju'une mort apiiarenle, une paralysie des organes de la vie animale ; mais la vie végétative persiste encore plus ou moins longtemps, et préserve l'organisme de la décompo- sition. L'animal ne meurt réellement f{ue longtemps après , et peut-être uniquement d'inanition. Il n'y a donc pas lieu d'attribuer au venin des Hyménoptères une propriété antiseptique; ce liquide agit seulement sur les centres nerveux, comme agirait tout autre liquide sullisamment énergique. L'ammoniaque en particulier produit absolument les mêmes effets, en s'inoculanl au point où se porterait In dard de l'Hymé- noptère. La paralysie par l'ammoniaque n'est complète et persistante que chez les Coléoptères, dont les ganglions thoraciques sont concen- trés sur un seul point. Cette centralisation du système nerveux rendant possible une paralysie instantanée et persistante est la cause qui borne les déprédations des Cerceris chasseurs de Coléoptères aux Buprestes, aux Curculionites, cl probablement aussi à quelques peliles espèces de Lamellicornes , puisque ceux-ci lemplissent également toutes les conditions voulues. Les prédilections si exclusives des Cerceris sont donc subordonnées à l'anatomie de leurs victimes plutôt qu'à leurs qualités iiulrilives. Note A. Éloigné des centres scientifiques , réduit à mes seules et bien faibles res- sources, je me trouve dans un grand embarras pour désigner l'espèce de Cerceris qui fait le sujet de cet opuscule. N'ayant pu en trouver le signalement dan» les quelques auteurs que j'ai pu consulter, je vais en donner une description assez développée pour qu'on puisse facilement la reconnaître si elle est déjà décrite. Je hasarderai même un nom dans l'espoir, si celte espèce est réellement incon- nue, d'attacher le nom vénéré de M. L. Dufour au plus beau des Hyménoptères qui butinent au pied du mont Ventou.»;. Cerceris Du/6iiri(ina. — l'emelle noire. Tête, thorax, et premier segment de l'abdomen ponctués et pubescents ; les cinq derniers segments de l'abdomen lisses, luisants et glabres au-dessus , ponctués et pubescents au-dessous dans leur moitié postérieure. Chaperon prolongé ii la base des antennes en une pointe coupée carrément à l'extrémité. Premier article des antennes jaune , les trois el 148 FABRE. OBSERVATIONS quatre suivants ferrugineux, les autres noirs. Chaperon ; carène entre les antennes ; deux bandes remontant jusque sur le vertex, et bordant le côté interne des yeux ; une large tache quadrilatère derrière chacun d'eux ; deux taches sur le protho- rax, les écailles des ailes ; quatre points disposés par paires sur le corselet ; deux points sur le premier segment de l'abdomen ; une bande échancrée à la partie postérieure des quatre segments suivants ; deux taches latérales sur le segment anal , jaunes. Dessous du'corps noir; une bande rouge échancrée en arrière sur le second segment de l'abdomen. Pattes d'un jaune ferrugineux avec les hanches noires. Ailes enfermées à l'extrémité. Longueur de 25 à 30 millimètres. Les deux premiers points du corselet sont distants l'un de l'autre , quelquefois peu distincts, et même tout à fait effacés. Les deux suivants sont contigus , et forment assez souvent une ligne transverse. Les deux points jaunes du premier segment de l'abdomen disparaissent quelquefois aussi, et il en est de même de la bande rouge de la face ventrale du second segment abdominal. Mâle.. Noir, entièrement ponctué, et couvert d'une pubescence cendrée plus four- nie que chez la femelle, surtout sur la tête et le thorax. Chaperon plan, .antennes ferrugineuses, excepté la face inférieure de l'article basilaire qui est jaune, et la face supérieure des .i-6 articles médians qui est noire. Chaperon et carène entre les antennes jaunes, ainsi que deux bandes bordant le côté interne des yeux , mais ne remontant point sur le vertex. Un très petit point derrière chaque œil ; deux points sur le prothorax, les écailles des ailes ; deux points et une ligne transverse sur l'écusson ; deux très petits points sur le premier segment de l'abdomen; une bande échancrée sur chacun des cinq segments suivants ; une tache médiane entre le.s deux carènes du segment anal, jaunes. Dessous du corps entièrement noir. Pattes d'un jaune ferrugineux, .\iles enfoncées à l'extrémité. Longueur de 18 à 20 millimètres. Comme chez la femelle, les deux points et la ligne jaune de l'écusson peuvent disparaître plus ou moins complètement , surtout les deux points. 11 en est de même des deux points du premier segment abdominal , de la tache médiane du segment anal, et des deux points qui sont derrière les yeux. Note B. Cerceris ! — Noir, très ponctué. Face couverte d'une linc pubescence argentée. Chaperon plan. Une étroite bande jaune de chaque cdlé au bord interne des yeux. Mandibules jaunes avec leur extrémité brune. Antennes noires en des- sus , d'un brun pâle en dessous ; face inférieure de leur article basilaire jaune. Deux points distants sur le prothorax, les oreilles des ailes ; une ligne transverse sur l'écusson ; une bande échancrée à la partie postérieure du 3" et du 5' seg- ment de rabdomen,d'un jaune pâle. Dessous du corps entièrement noir ; hanches et trochanters noirs: cuisses postérieures entièrement noires: cuisses des deux paires antérieures mi-parties noires et jaunes ; jambes et tarses jaunes. Jambes un peu enfumées à l'extrémité. Longueur S millimètres. SUR LES MOEURS DES CERCERIS. 149 Cette espèce creuse ses galeries dans les talus sablonneux ries ravins. Elle approvisionne ses larves avec des Buprestes , le Sphenoplera gemiimla , Uliger. En septembre, époque de mon observation, ces provisions sont depuis longtemps consommées, car on ne trouve dans les cellules que des débris arides, des élylres, des corselets , et quelques rares individus dont les diverses pièces tégumenlaires sont encore régulièrement assemblées. Malgré cela, la vigilante mère veille encore au soin de sa progéniture , car c'est toujours dans le voisinage des terriers ou même dans leur intérieur que je l'ai surprise. Au milieu des débris extraits d'un assez grand nombre de nids, je n'ai pu reconnaître la moindre trace d'une seconde espèce de Bupreste, nouvel exemple de déprédations si singulièrement délimitées. Par la disposition de ses taches jaunes, cette espèce a quelques traits de res- semblance avec le Cerceris ornala; mais elle s'en éloigne par quelques caractères, et surtout par la différence de moeurs, le Cerceris ornata nourrissant ses larves, d'après M. Walcknaér, d'autres Hyménoptères appartenant au genre Halictus. Je ne connais pas le mâle. Note C. Eumenes.. ..? — Femelle noire, ponctuée et pubescente sur la tête, le thorax et le premier segment de l'abdomen. Les cinq derniers segments abdominaux lui- sants et glabres. Chaperon , carène entre les antennes , lunules bordant le côté interne des yeux ; face inférieure du premier article des antennes ; une ligne étroite derrière chaque œil; bord antérieur du prothorax, les écailles des ailes , deux points et une ligne transverse sur l'écusson ; une tache sur chaque flanc du méso- thorax ; deux autres plus larges sur le métathorax ; bord postérieur des cinq pre- miers segments de l'abdomen, jaunes. Le second segment orné, en outre, sur chaque liane d'une grande tache jaune , qui réjouit la bande marginale. Dessous du corps noir ; les quatre segments médians de l'abdomen bordés de jaune ; le second muni, en outre, de deux gros points de la même couleur. Hanches noires avec une tache jaune à la face externe. Base des cuisses et trochanters noirs ; extrémité des cuisses, jambes et tarsesjaunes. Longueur de 20 à ^2 millimètres. Serait-ce Y Eumenes iiomijormis? Cette espèce bâtit ses cellules en septembre sur les rochers exposés au soleil, sur les murailles. Tantôt isolées, tantôt au nombre de deux ou trois accolées l'une à l'autre, ces cellules ont la forme d'unecalotlc sphérique, surmontée d'une sorte de petite cheminée cylindrique d'une paire de millimèlresde hauteur. Le fond en est formé par la surface même de la pierre qui leur sert de base; mais ses parois sont maçonnées avec de la terre pétrie. L'intérieur de ces constructions , sans être poli avec soin, ne présente au moins rien de raboteux; leur extérieur, au contraire, est revêtu de gravier grossier, et même do coquilles vides de petites hélices. A mesure que l'Hyménoptèro a maçonné une cellule , il s'approvisionne d'une dizaine de larves vertes, puis il en bouche la cheminée avec un tampon de mortier. Ces larves appartiennent à des Lépidoptères , et , suivant toute appa- rence, à des Phaléniens. Linné a déjà dit du Sp/icx sabulosa : Habitat in leira 150 DE BEAUVOTE. LETTRE, ETC. mbulosa, ubi Canis instar piidibun anterioribus cuniculum fodit larvamque Pha- lenœ semimortitam in eo sepelU , etc. ; et du Sphex viatica : Fodit cuniculum , occidit larvam Phalenœ , altrahit , sepelit , etc. (1 ). Cette rencontre n'est proba- blement pas fortuite, et les trois chasseurs de chenilles de Phalènes doivent être guidés par quelques motifs impérieux, comme j'espère l'avoir prouvé au sujet des Cerceris mangeurs de Buprestes et de Charançons. Dans une vingtaine de che- nilles recueillies, j'ai reconnu deux espèces , dont l'une était représentée par un seul individu. Voici les caractères des chenilles les plus nombreuses ■. Corps d'un vert pâle, ou plus rarement d'un jaune sale, cylindrique, hérissé de cils courts et blanchâtres. Tête transversale , plus large que les segments anté- rieurs, d'un noir mat, également hérissée de cils. Quatre paires de pattes mem- braneuses placées sur les 6% 7», 8' et 9' segments. Longueur I 6 millimètres ; largeur 3 millimètres. L'individu unique de la seconde espèce a pour caractères : Corps un peu atténué aux deux bouts , étranglé à la jonction des divers seg- ments, d'un vert sale , avec de fines marbrures noirâtres visibles à la loupe , et quelques poils noirs clair-semés. Tête petite, plus étroite que les segments anté- rieurs, de la même couleur que le corps. Trois paires de pattes membraneuses placées sur les 8% 9° et 12° segments. Longueur, 1 .5 mdlimètres ; largeur, 2 mil- limètres 1/2. Il est à remarquer que r£ii»ie/ies conrctata , dont Geoffroy a décrit le nid et l'approvisionnement (2) , remplit ses cellules de miel ; trait de mœurs qui sem- blait irrévocablement éloiguer les Euménites des Odynérites. Mais voici une espèce congénère qui, à l'état de larve, vit de proie, et vient ainsi rattacher les Eumé- nites aux Odynères (3). (1) Syst. nnt. (2) Hist. des Insectes. (3) Depuis l'impression des pages précédentes, M. Fabre a bien voulu en- voyer au Muséum d'histoire naturelle de Paris un exemplaire de chacun des Hyménoptères qui font le sujet de son intéressant travail , el par la comparaison de ces insectes avec ceux di- la grande collection zoologique de cet établisse- ment, on a pu remplir les lacunes signalées ci-dessus. Ainsi le Cerceris Dufou- riana de M. Fabre est extrêmement voisin du C. tuberculata Vanderlinden , el ne s'en distingue guère que par la couleur des taches de l'abdomen de la femelle, qui sont toutes d'un jaune franc, tandis que dans cette dernière espèce elles sont ferrugineuses sur le premier segment. Le C Oii/'oun'anrt n'est donc peut-être qu'une variété du C. tuberculata; mais, dans le cas contraire, le nom spécifique que M. Fabre lui a donné ne pourrait être conservé, car il appartient déjà à une autre espèce du même genre décrit par Lepelletier de Saint-Fargeau ( le C. Dufourii Lept., Hist. des nijménopl., t. III, p. 1 'i ), et nous proposerions aux entomolo- gistes de l'appeler C Fabreiana. Quant aux Cerceris indéterminé de la note B, il ne paraît pas différer spécifi- quement du Cerceris minuta Lepell., loc. cit., p. 27. Enfin l'Eumenes de la note C est l'espèce décrite par le même auteur sous le nom d'Eumenes .4.medeii (Lepell., Op. cit., t. II, p. 598). M. E. I LETTRE SUR LES MŒURS DES ABEILLES, Par M. DE BE*IV01E. Permettez-moi, monsieur, de vous communiquer quelques ob- servations sur les combats des reines. Vous le savez , monsieur, ces combats sont dittlciles à voir, parce qu'il n'est pas facile d'avoir plusieurs reines à sa disposition , et, comme le dit fort bien Réau- ninr, on ne sacrifie pas volontiers une rucbe pour s'éclairer sur un sujet plutôt curieux qu'utile et indispensable à connaître. Hubert , ipii fait loi dans cette partie de la science, en a donné une description si poétique , si belle, que j'ai toujouis attendu avec impatience le moment où je pourrais être témoin île combats dignes de la |ilus lielle époijue de notre clicvalerie. Prolilanl du moyen que j'ai trouvé d'asphyxier les abeilles dont vous avez bien voulu vous rendre témoin, j'ai piis lan dernier chez mes voisins plusieurs reines, et voici ce dont j'ai été témoin : 1° Lue reine fut jirésentée à une ruche (pi'on en croyait privée; la première gardienne l'aperçoit, la saisit , lui plonge son aiguillon dans le corps avec vivacité ; ce mouvement rapide atliie les autres surveillantes , et chacune à son tour, et toutes ensemble, en l'ont autant à cette majesté tremblante qui , se défendant à peine , périt bientôt. L'attitude de cette reine était dune humilité complète, elle ployait .son ventre sous elle à l'iiisfar de ces jeunes chiens ipii se replient la tpieuc sous l'abdomen devant les vieux qui les grognent. 2° Désiraiil viiii-ce i|ui s(^ passerait entre deux essaims au mo- ment de leur mariage, j'cnlauçai un dans ma ruche pialc, occupée par ini autre; mais le brouhalra m'em|)êcha de lien xoir. Le icn- main malin, je trouvai dans le vestibule une grosse |ie](ilc d'abeilles easerrant une icine. Je mis cette pelote sur une assiette; plu- sieurs abeilles s'envolèrciil, mais d'autres restèrent et conlinuèrenl d'assouvir leur fureur en plongeant à l'envi leur ai^uillim dans le coi'ps de l'abeille surnuméraiie. 3* Une autre leine est tirée d'iuie mas.se flalMiJUcs (indornues ; 152 DE BEAUVOTE. — LETTRE je la laisse revenir à la vie. Quand elle est bien ranimée, je la place dans une niclie vitrée, et je m'efforce de la metire en contact avec la reine régnante ; mais celle-ci ne la sent ni ne fait mine de l'apercevoir, et se dérobe même à l'expérience. Les abeilles qui l'accompagnent s'emparent de l'étrangère, la poignardent, forment autour d'elle une masse de plus de cinquante abeilles qui roulent à la surface du rayon et tombent enfin sur un carton que je tenais au-dessous. Les plus éloignées s'envolent, mais les autres conti- nuent de la presser, de la poignarder et ne la quittent que quelques heures après, alors seulement que je les chasse; 4° Une autre reine subit le même sort ; 5° .le prends la reine de ma ruche plate ; je la place sous un globe de verre et lui adjoins la reine d'un autre essaim. Leur pre- mier soin est de chercher une issue pour sortir ; elles se rencon- trent cependant, passent l'une sur l'autre sans se rien dire; mais à une seconde rencontre, je vois un superbe combat : les ventres se réunissent ; on se choque , on se heurte , mais bientôt on se sépare. La lutte ne tarde pas à recommencer; la reine de la ruche plate monte sur l'étrangère, lui plonge son aiguillon dans le côté et se retire. La blessée se traîne encore quelques instants à l'aide des trois pattes du côté resté sain et sauf du venin, les autres étant déjà paralysés, puis elle expire. 6» Le lendemain, la reine victorieuse est placée sous le même globe avec trente abeilles; j'y joins une autre reine avec pareil nombre de ses suivantes. Personne ne s'attaque ni ne se dispute; toutes passent les unes sur les autres, et leur principal désir semble être de sortir de prison. Las de ce manège inutile, je fais évacuer la place et ne laisse que les deux reines, mais elles ne se cherchent pas encore , il faut que je les rapproche à l'aide des barbes d'uite plume : enfin, les voici tête à tête, croisant leurs antennes comme deux jeunes taureaux croisent leurs cornes lors- qu'ils vont lutter sur la prairie. L'une baisse les pattes de devant, se mettant en quelque sorte aux pieds de l'autre, comme pour l'im- plorer. Celle-ci, en effet, lui lèche le dessus de la tète et la caresse amicalement. Bientôt l'autre reine en fait autant et reçoit les mêmes marques d'amitié. Ce manège se répète si longtemps que je les I SUR LES M(£URS DES ABEILLES. 153 sépare et les stimule vainement, les poussant au combat sans pou- voir les réunir. La nuit arrivant, je rends la reine à sa ruelie, où une vive inquiétude régnait. Je laisse sous le globe ipielques abeilles avec la reine pour passer la nuit. Le lendemain, je répète cette expérience et j'obtiens le même résultat. Mais pour le coup, je laisse les deux reines ensemble et seules pendant la nuit, et le lendemain j'en trouve une de morte. Telles sont, monsieur, les premières observations que j'ai faites et je serais heureux qu'elles vous intéressassent. A la saison pro- chaine, je les recommencerai , je vérifierai aussi les époques si précises qu'Hubert assigne à la réception des reines étrangères de remplacement , et si les résultais que j'obtiendrai peuvent vous être agréables, je m'empresserai de vous les communiquer. NOTE SDB L'ABSENCE DANS LE TSEMOPTER LUSITANICA DON SYSTÈME NERVEUX APPRÉCI.\BLE (1), Par M. Léon DU FOI R En attendant que je puisse traiter de toute l'analomie du Némop- tère, insecte dont personne, jusqu'à ce jour, n'a sondé l'organisme, je vais faire connaître un fait négatif, qui forme une remarquable exception en Entomotomic; je veux parler de l'absence d'un système nerveux appréciable dans le Névroplère sujet de cet écrit. Alais pour l'intelligence et l'authenticité de ce fait si insolite, ()) Les travaux de M. Léon Dufour ont enrichi la science de tant de décou- vertes prérieuses , que les observations de ce savant doivent avoir une grande importance aux yeux de tous les entomologistes, lors même qu'elles ne leur paraî- traient pas de nature à établir pleinement les résultats qu'il en tire. L'absence d'un système nerveux bien développé me semble bien difficile à admettre chez un Insecte quelconque, et il serait à désirer que de nouvelles recherches per- missent d'expli(|uer l'absence apparente de ce système chez le A'cmora luaila- nicu J'espère (|uc la publication de la note de mon illustre ami provoquera de nouvelles observations sur ce sujet , et que la question soulevée ici ne tardera pas à être résolue. M. E. i5h i'. nuFOUB. j'esquisserai à grands traits la structure générale, la composition organique, et quelques-uns des actes physiologiques de cet insecte. Linné avait le premier classé dans l'ordre des Névroptères , et désigné sous le nom de Panorpa coa, un insecte élégant et singu- lier trouvé dans les îles de l'Archipel. Latreille en fonda le genre Nemoptera. Or ce type linnéen, s'il n'est ijoint identique avec celui dont j'ai l'ait l'anatoniie, en diffère hien peu. Les archives de la science ne renferment encore rien sur le genre dévie et les mi'tamorphoses du Némoptère. Les auteurs qui en ont parlé ne l'ont envisagé que sous le rapport de la classifica- tion et de la description purement entomologique. 11 était réservé au scalpel de fournir quelques notions sur l'histoire île cet insecte. Son corps, bariolé de jaune et de noir, est grêle, et de 3 centi- mètres de long. 11 est donc d'une taille à dissection facile. Ses ailes antérieures, larges et régulièrement tachetées de noir sur une gaze jaune, ont une envergure de 10 tenlimèlrcs , et sont profires au vol ; les postérieures, longues, fort étroites et un peu tordues, ressemblent à une double queue , et font l'office de balanciers ou d'avirons aériens. La physionomie de ce joli insecte, vu le prolon- gement de sa tète en museau , semble justifier le poste i[ue lui a assigné Latreille à côté de la Panorpe , mais ses viscères lui donnent une affinité plus naturelle avec VOsinyle cl VHémérobe. Tout porte à croire (|ue , connue ces derniers, il a des habitudes nocturnes ou crépusculaires. Lorsque dans le jour on le déplace de ses abris, ou le voit prendre ini vol incertain, saccadé, de courte durée. Il est facile déjuger qu'il est offensé par la vive lumière; aussi le prend-on aisément au filet ou à la main. En juillet 1854, je le rencontrai fré(]Memmentau parc royal de Pardo, près de .Madrid. En maniant cet insectepour le disséipier, je fusfra[ipéde l'odeur très prononcée de Punaise des bois (Pe.ittatoma punclipeimis) qui s'exhalait de son corps. La première fois que je constatai ce fait, jecrusf|ue, par mégarde , j'aurais touché une de ces Punaises; mais de nomlireuscs autopsies m'ont acquis la certiUide que cette odeur émanait directement du Némoptère. Le scalpel m'a permis de constater dans sou organisation viscé- rale les mêmes dispositions auatomiiiues générales que dans les I SUR l'anatomie du NEMOPTERA LUSITANICA. 155 autres insectes congénères. L'acte respiratoire s'y exécute par des stigmalps el des trachées, celles-ci foutes Inhiilaires et rares, d'où l'on peut induire et une somme de respiration fort médiocre , et peu d'énergie des facultés locomotrices. L'appareil digestif y offre un canal alimentaire di'oit, finemeiil membraneux, avec unjahot, une paii.se latérale , et huit vaisseaux hépatiques à insertions distinctes. L'absence du gésier, organe qui se trouve dans la Panorpe el le Myrmélion, ainsi que la nature des conteiita du jabot, permettent (Tintcrer que le Nénioptère suce une nourriture liquide, et qu'il n'est point insectivore comme les deux genres que je viens dénommer. J'ai aussi étudié les organes génitaux dans les deux sexes, elils ne m'ont présenté, comparativement aux autres genres de ce groupe, que les légères diflereucescpii lieiment au type. Par cet aperçu sur l'anatomie et le genre de vie du Némoptère, on voit ipi'il partage , pour le nombre , la composition et les fonc- tions des parties tant externes qu'internes, les attributions physio- logiques de l'immense population des Articulés hexapodes. Ainsi il voit, il respire, il marche, il vole, il mange, il digère, il sécrète, il engendre couune tous les insectes. Abordons maintenant le nœud de la question exccplionnclle, le fait négatif dont j'ai parlé. L'appareil sen.sitif, que j'ai étudié dans plus d'un millier d'es|)èccs d'iiLseetcsde tous les groupes naturels , consiste en un cerveau fournissant les nerfs des sens, en une chaîne gtmglion- natVe rachiflienne composée de centres nerveux, d'où émanent des paires de nerfs syni('tri(pies distribuant la sensihilil('' et la vie dans tous les organes, dans tous les tissus. J'omets à dessein de parler du ganglion isolé de Brandt ou stomatMgaslrique. Disons-le tiinl d'abord el 1res explicitement , le scalpel le plus .scrupuleux, les yeux les plus exercés aux recherches anatomi(iues, la patience la [ilus éprouvée, n'ont pu constater dans le Némoptère ni cerveau , ni ganglions , ni nerfs, ('elle négation d'un appareil organique de iiremier ordre a de si graves conséquences qu'il im|)oitc di- la di-montiei' par de positifs documents. Dans mes premières nécropsies , tout en notant cette absence du .systèmi' nerveux , je crus fpie l'étude des principaux viscères avait pu me dérober momentanément les ganglions, et je m'en 156 L. DVFOIIB. préoccupai faiblement. Cependant, après avoir coulé à fond la splanclinologie du Némoptère, je me livrai à l'investipalion exclu- sive de son système nerveux , et prévenu que j'élais que les gan- glions étaient fort petits dans quelques Névroptères, et notamment dans l'Éphémère où j'en avais pourtant compté onze, je redoublai d'attention et de soins. Comme j'avais des sujets à discrétion pour les disséquer ou vivants, ou préalablement élliérisés, je multipliais les ouvertures par les diverses régions du corps. Torturé, c'est le mot , par la reproduction constante de cette cruelle vérité néga- tive, et me déliant du lémoignage de mes propres sens, je fis appel aux yeux clairvoyants de mon ami le professeur Graellsqui assistait à mes dissections. Ils furent aussi malheureux, aussi inhabiles que les miens à découvrir, je ne dis pas un ganglion, mais même un nerf. J'écartelai dans plusieurs sujets le crâne, dans l'espoir que le cerveau , ce point de départ du système nerveux , jiourrait me donner la clé de ce labyrinthe d'incertitudes; mais au lieu d'un organe circonscrit et à deux hémisphères, comme j'étais accou- tumé à en trouver, même dans les ])lus petits insectes, je ne sus apercevoir qu'une exiguë quantité d'une pulpe informe etdiftluente. Habitué à constater, sans trop de difficultés, les grands nerfs cru- raux aux points où ils pénètrent dans les membres, je fis plusieurs ouvertures du thorax dans cet unique but, et toujours avec des résultats négatifs. Poursuivi par les horreurs du doute, j'analysais un à un tous les déblais de mes dissections , en les immergeant dans l'eau claire des verres de montre , puis je les soumettais aux plus puissantes lentilles du microscope. Je n'y pus déceler aucun vestige de ces nerfs que j'avais tant à cœur de découvrir. Un ana- tomiste, moins rompu que moi aux difficultés et aux illusions, s'en serait laissé imposer par des fiiels rameux et incolores offrant tout l'aspect de nerfs ; mais une longue pratique m'avait appris que la macération, en privant les fragments trachéens de l'air et de leur couleur nacrée, pouvait doimerle change pour des ramuscules nerveux , et les verres anipliliants dissipaient tous les doutes, en mettant en évidence les cerceaux élastiques de la texture tra- chéenne. A cette occasion, je me rappelais le tourment de Cuvier, lorsque ses savantes et ardues dissections l'amenèrent à déclarer SUR l'anatomie du nemoptera lusitanica. 157 formellement qu'il n'existait point dans les insectes un système vasculaire propre à la circulation du sang. J'avais déjà sacrifié, à la seule recherche de ce système nerveux introuvahle, quinze Néinoptères, lorsque les événements politiques de Madrid nie forcèrent à regagner la France. Toutefois je ne me tenais pas pour battu. La veille même de mon départ, j'allai à la chasse de cet insecte ; j'en plaçai, après la soustraction des ailes, un bon nombre dans un llacon à l'alcool, pour procéder à leur dissection dans le silence de mon laboratoire de Saint-Sever, et avec ces accessoires qui ne se rencontrent pas dans les déplacements lointains. A peine rentré dans mes foyers, je me remis à l'œuvre, avec cette ardeur qu'inspire le besoin vivement senli d'atteindre un but où la science et l'amour-propre se trouvaieni engagés. J'y épuisai ma persévérance , mon obstination , tous mes moyens optiques, et toujours, hélas! avec le même insuccès. Je sortis de la lice avec la conscience d'avoir satisfait à toutes les exigences d'un scalpel (jui, malgré son long exercice, n'était point encore rouillé , et avec la profonde conviction (ju'il n'existe dans le Némoptère aucune trace appréciable de ganglions, ni de nerfs , en conseivanl ;"i ces noms leur acception consacrée. Si, prétextant de mon âge, on pouvait arguer, dans le cas actuel, de l'affaiblisscmenl de ma vue, de linfidélilé de mes moyens, je pourrais opposer un fail irrécusable. Dans le même temps où mes .sens cl mes inslruinenls étaient impuissants à constater un système nerv'Cux dans le Némoptère, je ine livrais à l'anatomie d'une Vmmin Fonnica nigra , Lin.), quatre fois au moins plus petite fjue ce dernier Xévroptère. Jlalgré les profonds étranglements du corps, malgré l'indocilité au scalpel du tégument de cette Fourmi, je suis néanmoins |iarvenu à reconnaître très distinctement et un cerveau bilobé, et deux ganglions tlioraciques, et sept ganglions abdominaux, dont les trois jMistériiMU's fort rapprochés entre eux. Enlin pour rentrer plus essentiellement dans l'espèce et en faire res.siiiiir rcNccplionnalilé , je cilei'ai l'aiialoniic de VOsmylus, dont j'ai publié, (Ml I8/18, la desciijilion et les ligures dans les Annales des sciences naturelles. Ce Névroptère, contigu, dans la méthode naturelle, au genre Némoptère, et dont le cor|)S est plus petit que 158 LEBMAIVIV. celui de ce dernier, est pourvu d'un système nerveux très sai- sissable, composé d'un cerveau, de trois ganglions thoraciqucs, de six ganglions abdominaux, et de nombreuses paires de nerfs nais- sant de ces divers centres nerveux. Mais tout en proclamant encore avec une sincère conviction le fait anatomique exceptionnel et irréfragable de l'absence, dans le Némoptère, d'un système nerveux appréciable , je suis loin d'en induire le défaut de sensibilité dans cet insecte. Ce serait là un outrage physiologique, un mensonge, contre lequel s'élèvent et les actes locomoteurs, et l'organisation viscérale, et les fonctions sen- soriales du Némoptère. Non, je ne nie jiointune transmission ner- veuse, et je conçois qu'une innervation puisse s'exercer jiar un élément organique insaisissable, impalpable à nos sens La prudence veut que je m'arrête devant un abinic d'explications et de raisonnements, et, disons le mot, devant un mystère, comme il y en a tant dans les organismes de tous les degrés. .le termine en disant avec Bossuet : « Taisez - vous , raison humaine. » SUIi LA PRÉSENCE DU SUCRE DANS LE SANG DE LA VEINE PORTE, Par C.-U. LEniHAKK. Traduit de rallenmnd pDr J. BÉCLARD. Mon nom ayant été prononcé plusieurs fois dans ce journal , à l'occasion de la fonclion glycog('niquo du foie, je prendrai la liberté d<'. communiquer ici quelques-uns des résultais fournis par les expériences récentes quej'ai faites à ce sujeL II me semble superflu de faire remarquer que, pour résoudre un problème physiologico- cbimique, il est nécessaire, avant toutes clioses, de s'assurer delà valeur de la méthode mise en usage dans la recherche chimique et dans la recherche physiologique. Peut-être serons-nous assez heureux pour démontrer , par les faits qui vont suivre, que les conditions premières des reeherclies de cette nature n'ont pas été suffisamment appréciées par les adversaires de M. Cl. Bernard. Eu ce qui concerne la base chimique de la question, c'est-à-dire SUCIIE nVNS LE SANG DE LA VEINE PORTE. 159 la constatation du sucre dans le sang de la veine porte , on a fait beaucoup de reproches à la méthode employée par M. Cl. Bernard; [lonrtant (le résultat Fa prouvé), on n'a réussi à démontrer avec une certitude parfaite ni la présence , ni l'absence du sucre. En outre, on paraît n'avoir été nullement familiarisé avec les méthodes de recherches rpie l'auteiu' de cet article a mises en usage pour constater la pn-sence ou l'ab.scnce du sucre dans le sang de la veine ])orte. 0"!ind on a prétendu, par exemple, rpiç la présence de l'albuminose, ou peplone, s'oppose à la réaction du réactif cui- vricpie sur les solutions sucrées, on ignorait sans doulc que c'est là un l'ait connu depuis longtemps, au moins |iar les chimistes alle- mands. Non-seulement la pe|ilonc , mais encore d'autres prin- cipes , albumincuN on non albnmineux, par exemple certaines matières cxlraclivcs de l'nrinc normale, s'opposent à l'action du réactif cuivriquc, lors(iue la quantité de sucre est peu considérable. Cela veut dire sculcineni que, par l'cbullilion avec le réactif cui- vriquc, il ne se ]H'ccipilc point alors d'oxydulc de cuivre, bien que celui-ci se forme néanmoins ; car la solution , qui était d'abord bleue ou violette, devient jaune par l'ébullition, et, en neutralisant la lii|ueur [lar l'acide acétique , on réussit souvent à précipiter l'oxydule de cuivre formé. Aussi un chimiste ne se servira-t-il jamais, dès l'abord, du réactif cuivrique pour déceler la présence du sucre dans un liquide animal ; mais il n'emploiera à cett(^ recherche que i'cxfrail alcoolique. Dès l'année 18/i0, l'auteur de cet article insistait, dans la première édition de son Traité de chi- mie plnjsioldf/irjiw t 1, p. 198), sur la iiéciissilé d'employer tou- joiu's l'exlrait alcoolique d'un liquide animal (luelconque, pour v rechercher U' sucre qui pouvait y être contenu ; il signalait égale- ment à la même époque les différents défauts (ki réactif cui- vrique. M. (Jorup-lJcsane/ , dans son Manuel d'analyse chimique (la première édition de cet ouvrage a paru en 18/i6j, et plus lard .M. Hn'dekei- Zeilschrift fiir rationnelle Medicin, vol. VI, p. 201-206), ont égalcmciil appelé l'attention des ciiimistes sur les erreurs aii.xquelles lient coiiduin; l'emploi mal dirigi" de ce réactif, d'ailleurs très utile. Le réactif cupro-taririque soulève plus d'objections encore (|uc l'emiiloi de la potasse caustique et du 160 LEIIMAniN. sulfate d'oxyde de cuivre, dont on doit l'idée première à Frommer. La solution tartro-cupro-polassique, longtemps soumise à l'ébulli- lion, donne naissance à des flocons rouges, et c'est surtout le cas, lorsque le vased'ébullition est chauffé très fortement au-dessus du niveau du liquide. La même solution, lorsqu'elle est restée long- temps en repos (en d'autres termes, lorsqu'elle est ancienne), laisse souvent déposer, lorsqu'on la chauffe, del'oxydule de cuivre. Cette propriété de la solution tartro-cupro-potassique de précipiter de l'oxydule de cuivre, se montre surtout lorsqu'on a employé à sa préparation de l'acide tartrique impur. Ne réalisons-nous pas , en quelque sorte, cette dernière condition, lorsque nous mélangeons la liqueur d'épreuve avec un liquide animal ? Ne peut-il pas se ren- contrer, dans ce dernier cas, une substance réduisant facilement l'oxyde de cuivre, ou capable de se tranformer en acide tartrique, d'où résulte une réduction de l'oxyde de cuivre , sans que , pour cela, il existe une trace de sucre dans la liqueur? Il n'est donc pas étonnant que parfois on ait cru avoir rencontré du sucre là où il n'y en a pas , cl là où le réactif originel de Frommer n'eût point donné de réaction , attendu que l'oxyde de cuivre , précipité après l'addition de tapotasse, n'aurait pas été dissous du tout, à cause de l'absence du sucre. Le réactif cuivrique ne pouvant yanww fournir une preuve irré- fragable de la présence ou de l'absence du sucre, jM. Cl. Bernard, ainsi qu'on peut s'en convaincre dans tous ses travaux , ne s'est jamais contente d'interroger seulement ce moyen d'épreuve, mais il a toujours eu recours encore au procédé de la fermentation. Il est vrai qu'on a voulu élever aussi des doutes sur la certitude de cette preuve. On a dit, par exemple , que la peptone était capable d'empêcher la fermentation alcoolique du sucre traité par la levure, et que d'autres substan(.'cs antiseptiques (empêchant la fermenta- tion), pouvaient encore se rencontrer dans le sang de la veine porte. Mais la fermentation ne donne de réactions douteuses (]ucdansdes cas rares et à des observateurs peu exercés. Le [leptone n'empêche en aucune façon la fermentation alcoolique. Sans doute, si l'on traite parla levure une dissolution très con- centrée de peptone contenant du sucre , la fermentation ne s'éta- SOCRE DANS LE SANG DE LA VEINE PORTE. 161 blira pas mieux que si l'on plaçait la levure au contact d'une disso- lution simplement liypersaturée de sucre. Toute personne versée dans les travaux chimiques, et qui s'est occupée de rechercher, par fermentation, le sucre dans les liquides riches en albumine ou en peptone, sait avec quelle facilité ces matières peuvent, en présence de la levure, modifier les décompositions de la fermenlalion , entraver (alors même qu'il y a du sucrej la formation de l'alcool, et déterminer (alors même qu'il n'y a pas de sucre) la formation de l'acide carbonique. De tout cela, il résulte que, pour mettre en évi- dence le sucre dans un liquide animal, il faut seulement soumettre à la fermentuliun l'extrait alcoolique de celi(iuide. S'il reste encore quelques doutes dans l'esprit sur la certitude de l'épreuve de la simple fermentation, on est naturellement porté à se demander si l'on ne pourrait pas trouver un moyen à l'aide duquel il serait possible de précipiter le sucre de ses dissolutions, de la même manière qu'il est arrivé à Liebig de précipiter l'urée pour la doser. Ce moyen existe en réalité, et ce n'est pas en l'année 1840 seulement que je l'ai décrit avec détails et recom- mandé (voyez plus haut, loc. cit. j, mais je l'employais dès l'époque de mes premières recherches sur le sang de la veine porte et des veines hépatiques. J'ai principalenienl insisté sur les conditions de son emploi , et répondu au.x diverses objections qu'on pouvait lui o|iposçr dans un mémoire spécial Ber. der Konigl. Sachs Gesellsch. d. IVissensch., oOnov. 1850, p. 139). Le procédé dont je parle est basé sur la propriété que possèdent le sucre mame- lonné ou la glycose, le sucrede lait et le sucre de canne, de former avec la potasse une combinaison insoluble dans l'alcool. A l'aide de ce moyen, il arrive souvent qu'on peut mettre en évidence dans les liquides animaux des quanlilés de sucre assez petites pour échapper à la réaction de la liqueur cuivriquc, ou à l'action de la levure sur l'extrait alcoolique du liquide animal. Pour jjrocéder à la recherche du sucre soit dans le sang, soit dans tout autre liquide animal, il faut donc s'y prendre de la manière suivante : Le sang, ajtrès avoir été recueilli, est battu suivant la méthode ordinaire, ou bien, après avoir été transformé en un gâteau solide, suivant la méthode que j'ai décrite Rer. der Kon. Sachs Gesellsch. d. t' série. ZooL. T. IV. (Cahier n° 3.) '• I l 162' LEHIHANIV Wissensch., 1853, 13 aoûl, p. 109), on le fait passer par pression au travers d'une passoire à Unes ouvertures, et l'on en fait ainsi une bouillie. On jette la niasse sanguine sur un filtre, et on la presse pour la faire ]iasscr, puis on mélange le liquide qui a passé avee trois ou cpiatre fois son volume d'esprit-de-vin à 90 ou à 92 degrés. Ou sépare ensuite par filtralion le précipité ([ui s'est formé, et le liquide filtré est évaporé après addition de quelques gouttes d'aeide aeétique. Le résidu de l'évaporafion est de nouveau traité par l'alcool. La solution alcoolique laisse déposer un résidu de matières alhuminoïdes, ipi'il peut être permis de désigner sous le nom de pep- iorie OH d"a/6«>» tnoie ( quoiiiue les proportions relatives des éléments (Ir la peplone formée aux dépens des substances albuminoïdes sous rinllucnce du suc gastrique, et celles d'autres substances analogues (lu foie ne soient nullement établies d'une manièi-c certaine). La solution alcoolique de peptone, de |>liosphates et de sulfates, ainsi obtenue el lilln'e, est alors trailée par une dissolution alcoolique de jiotasse. Le liipn(l(^ renfermc-t-il du sucre, il s'opère alors nue sépa- ration lenle , el au liout de (pielques beures un précipité mou cl gélatineux se dépose au fond du vase. Va^ préciiiité est formé d'une (,'ombinaison de sucre el dépotasse Zuckerkali), mélangée avee de petites proportions de clilorure de potassium et de carbonate de potasse. Ce précipité se liquéfie à l'air, et il se dissout très facile- ment dans l'eau. On prend :ilors immédiatement une portion de cette solution pour y recbercber le sucre à l'aide du réactif cui- vrique. L'autre portion est traitée par l'acide tartrique jusqu'à neutralisation de la potasse, et on la soumet à l'action de la levure pour y dcvelopjier la fermentation ; le bilarlrale de potasse qui a pris naissance favorise d'ailleiu's la fermentation, .l'ai loiijouts vu juscpi'à présent, lorsque le sucre existe réellement dans la solution alcoolique (obtenue comme nous l'avons indiqué; , j'ai toujours vu, dis-je, le réactif cuivriquc indiquer la réaction du suere de la manière la plus manifeste. La preuve par fermentation est encore, en procédant ainsi, plus positive, si c'est iwssible. J'ai à peine besoin d'ajouter que, lorsqu'on traite la solution alcoolique par la jjotasse, la seule apparition d'un précipité ne peut jias suflin^ à la conviction, mais qu'il faut toujours opérer sur le précipité à l'aide SUCRE DANS LE SANG DE LA VEINE PORTE. 163 des deux ordi'es de preuves ([ue nous venons de signaler. Ainsi, par e.xeniple, on obtient, à l'aide de l'extrait alcoolique de l'in-ine, lors- (|u'on le traite par la potasse miême en l'absence du sucre), un précipité qui contient une matière encore peu connue ; mais cette matière n'est modiliée ni par le réactif cuivrique, ni par la levure. I! m'est souvent arrivé, en opérant suivant la méliiode ({ue je viens de décrire, de mettre en évidence avec une jirande netteté des proportions de sucre exirèmcment minimes , que le réactif euivriipie et la fermentation, appliquées simplement à l'extrait alcoolique, ne sulTisaient pas à déiuonli'cr avec certitude. C'est ce (|ue j'aiconslalé, par exemple, dans lurine d'un Lapin, auquel on avait fait une pitpire au quatrième venlricule suivanl la métliode de M. (11. Bei'iiard. .l'ai pu, de la même manière, reconnaîli'c avec cerliliidc la présence du sucre dans une urine bumaine , à laquelle on avait ajouté un cent-millième de sucre. De cette manière encore, j'ai reconnu la présence de la glycose dans l'urine , à la suite du régime du sucre ou de matières riclics en sucre , dans diverses .-sortes de dyspepsies, parfois cbez les tuberculeux, mais jamais dans répile|isic, ni après l'administration de solutions étbérées ou chlo- roformi(pies. Nous remarquerons encore ici que la présence du sucre a été depuis longtemps déjà Lehrbuch der physiol. Chem., l' édit., I. 1, p. 205j reconnue dans le sang veineux de Tbommeot dans celni de quel(|ues Carnivores et Herbivores, qu'on n'en a pas trouve- dans la bile fraîche, dans la salive, etc. De même que dans toute reclierche chimique, il est nécessaire d'apporter ici une grande altenhon , afin de n'être pas induit en errcui- par une fausse interprétation des conditions cliimi(|ues ou pliysiologii|ues dcrexpérieiice. Ainsi, par exemple, il se peut très bien que le sucre ait existé à un moment donné dans l'urine, sans qu'on |)uisse le mettre en éviilence à l'aide îles méthodes d'épreuve ; cela M(; prouve |Hjinl l'inexaclitude de ces méthodes, mais cela hcnl à ce que le sucre se détruit avec une grande rapidité dans I urini', mcmcaidrs que celle-ci eslencon; conleniie dans la vessie. H n'est aucun licpiidc animal dans leepicl li- sucic se (léliiiisr aussi vite cl en aussi grande (juanliti- que dans l'ininc. C'est ce cpron peut ob.ser\ei' parliculiéi'emcnl siu' les Lapins , dont on a rendu 16/l LEHIHANN. l'urine sucrée soit par la i^iqùre du quatrième ventricule , soit pai- l'injection d'une dissolution de sucre dans les veines jugulaires. 11 arrive, en effet, que si l'on fait sortir par compression une por- tion de l'urine contenue dans la vessie, la première urine ainsi obtenue est riche en sucre, tandis que l'urine qui est restée dans la vessie ne présente souvent plus trace de sucre après une demi- heure de séjour dans son réservoir. Après avoir , en quelque sorte , posé les bases chimiques de la recherche du sucre dans le sang de la veine porte , il nous reste à examiner maintenant les conditions physiologiques et mécani(iues danslcsiiuelles on doit se placer pour afiirmer qu'on a produit des expériences irréprochables ; en d'autres termes, que c'est bien sur le sang de la veine porte, tel qu'il coule dans les vaisseaux d'un animal sain et vivant, que la recherche chimique a porté. M. Ber- nard, il est vrai, a déjà exposé avec beaucoup de soin les règles indispensables à suivre à cet égard ; il me semble cependant que M. Figuier , dans l'expérience citée dans son troisième mémoire, n'a pas, sous ce rapport, évité l'erreur. Ainsi, il expose les résul- tais d'une saignée faite à la veine porte d'un Chien vivant, auquel il a retiré jusqu'à 700 grammes de sang. 11 est vrai (pie, sentant ce qu'on peut reprocher à une aussi forte saignée, il conseille plus loin de ne pas retirer de la veine porte d'un Chien de forte taille plus de 300 à 400 grammes de sang. Nous croyons pouvoir démontrer que cette (piantité est encore beaucoup trop grande, même pour un gros Chien. Il n'est besoin que d'examiner un instant les conditions de la diffusion et celles de la tension des rupiides dans le corps vivant (conditions auxtiuelles est soumis le sang dans le système veineux et parliculièrement dans la veine porte privée de valvules) pour recomiailre ([u'une saignée de 400 grammes faite sur la \eine porte, même chez un Chien de forte taille, ne correspond en aucune façon à la portion du sang qui cir- cule dans la veine porte d'un animal sain et vivant. Lorsrpie la tension à laquelle le sang est soumis dans l'ensemble du système qui le contient vient à être diminuée ou supprimée par une ouver- ture faite aux parois de ce système, on conçoit déjà, à priori, que le sang, qui était soumis à une certaine pression, tend à se déban- SUCRE DANS LE SANG DE LA VEINE PORTE. 1(55 (ier non-seulement dans le vaisseau ouvert, mais encore dans toutes les parties du système, et que, par conséquent , la vitesse d'écou- lemenl est augmentée ; de plus, les autres sucs animaux, qui étaient aussi soumis à une certaine pression , obéissent à la diffusion, et tendent à se porter vers le lieu où celle-ci devient moindre. Les recherches connues de 3IM. Becquerel et Rodier, de M. Zimmer- mann, de M. Nasse, et d'autres encore, démonlrenlla justesse de celle manière de voir. C'est un fait constaté par eux, en ell'et, que les diverses portions d'une même saignée ont une composition différente , alors même que la quantité totale du sang extrait hors des vaisseaux n'est pas considérable. Si l'on examine maintenant, d'après les recherches récentes , quelle est la qiiantit(' absolue de sang contenue dans le corps de rhonune adulte ou dans le corps des animaux , et si l'on compare cette quantité avec les saignées abondantes recommandées par yi. Figuier, on arrive forcément à cette conclusion : que le sang recueilli et analysé par M. Figuier n'est pas le sang |iur de la veine porte. E. Weber et moi avons trouvé , par quelques ex[ié- riences faites sur l'homme, que la quantité absolue du sang ne s'élève pas, au maximum, au-dessus de la huitième partie du poids du corps. Des exjiériences postérieures de JIM. Welkerel Bisclioff (Zeitschr . fiir icissenschaft. Zoolo(j.,[. Vil, p. 331-338) ont appris que chez les animaux et chez l'homme, la ipiantité absolue du sang n'est que la treizième partie du poids du corps. Prenons mainte- nant un Chien du poids de "Ik kilogrammes (un pareil Chien doit être très gros) , la quantil('' alisolue du sang renfermé dans son corps ne s'élève donc pas au-dessus de 2 kilograumics. Retirons à ce Chien 400 ou 700 grammes de sang par la veine porte , évidem- ment il n'est pas permis de pen.^er que le sang recueilli provient exclus! v((ment de la veine |)orte, car il est difficili^ d'admettre que la veine porte contient le quart du sangde l'animal. l'iiiir les raisons que nous venons d'exposer, nous nous sommes gardé, ilans nos reciiiMThes , de sousti'aire à l'animal vivant de tro|( grandes (juantités dt; .sang de la veine porte. Le proi:('d('' ijui nous a paru le moins sujet à l'erreur est le suivant : Le Chien est lue par un coup appliS LE SANG DE L\ VEINE PORTE. 167 sur lesquels a surtout porté la discussiou dans ces derniers lenips, et parliculièrenient depuis le troisième mémoire de M. Figuier. J'ai ex[iosé, dès l'année 1850, dans le mémoire eik' préeédem- ment [p. 139), que, chez les animaux herbivores, et particulière- ment chez le Cheval , il \ avait toujours dans le sang de la veine porte une petite quantité de sucre , et je crois l'avoir démontré avec la plus grande rigueur à l'aide de ma méthode d'analyse (1> Plus tard en 1853) , M. de Becker s'est livré, sous ma direction, à une longue série de recherches sur la manière dont se comporte le sucre dans l'organisme animal, et il s'est ainsi convaincu, de la manière la plus mauil'cste, qu'après une nourriture sucrée ou fécu- lente , le sucre passe dans les veines intestinales et de là dans la veine pone (voyez Zeilschr. fur îiiiss. Zoolog., de Siehold el Kôlli- ker, t. V, p. 123-178). Dans le mémoire (|n(^ j'ai jirésenlé à rAcadén)ie des sciences, par renfreuiise de M. (11. lîernard, el où j'expose mes nouvelles recherches siu' le sang de la veine porte el des veines iiépali(pics chez les Chiens nourris de viande, je suis arrivé à ce résultat « que le sang de la veine porte ne contient pas, dans ces conditions, la moindre trace de vérilahle sucre. " Cependant, conune Jl. Figuier alTirnie encore positivement ipi il y a du sucre dans le sang de la veine porte , après le régime de la viande, j'ai voulu reconnnencer de nouveau mes recherches anté- rieures, iilin de .savoir où est l'erreur; si elle est du côté de -M. Cl. Bernaril et du mien, ou si elle est du côté de .M. Figuier. Dans ce iml, j'ai , dans le cours de ces trois derniers mois , répété (1 ) Je ne puis me dispenser de relever ici une erreur de M. Figuier, qui tienl d'ailleurs à un malentendu. Dans un des mémoires qu'il a présentés à r.4cadé- mie, et où il est question de mes recherches , il prétend que j'ai rapporté la proportion du sucre contenu dans le sang à cent parties d'extrait alcoolique. L'erreur est tout simplement une faute de traduction. J'ai exposé plus haut que je déterminai» la quantité d(i sucre contenue dans le san;^ par l'intermédiaire de l'extrait alcoolique (ainsi d'ailleurs que II. Figuier en a démontré la nécessité, seulement dans ces derniers temps), mais j'ai toujours rapporté la proportion dii sucre à cent parties du résidu sec du sang pris dans la totalité de ses éléments. La valeur de la méthost capable de métamorphoser aililiciellement en sucre : matière aux dépens de hupielle, durant la vie, le sucre se formerait ou prendrait naissance dans le foie. Le résultat réel des lecbei'cbcs de M. riguier l'St donc de coidirmcr et de consolider la doctrine ilf M. ('.\. hi'i'oiiid siiila l'urmalion estoïdes ainsi modifiés qu'on a désignés .sous le nom de Versvésiculaires. Le développement du Scolex dans l'inlé- l'ieurde ces Wrs vésiculaires varie quanta son degréd'avancement. .l'ai déjà montré (pie les embryons des Cesloïdcs, après leur .sortie de I'omiI', doivent nécessairement émigrer pour arriver dans riiilérieiirdes animaux coiivciialtles pour leur développement nor- mal et la |u'(iduction des nourrices. Pour i|uc cette émigralion soit heureuse, c'est-à-dire pour que l'embryon puisse servir à la repro- diiclion de l'espèce , deux conditions principales doivent être rem- plies dans cette inigralioii : 1° La demeure où rHelmintlic s'établira doit fournir an parasite iinr; nourriture convenable ; 2° l'hôte qui le iof^e floil fournir aussi au Scolex arrivé à maturité le moyen de par- venir, soil d'une niaiiière passive, soit d'une manière active dans 176 SIEBOLD. l'intestin d'un Vertébré, où son développement sexuel et sa repro- duction pourront s'accomplir. On conçoit facilement que les em- bryons des Cestoïdes doivent souvent manquer ce but, et se trouver dans des circonstances où ces conditions ne seront pas réunies ; mais ceux qui se sont fourvoyés de la sorte ne périssent pas tout de suite , et ont la vie assez tenace pour continuer à exisler malgré les dégé- nérescences qu'ils éprouvent, et pour attendre une occasion favo- rable à l'achèvement de leur développement sexuel . Cette conviction m'a conduit à heurter les idées reçues, quand j'ai dit que les nourrices des Taenias, égarées dans leurs migrahons, pouvaient de- venir hydropiques, car la plupart des personnes considèrent la vessie de i;es Vers hydropiques comme un organe essentiel , une sorte de réservoir de matières nutritives. Pour réfuter cette opinion, je ne puis que répéter ce que j'ai déjà dit dans une autre publica- tion (1). Je ne saurais comf)rendre pourquoi on contesterait pour les Vers la possibilité de certaines dégénérescences et modifica- tions de forme , quand il est bien reconnu que sous l'influence de certaines conditions climatologiques ou de différences de régime, les animaux supérieurs peuvent s'éloigner de leurs formes primi- tives , et constituer des races particulières. Lorsque dans plusieurs de ces races on voit, tantôt une croissance extraordinaire, surabon- dante de poils soit sur toute la surlace ducorps, soit dans une région seulement , ou bien les cornes acquérir une longueur extrême et même doubler en nombie ; tantôt les oreilles devenir pendantes et d'une grandeur démesurée , d'autres fois un dépôt local de graisse exister sous la forme d'une bosse ou dans la (|ueue, comme chez le Zébu et certains Moutons ; pourquoi voudrait-on nier que, sous l'influence d'un mode de vie anormal , certains animaux inférieurs ne puissent être affectés d'une sorte d'bydropisie locale? Les dégénérescences, auxquelles les endjryons des Cestoïdes sont exposés, sont de deux sortes : tantôt le corps du parasite s'allonge, et devient un appendice caudal solide; d'autres fois le corps lui- même se distend par l'accumulation d'un liquide séreux, et devient vésiculaire ; quelquefois aussi ces deux modifications se (1) ZritschriH fur wissenchafUiche Zoologie, B. 4, p. 407, 1853. SLR LA PRODLCTION DES HELMINTHES. 177 manifestent simultanément chez le même individu. Pour mieux préciser ce que je viens de dire, je désignerai sous le nom de réceptacle du scolex ( receptaculum scolici ) la partie du corps de l'embryon, qui se gunlle ainsi à mesure que le scolex se développe dans son intérieur, et je ferai remarquer que ce réceptacle n'est en réalité autre chose ipie l'cnibi-you lui-même (fig. 19**). Pendant que le scolex se développe dans l'intérieur du réceptacle d'un embryon , celui-ci peut éprouver diverses modifications qui se lient à la transformation cestoïde, et qui ont doniK' lieu à l'éta- blissement de divers genres de Vers vésiculaires. Les embryons du Taenia, dont le réceptacle du scolex se distend pour devenir une vessie plus ou moins volumineuse, ont été classés jusqu'ici dans le genre Cyslicercus. Effectivement, quand le scolex du Tœnia est sorti au dehors de ce réceptacle vésiculeux par renversement , on comprend que l'abdomen du Ver doit se continuer avec cette même vésicule, et produire la disposition caractéristique du genre Cysticercus , savoir la présence d'une vessie caudale allacliée au corps d'un scolex t*iiioï(le lig. 24 cl 25). Sous l'iidluence de certaines conditions cxléiieures , le récep- tacle d'un scolex de Tœnia se distend , et devient une grande vessie, à la surface interne de laquelle se développent, par voie de bourgeonnement, une foule de scolex, et il en résulte une forme particulière de Vers vésiculaires, pour laquelle on a établi le genre Cœrwrus. D'autres fois un embryon de Taenia se transforme en une vessie de grandeur variable, sur la surface interne de laquelle se déve- loppent (lia- bourgeonnement des scolex en nombre immense, mais qui s'en délaclient, et lonibcnt dans la cavité du réceplacle où ils l'csteni isolés, mais rcnlcrmés. Il eu l'ésulte la disposition, d'après laquelle on a formé' le gi'urc Ecliinococcus. Les modilicalidus i|u'éi)rnu\enl les cmluyonsde Tienia , dont le réceptacle scolécicn se dévclopjJC en un appendice caudal, long et solide, sont très reman|uables. Cet a|)pendice contient le réceptacle du scolex chez le Ticnia, que Siein a observé riiez les larves du lÏMiébrioii ; et je dois faire remarquer ici que ce naluralislc consi- 1" stirift. Zooi. T IV. fCiiliier n" 3.) < I ■> 178 siEsaLD. dère le réceptacle comme un kyste , et l'appendice caudal comme la queue de ce kyste ; mais celle détermination n'est pasadmissible, car si l'appendice n'appartenait pas à l'embryon, comment les crochets pourraient -ils se trouver à la surface de celle queue, posi- lion dans laquelle Stein dit formellement les avoir toujours ren- contrés (lig. 26). Le Piestocystm crispa, ijui a 1 à 3 pouces de long, n'est autre chose qu'un scolex de Tnenia renversé hors de son réceptacle, lequel est pourvu d'un appendice caudal très long et en forme de ruban (1\ Chez certains Télrarhynques , le réceptacle se distend aussi de façon à conslituer une vésicule, et les Vers qui sont dans cet étal ont reçu des anciens lielminlhologistes le nom générique d'Antho- cephalus. Puis Diesing a S(''paré de ce groupe, sous les noms iX A canlhorhynchus et de Pternbothrium , les scolex lœnio'ides chez lesquels un appendice caudal, très long et non arlicuié, se développe derrière le réecplacle. Comme les [nodifications dans la forme et la grandeur, tant du réceptacle ijuc de son appendice caudal, varient souvent, et dépen- dent de l'inlluencede causes cxtéi'ieures accidentelles, il est facile de s'explitpier les irrégularités que ces parties nous présentent chez divers individus appartenant à une seule et même espèce de scolex. iMais pour cette raison aussi, les caractères génériques et spécifiques fondés sur la conformation de ces parties ne peuvent avoir aucune valeur, et doivent être l'ejelés. Ce n'est que la forme du Scolex lui-même, c'esl-à-dire la partie céphalique des Cestoïdes non sexués, qui puisse fournir des caractères constants pour la distinction des genres et des espèces. Une preuve de la vérité de cette assertion nous est donnée par le Cysticenpie commun iCyslicercus celhdosœ) , (|ui a toujours été caractérisé par la pré- sence d'une vésicule caudale, elliptique transver.satement. Or cette forme de la vésicule ne se voit que lorsque le Cysticerque a été logé dans les fibres musculaires de l'Homme ou du Cochon, et (1 ) Cet animal fut décrit par Rudolplii sous le nom de Cyslicercus crispm , mais j'ai fait voir qu'il n'a pas de vessie caudale {Zeilsrhrifi fiîr unssenchaftliche Zoologie, M 2, 1850, p. 223. Sun LA PRODICTION DES HELMINTHES. 179 lorsque ce même Cysticerqiie se développe dans le cerveau de l'Homme , sa vésicule caudale prend les formes les plus variées et les plus UTégulières fig. 26, 27 el 28). Les scolex s Tîeniys ù l'aide de Vers vésicidaires, je déter- minais réiiiigratioii passive de ceux-ei dans le eanal intestinal de jeunes Chiens, en les donnant à ees derniers dans leurs aliments. Les petits Chiens, âgés environ de deux semaines, sont les plus propres à ee genre d'expérienees ; ils lèehent très volontiers du lait contenant des Vers vésiculaires, et, pour ceux qui ne se mon- traient pas suffisamment avides d'aliments , il me suffisait de leur ouvrir la gueule, et d'y verser le lait chargé de Vers pour assurer la déglutition de ceux-ci. D'abord je me suis servi de Chats, de Lapins et de Cochons d'Inde ; mais ces animaux ne m'ont pas fourni des résultats heureux (Ij. Quant aux Chiens, je ferai voir plus tard cpie, par leurs mœurs, ils sont naturellement en rapport avec les Vers vésiculaires ; aussi les expériences dont ils étaient l'objet ont-elles réussi. § L Expériences sur l'alimentation avec le Cysticercus pisifonnis. Les Vers vésiculaires, connus sous le nom de Cysticercus pisi- formis, vivent très communément en parasites dans le foie et dans le péritoine du Lièvre et du Lapin. Chez le Lièvre, la substance du foie est souvent complètement farcie de kystes de la grosseur d'une noisette, qui souvent aussi sont réunis en grappe, et appendus à la surface de cet organe. Chez le Lapin, c'est le grand épiploon et le mésoreclum qui sont le siège le plus fréquent de ces Helminthes. A Breslavv, les Lapins que l'on vend sur le marché en contiennent presque tous, et c'est dans l'Institution physiologique de cette ville que je fis mes expériences dans le printemps de 1852. Les résul- tats de ces recherches furent d'abord consignés dans la tlièse inau- gurale de mon élève le docteur Lewald qui avait suivi mes expé- riences (2) ; puis j'en donnai moi-même un compte rendu dans le journal de zoologie scientifique (3). (1) Toutes les expériences dalimenlation dont je vais rendre compte ici , ont été faites en Silésie pendant l'année 1852. (2) Celte dissertation a paru à Berlin en 1852, sous le titre suivant : De Cijs- ticercoruin in Tœnkis melainorphosi pascendi experimentis in Inslitnto physiologico Vralislaviensi adminislratis illtistrala. (3) Zeitschrifl fuer toissenchaftliche Zoologie, Bd 4, 1853, p. 400. J SLR LA PRODUCTION BES HELMINTHES. 185 Dans ces expériences , les Cyslieerques furent adininisirés en munbre variable : de sept, dix, quarante ou soixante à la fois ; on les laissait toujours renfermés dans leur kyste. J'ai toujours eu soin d'enregistrer la date du jour où je les faisais prendre, ainsi que le nombre des individus avalés, et le signalement du Cliien sur lequel j'opérais (1). Voici les résultats obtenus dans une première série d'expériences faites sur six Chiens, et publiées dans le journal sus-menlionné : Les Cyslieerques pisiformes renfermés dans leur kyste, et avalés par les Cliiens, étaient attaqués par le suc gastrique dans l'estomac nias adultes. Les plus petits de ces Vers avaient de 4 à 9 jiouces de long, et les ])lus grands avaient de 14 à 26 pouces. Chez ces derniers, les articles postérieurs étaient déjà plus longs que laiges; chez les autres, au eoniraire, ils étaient carrés ou ]ilus larges que longs, et ils oll'raieiit à leur surface les rides transver- sales dont il a éléquestion. Chez plusieurs individus les plus grands, les articles pdsti'-ricui-s étaient déjà tombés, tandis que chez les indi- vidus [lins |ietits le cor[)S avait encore son article terminal primitif dont le dév(!loppenient était considérable, et dont les caractères étaient les mêmes (jueiKinr les articles précédents, sauf l'existence de sa petite cicatrice, el la forme arrondie de son bord postérieur. Seidiàme expérience. — Dans l'espace de seize jours (du 21 mai au 5 juin , on lit avaler à un jeune Heiiard trente et un Cysti- eerqiies témiicolle.s. On le tua le 13 juin, el l'on explora avec soin 192 SIEBOLD. ses intestins , mais on n'y trouva pas la moindre trace des Cysli- cerques ingérés ; on n'y voyait ni scolex, ni Taenia ; et l'on en peut conclure (jue , dans l'estomac du Renard, les Cysficerques sont complètement digérés. J'ai déterminé avec soin l'espèce de Tsenia développé ainsi dans l'intestin du Chien , à l'aide des scolex du Cysticercus tenuicollis , et j'ai été surpris en y reconnaissant les caractères du Tœnia serrala. J'ai été d'abord frappé de la ressemblance complète qui existe entre les œufs des Taenias provenant des Cysticercus tenui- collis et ceu\ du Tœnia serrala; j'ai comparé ensuite la tèle de ces Vers d'origine différente , et je n'ai pu y découvrir aucune diffé- rence!, ni quant à la forme, ni quant aux ventouses et aux crochets; erdln les articles , incomplètement développés ou arrivés à matu- rité, m'ont paru idcHli(|ucs chez le Tœnia serrata et chez les Taenias provenant du Cysticercus tenuicollis. Ouant au résultat négatif fourni par l'expérience n° 7, je n'ose pas décider si l'intestin du Renard est ou non complètement inapte à servir au développement du scolex du Cysticercus tenuicollis. § III. Expériences sur l'ingestion du Cysticercus celhdosœ. Un sait c|ue le Cysticercus cellulosœ vit parfois en si grand nombre dans la chair de nos Cochons domestiques que, dans un seul muscle, on trouve des centaines de ces Vers. 11 n'est pas très rare de le rencontrer aussi dans les muscles et les viscères de l'Homme, et cela m'a fait désirer vivement de pouvoir constater expérimentalement à quelle espèce de Tœnia ce Ver appartient. Première expérience. — Le 22 mai, on fit avaler par un jeune Chien trente-quatre de ces Cysticerques dépouillés de leurs kystes ; le 24, on lui en donna encore quatorze, et les jours suivants trente- cinq auh'cs. Le Sjnillct Kpialrc join-s après la première ingeslion), on tua ce Chien , et on lui trouva dans l'intestin grêle quatre Taenias seulement ayant 2 pouces de long, et paraissant provenir des Vers em|iloyés. Deuxième expérience. — Ayant reçu deux (ilyslicerques prove- nant du cerveau d'un Ht)nMue , et ces Vers éiant encore vivants trente-six heunis après la mortdu malade, je le.^ |)lai,'ai dans de l'eau SLR LA PRODICTION DES IIELJILMHES. 193 liède, et je m'empressai d'en profiter pour une expérience, bien que le nombre de ces Vers fût trop peu considérable pour me luire espérer des résultats intéressanis. Je les (is doue avalera un jeune Chien, et j'examinai l'intestin de cet aniinalvingl-truis jours après; mais je ne pus y découvrir la moindre trace ni de scolex , ni de Tœnia. Troisième expérience. — Le 18 juin, je fis avaler à un jeune Barbet (|uarante-deux Cystieerqnes de Cochon dépouillés de leurs kystes. Le k août cinquante et un jours après l'ingeslion des Vers vésiculaires) j'ouvris l'animal, et je lui trouvai dans l'intestin huit Tœnias de diverses longueurs : le plus petit avait de 5 1/2 ù 17 pouces de long, un individu avait plus de 25 pouces de long, et les trois plus grands avaient 51 pouces de long. Cependant, malgré ce développement considérable et la mulliplicité de leurs articles, je n'ai pu découviir dans aucun cas des œufs mûrs. Quatrième expérience. — Le 11 juillet, on fil avaler par un jeune Cbien doguin trenle-deux ("yslicerques dépouillés de leurs kysles, et le 17 du même mois, on lui en donna fiuaranle-cinq. On le tua le 21 juillet, et on lui trouva dans l'inteslin grêle quarante- six scolex, dont les plus courts avaient 1 ligne de long et les plus grands 6 lignes. Tous portaient à leui' exirémilé postérieure la cicatrice caraclérislique. I>es individus les plus pelils n'étaient for- més que par la tète et le col du Cysticercus celliilosœ ; les autres , un peu plus dévelo|)pés, étaient jiourvus d'un corps ridé en tra- vers, mais sans articles distincts. Cinquième expérience. — Le 8 août, un jeune Cbien a été nourri avec des aliments coiilenant quarante-cinq Cysticcn|ues encore renfermés dans leiu's kystes. Le 21 du même mois, on le tua , et l'cjn ne honva dans son inli'slin grêle (juc quelques ïsenias envoie de développement, et longs d'cMivii'on 3/i de pouce. Je dois faire remarquer que ce Chien, ainsi que ceux employés dans les ex[)('Mienccs n°" 2 et h, étaient atteints de la maladie si l'ré- qu(;nte ch(;/. ce.i jeunes animaux, et (pie celle circonstance paraît défavoi'able au développement des Ticnias. Bien ipje les ex|iériences dont je viens de rendre compte n'aient pas domié des résullals aussi remanpiables que les |irécédentes, l' série. Ziioi.. T. IV. (Ciiliicr n" -T.) ' <î 19^ SIEBOLD. elles montrent cependant fine IcCysticercus cellulosœ peut se trans- former en Tœnia dansTintesliii du Cliien. La détermination spécifique du pelil nombre de Trenias élevés de la sorte m'a causé de grands embarras ; je ne savais s'il fallait les rapporter au Tœnia serrata ou au Tœnia solium. La tête et les articles mûrs ressemblent à ceux de ces deux espèces, seulement le col était plus grêle et un peu plus long que chez le Tœnia serrata, de sorte que j'étais d'abord disposé à les rapporter au Tœnia solium. iMais cette grande ressemblance me détermina à passer en revue tous lesTsenias qui étaient conservés dans ma collection sous le nom de Tœnia solium pour les comparer aux Tœnia serrata du Chien que j'avais également réunis , et , à mon grand étonnement, je trouvai que ces derniers ne pouvaient être distingués de certains individus rangés dans la première catégorie , cl trouvés chez l'Homme, Ces derniers offraient des articles courts et larges, à téguments ridés on travers, et à bord postérieur ondulé, exacte- ment comme chez le Tœnia serrata. Leur tête ressemblait aussi à celle du Tœnia serrata ; seulement le col était un peu plus allongé. 11 y avait, en ouire, parmi ccsTaMiias de l'Homme, quelques indi- vidus peu développés , qui présentaient tous les caractères des individus obtenus dans ces expériences, et provenant des Cyslicer- cus cellulosœ. 11 est aussi à noter que les œufs du Tœnia solium ne peuvent être distingués de ceux du Tœnia serrata; de façon (jue j'ai été conduit à penser que les Vers désignés sous ces deux noms ne forment en réalité qu'une seule et même espèce. Pour décider cette question, je comparais alfcnlivcment la tête du Cysticercus pisiformis^ du C. longicollis et du C cellulosœ, et je n'y trouvais aucune différence ni dans la conformation, ni dans la disposition de la couronne des crochets. Quant à la longueur du col cl à la lar- geur et à la forme des articles , on observe des particularilés dont j'ai déjà parlé; mais elles ne sontpas assez constantes pour pouvoir être considérées comme constituant des caractères spécificpies , et par conséquent je crois pouvoir allirmer que le Tœnia solium et le T. serrata ne forment qu'une seule espèce, et représentent les deux extrêmes des variations de forme du même animal , extrêmes qui sont liés entre eux par des nuances intermédiaires. SUR LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 195 § rV. Expériences sur le Cœnurus cerebralis. Pour procéder à ces expériences de la manière la plus sùro, je fis transporter les Chiens que j y destinais dans les campagnes où il y avait des Moutons atteints du tournis , et je leur fis avaler les Cœnurcs pris sur les animaux nouvellement tués. Les scolexde ces Vers restent attaches à la vessie mère ; lorsque celle-ci était petite, cl portait des grappes de scolex peu nombreuses, je la donnais en entier à un de mes (>liiens ; ii)ais(|uand elle élait vdiuniineuse et très chargée de scolex, je la divisais en t'raymenis poiu" la distribu- tion à plusieurs Chiens (fig. 29). Première expérience. — Le 29 niai, je lis avaler par un Cliien une vessie portant une centaine de scolex. Cinq jours après, le Chien lut iué, et l'on trouva dans son intestin •grêle soixante- cin(j scolex libres et renversés au dehors. Us avaient de 1/2 à 1 ligne 1/3 de long ; ils n'ori'raient aucune trace d'articles ou même des rides transversales, et avaient tous, à l'extrémité postérieuie de leur corps, une petite écliancrure en l'orme de cicatrice, (|ui indi- quait évidemment le point par lequel ils avaient adhéré à la vessie mère ilig. 3ii, //,£.. Deuxième expérience. — Le 6 juin , un jeune Chien avala une grande vessie ilc Cœnurc contenant plusieurs grappes de scolex. On examina son intestin le '2G du même mois, et l'on y trouva un nombre immense de Taenias; j'en ai compté six cent quarante indi- vidus à des degrés très variés de croissance et de développement. Les plus grands étaient multi-articulés , et avaient 23 pouces de long; les plus petits n'avaient que 2 lignes de long, ne présentant aucune trace d'articles, et ressemblaient parfaitement au scolex. Chez tous, la cicatrice était visible à l'exhémilé postérieure du coijis .hg. 34 et 35). Troisième expérience. — Le 28 juin , un jeune Barbet mangea en partie une grande vessie de Co-nin-e, et le 5 août (li'enle-luiil jours après,, on le tua. Son intestin grêle contenait soixante et onze lienias à divers états de développement. Trois individus, les plus petits, avaient de 1 1/2 à 2 lignes de long; la partie postérieure de leui' corps élait lisse, et ils ressemblaient loul à fait à des scolex. 1 96 SIEBOLD. Sept autres avaient de 4 à 6 lignes tic long , et coinmeneaient à se segmenter. Parmi les autres, qui étaient devenus des Taenias com- plets, plusieurs avaient altcini une longueur de 16 à 26 pouces (fig. 35j; enfui, dans les individus les plus grands, les œid's étaient parfaitement développés , et chez [ilusieurs individus plus courts, on voyait que les articles postérieurs (ou progiollisi étaient déjà tombés, car la cicatrice l(îrniinale n'y existait plus, et le bord postériem" du dernier article était tronqué postérieurement ; effec- tivement, quelques jours avant sa mort, leCbien avait rendu avec ses excréments des articles de Ticnia. Quatrième expérience. — Lu jeune Chien de chasse reçut, le même jour que le précédent, une portion semblable de Cœnures, et fut tué un jour plus tard. Son intestin contenait quatre-vingt-six Vers qui , pour la \ilupart , avaient de 3 à 10 pouces de long, et offraient tous les caractères de Taenias articulés ; mais plusieurs individus n'avaient f|ue h à 6 lignes de long , et commençaient seulement à se rider en travers ; quebiues-uns, longs de 1 à 2 lignes seulement, n'avaient pas encore de rides, et étaient encore à l'état de scolex. Cinquième expérience. — Le 28 juin , uu autre jeune Chien de chasse avala une niasse semblable de Cœnures; il pouvait bien y en avoir une cenlaine d'individus. Le 10 août, on le tua, et l'on ne trouva aucune trace de Vers dans sou intestin ; mais pendant plu- sieurs jours, avant sa morl, il avait rendu par l'anus des Tcenias longs de 1 mètre. Sixième expérience. — Le i" août , un jeune Chien braque avala un fraguient de vessie de Cœnure contenant environ cent scolex. L'autopsie de cet animal eut lieu le 23 du même mois, et donna soixante-treize Vers, dont quelques-uns, longs de 1 à 2 lignes, étaient encore à l'état de scolex libres, et les autres, longs de 1 à 4 pouces, avaient déjà les caractères de Tsenias. Chez les uns et les autres, la cicatrice terminale était distincte. Sepiième expérience. — Un (Milieu métis de Braque et de Roquet mangea le même jour ( 1" août) une portion semblable de Cœnures. Après avoir souliert pendant lougleiiqis de la maladie des Cliiens, il fut tué le 25 août. .V l'aulopsie, lui trouva dans son intestin SUR L\ 1■I10ULCT10.^ UES IIELMINTHKS. 197 beaucoup (l.<4scar/« marg huila adultes, et quelques scolex de Tœnia cucumei-ina , mais aucun vestige de Vers provenant du Cœnurus cerebralis; c'est [irol);iblenient à la maladie des Ciiiens que la non-réussite de celte expérience est due. Quant à la détermination spécifique des Taenias provenant des Cœnurus cerebralis dans ces diverses e\p(''riences , elle n'a pré- senté aucune ilillicullé; ces ^'ers appartenaient évideininent au Tœnia serrata. Le lecteur a dû être frap|)é des dil'lérences qui se remarquent dans le degré lie développement des Vers obtenus dans les expé- riences n° 3 et n» 4, bien que la durée du séjour des scolex eût été la même dans les deux cas : dans l'une de ces expériences , les Taenias avaient jusiju 'à "i^ ponces de long, et dans l'autre 10 pouces seuiemenl. Cette inégalité dans le développement parait devoir dépcndr.' di' l'iulluence de l'organisuie dans ieipicl ces Vers avaient (''lé Iransplaulés , cl (pi'on peut coai|iarcr au sul dans le(picl ces parasites cruilraienl. LU autre l'ait rcmaripiable ([ue nous offre cette série d'expé- riences sur les Cœnures esl la grande inégalité dans la croissance des divei's Vers, qui avaient été tous ingérés dans le tube digestif du même animal en même temps. On peut se l'expliquer , cerne semble, en lenaul compte des divers degrés de développement des scolex du Cicnui'e au moment de l'expérience. On sait, en effet, que la vessie commune se développe d'une manière conlinue , et que de nouveaux scolex naissent sans cesse par bouture à sa sur- face interne. Par conséquent , on a dû transporter à la fois dans reslomac du Chien des scuii^x déjà àgé's, qui depuis louglemps attendaient luie occasion favoraiile pour se changer en Tœnia, et d'autres scolex plus jeunes ipii venaient seulemcnl de se diîve- loppei', ou qui n'étaient même iju'en voie de l'ormalion. il paraî- trait donc que les scolex les plus anciens se seraient accrus lapi- d(;mcnl, et auraient ]iroduil des proglotlis, taudis que les jeimc.> individus seraient resiés plus tardifs, et que ceux dont cette phase du dévcloijpement n'était pas achevée ne seraient pas aptes à passer de l'estomac dans l'iiiteslin, et succomberaient sous l'intluence du travail digestif. 198 SIEBOLD. § V. Expériences sur VEchinococcus veterinorum. L'Echinococcus veterinorvm , que l'on trouve fréquemment dans le l'oie et dans les poumons de nos animaux de boucherie, et que l'on désigne ordinairement sous le nom d'IIydatide, ne semble pas différer spécifiquement de VEchinococcus hominis , dont la vessie mère se rencontre si souvent dans divers organes du corps humain, et, en se développant parfois d'une manière énorme, détermine l'atrophie des tissus voisins, et devient une cause de destruction poiu- son hôte. Les expériences que j'ai faites avec ces Vers sur douze jeunes Chiens et sur un jeune Renard ont été déjà publiées ailleurs l'I). J'ai toujours fait usage du contenu d'une vessie hydalique mère ou proligère, c'est-à-dire du liquide de la vessie d'un Échinocque , dans lequel nageaient en quantité innombrable de très petits scolex nés par bouture à la face interne de la capsule, et devenus libres par les progrès de leur développe- ment. Je mêlais ce liipiidc à du lait tiède, et je versais le tout dans la gueule du Chien ; puis , quand celui-ci avait avalé le tout, je lui faisais boire une nouvelle dose de lait pur et tiède, pour faire descendre plus silrement les scolex jusque dans l'estomac. L'au- topsie des Chiens soumis à ce genre d'alimentation fit voir (pie les scolex Ai VEchinococcus veterinorum , transplantés ainsi dans le canal intestinal du Chien, ne périssent pas, mais au contraire, dans des circonstances favorables , se développent , et deviennent de petits Taenias pourvus d'un très faible nombre d'articles, mais ayant des organes génitaux conqilets et mûrs. Ces Vers résistaient à l'action digestive de l'estomac , et parvenaient intacts dans l'in- testin grêle en nombre immense , mais proportionné à celui des individus ingérés ; là ils étaient tous étendus , tandis que dans l'intérieur de la vésicule mère ils sont d'ordinaire rétractés dans l'intérieur de leur réceptacle. Du quinzième au vingt-deuxième jour, ces scolex, dont le corps était d'abord dépourvu d'articula- tions, en offraient déjà deux. Bientôt après ils avaient trois articles, et alors ils cessaient de s'allonger et de se segmenter , mais le (i) Zeltschrift furtvissens. /ool.,L [V, 1853, p. 409, pi. 16, Bg. 1-9. SUR LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 199 développement des organes géiiilaux dans les deux anneaux posté- rieurs Taisait de grands progrès. Déjà au vingt-sixième jour la formation des (Cuis peut être constatée dans ces organes, et le vingt-sepliènie jour l'embryon est reconnaissable dans l'intérieur de ces œuls. Ayant trouvé dans l'intestin de mes Chiens, dès le vingt-septième join-de ces expériences, de ces Vers tri-articulés qui avaient jeté leur couronne de crochets, j'ai du penser que ces parasites à deux proglottis avaient atteint le but de leur existence ; car la chute de la QDuronne des Tiïnias dils armés est un indice de l'âge mûr. Ces petits Tœnias provenant des scolex de V Echinococcus veteri- norum, et composés de trois articles, mais n'ayant qu'une ligne ou une demi-ligne de long, ne pouvaient èlre rapportés à aucune des espèces décrites et classées dans les systèmes d'helminlhologie, et je me suis bientôt assuré qu'ils constituent une espèce particulière dont l'élude avait été négligée jusqu'alors. En effet, cette transfor- mation déjeunes Échinoco(jues en Taenias sexués doit évidemment se faire dans beaucoup de circonstances comme dans mes expé- riences ; car ces scolex doivent souvent être portés par les ali- ments dans le canal digeslif du Chien : par exemple, lorsque celui- ci dévore dans nos boucheries les débris de viscères contenant des Hydatides. Il est probable que Rudolphi avait sous les yeux des Taenias de cette espèce provenant déjeunes Echinocoques , lors- qu'il a cru trouver dans l'intestin d'un Chien de petits Tijenias for- més par voie de génération équivoque aux dépens des papilles de la membrane mu(|ueuse intestinale (1). Les petits Taenias à trois anneaux (jue Kollo (2 1 a observés deux fois chez des Chiens, et qu'il a décrits deinièiemenl coiiime étant des jeunes individus du T. ser- rata provenaient bien certainement de scolex de V Echinococcus reterinorum. i.a forme particulière des crochets et la couronne des scolex de y Echinococcus veterinorum, aussi bien que le nombre exceptionnel (1 ) Entozoorum sive verminium intestinalium hialoria naturalis, vol . I , p. 411, 1808. (2) Beilrage zur Entwickelungsgcitchichte der Titnien, dans les Trans. de la Soc. physico -médicale de Wurtzbourij, t. IH, 1852, p. 58. 200 SIEBOI/D. des proglottis des Taenias qui iiaisseiit de ces parasites, justilient la distinction spécilique de ces Heliiiintlies, auxquels j'ai donné le nom de Tœnia Echinococcus (1). Jetons maintenant un coup d'œil sur l'ensemble des résultats fournis par ces expériences. Us peuvent se résumer de la manière suivante : 1° Tous les scolex qui sont connus sons le nom de Vers vésicu- laires, et qui ont été employés dans les expériences précédentes, ont jjroduit des Tœn ias pourv us de leurs organes reproducteurs parfaits. 2° Les scolex du Cy&TKEwxn pisifokmis, du C. tknuicollis , du C. CELLBLOSyE et dit (loENUucs CEREBRALis Ont produil des grands Tœnias, qui correspondent à ceux décrits sous les noms de T.-eïnia SERRATA et de T. SOLILM. 3° Lei sco/eos rfe/'EcHiNococcis VETERINORUM, e» se développant, constituent une espèce particulière de Tœnia très petit, et composé de trois articles seulement, que je désigne sous le nom de T. Echi- nococcus. Beaucoup de zoologistes ne se laisseront peut-être que difficile- ment convaincre de ce t'ait, que quatre formes difl'crontes de Vers vésiculaires que l'on a considérées jusqu'ici connue constituant autant d'espèces distinctes , ne produisent qu'une seule et même cs|ièce de T;pnia. ^fais je leur demanderai si le Cyslicercus pisi- fonnis, le C lenuicollis, le C. cellulosœ et le Cœnurus cerebralis , sont bien des espèces particulières. D'après les connaissances acquises on doit répondre négativement. Tous ces Vers vésicu- laires ne sont (jue des embryons et des scolex dégénérés d'une seule et même espèce de Tœnia. Pour s'en convaincre , il suffit de couper les têtes de ces divers Vers et de les mêler, car alors personne ne pourra plus les distinguer entre elles. Je vais encore plus loin , et je révoque en doute la différence spécifique entre le Tœnia serrata de l'intestin du Chien et le Tœnia solium de l'intestin de l'Homme. Je doute également de la diver- sité spécifique du Tœnia marginata de l'intestin du Loup , du (1) Zeitschrifl [ùr wisAens. Zool, t. IV, IS55, p. 423. SUR LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 201 T. crassipes de l'intestin du Renard, et du T. intermedia de l'in- testin du Putois et de la IMartre. Les cinq espèces nominales que je viens de citer appartiennent certainement à une seule et même espèce de Taenia, et ne sont que des variétés produites par les dif- férences du sol où ces animaux se sont développés , suivant que dans le jeune âge ils ont été transplantés dans l'intestin de l'Homme, du Loup, du Renard , ou d'un Carnivore de la famille des Martres. Si l'on examine avec attention les caractères que les lielmiiitliolo- gistes ont assignés à ces cinq espèces, on verra que tous sont sans valeur, et ne sont jamais tirés des parties qui doivent servir à l'établissement d'une diagnose spécifi(pie, telles que la l'orme et la disposition d'une couronne de crochets. Je suis persuadé que si l'on présentait à l'iielmiiilhologiste le |)lus exercé la tète d'un de ces Vers avec la couronne de crochets sans en indiquer la provenance, il lui serait impossible de décider à laquelle de ces cinq prétendues espèces elle appartient , et que ces animaux ne diffèrent entre eux qu'à raison du lieu où ils ont établi leur demeure. Les helniintho- logistes savent depuis longtemps que les diverses espèces de Vers appartenant aux genres Ligula, Scheilocephalus et Echinorhyn- chus, établissent leur demeure chez des Poissons et des Oiseaux d'espèces très variées, et y acquièrent également bien la maturité sexuelle. Les rapports physiologiques des cinq variétés du Tœnia serra/o dégénéré avec les diverses formes des scolex hydropiques, (|ui ne sont aussi que des variétés locales, étaient certainement plus simples dans l'origine , et c'est seulement par leur séjour chez des animaux réduits à l'état de domesticité que ces Taenias ont acquis les caractères compliqués qu'on leur trouve maintenant. Les résultats des expériences dont j'ai rendu compte dans ce chapitre sont également contraires à l'opinion que la vessie des Vers vésiculaircs est un organe normal et non un produit patholo- gique \j , car tous ces Vers proviennent d'embryons d'une seule et même espèce de Taenia, et les différences ne dépendent que du lieu dans lequel ces êtres sont transplantés ; de façon que les mêmes (() Dans CCS derniers temps, Kiicliennieister a clierché à soutenir cette opi- nion contre la mienne, mais son zèle l'a eniratné trop loin et lui a fait abandon- ner la discussion calme et modérée qui seule convient à la science. 202 SIEBOLD. en dégénérant deviendront, soit un Cœnurus cerebralis, ou bien un Cyslicercus pisiformis, un C. tenuicollis, etc. Sous les influences extérieures les mêmes formes se manifesteront toujours , et, par conséquent, on peut avec raison comparer ces variétés à formes bien arrêtées et constantes, aux variétés appelées races chez les animaux domestiques. CHAPITRE V. DES MALADIES PRODUITES PAU LES VERS ViSICOLAIBES ET DU TRAITEMENT DE CES AFFECTIONS, Dans ce chapitre, dont il suffira de donner ici un extrait, l'au- teur s'occupe d'abord du Cœnurus cerebralis, et préconise l'opéra- tion du trépan pour l'extraction de ce Ver, qui est assez commun chez les bêtes bovines du sud de l'Allemagne , parliculièrement en Bohème , mais très rare dans le nord de l'Allemagne. 11 a com- paré avec soin des (]œnures extraits ainsi de la tête de Bœufs âgés de deux ou trois ans avec ceux trouvés chez les Cloutons, et n'y a aperçu aucune différence spécilifjue : seulement leur vessie était d'une grosseur remarquable. Du reste , l'auteur insiste surtout sur l'emploi de moyens préventifs fondés sur la connaissance accpiise à l'aide de ses expéi'icnces au sujet de l'origine de ces parasites. Ce sont, dit-il, les œufs du Tœnia serrata du Chien qui donnent naissance aux embryons dont proviennent les Cœnures , et , par conséquent, il faut chercher à empêcher les migrations de la progéniture du T. serrata. Des expériences faites par le docteur Haubner , professeur à l 'École vétérinaire de Dresde, semblent prouver que telle est, en effet, l'ori- gine du Cœnure du Mouton. Le 7 janvier, il mêla aux aliments de plusieurs Agneaux des articles mûrs du Taenia du Chien renfeimant des œufs, et le '20, tous ces animaux ont manifesté les symptômes d[i tournis, tandis que les autres Agneaux, placés dans la même bergerie, sont restés en bonne santé: Huit jours après on tua un de ces Agneaux malades, et M. Haubner trouva dans le cerveau un grand nombre de Vers vésiculaires ; tout le corps de l'animal était comme farci de ces jeunes Taenias enkystés : on en trouvait dans le cœur, dans les poumons, dans les muscles , etc. Chez les Agneaux Sim LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 208 dont l'autopsie fut faite plus tard , le nombre des Vers vésiculaires existant dans le cerveau était moins considérable, mais leur volume s'était accru. Quatorze jours après l'invasion de la maladie, on pou- vait distinguer sur plusieurs de ces vessies un point obscur, qui semblait être le premier rudiment d'une tête; enfin, au bout de quatre semaines, toutes les vessies renfermaient des têtes déjà pourvues de suçoirs , et avec leur couronne de crochets en voie de formation (1). A l'appui de ses vues foucbant l'origine des Cœnures , l'auteur ajoute encore que le professeur Leuckarl de Giessen est parvenu à déterminer le développement du Cyslicercus fasciolaris dans le foie de la Souris , en l'ais;mt manger par ce petit Rongeur des articles mûrs du Tœnia crassicollis du Chat. Il considère donc le Chien de berger comme étant d'ordinaire la source des parasites dont la présence dans le cerveau du Mouton détermine le tournis : ce seraient les œufs formés par le Tœnia serrata dans l'intestin du premier qui donneraient naissance aux Vers qui, parvenus dans l'organisme du Mouton avec les aliments, se développeraient en Cœnures ; et l'auteur fait remarquer qu'effec- livement le (honnie est extrêmement rare chez les Moutons qu'on élève y l'clable, et (jui n'ont pas de Chien pour voisin. 11 conseille donc aux agriculteurs , s'ils ne veulent pas se passer du concours du Chien pour la garde de leurs troupeaux, de surveiller au moins avec beaucoup de soin l'état des voies digeslives de cet animal , et de l'éloigner pour peu qu'il soit infecté de Taenias. L'auleur s'occupe ensuite des circonstances qui peuvent amener le développement du Tœnia solium chez l'homme, (le Ver y pénètre iirobablcnient à 1 état de scolex , et l'usage de la chair de Cochon, qui est si souvent infestée de Cysticerques, peut l'amener, surtout lorsque cette viande n'a pas été cuite , à une température élevée , mais .seulement salée ou fumée , comme cela .se pratique pour la préparation de certains saucissons. Il paraît, d'après le rapport des médecins de Vienne , ([ue les personnes employées dans les boucheries et les cuisines sont très souvent affectées (1) Une courte note à ce sujet a été insérée dans le Journal agronomique de Hamm, 1854, n' 10, ],. 157. 20& fSlEBOLD. du Taenia (l). Cette hypothèse expliquerait aussi pourquoi eu Abys- sinie, où l'on mange beaucoup de chair crue, le Taenia de l'homme est plus commun que partout ailleurs. Un élève de l'auteur , le doc- teur Bilharlz , lui a écrit dernièrement du Caire que les Abyssins se croient dans un état anormal quand ils n'évacuent pas des articles de Taenias, et qu'ils ne vendent jamais un esclave sans lui donner un paquet de Cousso comme vermifuge. Le docteur Reinlien, de Vienne, a remarqué aussi que les chartreux, qui ne mangent jamais ni chair ni lait , mais se nourrissent principalement de poisson , ne souffrent jamais du Tœnia (2). Le docteur Schleisner ( â) nous apprend qu'en Islande une affec- tion hydatique du foie règne d'une manière endémique et dépend de la présence de Vers vésiculairos, non-seulement dans le foie, mais dans d'autres viscères abdominaux et jusque dans la peau. M. le professeur Eschriciit a envoyé à l'auleur de nouveaux détails à ce sujet, et des dessins du parasite qui ne |)arait être autre chose que le Cyslicerquc provenant du Tœnia scrrata. La sixième partie de la population de l'Islande est affecléc de cette maladie vermi- neuse, qui souvent dclermine la mort après des souffrances lon- gues et cruelles. Or, on sait ([ue les Islandais élèvent un grand nombre de Bœufs et de Moutons, et que les Cliiens leur rendent de grands services dans celle iuduslrie agricole ; l'auleur est donc porté à croire que ce sont les Taenias du Cliien qui leur communicpient ces parasites. Enfin l'auleur termine en remarquant qu'aujourd'hui l'on nepeut plus traiter de conte absurde ce que divers médecins ontditrclali- vement à des malades qui, assujettis par régime à fa;re usage de chair crue, avaient gagné le Ver solitaire, parasite qui est très rare à Saint-Pétersbourg, où des cas de ce genre avaient été observés. Il pense aussi que l'apparition de ce Taenia, dans des contrées où (1) Wawruch, Praklische Monographie der Bandwurmkrankheit., 1844, p. 197. (2) Bemerkungen uber den Urspnmg , die Entwickelung , die Ursachen , Symptôme und Heilart des breilen Bamlwurmes in den Gedarmen der Menschen. Vienne, 1833, p. 25. (3) Forsôg til en Nosographie of Island. Copenhague, 1849. SLR LA PRODLCTIOX DES HELMINTHES. 205 il n'existait pas jadis, peut être déterminée par des modilieations dans le régime agricole ou éeonomirpie d'un pays. Ainsi jadis le Bclryo- cephalus [atus , (\m osl 1res commun dans la Russie, la Pologne et la Suisse, et qui ne se uiiiutre jamais à l'élat de soolex dans nos animaux de boucherie, était la seule espèce de Tœnioïde qui atta- quait l'homme daus ces contrées; mais aujourd'hui on y rencontre quelquefois le Tœnia solium , et à ce sujet Hubner rapporte une observation faite par le docteur Baumert pendant son séjour à Neu- chatel : dans cette partie de la Suisse les Cyslicerques sont, pom* ainsi dire, inconnus chez le Poi'c, tandis (|ue tous les Cochons de France sont infectés de ces parasites. Le Tœnia solium a donc pu y être importé à l'état de Cysticerque. Ces faits, et les découvertes récentes relatives au mode de propagation des Helminthes , méri- tent donc de lixer sérieusement l'attenliou des médecins aussi bien que des zoologistes. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 2. Fig. 1 . Un sac cercarigère pourvu d'un canal digestif allongé (longueur 2 lignes). C'est une nourrice de Cercaria ephemera, et ces êtres vivent sur \ePlanorbis corneus. — a, cavité buccale. — 6, canal intestinal. — c, une Cercaire éphé- mère déjà développée dans son intérieur. — d, corps germinatifs qui ne sont pas encore devenus des Cercaires. Fig. 2. Nourrice du Cercaria annata. Ce sac cercarigère, pourvu d'un canal digestif très court , se distingue par la présence ce deux appendices latéraux obtus placés à son extrémité abdominale. Trouvé sur le Linmeus slagnalis. Fig. 3. Nourrice du Cercaria sagittifera provenant de l'Hélix pomalia. Ce sac cercarigère, tout à fait simple et cylindrique, est dépourvu d'un appareil dige.-tif. Fig. 4 à 10. Diverses ptiases du développement au Cercaria ephemera, repré- sentés d'après des individus trouvés dans le sac cercarigère déjà figuré (n° 1 ). — 4, un corps germinatif. — 5, un corps germinatif dont l'extrémité posté- rieure est devenue plus effilée. — 6, un corps germinatif dont l'extrémité est allongée en forme de queue. — 7, un corps germinatif ayant déjà la forme d'un Cercaire avec deux taches pigmentaires noires à son extrémité antérieure. — 8, individu plus développé : a, ouverture buccale; c,(l, organes urinaires; e, queue; f, taclies pigmentaires. — 9, Cercaria ephemera complètement dé- développé (2 millim. de long) : a, cavité buccale ; b, canal intestinal ; c, d, or- gane urinaire rempli d'une matière granuleuse; «, queue; f, trois taches 206 SIEBOLD. pigmentaires. La tache médiane ne parait que dans cette période du dévelop- pement. La forme générale de l'animal correspond à celle d'un Monostome. — '10, quatre Cercaires tirés du Plamrbis nitidus {d'après Filippi). Leur appareil postérieur de succion composé de deux ventouses, dont l'une renfermée dans l'autre est vue dans divers états d'extension et de contraction. Abstraction ■ faite de la queue, ce Cercaire ressemble tout à fait à un Diplodiscus. Fig. 1 1 . Un embryon de Monoslomum mutabile au moment de sa sortie de l'œuf. (Op. cit., ArcI). de W'iegmann, 1835, I, p. 69.) — a, l'appareil de succion. — b, double tache pigmentaire. • — c, sac germinatif. Fig. 12. Le sac germinatif du précédent devenu libre à la mort de cet embryon infusoriforme. — 6, le même vu de côté. — Par son aspect extérieur, ce corps rappelle le sac germinatif du Cenaria armata représenté figure 2. Fig. 13. Cercaria ephemera enkysté. — o, ventouse buccale. — h, c, d, organe urinaire. Fig. 1 4. Extrémité abdominale d un Cercaria ephemera, chez lequel l'organe uri- naire se trouve ouvert postérieurement par suile de la chute de la queue. — g , lieu par lequel l'urine grumeleuse est expulsée. Avant de connaître la véritable nature de cet organe, je prenais les granules urinaires pour des œufs, et l'excrétion de cette matière pour une ponte. Fig. 1 S. /l, Cercaria armala vu en dessous. — a , la ventouse buccale { l'épine frontale se voit par transparence). — 6, la ventouse abdominale. — c, l'appa- reil digestif. — d, l'organe urinaire. — h, la queue qui est implantée dans une dépression où débouche l'organe urinaire. — B , \e même individu vu de côté (le canal intestinal n'a pas été représenté). — C, épine frontale du Cercaria armata vue en dessus et beaucoup grossie. Fig. 16. Cercaria armata enkysté. — a, la ventouse buccale. — b , la ventouse abdominale. — c, le canal digestif.— d, l organe urinaire rempli d'urine gra- nuleuse. — e, lépine frontale détachée et se trouvant libre dans la cavité de kyste. — /', ouverture de l'appareil urinaire devenue visible après la chute de la queue. — g, kyste contenant le Cercaire acaude qui a déjà acquis la forme d'un Distome, mais n'est pas encore à l'état sexué. Fig. 17. A, portion des intestins d'une Taupe dont la tunique péritonéale porte plusieurs kystes aplatis renfermant un petit Aacaris incisa. '' Ces mêmes kystes vus de champ. — B, un de ces kystes pédoncules fortement grossi pour mieux montrer le Ver non sexué qui s'y trouve. Cette espèce appartient au groupe des Ascarides, dont l'intestin offre en avant et en haut un appendice caecal. Fig. 13. a, embryon d'un Taenia l^Tœnia craleriformis) . Les six petits crochets dont ce Ver est armé sont de trois formes. — b, un des crochets de la paire supérieure beaucoup grossi. — c, un des crochets moyens. — d, un des cro- chets de la paire supérieure. Fig. 19. Les diverses formes d'un Télrarhynque (ou, pour parler plijs exacte- ment, d'un Rhynchobothrium pendant son développement ) représentées d'une SUR LA PRODUCTION DES HELMINTHES. 207 manière schématique (d'après Van Beneden ). L'embryon, par ce développe- ment du scolex dans son intérieur, se transl'orme en un réceptacle (recepia- cutum scolicis) qui, à mesure de l'accroissement du scolex, augmente de volume ainsi que le kyste dans lequel il est renfermé — A, Embryon enkysté. — B, Embryon enkysté renfermant un bourgeon dans son intérieur, et devenant ainsi un réceptacle. — C, période plus avancée du développement d'un bour- geon qui est destine Èi devenir le scolex. — D, l'exlrémilé céphalique du Telrarhyncus ■piclor commence à devenir visible dans I intérieur du bourgeon : on commence à y distinguer les ventouses. — E, l'extrémité céplialique se dessine plus nettement. — P, le col de lextrémité céphalique commence à se montrer. — G, le col s'est allongé, et les quatre trompes à crochets se voient. — U, le col , en se développant davantage, s'est replié dans l'espace étroit où le scolex s'est formé. — /, le scolex, en se renversant au dehors, commence à sortir de son réceptacle. — J, le scolex sorti et, en A', séparé de son réceptacle. C'est dans cet état que lesscolexdeii/ij/iicAo6o(/iriumont été décrits sous divers noms spécifiques, comme formant le genre Tétrarhynque. — * Le scolex. — ** Le réceptacle. — *** Le kyste. Pour le développement ultime du Tétra- rhynque en Rhynchobothrium, voyez la figure 23. Fig. 20. Un scolex de Taenia renfermé dans son réceptacle, et provenant de l'Arion empiricorum. Fig. 21. Le même sorti de son réceptacle. — a, la tête du scolex. — b, le récep- tacle. — c, les deux petits crochets de l'embryon. Fig. 22. Articles du Tœnia iolium parvenus à la maturité sexuelle et isolés , représentés dans divers étals de contraction et d'extension ( d'après Coulet ). Chaque article constitue un Proglullis, ou individu sexué de cette espèce de Taenia. — * Orifice génital (grandeur naturelle). PLANCHE 3. Fig. 23. Représentation théorique de la transformation d'un Telrarlujnque en lihynchobothrium (d après M. Van Beneden, faisant suite au n° 19). — A, un scolex dont l'extrémité abdominale croit et s'allonge. — fi , le même plus dé- veloppé et offrant des lignes transversales, qui sont les rudiments des articles futurs. — C, le même dont l'abdomen est nettement articulé en arrière, c'est- à-dire pourvu de progloltis. Ici la transformation est, par conséquent, achevée. — a, une des ventouses. — b, portion saillante des quatre trompes à crochets. — c, portion moyenne des sacs ou gaines de ces trompes. — d, portion infé- rieure des mêmes sacs. — c, abdomen non articulé. — e*, portion de l'abdo- men qui est ridé transversalement. — c" , portion de l'abdomen qui est arti- culée, et qui constitue une série do proglottis. Fig. 24. Cytlkercus celluloice extrait du cerveau de l'Homme, représenté (Je gran- deur naturelle, avec la portion antérieure de son corps rétracté. — b, la partie antérieure et rentrée du Cysticerque renfermant le scolex développé dans son intérieur. 208 fSIEBOLD. SUR LA PRODUCTION DES HELMIINTHES. Fig. 25. Le même avec la portion anlérieure de son corps renversée au dehors, u, la vessie caudale, qui n'est autre chose que le réceptacle du scolex distendu par une accumulation de liquide. — c, extrémité anlérieure et ridée du corps du Cysticerque — d, tête et col du Cyslicerque constituant le scolex du Taenia. Fig. 56. Scolex de Tœnm habitant les larves de Ténébrion , logé dans son récep- tacle. —o, tête du scolex. — b, réceptacle. — r, appendice caudal du récep- tacle portant les six crochets de l'embryon. Fig. 27 et 28. Deux Cysticerques du tissu cellulaire extraits d'un cerveau d'Homme , de grandeur naturelle. Des étranglements de la vessie caudale y ont donné des formes très irrégulières. Fig. 29. Colonie de scolex du Cœnurus cerebralis portée sur une portion de la vessie mère, extraite du cerveau d'un Mouton, et vue par sa face interne. — Chaque corpuscule arrondi correspond à un scolex , qui se développe dans son intérieur par bouture interne. — a, un scolex développé et renversé en dedans. — 6, scolex incomplètement développé et rentré en dedans. — c, divers scolex à la première période de leur développement. Fig. 30. Portion d'une vessie mère de la même espèce provenant du cerveau d'un Veau, et vu par sa face externe ; les scolex sont renversés en dehors. Fig. 31. Un des scolex de la vessie précédente renversé au dehors, et libre (grossi), — a, la double couronne de crochets dont l'extrémité céphalique est garnie. — b, un des suçoirs de la tête. — c, lambeaux de la vessie mère déchirés. Fig. 32. La tête du même vue en dessus, et portant au milieu la double couronne de crochets entourée des quatre suçoirs. Fig. 32. Crochets du même isolés et grossis davantage. — u , un grand crochet à la couronne supérieure vu en dessous. — b, le même vu de côté — c, un petit crochet de la couronne inférieure. — d, e, crochets mous et imparfaite- ment développés provenant d'un jeune .scolex (fig 29, cl. Fig. 34. Divers T;enias provenant du scolex du Cœnurus cerebralis élevés dans l'intestin d'un Chien. — A, scolex long de I 3/i de ligne, vu de côté ; son corps est lisse, allongé. — B, le même, vu en dessus. — C, scolex de 3 lignes de long; les articles commencent à se former à la partie postérieure de son corps. — D, un scolex plus avancé dans son développement, et dont les proglottis sont déjà bien formés. — * Cicatrice correspondant au point d'in- sertion du scolex sur la vessie mère. Fig. 35. Un Tœnia serrata long de plusieurs pouces, provenant d'un scolex de Cœnurus cerebrulis élevé dans l'intestin d'un Chien (grandeur naturelle). Les articles de la partie postérieure du corps sont des proglottis à organes générateurs parfaits. Le dernier article porte encore la cicatrice (*), dont la présence indique qu'aucun proglottis ne s'est encore détaché de ce Taenia. RECHERCHES Sun L'INFLUENCE DE LA LUMIÈRE SUR LA PRODUCTION DE L'ACIDE CARBONIQUE PAR LES ANIMAUX, Par M. J. MOLESCUOTT, de Heidelltcrg (I). § I". Pour mesurer la qunnlilé d'aciile carbonique exlialée pardes Grenouilles (Rana rsculenla), j'ai enfermé les animaux dans un verre de la conte- nance d'un litre environ , traversé par un courant d'air qui était privé d'acide carbonique, ayant passé par un appareil de Woulf à moitié rempli d'une solution de potasse. Le courant d'air était produit à l'aide de l'aspi- rateur de M. Brunner, et, dans le réservoir des Grenouilles, il allait de bas en haut, parce que le tube qui conduisait l'air du verre à potasse dans le vase des Grenouilles touchait au fond de celui-ci ; tandis que le tube par lequel l'air devait sortir se terminait tout prés du liège par lequel le verre était bouché. Ce dernier tube fut mis en communication avec un appareil de Woulf contenant de l'acide sulfurique concentré, et prolongé par un tube à chlorure de chaux. Après avoir traversé ces substances desséchantes, l'air entrait dans un appareil de M. Liebig, renfermant la solution de potasse destinée à recueillir l'acide carbonique. L'appareil de M. Liebig était uni à un tube rempli de morceaux de potasse sèche et celui-ci à l'aspirateur. L'aspirateur renfermait de l'huile, dontje faisais écouler 2'", 5 par heure. L'air traversait donc, l'un après l'autre, une solution de potasse, le Ihicon contenant les Grenouilles, l'acide sulfurique et le tube à chlorure de chaux, puis l'appareil de M. Liebig et le tube à potasse sèche, de manière que l'air sec qui entrait dans l'ajqjareil de M. Liebig n'y déposait rien que l'acide carbonique produit par les Grenouilles, tandis que la vapeur d'eau que l'air emportait était retenue par les morceaux de potasse sèche sépa- (1) Ces expériences ont clé publiées dans le IVicner medizinisclic W'uchcn- schrifl, n" 43, 27 oct. IS-IS ; quelques extraits eu ont été insérés aussi dans la Compte rendu des séancen de l' Académie, t. LXI, p. 263, ioG et 961 . ^• série. Zo.jL. T. IV. (Cahier n" l.i ^ 14 210 J. MOLESCHOTT. — INFLUENCE DE LA LUMIÈRE rant l'appareil de M. Liebig de l'aspirateur de M. Brumer. En pesant les deux derniers appareils à potasse, avant et après l'expérience, je trouvais la quantité d'acide carbonique produite dans une heure , durée de chaque expérience , par un poids connu de Grenouilles. Pour réduire l'acide car- bonique aux mêmes unités de poids et de temps , j'ai calculé combien d'acide carbonique serait exhalé par 100 grammes de Grenouilles en vingt- quatre heures. Les bouchons nécessaires pour ajuster les tubes au flacon et à l'aspirateur étaient garnis d'un lut, préparé avec deux parties de colo- phane et une partie de cire jaune. La jonction des tubes de verre entre eux était facile au moyen de tube de caoutchouc vulcanisé. Le nombre des Grenouilles enfermées varia de deux à quatre. L'étude de l'action de la lumière fut d'abord faite par des jours sereins. On fit deux parts des Grenouilles, dont l'une fut gardée en pleine lumière, l'autre dans l'obscurité. Lorsque les individus de la dernière catégorie respiraient dans le flacon , ce dernier était entouré d'un écran de carton gris, qui, en prévenant l'entrée de la lumière dans le flacon, réglait si bien la température, que celle-ci ne différait que fort peu pour les expériences faites à la clarté ou dans l'obscurité. La température fut mesurée par un thermomètre qui perçait le bouchon fermant le réservoir des Grenouilles. Dans les expériences comparées à celles-ci, les Grenouilles étaient soumises à la lumière du jour réfléchie, et non à la lumière directe du soleil, qu'elles ne sauraient supporter sans succomber avec les symptômes d'une '.nflaniniation de la peau très violente. Le tableau suivant donne les nombres obtenus pour des individus divers qui , dans les expériences comparées entre elles , étaient du même sexe, à peu près de même grandeur , pris le même jour et gardés sous des condi- tions égales , sauf l'action de la lumière et de la température. SUR LA PRODL'CTIOS DE l'aCIDË CAKBOMQUE DES ANIMAUX. 211 TABLE I. Nombre ESPÉniEBCES A LA UIMIKRE. EXPÉRIENCES DANS l'oBSCDRITÉ. Nonibie lie jours pepdaol ■'' ••^-^"—^ Milli- ^ grammes Milli^ grammes lesquels Nombre d'acide Nombre il'acide de TExpé- des pre- Tem- de nioiive- menls carbonique produits Tem- de mouve- ments carbonique produits rieiice. lul guidée licruluic. rcspirn- ioires par ton gr. de pérature, respira- toires par 100 gr de l'obscu- par minute grenouilles par minute. grenouilles rilc. eu 24 bcures. 24beures. 1 23°00 121 852 22°50 137 478 2 1 22,00 148 489 23,50 146 745 3 1 22,00 139 721 20,50 128 611 4 1 23,50 130 714 21,00 128 534 S 2 19,30 130 784 22,00 134 622 6 2 28,00 134 713 21,30 144 723 7 3 21,80 142 602 19,00 112 499 8 4 22,00 146 604 21,00 134 566 9 30,00 140 765 22,00 116 795 10 6 23,00 150 670 25,50 140 326 11 7 29,50 156 688 26,00 154 566 12 7 27,00 142 333 17,50 122 511 13 t 28,75 138 338 16,50 121 347 14 8 18,50 136 C03 18,00 104 650 15 8 17,75 132 32 2 17,30 130 369 16 9 24,00 124 G 43 22,00 130 469 17 9 33,50 138 676 15,30 80 436 18 10 23,00 138 743 22,00 115 451 19 10 18,75 128 680 18,00 130 398 20 10 21,50 141 618 17,00 115 345 21 11 21,00 1G0 778 22,59 143 763 22 11 20,00 93 38 4 19,00 129 698 23 11 18, 2S 93 363 17,50 132 408 24 12 19,00 135 745 17,00 'l08 466 25 12 20,50 151 619 16,50 131 430 26 13 17,75 130 809 19,00 130 464 27 13 17,50 136 528 18,25 139 369 28 13 32,50 130 729 20,73 123 409 29 13 24,50 135 738 20,00 146 345 30 15 26,50 134 530 18,50 122 484 34 16 24,00 130 896 20,50 128 588 32 23 21,50 109 844 21,25 126 664 33 31 18,50 130 830 17,00 124 420 34 ValBurs n 46 noyonn. 21,50 168 639 23,25 153 769 22,93 135 634 20,00 128 322 L'iiiiiùs les nombres moyens obtenus de tiente-quatrc séries d'expé- 212 J. MOLESCHOTT. — INFLUENCE DE LA LUMIÈRE riences, la valeur de l'acide carbonique produit dans l'obscurité est à celle de l'acide carbonique exhalé à la lumière comme 522: 65i = l : 1,25; tandis que la température dans le verre était plus grande de 2',93 à la clarté que dans l'obscurité. La différence des valeurs de l'acide carbonique ne peut être expliquée par la différence des températures , puisque M. Vierordt a prouvé que, pour l'Homme, la quantité d'acide carbonique expirée diminue lorsque la température augmente. Par des journées 1res claires , j'ai donc trouvé un quart d'acide car- bonique de plus sous l'action de la lumière que dans les ténèbres. Mais il en était autrement par un temps pluvieux, ou même si le ciel était couvert de nuages. Le deuxième tableau présente les nombres que j'ai obtenus sous ces dernières conditions. TABLE II. Numbre de jours pL'udaiil lesquels EUPÉnlENCES AU CLAIR. EXPÉniENCES DANS l'obSCURITÉ. ^-^ • — '" — " Milli- -^ "^ ^^-.-^— Milli- N»! Noml.rc gt il m me s 6 592 23,51 153 343 218 a. MOLESCHOTT. INFLUENCE DE LA LUMIÈRE TABLE VI. EXPâRIENCES DANS LA LUHIÈBE. EXPÉRIENCES DANS l'obSCURITÉ. Milli- Milli- N" loleasite Mouve- grammes d'acide Mouve- grammes d'acide Je l'expé' de la Tempe'ra- ments respi- carboDique pour iOOgf. Tempéra- ments respi- carbanique pour lûtj gr. rience. lumière. lure. ratoires par iniDute. de grenouilles eu 94 heures. ture. raloires par miaule. de grenouilles oa 34 heures. 1 VI 23,50 123 391 24,00 110 661 2 V 23,25 101 637 24,50 121 591 3 VI 26,00 100 622 25,50 134 668 4 VI 24,50 118 769 24,50 110 662 5 VII 25,50 152 538 25,50 ■138 575 6 V 23,75 111 455 24,50 116 421 7 VI 24,75 180 835 26,25 181 598 8 VI 23,00 173 634 23,50 143 599 9 V 22,75 159 724 23,73 160 673 10 VII 25,75 132 855 27,00 142 798 11 VI 25,50 161 652 27,00 152 661 12 V 27,75 169 907 26,50 161 702 13 V 21,50 119 739 22,23 144 645 U IV 21,75 142 395 21,50 160 661 13 VI 22,50 157 773 21,75 132 615 16 VII 22,75 164 707 25,50 151 518 17 VI 23,00 133 665 27,50 144 679 18 VI 22,25 135 640 23,50 132 400 19 V 23,00 147 834 20,50 151 469 20 Vat. moy. V 21,25 142 370 23,00 140 323 5,7 23,70 144 679 24,30 143 596 SUR LA PRODICTION DE l'acide CVRBONIQIE DES ANIMAIS. 219 TABLE YII. EXPÉBlEXCeS DANS LA LDMIÉBE. EXPÉRIENCES DANS l'oBSCDBITÉ. | ^^ II -^ ^- ^ ^^x-, ^ t^ ^ Nf« Milli. Milli- Mouve- grammes Mouve. grammes InteDsilê d'aridtf d'acide delà Terope'ra- ments respi- carlionique pourlOOgr, Tempéra. menls respi- carhoniiju* pourlOU gr. lumière. liire. ruloires de grenouilles ture. ratoires de grenouilles par minute. 34 heures. par miaute. en 34 heures. 1 III 19,00 64 628 21,00 85 748 2 I 22,00 120 540 20,00 120 360 1 ^ I 19,25 100 560 21,50 109 452 4 III 20,50 104 509 20,75 109 498 5 III 18,00 106 371 21,30 104 413 6 1 48,00 105 395 20,50 106 404 7 H 21,00 10! 440 20,30 107 492 8 I 17,50 7fi 285 21,25 100 379 ' 9 I H),23 87 368 13,00 74 333 10 iVai. moy. 1 1 20,50 98 382 20,00 82 311 4,9 19,00 96 447 20,20 99 459 Four mieux saisir la valeur d'acide carbonique obtenu, j'ai disposé dans le tableau VIII les moyennes obtenues dans les trois derniers tableaux, c'est-j-dire les moyennes dans la lumière et dans l'obscurité, en y ajoutant les moyennes du degré delà lumière. T.4BLE VIII. Chiffr* iodiquaDl l'ioteoiile (It lu lumière. AciJe cailioiiiTue (]uU> U lumière. Acide carbonique daoi rohacurilè. Rnpporli de l'aciJe cet boDÎque daDt l'obscurilé avec Pucide mrbonique daai la lumièra. 3,5 5,7 1,7 393 679 447 Si3 396 459 1 : 1,09 1 : 1,14 1 : 0,97 On ne peut manquer d'.ipercevoir une diflérence considérable entre le produit de l'acide carbonique dans la lumière et dans l'obscurité, comparé à celui qui a été fourni dans le premier tableau. Les expériences rappor- tées dans ce premier tableau ont toutes été faites aux jours dans lesquels il y avait du soleil. Ouaiid on compare les produits dans le tableau VIII 220 J. IWOLESCHOTT. — INFLUENCE DE LA LUMIÈRE avec ceux trouvés dans les tableaux III et IV, dans lesquels selon que l'in- lensité de la lumière augmente dans le rapport 3,27 à 7,38, le produit acide carbonique s'élève de 5Zi5 à 6/i5, c'est-à-dire comme 1 est à 1,18. On voit donc, autant qu'on doit attendre d'expériences de cette nature, que l'acide carbonique exhalé augmente dans le même rapport que l'intensité de la lumière se prononce. La troisième ligne du tableau VIII nous apprend que, sous une intensité de lumière médiocre de 1,7 seulement , il n'y a pas eu d'augmentation de la valeur de l'acide carbonique par l'inOuence de cette lumière faible, ce qui contribue encore à confirmer le fait fourni par le deuxième tableau, qu'un éclairage faible dans des jours sombres n'augmente pas le produit de l'acide carbonique exbalé. § IV. Ayant trouvé que l'action de la lumière fait augmentera quantité d'acide carbonique exhalé par les Grenouilles, j'ai voulu examiner si celte iniluence s'exerce par l'intermédiaire des yeux ou par celui de la peau, ou bien par tous les deux. J'ai comparé, pour cet effet, des Grenouilles aveugles à des animaux intacts, ayant été attrapés le même jour les uns et les autres. Pour aveugler la moitié de ces Grenouilles, j'ai cautérisé les yeux avec une solution très forte de nitrate d'argent, et cette opération a été suivie d'une inllammation de l'œil , qui se terminait par une cicatrisation si parfaite , que la peau, en couvrant l'orbite, ne laissait aucune trace de l'œil perdu. Les Grenouilles aveugles et celles qui étaient intactes étaient du même sexe, et elles furent gardées dans une identité de circonstances parfaite. Les expériences respiratoires ne commencèrent que 197 jours après l'opération , de soj te que les animaux aveugles ne montraient aucun symptôme de maladie. La table IX donne les nombres obtenus dans quinze expériences. Ces nombres nous montrent que les degrés de lumière et de température étant égaux, la valeur moyenne de l'acide carbonique produit par les Grenouilles aveugles est à celle des animaux intacts dans le rapport de i90 à 561, ou de 1 à l,lii; d'où il résulte que l'œil prend part à l'inlluence que la lumière exerce sur l'augmentation de l'acide carbonique exhalé par des Grenouilles. SUR I.A PRODUCTION DE l'aCIDE CARBONIQUE DES ANIMAUX. 221 TABLE IX. GBESOUILLES 1SIACTE3. GBENOUlLLEi AVEUGLÉES. Nomlire ■" ■ '^^ Milli- ^ "^ ""^-^ "~-^* Milli- de [ours depuil CbifTre indiquant Mouve- ments iran.mes d'acide car- Chiffre iodiquant Mouve- meDls grammes d'acide car- l'expu- rîence. .]ue la cccité pruJuile. l'in- leusitL- de la lumièie. Tempe- r..lme. respi- ratoires par miaule. bonique pour 100 gr, de gie- iiouilles en 21 heures. l'in- tensité de la lumière. Tcmpé- iMluro. respi- ratoires pur miaule. bonu]ar transparence et en quantité assez grande, est d'une belle cou- leur rouge. 11 n'est donc point indifférent que l'expérimentateur verse, dans la salive qu'il examine, telle ou telle dose de réactif, puisque cette dose étant relativement trop forte , pourrait déjà seule, et par elle-même, sans déconqiosition aucune, donner à la salive la teinte caractéristique de la présence du sulfocyanure ; tandis qu'en |irocédant, comme je le conseille, l'objection tirée de la couleur même da réactif n'est plus possible. En outre, ayant souvent reconnu que les matières déposées par fa salive, à l'aide du lepos, n'ont [)as la moindre influence sur la réaction qui nous occnpe, l'ai préféré dès lors faire toujours tfsage de salive fiftrée, afin de rendre plus facile l'examen des colorations comparatives avec l'eau distillée. Cela |X)sé, quand les recherches portent sur un assez grand nombre de peisonnes prises au hasard, soit avant, soit après le repas, il devient manifeste que la |iropriété rubéfiante de la salive vi.s-à-vis du perchlorure de fer 'en se conformant aux proportions indiquées plus haut) est loin d'être la même chez ces différents individus, et que l\ collation rouge produit, dans sa dégradation. 228 A. LONGET. diverses nuances, jusqu'à ce qu'elle devienne parfois si peu sensi- ble, qu'on puisse même la nier, et avec elle nier aussi la présence du sulfocyanure. Plus loin viendra l'explication de ces derniers cas qui, comme je le prouverai par d'autres expériences directes, ne sont qu'en apparence exceptionnels et opposés à ma manière de voir. Pour l'instant , il m'importe seulement de faire remarquer qu'après des essais maintes fois reproduits , il m'a été possible de déter- miner la teinte que prend le plus communément, avec le per- chlorure de fer, la salive filtrée, teinte que j'appellerai volontiers normale, et que j'ai pu faire renaître à volonté , après bien des tâtonnements , dans les conditions suivantes : Après avoir versé 6 centigrammes (1 goutte) d'une solution de sulfocyanure de potassium (4 parties d'eau pour 1 partie de sulfo- cyanure) dans 125 grammes d'eau distillée, si l'on prend Il grammes de cette eau et qu'on y ajoute la quantité indiquée de perchlorure de fer, aussitôt apparaît la coloration purpurine type. Celle-ci est encore facile à reproduire par la simple addition de deux gouttes de sang à k grammes d'eau pure. Mais il est important de rappeler que l'acétate de soude, qu'on a supposé exister dans la salive humaine , peut aussi donner lieu à une réaction analogue avec le précédent sel ferrique, d'où l'asser- tion de certains auteurs, que l'action rubéfiante du fluide salivaire doit être rapportée , non à la présence d'un sulfocyanure, mais d'un acétate alcalin. C'est encore là une question préalable qu'il faut examiner. Exisle-t-il en effet, dans la salive, un acétate de cette nature? Dans aucune des analyses les plus exactes et les plus récentes, il n'est fait mention de la moindre trace de ce sel ; etpourtant, comme on le verra tout à l'heure, il en faut des quan- tités très notables pour obtenir, avec la solution de perchlorure de fer, la teinte purpurine que j'ai appelée normale, et que j'ai prise pour type dans les réactions de ce dernier sel avec la salive. Une confusion de langage, basée sur une simple vue théorique, a causé toute l'erreur à cet égard. « Guielin et Tiedemann, dit Berze- lius (1) , nomment constamment (à propos de la salive) les lactates (1) Traité de chimie, Irad, franc, de Esslinger. Paris, 1833, t. VII, p. 162. DU SULFOCYANUKE DE POTASSIUM DANS LA SALIVE. 229 alcalins acétates, et fondent cette dénomination sur une conjec- ture émise par moi , que l'acide lactique n'est autre chose que de l'acide acétique combiné avec une matière animale. J'ai eiTectivement mis cette conjecture en avant ; mais je crois que, quand bien même on pourrait la démontrer, il ne serait pas moins inexact d'appeler les lactates acétates, que de nommer les sultb- vinates su//ates ou les nitroleucates nitrates. » C'est, en effet, d'après Tiedemann et Gmelin que d'autres auteurs ont répété à tort que le fluide salivaire renfermait de l'acétate de soude, au lieu de lactates alcalins qu'il contient réellement. Or, il y a là plus qu'une question de mots. Je me suis assuré qu'avec la solution de perchlorure de fer ces lactates sont absolument impuissants à pro- duire la moindre coloration purpurine, et que d'ailleurs cette même impuissance se retrouve dans les autres substances organi- ques ou inorganiques contenues dans la salive, hormis le sulfo- cyanure, qui fait l'objet de notre étude. Mais prouvons maintenant que d'après la manière dont l'acétate de soude se comporte relativement au précédent sel ferrique, il ne saurait réellement exister dans la salive sans qu'on dût facilement l'y retrouver par l'analyse; puis je dirai le nouveau caractère qui s'est révélé à mon observation , caractère bien propre à faire admettre que c'est effectivement à un sulfocyanure , et non à un acétate alcalin, que la salive doit son pouvoir rubéfiant en présence du réactif indiqué. On a vu plus haut quelle minime quantité d'une solution de sulfo- cyanure il fallait verser dans l'eau distillée (1 goutte dans 1 25 gram- mes d'eau), afin de reproduire, par l'entremise du perchlorure de fer, une teinte rouge semblable à celle que j'ai le plus habituelle- ment observée avec la salive filtrée et le même réactif. Pour obte- nir la même teinte avec ce dernier et l'acétate de soude, il m'a fallu ajouter à la même quantité d'eau distillée (125 grammes) non plus une goutte, mais huit grammes d'une dissolution d'acétate de soude contenant 4 parties d'eau pour i partie de sel (1). Dès lors, n'est-il donc pas bien évident que si ce sel existait en pareilles (I) Quanta l'acide acétique pur et concentré , j'ai dû en employer jusqu'à 32 r«ntimëtres cubes pour 125 centimètres cubes d'eau distillée, avant d'avoir. 230 A. LONOET. proportions dans la salive , il n'aurail pu échapper aux moyens analytiques même les plus grossiers? Mais avec une autre preuve de la non-existence de l'acétate alca- lin , de sa non-intervention pour produire la précédente coloration, en voici une nouvelle en faveur de la présence réelle du sulfocya- nure, et du rôle évident qu'il remplit dans cette réaction. La preuve dont il s'agit, je la tire des curieuses différences que j'ai observées entre l'acétate de soude et le sulfocyanure de potas- sium relativement à leur manière d'être vis-à-vis du perclilorure de fer. Ainsi : 1° Soient, d'une part, 4 centimètres cubes de salive fdtrée , et d'autre part, comme termes de comparaison, li grammes d'un liquide provenant de 125 grammes d'eau distillée, au.xquels aura été ajoutée, comme plus haut, une goutte de la solution indi- quée de sulfocyanure de potassium; si je verse dans l'un et l'autre liquide quatre à cinq gouttes de perchlorure de fer (solution au quart), il se manifestera aussitôt dans chacun la même teinte pur- purine. 2° Soient encore , d'un autre côté, 4 centimètres cubes de salive fdtrée, à laquelle j'ajoute quelques gouttes d'une solution d'acétate de soude , et , d'un autre côté, pour servir de termes de comparaison , k granmios d'eau distillée avec une quantité d'acé- tate de soude calculée de manière à avoir, dans les deux cas, exactement la même teinte rouge à l'aide du perchlorure de fer. Cela fait, j'abandonne le tout au contact de l'air et de la lumière : en général, au bout de peu d'heures, et constamment le lendemain de l'expérience, la coloration rouge a disparu dans les deux pre- miers liquides, qui ont pris une teinte jaune safranée, tandis que les deux derniers demeurent indéfiniment i^ougcs. Ainsi, c'est le propre d'une solution d'acétate de soude, en pré- sence du perchlorure de fer, de conserver sa couleur purpurine et de la faire conserver à la salive elle-mêni(^ ; mais , au contraire , c'est le caractèie d'une solution très étendue de sulfocyanure de potassium, quand on l'a traitée par le perchlorure de fer, de se décolorer bientôt d'une manière complète, et, chose remarquable, c'est justement là aussi le cas de la salive mise dans les mêmes avec le perchlorure de fer, la coloralion voulue; au contraire, l'acide lactique est toujours resté sans effet. Dl' SCLFOCYANl'RE DE POTASSILM DANS L\ SALIVE. 231 conditions. Ne suis-je donc pas encore plus autorisé, par ces faits que j'ai si souvent constatés, à répéter que, dans ma conviction, l'action rubéfiante du fluide saiivairc doit être rapportée non à la présence d'un acétate alcalin, mais d'un sullbcyanurePDu reste, je crois devoir ajouter qu'il n'est nullement exact de prétendre que la coloration en rouge soit différente avec l'acétate de soude et le sulfocyanure de potassium , qu'ainsi le premier donne une nuance rouillée et le second une miuuco pitrpwine ; j'affirme que la colo- ration est sensiblement la même dans les deux cas. III. Toutefois la coloration rouge, que prend le liquide salivaire par l'addition de quelques gouttes de perchlorurede fer, ne pouvant constituer une réaction suffisante, aux yeux des chimistes, pour caractériser le sulfocyanure de potassium, et d'ailleurs l'existence même de ce dernier sel ayant été contestée , j'ai cru devoir faire tous mes efforts pour l'isoler complètement d'une masse considé- rable de salive humaine (deux litres et demi) (1 ). Voici la marche suivie dans cette analyse : 1° Le liquide a été évaporé à sec au bain-marie. 2° Le résidu de l'évaporation a été repris par de l'alcool presque anhydre, c'est- à-dire à98'centésini. : ainsi ont été obtenues une matière insoluble dans l'alcool et une dissolution alcoolique. a. La matière insoluble dans l'alcool était formée par un mélange de substance organique azotée et de sels alcalins , etc. : elle a été traitée par l'eau froide, qui a laissé, en grande partie, la substance azotée à l'état insoluble, et qui a opéré la dissolution des sels. Cette liqueur saline et aqueuse, convenablement évaporée, a donné d'abord de très beaux cristaux de phosphate de soude, ensuite du chlorure de sodium, et en dernier lieu du carbonate de soude. Cette séparation par voie de cristallisation a présenté la plus grande netteté. b. La dissolution alcooliijue a été soumise à l'évaporation, (t) Celte quantité de salive fut fournie, en une demi-houre, par quarante mili- taires à jeun, qui, après avoir rincé leur bouctic, mâchèrent, dans le but d'exciter la salivation, des noorceaux de caoutchouc préalahlcmenl lavé avec soin dans r«au chaud». 232 A. LONGET. comme la liqueur aqueuse précédente ; elle a donné , en premier lieu, de nouveaux cristaux de sels alcalins, et il est resté, dans l'eau mère, un sel qui n'a pas cristallisé, mais qui présente tous les caractères d'un sulfocyanure alcalin. Ne pouvant obtenir ce dernier à l'état cristallin , j'ai voulu au moins le caractériser de la manière la plus positive. Dans ce but, j'ai concentré, dans quelques gouttes de liquide, tout le sulfocya- nure contenu dans deux litres et demi de salive; j'ai obtenu alors une liqueur produisant, avec le perchlorure de fer, la coloration caractéristique d'un rouge de sang; puis j'ai constaté la présence du soufre , dans le sulfocyanure , en calcinant ce sel avec du nitre. Ainsi la présence d'un sulfocyanure alcalin dans la salive n'est pas douteuse ; elle caractérise en quelque sorte cette sécrétion ; car, en étudiant au même point de vue d'autres liquides de l'économie animale, tels (jue le fluide pancréatique, la sueur, l'urine, les larmes, le liquide cérébro-spinal, le sérum du sang et la sérosité provenant de vésicatoires , il m'a été impossible d'y trouver la moindre trace de sulfocyanure. Cette preuve étant donnée, et de plus, comme cela résulte de ce Mémoire , aucune autre substance organique ou inorganique contenue dans la salive ne donnant lieu avec le perchlorure de fer à la même réaction que le sulfocyanure, je me suis cru suffisam- ment autorisé à faire usage de ce réactif dans tous les autres essais partiels que j'ai pu reproduire sur plus de cent cinquante individus d'âge et de sexe différents. IV. J'ai dit plus haut que mes recherches ayant porté sur un a.ssez grand nombre de personnes prises au hasard, soit avant, soit après le repas, il avait été manifeste pour moi que la propriété rubéfiante de la salive, vis-à-vis du perchlorure de fer (en se conformant aux proportions indiquées), était loin d'être la même chez ces différents individus, et que la coloration rouge produùsait, dans sa dégrada- tion , diverses nuances , jusqu'à devenir elle même parfois si peu sensible, qu'on aurait pu même la nier, et avec elle nier aussi la présence du sulfocyanure. Il me reste à prouver, à l'aide d'expé- riences directes que ces derniers cas ne sont qu'en apparence DU SULFOCYANURE DE POTASSIUM DANS LA SALIVE. 233 exceptionnels et opposés à mon sentiment , qui consiste à regarder le sulfocyanure comme un des éléments caractéristiques constants de la salive normale. Et d'abord, je dois rappeler que ces exemples se sont offerts à mon observation chez des individus qui venaient de prendre leur repas depuis une ou deux heures, ou chez d'autres qui avaient été artificiellement provoqués à une excrétion salivaire très abondante ; or, il en est du fluide salivaire comme des autres tluides sécrétés : plus il y a eu de salive avalée ou rejetée, moins la salive nouvelle contient de principes solides minéraux et organiques relativement à l'eau qui la constitue pour la plus grande part. Par conséquent , la quantité relative de sulfocyanure dans la salive est nécessairement variable, et, comme elle est déjà très minime pour une quantité déterminée de liquide salivaire , on conçoit que pour peu qu'elle diminue encore , relativement à la masse d'eau , elle puisse cesser d'être appréciable au réactif, surtout si, au lieu de se servir de perchlorure de fer , on veut faire usage , à l'exemple de quelques expérimentateurs, d'un autre persel de fer, du persulfate par exemple (1). Mais cela ne veut pas dire qu'il s'agisse d'une disparition ou d'une absence complète du sulfocyanure, puisque, dansces ca.s-là même, je réussis constamment à mettre son existence hors de doute. 11 en est du sulfocyanure comme des autres éléments normaux solides de la salive, c'est-à-dire qu'ils peuvent varier suivant cer- taines condition.s : bien des fois, par exemple, opérant comparati- vement sur diverses salives, j'ai vu les unes donner un précipité très sensiblement jaune avec le nitrate d'argent, et les autres un précipité blanc ; ce qui tend à prouver que l'un des éléments nor- maux de la salive, sur l'existence duquel tous les chimistes sont d'accord, le phosphate de soude, peut lui-même sensiblement varier de (luantité sans pour cela disparaître. Ces sels sont en moindre quantité dans les cas où la salive est très fluide , soit une ou deux ()) Il résulte de mes recherches que ce sel est insuffisant. Ainsi, d'après mes observations, tandis que deux gouttes de sulfocyanure de potassium (solution au quart) peuvent être révélées dans un litre d'eau par le perchlorure , il en faut au moins six a huit gouttes pour que la réaction se produise avec le persulfate de fer. 2S& A. LONGET. heures après le repas , soit lorsque, dans le but de faire des expé- riences, on a déjà provoqué artificiellement l'excrétion d'une quan- tité considérable de salive. Du reste, on sait que la quantité de sulfocyanure de potassium qu'on a rencontrée dans la salive de l'homme n'a pas été toujours appréciée de la même manière : Jacubowitsch l'estime à 0,006 pour 100; Wright, de 0,056 à 0,098 pour 100; Lehmann , de 0,0046 à 0,0089 pour 100, etc. Quand j'ai eu affaire à des salives dont les réactions avec le perchlorure de fer étaient incertaines , le procédé , fort simple et bien connu que j'ai mis en usage pour en déceler la présence, a consisté à faire évaporer le liquide salivaire au bain-marie jusqu'à réduction de moitié ou des deux tiers. Depuis que je me suis avisé de procéder de la sorte , je n'ai plus trouvé iin smd cas douteux , comme l'avaient été quelques-uns des cas appartenant à mes pre- mières observations (1). Que ceux qui ont prétendu n'avoir jamais pu réussir à constater la coloration rouge de la salive par le perchlorure de fer emploient le même moyen expérimental , et dès lors ils obtiendront toujours un plein succès. Une autre particularité de mes expériences est la suivante : Toutes les fois que la réaction avec le perchlorure de fer a été bien manifeste avec la salive mixte ou buccale , elle a eu aussi lieu , avec une égale intensité, avec la salive sous-maxillaire et sublin- guale recueillie sur le plancher buccal, derrière les dents incisives et canines inférieures , de manière à éviter tout mélange avec le mucus de la bouche ou le liquide parotidien. Quant à ce dernier liquide lui-même provenant d'une fistule salivaire chez l'homme , on sait que Van Setten y a trouvé le sulfocyanure de potassium, et je crois devoir rappeler que c'était aussi dans la salive paroti- dienne de la brebis , et non dans la salive mixte prise dans la bouche, que Tiedemann et Gmelin avaient signalé la présence du (() Il est bien important de laisser refroidir le liquide après l'évaporation, car on sait que le perchlorure de fer, qui teignait d'abord l'eau en jaune , à froid , la colore bientôt en rouge si l'on fait intervenir la chaleur. DU SULFOCTANCRE DE POTASSIUM DANS LA SALIVE. 2S5 sulfocyanure de sodium. Aussi ces résultats, unis à ceux que j'ai inoi-même obtenus , m'empêclient-ils d'admettre , avec divers auteurs, que, dans les cas où ces sulfoeyanures existent, ils se trouvent exclusivement dans la salive buccale, sans jamais se rencontrer dans chacune des sécrétions salivaires prises isolément. D'ailleurs , j'ai aussi constaté la présence de sulfoeyanures alca- lins dans des infusions concentrées et filtrées de glandes salivaires provenant du mouton. Dans l'espèce humaine, ni l'âge, ni le sexe, ni le régime, ne m'ont paru modifier, en plus ou en moins , la coloration rouge produite par la réaction de la salive avec le perchlorure de fer. Quant à un état particulier du système nerveux, j'ai étudié cette réaction de la salive, avant, pendant, après des accès violents de migraine ou de névralgies faciales, et je n'ai pu constater la moindre différence. J'ai vu la salive prendre la coloration rouge caractéristique de la présence du sulfocyanure, chez des personnes absolument dé- pourvues de dents depuis plusieurs années. Ce résultat ne s'ac- corde pas avec l'hv'pothèse que la présence du sulfocyanure dans la salive serait toujours liée à l'état de carie d'une ou de plusieurs dents. J'ai aussi constaté, de la manière la plus marquée, la propriété rubéfiante de la salive, vis-à-vis du perciilorure de fer, chez beau- coup depensonnes qui avaient les dents parfaitement saines. Dans une série de douze individus pris au hasard, d'âge et de sexes dif- férents, dont j'examinai la salive le même jour et au même instant, et que je classai ensuite dans quatre catégories, d'après l'intensité de la couleur rouge de leur fluide salivaire, et, par conséquent, d'après la quantité présiiniée du sulfocyanure, il se trouva dans la première, un enfant de huit ans et demi, et une femme de trente- six ans, dont les dents examinées avec soin, furent reconnues excm|ites de tuule carie; dans la seconde, une femme âgée de soixante ans , qvi , depuis cinq ans , n'avait plus une seule dent ou racine dans sa bouche, un homme de quarante-quatre ans, auquel 236 A. LONCET. manquaient deux dents, mais dont toutes les autres étaient saines , puis un jeune homme de dix-huit ans, qui avait un certain nombre de dents cariées ; enfin , la quatrième et dernière catégorie , celle dont la coloration était la moins intense, comprenait sept personnes, dont la salive avait donné une coloration sensiblementuniforme, et, parmi elles, se trouvait une femme de soixante-quinze ans, dont les dix dents qui lui restaient étaient malades et déchaussées, et en grande partie sorties des alvéoles. Donc les dents et leur état sain ou morbide n'ont aucune influence sur la production du sulfo- cyanure dans la salive. Quand on laisse de la salive dont la propriété rubéfiante est fort légère, mais pourtant appréciable, s'altérer spontanément au con- tact de l'air, et qu'on l'examine chaque jour, jusqu'à ce qu'elle exhale une odeur fétide, on ne voit pas que le degré de coloration aille en augmentant. Il reste absolument le même ; preuve que le sulfocyanure ne saurait résulter de l'altération spontanée de la salive. Il me paraît inutile de réfuter l'opinion qui fait dépendre l'appa- rition du sulfocyanure des modifications chimiques imprimées par l'alcool à la matière salivaire, puisque l'alcool n'a été mis en usage dans aucune de ces expériences. Dans des cas assez nombreux de py rosis, j'ai examiné, au point de vue qui m'occupe, le liquide salivaire, alors sécrété en si grande abondance. J'ai toujours constaté aussi la présencedu sulfocyanure; et quand, de prime abord, il m'est arrivé d'avoir quelques doutes à cause de la faiblesse de la coloration , il m'a suffi de concentrer la salive par l'évaporation au bain-marie, pour y trouver ce sel de la manière la plus incontestable. Il en a été de même dans trois cas de salivations mercurielles qu'il m'a été donné d'observer. Conclusions. 1* Le sulfocyanure de potassium existe normalement et constam- ment dans la salive de l'homme. DU SULFOCTANURE DE POTASSIUM DANS LA SALIVE. 237 2* Il se rencontre non-seulement dans la salive mixte ou buc- cale, mais aussi dans la salive parotidienne et dans les salives sous- ma.\illaire et sublinguale. 3° Sa présence caractérise , en quelque sorte , la sécrétion sali- vaire ; car la sueur, l'urine, les larmes, le liquide cérébro-spinal, le sérum du sang et la sérosité provenant de vésicatoires , ne m'ont jamais donné aucune trace de sulfocyanure : il en a été de même du fluide pancréatique pris chez le mouton et le bœuf. li° Ce sel existe, dans la salive, en proportions variables, mais toujours très petites. Ces variations ne dépendent ni de l'âge, ni du sexe, ni du régime, ni d'états particuliers du système nerveux, mais seulement du degré de concentration du liquide salivaire. SDansuntrop grand état de fluidité de la salive, succédant aune excrétion très abondante, le sulfocyanure peut devenir inappré- ciable à nos réactifs ; mais, dans ces cas, il suffit de concentrer ce liquide salivaire par l'évaporation lente, pour obtenir constamment la réaction caractéristique de la présence du sulfocyanure, comme je l'ai obsené dans le pyrosis et les salivations mercurielles. 6* L'état sain ou morbide des dents n'a aucune influence sur la présence ou l'abondance de ce produit, que j'ai d'ailleurs retrouvé chez des personnes entièrement dépourvues de ces instruments de mastication. 7° Le sulfocyanure ne résulte pas non plus, comme on l'avait avancé, d'une altération spontanée de ce fluide. 8' Pour Visoler, comme je l'ai fait, il importe d'analyser de préférence la salive d'individus à jeun. 9* De tous les persels de fer , le perchlorure est le meilleur réactif pour déceler la présence du sulfocyanure dans la salive; il donne à ce liquide , suffisamment concentré , une belle coloration rouge de sang. 10* Aucune autre substance organique ou inorganique, contenue dans la salive, ne donne lieu, avec le perchlorure de fer, à la même réiiction (|uel(' sulfocyanure : c'est à tort qu'on a rapporté la précé- dente coloration à la présence d'acétates alcalins dans le fluide salivaire. NOTE UN NOUVEAU GENRE D'ANNÉLIDE TUBICOLE PERFORANT, Par M. ItlARCEI, DE SERBES, Professeur à la Faculté des sciences de Montpellier. On rencontre sur plusieurs coquilles bivalves , telles que les Tridacna, les Hippopus, la Pinna nigrica, la Modiola papuana,. la Perna isognomum et VHaliotis californiensis, des Annélides qui y vivent en parasites. Ces Annélides se fi.xent sur les coquilles au moyeu des e.vcavations qu'ils pratiquent sur leur surface, et cela plus ou moins horizontalement. Toutefois , lorsqu'ils parviennent à l'âge adulte, ils percent en partie le test des coquilles, sur lequel ils s'implantent plus ou moins profondément. Nous avons donné le nom de perforant à l'espèce qui se distingue par de pareilles habi- tudes ; celle-ci se loge non-seulement dans l'épaisseur du test des coquilles, mais encore dans celui des Serpules (1), particulièrement sur la Serpula parensis de Chenu. Les Annélides lithophages ((ui se logent dans l'épaisseur du test des coquilles des Mollusques acépliales ou lamellibranches sont à la fois rapprochés par la forme de leurs tubes des genres des Spi- rorbes et des Serpules. Ils diffèrent de toutes les espèces de ces deux genres avec lesquelles nous avons pu les comparer, en ce que leurs tours discoïdes, saillants, renflés, convexes, ne sont jamais irrégulièrement contournés. Ces tours se montrent chez la plus grande espèce sous la forme d'une spirale orbiculaire prolongée en un tube détaché, dont la largeur augmente sensiblement vers son extrémité. Quant à la bouche, elle est fermée par un opercule particulier que nous décrirons plus tard. Il nous a paru nécessaire de donner un nom particulier à ce genre; nous avons choisi celui de Stoa , dérivé du mot grec c-coa, (1) Les Serpules ne perforent nullement les pierres et les coquilles sur les- quelles elles vivent; elles se bornent à s'y appliquer : aussi, lorsqu'on les enlèw violemment de ces corps, elles y laissent une partie de leur test. GENRE DAMNÉLISK TUBICOLE PERFORANT. 339 qui signifie galerie. Nous avons voulu rappeler par là les excava- tions profondes que se creusent les espèces de ce genre pour se loger dans l'épaisseur du lest des valves des JMollusfjues. Les espèces dont les formes des tours rappellent celles des Ammonites ou de la Spirula Peronii ont été nommées par nous Stoa ammo'' nitiformis et Spirulœformis , tandis que celle dont les habitudes perforantes sont plus manifestes , a reçu celui de Stoa perforans. ' Les deux espèces de 5toa vivent sur plusieurs genres de coquilles acéphales (1). On trouve la première sur les Pinna, les Perna et les Modiola , tandis que nous n'avons guère rencontré jusqu'à présent la Stoa perforans que sur les Tridacna, les Hippopus et les Scrpules. Les Annélides, comme, du reste, les autres Invertébrés perfo- rants , choisissent de préférence les coquilles dont le test épais leur permet de s'y creuser des galeries profondes. C'est probable- ment en raison de cette circonstance que l'on trouve presque uniquement la Stoa perforans sur les coquilles de la famille des Tridacnées, dont les coquilles sont extrêmement solides. Nous voudrions pouvoir ajouter aux caractères pris dans la forme, et les dispositions des tours ou celles de la bouche, les données qu'auraient pu nous fournir les animaux qui les habitent ; mais nous n'avons pas encore les moyens de les observer. Nous ne pouvons donc les établir que sur leurs demeures. Voici les particularités qu'elles présentent : Tube teslacé contourné en spirales orbicuiaire et irrégulière , d'une forme discoïde , renflée et convexe ; dernier tour détaché du premier , et se prolongeant parfois en un tube droit ; ouverture ovalaire, terminée par un opercule solide, calcaire, conique et sur- chargé. LcsSloa ne peuvent être confondus qu'avecles genres Spirorbe, Serpule, Vermilic et Galéolaire, et surtout avec le premier, quoique celui-ci ait les plus grands rapports avec les Stoa. 11 en diffère ccpeuiiant; en cfl'el, les Spirorbes vivent appliqués à la surface des (I) La Faculté des sciences de Montpellier possède dans ses collections un Tridacna gigas, sur lequel plusieurs individus du genre Stoa ont pratiqué des galeries remarquables par leur prafeoil«ar. 3ft0 RIABCEL DE SERBES. pierres et des fucus, tandis que les 5/oa creusent des galeries dans l'épaisseur du test des coquilles ou des tubes calcaires sur lesquels ils habitent. Quant aux Serpules, aux Vermilies et aux Galéolaires, on n'a qu'à lire les phrases caractéristiques employées par Lamarckpour distin- guer ces différents genres , on y verra que les Serpules sont simplement fixées sur les corps où elles vivent; qu'elles ne les creusent pas , et que les tubes dans lesquels elles se logent sont irrégulièrement contournés , ce qui les éloigne complètement du genre Stoa. Les mêmes différences existent encore entre les Sloa et les genres Vermilie et Galéolaire. Il se pourrait toutefois que les espèces fossiles décrites parChenu, dans ses Illustrations conchyliologiques(l), sous les noms de Spiror- bis disjunctael striata, eussent quelques rapports avec les5toa spi- rulœformis et perforans. Les premières , outre qu'elles n'ont été rencontrées qu'à l'état fossile, diffèrent essentiellement des espèces vivantes par leurs petites dimensions ; enfin en ce qu'elles sont uniquement fixées sur les coquilles où on les observe , sans y avoir creusé la moindre cavité pour s'y loger. En résumé , les espèces vivantes et fossiles , décrites et figurées par Chenu comme des Spirorbes , quoique plusieurs d'entre elles semblent au premier aperçu se rapprocher des Stoa, ne sont en réalité que des espèces du premier genre. Il serait possible encore que hVermiliasubcrmata de Lamarck (t. V, p. S70, n° 5) appartint au genre des Stoa ; car cette espèce se creuse un lit sur un sillon profond dans le test des coquilles où elle habite , et particulièrement sur le Spondyle mutiquc. D'un autre côté, hVermilia rostrata de Lamarck paraît être une espèce perforante, car elle s'enfonce dans l'épaisseur des polypiers pier- reux du genre des Porites. 1° Stoa ammonitiformis. — Coquille discoïde , à tours continus et arrondis, diffère de la Stoa spirulœformis, en ce que les derniers tours ne se détachent jamais des premiers , et qu'ils sont fortement striés. (1) Pages 3 et i, et planche 111 , figures 20 et 21. GENRE d'aNNÉLIDE TUBICOLE PERFORANT. 241 Grand diamètre, 0'°,0'20 à 0-,021 ; petit diamètre, 0'-,016 à 0'",017. 2° Stoa spirulœformis . — Cette espèce est caractérisée par le der- nier tour détaciié des premiers , qui se ]irolonge dans l'âge adulte en un tube légèrement recourbé, bien au delà de la spire orbicu- laire formée par l'ensemble de ces mêmes tours. Cette disposition rappelle en quelque sorte celle des Spirules, dont le dernier tour est également séparé des premiers. Seulement les Spirules con- servent plus complètement la l'orme circulaire que l'espèce de Sloa que nous lui comparons. Les dimensions de la Stoa spirulœformis sont plus du double de celles de la Stoa perforans, la troisième espèce de genre qui nous est connue. Ces dimensions sont de 0°',026 à 0"',028. 3° Stoa perforans. — Cette espèce, à tube court, à spirale raccourcie, dont le dernier tour est sur le même plan que le second, présente dans son en.semble une forme à peu près discoïde. L'ou- verture de la bouclie ample , arrondie , est analogue à celle des Cyclo.stomes. — Ses dimensions dépassent peu 0"',01(3 à 0°',012. Nous ne connaissons que l'opercule de cette espèce qui est arrondi , et formé par de très petites bandes circulaires presque subspirales. Cet opercule solide, calcaire, concave en dehors, est convexe et conique en dedans. Son diamètre est d'environ 2 à 3 millimètres. i;|il est probable que l'opercule des Stoa, (juoiqu'il ne soit pas corné comme celui des Serpules et des Spirorbes, est néanmoins pcdicellc comme les opercules de ces deux genres qui appartien- nent à la même famille; mais ne connaissant pas l'animal des51. Sowerby , d'après les individus qui lui avaient été fournis par cet infatigable conchyliologiste. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 8 c'. Fig. I . Stna spirulaiormis dans l'âge adulte , lorsque le dernier tour est coni- plétemenl séparé des premiers ; de grandeur naturelle. Fig. 'i. Slou umvwni 11 formis àar\s luge adulte, do grandeur naturelle. Fig. 3. Opercule du la Sloa perfomns grossi du tiers, et vu en dessus ou du côté qui correspond a 1 ouverture du tube de cette espèce. Fig. 4. Opercule vu par-dessous et par cdlé, grossi de plus du tiers. Fig. o. Sloa perforons d&ns le jeune âge, et fixé sur une valve de Tridacna. Fig 6'. Slon perforniis dans l'âge adulte , et détaché de la coquille dans laquelle il .s'était logé: de grandeur nalurello. Fig 7. Opercule de la Sfqmln jviimmciHis vu en dessus. Fig. 8. Opercule de la niéine espèce vu pjr côté afin de faire juger de son apla- tissement. Os doux opercules ont été représentés de grandeur naturelle. (I) M. Rew a créé un nouveau genre pouj' les Troclius qui agglutinent des coquilles ou de petites pierres autour de leur coquille. Il lui a donné le nom do p/iorii« , expression dérivée du verbe grec wUw, qui signifie porter. DEUXIÈME NOTE snit LES SPERMATOPHORES DU GRYLLVS SYLVESTRIS, l'ar M. LESPÉN. Lorsque j'ai étudie les spormalopliores du Grillon champêlre et de son congénère des maisons (1), j'avais. inutilement clierché des mfdes adultes d'une espèce très commune aux environs de Paris : le Gryllus sylvestris. A cette époque, je n'avais pu trouver que des larves et un petit nombre de nymphes. Plus heureux aujourd'hui, je puis donner le résultat de mes dissections sur cette petite espèce. C'est avec une vive satisfaction que j'ai observé chez cet insecte des faits analogues à ceux que m'avaient offerts ses congénères. Sauf des détails de forme et de volume , tout est semblable : le spermatophore est plus petit, plus fragile , mais il est composé de même; l'armure génitale présente les mêmes pièces, mais elles diffèrent beaucoup pour la forme de ce que les deux autres espèces m'avaient offert. Je ne doute pas que des recherches analogues sur tous les Grilloniens ne fournissent les mêmes résultats. Le spermatophore du Grillon des bois est blanc, transparent, et extrêmement fragile. Il est fort difficile de l'obtenir bien entier. Comme celui des deux autres espèces, il se compose d'une ampoule et d'une lamelle. L'ampoule (2j est presque régulièrement sphé- rique; ses parois sont fort épaisses. La lamelle (3) est si étroite, qu'on l'aperçoit à peine comme un repli membraneux longitudinal du tube médian ; celui-ci est, au contraire , très facile à voir, et contient un filet corné comme dans les deux espèces que j'avais déjà examinées (4). Ainsi que l'on peut le voir, cet appareil rappelle par sa compo- (1) Voyei t. III, p. 365. (2) PI. 8 B, fig. 1 u. (3) Fig. 1 c. (4) Fig. 1 d. speumatophores du cnYLLis sYLVESTRis, 245 sition ce que j'ai di'cril dans les Grylhis campestris et domesticus ; il en ditïère seulemenl par des détails de forme et par son volume, en rapport avec la petite taille de l'insecte ; il est long environ de 2 millimètres. Je n'ai pas observé l'aecouplement de cette espèce ; mais j'ai vu des femelles portant le petit appareil à l'ouverture vulvaire. Après un emps assez court, elles l'ont laissé tomber. L'ariniu'e génitale mâle du Grillon des bois présente au premier coup d'œil une complication extrême, et, comme son volume est peu considérable , il m'a été nécessaire de l'examiner avec grand soin pour m'en faire une idée exacte. Les deux épimérites (l) soudés sur la ligne médiane en forment la plus grande partie; ils se recourbent en dessous pour constituer une sorte de gorgeret ouvert; à leur extrémité libre, ils portent les tergo-rabdites (2) sous forme de crochets gros, courts, mais plus solides. Les épisterniles :'3 ■ , presfjue triangulaires , se surallongcnt en une pointe très peu dure qui suit le bord du sternite. (À^ dernier (i) se compose d'une portion cornée très solide , et d'une lame extrêmement mince et facile à déchirer. Les sterno-rabdites (5) sont repré.sentés par deux iilets cornés fort longs. Ainsi qu'on devait le penser, cette organisation rappelle dans ses parties iirincipales ce f|ue l'on trouve dans les deux espèces qui ont fait le sujet de mes premières observations; mais les différences de forme soiil, il f;i;il l'avouer, exlrêniement considérables. L'appareil génital mâle ne présente dans sa portion interne rien de remarquable ; toutefois je dois signaler deux glandes (6) situées à droite ('.[ à gauche du canal éjaculateur vers sa partie terminale, et qui s'ouvrentdans ce canal par un conduit très court. Ces mêmes glandes sont fort développées chez les Locustides. (4) Fig. 2 aa.et fig. 3 a. (2) Fig. 2 dd.etng. 3 d. (3) Fig. 2 ce, et fig. 3 c. (i) Fig. 2 A. el fif. 3 A, /, m. (8) Fig. iee, cl lig :i e. (6) Fig. 3 i. 2&6 LE8PËS. Les palcîlcs (|iii soulieiinenl l'ampoule fin s|M'rmatoiihore ne présenlenl non plus rien d'cxceplioiiiiel , do sorte (iiiejai oruulile de les dessiner. Elles ne sont pas portées par un stylet corné dépen-^- dant de répiniérile, ainsi «pie je l'avais observé dans ]cf,Gryllus campestris et domeslicus. Quand un spermatophore a été produit, et qu'il a pris place entre ces palettes, il ne peut être couvert par la plaque dorsale fd(''cato-fer^ite') qui est assez peu développée, de sorte qu'on le voit sous forme d'une papille ronde à rextréniilc de l'abdomen. Développement des zoospermes dans le Grillon domestique. Les zoospermes des Gryllus campestris et domeslicus sont tou- jours immobiles dans le spermatophore , de même que dans les diverses parties de l'appareil génil;il mrde ; j'ai pensé qu'il serait utile de suivre leur anneau de l'abdomen, et , a]ircs avoir beaucoup augmenté de volume, s'enroule en spirale (épididyme de M. L. Dufonrt, et vient sur la ligne médiane se réunir à celui de l'autre côté pour constituer le canal éjaeulateur. I SPERMATOPHORES Dll GRYLLUS SYLVESTRIS. 247 Au point où les deux conduits se eonl'ondent, on trouve un grand nombre de caecums (vésicules séminales de M. L. Dufour; ([ui for- ment deux masses volumineuses Tort difficiles à débrouiller. Le canal éjaculatcur sort do ce lacis , et se termine , ainsi ([ue je l'ai déjà dit ailleurs, à l'extrémité du stei'nitede l'armure. Tout cet appareil ne renferme pas du sperme; je n'en ai trouvé que dans les capsules du testicule et dans le canal déférent, surtout dans sa partie élargie et contournée. Jamais je n'en ai vu dans les csecums(pii entourent l'origine du canal éjaculatcur, etc'cst à peine si j'en ai trouvé des traces dans ce dernier. Je n'ai pas besoin de dire (pie le spermatophore en est rempli. Chez la femelle, on ne trouve du sperme que dans la vésicule copulatrice : c'est une poche réniformc qui communique jiar un tube très étroit avec un vagin très court, dans lequel débouchent les deux oviductes. Si l'on examine une capsule spcrmillipie avec un grossissement suffisant, on ])eut suivre en quelque sorte dans son intérieur le dévelo|ipement des zoospermes ; mais pour le bien voir, il vaut mieux la couper en cin([ ou six parties dont on examine le contenu. VcrsTcxIrémitc' liiirc, dans sa partie rélri'cie, la capsule ne con- tient que des cellules qui semblent se détacher de sa paroi ; elles sont assez irrégulièrement arrondies, peu transparentes, et con- tiennent une masse d'apparence granuleuse. IJi peu plus bas, et veis le [)oint où la capsule se rentle, on retrouve ces cellules ; mais siu- leur surface se montrent des tuber- cules qui (endenl à se rétrécir de plus en plus à leur base, de sorte que bientôt ils sont portés par un pédicule très grêle. En même temps, les cellules, dont les bords étaient nettement dessinés, deviennent diflluentcs, cl se déchirent en un nombre de fragments ordinaiiement é'fjal à celui des tubercules ; de sorte que l'on voit dans le li(|uid(' des lilamenls très lins cl assez courts, terminés à cha(|ueextréuiiii' |iar une petite masse : l 'une ovalaire et bien nette, c'est le lubenule ipii va dcvenii' la tète d'un zoosperme ; l'autre dilduente, c'est un débris de la cellule mère. Plus bus encore , le développemeid des zoospermes est plus avancé; leur tète s'allonge ainsi (pic le iihimcnt (pii les termine, ot 2^8 LESPËS. le plus souvent le fragment de cellule mère se dissout en entier. On (rouve pourtant quelques-uns de ces fragments adhérents à l'extrémité caudale , même beaucoup plus bas , mais c'est une exception. Enfin dans la moitié inférieure delà capsule, de même que dans le canal déférent et dans la vésicule du spcrmatophore , les zoospermes apparaissent sous la forme de filaments , longs d'envi- ron 0"'°',1 , composés d'une sorte de tête en ovale fort allongé et d'une queue filiforme. Ces filaments sontdroits, roides etimmobiles , mais avec eux se trouvent en grand nombre de petits corps ronds, dont les plus gros ont environ 0"'"',00à de diamètre, et dont les plus petits sont à peine visibles avec les plus forts grossissements ; ces pefits corps sont doués d'un mouvement brownien des plus vifs. Si l'on examine le contenu de la vésicule copulatrice d'une femelle jeune, quand cette poche contient peu de sperme, et si l'on délaie ce liquide dans l'eau , on peut facilement y apercevoir des filaments blancs fort longs, et dont la largeur est d'environ 0""",1. Ces filaments sont immobiles; examiii(5s au microscope, ils parais- sent composés d'un nombre très considérable de zoospermes irré- gulièrement disposés. 11 est, du reste, facile non-seulement de se rendre compte de leur formation , mais même de l'observer directement : il suffit de mettre dans l'eau un spcrmatophore que l'on vient d'enlever à un mïJc ; on voit le sperme s'écouler par l'extrémité de la lamelle, et conserver à sa sortie la forme d'un filament semblable à ceux que l'on trouve dans la vésicule copulatrice des femelles. Si l'on examine la liqueur fécondante dans une vieille femelle , quand les œufs sont fort avancés en développement, en outre, des cordons, on trouve des zoospermes isolés, provenant, sans doute, des cordons qui se sont désagrégés. Ces zoospermes sont un peu plus courts que ceux des faisceaux; ils n'ont (|ue 0""',08 de long, et c'est le filament caudal seul (pii est raccourci. Ce filament est alors doué de mouvements très rapides, et le zoosperme nage dans le liquide. Quant aii\ corpuscules ronds (pii se mouvaient .si vive- ment lorsque les zoospermes étaient inmiobilcs, ils sont à leur tour privés de tout mouvement. SPERMATOPHORES llU GRÏLLLS SYLVESTRIS. 2^9 Il est probable que les zoospermes mobiles sont seuls capables de féconder les œufs; du moins, j'ai toujours valeur existence coïncider avec celle d'œufs développés. Sons l'intluence de l'eau, les zoospermes immojiilesprciinenttiès vite la forme d'une boucle, ceux qui sont mobiles résistent plus longtemps. Les faits que je viens il'exposcr sont analogues à ceux que M. Gratiolct a observés chez les Hélices; le zoosperme toutefois change moins de forme chez le Grillon que dans ces Mollusques. J'espère que je pourrai au printemps prochain suivre le déve- loppement des zoospermes du Grillon ciiampètre, et qu'il me sera possible de décrire les spermatophores de quelques autres espèces. EXPLICATION DES FIGURES. PLAXCHE 8 B. Fig. 1 . Spermatophore du Grillon des bois vu de profil : o, vésicule qui ne pré- sente pas de papille postérieure ; c, lamelle avec deux parties plus dévelop- pées qui représentent les deux crochets e el f: d, filet corné. Fig. 2. Armure génitale du même vue par derrière ; a a, les deux épimérites; ce, les deux épisternites ; dd, les terzo-rabdites ; ee, slerno-rabdites ; h, partie dure du sternite. Fig. 3. Armure génitale vue de profil , pour montrer la disposition de la lame qui sécrète le spermatophore. l'épimérite du côté gauche ainsi que le tergo-rab- dite , Icpisternite et le sterno-rabdite du même coté : a, épimérite droit ; c, épislernite ; d. tergo-rabdite ; e, sterno-rabdite du même côté; h, partie dure du sternite qui se dilate pour former la laiiu' l,m: g g, canal éjaculateur ; t, glande dont le conduit s'ouvre dans ce canal. OBSERVATIONS lilSTOLOGIQUES Sun LE GIL^ND SY.MPATHIQLl!; DE L.\ S.VNGSUE MÉDICINALE, Pur n. ErnrHt FAtVR':. Les beaux Iravaiix de Swtiiiimi'rdaiu, l.yoïiiii'l, .Millier, Trovi- raniis, Slraiiss, .\udoiiin cl .Milne Edwards, Niiidiiiaiii:, Newport, Kroliii, etc., avaientdéjà attiré rattcntioudi;s iialiualislcs sur le.-îVS- lèmc nerveux slumalo-i^astriqui' lics liivci'léb'.'''s, Ivj'sqtic lirandl. 250 EBNIKST FAIVRE. — OBSERVATIONS reprenant habilement les recherches de ses prédécesseurs, vint coordonner et étendre leurs observations. Dans ses intéressants mémoires, il lit connaître avec détail , et sur un certain nombre d'espèces, l'organisation du stomato-gaslrique chez les Insectes, les Crustacés, les Myriapodes et les Annélides. A ce dernier groupe appartient la Sangsue médicinale, chez laquelle on n'avait jamais signalé l'existence d'un système nerveux spécial analogue au système gastrique. Les recherches de Brandt lui démontrèrent quelques traces de ce système : il mit en évidence trois ganglions cérébroïdes qui iiartent du cerveau delà Sangsue, et il crut devoir rattacher le métiian au système pair et les deux latéraux au système impair. Il découvrit, en outre , un nerf médian situé au milieu de la partie ventrale de l'estomac, et qu'il (>rnl l'analogue du récurrent des insectes; mais il ne vit phis3roi veniralc de l'estomae , membrane très mince, recouvrant comme un voile toute l'étendue du cordon nerveux : c'est dans celle membrane qu'il f'aul chercher les nerfs dont nous parlons. .Après avoir complélement vidé les poches laté- rales du sang qu'elles contiennent, on j)rcsse foricmeni avec la pulpe du doigt , ou mieux on racle avec le manche d'un scalpel la face interne de la membrane gastrique; on enlève ainsi une sorte de couche |iulpeiise, qui parait, au microscope , coiislituée ]iar des globules graisseux très petits et très abondants, et(pii est toujours un obslacle à l'observation nette et facile du réseau des nerfs. Olle petite opération effectuée, on détache avec une pince un fragment de la membrane de l'estomac dans le point à exami- ner, cl on la soumet à un grossissement de oOO à 500 dia- mètres ; on distingue alors les détails suivants. Une membrane anhiste fait le fond de la préparation , et sur cette membrane se dessinent des plexus vasculaires très curieux ii étudier. Ces plexus se composent de gros troncs vasculaires inégaux en volume, placés souvent |)arallclement les uns aux autres, phitàl noueux que régu- lièrement cyliiiflriques; leur volume est considérable, surtout aux points de leurs renllemeifts ; ils donnent des bianchcs d'un très petit diamètre, (pii vont s'anastomoser avec d'autres canaux pour former un plexus d'une netteté extrême , et dont on peut , à l'aide de la glycérine, obtenir des [iréparations très élégantes, surtout lorsque les canaux vasculaires sont remplis de ii(|uide sanguin. Outre ces canaux qui mériteraient une étude spéciale, on ren- contre encoiv, en examinant la paroi de l'estomac, un grand nombre de (ibi'es très fines do lissu conjonctif et quelques libres muscu- laires accessoires. Les réseaux de (iibcs et de cellules nerveuses se répandent à la surface des lacis vasculaires, avec lesquels ils paraissent avoir des 252 ERRIEST FAIVRE. — OBSERVATIONS rapports d'une certaine constance , rapports qui ne nous sont pas encore connus. En dernière analyse, comme il est facile de s'en convaincre par des examens portant sur toute l'étendue de la paroi stomacale , cette paroi est essentiellement formée par un nombre énorme de canaux qui jouent, sans doute, le rôle de vaisseaux absorbants. Au milieu des éléments que nous venons de décrire , on peut reconnaître, avons-nous dit, des fragments de réseaux gastriques; ces réseaux se composent de cellules donnant naissance à des tubes isolés, longs et tortueux, se rendant dans d'autres tubes et dans d'autres cellules. Nous n'avons pas rencontré ces réseaux indifféremment sur tout l'eslomac; la membrane inférieure semble en être spéciale- ment tapissée , quoiqu'elle le soit inét^alemcuî dans ses diverses parties. En effet, les nerfs sont plus abondants dans la zone médiane fpie dans les zones latérales ; ils nous ont semblé moins nombreux à la surface des loges latérales ; ils existent très nettement depuis l'orifice œsophagien jusqu'à l'insertion de l'intestin, c'est-à-dire sur celle énorme paroi de l'eslomac (|ui représente plus des quatre cinquièmes de la longueui' de l'animal. Nous n'en avons jamais rencontré ni sur l'intestin très court qui fait suite à l'estomac, ni sur les deux poches latérales qui, de chaque côté, prolongent l'eslomac. Ces deux appendices ont cependant la même siructurc que l'estomac lui-même. L'œsophage très court de la Sangsue renferme-t-il des nerfs de la vie organique ? Cette question est d'autant plus intéressante que, comme on le sail, chez la plupart des invertébrés, il y a des plexus pharyngiens et œsophagiens supérieurs. Les plus minutieuses recherches ne nous ont fait découvrir ni en avant, ni en arrière de l'oesophage, aucun plexus qui put rappe- ler celui du Lombric, par exemple -, il y a plus, au sein des fibres musculaires qui forment le tissu resislani et contractile de l'œso- phage, nous n'avons jamais pu, malgré nos efforts, distinguer les cellules nerveuses si visibles sur la tunique de l'estomac. Nous avons fait connailre la situation des réseaux nerveux; il s'agit maintenant d'en préciser les caractères histologiques. L SUR LE GRAND SYMPATHIOUE DE LA SANGSUE MÉDICINALE. 253 Éléments. — Les éléments qui entrent dans les réseaux ou dans les cordons sont au nombre de deux, les cellules et les tubes. Cellules. — Elles ont une forme généralement sphérique ou ovoïdale ; nous en avons représenté cependant qui sont comme fusiformes, d'autres sont plus ou moins irrégulières. Les volumes sont extrêmement variables : nous en avons mesuré de très grosses qui ont en longueur 0'°"',06, et en largeur 0""', 05; d'autres, plus petites, n'ont que 0""°,03 ou même O^'^OS. Leur aspect , leur consistance, leur coloration générale, rap- pellent immédiatement les caractères analogues des cellules ner- veuses de la vie animale. Les cellules se composent d'une membrane extérieure et d'un contenu. La membrane extérieure est très mince , sans structure apparente ; elle a néanmoins une résistance notable. L'acide acétique et l'acide nitrique étendus la font pâlir sans la rompre; l'acide ebromique en augmente la consistance d'une manière remarquable; la potasse caustique la fait disparaître; la glycé- rine , sans la détruire , la rend d'une transparence extrême , et la rétracte sensiblement. Dans le contenu de la cellule, on distingue facilement un noyau et une matière d'apparence graisseuse. Le noyau existe presque toujours ; son volume varie un peu avec celui de la cellule : il est en moyenne de 0""",007 à 0°"',008 ; généralement il est arrondi avec une ligne de contours d'apparence graisseuse. On y trouve quelquefois un nucléole ; nous croyons avoir vu deux noyaux dans certaines cellules. La matièrcî d'iippareiice graisseuse est celle même qui forme ce mystérieux contenu des cellules et des tubes nerveux. Ici elle [larail offrir deux formes : tantôt la forme grenue très (ine, qui est loin d'être la plus l'réiiuente ; tantôt l'aspect de guttules graisseuses irrégulières , variables en volume , mal dessinées et sans onire aii|iarent. Nous ne saurions préciser ni la cause, ni les circonstances qui expli(|uent cet état; quoi qu'il en soit, il nous a toujours [)aru jilus marqué ilans les cellules de la vie organique que dans celles de la vie animale. Les acides acétique, ebromique, nitrique , étendus , donnent au contenu une couleur foncée ; la 261 EBKEST FAIVRE. — OnSERVATIONS polasse expulse ce contenu cl le dissout ; la glycérine le fait pâlir à la longue, etc. Le suc i;as!ii(|ne, laissé pendant trois lieuros en contact avec les cellules , ne sépare |)as l'enveloppe du contenu, comme cela a si manifestement lieu dans les cellules de la vie animale : c'est un bon caractère diflerentiel. Nous devons noter ici que parfois la sépara- tion dont il s'agit se trouve faite naturellement. Tubes. — Us offrent deux aspects : tantôt régulièrement cylin- driques, tantôt noueux, légèrement moniliformes, rappelant celte apparence si caractéristique des tuljcs nerveux cérébraux des Mammifères. Ce dernier aspect, qui n'est pas le plus commun , paraît devoir être un résultat de la préparation ; la longueur de ces tubes est quelquefois si considérable, qu'ils mesurent deux on trois fois le cliamp du microscope. Leur coloration , leur consistance , sont les mêmes que celles des cellules. Leur volume est très variable ; c'est un point sur lequel nous nous plaisons parliculièrement à insister. Les plus larges que nous ayons mesurés onl 0""",U10, ils soni déjà rares; on leslrouve dans les parties que nous désignons plus loin sous le nom de cordons. Les tubes de deuxième ordre ontO'"°',007 à0°'°',008-, ils forment les grandes mailles des réseaux. Kniin ceux de troisième ordre ont de 0""",002 à 0"'",0()3; ils servent de commiuiications secondaires entre les mailles. Nous devons faire observer aussi qu'un même tube peut changer de diamètre dans son trajet : ce tube se com- pose d'une paroi et d'un contenu. La paroi n'est pas, que nous sachions, différente de celle des cellules ; elle a aussi une résistance propre et une grande souplesse : car, dans nos préparations, il nous est arrivé de voir les tubes former arliliciellement des ondulations et mémo des no3uds. Rien âe spécial à dire sur le contenu, qui ressemble en tous points à celui des cellules. Tissus. — Leséléments dont nous venonsde donner ladescription s'arrangent entre eux pour tormer soit des plexus, soit des cordons. Les plexus se composent de tubes et de cellules qui , après un trajet irrégulier, vont se terminer les uns dans les autres. I StR LE GRAND SYMPATHIQUE DE LA SANGSUE MÉDICINALE. 255 II est manifeste que les tubes se continuent directement avec les cellules ; c'est la même enveloppe cl le même contenu , il ne sau- rait y avoir aucun doute sur co point. Sous le rapport du nombre des tubes qui partent des cellules, il règne une grande variété. Tantôt les cellules sont unipolaires , c'est-à-dire ipiVlles n'émettent qu'un tube; ce cas se rencontre surtout au voisinage et sur les parties latérales du grand cordon. Tantôt elles sont multipolaires et plus communes que les précé- dentes, mais la plupart du temps elles sont bipolaires; il n'est pas rare cependant d'en rencontrer dans les plexus, qui émettent trois, quatre et même cinq tubes. Dans une de nos observations , nous avons rencontré une cellule quadripolaire tort intéressante à étudier. Deux des tubes qu'elles émellent avaient environ 0'""', 006 de large; deux autres, rapprochés et placés sur un même côté, n'avaient chacun que 0""°,002 de diamètre. Cette observation démontre clai- rement qu'on ne saurait accorder une importance bien justifiée aux caractères tirés du volume des tubes, du moins en ce qui con- cerne les animaux invertébrés; il n'existe dans leur système ner- veux ni tubes minces, ni tubes larges, .soit de la vie organique, soit delà vie animale. Lorsque la cellule est unipolaire, elle s'amincit graduellement pour donner naissance à son tube; lorsqu'elle est bipolaire, le second tube naît toujours à l'extrémité opposée du premier. Un point important à noter est relatif à la déformation successive que subit la cellule bipolaire; il semble (|u'étirée en sens inverse par deux tubes, elle s'allonge de plus en plus, perde de sa largeur, et finisse par devenir elle-même un tube. Nous avons bien observé ces divers états ; ne devons-nous pas en conclure d'une manière encore plus rigoureuse à l'identité de l'élément nerveux, puisque la cellule peut devenir tube , et que cette transformation semble s'opérer sous nos yeux ? A diverses reprises, nous avtuis cherclié à nous assurer de l'cxisteiKM; iiiil(''|)en(iante des cellules a[)olaircs ; la raison semblait nous indiquer d'avance l'existence de ces cellules, jusqu'ici l'cxpéricu(;e n a pas coni inné nus prévisi(jns. Les tubes émanés des cellules se comportent de deux façons : 256 ERNEST FAIVRE. OBSERVATIONS tantôt ils aboutissent directement à d'autres cellules, tantôt ils s'anastomosent avec d'autres tubes. Nous n'avons rien à dire du rapport des tubes avec les cellules ; nous insisterons au contraire sur les anastomoses. Nous affirmons en premier lieu qu'elles existent, et qu'elles sont même très communes dans le système nerveux dont nous parlons. Nous savons bien ipie plusieurs auteurs ont déjà parlé de faits sem- blables dans les animaux supérieurs , mais les anastomoses y sont exceptionnelles. On en trouve dans les tubes des cellules soit du cervelet, soit des circonvolutions chez l'Iiomme. R. Wagner en a signalé dans les nerfs de certains muscles, chez les Ampbibiens et chez l'Homme; mais, nous le répétons, ce sont des faits par- ticuliers. Les anastomoses que nous avons vues et représentées ont lieu surtout de deux manières. Tantôt deux tubes se réunissent à angle aigu pour en former un troisième. Dans un de ces cas, les deux tubes, avant leur réunion, avaient chacun 0'""',00G, et le tube commun n'avait que 0'""',009; il avait donc 0""",003 de moins que la somme des diamètres des deux autres tubes : d'où l'on peut con- clure que les deux premiers éléments n'étaient pas certainement des branches du troisième. Un deuxième mode d'anastomose consiste en ce qu'un petit tube, détaché un peu obliquement d'un long tube, va aboutir transver- salement à un troisième de ces éléments : c'est une sorte de sécante entre deux parallèles. Ce dernier mode est précisément l'analogue de l'anastomose par communication transversale des artères, par exemple de la communicante antérieure , tandis que le premier mode rappelle exactement l'anastomose artérielle par convergence ; nous n'avons pas vu un seul cas qui se rapporte à l'anastomose par inoculation ou par arcade. Des faits qui précèdent doivent découler certainement de hautes conséquences physiologiques , nous essaierons de les apprécier ailleurs. Nous nous sommes borné jusqu'ici à parler des plexus , et nous n'avons fait que mentionner les cordons : nous appelons ainsi un ou plusieurs troncs très allongés, composés d'un nombre variable SUR LE GRAND SYMPATHIQIE DE LA SANGSUE MÉDICINALE. 257 de tubes nerveux, qui paraissent parcourir une certaine étendue ; le cordon, le plus volumineux el le |)lus facile à étudier, paraît s'étendre sur (ouïe la zone médiane de l'estomac, au point même où Brandt signale la présence de son récurrent. Si Brandt avait l'ait usage du microscope dans ses reclierches , nous ne douterions pas que ce ne fùl là le nerf qu'il signale ; mais tel que nous l'avons vu, il est trop petit pour avoir \m èlre reconnu directement par cet obser- vateur. 11 n'a, en effet, dans son plus grand diamètre que 0""",050 ; nous lui conserverons cependant le nom de nerf sympathique de Brandi. Ce tronc est composé de cinri à sept tubes fort volumineux, libres, sans névrilèmes , et frétiuemment anastomosés d'une manière variable , que nous n'avons pas bien pu reconnaître jusqu'à pré- sent. Les éléments lubulcux des réseaux contribuent directement à la formation de ces tubes, ainsi que les cellules latérales dont nous avons déjà parié. D'où vient ce tronc de Brandi? comment se forme-t-il ? quelle est la direction des lilels qui en émanent? Nous ne le saurions dire encore. Lors(pril faut examiner, parcelle par parcelle, la tiuiitiue de reslomac sous le clianip du miiroscuiic, il est bleu difficile de reconnaître les dispositions d'ensemble (pie présentent les lissus. Deux questions d'un liant intérêt resteraient à lésoudre pour bien connaître le système gastrique tpic nous décrivons : 1° Quel est le mode de terminaison des tubes nerveux par rapport aux divers lissus? 2° Quelle est la connexion inliniequi peut exister entre les nerfs gastriques et les nerfs de la vie animale , soit ganglions , soit con- neclifs ? La question delà terminaison des nerfs est loin, comme on sait, d'èlre résolue; néanmoins, elle n i':iit un pas dans (>es dernières années, depuis (pie plusieurs observateurs ont eoustal('' très nelle- nient ipie la l(;iniinaisoii en anse l'tait moins cdinniiuie (pidn ne l'avait pensé jusqu'alors, et qu'au eoiilraiic bi terminaison des nerfs |iar des exlrémilés libres av;iil lieu avec une certaine fré- ijuence. t' s/'rie Zw.i.. T. IV. (Cithier n" ;;.) ' . H 258 EBNEST FAIVBE. — OBSERVATIONS Nous avons à ce sujet une observation décisive , mais une seule malheureusement : nous avons vu dans un cas un tube nerveux aboutir sur un vaisseau, et s'y accoler; cette terminaison est tout à fait en rapport avec celle que M. Doyère indique chez les Tardi- grades (1). L'étude des rapports du système nerveux de la vie organique avec le système de la vie animale n'est pas beaucoup plus laeile que l'étude de la terminaison des lilets nerveux ; aussi nos efforts sur ce point sont-ils restés longtemps infructueux. Cependant, en traitant un jour des ganglions et des connectifs, pourvus de leur enveloppe, par une goutte de glycérine bien pure, nous avons distingué, à une certaine distance des centres ganglionnaires, auprès des tubes de deuxième ou troisième dimension , quelques cellules unipolaires, dont les tubes, après un court trajet, allaient se rendre dans un lilet nerveux , en suivant une direction opposée au cours des libres de ce dernier. Nous ne saurions mairitenant ajouter d'autres détails sur la connexion des systèmes nerveux; c'est un point très important qui exigera de nouvelles études. ■'o Considérations générales. Nous avons exposé les faits , cherchons maintenant à en appré- cier la valeur, soit par rapport à la Sangsue seulement, soit au point de vue de l'histologie générale du système nerveux. Rclalivement à la Sangsue , il est parfaitement démontré qu'elle a deux formes de système nerveux : l'un composé d'ime chaîne régulière de ganglions et de conneelifs distribuant ses lilets aux organes de la vie de relation ; l'autre composé de réseaux et de cor- dons spécialement distribués dans les parois de l'estomac. Les éléments dans les deux formes ont la plus intime analogie; les cellules et les tubes ont, en elfel, la même structure, et offrent des réactions exactement semblables; en un mot, l'unité nerveuse (c'est-à-dire la cellule et le tube qui en émane) est la même dans tous ces cas. (I) Consulter son Mémoire el les planches annexées, Ann. des se. nal., 1840. SUR LE GRAND SYJIPATHIÛLE 1)E LA SANGSUE MÉDICINALE. 259 Les dilïéreiices essentielles porleiit sur ran'augeinent imiluel des éléments ou des unités nerveuses. Dans les fianglions , les cellules sont groupées en une même niasse; les tubes (|ni s'écliappeiil des eellides sont toujours accolés en lai.sceanx, et se dirigent en ili'oile ligne ; ces ensembles sont toujours réunis par un névrilènie. Dans le syslrnie gaslriipie , les cellules sont isolées, l'ormant cliacunc un petit centre, (j^s tubes sont solitaires, llexueux, Ibr- inanl des mailles ; s'ils se réunissent en cordons, ceux-ci .sont tou- jours dépourvus d'envelo|ipc générale. Les cellules de la vie animale sont généralemeni inii[iolaires ; les lubes nerveux ne s'anastomosent ou ne se bil'unpienl ([u'exception- nellement. Les cellules de la vie organi((ue sont plus souvent multipolaires; les anastomoses des tubes sont frcqueiites. Ce simple exposé des analogies et des différences nous con- duit à admellrc, comme ternie légitime de nos observations, que, dans la Sangsue, le système nerveux est renscmble d'un nombre considérable d'unités nerveuses. Les iicil's de la vie animale ont cette l'orme , dans laquelle les unii(''s sont inlimi'iiicnl liées et régulièrement disposées par groupes pour l'oi'mcr soit les ganglions , soit les eonneetil's et les nei'fs. Le systèmi" de la vie organiipie csl celte l'orme moins élevée, dans laijuelle les unités sont éparses, irrégulièrement disposées, soit sous celle forme de réseaux, dans lc.S(picls il n'entre que des cellules et des tubes i.solés, soit sous forme de cordons, qu no résultent iiue de l'apposition ni('caniipic de plusieurs tubes. Si l'on admet (pie la ci^llnlc nerveuse soit un vi'rilable centre indé'pi'iidanl (et cela parai! très plausible, puisque les ganglions, qui sont iniiintcslablcincnl de grands centres nerveux , ne sont c'ompo.m's qiu' des ecllnles distinctes;, on doit en eoncliue ipic le grand sympatbiipie a se.> centres |iropres, et (pie par eousé(pieiit il est nécessairement indépendant du système de la vii! animale. Il e.sl bien entendu ipie de cette assertion tout anatomi(pie, on ne saurait nécessairement tirer des induclions pbysiologiques bien 260 ERNEST FAIVRE. OBSERVA IIONS fondées; on ne peut faire sur les fonctions que des conjeelures plus ou moins plausibles. Il nous reste à indiquer riniporlanee que peuvent avoir nos recherches, eu égard à l'iiislologie générale : 1" En premier lieu , elles tendent à rendre indubitable la conti- nuation des cellules avec les tubes, point encore contesté par quel- ques observateurs. 2° Elles montrent les dangers qui s'attachent à la considération trop absolue du volunie des tubes , et ne sont pas favorables aux idées de Remak, Robin, Kœlliker, etc., sur les tubes minces et les tubes larges. 3° Elles ne conduisent pas à des différences essentielles relati- vement à la structure, quant à ce qui concerne les tubes de la vie animale et ceux de la vie organique. 4° Elles conduisent à admettre l'indépendance des centres ner- veux de la vie organique , sans (jue cependant on puisse nier pour cela les connexions intimes de ces nerfs avec ceux de la vie per- sonnelle. Nous remarquerons à ce sujet que l'école histologique alle- mande paraît portée depuis (pielques années à admettre (|ue le grand sympathique a ses racines dans le système cérébro-spinal, dont il est en grande partie une dépendance. Cette manière de voir ne serait pas, nous le répétons, d'accord avec nos observations. 5° Les anastomoses entre les tubes nerveux sont bien plus fré- quentes chez la Sangsue que chez tous les autres animaux examinés à ce point de vue. Si l'histologie du stomato-gastrique des Invertébrés était mieux connue, il serait intéressant de mettre en parallèle nos ob.'^ervations avec celles qui auraient été faites; mais la science étant trop peu avancée sous ce rapport, nous devons nous borner à attirer spé- cialement l'attention sur ces points encore si obscurs. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 8 A. Fig. I. Fragment pris sur les parnis latérales de la membrane intérieure de SUR LE GKANU SVMl'ATHlgt E DE LA SA:«GSIIE MÉDICINALE. 261 l'estomac : a, cellule tripolaire; b, cellule allongée, qui va passer à l'étal do lube ; c, c, anastomoses transversales. Fig. 2 Fragment pris au même point que le précédent. Fig. 3. Une cellule nerveuse déformée, probablement pour devenir un tube. Fig. 4. Portion de cordon nerveux pris dans le milieu de la membrane gastrique : a, a, ce cordon composé de tubes sans névrilénie (nous ferons remarquer que ces tubes sont, en réalité, beaucoup plus larges qu'ils n'ont été représentés dans cette figure) ; (/, 6, cellules dont les prolongements tubuleux concourent latéralement à la formation du cordon. Fig. 5. Une cellule nerveuse d'un très grand diamètre. Fig 6. Deux cellules dans lesquelles le contenu est très séparé de la paroi, et dont les enveloppes , après avoir laissé écouler la matière grasse extérieure , sont revenues sur elles-mêmes. Fig. 7. Exemple de deux anastomoses : u, anastomose transversale; 6, anasto- mose par convergence. QUELQUES MOTS snn LES CERCERIS DE .M. lABRE (1), Par n. I.<-..ii ItHFOl'R. C'est avec le plus vif intérêt que j'ai lu et relu la piquanic narralion de M. Fabre sur les intelligentes manœuvres du plus grand Cerceris d'Europe, qui approvisionne sa progéniture avec un Curculionite, le C/«owi.ç ophlhal- micus. Déjà Lepelletier de Saint-Fargeau, dans sa description du Cerceris rufirentris, qui habile l'Algérie, avait vu qu'il nourrissait ses petits avec des Curculionites. Il y a plus de vingt ans que j'ai publié l'histoire , coni- plaisamment citée par M. Fahre, du Cerceris liuprrslicida, qui, lui, ali- mente sa famille avec un repas somptueux de neuf ou dix espèces de Buprestides. "Voilà des faits qui rehaussent singulièrement la véritable science ento- mologique, celle dont les Réauniur, les De Géer, les Bonnet, nous ont légué d'inimitables modèles. J'admire les habiles , ingénieuses cl savantes expérimentations de .M. Fahre pour constater le procédé de l'IIyménoptère , qui pique sa vic- time cuirassée , en la rendant tout aussitôt non-seulement inmiobile et (1 , Obffrniliiins sur lei m'eiirs des C'i.'i:cris . par M. Fahre (Aiin. rfi'.s se. nat , i' -érie, t IV. p. 139). 262 L. DllFOl'K. — QUELQUES MOTS asphyxiée, mais encore incorruptihle. Je m'étais arrêté tout court devant la singularilé du fait de cette asphyxie. Mieux avisé que moi, M. Fabre a su reconnaître rpie son Cerceris piquait de son dard vénénifère le gan- glion prolhoracique du Cleonis, et il a lui-même produit, par une opéra» tien artificielle, ce même résultat. Cela est saisissant d'intérêt : c'est abso- lument connue la chlorofomiisation sur l'Iiounne. La science est donc redevable à M. Fabre de la solution physiologique de ce phénomène. L'auteur que je viens de nommer m'a obligeamment transmis un indi- vidu femelle du grand Cerceris, auquel il a eu la généreuse attention de vouloir attacher mon nom, présumant que c'était une espèce nouvelle. Cet insecte est très positivement le Spliex tuberculata de Villers, trouvé par celui-ci, il y a au moins soixante ans, précisément dans la contrée qu'habite M. Fa"bre. Rossi le nomma Crahro vrspoiiles; M. de Spinola, Cerceris major; et aujourd'hui, c'est le Cerceris tuberculala. La cou- leur jaune passe parfois au ferrugineux. Je dois aussi à M. Fabre deux petits individus de l'espèce ([ui nourri- rait, suivant lui, ses larves avec le Spltenoplera r/eminala, qui est un Buprestide. Ils appartiennent certainement aux nombreuses variations de taille et de couleur du Cerceris ontnta Fabr., on inrialiilis Dahlb., dont le minuta Lepel. n'est aussi qu'une modilication. Mais il me naît, au sujet de ces individus , des doutes sur le légitime ravisseur du Sphenoplera , et je soupfonne qu'il y aura eu dans cette communication quelque méprise ou (piiproquo : ceci demande explication. M. Fabre lui-même, en parlant du Cerceris ornnta, s'étonne, avec raison, que son espèce put être identique avec celle-ci, vu que Vurnain nourrit ses larves non avec des Bupi'cstides, mais bien avec des Hymé- noptères des genres Haliclus et Antlrena. Or voici un fait qui peut éclai- rer la question : Mon ami le professeur Graells m'a envoyé de Mailrid, enfilés par la même épingle, un Cerceris hupreslicida »\ec un Sphe.noptera geminala saisis ensemble. C'est à Madrid qu'en iSi)H je découvris pour la première fois mon Cerceris hupresliciila, que primitivement j'avais appelé Argen- tifrnns, et que Lepeletier a décrit sous ce nom en exagérant sa longueur. Remarquez encore que M. Fabre. dans le signalement do son espèce, mel en première ligne : face cmtr'erle d'une fine piihescenee argentée, trait qui précisémeni m'avait jadis inspiré l'appellation d'argenlifrons. Vous ne trouvez pas ce caractère dans ï'ornata. Le Sphe.noptera geininata ne vient pas aux environs de Saint-Séver , et voilà pourquoi il ne figurait pas dans les nombreux Buprestides servis à SUR LES r.ERCERIS DE M. FAfthE. 263 la table des larves du Cerceris buprrslicida. Et si M. Fabre n'a trouvé dans le nid de son Cerceris que quelques fragments du susdit 5f>Afnoj7/era, c'est que ou bien il n'a pas eu ocrasion de visiter en temps opportun un assez grand nombre de terriers , ou bien qu'il n'existe pas aux environs d'Avignon beaucoup d'espèces de Buprestides. Je ne serais pas du tout sur- pris que, plus lard, M. Fabre ne vînt à reconnaître que le véritable ravis- seur du Sphenoplrra est un Cerceris bupreslicida , dont il confirmerait ainsi l'instinct entomologique. ADDITIONS A JLA NOTE SLR L'ABSENCE DANS LE NÉMOPTÈRE b'um svstéme merveux appréciable (1) , Far m. Lron DLFOUR. Et d'abord le mot appréciable répété, à dessein, dans le cours de mon article à ce sujet, témoigne assez de ma réserve. C'est précisément parce que ce fait négatif constiluail une étonnante exception ou, si l'on veut, une anomalie, que j'ai multiplié les autopsies, que je me suis livré à des éludes plus scrupuleuses avant de me décidera les mettre en lumière. L'anatomie des insectes , animaux qui ont le remarquable privilège d'avoir un système vasculaire aérilère, et de n'avoir point de vaisseaux sanguins; celle analomie , malgré tous mes labeurs, est encore au ber- ceau. La génération qui nous suit a bien à faire et à défaire avant de for- muler une législation dans ces admirables organismes. J'ai partagé et je partage l'étonnemenl de l'illustre rédacteur de la zoologie de ce recueil relativemenl à l'absence d'un système nerveux dans un insecte, qui exécute tous les actes physiologiques de ses congénères où ce système est complet et facile h mettre en évidence. Mais, je me plais â le répéter, quoique mes sens et mes moyens oplii|ues aient été impuissants à découvrir et ganglions et nerfs dans le .Némoptère, j'ai admis, avec conviction intime, une inner- vation par des centres et des conducteurs impalpables pour moi. J'appelle donc avec mon savant ami, de louli; la sincérité de mes vreux, un scalpel plus li.cbile, de» yeux mieux exercés, ou plus lieuiinix, pour résoudre le (i) Voyez ci -dessus page 153. 264 MARCEL nu SERRES. NOTE problème. L'étude des mœurs, des habitudes et du genre de vie du Némoptère , étude fort difficile , parce que l'insecte est crépusculaire ou nocturne, contribueront puissamment à confirmer o\i à modifier la vérité anatomique actuellement en litige. Et pourquoi donc s'effaroucher de faits insolites, lorsqu'ils pullulent de toutes parts dans l'étude approfondie des organismes inférieurs ! Voyez plutôt les miraculeuses mutations de formes ou métamorphoses des Helminthes déroulées récemment par l'habile patience de von Siebold et de Van Beneden ! C'est à ne pas y croire, et j'y crois fermement. NOTE SDH UN VOMER GARNI DE CINQ RANGÉES DE DENTS DES TERRAINS DE LA CRAIE CHLORITÉE OU A BIPPURITES , Par M. MARCEL DE SERRES, Profcssciii' à la Factiltn des sciences de Montpellier. Nous avons rcnconlrc dans les teri-ains de la craie à hippurites des environs de Coniza , près les bains de Rennes (Aude) , un vonier d'un Poisson ganoïde presf|ue entier, garni de cinq rangées de dénis. Ces dents sont toutes de forme elliptique, ce qui les éloigne d'une manière notalile de celles des Plujllodus, cl surtout desGyrodus, cliez lesquels leurs l'onncs sont généraleinent arron- dies. Elles dilTèreiit, en outre, des dents de ces deux genres de Poisson, en ce qu'elles sont plus régulièrement espacées. Les dents de la rangée moyenne oITrent une figure plus elliptique que les palatines dessinées dans la planrlic 72, figure 23, du tome I" des Recherches sur les Poissons fossiles d'Agassiz , et rapportées par lui à l'espèce, à la(|uelle il a donné le nom de Pycnodus rugu- losus. Nous ne pensons pas cependant que cette différence .soit assez grande pour considérer notre vomer comme appartenant à une autre espèce qu'à celle désignée sous le nom de rugulosum. Toutefois les dents latérales sont plutôt arrondies qu'elliptiques dans le fragment figuré par le célèbre [laléonlologiste de Neuf-! cliàtcl. SLR l'X VOMER GARNI DE CINQ RANGÉES DE DENTS. 265 Les dénis lalérales du fragment de Coniza , irrégiilièromenl elliptiques , sont loin d'être arrondies comme celles du vomer d'Angleterre, eonimuniqué à l'auteur des Recherches sur les Poissons fossiles par .>!. Buckland. Une autre dilTérenee semble éloigner les deux iragmenis; elle porte du moins sur un point assez essentiel à la masiieation. L'espace qui sépare les dents est plus grand dans le vomer de Coniza que dau.s celui du Nor- thamptonsliire. Toutefois cette plus grande distance entre les dents des deux fragments peut tenir à l'âge des Poissons dont ils nous démontrent l'ancienne existence, en même tcnips qu'à la diversité de dimen- sions des deux individus. L'avantage est ici en faveur de celui des terrains à liippuriles du midi de la France, dont les dents sont plus éloignées les unes des autres, par suite peut-être de l'âge de l'indi- vidu auquel notre vomer a appartenu. Quant au Pycnodus Bernardi de M. TliioUière, il a bien quel- ques analogies avec le Pycnodus rugulosus ; il en diffère cepen- dant en ce que les dents , quoiqu'au nombre de cinq rangées , offrent cette particularité que les latérales ont une plus grande dimension que les moyennes, ce qui est tout le contraire dans le fragment de l'.Xude. Les dents du Pycnodus Bernardi sont également moins ellip- tiques, et plusieurs d'entre elles sont arrondies, forme que ne pré- sente pas rérbaiilillon de (Coniza (1 . Les dessins des maxillaires des diverses espèces de Pycnodus, que .M. Paul Gervais nous a donnés dans la planche 09, figures de 21 à 25, de sa Géologie et Paléontologie française, et sur lesquels il a donné (juelques détails page 3, ne rajjpellent pas davantage les particularités de forme et des dispositions des dents du Pycnodus rugulosus. La figure que nous en doiuions fera mieux saisir ces dilTéreiices que ne pour- rait le fain; une descriplion même minulieuse. Nous avons fait observer qiir l'un ne [)ouvail guère rapjiorlcr le fragment de Coniza aux Pliyllodiis et aux (jyradus , et nous ajou- terons que l'on |ieul en(U)re moins le rapprnelier aux Placodus, ipii (1) .inrmles dij tu Société d'agricutture i:t illiistnirt- natiirvUc de Lijon , t. IV, planche X, année 1852. 266 MARCEL «E SERRES. — NOTE SUR UN VOMER , ETC. ' n'ont que trois ou (juatre rangées de rlenls jialatines. La forme des dénis de ee dernier genre est tellement différente de celles de notre espèce, qu'il serait difficile de les assimiler même au Plaeo- dm gigas , avec lesquelles elles ont le plus d'analogie qu'avec celles des autres espèces du même genre, et particulièrement avec le Placodus Mtinsteri. Le vomer fossile des terrains crétacés du midi de la France se rapproche donc plutôt du Pycnodus rugulosus que de toute autre espèce, quoiqu'il en diffère par certains caractères qui ne sont peut-être pas spécifiques. M. Leymerie a fait figurer , dans son Mémoire sur le terrain crétacé de l'Jube f 1), un vomer armé de cinq rangées de dents, analogue à celui de Coniza , à la taille près. 11 l'a rapporté à un Poisson du geme Pycnodus, qui parait appartenir à la même espèce que le nôtre. Nous ajouterons que le Pycnodus de M. Leymerie se rapproche plus de celui figuré par M. Agassiz que le vomer de Coniza. Il est, du reste, remarquahle que le même Poisson fossile se rencontre sur le continent et dans les ilos Britanniques, et cela dans des terrains très différents. En effet, le Pycnodus rugulosus, dont la dentition est si particulière , comme , du reste, celle de tous les genres que nous lui avons comparés, aurait vécu en Angleterre, lors du dépôt deroolilhc, e( en même tem]is dans les terrains crétacés du nord e( du midi de la France. Celle circonstance, qui se représente |)onr tant d'autres habita- tions des espèces de l'ancien inonde, prouve que la diffusion était, dans les temps géologiques, la loi la plus générale de la distribution des êtres vivants, EXPLICATION DES FIGURES. PL.\NCHE 8 C Fig. 9, Vomer du Pycnodus rugulosus ayant conservé ses cinq rangées de dents palatines, dessiné de grandeur naturelle. (() Mémoires de la Société géologique de France, t. IV, 1" partie, p. 33, pi. 1 S, fig. 6. Le vomer de l'Aube y est uniquement signalé par ces mots ; Pha- ryngien de Pycnodonte. , I MÉMOIRE SDH L'ORGAAE DE BOJANUS DES ACÉPHALES LAMELLIBRANCHES, Par le D' U. L4i ItZE-DUTHIEttS. I. Dans presque tous les Afé[iiiales hiuiellibninclies, on trouve de ciiaque cùlé du corps, verslnisorlion des Inuneliies, entre l'abdo- men, le muscle postérieur des valves, le co'ur et le foie, une glande plus ou moins brunâtre, sur les fonctions de laquelle on est loin de s'entendre. Bojanus (1 y s'en est occupé le premier avec suite; cela explique pourquoi on la ti'ouve souvent dcsij^née par ces mots corps , sac, organe de Bojanus. Il la rcyartiail comme l'organe de la respiration; Foli (2; pensait «lu'cllo séirélait la coquille ; Neuwy- Icr (3) la considérait comnie le testicule; Treviranus {h), Carus l'a), Garner (O), K. (iwcn (7), von SieholdfS^, admettent qu'elle est le rein; MM. IJesiiayes (9) l'appelle \ organe dépu- raleur; Van-der-Ha'ven (10) et von Siebold (llj aussi, lui (1) Bojanus, /sis, tSI9, p. 40, pi. I, flg. I; 1820, p. 40i. (2) Poli, Teslaera ulrhisque Siciliœ hisloria et aniilnme , 1791-1798, int. p. 18 , l. Il, p. 8(i, pi. 20 , etc., p. 1 4î, pi. 26, etc., p. 41, pi. 237. (3) Neuwyier, Die Generinion$-orgnne t'oii Unio und Anodonla, dans les Neue Deuskrijl. der Allijem. Schtv. des. filr iliv ijessnmmt. Nalur. , VI , 1 842 , p. 1 , p|. <-3. (4) Treviranus, dans Ticricmann, Zi-itsch. fiir Phrjshl., I, p .=)3. (5) Carus, ZooL, 1834, II, p fi.'SO. (6) Garner, Trann. tif the phil. Snc, p. 92. l. II, pour 1841 . (7) K. Ovvcn, Lect. on the cum\). Aimt., p. 284. (8) Von Siebold, Auat. camp., t. I, 2' partie, p. 280, not. 5. (9) Dosliayos, ExiiUiralion Hcienliliqtii: de C Mijerie, les diverses Monographies. (10) Van-der-H(i'ven, .Meckol's Archw., 1828, p, 502. (11) V. Siebold, loc.cit., p. 281, note 6. 268 H. I.ACAZI<>Dl]'l'HIERS. MÉMOIRE trouvent beaucou[) d'analogie avec les appendices veineux des Céphalopodes. Il est peu d'organes dont le rôle ait été , on le voit , plus diver- sement interprété. En face de tant d'opinions, il eût clé difficile de prendre une décision absolue, surtout (juand les faits n'avaient [las un caractère tel qu'ils |»ussent trancher ncticnicnl la (picstion ; aussi le travail que je publie aujourd'hui est-il plus anatomiqiie (pic physiolo- gique. Pour avoir une opinion définitivement arrêtée, de nou- velles recherches , où la chimie physiologique eût joué le plus grand rôle, étaient nécessaires. Des circonstances ne m'ont pas permis de les entreprendre ; j'ai du cependant faire connaître les particularités qui, pendant un examen fré(]uemment répété, se sont présentées A mon observation. La structure de cette glande était d'ailleurs peu connue , et il existait quelques erreurs anato- niiques à son égard, et une élude comparative sur un nombre suf- fisant d'espèces manquait absolument. Il y avait donc là quelque chose à faire; aussi le but de ma publication est-il principalement de combler une lacune. Si je présente à la fin quelques considé- rations sur la physiologie , elles doivent cire regardées seulement comme des éléments pouvant servir plus lard à une étude appro- fondie des fonctions. Je place la description de l'organe de Bojanus à côté et après celle des organes de la reproduction , parce qu'il m'a paru y avoir un ra[>|iort constant entre les deux. Toujours ceux-ci s'ouvrent ou dans l'intérieur de celui-là , ou à côté ; et ce rapport des orifices excréteurs conduit à un rapprochement analogue à celui que l'on fait dans les animaux supérieurs, entre les glandes rénales et celles de la re|)roduction. On trouvera donc en définitive dans ce travail une étude détaillée de la structure de l'organe , son analomie descriptive, des don- nées curieuses sur l'origine de quebpies concrétions en forme de perles , et une appréciation des [)rincipales o[)inions des auteurs. \ ( I SIR l.'onOANR DE BO.IAMS. ' "" 269 II. A N A T M I E . §1". Description de l'organe. Le sac de Bojanus est toujours facile à trouver; sa position est à peu près constante, mais sa forme, ses rap|)orls.et ses autres caractères, varient avec les espèces. La teinte suffit le plus souvent |iour le faire reconnaître. Quand on écarte les lu'ancliies après avoir placé l'animal sur le dos (_i), c'est-à-dire sur la partie (pii correspond à la charnière de la coquille, on voit de cliai|ue côte de la masse viscérale, habituelle- ment blanchâtre, ou grisâtre, ou plus ou moins rouge, un corps oblong , qui se l'ait distinguer par sa coloration presipie constam- ment brunâtre. Cette teinte cependant est dans quelques cas difl'é- rentc : ainsi dans la Lime squameuse , elle est d'un jaune clair ; dans l'Aiiomie de la Méditerranée, je l'ai vu souvent d'un violet assez riche en coloris. Uu reste, son intensité varie avec les indi- vidus, et probablement aussi avec les é|ioques de l'année. On verra plus loin l'explication de cette différence ; toujours est- il qu'à part quebpies exceptions, c'est entre le brun foncé, le brun olivâtre ou le jaune verdâtre, qu'elle varie. La forme dépend de celle du corps de l'animal ; elle change avec celle-ci. On ne peut, du reste, bien eu juger (|u'en enlevant soi- gneu.senient les branchies et tous les tissus blancs qui les unissent au péricarde , au cœur et au manteau. Alors on voit que le sac occupe tout l'espace compris entre la poche p(;ricardique en dessus, le muscle postérieur des valves en arrière, le foie en avant, la masse glandulaire génitale en avant encore, mais en bas et en dedans , les nuiscles rétracteurs [loslérieurs du pied en dessous; L'espace dans lequel est coiiune enchâssée la glande détermine (1) PI. .'i, t IV, i* série, fig. C {l"ci est 1res marqué dans la figure 2 de la planche 6 , t. IV. La masse abdominale est d'un côté, les branchies de l'autre. (i) T. ll,pl. 7, fig. 1. ^72 H. LACAZE-DUTUIERS. — MÉMOIRE muscle du pied , sorte de f)édicule de la masse abdominale ; cela s'observe dans le Cardium rusticum, la I.ucina lactœa, etc. Plus profondément, les deux glandes se rapprochent constam- ment du côté du dos. Dans l'Aiiodonlc, la Molette des peintres, la Lutraire solénoïde, laBucarde frangée, la Pliolade, etc., la dispo- sition est si nettement marquée, ipi'en observant l'animal du côté du péricarde, après avoir enlevé le cœur, on croirait à l'e.xistence d'une seule masse glandulaire fi). Il y a même accolement des parois internes sur la ligne médiane et formation d'une cloison verticale, qui le plus souvent est percée d'une ouverture (2), établissant une communication directe entre le sac de droite et le sac de gaucbc. Je reviendrai sur cette dispo- sition en décrivant la cavité de la glande. A l'intérieur, la glande est assez compliquée, et sa dispo- sition n'a été (]ue bien imparfaitement connue et décrite. Prenons l'exemple même étudié par Bojanus , l'Anodonte , VAnodon cygnœum, comme il l'appelle. Du reste, dans la Mulette des peintres, dans la Lutraire solénoïde, la Pliolade, les Bucardes, les Corbules, etc., les choses sont semblables. Si, après avoir enlevé les branchies, on incise l'organe suivant sa longueur , un peu de côté , on tombe dans une large poche où la teinte est eiicoi'c plus marqui'c (pi'au dciiors; on y voit appliqué sur la paroi interne une élévation qui fait saillie dansla cavité ; c'est cette masse saillante que Bojanus avait cousidc'rée comme la partie active de l'organe, couime lepouLuon. Luc coimaissance plus exacte et plus com[)lète de la disposition eût empêché d'avancer une telle opinion. En effet, en déchirant cette jiartic saillante, on trouve dans son intérieur une nouvelle cavité. Bojanus avait vu cette cavité, mais il la croyait close; ce qui n'est pas, car elle présente deux orifices 1res distincts. Sur un animal ouvert avec précaution, qu'on fasse une petite ouverture à la paroi de celte cavité interne, et puis qu'on pousse une matière colorante dans son intérieur, on verra cette matière s'échapper dans la première poche la plus extérieure , et (1) T. IV, pt. 6, fig. 3, Cardium. (2) T. IV, pi. 6, lig, 4, Lulraria. SUR l'obgake de bojam's. 273 cela en arrière. Si l'un elicrdie avec soin dans la partie où s'est échappe le liquide, on Ironve au milieu des replis glandulaires qui tapissent les parois , et le cul-de-sac voisin du muscle postérieur des valves, une très large et longue fente (|ui établit la communi- cation entre les deux cavités. On ne peut guère donner à cette large communication le nom d'oripce; car elle a presque autant d'étendue que le diamètre du sac lui-même ; elle est masquée par les replis glandulaires dont les interstices lui ressemblent, ce qui certainement a em[ièclié de la distinguer. S'il était encore besoin de critiquer l'opinion de Bojanus , on trouverait ici un argument bien fort contre sa théorie. Comment admettre , en effet , que la cavité centrale du poumon pourrait être remplie de sang, alors qu'elle communique avec la poche péri- phéri(]ue où, d'après l'auteur, entre l'eau servant à la respiration. En étudiant la partie de la glande qui forme le plancher du péricarde, on est frappé de l'existence de deux dépressions qui .se trouvent en avant (1), tout près de l'endroit où le rectum sort de la masse viscérale pour pénétrer dans le cœur. En présentant la tète d'une é|iingle à insecte dans ces dépressions qui ressemblent à des orifices de queUjues conduits, on la voit bientôt disparaître, et pénétrer assez avant. On cherche naturellement si l'épingle n'a pas pénétré dans l'organe de BojaHu.^ [ilacé au-dessous, et l'on n'est pas peu siupris de la rencontrer dans la cavité interne de la partie saillante, a[)pelée powmon par Bojanus. Ce fait, par lui-même a.ssez singidier, méritait d'être vérifié sur d'autres espèces; il était curieux de savoir si c'était une disposition exce[)lionnellemeiif propre à l'I'nioet àrAnodonte;aussi, dès que je pus me rendre sui- les bords de la mer, ce fut une (juestion que je me proposai de résoudre. L'année dernière (1854) et celte année fl855) , j'ai jpu observer sur les côtes de Bretagne deux espèces de Biicardes, la Deiitchie e( la Tuberculeuse , une Pholade d'une taille tort considérable, la i.iilraiie sob'noïde, la Corbule striée, et j'ai eu la satisfaction de voir se généraliser le fait que j'avais observé à Paris. Plus lard, sur les Anodonles des envii'ons de Lille, j'ai trouvé, ilfallait s'y attendre, une sendilalilc disposi- (I) T. IV, pi. 6, fig. 'i. Péricarde ouveil, le cœur enlevé. Oinlium. 4' série. Zooi.. T. IV. (Cahier n" 0.) 2 4 8 271!l h. lacaze-dutbiers. — mémoire tion. Garner avait vu celte cominumcation dans l'Unio ; il la cite, mais il ne l'a pas cherchée dans d'autres espèces. Du reste, le peu de détail qu'il donne laisserait croire qu'il n'a point eu une connais- sance complète de toutes les dispositions. Si maintenant nous cherchons à considérer dans leur ensemble ainsi que dans leurs rapports les différentes cavités et leurs orifices, nous verrons ([ue l'entrée du sac est placée à côté de l'orilice de la génération (Ij, en avant, dans l'angle où s'insère l'extrémité anté- rieure des branchies; qu'à cet orifice d'entrée fait suite une grande cavité (2), quej'appclleraipérip/iériq'Me, dans l'intérieur de laquelle s'ouvre en arrière la cavité centrale (3), qui elleméme commu- nique en avant, et tout près de l'orifice externe (4), avec la poche péricardique (5). La partie qui met en communication le péricarde avec l'organe de Bojanus est étroite, en forme de canal, et ne présente plus l'apparence glandulaire; elle passe en dessous de la fenêtre de communication des deux sacs , en croisant sur son côté interne l'extrémité antérieure du sac périphérique, tout près de son orifice excréteur ou externe. Ainsi le péricarde communiijue avec l'extérieur par l'intermé- diaire du sac do Bojanus, el le trajet ipic parcourt le sac, piisdans son ensemble, est une courbe aplatie, rentrante, dont le point d'arrivée (orifice externe) (61 est voisin du point de départ (orifice péricardique) (7,i ; l'un est supérieur, l'autre est inférieur. Cette communication du péricarde n'a pas été connue des anato- mistes, Garner seul en parle pour l'inio dans uu passage très court de son Mémoire sur les acéphales lamellibranches. Il faut toutefois se garder de généraliser trop vite. (1) T. IV, pi 5, 6g. 2 (pe. o».). Coupe un peu tliéonque du corps de Bojanus dans la MuleUe des peintres. (2) /d., fig. 2(cp). (3) id., fig. 2 (ce), (i) li., fig. 2 (pi). (.5) Id., fig. 'i. (p). (6) PI. 3, fig. 2 (pc). (7) Id., (Ig. 2(pi). \ si'P. l'organe de bojanus. 275 Je dois (lire , en t>ITel , qu'on ('|ii'oiive île gramlos difficultés à reconiiailre si le péiiiiirde eornniuni(|ii(" avee le sac de Bojanus, lorsque certaines disiiosilions se iirésentent comme dans les Pec- len, où on ne douve plus les deux cavih's (|ue j'ai clicrclié à dé- crire plus haut, et où il n'y a ésidemnient (ju'une seule poche. On sait que, dans cet animal, les oreillettes s'avancent vers les branchies, assez loin du cœur proprement dit. Le péricarde s'allonge , et l'orme un cul-de-sac très étroit, qui se place à coté du sac de Bojanus. 11 est fort difficile de pouvoir s'assurer si , au fond de cet étroit conduit , il existe une communication ; malgré tous mes efforts, je n'ai pu arriver à un(; conviction (jui ne laissât point de doulc. Quant aux rapiiorls des deux sacs, ils sont i)lus intimes ici que dans les exemples [ntVcdenls. Dans le Peclen jacobœus , les deux organes semblent se continuer (l) l'un avec l'autie par une por- tion membraneuse sous-péricardiquc, qui n'a plus l'apparence glandulaiie ; aussi les deux organes réunis forment-ils un tout placé comme à cheval sur la dépression qui se trouve entre le muscle des valves et la masse viscérale ; les deux portions vérita- blement glandulaires pendent de chaque côté de la masse abdomi- nale, entre elle et les branchies. Je n'ai pas vu non |)lus dans l'Huitre vermeille celte partie cen- trale, (liiiit la cavité s'ouvre dans le pi'ricarde. Je dois dire que, lors(pie je pouvais dissi'-quer cette espèce, je n'avais jias encore trouvé la comniimicalioii dont je parle ; toutefois, d'après les dessins que j'ai faits et en particulier d'après celui que je publie (2j, on reconnaiti'ala plus grande analogie avec ce qui s'obsi'rve ilans le Peclcn ;3),el si la conuniuiication avec le [léricardc peut m'avoir écbapiié, il me i)arail difficile que la partie, considcrét; comme le poumon par Bojanus, ait pu passer inaperçue. Il me seudjie (ju'il y a, à l'égard de la disposition dont il s'agit ici , deux types bien différents : dans l'un , une cavité centrale communique à la fois avec le péricarde et avec une cavité péri- (4) T. lY, pi. c, f.g. 1 (j). (ï) T^lV, pi. 4, lig. 6. (3) T. IV, pi. 6, figl. 276 n. I.ACAZE-nDTHIKRM. MÉMOIRE pliérique ; celle-ci s'ouvre iiiideliors, elauneliirgc coinmiinicalion avec celle du côté op])osé ; dans l'autre, le sac est simple, et s'ouvre d'une part au dehors, de l'autre dans le sac du côté 0[)posé. Il est probable que cette grande différence est la conséquence d'une importante modification , qui a tellement déplacé les parties, que l'orifice profond , s'il exisie, est devenu très difficile à recon- naître. Enfin, dans la Moule comestible et la Nacre, on trouve des dispositions sur lesquelles je dois appeler l'attention. Pour la Moule, von Siebold (1) s'exprime ainsi : « Les organes «urinaires sont encore plus singulièrement disposés Leurs » deux sacs, qui sont situés à la base des branchies, sont fendus » dans foute leur longueur , de sorte qu'en écartant les branchies, » on aperçoit distinctement les compartiments et les cellules de ces » glandes. » Il renvoie à un travail de Treviranus (2) , et semble formuler son opinion d'après celle de ce dernier. 11 y a là une erreur que je me contenterai simplement de relever aujourd'hui ; peut- être un jour présenterai-je l'anatomie complète de la Moule , car elle me paraît offrir , à bien des égards , de l'intérêt. Comme cet animal n'est pas rare , comme on le trouve toujours et partout , il n'a éveillé la curiosité d'aucun malacologisle d'une manière sérieuse. Mais une particularité a causé l'erreur des auteurs allemands. Les vaisseaux sanguins , qui rapportent le sang du manteau aux branchies , passent sur un plan inférieur (3) au sac de Bojanus ; entre chaque vaisseau, qui s'est comme détaché de la paroi du sac, sont des dépressions qui ont été prises pour les replis internes de la substance glandulaire; ce (|ui a conduit à admettre que le sac est ouvert d'un bout à l'autre. Si l'observation de la circulation ne suffisait pas pour faire reconnaître l'erreur, la présence même (1) Manuel d'anatomie comparée, t. I, 2' partie, p. 279, note 2. (2) Voy. Treviranus, Beohacht. aus der Zool. und Phijsiol., p. 51, s. 686. (3) On n'oublie pas que lorsqu'on examine l'animal en le plaçant sur le dos, ce qui semble supérieur dans celle position est en réalité inférieur quand l'animal est en place. SUR l'organe de bojanus. 277 d'une cavité dans la glande, l'existence d'un orifice sécréteur, viendraient donner sans aucun doute raison à la manière de voir que j'expose ici. Quant à la communication avec le péricarde, il m'a été impos- sible de m'assurer de son existence. La portion d'une partie cen- trale, analogue à celle de l'Anodonte, etc., ne m'a pas paru 1res évidente; je nie réserve, du reste à cet égard, pour le moment où je présenterai i'anatomie de la Moule ; je désirais ici seulement relever l'erreur qui existait. Dans la Nacre (1), le corps glandulaire est très développé ; je l'ai représenté dans le dessin que j'ai donné des organes géni- taux de cet animal (2). 11 forme deux masses noirâtres placées en avant du muscle postérieur des valves, et en arrière des organes génitaux. La teinte blanche du premier , celle rouge-brique des seconds, fait ressortir la couleur noire de celui-ci. Quand on exa- mine son intérieur, on trouve une disposition qui ne laisse pas que d'embarrasser un peu tout d'abord. En arrière de l'organe de la génération, sur la ligne médiane, en regardant l'animal en des- sous et en face , on voit une dépression où parait un petit lobule antérieur : c'est l'entrée d'une arrière-cavité, d'un cul-de-sac qui s'avance vers le dos jusqu'au péricai'de. Si l'on incise, avec pré- caution sur la ligne médiane, la masse viscérale, de manière à ouvrir largement celte cavité , on remar(|ue (ju'elie est con- tiguë à trois poclies : une dorsale , le péricarde , et deux laté- rales fort grandes qui remontent sur ses côtes et sur le dos des nmscles postéricm's du byssus (3). Ces dernières contournent complètement les muscles , et reviennent en dehors s'unir aux parties noirâtres qui .sont véritablement le corps de Bojanus. Elles sont entièrement membraneuses, et semblent être le canal excré- • (1) Pinnii nobilis. (2) Voy. Ann. des se. nat., 4* série, ISiii, t. II, pi. ô, fig. 1 et 2. (3) Voy. pi. 5, fig. 1, 2, ou t. II, 18o4, 4" sorio des Ann. des se. nat. — Toutes les membranes formant les cavités ont été enlevées dans les. dessins publiés. — On n'y voit plus que le lobule qui pend entre les deux friandes, es' et surtout les deux muscles du byssus (ni) , la cavité dont il s'agit Ici remonte» rail donc sur la fact; dorsaje de ces muscles, 578 H. t*CAZE-DU rniERS. — MÉMOIRE leur de In glande déiiiesiinMiuMit dilaté. Elles représentent peut- être à certains égards les poches périphériques que l'on a vues dans l'Aiiodontp. Du reste , dans la masse noirâtre de l'organe , on trouve des plis épais de nature glandulaire, qui entourent une cavité pro- fonde, moins étendue que la précédente, dans l'intérieur de laquelle celle-ci s'ouvre. La communication avec le péricarde n'a pu être observée , car les individus irais manquaient pour cct!e étude. Ceux conservés dans l'alcool, que je dois à l'obligeance de M. le professeur Valen- ciennes et de M. Rousseau, aide-naturalisie au Jardin des plantes, ne m'ont pas fourni de renseignements suffisamment nets, pour que je puisse assurer que la connnunication existe. Il doit, sans aucun dnule, y avoir beaucoup d'autres variétés de forme et de disposition ; mais je crois cependant que toutes, plus ou moins, se rapprocheront des deux tyiies |irinci|)aux, ipie les Bucardes, les Luiraires, etc., d'une part, les Spondyles, les Peignes de l'autre, nous offrent manifestement. Voyons où et comment s'ouvre lorgane dont nous connaissons Indisposition générale. C'est niainlenanl le lieu de nous occuper des orifices de la génération. .le disais, en effet, dans le travail où je présentais riiisloire des organes de la reproduction, que leurjs ouvertures à l'extérieur offraient des rapports si intimes avec ceux du corps de Rojanus, que je renvoyais au momentoù je m'occu- perais de celui-ci pour faire une élude délaillée de ces oritices ; il est donc indispensable de consulter les planches qui se rapportent à la génération (1). Trois dispositions principales se pré.sentcut : tantôt les glandes de la reproduction s'ouVrent dans le sac de Bojanus, tantôt elles ont un orifice unique et commun avec celui-ci , tantôt enfin deux orifices distincts, et plus ou moins éloignés, appartiennent en par- ticulier à chacune des glandes. Examinons successivement ces trois cas. (1) Voyez les pi. 5, 6, 7, 8, 9, t. Il, 4' série, Ann. des se. nal., I8S4; et pi. 4, 5, 6, t. IV, même série. SUR l'orgase de bojanl's. 279 Dans les Spondyles et les Peignes , il est très difficile de décou- vrir les orifices génitaux. Par une sorte de fatalité, la première espèce sur laquelle je cherchai ces conduits fut le Spondyle , et j'employai plus de huit jours de recherches délicates et pénibles à ne pas trouver une chose que le hasard me fit rencontrer au moment où je m'y attendais le moins. J'avais ouvert le sac de Bojanus, à peu près comme dans la fipurc (pie je donne, pour en étudier la structure, quand je vis sortir, par un orifice (1) situé du côté interne, dans une partie moins glandulaire que le reste du sac , un cylindre rose , absolument de la couleur de la glande dont j'avais fait déjà l'étude. L'examen microscopique me montra bien vite que j'avais affaire à des œufs retenus dans une sorte de gelée albumineuse. Plus tard, je renouvelai l'observation, et dès ce moment, (juand les orifices de la génération ne parais- saient point au dehors, je les cherchais dans l'intérieur même du sac sur la face interne, et c'est ainsi que j'ai pu les trouver dans les Limes, les Peignes bigarrés, de Saint-.Iacqucs, à côtes rondes et glabres, alors que von Siebold et M. Humbcrt n'avaient pu les reconnaître. Ce cas n'est évidemment pas le plus fréquent, an moins à ne considérer que les espèces étudiées. Dans les Nacres ou Jambonneaux, l'oriiice génital est presque à côté i2i de celui du sac de Bojanus: et ici, comme précédemment, les produits de la génération et ceux de la glande qui nous occupe sortent par un seul et unique orifice. C'est ce qui a fait dire à von Siebold ipi'il y avait lA comme un petit cloaque. Knouvrant par-derrière ta grand"' poche membraneuse et non glandulaire (lecct animal, on voit les deux orifices très voisins, et l'on comprend ipie les leufs puissent tomber dans ce grand réservoir. Dans l'.Vrche Si, l'organe de la gt-nération s'ouvre bien près de l'orifice externe, dans l'iiitf'rieui' du canal excri'teur de l'organe de Bojanus, par uiir lèntc l'ulniiilniiiiièrc. I/driliic iuiii|uc externe est porté àrcxlrémili- d'une papille l'enduc eu lnn^ à wn extrémité, (1) Voy. t. IV, pi. i, fig, 6 (ok). (2j Voy. t. II, pi. ;J, fip. i Icc], (3) Voy. l. IV, [)l. 3, lig. 3. 280 U. I.ltCAZt:-l>IJTHlEB«$. nÉMOlKE et placée à peu près vers le milieu de la longueur de l'organe. La même disposition s'est présentée dans la Modiole ou Dattile des Mahonais (l). En résumé, on peut dire que, dans ce premier cas, les deux glandes s'ouvrent par un seul orifice , et que le conduit de l'un, dans des proportions très variables , sert de canal excréteur à l'autre. Où se trouve donc l'orifice le plus extérieur, celui, en définitive, qui appartient au sac de la glande que nous étudions? J'ai indiqué dans l'histoire des organes de la génération un rapport important que présente cet orifice avec le connectif nerveux, qui, des masses ganglionnaires branchiales, se rend à celles placées dans le voisi- nage de la bouche. C'est constamment en dehors du connecfif, vers le point où il plonge dans la masse abdominale (2), que l'on aperçoit l'orifice. Dans les Peignes, lesSpondyles, les Limes, l'ori- fice génital étant profondément placé, conserve néanmoins ses ra[)porls ; mais celui du sac de Bojanus se trouve placé à l'extré- mité postérieure, non loin des ganglions branchiaux (3). Quand l'orifice de l'organe est placé au sommet d'une papille, celle-ci occupe presque toujours le milieu de la largeurde la glande, ainsi que cela s'observe dans la Modiole, l'Arche, la Moule, etc. Voyons maintenant le troisième cas, celui où les orifices peuvent être plus ou moins rapprochés, mais jamais confondus. Je prendrai d'abord l'exemple que nous avons étudié en commen- çant. Dans l'Unio et l'.VnodontefTi), les orifices disUnets sont placés côte à côle l'un de l'autre, tout à fait à l'extrémité antérieure du sac ; on voit que la position est com|)létement opposée à celleque nous avons trouvée dans le Peigne. Dans des individus de belle taille ces deux orifices, fendus en boutonnières presque parallèles à l'axe du corps, sont longs d'un millimèlre ; ils sont très évidents, aussi n'ont-ils échappé à aucun observateur : celui de la génération est (1) Voy. t. IV, pi. 5, fig. 10 (ow), (2) Voyez pour ce rapport sur les planches 5 du t. IV, et en particulier , les fig. 6, Cardium rusdcum; fig. Il, Petricola ntpella ; lig. 12, Cardita suicata. (3) Voy.pl. 6, t. IV, fig. I, 2 (pe). (4) Voy. pi. 3, t. IV, fig. 2 {pe) {qv). SUR l'organe de bojanus. 281 en dedans, on le reconnaît l'acilement au momenl de la reproduc- tion; car de légères pressions sur l'abdomen suffisent pour pro- duire une ponte artificielle. Dans beaucoup des espèces que j'ai étudiées c'est dans le milieu de la longueur du sac que se trouve l'orifice. Cela s'observe nette- ment dans les diverses Bucardes (1), les Chames (û), les Mactres, les Pétoncles, les Pétricoles (3), les Gastrochèncs, les Pholades, etc. L'oriticc de la génération est toujours en dedans , et souvent plus en avant. Il y a de légères différences qui fiennent à ce que réloignemenl est [ilus ou moins considérable. Ainsi dans la Chame gryphoïde (4) les deu.x orifices sont placés tout à côté l'un de l'autre sur une ligne qui va du pied au milieu de la longueur du sac. Celui de la génération étant percé dans la masse abdominale, l'autre doit être tout près du bord interne de la glande. Dans la Cardite i bj l'orifice génital un peu saillant descend sur la face inférieure du sac de Bojanus. DanslaPétricole '^6 le (issu de la masse abdominale accompagne un peu le canal excréteur de la géiiérahon cl forme un rudiment de papille. Les rapports des orifices avec les nerfs sont dans ces deu.x dernières espèces exircmement évidents. La Bucarde rustique et les autres espèces ainsi que la IMacIre des Sots présentent les deux orifices assez éloignés; sur des individus de taille très ordinaire il y avait 2 millimètres de séparation. Dans ces exemples on a quelquefois de la peine à voir l'orifice du corps de Bojanus. Je pense qu'il y a un spliincier tout autour delui, qui par ses contractions en masquecomitlélcmentl'exislence. Toutefois, en tirant légèrement à la fois d'avant en arrière et d'arrière en avant, on finit par faire entre- bâiller l'orifice qui devient alors très évident. Enfin dans la .Moule, j'avais cru d'abord rpie la glande génitale et le sac de Bojanus s'ouvraient par un même conduit qui terminait (1) T. IV, pi. ;;, fig. 6. (2) T. IV, pi. h, fig. 13fo«pe). (3) T. IV, pi. li, fig. n {ovpe). (4) T. IV. pi. 5, fig. «3. (5) T. IV, pi. 5, fig. 12, ùirilitd nnlcnla [in^ pe]. (6) T. IV, pi. 5, lig 1 1 . Petricola r»j>frc(/a {ov>. 382 H. LACAZE-DUTHIEBS. MÉMOIRE une papille fort évidente; j'ai tout dernièrement, sur des moules de forte taille que l'on apporte sur le marché de Lille, reconnu au- dessous de la papille et en arrière d'elle, tout A fait à sa racine, un petit pertuis par où ime injection a pénétré constamment et sans diflîculté dans l'intérieurdu sac. Ceci m'engage à mettre une certaine réserve à affirmer rpie dans le Lithodome dont l'organisation se rapproche à tant d'égards de celle de la Moule, ces deux organes s'ouvrent au sommet de la papille; je n'ai pas eu d'animaux des Datliles (1) depuis mon voyage à Mahon et je ne saurais lever le doute qu'a suggéré dans mon esprit l'observation faite sur la Moule comestible. La disposition est tout à fait la même que l'on considère une femelle ou un niAle. Il n'y a aucune différence; on devait s'y attendre puisque déjà entre les deux glandes génitales il n'y a de différence qu'entre les parties profondes élémentaires qui sécrètent les éléments caractéristiques. §2- Circulation. Le passage du sang au travers de l'organe qui nous occupe a été l'objet d'une étude attentive de la part de Bojanus. C'est même la disposition du système circulatoire dans l'Anodontequi a conduit le savant professeur de Wilna à son opinion touchant le rôle des glandes, dont le premier il faisait l'histoire. De Blainviile, tout en critiquant le travail de Bojanus, reconnut que la circulation avait été soigneusement et exactement étudiée. Plus tard, Garner et Richard Ovven indiquaient en quelques mots les principaux faits , et com|iaraienl même la circulation de l'organe avec celle du foie. Ils montraient dans ce rapprochement que la circulation de la veine porte est tout à fait l'analogue de celle-ci ; mais c'est toujours de l'examen de une ou deux espèces que les auteurs concluent et géné- ralisent ; aussi les résultats auxquels ils arrivent doivent-ils être modifiés en certains points. La description de Bojanus est l'expression de la vérité ; je ren- («) Modiola lithophaga, Lamk., 2* édil., t. VU, p. "26, n" 22, SUR l'organe de bojanus. 283 voie donc au travail de ce savant ( 1 ) pour ce qui est de l'Anodonte. Il y aura cependant (pielipies remarrpies à faire en ce qui louche les faits de structure se rapportant à la circulation. On trouve des différences dans le mode de distribution des vais- seaux, suivant que les animaux présentent l'im ou l'autre des deux types que nous avons reconnus en étudiant la forme et la disposi- tion des organes. Je prendrai successivement chacune des dispo- sitions. Posons en principe que le sang arrivant de l'économie pour aller respirer aux branchies doit Iraver.ser le corps qui nous occupe ; que les vaisseaux qui apportent le sang veineux sont pro- fondément situés ou intérieurs; et que ceux, au contraire, qui le portent du sac aux branchies sont superficiels ou externes. Ceci nous perniellra d'abréger et de rendre |ilus simple la des- cription. Prenons d'abord comme exemple et comme type la Lutraire. On sait que le sang qui arrive aux organes de la respiration après avoir traversé en tout ou partie l'organe de Bojanus, vient , d'une jiart, de la masse abdominale, de l'autre des lobes du manteau. Voyons, en premier lieu, le sang des viscères ou de la masse ab- dominale. Dans la Lutraire comme dans l'Anodonte, la Mulctte des peintres et beaucoup d'autres , on trouve en injectant , et poussant un liquide au hasard dans la masse splancbniqne, un système de lacunes qui Unit par se résoudre en quchpies veines , lesquelles, par leur réunion , donnent naissance à (juclques gros troncs (2) dont la fusion produit bientôt un dernier vaisseau médian (3) placé entre les deux muscles postérieurs du ]iied, et dirigé en arrière. Si l'on KO rapjiorte à la liescription pivcé'dente de l'organe, ces quelques mots suffisent \)iwv nettement caractériser la position de ce vaisseau. On doit, en cflèt, le chiM-chcr à la iiartie iidV'ricure de la cloison médiane qui sépare les deux sacs. Il jiasse au-dessous (t) Voy. hif, 1819, p. 46, pi. 1, fig. 1 a; et 18î0,p. i04. Voy. fanalyso cl la traduction dp M . de Hiainvillo, dans le Journal de phtjsiqne , de chimie et d'hitloirc naturelle. {îj T. IV, pi G, (ig. 6 (x). (3) T. IV, pi. 6, fig. 6 (»m) , Hg. 7 (»m). '28h n. LACAZE-DUrUIERS. — MÉMOIRE de l'orifice de communication (1) percé dans cette cloison. C'est même au-dessous de cette ouverture que se réunissent les vais- seaux venant du tbie, des glandes génitales, et du pied pour former ce canal impair que je nouuiierai le sinus médian inférieur. En ouvrant ce sinus par sa face inférieure (2), on voit que ses parois sont criblées de petits orifices, surtout dans le haut. Ce sont les perluis qui fournissent le sang à la cloison médiane, et aux parties inférieures du sac ; quelques-uns sont plus grands que les autres : ils correspondent aux vaisseaux qui portent le sang plus loin dans la cloison. Le sinus médian naît en avant et se porte vers le muscle postérieur des valves, c'est-à-dire directement en arrière. Arrivé tout près de ce muscle il se divise en quatre branches prin- cipales : deux antérieures ou collatérales , et deux postérieures ou terminales. Les de«s-^'emières (3) se contournent en haut en se portant un peu en dehors pour gagner l'extrémité postérieure de la partie centrale de la glande [h] , de cette partie api)elée poumon par Bojanus. Alors elles changent de direction , elles se portent en avant , et arrivent, en s'épuisaiit peu à peu, jusque vers l'extrémité antérieure de cette masse centrale. Il est facile d'injecter par le sinus médian ces branches collatérales, et de les suivre dans les parties que j'indi(pic. Les rameaux de terminaison (5) se portent aussi en dehors et en haut , en se contournant sur les muscles postérieurs du pied , en dedans desquels ils se trouvent. Ils gagnent la paroi postérieure et externe du sac, dans laquelle ils doivent se ramifier et appor- ter le sang. Après avoir parcouru ce trajet tlexueux ils changent brusquement de direction pour se porter en avant, et fournir ainsi à toutes les autres parties latérales et antérieures du sac qui ne reçoivent pas de sang, des ramuscules du sinus médian, ou bien des deux vaisseaux collatéraux. (1) T. IV, pi. 6, fig. 6 [z). (2) T. IV, pi. 6, fig. 7 [sm). (3) PI. 6, fig. 6 et fig. 7 (i). (4) PL 6, fig. 6 et fig. 7(p). (.5) PI. 6, fig. 6((), SLR l'organe de bojams. 285 Il est à peine ulile (rajouter que ces qiuilro vaisseaux se distri- buent symétriquement deux de eiiaijue côté du corps. Ainsi voilà un vaisseau médian, résultat de la réunion des troncs veineux arrivant de la masse abdominale , (jui se ramilie tout à fait à la manière des artères dans le tissu du corps de Bojanus; c'est une véritable circulation de la veine porte. Il n'y a pas seule- ment ressemblance quant à l'origine et à la division des vaisseaux, mais encore ce système circulatoire est placé sur le trajet du sang, qui des viscères va aux orj^anesdela respiration, c"cst-à-diresurle trajet du sang veineux qui revient des viscères chargé de la matière alimentaire absorbée après la digestion, absolument comme dans les animaux supérieurs. A ne considérer donc que la circulation , il n'est pas douteux que l'on ne trouve ici l'analogue du foie ; mais je reviendrai sur ce fait en parlant des fondions de la glande. Je veux toutefois bien établir ce fait (jue les .Mollusques présentent une petite circulation analogue à celle du foie des animaux supérieurs , avec cette différence qu'elle se passe dans un organe tout différent de ce dernier. Après s'être ramifiés dans le tissu du corps glandulaire les vaisseaux se résolvent en capillaires, dont je n'étudierai point ici la disposition, renvoyant pour cela au moment où je m'occuperai de la structure. Voyons maintenant les vaisseaux efférents. Ceux-ci reçoivent le sang des capillaires, et le port(;nt aux brancliies. Il y a bien une disposition gi'uérale et constante dans leur position, mais il se pré- sente de nombreuses et très grandes variations dans la forme et le nombre : la position seule est constante. Si les vaisseaux afférents étaient lirofoudt-ment jjlacés, les vaisseaux efférents, au contraire, sont toujours en debors à la surface externe de l'organe ; c'est eux que l'on aperçoit d'abord (|uand ou réussit bien les injections, ou bien ijuand, sur la paroi exicrnc de l'organe, il s'en dessine sans préparation. Dans les Mulettes, les .\nodontes, il y a des vaisseaux dis- tincts portant le sang de l'organe aux branchies en avant et en arrière, ainsi qu'au feuillet interne et au feuillet externe : Bojanus les a exactement indiiiués ; mais dans la Lutraire (pii nous occupe 286 B. LACAZE-DUTHIERS. — MÉMOIRE il en est autrement : les ranieaiiN externes eouvrent d'un lacis très épais la paroi du sac , et débouclient, dans des sinus creusés dans la substance glandulaire, mais toujours placés en dehors. Ces sinus, quand on réussit iiien à les injecter, font saillie sur le plan- cher du péricarde ou sur les parois latérales. En les ouvrant (1), on voit les pertuis nombreux qui apportent le sang dans leur inté- rieur. Tous ces sinus convergent vers un point latéral et symétrique placé de chaque côte dans la partie la plus dilatée transversale- ment (2) de l'organe. C'est là que viennent aboutir tous les vais- seaux branchiaux. On doit reconnaître quelques sinus principaux, qui , dans la Lutraire, offrenl une disposition constanle. lien est un long (je ne décris iprimc c()le iniisque la disposition est syniélri(pie), qui, de l'inserlion bi'anchiale à l'exlréuiilé posicrieure de l'organe , se dirige d'avant en arrière jusque dans le prolongement de la glande qui remonte sur le muscle postérieur des valves. Sur son bord interne, un peu au delà du niilioude la largeur en arrière, on voit un sinus plus pelil, secondaire, (jui se porte en dedans. Tandis que le premier mérite le nom de sinus latéral (3), celui-ci peut être appelé sinus dorsal (li). L'extrémité aniérieure du sinus laléra! est l'ort dilatée et large; quand on en enlève la paroi externe, on distingue, sur 1b paroi prol'ond(ï en dehors, du côté do l'insertion des bran- chies, une série linéaire de perluis dont les deux derniers, en avant et en arrière, sont assez grands pour permelire l'introduc- tion d'une tète d'é|m)gie. Ces orilices ne sont autre chose que les bouches des vaisseaux branchiaux , qui reçoivent le sang accu-s mule dans les larges sinus creusés dans la substance même de la glande. Vers l'exlrémilé postérieure du sinus latéral , on en trouve un autre cpii est plus inférieur que celui-ci : il mériterait le nom de (1) T. IV, pi. 6, fig. 4el 5 {m n q). (2) T. IV, pi. 6, fig. 4, 5 (m m). (3) T. IV, pi. 6, fig. 4 et 5 (î et o). {4J T. IV, pi. 6, fig. 4 et 5(1). SUR l'organe de bojanus. 287 sinus inférieur (l). Sou extrémilé postérieure se contourne en dedans, [ilonge dans la sulislaiice glandulaire pour aller recueillir le sang qui a traversé la partie centrale de l'organe, le poumon de Bojanus (2;. Ainsi, en résumé, le sang est porté profondément dans tout l'organe par les ramifications du vaisseau médian. Il est recueilli par les capillaiies , qui le déversent dans les sinus superficiels et externes, d'où il va, par la réunion en un même point de tous ces sinus, dans l'appareil de la respiration. Nous venons d'indiquer la marclie que suit le sang apporté de la masse viscérale; mais il ne vient pas tout de ces parties, il ne passe pas tout par la glande. M. Milne Edwards, dans ses beaux travaux sur la circulation des Mollusques, a montré qu'une partie du sang du manteau arrivait directement dans les oreillettes sans passer par l'appareil de la res- piration. Eh bien, une disposition analogue se présente pour la circulation, ([ue nous étudions en ce moment. On trouve en avant et en arrière, mais sui-lout en haut et en bas du nuiscle des valves, un lacis de canaux, à parois aussi vagues et aussi peu limitées que dans le reste de l'organisme, qui reçoit postérieurement du sang des parties qui l'avoisinent, et qui le verse antérieurement en partie dans les tissus spongieux de la glande, en partie dans les branchies. Dans la Lutraire le manteau est très développé en arrière, et reçoit une quantité de sang assez grande pour rendre turgides les luhcs l'cspirateui's ; une grande parlie ilii liqLiide, en revenant de ces parties, tombe dans ce sinus latéral ou inférieur, et m rend direcicment aux branchies sans traverser par consé- quent l'organe de Hojanu.s. Mais cette particularité est loin d'être aussi nettement tranchée que dans les animaux que nous allons étudier maintenant. Si, dans la coquille de Saint-Jacipies , les choses se passent un peu diffé- remment, toujours néanmoins les vaisseaux afférents sont pro- fonds, toujours les vaisseaux efférents .sont superficiels. On sait que dans les Pecten dont il s'agit la masse viscérale est (1) T. IV, [jI. 6, fig. i el5(n). (2) T. IV, pi. 6, fig. 6 et 7 (p). 288 H. L.ICAZE-I.UTOIERS. — MÉMOIRE divisée presque en deux moitiés : l'une, antéro-supérieure, compo- sée plus exclusivement du foie; l'autre postcrieiu'e, que j'ai com- parée à la bosse de polichinelle, formée parles glandes génitales; entre les deux, est un élrangiement où l'on voit le pied. Cette sorte de division des viscères conduit à une division analogue des vais- seaux; il-faut donc étudier la marche du sang qui vient du foie et de celui qui vient des organes génitaux. En poussant le liquide par les lacunes périjécorales , il est facile d'injecter les vaisseaux veineux (1) , qui se ramitienl à la manière habituelle au milieu des lobules du foie. On voit alors qu'ils se réunissent en troncs plus ou moins constants, qui toujours finissent par former un vaisseau distinct; celui-ci n'est plus impair et médian, mais il est double et symétri(iue , on le retrouve de chaque côté (2); en sorte qu'en délinitive , tout le sang arrivant du foie est contenu dans deux vaisseaux, qui se dirigent du haut en bas et d'a- vant en arrière en passant sur les côtes de la bouche , et gagnant les côtes de la base du pied. Comme c'est au niveau à peu près de la bouche qu'a lieu la couinumicalion entre les deux glandes, le vaisseau dont il est ici question se trouve donc près de cette com- munication exactement entre elle et la bouche. (]e vaisseau alïcrcnt ne plonge dans la substance glandulaire qu'après avoir dépassé la base du pied, et être arrivé dans la partie vraiment parenchymateuse : il y iiénèfre de dedans en dehors, et il faut alors, pour pouvoir continuer à le suivre, ouvrir le sac. Dans r Huître vermeille (3), quand on ouvre la poche avant d'avoir étudié la circulation , on est frappé par l'apparence vascu- laire que présente son intérieur. On voit naître en face de l'espace qui sépare la masse abdominale de la masse hépatique, un faisceau qui se porte directement en dehors et en haut, en émellant de chaque côté des rameaux dont les anastomoses forment un lacis, qui laisse entre ses mailles des dépressions nombreuses donnant à la cavité et tt l'organe tout entier l'aspect d'un tissu spongieux. A la première (1) T. IV, pi. 6, fig. 1 {;). (2) T. IV, pi. 6, fig. 1 (y). (3) SpoHdylus ijœderopiis. sim l'organe de boianus. 289 vue, on reconnaît dans le Spoiidi/lus gœderopus (l) la rieliesse vasculaire du corps de Bojaniis. Dans le Pecten (2) une disposition à peu près semblable se pré- sente aussi; mais les vaisseaux sanguins venant du l'oie sont plus dii'ficiles à suivre, il est nécessaire de les injecter, ce qui permet de voir (|ue le vaisseau dont je parlais il n'y a qu'un instant se divise en deux branches, dont les subdivisions secondaires s'entre- croisant dans tons les sens forment un lacis, véritable n'seau d'oiî résuite un tissu s[iongieux. Les deux branches cheminent à la face interne : l'une est [ilus supérieure que l'autre. On remarque dans eetle différence de la distribution des canaux sanguins quelque chose de correspondant à ce (jue nous avons vu dans la disposition générale de l'organe. Le sang qui revient de la masse abdominale aux organes de la reproduction , chemine dans des vaisseaux très faciles à distinguer sans aucune préparation 1 3}. Ils sont arborescents et assez réguliè- rement disposés ; au premier abord on est disposé à les prendre pour des artères. Leur nature ne peut faire l'ombre d'un doute; car en pous.sunt une injection par le cœur, on n'arrive à les injec- ter qu'après avoir lait des ruptures, à moins que l'injection n'ait tellement liien réussi (|ue, les tissus se colorant d'une manière géné- rale, le liquide ne passe par les lacunes des artères dans les veines. D'ailleurs ils aboutissent y.w Ictu- grosse extrémité à l'organe de Bojanus; ils ne peuvent donc pas apjiartenir au système artériel, C.esvai.sseaux se portent en dedans vers l'organe, et s'introduisent dans sa substance profondément du côté des vaisseaux venant du foie. Ainsi voilà deux voies diff(''rentesparoù le sang arrive du corps à l'organe. Dans l'Anodonte, la Lutraire , un seul vaisseau médian impair distribue ses ramifications à tout l'organe; ici , au con- traire, des vaisseaux de deux ordres poiu' chaque côté, et portant chacun le sang d'une [lartie spéciale. H) T. IV, pt. 4, fig. C(rr). (2) T. VI, pi. 6, fig. 1. Le sac de la glande a été ouvert, et les parois étalées permollcnt de voir le lacis des vaisseaux eiilourant les deux lionrs principaux. (3) T. IV, pi. 0, 11^'. 2 («.). 4* série. Zool, T. IV. (Caliior ii° li.) '' \9 290 n. LACAZE-DUTHIERS. — MÉMOIRE Les vaisseaux eiréreiils (1) sont faciles à voir, même sans injec- tion, dans les coquilles de Saint-Jacr|nes. Ils ne sont plus semblables aux sinusdelaLutraire, et ils ressemblent absolument aux vaisseaux veineux que l'on remarque sur la l'ace externe de l'abdomen. On en voit sans pi'éi)aralion les arborisations dont les ramuscides les plus déliés sont tournés vers le bord interne, tandis que les gros troncs se portent sur la lace inférieure vers le point où s'insèrent les bran- chies, et s'ouvrent directement dans le sinus branchial (2). Nous avons vu que dans la Lutraire , tout le sang qui allait aux branchies ne traversait pas l'organe de Bojanus. 11 en est de même ici, mais la chose est plus nettement caractérisée. Au-dessous du muscle des valves , si développé dans l'espèce que nous étudions , on trouve un lacis de vaisseaux qu'où injecte avec la pkis grande facilité, et qui communique avec deux larges poclies (3) piriformes, véritables sinus , placées sous rattache de ce repli lalciforme, qui sertde base d'insertion aux branchies. Cesdeux sinus, que l'on in- jecte avec la plus grande facilité, reçoivent aussi du sang qui revient du muscle des valves (4), el de quelques autres parties posti'rieures du manteau. En avant ils s'allongent et s'effilent en un véritable col, pour s'aboucher avec la hase du vaisseau branchial dans un point tout voisin de celui où les vaisseaux eifércnts tic l'organe de Boja- nus viennent eux-mêmes s'ouvrir. Il est facile de remplir d'injec- tion à la fois les vaisseaux du corps de Bojanus et ces sinus en poussanl le liquide coloré par le vaisseau branchial , (|ui court le long du bord concave de la branchie. On voit qu'au fond la circulation se passe dans le Peigne comme dans laLutraire; et que les ditTércucesque nous signalons tiennent simpleuient à des modilications dans la forme de la glande. Dans la Moule comestible ainsi que dans l'Anomie , la glande génitale occu|>c en grande |iartie l'épaisseur du manteau . Le sangqui revient de ce dernier est eu quantité 1res considérable, on le com- prend; il ne traverse pas tout le corps de Bojanus. Il y a, en (1) T. IV, pi. 6, fig. 2 (/.). (2) T. IV, pi- 6- fig- 2 (s b). (3) T. IV, pi. 6, fi-, i {ss). (4) T. IV, pi. 6, fig. I (s). SUR l'organe de bojancs. 29Ï effet, (les viiisseniix (jui sont jetés comme des ponts au-dessus de la glande, surtout on deliors, entre le manteau et la veine bran- chiale, d'où résultent ces lamelles séitarécs par des sillons, ce qui a fait croire à Sieliold que la glande était ouverte dans toute sa largeiu'. En résuuié , on voit (|ue le sang traverse en grande partie, avant d'aller s'iiémaloser, l;i glande de Bqjanus; mais que, s'il ne la traverse pas en totalité, ceiiendant celui qui revient des organes lie la digestion ne fait en aucun cas exception. 11 ne peut donc cire douteux qu'il ne se passe dans la glande quelque action phy- siologique importante. A |)art l'étude faite par Bojanus sur la ^loule des étangs, peu de travaux traitent d'une manière suivie la partie de la circulation dont je viens de faire l'iiisloire. (]e|i('ndarit ^t. Desliayes s'en est occupé dans les dilïéreutes monograiiliies (pi'il a publiées dans Y Explora- lion scimlifique de l'Algérie. La circulation, telle que la décrit le sa\antcoiicliylioli)gisle dansl'organe dépurateuric'cst ainsi qu'il nomme le corps île Hnjanus , n'est pas, si j'ai bien compris et inter- prété le texte delà publicatimi, en rapport avec les faits que je viens de rafiporler. .M. IJesliayes, a|)rès avoii' dit , en s'apiiuyant sur l'opinion de quelfiucs zoologistes, que l'organe dépuraleur a de larges commu- nications avec le système veineux général, «... que tout le sang » sans exce|)tion devait jiasser à travers ses cavités avant de ren- » trer dans le système aortique, » déclare que ce fait est pour lui indubitablement établi (1). Dans de très belles iigures , il montre la connexion avec le système veineux g(inéral. .Mais il devient diflicile de le suivie dans les détails qu'il donne àprojiosde la communication de l'organe dépurateur a\i'C, l'oreil- lette. Je citerai le passage. .\u siijel des Pliolades, il dit (2) : « L'extiémité: (loslt-iieure de l'oreillctlc a des connexions avec l'or- » gane dépurateiii' , et c'est là qu'il faut cbercher la communication » (jui existe enti'c ces deux organes. Dans le Solen siliqua., l'extré- » mité des deux piliers charnus vient se terminer en pointe aiguë (i; Uc. cit., p. 167. (ï) Loc. cit., p. 467, 18, fig. 4 {mu], fi^. :i [de). 292 H. ■.«CAXE-DUTniF.RS. — MÉMOlRr » àranule antérieur de la cavilé de l'organe (pi. 18, fig. km, n, » fig. 3 rf, e), et c'est en suivant la direction de ces deux piliers que » l'on arrive à la petite onvertin-e comniuni(juant avec l'oreillette. «Cette ouverture est ovale-oblongue (pi. 18, llg. 3 /"); elle est » garnie de chaque côté d'un petit pilier nn peu plus épais , qui , » probablement, remplit les fonctions d'une valvule. » 11 est dit'licile de savoir si l'auleiu', quand il parle de communi- cations, a entendu désigner la cavité, le sac lui-même, ouïes vais- seaux de ses parois. On ne peut guère admettre ({ue ce soit la cavité du sac qui entrerait en commimieation avec l'oreillette ; cependant la description de l 'orifice ayant deux piliers charnus servant de valvules semblerait l'indiquer. Dans tous les cas, en admettant fpie l'oreillette soit en commu- nication avec le tissu seul de l'organe , il y a là quelque chose que je n'ai point observé. J'ai montré dans ce qui précède que l'organe de Bojanus était placé sur le trajet du sang entre le corps et les branchies ; que le sang qui s'échapiiait de ses vaisseaux allait s'oxy- géner dans les organes de la rcs[)iration. 11 ne peut donc arriver aux oreillettes qu'après avoir traversé les branchies. Peut-être y a-t-il (juelques vaisseaux qui , du corps de Bojanus , vont directe- ment aux oreillettes, comme cela si; voit pour le manteau; mais je n'ai pas souvenance d'avoir jamais rempli les oreillettes en poussant mes injections dans les tissus de l'organe, et cependant bien souvent elles ont assez bien réussi pour remplir complètement les vaisseaux branchiaux. Toutefois je dois dire (jiie M. Deshayes n'est pas seul de son opinion. Bojaiuis a décrit dans l'Anodonte des vaisseaux qui vont aussi à l'oi'cillctte. Il le dit en plusieurs endroits. Il appelle artères du réservoir des œufs les vaisseaux qui vont aux branchies, et veines ceux qui se rendent à l'oreillette. Le sang suivrait donc deux trajets à la sortie de l'organe pour revenir au cœur. Il irait, d'une part, directement , de l'autre indirectement en traversant les branchies. Je puis dire en tous cas que la première communication est secondaire , mais on com])rend que Bojanus ait dû lui attribuer une grande im[iortance en raison même de son opinion, puisque les branchies n'étaient pas pour lui l'organe de la respiration , et que le cor|is glandulairi' était le pôuinon ; dans SLR l'orgaîse de bojanus. 293 cette manière de voir, il éhiit nalurel de ne |ias admettre que tout le sang ayant respiré passât [lar le réservoir des (pnfs (i)ranciiies). Ce qui me porterait à eroire ijue la circulation n'a pas parfaite- ment été entrevue par .M. Desliayes, c'est qu'il arrive à cet auteur d'injecter le tissu de l'organe déjjurateur par l'artère postérieure. " Si l'on parvient à injecter l'aorte postérieure, ce qui est quel- » ([uef'ois très difficile, on voit alors les diverses surfaces de l'or- Mgane.... se couvrir d'un réseau vasculaire très riche, dont les » rameaux communiquent entre eux par une multitude d'anasto- » moses. Lorsqu'on a l'organe ainsi injecté, la couleur de son tissu » est tellement chaiigce (pi'il faut un examen attentif, et des gros- » sissements suffisants pour recouiiailrc (pie ce changement n'est » pas du à un(! simple imliihilion des tissus, mais à une véritable >' injection. " I)'a[u-ès cela il y aurait un troisième ordre de vaisseaux aussi développé (jue les précédents, et qui porteraient du sang artériel. Je dois dire n'avoir rien vu de semblable, et l'aveu d'une grande diflicidté à parvenir à injecter par l'aorte postérieure ferait croire qu'il y a eu quelques ruptures dans les cas de réussite. Richard (Jwen il; et Garner '2) font remarquer que le sang tra- verse l'organe pour arriver aux branchies, mais ils ne donnent pas de détails. .Slruclure el Texture. La structure et la textiue de la glande sont faciles à reconnaître, et si l'on sait peu de chose à leur égard, cela lient tout simplement à <'e que les auteurs ne s'en sont occupés que secondairement et accideutellemcnt , pour ainsi dire. .^L von Siebold en i)arle ainsi : « Le pareuibyme des parois ' de ces sacs est formé par un tissu lâche, qui, à la moindre " lésion, se décompose en petits corpuscules vésiculeux et gra- " nuji'ux. La jiluparl de ces corpuscules conlicnuenl un noyau (I) Iliclianl Owiîn, Lectures on r.omparalioe unalomij, vol. 1, p. 284. (4) (iarncr, Tlie mnrjazine o( milural hislonj 67 Charlç^worlh, p, 11)7, 1839, ^94 M. LACAZE-DUTUIERS. MÉMOIRE '» arrondi, d'un noir idcMiàlre, miqiiel est duc la coul(Mir jilus ou » moins Ibnccc des reins, olc. » Kt il ajonle en note : « La slrnc- » ture intime ' Rien n'est facile à obtenir comme l'élément anatoiniiiiie dont il s'agit ; en effet, il suffit de prendre au hasard une portion de la glande, et delà porter soiisTobjeclif du microscope pour voirdans le liquide flotter une multitude de cellules facilement recoimais- sables, et dont le volume, quoique variable, est cependant presque toujours assez considérable. Dans(|uelquesexemples,le tissu semble s'égrener, et les corpuscules qui le composent , devenus libres et gonflés par l'endosmose, paraissent très transparents et parfaite- ment sphériques. Cela s'observe avec une grande facilité dans la Cliama griphoides ''2), le dirbula striata fS), la Spondyhis Gœde- ropus {k), la Lima squamosa fSi, la Lucina laclœa (6i, etc., et beaucoup d'autres dont je n'ai pu doimcr le dessin. Lorsque l'endosmose a ainsi lionllé les pelilcs utrieules, leur contenu se montre plus nellcm(>nl , car il semble s'être limite davantage, et ramassé en une petite masse autour d'un noyau; celui-ci présente dans son intérieur des nucb'oles, ou tout au moins ces petits corpuscules que l'on est convenu d'appeler ainsi. La cellule a, du reste, des apparences très variables : quelque- fois elle est complètement trarisparente et vide de tout corpuscule autre que ce noyau, comme on le voit dans la Pandorarnstrala il). Ou peut presque poser celle règle : plus le noyau est bien dessiné, nettement limité, et moins le conicnu de la cellule est abondant. Ainsi dans la Pandore, le noyau esl seul au milieu de la cellule ; il en cit à pou près de mèniL' dans la Cbauie (8K dans la Tellinc, la (1) Analomie comparée, trarl. franc., t. I, 2° pari., p. 279 et note 3. (2) T. IV, pi. l, fig. 10. (3) T. IV, pi. 4, fig. 3. (4) T. IV, pi. 4, fig. 7 et 8, (5) T. IV, pi. 4, fig. 2. (6) T. IV, pi. 4, fig. 11 et 12. (7) T. IV, pi. 8, fig. 4 5. (8) T. IV, pi. 4, fig. 10. SL'R l'organe dk hojancs. 295 Lulraire (quand il n'y a pas une cristallisalion), ainsi que dans la Pholade où j'ai observé aussi quelque chose de fort analogue. Mais il faut l'avouer, les ehoses varient avec l'époque à laquelle on observe . et souvent dans un mémo individu une partie de la glande a des cellules dont les noyaux sont très distincts et le con- tenu nul, tandis qu'à côté une autre ])artie a les cellules presque remplies de firanulatious épaisses et serrées. Toutefois, dans la Dallile (1) des Malionais, j'ai presque con- stamment observé que le noyau n'était pas aussi distinct, et que la cellule était le ]tlus souvent, je pdiu'rais même dire toujours, rem- plie de granulations colorées, qui donnent au tissu son apparence particulière. Dans \c Peclunculus pilosus '2;, j'ai observé quatre, cinq petits noyaux, et quelquefois plus, (pii n'étaient |)as toujours rapprochés. Du reste, cette ditïérence du contenu peut donner diverses apparences au tissu , comme on le verra plus loin. Les cellules sont de taille très variable ; dans la Pholade, laPétri- cole, elles m'ont paru rclalivement fort petites. Dans cette dernière, le noyau est fort pclil, iieu considérable, très limité, et le contenu nul(3i. Dans l'Hiiitre vermeille, la Prère ou Corbule , elles ac- quièrent un dévclo|)pement plus considérable (II). J'ai dessiné le tissu de la glande de la Chama griphoïdes dans la |ilaiiche !i, fi^rure 10, et l'on voit que; sur une même espèce, un même individu et une même partie, il y a une grande différence dans le volume des éléments. Les dimensiotis sont déjà ]tlus considéraiiles dans la Lime (5) ; mais c'est surtout dans la 'l'clliiu>et la LuciuefG) que l'on observe les cellules de la plus grande laillc Dans (pielqucs cas peu nombreux, il m'a paru y avoir de petites cellules enfermées dans des cellules plus grandes ; on dirait une pro- (4) T IV. pi. 8, fig. 7ol8. (î) T. IV, pi. 5, flg. «G. (3) T. IV, pi. 5, r.g. 1 (a). (4) T. IV, pi. i, li^'. 3, 8. (6) T. IV, pi. 4, lig, -2. (6) T. IV, pi. 5, lig. \0{bc). 296 H. L.1LCAZE-DUTHIEB»i. — MÉMOIRE cliiclion endogène; c'est ce qui s'est offert avec évidence dans le Pectunculus pilosus (1). Bien que, dans cet exemple, ce mode de développement ne puisse être révoqué en doute, je n'oserais cepen- dant affirmer qu'il existe toujours, sans exception, car je ne l'ai pas retrouvé dans tous les cas. Il faut aussi indiquer ce qui se montre d'une manière à peu près constante dans les Lucines ('2;, ainsi que dans quel- ques autres espèces. Le noyau dont je reparlerai plus loin est nettement circonscrit ; il est volumineux, et fortement accusé par sa teinte brunâtre. La cellule i|ui l'enferme est grande, et ses bords sont bien limités; mais en observant atlenli veinent et faisant varier les inclinaisons du miroir du microscope, on dislingue comme un léger contour qui entoure le noyau en dedans de la cellule ; il y aurait presque l'apparence d'une cellule plus petite, incluse dans la plus grande. Certainement ceci couduirait à admettre un déve- loppement de la cellule aulour du noyau connue Schwan l'a indi- qué; mais la même apparence se présente, alors qu'il y a deux ou trois noyaux. Je ne pourrais dire si celte ap]iarence esl due à la présence d'une substance, de puissance rêlringenle dil'férenle, entourant le cor- puscule central, ou si elle est la conséquence de l'inclusion d'une cellule. Dans une observation ipie malbeureusement je n'ai pu répéter, les Lucines étant fort difiiciies à Irouver, ([uoique 1res abondantes sur les côtes de Bretagne, j'ai cru voir autour d'un noyau considé- rable, occupant une grande partie de la cellule, un cercle pellucide, entouré lui-même d'une zone obsciu'e, où des granules 1res fins et peu développés se mouvaieni d'un mouvement brownien. Je le répète, y a-t-il une substance hyaline entourant le noyau? y a-t-il deux cellules emboîtées? C'est ce que je ne puis décider. Ainsi l'élément niicroscoiiii|u(' il(^ l'organe est une cellule enfer- mant une malièrc brimàire plus ou moins jaune verdàlre, lanlôt éparse, tantôt limilée, et formant un noyau qui cause la coloration générale de la glande. (i) Voy. t. IV, pi. 5, n-. 16. (2) Voy. I.IV, pi. -1, (ig. M [a fcc). SUR l'organe de bojanus. 297 Le contenu olïre encore quelques autres particularités; mais je renvoie pour les faire connaître au moment où je m'occuperai des fonctions. Comment ces éléments se réunissent-ils, et forment-ils le tissu de la glande? C'est ce qui nous reste à étudier. Les cellules s'accolent les unes aux autres assez lâchement, car elles ne foi'iiient jamais un lissu dense et résistant, se compriment et deviennent polyédriques; ce qui fait que lorsque l'on a du tissu sur les yeux, on croirait avoir parfois affaire à du tissu \égélal. Dans quelques 31actres des côtes dcBietagiie et de iNormandie, quand la matière colorante n'est pas encore bien développée, l'illusion pour- rait être complète jiour un observateur (|ui ne connaîtrait j>oint l'origine de la préparation ; les cellules sont réunies par couches , dont l'épaisseur est mesurée par trois, quatre et même davantage. Ces couches de cellules, lâchement unies, tapissent la [laroi interne du sac. Les éléments les plus externes , ceux qui limitent la sub- stance glandulaire, sont hérissés de cils vibratiles , qui acquièrent souvent une grande largeur. Dans les Mactres surtout , les cils deviennent de longs niaments 11 alxdli formes. Dans les Pandores (1), ils atteignent aussi uu grand dévcluppeuient. ici l'épithclium est formé par la substance elle-même : car, à part les cils vibratiles, il n'y a aucune dilïérence entre la cellido la [ilus externe et les deux ou trois (jui la suivent. Dans l'Arche de Noé, au contiaire, les cils sont fort peu allon- gés, et ils forment comme un lin duvet mobile à la surface interne du sac. Je dois appeler I all(iilii)n sur deux (îxcmplcs , où les cellules grandes , bien développées , nudéolées , ne sont pas les plus externes. La couche vihratile est formée de cellules (lu corpuscules assez petits qui, deimis la suii'acc lilirc jusipi'aiiN purlies profondes, augmentent de \(ilunic. Le Spondyle 2 l't la Coihule l'S) offrent celte disposiliiin, qui m'a paiin'vidcNUiiciil cxccplionncllc. Y aurait- {{) Voy. t. IV, pi. 5, fig. 13. (2) Voy. t. IV, pi. l.lig. 7. (3) Voy. I. IV, pi. i,(ig. 3, 298 H. LACAKK-IHITIIIEnS. — Ml'.MdllŒ il 011 iiiif criTiir iliiiis mon (il)serviili(iii ? A côté (riiiio partie de tissu peu (|éveln|)pn' , serail-il venu se placer un tissu dont les cellules avaient acfiuis toulcs leurs proportions? Dans son ensemble, le lissu p(!ut oITrir (I(mix as[ie('ts difle- rents : tantôt la séparation des cellules est maniuéc par un trait (1) obscur, tantôt an contraire par uik- bande plus claire (2). Le pre- mier cas a lieu f|naiid le conleiiu la glande. Nous devons (^bercber maintenant ([u'esl-ec (pii produil ces iiK'galités. Si l'on soumet à rcxamcn microscopifpie, mais à un grossissc- menl faible, une porlion assez considérable du tissu de la glande, non plus pour en connaître les éléments, mais i»onr en étudier la disposition gén('rale, on remarque, en eoinpi'imanl légèrement, (]U(ï les saiHi(!s donl il vient d'être (picslion sont loin d'cire pleines, qu'à leur centre est une cavité ; et si l'observation que j'indique est faite sur la glande d'un animal injecli' , ou voit (pic la matière colorante occupe celle cavité. \i\\ crn|iloyant un grossissement un peu plus l'eut, on ne tarde pas à s'apercevoir (pi'auloiir de cette cavilé, véritable dépendance du système sanguin , esl une coucIk? niinci; cl régulière de tissus (1) T. IV, pi. 5, lig. 7 porl. (6). (2) T. IV, pi. 5, fig. 7 porl. (u). (3) T. IV, pl.4,lii,'. 9. SUR l'organe de BOJAPIIS. 299 glandiiliiiros; de toile sorlc (|itc l'on peut considérer tliiiciine de ces ('•ir'v;ili(Mis cdinnie u\\ (iroloiinenient en culde-sac de l'arbre circulatoire, entouré par de la substance fflanduiairc. Il y a donc ici (|ueli|iie cliosc (|iii rappelle un peu, mais avec iieaiicdiipdc sim- plicité, ce ipic Idn voit (laiis les villosili'.'. intestinales, sani', liien entendu, les ('onctii)nsaii\pii'll('s je ne veux indlement l'aire allu- sion. On peut dans l'ctiidc du ci,ir|is de liojanus se rc[ircs('ntcr dans toute sa simplicité la marelic de la sécrétion ; le vaisseau ca|)illaire, qui l'orme une anse dans la petite ('-li'vation papilleuse du sac, entouré par un |)aiencliyme capable de prendre, sans doute, par endos- mose les éléments de la sécrétion , l'ournit au tissu le liipiide (|ui sert à ('-laborer les produits ; cl la substance sécrélanle est , on le voit, aussi rapprochée que possible du sanfî. Ici se j)n''sente une (|uestion impoilante, la substance cellulaire de cette couche que nous venons de décrire est-elle en dehorsd'une paroi propre au vaisseau, ou bien rormc-l-cllc la paroi môiiie du vaisseau.' I-Ji d'autres termes , les capillaires ipie l'on injecte dans la paroi de la glande Borit-ils distincts de la substance, ou bien sont- ils des lacunes creusées dans cette substance.' .le dois avouer que, dans bien îles cas, dans la Pinnc inai'in(> (1), dans la Pétricole (2), Ja bucarde (S) rusiifpie, il semble ilit'Iicile de ne pas admettre cette dernière manière de voir, car la couche cellulaire est épaisse sim- plement de deux ou trois cellules, et l'on distingue très nettement la cavité centrale, surtout dans la Pinna nobilis et la l'clricola ruperetla. V a-t-il une pellicule mince, anbyste, qui limite celte cavité , et tapisse en dedans les contours du parenchyme jilandidaire ' delà est possible, mais la démonstration en est bien dillicile , sinon inqmssible. Que si l'on admet la prcmièri' des opinions , on voit encore ici plus nettement le rappctrt de la substance {ilandulairc si'crétante avec le liquide sanguin ; et l'on peut presque dire rpie la substance ()) Voy. l. IV, pt. 5, (ifi. !). (2) Voy t. IV. pi. 5, f)g. 1. (3) Voy. l. IV, [.t. 5, fig. 4. 300 H. LftCAZE-DUTIIIEKS. MÉMOIRE puise par un de ses côtés les matériaux qu'elle sécrète et verse au dehors par l'autre. Si maintenant on rapproche de ces descriptions la théorie mo- derne des sécrétions, qui explique la production des liquides par une mue et une déliiscence incessantes des cellules du parenchyme, on voit que le mouvement dans la production des cellules doit se passer du dedans au dehors, c'csi-à-dire de la partie en con- tact avec le liquide sanguin à celle que couvrent les cils vibra- tiles. On pourrait toutefois objecter à cette manière de voir les deux exemples que je présentais il n'y a qu'un instant, dans lequel les cellules les plus développées n'étaient puint celles qui avoisi- naient les cils ; mais on se rappelle quelles restrictions j'ai cru devoir faire. On a vu que quelipies faits semblaient démonircr le développe- ment endogène des cellules. Dans la Tellina so/îrfwkque je péchais aux Hébiens, j'ai remarqué qu'entre les cellules fort grandes et renfermant des noyaux fort développés, il y avait de petits points d'une matière jaunâtre analogue à celle qui forme le noyau des cellules ; et je me demande si ces granulations ne sont pas destinées à devenir le noyau de cellules fntin-es. Ici le développement ne serait plus endogène. Enfin il est une disposition queje ne dois pas passer sous silence, car elle peut, au premier abord, paraître embarrassante. Le tissu glandulaire de la liucarde rustique (Ij, observé à un assez faible grossissement, paraît formé de petits prolongements creusés d'un cul-de-sac; mais les cils vibratilos, au lieu d'être en dehors de ces prolongements , comme cela a lieu dans les autres espèces , se trouvent en dedans On ne peut admettre ijue les vaisseaux san- guins soient ici dans le centre du prolongement là où paraissent les mouvements ciliaires. En observant le tissu de la glande de la Pétricole, on remarque ! 2) allernalivement des dépressions et des saillies de la surface , on observe une même chose dans la Modiole lithophage (3). Aussi dans ces exemples Irouve-t-on tous les pas- (1) Voy. pi. 5, fig. 4. (2) Voy. t. IV, pi. 6, fig. I. (3) Voy. t. IV, pi. .3, fig. 7. SIR l'orGAXE de GO.IA?ilS. 301 sacres entre les lolmles snillanls do la Pinna nobilis (1), et les eiils- de-sac du Carilium nisticvm i"2). En résumé, que l'on considère les vaisseaux sanguins comme étant distincts , et formant un lacis considcralile recouvert d'une couche de substance cellulaire de nature filandulaire , ou bien que l'on admette une couche glandulaire onduleuse dans les replis de laquelle sont creusés des canaux où s'épanche le sang dans son trajet du corps aux l>ranchies, toujours aura-l-on une idée exacte de ladisposition et de la structure de la glande l'orl; simple, en défi- nitive, comme on le voit. III. RÙLE PHYSIOLOGIQUE DU CORPS DE BojANUS. C'est en faisant toute ré.-?erve que je présenterai ipielqiies consi- dérations sur la [iliysiologie de cet organe ; je l'ai dit en commen- çant, il est nécessaire d'entreprendre quelques recherches nou- velles; je ne puis ce[icndaiit à la fin de ce travail, presque entièrement anatomi(|ne, m'empccher de faire coimaître les faits qui me paraissent résulter des observations nombreuses que j'ai pu et dû faire , tant pour étudier l'organe lui-même que pour faire l'histoire des organes de la reproduction des Acéphales. Je regarde, du reste, les considérations <|ui suivent comme destinées à servir de renseignements pour un autre travail. Ce travail, je l'espère du moins, s'accom|ilira plus tard, cl je pourrai alors remplir la lacune que présente anjoui'd'hui mon mémoire. Il est utile d'aboi'd de bien l'Iablir qut^llcs opinions ont été suc- cessivement sonicnncs [lar les anlciirs ; il est piMi d'organes dont le rôle ait l'-té aussi ilivcrsi'mcnl iidcrprété. lîojanus i3) est le premier auteur qui ait sérieusement enircprisd'en faire connaître l'histoire. Dans un mémoire fort remarquable sur la respiration de (1) Voy. t. IV, pi. .--., flg. 9. (2) Voy. pi. 5. fi-, i. (3) Voy. loc. cit., Iniiliiclion do Blainvillo, ot le in(^'nioiro nripiiuil il:ms Yhifi, 1819. 302 H. lArAÏE-DIITIIIERS. MÉMOIRE rAiiodonte,cet auteur clicrclic à prouver que le sac glandulaire des Acéphales est un pouuion. Celle opinion n'est plus soutenable et soutenue aujourd'hui ; ciierclions cependant comment Bojanus avait été conduit à celle manière de voir qui , du reste , n'était pas nouvelle, couinie l'observe avec raison de Blainville, puisque Mér\ l'avait déjà émise à l'Académie des sciences de Paris. Bojanus n'observant que l'Anodoiile (Anodon cygnœum), et voyant toujours l'animal porter ses petits dans les feuillets de ses branchies, en conclut que ces organes étaient des matrices ou réservoirs des omis. Dépossédant ainsi les l'euillels branchiaux d'un rôle qui leur avait été jusqu'alors attribué, il lui fallait trouver ailleurs les organes de la respiration. En faisant des inji^clions, il reconnut bien vile la richesse vaseulaire des glandes brunâtres placées de chaque côté du corps; il supposa que cette richesse devait être en rapport avec une fonc- tion importante : trouvant un sac ouvert àre\lérieur,dans la large cavité duquel s'(''lcvait une éininence, qu'il crut spécialement vaseulaire, il fut conduit à admettre que le sac était la cavilé respi- ratoire où entrait l'eau : (pie la masse saillanle était le poumon, organe même de la respiralion. S'il n'y avait là rien de nouveau, puisf|ue déjà Méry avait eu cette opinion , il y av;ii! au moins (|uel(|ue chose d'incorrect et d'élrange. Quehine chose d'inciu-recl , car, ainsi que n'a pas manqué de le dire M. de Blainville, il n'y a pas de poumon quand la respiration est aquaticpie; et quelque chose d'étrange, parce que tout le sang ayant n'spiré , tout le sang artériel aurait, avant d'arriver au cor[)s, traversé un organe où la vitalité doit être très active au moment delà gestation. Ce qu'il y a d'e.vaet dans le travail de Bojanus, c'est la description de la circulation. 11 semble même f|uela circulation lacunaire y est entrevue ; mais connue le savant professeiu- de Wilna ne faisait ses études que sur une seule espèce, il ne devait et ne pouvait généra- liser ; aujourd'hui que les beaux travaux deîM. Milne Edwards nous ont l'ait connaître eomplélcmenl celle disposition de la circulation particulière aux iMollusqucs , nous pouvons dire que Bojanus avait vu la disposition, sans se rendre un compte bien exact de ce qu'il SUR l'organe de bojanus. 303 voyait. Voici ce qu'il dit; j'eiiiprimle le passage à la traduclion donnée par M. de Blainvilie : « Les veines du corps naissent de » toutes les parties...., et il n'y a pas de doute qu'elles ne comniu- » niquent avec les artères par des vais.seaux de transition d'un «diamètre assez considéruble. Je doute que ce réseau et même ces » vaisseaux aient dans toute leur élendue de véritables parois » vasculaires, et je pourr;iis même ptlirmer qu'une grande partie en » est entièrement dépourvue. » Si Bojanus ne se fût point tenu à l'étude d'une seule espèce, il aurait bien vite acquis la conviction (pic les brancliies ne sont pas des matrices , car un grand nombre d'Acépbales ne portent plus leurs œufs pendant l'incubation ; et cependant les ]irélendues matrices, qui, dans ces cas, seraient devenues inutiles, n'en existent pas moins. J'ai rappelé ce fait pour montrer encore une fois combien il est nécessaire de multiplier les observations sur des espèces différentes et nombreuses , :ifin d'arriver à des données exactes. De Blaiuville, (|ui s'occupa de faire connaître en France le tra- vail du célèbre professeur de Wilna, voulut aussi émetire son ojji- nion qui n'avait rien d'arrêté, et qui, sous la forme d'hyiiothèse, attribuait successivement différents rôles ;i l'organe. Il se demanda si la glande ne serait point une aunex(> de l'organe de la respiration destiné à retenir de l'eau pour le cas où l'animal se trouverait placé hors de ce milieu; si elle ne ie|irésenli'rail pas un oigane sécréteur appai'tenant à la dépuration tiu sang ou une sorte de rein ; si elle ne serait pas une sorte de rate, de ganglion vasculaire, destiné à faire subir une modificalion au sang, avant d'arriver à l'organe de la respiration ; ou bien enlin si cllcn'ap|)artieudrait pas à la géné- ration, et si elle ne serait pas cbargée de sécréter l'enveloppe des (tufs. Dans ces opinions, dans ces hy[iothèses, (|uc, du reste, le savant profe.s.seur ne démontre jias, on li'ouve un peu tout, et parcon- wjquent rien de ju-écis. Je citerai l'opinion de Ricbard Owen : «Modem analysis bas >. di'tcrted a largi; proportion of urir acid in Ibc iieritoncal com- X partimenl cnclosing this veinous plexus, and lias tlius determined 304 a. r^CAZE-DUTHIERS. MÉMOIBE » itto be Hie rénal organ. » Ainsi pour M. Richard Owen, cette glande est un rein , parce que les analyses modernes y ont décelé une large proportion d'acide urique (1). Garner, dont j'ai souvent cité le travail vraiment remarquable sur les Mollusques, considère le corps de Bojanus cnmine un organe d'excrétion, qui doit rejeter certains produits hors de l'éco- nouiie. 11 observe une chose qui, à mon sens, a passé trop iuaper- (,'ue , à savoir qu'à certaines périodes, le corps produit une plus grande quantité de matière calcaire. Ce fait est démontré par les sillons qui se voient sur la coquille, et qui correspondent, comme je l'ai observé mêuie pour des embryons microscopiques , à des moments de repos. L'animal peut avoir besoin de se débar- rasser, à certaines époques, d'un surcroît de matière calcaire, et l'organe glandulaire dont il est ici question rejelle cette matière au dehors. C'est du reste l'opinion tout liypothétique de de Blain- ville, qui considèi'e l'organe comme un rein dépurateur. Garner ('ait remarquer la différence toutefois qui existerait dans celte espèce nouvelle d'organe dépuralenr, qui aurait une circulation analogue à celle que l'on observe ilaus le foie des animaux supérieurs. Il avait, je l'ai déjà dit, conuiiissance de la communication avec le péricarde. Voici conimenl il l'iudiipie pour l'Linio seulement : « In » Ihe Unio an orifice close to Ibat of Ihe oviduct, leads into a large » cavity of Ihe nianlle uuder pcricardium, into which Ihe secreting «organ opens by an internai orifice; » et il ajoute même que Bojanus n'aurait point soutenu son opinion s'il avait connu cette communication. On trouve quelques erreurs touchant les rapports des orifices de la génération et du sac. Ainsi , d'après Garner, l'oviduete est dis- tinct du sac dans les Litbodomes , les Jloides; tandis que dans la Bucarde, la Mactre, la Pholade et la Jlye, les nnd's sont rejetés dans le sac (2). (1) R\ch. Ov/en, Lectures on comparative analomy, yo\. I, p. 284. Mais il ne cite pas les analyses , il n'y a vraiment pas assez de détails pour que cette phrase soit une véritable démonstration. (2) Loc. cit., il Wliilst in Tellinu . Cardiiim , Maclra , Pholas, Mija and most » others the ova are dischargod inio tlie .secretory organs, » p. 294. I SUR l'organe de bojanus. 305 Il y a là une erreur , pour quelques espèces au moins La Bucarde, les ÎNIactres, sont les animaux chez lesquels, au con- traire, les deux orifices senties plus éloignés, les plus séparés et les plus distincts (1). Les concrétions nombreuses que l'on trouve dans le sac de Boja- nus et dans son tissu même avaient été connues de Poli (2), et avant lui de Swaminerdam(3). Ces deux auteurs avaient pensé, d'après la nature même de ces concrétions , que l'organe dont il s'agit avait pour rôle spécial de sécréter la coquille. Cette opinion est aujour- d'hui sans valeur : personne ne songe à la soutenir. Von Siebold a eu aussi son attention fixée sur ces concrétions , et dans son Analomie comparée, il s'exprime ainsi à leur égard : «... Le tissu très lâche.... se décompose en petits corpuscules » granuleux et vésiculcux; la plupart de ces corpuscules contiennent » un noyau arrondi... Ces noyaux sont très solides, et doivent être » considérés comme des corpuscules excrétés. Ils sont quelquefois » tellement grands, qu'on les aperçoit à l'œil nu sous la l'orme de » concrétion inorganique, qu'on peut d'autant mieux comparer à des » calcuisrénaux qu'ils contiennent de l'acide urique. » Et il ajoute en note : " Étant parvenu à recueillir une quantité considérable de ces )' calculs, j'en ai remis une partie à M. de Babo, de cette ville, qui » s'est chargé d'enfairel'analysequalitalive. Le résultata été que ces » calculs, dont la cassure est conclioïdc, sont composés principale- » ment de phosphate calcaire avec une trace de phosphaté deniagné- » sic, et une faible quantité d'une matière organique se comportant » avec l'acide nitrii]ue exactement comme l'acide urique. » La fin de cette note se termine ainsi : « L'opinion (|ui les regarde comme des » reins a trouve beaucoup plus de |)arlisans (Treviranus dans Tie- «demann, Zeitsch. f. PhysioL, I, p. 53, etCarus, Zool., 1836, « II, p. 650j, d'autant plus qu'on affirmait (ju'ils contiennent de » l'acide ui-ique (Garncr, Trans. ofPhil. Soc. loc, p. 92, et Owcn, » Lectures on llie comp. Anal. , p. 284), ce dont je n'ai pas pu m'as- » surcr jusqu'à présent. La composition cliimi(iue de ces concré- («) Yoy. la planche 5, fig. 6. (2) Ouvrage de Poli sur les Mollusques des Deux-Sicites. (3) Uiblia naturœ. 4* série. ZooL. T. IV. (Cahier n" 5.) * 20 306 H. LACAZE-DIITHIERS. — MÉMOIRE » lions me confirme dans l'opinion que ces organes sont réellement » des reins (1). » Ainsi voilà l'opinion de von Siebold nettement formulée. L'or- gane de Bojanus est un organe dépuraleur, et spécialement un rein. Il est impossible de ne pas relever, après bien d'autres, du reste, l'erreur de Neuwyller (2) sur les prétendues fonctio.ns génitales mâles de cet organe. Les spermatozoïdes qu'il croit avoir aperçus ne sont évidemment (]ue des cellules cbargées de cils , si longs quelquefois, comme on l'a vu. M. Desliaycs (3) considère l'organe comme jouant un rôle de dépuration, mais ne dit pas spécialement qu'il soit un rein. Enfin M. Milne Edwards (4) avait depuis longtemps, dans un travail sur quelques animau.x inférieurs de la mer, indiqué, à propos du sexe du Peclen, que ces glandes pourraient bien concourir à quelque titre à l'accomplissement des fonctions de la reproduction. Dans des conversations particulières, i\L Edwards, tout en donnant moins de valeur à cette idée première , m'a paru pencber aujour- d'hui pour celle qui verrait dans l'organe de Bojanus un rein. Telles sont les opinions que l'on trouve dans les ouvrages. On ne peut tout d'abord s'empêcher de faire une réflexion en voyant quelles raisons déterminent l'opinion des auteurs. La plus vraisemblable, la plus accréditée aussi , est (|ue le sac de Bojanus joue le rôle de rein. Or on se base sur la présence de l'acide urique, comme s'il était par avance démontré que la sécrétion urinaire était toujours caractérisée dans la série animale par la présence de cet acide. On se demande si la présence dans une partie de l'or- ganisme de quelques concrétions se comportant comme de l'acide urique est bien une preuve (pie cette partie est uu rein. Nous savons si peu sur les fonctions des animaux inférieurs, (pie véritablement (1) Analomie comparée, t. H, 2' partie, p. 280, et note 5. (2) Neuwyl., Aeue Daikschr., VI, p. 25. (3) Voy. Destiayes, Exploration scientifique de l'Algérie, Mollusques. Ar- ticles, Organes dépurateurs , des diverses Monographies. (4) Voy. Milne Edwards , Observations sur la structure et les fonctions de quelques Zojphijtes , Mollusques et Crustacés des eûtes de France {Annales des sciences miureUcs, 2' série, t. XVIII, p. 321). * SIR l'organe ce bojaisus. 307 c'est aller un peu vite en se |irnnoni;ant ealégoriqucment sans autre preuve. On appelle l'oie dans les animaux supérieurs une glande bru- nâtre qui si'pMre du sani: un produit jaune verdùtre, la bile, et qui, parlicularid' iniporlanle, se trouve sur le passade du sang revenant de l'inlestiH , c'est-à-dire sur le trajet de la plus grande partie des matièi-es alinienlaires absorbées après la digestion. (Juelie iiiiluence a sur ces matières alimentaires , désormais entraînées dans le torrent de la circulation, la glande hépatique ? Nous n'en savons encore vraiment pas grand'chose. Si les faits avancés par jI. Bernard se vérilient complètement, s'ils sont acquis à la science , nous conimencerons à entrevoir l'une de ces actions, et le rôle mystérieux du foie se dévoilera à nous. Nous verrons les matières amylacées transformées par lui en sucre ; mais reslerail la bile, pour hKjucili' on doit encore se demander si clic est un lii|nide nécessaire à la dig(>slion , si au contraire elle n'est (junne sorte de uialière exerémcntitielle , résultat d'une première dépuiation opérée sur cette substance alimentaire qui fait son premier pas dans l'économie. Ouoi qu'il en soit, il nepentètredouleux pour personne que le foie n'ait un nMe important , et (jue ce rôle consiste à agir sur le sang chargé des principes alibiles autres que ceux qui sont versés dans le loi'reni circidaloire par le canal Iboraciqueou l'appareil cbylifèrc. Or, (|u'on le l'cmarque, le foie est justement placé sur le chemin du sang (pii va au poumon , et à priori, ne serait-on pas tenté de croire qu'un organe place dans les mêmes conditions serait ap[telé à rem|ilir les mêmes fondions? 11 faut bien le leconnaitre, ces eonsidéralioiis foui naître dans l'espril un doute sérieux à l'en- droit des fondions du corps de Bojanus, (jui se trouve jinrisément dans les coiidilions f|ue nous venons d'indiquer. Il esl |ilacésurle trajet du sang qui revient des organes de la digestion, cl qui certai- nement esl cliai-gé des produits alimentaires. C'est donc, si c'est un rein, un rein bien dincrcnt de celui des animaux supérieurs , cai' il est dans des conditions tout autres. Kt après ces réllexions, (juaud on rapproche d'elles les preuves vraiment bien légères (pie l'on donne de la nature de la fondion, 308 n. L.tCAZE-BU'ruiERS. — mémoikf. on se prend à douter, surtoul ([uand on songe au peu de notions que l'on possède sur les fonctions de ces animaux ; car l'acide urique ne se présente pas toujours dans l'urine, et quand il se rencontre dans une partie du corps, nous n'en concluons pas forcément (\\\e cette partie est un rein. Ce qu'il serait utile de clierclier , dans la liqueur excrétée, c'est l'urée, car l'urée est l'élément caractéris- tique de l'urine; mais encore de l'urine des animaux supérieurs. Or nous n'avons aucune donnée sur la sécrétion urinaire dans les animaux inférieurs. Nous ne savons pas comment s'effectue la nutrition , par quelle voie et sous quelle forme sont rejetés les aliments ayant servi à l'accomplissement de la vie. Nous ignorons complètement si, de même que dans les animaux supérieurs, les matières azotées sont rejetées au dehors sous forme d'urée. On le voit, la question prend des proportions plus grandes qu'on ne le supposerait au premier abord. Envisagée sous ce point de vue, elle devient plus difficile à résoudre, et les preuves tirées de la présence d'un petit calcul d'acide urique, tout en ayant leur valeur réelle, n'en restent- elles pas moins insuffisantes. Quoi qu'il en soit de ces considérations, rpii, du reste, mon- trent, je pense, tout le vague qui existe sur la question , voici les observations qu'd m'a été domié de faire : Quatre espèces ont surtout présente les faits les plus carac- téristiques : ce sont la Nacre , la Lucine, la Lutraire et la Mactre. En étudiant à Mahon les organes de la reproduction delaNacre, je fus frappé de la résistance des sacs de Bojanus; en les ouvrant, je trouvais dans leur fond une poussière noirâtre , et dans leurs tissus des concrétions. Cette particularité n'avait rien d'exception- nel, et dans tous les individus (pie j'observais à Mabon, dans ceux que je dus plus tard à l'obligeance de M. Valencienncs et de M. Rousseau , je retrouvai constamment les mêmes concrétions. L'examen microscopique de ces papilles qui hérissent la face internedessacs, etqui constituent, comme on l'a vu, le tissu même de l'organe, montre (1) dans les cavités de chacune d'elles une con- (I) Vo\czpI. S, fig. 9. 1 SLR l'organe de ROJANl'!!. 309 crc'lion sphérique perliforaïc, partaitcnient arrondie, transparente, d'une teinte brunâtre, terre de Sienne, offrant des lignes concen- triques , qui indiquent, sans aucun doute , le dépôt de couches successives; on a sous les yeux une véritable petite perle. On se rappelle que la cavité de la pa[iillc est occupée par un canal san- guin; et l'on se demande si c'est dans le sang que s'est formée cette concrétion perliforme ? Je reviendrai plus loin sur cette for- mation et sur son origine. On rencontre fréquemment, dans toutes les [)arties du corps des Nacres, des perles souvent allongées, pyriformes, ressemblant un peu à des larmes bataviques, ipi'il serait bien intéressant d'étudier. Une analyse comparative de celles-ci , et des concrétions perli- formes du corps de Bojanus , auraient , on le comprend , le plus grand intérêt. Malheureusement je n'ai point de données, et je ne puis dire si dans l'une et l'autre on rencontre les mêmes élé- ments; mais c'est là une lacune qui ne pourra et ne devra plus exister dans un nouveau travail. L'organe de Bojanus de la Lucine [de celle de l'étang de Thau près de Cette, et de celle des environs des Hébiens j)rès de Saint- Jacut-la-Mer en Bretagne ('Côles-du-Nord) ] est vivement coloré en brun. On se rappelle rpie celte coloration est due au noyau des cellules du tissu, (^es noyaux, moins développés et très vagues dans les cellules les plus jeunes (i) et les moins grandes , deviennent de plus en plus nets, et la matière colorante semble se concréler et augmenter de plus en plus, à mesure que les cellules sont plus anciennes '2^. Sur nn même individu, il est rare que l'on ne rencontre pas tous les pas.sages, depuis un simple noyau jusqu'à un petit corpuscule sphérique composé découches concentriques, disposées autour d'un centre jjIus clair, qui rappelle encore [)arson ap|iarence ce noyau. On peut donc admettre ici dans la Lucine qii aiilour de ce noyau, conuni! ('enlre d'altrai'tion , est venue se déposer la substance; calculeuse (â). Ces petites perles sont enfer- nuM's dans la cclhilc où (jlli's se .sduI pruduiles. (1) Vûy.pl. i,Dg. n. (J) Id.. fig 12 (u 6 c). (3) /d..rig li(<=). 310 U. LACAZE-UUinil^RS. MÉMOIRE Dans les .lamboiuioaiix, un Irouvc les poiles dans la cavité même du vaisseau sanguin (1 ) occupant le centre de la papille. Comment s'expli(pier celle position ? Evidemment il y a en rupture de In cellule ilans la(|uelle s'était l'ormée la concrétion , et chute de celle-ci dans la cavité interne. Si la rupture eût eu lieu en dehors, la perle serait tombée dans le sac même, ce qui rend compte de la présence de cette poussière noire rpie l'on trouve dans la poche de l'organe. Dans ces deux exemples, les dépôts sont irréguliiTs et amorphes ; dans ceux qui suivent, au contraire, il y a eu cristallisation de la matière inorganique, el ici encore c'est autour du noyau que sont venus se grouper les petits cristaux. Le corps glandulaire esl, dans la Luiraire, d'un hnm l'oncé ; si on le déchire sous l'eau, on voit s'en délaeiier une poussière hrune qui se précipite au Tond du li(piido. Si on l'observe au niicrosoope, on voit qu'il est l'orme de [icliles élévalions |)eii Iranspareiiles, parais.sant bourrées de petites aiguilles ou corpuscules allongés et dirigés dans tons les sens. Sur une portion peu considérable de la glande, à un grossissement sulTisant, ces particules se l'ont tout de suite reconnaître pour des cristaux (2), qui ressemblent singulière- ment à l'aeide uriquc que l'on rencontre dans bien des cas chez les animaux supérieurs. .Mais, cliose remarquable, c'est encore ce noyau (3), à bords irréguliers, parfaitenieni reconnaissable, qui sert de centre aux cristaux, (leiix-ei sont groupés le plus souvent en croix; cependant il y a bien des variations de forme (4) : tantôt le noyau esl au eenire d'une lamelle ellipsoïdale qui rappelle les lames rbomboïdales dont les angles sont arrondis, connue cela s'observe même dans les cristallisations de l'urine de l'homme; tantôt deux de ces plaques sont posées de champ l'une sur l'autre, et .se coupent à des angles très variables , mais toujours le noyau est reconnaissable à l'intersection; tantôt enfin de petites baguettes, plutôt aciculaires que vérilabjemenl lamellaires, rayonueni encore (1) PI. l,fig. 5, fig. 9. (2) Voy. l. IV, pi. 4, lig. 4. (3) Voy. t. IV, flg. 1 In'). (4) Voyez les différentes formes de cristaux dessinées figurai delà planche 4. SUR l'organe debojanls. 311 du même point central, et l'on a, à n'en pas clouter, le commence- ment d'un groupe analogue à ceux que l'on trouve dans l'urine de l'homme. Tous ces corpuscules sont enfermés dans des cellules, de telle sorte que, entre l'exemple actuel et ceux étudiés précé- demment, il n'y a pour toute différence que la disposition amorphe dans un cas, la l'orme cristalline dans l'autre ; et l'on peut ici dans cette différence apprendre à connaître l'origine même de ces petites perles. Mais la Jlactre présente dans le corps de Bojanus des groupes de cristaux qui rappellent véritableinenl , à s'y méprendre , les cristaux d'acide uriquc. La forme, lu Icinte, tout est parfaitement semblable (1). Sans connaître les formes indiquées précédem- ment pour la Lutraire , il est difficile de comprendre leur origine et leur point de dépari ; mais dans ce dernier exemple, on voit déjà le commencement du groupement des baguettes aciculaires. Ces baguettes, du reste, semblent rayonner d'un centre qui est le noyau primitif de l'une des cellules. Ces groupes de cristaux paraissent noirâtres, quand on les observe à la lumière réfléchie; au contraire , ils sont rougeàtres, éclairés par la lumière trans- mise. Je ne les ai jamais rencontrés enfermés dans une cellule; cela tient sans doule à ce ipi'iJs avaient acquis déjà trop de déve- loppement, et qu'ils avaient rdiiipu lesjtarois. La cristallisation ou la proihu lion de matière inorgani(|ii(;, qu(ii(|ue placée eu dehors de la cellule, n'en a pas moins continué et augmenté leur volume. Depuis que j'ai fait cette observation, le même fait s'est présenté de nouveau; j'en parlerai dans im travail (|uejeme propose de publier bientôt sur l'analomie el le dc'veloppemenl de la Bullée {Bullœa ajjerla). J'ai, en effet, rencontré dans le rein de cet ani- mal des cristaux groupes tout à l'ait connue dans la Macire des côtes de Uretagne. Ces cristaux de la Lutraire ont été vus par M. Deshayes, qui les compare à des cubes à angles arrondis, à des navicules et des tour- niquets compresseurs; il observe (|u'ils s(int solubles dans l'acide nitrique, mais il n'en indi(iue pas la nature. Du reste, tous les (t) Voy. t. IV, pi. 4, lit'. *■ 312 B. LACAZE-DIITHIERS. MÉMOIRE ailleurs ont été frappés de la présence de ces concrétions solides inorganiques ; Poli avait même basé sur elle sa théorie de la sécré- tion de la coquille. Il était bien intéressant, on le comprend, de connaître !a com- position de ces concrétions ; aussi en avais-je recueilli dans le but de les faire analyser. Toutefois , malgré les résultats que mon excellent ami et collaborateur pour d'autres travaux, M. A . Riche, a obtenus, je crois qu'il faudrait procédera de nouvelles études. Pour moi, en effet, les analyses chimiques, quand elles s'appliquent à la physiologie, doivent avoir un but défini ; on doit chercher dans telle ou telle direction, et ce n'est pas seulement d'une analyse iso- lée que l'on- peut conclure quelque chose de-positif. Des analyses isolées fournissent des renseignements sans doute; mais pour arri- ver à des faits caractéristiques, il faut des recherches comparatives. Ainsi les Jambonneaux présentent des concrétions dans le sac de Bojanus, dans les tissus du manteau, etc., etc. N'est-il pas évident qu'il faudrait faire l'analyse comparative de ces produits, et n'est-il pas hors de doute que leur composition devrait être opposée à celle de la coquille elle-même ? On le voit dans l'étude qui nous occupe, ces recherches prennent des proportions considérables, surtout quand on remarque que ce n'est pas sur une espèce isolée, mais évi- demment sur un grand nombre que le travail doit être entrepris. Je ne présente donc qu'avec réserve les quelques résultats que je dois à l'obligeance de mon hahile ami. Voici le passage même de la lettre où il me rend compte des opérations qu'il a fait subir aux corps que je lui avais remis. « Les masses brunâtres que vous m'avez dit appartenir à la Lu- » traire solénoïde ont été desséchées à 50 ou 60 degrés , puis » mises en digestion à chaud avec une solution de potasse ; la solu- » tion, décomposée par l'acide chlorhydrique, a donné un précipité » blanc d'acide urique insoluble dans l'alcool et dans l'éther. Séché » sur un liltre séparé du papier', ce précipité, traité par l'acide azo- » tique, avec la chaleur et la va[iein' «l'amnioniaque, a donné la » coloration rouge caractéristique de l'acide urique. » Déjà , on se le rappelle , la simple observation microscopique m'avait conduit à admettre la présence de cet acide. L'analyse ici est démonstra- SUR l'organe de bojanus. 313 tive ; elle a quelque chose de plus positif que celle rapportée par von Siebold et faite par M. de Babo. Dans la série des matières que j'avais données à M. Riche, se trouvait, mais en petite qiiaiilité, la glande de la^iactre, où l'on observait très nettement les cristaux paraissant d'acide urique , et dont j'ai parlé. Traitée de la même manière, un précipité très faible s'est encore produit ; il était insoluble dans l'alcool et l'éther, et coloré légèrement en rouge par la réaction de l'acide azotique et de l'ammoniaque ; mais la quantité de matière était très faible , et il y avait, bien que la réaction se présentât, moins de certitude que précédemment. Mais, chose curieuse dans les concrétions de la Pinne marine , concrétions perliformes et non cristallines, l'acide urique ne s'est point montré, si du moins on juge de sa présence par les réactions précédentes. Cependant le même procédé a été employé à plusieurs reprises, car la quantité de matière était plus considérable. M. Riche a cru y trouver de l'urée. « H m'a paru y en avoir un » peu. J'ai essayé le dosage au moyen du procédé de M. Millon ; je » n'ai eu que des traces d'acide carbonique, dégagé par l'action de » la substance sur l'azotite de mercure dissous dans l'acide azo- » tique. L'eau de chaux était troublée cependant , et en recueillant » le gaz dans un tube à potasse, j'ai eu une augmentation bien légère » de poids duc à l'acide carbonique produit. « .Malheureusement les analyses n'ont eu pour but que la recherche de l'acide uriijue et de l'urée. Elles auraient dû aussi faire connaître la nature même des calculs qui ne présentaient pas d'acide urique, la substance manquait pour cela; mais je ne puis admettre néan- moins que ces derniers résultats infirment les premiers. En effet, dans la vessie de l'homme se forment des calculs d'acide urique, mais tous ne sont pas d'acide urique. Il en est de phosphate ammoniaco-maguésien (ce sont les plus fréquents) où l'on chercherait on vain l'acide urifjue, et ce n'est pourtant [las à dire qu'ils ne soient caractéristiques de la sécrétion urinaire. Y au- rait-il ici quclipie chose ipii ra[ipelle co (pie l'on voit dans l'homme. L'acide uriipie est plus l'n''queMHni'nl crislallis('', tandis ipie li; pho.s- phatcammoniaco-magnésien estprescjuc toujours ainorphe, dc(iosç M^ H. LACAZE-DUTHIERS. MÉMOIRE par couches conceniriques. Je regrette beaucoup de n'avoir point la coaiposition du sel qui l'orme les concrétions perlit'ormes du corps de Bojanus du Jambonneau. C'est surtout l'urée qu'il serait important de chercher et de trou- ver; mais les ditlicultés sont extrêmes dans ce travail. En effet, l'organe est peu volumineux dans les espèces que nous pouvons facilement étudier. Il faut donc le prendre sur un grand nombre d'individus. Or le sang qui est dans son intérieur est abondant, et il s'écoule en grande abondance par les blessures que l'on fait à l'animal ; on a donc les glandes de Bojanus baignées dans une masse considérable de ce liquide. Or on ne sait rien sur la composition chimique du sang des Acéphales ou des Mollusques; on se voit toujours en face de bien dos f(uestions quand on veut aborder les études de chimie physiologiijue des animaux invertébrés. Des faits qui précèdent, il semble découler, avec les observations des auteurs que j'ai cités précédemment, que la glande de Bojanus est un rein. Cependant, je l'avoue, il m'est difficile de croire que si , en effet, cet organe est chargé de séparer du sang ce que nous nommons dans les animaux supérieurs l'urine, il soit exclusive- ment destiné à remplir ce rôle. En effet, j'ai bien des fois été frappé, et cela avant de connaître l'opinion de M. Edwards (1), par la coïncidence évidente qui existait entre le développement des sacs de Bojaiais et celui des glandes génitales. A Mahon , aux Mnrligues, à Cette, à la Rochelle, à Saint-Malo, à CourseuUes, j'ai maintes fois observé que les animaux, au moment de la ponte, avaient leur corps de Bojanus vivement coloré et fort turgide; que ce développement , annonçant une plus grande activité de la sécrétion , cessait ou diminuait beaucoup , au contraire , sur les individus i:hcz (|ui la pi'riode d'excitation génitale étidt passée. Parmi les nombreux faits de ce genre quej'ai observés, je citerai l'un d'eux, que je trouve dans mes notes de 185^ sur mon voyage en Bretagne. (I) Loc. ci(. SUR l'organe de BOJANUS. 815 Aux grandes marées d'août, j'avais ti'ouvé sur les plages des Hébiens beaucoup de Pandores rosfrées dont les organes de la géné- ration étaient gorgés par les produits de la sécrétion, et je me de- mandais si je ne pourrais en étudier la ponte et le développement. J'avais remarqué (jue les eorps de Bojanus étaient vivement eolorés, les corpuscules nueléolaires étaient fort nombreux et très gros. Comme ces Pandores liabilaieut un l'ond sablonneux assez profond, je fus empècbé dans ces recliercbes par la morte-eau ou petite marée de la première quinzaine de septembre. A la grande marée suivante les Pandores avaient pondu, et je trouvai tous les organes génitaux vides. Chose remarquable, les glandes de Bojanus avaient perdu la vivacité de leur coloration, et il ne pouvait être douteux que la cessation du travail d'une glande ne coïncidât avec celui de l'autre. Dans beaucoup d'autres circonstances, cela m'a paru si évident que, dans les notes de mon voyage aux Baléares, je trouve le corps de Bojanus souvent désigné par le nom LVannexe de la génération. Un se rappelle d'ailleurs le rapport presque constant qui existe entre les orifices des deux glandes. C'est en rapprochant ces faits de ceux rjue l'anatomie nous a montrés à [)ro[ios de la ciicuhilidn, rpie je n'ai pu, malgré les ana- lyses, arriver à prendre une délermination absolue, avant d'avoir préalablement fait de nouvelles recherches. Je suis loin cependant de nier que les sacs de Bojaiuis soient des organes dépuralcurs analogues aux reins; mais je croirais volontiers (pi'au lieu d'un seul rôle ils peuvent en jouer deux. Ainsi nous voyons dans la série animale , à mesure que l'organisme se simplifie de plus en plus, la division du travail être de moins en moins grande, et un même orgime rem|ilir plusieurs (onctions. N'y aurait-il pas ici ipielquc chose de semblable, et la glande rénale de quelques auleius ne poui'rail-elle aussi devenir glande annexe do la généralion à un nionienl doruM', tout en consi'rvant son rôle d'organe dépui'aleur.' En résumé , on le voit jiar les di-lails (jne je viens de donner, la nécessité de recherches physiologiques sur l'ensemble des fonctions des animaux irderieurs ne doit faire aucun doute ; et c'est parce que les notions (|uc possède la science à cet cgaid me 316 H. L/MJAZE-nUTniEBS. MÉMOIRE paraissent trop insuffisanlcs, que j'ai apporté une grande réserve dans les conclusions de mon travail. Je citerai en terminant un dernier fait. Sur une Mactre qui pré- sentait les cristaux d'acide urique dont j'ai parle, je trouvai aussi dans l'ovaire une foule de petits corps brunâtres, qui n'étaient rien autre que des calculs ; et en étudiant minutieusement le tissu , je rencontrai dans un œuf fl), entre la coque et le vitellus, un calcul, une masse de substance pierreuse. Il est difficile de trouver la matière calculeuse plus avant dans l'organisme. Or ne se pourrait- il pas faire que les Mollusques produisant des perles, quels que soient le nom ou la valeur des produits, ne fussent autre cbose que des animaux placés dans une même condition que l'homme goutteux, ayant une diathèse calculeuse , une disposition à laisser précipiter dans tous les points de l'économie celte matière calcaire qui , nor- malement, se dépose par couches successives et forme la coquille? N'est-il pas probable que, de même que l'acide urique et le phos- phate ammoniaco-niagnésien se déposent, chez l'homme et les ani- maux supérieurs, dans la vessie ou autour des articulations pour former les calculs vésicaux,ou les concrétions lophacées des cal- culeux et des goutteux , de même ici, quand les matériaux se déve- loppent anormalement et outre mesure, ils peuvent se déposer partout, et donner naissance aux calculs que nous avons trouvés dans le corpsdeBojaiuis, ou bien auxjoeWex proprement dites? En un mot, le Mollusque produisant des perles n'est-il pas un être atteint d'une diathèse calculeuse? Je me suis abstenu de donner un nom particulier à la glande , cela se comprend sans peine. La désignation que j'ai employée , corps de Jiojanus , ne préjuge nullement le rôle. Que d'exemples de dénominations semblables je pourrais citer dans l'analomie de l'honnne ! Les corpuscules de Malpighi désignent des choses que l'on ne peut confondre avec d'autres , et cependant le nom ne fait en rien pressentir la fonction. 11 était prudent d'ailleurs de se gar- der d'imposer un nom basé sur les fonctions , puisque je n'avais rien de positif, de fixe à leur égard ; il me suffirait enfin de rappeler (I) Voy. I,. IV, pi. 4, fig. 5(c). SIR l'organe de bojams. 317 que les noms de poumon^ testicule, rein, organe dépura leur , appen- dice veineux, donnés successivement à l'organe, suivant les opi- nions différentes des auteurs, ont dû être tour à tour abandonnés, ce qui n'eût pas eu lieu , si à la place d'un nom significatif on eiit employé un nom sans valeur physiologique. EXPLICATION DES FIGURES. Anatomie de l'organe de Bojanus. PLANCHE li. Fig. t . Cristaux de formes diverses, libres ou enfermés dans des cellules, trou- vés dans le tissu du corps de Bojanus de laiulraria solenoides (nj (n')noyau, [D cellule. Fig. 2. Éléments microscopiques isolés de la même glande dans la Lima squa- vwsa. On croirait à l'existence d'une seconde cellule incluse. Fig. 3. Éléments microscopiques isolés de la Corbulu slriata. Ces éléments sont de deux grandeurs; les plus petits portent les cils vibratiles. Fig. 4. Un groupe de baguettes aci&ulaires de la Maclia slultorum. La ressem- blance avec l'acide urique de l'homme est extrême. Fig. 5. Un œuf de la même, ayant entre sa coque et son vitellus une concré- tion pierreuse (c). Fig. 6. Corps du Spondylus Gœderopus dépouillé du manteau et des branchies , pour montrer le corps de Bojanus (r) (r) ouvert ; (oo) orifice de l'oviducle ; (pe) orifice du sac ; (mpj muscle des valves. Fig. 7. Portion de tissu de la glande du même (6) ; cils vibratiles (c); corpus- cules moins développés que ceux placés en (a). Fig. 8. Corpuscules du même très développés, el qui se trouveraient après ceux marqués (a), fig. 7. Fig. 9. Une portion grossie de la substance du même, pour montrer l'apparence veloutée de la face interne. Fig. 10. Tissus du corps de Bojanus de la Chama griphoides. Fig. I \ . Tissus du corps de Bojanus de la Lucina laclea peu développé ; la matière colorante est encore disséminée , diffuse. Fig. 4 2. Id. : en (a) (fc) (c) on voit le noyau sa concréter de plus en plus , et en (c) il est devenu le centre d'une véritable petite perle. On voit dans ces cellules un second cercle, qui semblerait, comme dans la figure 2, indiquer une seconde cellule incluse. PLANCHE 5. Fig. t . Portion (6) du tissu du corps de Bojanus de la Petrieola ruperella, mon- trant lépaisseur des parois des lobules et leur disposition ; (ommeon trouve assez rarement l'occasion et le temps de faire une di.s.section scuihlable, car c'est un travail qui ne m'a pas demandé moins de trois mois, il m'a paru utile de dessiner celte préparation , parce qu'elle permet d'embrasser d'un coup d'œil rap]iareil circulatoii'c, respiratoire et digestif des Ophidiens. 11 m'a semblé aussi ipi'il serait intéressant de donner ici des ligures réduites an (|iiart de grandeur, et qui, coloriées de teintes diffé- rentes poni' rendre les \ aisseaux plus iaciles à distinguer, suffiraient pour en montrer tous les détails; cela complétera en quelque sorte res|)è(i' de publication cunmicncéc, par une exposition de plusieurs années, dans les galeries d'anatomie du jaidin des Plantes (voy. pi. 9, (ig. 1 et llg. '2;. La facilité de pouvoir vérifier siu- une pièce d'un si grand vnliunc tous les faits consignés dans mes dessins, offre pour ri''lude des avaidages incontestables. J'ai en outre l'ail en détail, cl illustri' par huit ligures, l'anatomie du cunir, n'ayant trouve'", en l'ait de représentation du c(eur des Ophi- diens, que la ligure donnée de celui de la Couleuvre par M. le doc- teur .'\Iartin Saint-Ange, à propos de la circulation du fœtus linmain, et celles du s rapports avec les gros vaisseaux ipii en partent. Pour exposer plus nettement luules les parliesdu Python (pie j'ai préparé , j'ai été forcé de dévier fortement à gauche du coîur la trachée-artère et les poimioiis. En outre, la crosse de l'aorte gaviche, qui est naturellement siluée licaiiconp phis en arrière que celle de la droite, s'y trouve, au contraire, plus portée en avant que celle-ci, soulevée qu'elle est par la trach('e-ai'lère. Mais j'ai rétabli ces rapports, dans toute leur rigueur, dans la li;iuie II, |ilanche 10, qui représente le péricarde et les gros vaisseaux du cieur. J'aurais pu facilement corriger cela sur la ligure 1 de la |ilanche 9 ; mais on comprendra ijue j'ai voulu donner ici telle (prclle est la prépara- lion placée dans la galerie d'anatomie comparée. Lorsqu'on a poussé dans le cœur une injection solide comme dans celui de la figure 1 d(; la planche 9, et celui de la planche 11, figure 5, repn'-seulé par sa face iuli-rieiuT , et figure 6, même planche, par sa face supérieure, les formes des diverses cavités .sont bien plus uettemeni caractérisées. On voit rpie le conir est allongé', et que les oreillettes conslitueiit plus de la moilic' supé- rieure d(; sa longueur, cl soûl dislinctcs. Si l'on enlève le feuillet séreux viseé-ral ilu pé'riearde, on isole entièrenieiil eu avant et en arrière les deux (neillellcs. On voit distiueleuieiit la lonne de roreilletlc droite - voy. n" .'5, lig. li, \i\. 1 1 et l'iuiiou de la veine jugulaire droite avec la veine cave post(''rieure , pour foi mer un sinus veineux, séparé de l'ureilliMIe didite par un silluu profond circulaire ipii ré|mud à l'enibdiiihuri' de ce sinus dans celle euvilé (voy. n" 12, i:i, des lig. 5 el6 de la pi. 11 ,. Celte oivilletli' droite est eu i-appnri eu dedans avec l'origine des gros vaisseaux qui 326 II. JACQUABT. OKGANES DE LA CIRCULATION partent du cœur, et aveo les veines jufrliiaire droite et cave posté - rieuure. Les rapports du cœur ont été précédemment indiqués en décrivant ceux du péricarde. Si l'on ouvre l'oreillette droite par sa paroi inférieure , et qu'on rabatte celte paroi en dehors (voy. iig. 7, pi. 10), on voit que la jugulaire droite et la veine cave postérieure (n°' 1 et 2, même tigu re) communi(pienl avec roreillelledniife par une seule ouverture allon- gée en foruie de lente, garnie de deux valvules (voy. n" 5 et 6), dont l'arrangement a été comparé par les docteurs Hopkinson et Pancoastà celui des paupières. 11 existe mii^conunissure antérieure (n" 15; et une postérieure ipii complètent l'analogie. Le docteur Schlemm (ouvrage cité) l'a comparée, avec beaucoup de justesse, à la valvuUï iléo-csecale. Les deux valves de cette soupape, à l'étal de flaccidité del'oreillette, sont libres et mobiles; mais quand celle-ci se contracte sur le sang qu'elle contient , ces deux valvules pous- sées par ce liquide s'accolent par leurs bords en ligne droite, et ferment ainsi la communication entre l'oreillette et le sinus. Mais si l'on écai'tc les bords d(> la val\ ulc, on apcivoit mie disposition fort curieuse à noter; en clïel, la veine jugulaire gauclie, après avoir pénétré dans le pi'ricarde d(> la manière que j'ai déjà indi(piée, s'adosse à l'oreillelte gaucbe dans une gouttière (|ue présente celle ci, se place dans le sillon aMiiciilo-vcnlriculaire gauche, atteint l'oreillette droite, et s'y ouvre en haut et en arrière tout près de la cloison intcr-auriculaire (voy. n" 16, 7 et 1, Iig. 6, pi. 11). Celtedernièredis|iositionaétéfort bien indiipiée par .M. Schlemm, et aussi par (aivier et .Meckel dans leurs Traités d'analomie compa- rée. Hopkinson n'en a pas parlé. Cette valvule est l'analogue de la valvule d'Eustache des Mammifères. Mais ce qui n'a pas encore étédit,que je sache, c'est que, si l'on regarde parla lente entr'ouverle de la valvule (pii garnit l'entrée du sinus veineux dans l'oreillette droite, on voit (jue l'embouchure de la jugulaire gauche iii» 4, tig. 7, pi. 10), s'accolant à celle-ci (n- 3, même ligure) , forme avec elle un éperon n° l/i), et que son orifice se trouve abrité sous le tiers environ de la valvule, qui sert déjà , comme tous les auteurs l'ont indiqué , à fermer l'entrée du CHEZ LE SERPENT PYTHON. 327 sinus veineux. J'insiste à dessein sur ce point, qui jus(iu'iri , je pense, a édinppéaux recfierclies des anatomistes. Ainsi trois veines fermées par une seule disposition vaivulaire ! Quelle simplicité dans les moyens! Je doiilc (pi'on puisse trouver une plus heureuse appliealion de la loi d'iVonomie exposée par .M. le professeur .Miine Edwards dans son livre intilid(' : Introduc- tion à la zoologie générale. Plus d'un fois encore, dans le cours de ce mémoire, nous aurons occasion de rendre hommage à cette loi, au sujet des dispositions parliculières du système circulatoire des Ophidiens. Et , à priori , ne devait-on pas s'y attendre.' En effet , chez ces animaux , les organes resseirés , pressés les nus contre les autres, par la forme allongée qui préside à leur organi* sation , ont pu recevoir dire(Mement des liranches artérielles uni- ques placées sur la ligue médiane dans leur intervalle, ou réunir en un seul tronc les veines qui en rapportent le sang. Ainsi il n'y a qu'une veine pulmonaire située dans la gouttière formée par l'adossement des deux poumons ; elle reçoit directement les bran- ches qui en proviennent, et l'on ne voit ses deux racines que là où les deux sacs aériens se s('-|);irent. Ainsi les espaces intercostaux, droit et gauche, reçoivent leurs artères d'un tronc unique, qui nail directement delà face inférieure de l'aorte, et ne se bifurque qu'au niveau de la colonne verléiiraie. Ainsi se comportent les veines dé Jacob.son. En effet, elles sont formées par des branches consti- tuant de nomijrenx rameaux comparables aux veines azygos de l'homme , et qui vont alternativement le plus souvent se rendre dans la veine ilc Jacobson droite et dans la gauche , et sont for- mées de cinq, six, nu d'un plus grand nondirc de rameaux iniiques qui proviennent en\-nièmes de la réunion des veines de l'espace intercostal droit et du gauche Mais me voici cnli'aini' bien loin de la di'seriplion de la cavité At l'oreillelli' dmile : je nie bfUe de l;i reprendic. Pour le passage du sang de roreilleile ilrnile dniis le ventricide droit, il existe nu oriliee assez rélri'-ci, semi-circulaire, situé au côté |iostérieur de la cloison inler-aurieidaire, et (pii est fermé r>ar une valvule fvoy. n" 9, lig. 7. pi. 10;. La cloison inler-aniiculaire est nietubraneiise . sans oiiverturc 328 H. JAC'QUABT. — ORGANES DE LA CIRCULATION et sans colonnes charnues. Le reste, au contraire, de la face interne de la cavité est revêlii de petits piliers musculeux, libres seulement par une de leurs surfaces, cl comme sculptés sur les parois, s'entre- croisant dans tous les sens , ci comprenant entre eux de petits enfoncements ou dépressions (voy. n" 8, 10, Il , 12, fig. 7, pi. 10). La valvule semi-circulaire qui ferme rouverture présente un bord droit , soudé à la partie moyenne du bord postérieur de la cloison inter-auriculaire , ou plutôt se continue avec elle à angle droit. Le bord convexe de cette valvule répond à l'ouverture ven- triculaire, qu'elle bouclie exactement quand elle est tout à fait relevée. Nous l'avons représentée entre-bâillée. Nous reviendrons d'ailleurs sur la description de cette valvule à propos de la cavité du ventricule droit, car elle y joue un rôle important. L'oreillette gauche a environ la moitié du volume de la droite ; si à sa paroi inférieure elle est moins large (|ue la di'oitc , c'est le contraire supérieurement ; en sorte que la cloison inter-auriculairc est située un peu obliquement de haut en bas et de gauche à droite. Cette cloison (voy. n» o, llg. 9, pi. 10) est membraneuse, com- plète et sans ouverture ; et il ne peut y avoir aucune communi- cation entre les deux oreillettes. Une grosse veine, la veine pulmo- naire, s'ouvre dans la partie postérieure de la face supérieure de celte orcillclle, assez près de la cloison inter-auriculaire. et peu loin de l'union de l'oreillette gauche avec le ventricule corres- pondant (voy. n" 1 et 5, hg. G, pi. W, et n" 2, 6, lig. 9, pi. 10). Elle n'est pas garnie de valvule, et ramène le sang du poumon. Toute la surface interne de celte oi'cillcttc est revêtue de petits faisceaux charnus, ou colouues moins finement sculptées et moins nombreuses que dans l'oreilletlc droite ; diversement eulre- croisées, elles comprennent dans leurs intervalles de petits enfon- cements. La cloi-son inter-auriculaire en (^st dépourvue, ainsi que la face supérieure de cette cavité. , Voy. ir .i, /i, /i, lig. 9, pi. 10.) Sur la paroi postérieure de rdicillcltc gauche, au niveau de la partie moyenne du bord postérieur de la cloison inter-auriculaire, est l'ouverture f|ui mène dans le venli-iculc gauche, garnie d'une valvule tout à fait semblable à celle qui a (''te déjà di'crite dans CHEZ LE SBRPENT PYTHON. 329 l'oreillette droite, symétriquement disposée comme elle par rap- port à la cloison, et formant avec elle un système fdireiix conlinu, ainsi que je vais l'exposer en détail dans un instant. ( Voy. n" 1 , fig. 9, pi. 10.) En arrière des oreillettes se li'ouvent les ventricules droit et gauche , séparés des oreillettes pas un sillon très profond , qu'on rend très visible en enlevant la séreuse du péricarde qui ne s'y enfonce pas. A la face ventrale du cieur, les deux ventricules sont séparés par le sillon anléro-poslcrieur qui loge les vaisseaux coronaires (voy. n° 11, fig. 5, pi. 11 j. Ce sillon, peu marqué inférieurement, l'est encore moins en haut voy. n" 14, fig. 6, pi. 11 ;. Les deux ventricules ne sont qu'incomplètement séparés par une cloison qui s'étend du sommet du cœur à sa base , et qui à l'extérieur n'est (pie faiblement indiipiée, comme nous l'avons dit, par les sillons aiitéro-postérieurs (pii logent les vaisseaux coro- naires. Nous verrons aussi qu'il existe «ne ouverture de commu- nication entre les deux ventricules dont nous ciierchcrons à \nm préciser les éléments et la disposition. Si l'on ouvre le \enlricule droit en divisant sa [laroi inférieure par une première incision, sur les côtés de la cloison inter-ventri- culaire, et une autr(> men(''c de rcxliémilé antérieure de celle-ci en suivant, à (juelqiics milliiiiètrcs de distance, rinscrlion des gros vaisseaux, et qu'on cnlèvr cette paroi coniMiconra fait, figure 8, planche 10, on voit la cavité du veiilrienlc droit et les nombreux détails (ju'elie |)iésente. Le docteur Sclileimn, figure 1 , ouvrage cité, a bien représcnli' la partie de ce venlriciile, qui appartient à l'artère pulmonaire.) On y lioiive des colonnes charnues et des dépressions (pii sont plus noiMbreuses vers le sommet , et en ren- dent la siirl'aci' inliTiir tirs irn'gujière (voy. n°' Lî, 0, 7, |in. S, pL 10). Sur la |]anii siipi'ririiri' de ce Nciiiriciilc (■iiininciii;aiil près du .sommet du (d'ur, cl allant si' terminer vers l'cmbouiiiine des vaisseaux qui naissent de cette cavili', est iiiie eolonni' (•liarnuc (voy. ri"' 8, 0, fig. 8,|)i. 10 , libre par sou boni iniV'iii'iir, eoiilinue par le imrd opposé avec l:i |)aroi du veuliieule; elle se dirige en avant, cl forme une cloison iii<-oinplète en bas, sé'piiraiil le veiili'i- S3Ô H. JACQUART. ORGANES DE LA CIRCDLATION Cille en deux cavités ou loges : l'une , dite pulmonaire , on se voit l'embouchure de l'artère pulmonaire, qui est la loge inférieure (voy. n° 7, fig. 8 , pi. 10), et l'autre loge , aortiquc ou supérieure du ventricule droit, d'où partent les deux aortes droite et gauche (voy. n°' II, 5, 13, 15, id.), et aussi n" 10, 12, id. Le plus petit de ces troncs, l'aorte gauche (voy. no 4 , fig. 5, pi. 11; voy. aussi n°10,(ig.8,pl. 10), est situéau milieu, entre les deux autres et au-dessous d'eux ; son ouverture est placée au-dessus de la colonne charnue déjà décrite, qui cloisonne le ventricule droit, et s'ouvre directement dans la loge supérieure ou aortique du ven- tricule. En dehors de l'aorte gauclie est l'orifice de l'aorte droite (voy. n° 12, même figure), qui est aussi , comme on le voit, située au-dessus du bord libre de la colonne charnue, et en communication avec le même compartiment du ventricule droit. Son calibre est in- termédiaireà celui de l'aorte gauche etde l'artère pulmonaire. Celle- ci , la plus considérable des trois , prend naissance immédiatement au-dessous de la cloison, et à la base du compartiment inférieur du cœur droit ; sortie du cœur, elle se place entre l'aorte gauche et la droite, d'une part, et l'oreillette gauche de l'autre, puis se dirige d'arrière en avant de la base du cœur vers le bord antérieur de la gouttière située entre les oreillettes en bas , et là se divise en deux branches pour se rendre à chacun des deux poumons. Les orifices des trois vaisseaux partant du ventricule droit sont garnis chacun d'une paire de valvules sigmoïdcs, tout à fait analogues aux valvules sigmo'ides des Mammifères. La fente (pii sépare ces valvules est transversale pour chacune des deux aortes , cl un peu obliquement dirigée de dehors en dedans et d'arrière en avant pour l'artère pul- monaire. Telle est la disposition admise par les docteurs Schlemm, Cuvier et Hopkinson (ouvrages cités), et que j'ai figurée ici sur le Python, mais (|ui est contestée par Meckel et Carus ; car ils n'admet- tent i|u'un seul tronc d'origiru^ pour les deux aortes , garni d'une seule paire de valvules. Comment ex|iliquer cette divergence d'opinions sur des faits d'observation? Y aurait-il parfois des anomalies? A l'origine de chacun de ces trois vaisseaux, on trouve deux ampoules ou liosscluies n'gulières de leurs parois, au niveau de L CHEZ LE SERPENT P\THON. 3^ï chaque valvule sigmoïde , correspondant à ce qu'on a désigné chez l'homme sous le nom de sinus de Valsalva. Le mécanisme est du reste le même , bien qu'il n'y ait que deux valvules , c'est-à-dire qu'elles se ferment dès que le ventricule cesse sa coniraction , et s'ouvrent au contraire dès qu'elle recommence. Je ferai remarquer (voy. n°' 8, 9, 14, 16, fig. 8, pi. 10 j, comme on peut levoir, l'inser- tion de la colonne musculensecloisoimante sur le hord adhérent de la valve sujMM'ieure de cpa soupapes par son extrémité antérieure ; en tirant sur elles, elle doit tendre à ouvrir les vaisseaux pendant la systole du veulricnle. Du cloisonnement du vcniricide droit par la colonne charmie, il résulte que le sang (pii est lancé par le ven- tricule droit se divise en deux courants : l'un , passant au-dessùâ de la colonne charnue , va dans les deux aortes situées au-dessus du bord libre de celti' saillie musculaire, et l'autre, passant au- dessous, afflue dans l'artère [)ulmonaire. Le docteur Schlemm (ouvrage cité) fait observer que le cloisonnement incomplet en bas, dans l'état de tlaccidité du c(Pui', devient complet, lors de la systole du ventiicule, par l'application de la paroi iulerieurc contre la colonne charnue. Au-dessus et en dehors de cette der- nière existent deux ouvi rlures, qui ne sont sé|i;irées que par une cloi.son membraneuse ou ii[ipar'eil valvulaire auiiculu-vciitriculaire : l'une d'elles conduit dans l'oreillette droite , et a déjà été indiquée en décrivant la cavité de cette dernière ; elle est située fibis en avant que l'autre, c'est-à-dire plus près du sillon auriculo-ventriculaire. L'autre, plus postérieure, est le passage qui fait comniuni(|uer les deux ventricules, l'ne valvule fpie nous avons déjà étudiée à sa face auriculaire peut , en se relevant , boucher l'orilice auricidaire , ou en s'abaissaul ouviii- ce dernier, et clore l'ouverture (pii fait com- miini(|uer les deux ventricules. .Mais il est utile de décrire avec soin celte valvule, dont ladisfiosition, une fois bien connue, résout toutes les difliculli's que prescrite r(''tude du co'iu' (U'<. ()]ilii(lieus, et permet de bien ciiiiipri'iidrr conniirnl est idiisliliii' le jiassagc interventriciilairr. fille si' |iri''S('nle sous deux aspects bien diflé- rcnts , suivant qu'on l'examine du côté de roreilletle droite (voy. n° 9, (ig. 7, pi. lOj (ui du côté du ventricule (voy. n° 16, fig. 8, pi. 10), c'est -à-dire par .sa face antérieure ou narsa face 332 H. JACQUARl'. OHGANES DK LA CIRCULATION postérieure. Dans le premier sens elle est légèrement convexe , semi -lunaire ; sa demi-circonlérence , >\vn est libre, forme un rebord ou bourrelet, parce qu'elle est comme repliée tlu côté du ventricule. Sou bord adbérent est uui nu bord postérieur de la cloison inter-auriculaire (voy. n°'9, 13, liy. 7, pi. lOj à sa jonction avec le veulricide droit. Du côlé du veiilriculc clic est concave; sou bord vu ainsi est tranchant, festonné , convexe , et connue épaissi à son milieu ; il devient concave sur les côtés en se conlinnaut vers le ventricule par deux poinlcs ou piliers libreux, qui ne sont autre chose que le prolongement anguleux de la valvule ( voy. n°' 4, l/i, 16, fig. 8, pi. 10) : l'interne 'n° \lx, id.), inséré sur l'extrémité antérieure de la colonne charnue déjà décrite ( n°' 8, 9, id.), l'autre sur de petits faisceaux musculaires des parois du cœur (n° 4 , id.). Je n'ai pas trouvé le tui)ercule indiqué par le docteur Hopkinson sur le milieu du bord libre de la valvule; à la vérité son serpent était d'une grande taille. Cette valvule est tendue jtar la traction des fibres charnues dans la systole du ventricule ; cette tension a pour effet de mieux la disposer à obéir à l'impulsion du sang chassé par le ventricule, et de l'appliquer plus cxacleiueut contre l'oriliee aurieulo-venfriculaire. La valvule auriculo-ventriculaire gauche est en tout semblable à la droite voy. n» J, lig. 9, pi. 10, et n" 9, fig. 7, pi. 10), si ce u'csl qu'elle ne s'insère par ses piliers (voy. n" 7, 11, fig. 10, pi. 11) que sur de petites colonnes charnues. Si l'on enlève ces deux valvules avec les colonnes musculaires auxquelles elles adhèriMit, ainsi que le pourtour de l'orifice de ciui(|ue ventricule, on voit qu'elles sont contiiuies d'un ventricule à l'autre par l'duverture interventriculaire qu'elles contribuent à former; (|uc c'est en (pielque sorte une tente fibreuse quadrila- tère (voy. fig. 1 1 , pi. 1 0). Cette tente est convexe en a\ ant du côté de l'oreillette, où elle se continue au milieu avec la cloison inter- auriculaire qui s'insère sur elle perpeudiculaii'cmcnf , concave en arrière du côté des ventiicuics ; voy. n"~ M, 2, 9, fig. 10, pi. 11; voy. aussi n"' 4, l/l, Ifi, fig. 8, pi. 10 . Deux bords opposés de cette tente sont festonnés et libres ; ce sont ceux qui répondent à chaque ventricule , cl la dish'ibulion ultérieure de cette artère, soit à l'extérieur de la tète, soit sur l'encéphale, je remettrai à plus lard le soin de combler cette lacune; et je dirai seulement, en résumé, que l'artère céphalique, après avoir donné la sous- maxillaire, contourne l'angle de la mâchoire inférieure, monte sur le côlé gauche de la tète, l'ouniil des ramuscules au pharynx, une branche plus forte aux musclgs ptérygoïdiens, et se sub- divise en deux : la carotidf^ commune gauche et le tronc com- mun des deux artères vertébrales , et de la carotide commune du côté droit. En un mol, on voit ici encore une application de la loi d'('conomic de M. le pi'ofesseur Miliie lidwards. Il n'y a qu'un seul tronc arti'i'iel jusqu'à la tête, au lieu des deux vertébrales et des quatre artères carotides externes et internes desMammilères. C'est l'artère céphalif|ue seule qui fournil toutes les brandies qui sont données parées six artères ehe/ les Mammifères, il est bien évi- dent qu'il y a là une cause de ralerilissemenl de la circulation, qui est peut-être en harmonie avec l'étal le plus ordinaire de torpeur et d'engourdissement de ces Hcptiles. Nous avons indiqué' la disposition de la carotide cununime, telle que le docteur Schlcnuri l'a lrouv(''e sui' le Culuber naliix (voy. lig. /| de sa planche , li; Trigonocephale mulus (voy. iig. 3, id.) et le Uoa eonstrictor (voy. lig. 1, id.,. Mais ce n'est pas celle qu'oïl rencfjulre chez tous les Ophidiens; elle varie suivant les espèces et même les individus. Ainsi Cuvier dit que la branche glandulaire la plus considérable naît de la crosse même de l'aorte gauche. Siu' b' Python molure (pie .pai représcntt; ligures 1 et 2, planche y, les deux artères carotides ciMiimuiies droite cl g;iiiclie 340 II. Jli'Ql'AR'l'. — (llir.vNKS DU LA (^IIICI'LATION riiiisseiil de la crosse luèmi' de l'aorlo par un tninc si court, qu'elles paraissent au premier al)(ir(l partir directement de eelle-ei. Mais la gauche est d'un très petit calibre , et son extrémité eéphali(|ue est presque capillaire ivoy. n°' 27, 28, lig. d,pl. 9;. Siu' un autre Python inolure représenté lio'ine 3, planche 9, un tronc commun de "i à 3 millimèlres donne naissance à la l'ois aux deux carotides comnumes. -Mais la cai'otide comnnnieaauclie reste volumineuse, jus(ju'à l'aiticnlaliou de la uiàclioii-e (ju'elle con- tourne pour se terminer, <'onunc le docteiu' Sclilennii l'a indi(jué; donnant, comme nous l'avons déjà dit, des rameaux àl'tesophage, à la trachée, ù la veine jugulaire gauche (U au pharynx; fournis- sanl , avant sa terminaison , derrière la mâchoire , l'artère sous- maxillaire qui accompagne les ilivisions du nerf liypoglosse. L'autre carotide connnune on droite n'ayant pas le tiers du volume de la gauche, l'ouniissant un rameau Ihyro'idien assez tort au corps glanduleux, allongé', silu('' à gauche, |iiiis d'auli'cs plus petits à celui de droite. Elle al'l'cclait avec la Irachi'e, et avec le pneumo- gastrique et la jugulaiie droite, les mêmes rapports que la carotide commune gauche ; donnait comme elle des ramuscides à la trachée, à l'œsophage et à la jugulaire, mais allait griiduellcmcnt en dimi- nuant de calihre , et enlin, au milieu de la longueur du col, deve- nait filiforme pour se terminer près île la tète, à l'état cai)illaire, comme un rudiment de vaisseau, consei'vé seulement pour rappe- ler la disposition symétrique ordinaire dans les classes plus élevées. Sur le Python dont j'ai représenté le cœur (fig. 5, 6, pi. 10), ce n'était pas la carotide commune gauche (|ui faisait les frais de la circulation céphalique ou céréhrali^, c'était au contraire la droite, si nous en jugeons, du moins, parle volume de cette der- nière presque double; car nous n'avons eu à notre disposition que l'origine des vaisseaux de la crosse aorlique droite , et la carotide commune gauche, d'un calihn^ moitié moindre, naissait à gauche d'elle de cette même crosse. Enfui sur le Boa, dont h; péricarde a été représenté ligure 4, [ilanchc 10, deux caroliilcs commîmes (16 et 18 j étaient à peu près de même grosseur, et devaient se partager la circulation de la tête et de l'encéphale. L'artère aorte droite, à rexti'émit('' supérieure de la convexité de CHEZ LU SEKI'EXT l'VTHON. 341 sa crosse, lournil l'artère vertébrale fie (luvier, ou artère du col du docteur Schlemm voy. ii°' 15, 31, liy. 1, [il. 9). Cette dernière correspond par sa distribution à la première intercostale des Manimil'ères, à la cervicale ascendante et à la transversale du col. Après sa naissance de l'aorte (boiic, dans le point indiqué, elle se place au côté droit des apophyses é|)ineMses intérieures, et semble être la contiinialion de l'aorte sur la région cervicale du rachis. Elle est en rajiport en bas avec r(esoi)bat;e, en liant avec la couche nuisculeuse intérieure de la région cervicale de l'épine. Elle four- nil en bas des l'aineaux (csuphafriens, en liant des artères inter- costalesuniipies, qui, an niveau di'sapopiiysesc'pineuses intérieures, se divisent en deux branches intercostales, l'une droite, l'autre gauche, ("etie oriiiine des deux intere{istales par un tronc impair se renconli'e aussi, parmi les Manmiiteres, chez le 5ini/ft sahea et chez le Cochon. .Vrrivée à la huitième ou ilixième vei'lèbre. en avant du cœur, l'artère du cou s'cni'once (Mitre la l'ace inlV-iiciire des vertèbres et les muscles qui s'y atlacheni. Là elle donne naissance, selon l'auteur du ménioire précit(''. à des artères intercostales, i|ui naissent par paires une à droite , ! autre à uaïuiic , et enfin elle se termine dans les nniscles de la région postérieure de la nuque. Encore ici, nous ti'ouvons dans celte artère unique, et dans la veine ipii lui (;orrespond, une appliealiuii de la loi d'économie. Sui' le Pytbiin molui'erepn'senli'' liiiiire 1 et ligure 2, phiiieheQ, et sur celui de la liiiiire 3 de la même |iiaiielie. l'artère du l'oii , riepuis sa naissance ius(|u'à sa Icriiiiiiaisoii, ne doiiiK^ que des troncs iiilereiislaiix uiiii|iies, ipii se siibdiviseiil ensuite en deux pour clia(pie espace intercostal. L'arlère aorte droite fournit encore depuis l'orif^ine de la précédente, jusqu'à sa rencontre avec l'aorte franche , un assez ^;iand nombi'c de troncs inter(;ostaiix impairs , qui .se comportent ensuite eomuic nous l'avons indicpic'. Ils sont au nombre de 18 sur le Python moliire, repn'senté iifiinc 1 de la planche 9 (voy. du n° 10 à 15 de celle ligure). L'aoï'te gauche ou postéi'ienre, ainsi appeii'e parce (piVlle l'durnit an.x ()rf;iin<'s placées derrière le co'iir, après être ik-c de la base du cuinpartimeni >>i|i(''rieiii' ilii vi/nliieiile droit ilii e(nii'. (jui es! pour nous le diverliciiliiMi droit du xenliicule j^aiiehe, sc|)araiil l'arlère 3a"2 H. JACQUART. ORGANES PE LA CIKCULATION aorte droite de l'artère pnliiionaire , se dirige en avant entre ees deux vaisseaux et l'oreillette sauche, contourne le bord antérieur du cœur , se place sur le côté gauche et inférieur de l'œsophage , forme une crosse semldable à celle de l'aorte droite , mais dont la convexité, qui est aussi antérieure, n'nlteint pas le niveau de celle-ci. Elle se dirige ensuite (mi arrière sur le côté gauche et supérieur de l'œsophage en arrièi'c du cumu-, et s'unit avec l'aorte droite ilans le voisinage du l'oie. Outre ces rap|ioi'ls que nous avons indiqués, elle est croisée en bas à angle droit parla veine jugulaire gauche, le pueumogaslrirpie gauche , la carotide coniuiune , et embrassée par le nci'l'nvurrcnf gauche (voy. n"* 12, 13, ih, 16, fig. 1, pi. 9; voy. aussi n°' 12, 13, 18, 23, hg. 3, pi. 9). Elle se trouve dans le reste de son trajet placée sur la ligne médiane, distante des apophyses épineuses inférieures des vertèbres de toute la longueur des troncs impairs des artères intercostales ', qui naissent de son côté supérieur, située au-dessus des poumons, du canal digestif et du foie ; elle atteint la dernière vertèbre abdo- minale, sort de la cavité du même nom, et prend le nom d'artère caudale, qui se prolonge jusqu'à la dernière vertèbre. Depuis sa réunion avec l'aorte droite jus(prà l'anus , l'aorte gauche donne , par son colé supérieur, un iioniltrc considérable de troncs impairs d'origine des intercostales, (pii se ('(importent conim(> nous l'avons indi(pi(\ et continuent la série conmiencée par les inti^n-ostales qu'a fournies la vertébrale de Cuvier fvoy. n"'16, 17, 18, 10', 20, 62, fig. 1, pi. 9; voy. aussi les n«^ 75, 76, 77, 78, 79, fig. 2 de la même planche). t)e sou côté inférieur naissent les itranches viscérales , au nombre des(pielles se trouvent, en [iremière ligne , les artères du foie et de l'estomac 11 n'y a fias de tronc (Mvliaque, mais les artères hépali(pies, au nombre de dix à douze, naissent du côte droit de l'aorte , se dirigent transversalement vers la scissure du foie , en formant entre elles des arcades, d'où partent de nombreux rameaux qui ])énètrent dansla sulislancede cette glande, (".es branches hépa- tiques fournissent aussi des rameaux bronctii(iues pulmonaires et œsophagiens. Cinq a six artères se rendent à l'estomac: la dernière, qui l'emporte en volume sur toutes les autres, est destinée à la CHEZ LE SEKPENT PYTHON. S/lS région pylorique. Les brandies sui)érieures et inférieures qui pro- viennent de ces artères se distrilmi'iil aux régions correspondantes de ce viscère. De même qu'il y a un ^rand nombre d'artères hépa- tiques et f;astni|ucs, il y a plus de deux ailèrcs uiésenlériques , et on ne pourrait lt> classer en Miéscntéri(|ues antérieures et posté- rieures (in'eu ayant éfianl, d'après la loi de connexion, à la portion d'intestin aucpiel elles se distribuent. Ur on sait que la niésenté- ritjue supérieure chez les Manimilères donne des branches à tout l'intestin prèle, et à la moitié du yros intestin (pii l'ait suite à ce der- niei'. (liiez les Ophidiens la naissaiiee de l'inteslin grêle est nette- ment donnée par le rétrécissement qui répond au pylore (voy. P de la lig. 2 , pi. 9 ), et sa terminaison par la présence de l'appendice iléo-caecale(voy. n" 65, même ligure r, du moins je l'ai trouvé chez le Python . Prenant ensuite la moitié anlérienre du gros intestin vvoy. n"' 65, 66 , même figure) , les artères qui se rendent à tout l'intestin grêle et à celte portion du gros seront des artères mésen - lériques antérieures. Klles sont ici au nombre de sept. Ces artères, nées du côté inférieur de l'aorte, se dirigent en bas vers le bord adhérent de l'intestin, et tantôt au niveau de ce bord, tantôt aune certaine dislance, suivant sa position plus ou moins l'ioignéc de la colonne vertébrale , se subdivisent en deux branches , l'une anté- rieure, l'autre postérieure, lesipielles,|iar les anastomoses qu'elles forment entre elles, constituent des arcadesd'où parlent des ramus- cules (pii couvrent la pcripliérie de l'inteslin. La branche antérieure de subdivision de la iiremière niésentéri(iue antérieure se rend au pylore, s'aiiaslomuse avec l'artère gasiriipie la plus ]»oslérieure, et donne des artères à la vi'sicule du liel , au pancréas el à la rate. Le lameaii posti'rieiii- de la dernière mésentérique antérieure s'anastomose avec la biaiiclie aiitcTieiire de la première mésenté- liquc postérieure , Les artères niésentériques |ioslérieures , ici au i ibrc de cinq, naissent de la mèmi; manière ipie les antérieures, et, à part la jior- lion d'inleslin à hiipiellc elles doivent se rendre, se coiupoitent de la même manière qu'elles. f>i l'on a égard, chez les Ofihidiens, à la disiiosiliou allongée de l'intestin, ipii a iK'cessité l'existence il'nii plus grand immbri' d'ar- 34i H. JACQL1ART. ORGANES UE LA CIRCIILATION lères mésentériques , et diniiriuc celui des arcades vasculaires , l'analogie de leur distribution avec celle qui a lieu chez les Mam- mifères est facile à saisir (voy. n°' 82, 83, 8Z|, 89, 90, 91, 93, 92, 95, 96, 9/i , 98, /', h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, l, (ig. 2 , pi. 9). Au niveau du cloaque, l'aorle (jui lui est su[ier|)osée lui fournit directement jikisieurs artères (voy. C, même ligure Les rameaux épijiloïques sont fournis par l'aorte même, ou |iar les artères gastriques , rénales , ovariijues, Icsliculaires , ou celles des oviducles. Les artères testiculaircs , au uouibrc de trois , (juatrc ou cin(| , pour chacune de ces glandes, naissent des côtés cori'cspondanls de l'aorte i voy. n" 85 , 86 , è, c, 3) , et aussi i n" 87, 88 , 2 , même lîgurej, se rendent directement à leui' bord interne, traversent leur tunique fibreuse, el se ramilicnl dans ht substance du testicule. La position plus antérieure du testicule droit moditie l'origine de ses artères. .Même observation [mur la naissance des artères ovariques droites et gauches : leur nond)re varie de {[ualre à six. Les artères des oviductes, à cause de la position différente de ces deux conduits, naissent bien plus en avant pour l'oviducte droit que pour le gauche : elles sont aussi bien plus nondu'cuscs (lour le piemier. Elles vien- nent de l'aorte , des rénales , des nvariques , ou enlin des artères mésentéri(iucs postérieures on de celles du cbuKinc. Lciu' trajet très sinueux se prèle à l'aniiiliatiiin de ces conduits membraneux par le développement des (eul's(|ni viennent à s'y développer. I-es artères rénales, dont le nnmbre v;irii' de quatre à six , par la posi- tion plus aniéricnrc du rein droit , naissent plus en avant pour ce dernier (voy. n" 11, 100, el c, (/, 12, même figure) Elles se rendent direclement à la jiarlie correspondante de la scissure de cette glande; chacune se subdivise en deux brancbes, qui, en s'anaslomosant entre elles, forment des arcades de la con- vexité des(|uellcs paitcnt des rameaux , dont les subdivisions se rendent dans les lobules rénaux, (les artères fournissent desramus- cules au canal déférent el à l'uretère correspondant, i|ui en reçoi- vent aussi directement de l'aorte , des artères mésentériques pos- térieures et du cloaque. CIIKZ LK SERPENT PYTHON. 345 Les nombreux raniuscales vasculaires qui , après avoir i'ouriii aux uretères, passent dans la ckiplicature du péritoine qui main- tient le canal déférent en rapport avec le rein , ont t'ait croire à tort, sur des pièces non injectées, qu'il y avait des communica- tions nombreuses entre les uretères et les canaux délérents. Après sa sortie de l'abdomen en arrière de l'anus, l'aorte prend le nom d'artère caudale, et dinnnuc j;raduellenient de volume jusqu'à l'extrémité de la (picue (voy. n°' 68 et 80, mènie iijiurc). Système vemeux. Le sang qui a été porté par les artères dans tous les organes revient par les veines, dont les unes aj/parliennent au système vei- neux générai : ce sont les veines jugulaires, les veines azygos anté- rieure et postérieure, et se rendent directement, ou par l'intermé- diaire d'autres veines, dans l'oreillette droite. Les autres ne se comportent pas ainsi , mais , méritant le nom de veines arté- rieuses, se forn)ent à leur origine comme les veines ordinaires, et une fois constituées à l'état de troncs, se terminent comme les artères en se ramiliant dans une glande. Parmi ces systèmes veineux, les uns, cuminr celui de la \eiue poi-le, appar- tiennent à tdus les Vertébics; le> autres sont s|i(Viaux à certaines classes, les Oiseaux, les Poissons et les Reptiles, Ce sont les veines de Jacobson. Enlin il existe un ordre de vaisseaux (joi lait partie de la petite circulation ou eii-culatiou pidmonairi' , c'est-à-dire l'ar- tère |)ulmonaii'e qui porte dans le |Miuiuiin le sang veineux , et les veines pidmonaires qui le rappnilcnl du poummi pour le verser dans l'oreillette gauche. Nous décrirons successivement ces vais- .scaux dans l'ordre nii nous venons de les énumérer. Veines ju^'ulaires. Au niveau de larliculalinu de |;i màclioiic iiilVMieiu'e avec l'os carré, de la l'é-uiiion des veines sous-ma\iilaires el du (roue com- mun des veines faciales et cérébrales, naissent lis deux veines jugulaires droite cl gauche; de là elles se dirigent eu arrière vers le cœur, et reçoivent dans leur trajet les veines de la Iracbée, de Stië D. JACQUART. ORGANES DE LA CIRCULATION l'œsophage et des muscles. Elles sont en rapport, en haut, avec l'œsophage ; en dedans , avec l'artère carotide commune corres- pondante, qui n'exisie le plus souvent qu'à gauche, et avec le nerf pneumogash'ique ; en bas, avec les muscles abdominaux. Leur calibre augmente considérablement, à mesure qu'elles approchent du cœur; et quand elles sont injectées, elles offrent des renflements énormes qui diminuent un peu en avant de ce dernier. La jugulaire droite est déjà volumineuse vers l'angle de la mâchoire inférieure, et augmente encore avant sa terminaison, où elle se rétrécit ensuite considérablement. La jugulaii-e gauche est, au contraire, très petite à son origine (voy. n" 3, 4, 30 et 9, fig. 1, pi. 9; et n°' 5, 6, fig. 3, même planche). Quand il y a deux artères caro- tides communes, et que c'est la droile (]ui est capillaire à sa ter- minaison , on trouve pour les veines une disposition inverse. Là où se termine Tarière, en gardant un calibre assez fort, com- mence une veine très grêle ; là, au contraire, où une artère est fili- forme à sa terminaison, commence une veine assez forte. Nous avons vu avec détail comment la veine jugulaire gauche passe sous la crosse de l'aorte gauche , pénèlre dans le péricarde, et se lermine dans l'oroillcllc droile. La veine jugulaiiv droile, avaiil de péni'lrer dans le péricarde, reçoit les veines azygos antérieure et postérieure (voy. n°" 3, 7, 6, iig. 1, pi. 9; voy, aussi n»' 5, 4, 24, 24, 28, fig. 3, pi. 9i. L'azygos antérieure, veine vertébrale de Cuvier, uait à l'angle de la mâchoire inférieure; elle es! placée au devant du cœur, en dehors de l'arlèrc correspondante, entre la colonne vertébrale et l'œsopiiage; elle reçoit les branches impaires des veines inter- costales, au nombre de quarante environ , et celles du pharynx e de l'œsophage. L'azygos postérieure, beaucoup moins forte de calibre et moins longue, résulte de la réunion de dix à quinz(^ rameaux impairs, formés, chacun, |)ar la jonclioii des veines intercostales droites et gauches siluéesderrièic leco'ur. (les deux veines azygos se réunis- sent au devant du e(eur, et leur Iroiic commun se jette dans la veine jugulaire droite. .Nous avons suilisauunent indiqué comment la jugulaire droile , CHEZ LE SERPEΫT PYTHON. 347 en se réunissant à la veine eave poslériein-e, forme un sinus, et comment ce dernier sahouciie flans rorcillelte droite. La veine cave postérieure est formée par la réunion à angle aigu des deux veines rénales efférenles ivoy. n°' 7, 8, 6, 4, 1, fig. 2, pi. 9i-, elle marche d'arrière en avant sous la colonne vertébrale, et, longeant le coté droit de la veine porte fvoy. n°' 23, 22, 21, 21, 5, 3, lig. 1, pi. 9 , elle reçoit dans son trajet les veinés testiculaires (voy. n°' 5, 2 cl 3, lig. 2, pi. i) , et chez les femelles, les veines des ovaires et des oviductes. Parvenue dans le sillon du foie qui lui appartient, elle reçoit direclenieiit les veines lié[iatiques (voy. les veinesqui y aboutis.;enl du n° 22 au n" 67, fig, 1, pi. 9), ce qui fait (ju'elle grossit considérablement. De plus , au delà du tiers postérieur de la longueur du foie, sur le Python dont j'ai représenté fig. 3, pi. 9 la région cardiacpie, la veine cave posté- rieure, outre les branches hépaliques, recevait encore par son côté gauche, comme j'ai pu le constater par un dessin rpie l'espace nous empêche de doimcr ici, six ou sept veines impaires, résultant de la réunion de deux branclies, l'une antérieure, l'autre postérieure, lesquelles, en s'anastomosant les moyennes entre elles , la plus antérieure avec la naissance de l'azygos antérieure, et la plus posté- rieure avec quelques-unes des racines de la veme porte, formaient une série d'arcades vaseulaires en manière de veines azygos, qiii reeevaieni de leur convexité chacune de six à douze rameaux uniques, produits pai' la léimion des veines inlercoslales droites et gauches. Disposition ideniiquement la même que celle que nous trouverons dans les racines de la veine porte et des veines de Jacohson, (pii préscnicnl luie série d'arcades, dans lesquelles se jettent les li-oucs impairs lésultant de la réunion des veines inter- costales droite et gauche. Veines de Jacoiisoti. Il existe chez les Opliiilii'iis cummc chez les aiilics Reptiles; chez les Oiseaux et les Poissons, un système particulier de veines, découvert par le professeur Jacohson l'ii 1815. et aux(picllcs on a donnr'- .son nom. fVny. .laeobson. De syslemate ueno.so in permul- lis animalibus observato . Ilafniic, 1821.) S48 H. JACQUART. - ORUAMiS DE LA CIRCULATION Swaminerdani (voy. dans la BiUia naturœ, p. 84.8, pi. 49, fig. 4 m, n, 0,6) avait figuré les veines rénales de la Grenouille ; seulement il les décrit comme partant des reins vers leurs racines, comme si le sang se dirigeait ainsi de ces glandes vers la (jueue. En 1839, .M. Duvernoy [Leçons d'anatomie comparée de (Juvier , rédigées et publiées par lui, 2» édit., t. YI, p. 253; Paris) l'ait sentir la nécessité de confirmer ces laits parde nouvelles recherches. Enlin en 1841, M. .Martinu répète les expériences de M. Duvernoy, en ajoute de nouvelles, cl conllrnie la découverte de Jacobson. (Voy. le Mémoire du docli'ur (iruhy, présenté à l'Académie des sciences le 8 novembre 1841, sur le Système veineux des Gre- nouilles. ) Voyons maintenant l'origine de ces veines; voy. n°' 20,21, 22, 23, 19, 31, Ih, 2'i, 17, i7, 28, 30, 16 fi, 29, lig, 2, pi. 9, poin- la droite -, voy. aussi n"' 37, 38, 34, 35, 33, 32, même ligure, pour la veine gauche . La veine caudulc coinaien;/e sous la (pieue, grossit dans son trajet par l'addition de cliai|ue côté de branches latérales , pé- nètre dans la cavité abdominale, se place au-dessus du cloaque, reçoit (luelques veines intercostales, puis se divise en deux bran- ches , rpii sont les deux veines rénales artcreidcs ou veines de Jacobson. Hopkinson, dans sa Monographie du Python, les a décrites connue l'asail l'ail S\v;unmci'(lam , c'csl-à-(lire à contre- .scns. La veine |iorlc s'anasiouioscavcc la veine rénale afférente droite, non loin de son éniei'gence de la veine caudale. Chacune de ces veines marche dn côté correspondant de la lace su|)érieure du rectum, parallèlement à l'uretère, dont elle reçoit (pielques vei- nules, et ani|ucl elle est unie par du tissu celluleux voy. n°" 43, 42, 41, 12, 40 et 39, 11, lig. 2, |.1.9), atteint l'extrémité posté- rieure du rein, suit son côté externe et inférieur , en dehors de l'uretère (jui la .sépare de la veine rénale efférente. Elle donne, dans sou trajet dans le rein, des rameaux à chacun des lobides, et dimi- nue aiir^i graduellemeni de volume jus(pi'à l'extrémité antérieure de celte glande, où elle ,sc perd dans son épaisseui' voy. n" 4. lig. 12, pi. 11;. CHEZ LK SEKI'E.NT l'YTIION. S/l9 Les raimisciiles qiiVlIn r('pfliiil diins clKiriiii des lobules sont capillaires, et voul en ravdiiiiaiil vers leur surl'ace. Je m'en suis assiu'é sur un Pyllion ]iar une injeelion liés Une, (|ui a passé de là dans la veine eave intérieure el dans la veine porte, mais sans pénétrer dans les artères, répétant l'expérience faite déjà par le docteur Schlemni. Je suis étonné i|ue Jacobson , el après lui le docteur Sciilemm (ouvrages cités j, n'aient pas indi(pi('' ini plus grand nombre d'anas- tomoses enire les veines rénales atïérentes et la veine porte. Sur le Pvllion que j'ai représeiiN' ligiues 1 et '2 de la [ilanche 9, il y en avait en toul l'iuq, à plein ealilire, el presque de la grosseur d'une plume de ((irlicaii vo\ . ii" 16 et 29; n"' 28, 27, 30(^,32), 34, 35), et un cei'laiu uombie d'autres plus |)elites. De plus, ce ne sont pas seuienieni i]iiel(|ues veines inlereostales (|ui se jettent dans les veines de Jacobson, mais bien la |iUipart des veines inter- costales et musculaires situées en arrière des reins; c'est-à-dire que des rameaux impairs, provenant eux-mêmes de la réunion des deux intercostales, constiluenl allei'uativement, adroite et à gauche de l'artère aorte, depuis l'anus jusqu'au voisinage du rein, une série de petites azyg( s, lesquelles comuiuniquenl entre elles, et le plus souvent alternent leuraboucbemenl dans les veines alïérentes droite et a-.MrUv voy. n°- 2/i, 27, 37, 38, 33. lig. 2, pi. 9j ; et nous avons vu iinVédemnicnl cpi elles se contimiaient directement ou médiatemenl a\ec les pcliles azygos (|ui se jettent dans la veine porte, et celles ipii se rendent dans la \i'ine cave inl'érieure dans le sillon du Inic. cl enlin les deux azygos antérieure et posté- rieure. Veine porte. Nous avons iu(lir|ué l'anastomose de la veine porte avec la veine de Jacobson droite, qu'on i)eut regarder eonuiic une de ses ori- gines; de là elle .se place au-dessus de l'intestin, el arrive jusqu'au foie; elle reçoit les troncs iiufiairs formés par la réunion, en inanièi'e d'azygos, de la veine inicrcoslale droite et de la gauche, depuis l'extrémité postériemc des reins jusfpi'au delà de l'extré- mité [loslérieure du foie fvoy. \r /|/i, 35/1, 27, 28, 30, 29, 51, 350 B. JACQUABT. ORGANES DE LA CIRCl'LATION 52, 53, 15, i6, 47, 48, 49, 50, 54,74, lig. 2, pi. 9j. Elle reçoit dans ce trajet les veines du canal intestinal (numéros déjà indi- qués), de l'estomac, de la rate (voy. n°" 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 1', 2', 3', 4', lig. 2, 1.1. 9; voy. aussi n" 63,64, 59, 37, 58, 61, 57, 56, 54, 53, 52, 51, fis,. 1, pi. 9) et de l'épiploon, si remarquablement chargé de graisse , qu'on le prendrait pour un magasin ou réserve de substance, dont l'animal pourrait se nourrir par résorption (voy n" 74, 74, 74, 74, même ligure). Arrivée au foie, la veine porte se place dans un sillon situé à gauche, et, en rapport avec l'cesophage, reçoit quelques branches intercostales et œsophagiennes, et se divise en branches h-ansversales in°25), qui communiquent avec les veines hépatiques qui vont dans la veine cave postérieure. Alors elle diminue graduellement de volume, et, comme épuisée par les branches qu elle a l'ournies au t'oie, près de l'extrémité antérieure de ce viscère, elle est réduite à un très petit calibre, et s'y termine (voy. n" 67, même figure). Petite circulation ou circulation pulmonaire. Nous avons éludié l'origine de l'artère pulmonaire el ses rap- ports jusqu'au bord antériciu' du cœur; plus loin, elle se divise en lieux branches, dont le volume est pro[)ortionné à celui des deux sacs aériens (voy. if 10, 12, 69, 65, et n°' 70, 71, 80, 81, fig. i, pi. 9j. La branche droite est ]iresque double de l'autre en vohune; elles marchent d'avant en arrière sur la l'ace intérieure de chaque poumon (n°' 38, 39, même ligure); la division du gauche ne s'étend guère que sur le tiers antérieur de sa longueur, et celle du droit ne va pas plus loin que la lin de son tpiarl antérieur. Les branches secondaires sont transversales, naissent latéralement de la branche principale de chaque poumon, s'anastomosent avec des rameaux semblables de la veine pulmonain;, et s'épuisent en se subdivisant dans les aréoles de cette partie antérieure de l'organe qui est seule vasculaire. Ces ramifications se trouvent en rap- port avec les ramusculcs des nerl's pneumogastriques , qui sont disposés aussi transversalement jusque dans leurs dernières divi- sions. Au moment où ces deux branches contournent la l'ace supé- rieure du cœiu-, elles sont en rajiport, en haut, avec la trachée et CHEZ LK SERPENT PYTHON. 351 les deux nerfs pneumogaslriqnes; en bas, avec le cœur et la veine pulmonaire, le foie et les parois abdominales. Les veines pulmo- naires constituent d'arrière en avant, sur la face inférieure des poumons, une branche |irinci[ialc pour chacun d'eux. Cette brandie est formée par des rameaux transversaux, tjui prennent naissance dans les aréoles pulmonaires, et coinmnnii|uent avec l'artère du même nom ; puis, à l'endroit où les deux poumons s'adossent, ces deux branches se réunissent en une seule veine, qui, presque double de volume, marche vers le cœur, en recevant dans son trajet des rameaux transversaux de chacun des poumons , passe entre la trachée et les deux branches de l'artère iiulmonaire, le cœur et la veine cave supérieure, derrière l'embouchure de la jugulaire gauche, et vient se jeter dans l'oreillette gauche, dans le point que nous avons d(''jà indique voy. n"' 65, 41, 68, 8, 66 et 40, même figure ; voy. aussi n° 5, fig. 6, pi. 11). Pour donner (|uelque intérêt à ces di'lails sur l'anatomie des Ophidiens, dont l'aridilé a pu lasser le lecteur, il est nécessaire de leur appliquer ces grandeslois établies par les maîtres de la science. La loi d'unité de pian s'y lit en rpielque sorte paitout , et ce n'est pas sansun certain étounemeni qu'où voit ces Vertébrés si abaissés offrir avec les .Mammifères de si nombreux points d'analogie. J'espère avoir été assez heureux pour démontrer que le cœur des Ophidiens, peut être ramené à celui des êtres plus élevés dans l'échelle; connue j'ai pu, m'aiipuyaiil sur mes observations, et celles de .M. Lereboidlet, ctablirla possibilité de l'inflammation chez ces animaux à sang froid. La loi d'écoiioMiicprniêlre souvent invo- quée dans l'élude de l'organisaliou des Ophidiens. .Mais il ne faut pas s'y tromper, c'est souvent l'atrophie d'un ou plusieurs organes qui lui fournil ses applications, .\iusi pour les vaisseaux de la tête et du col dont un .seul subsiste , et d(jnne toutes les branches nécessaires, tous les autres troncs élanl alroplii('s. Ue plus, comme il y a allernancc de côlé, c'est-à-dire comme c'est tantôt à (iroilc, tantôt!^ gauche, que le vaisseau manque ou est filiforme, connue il y a balancement, comme l'aurait dit (jcoffroy Saint-IIilaire, la )pj de symétrie ou de dualité se trouve maintenue. Il y a évidem- ment alro|ihie ou même disparition d'un organe d'iui lùlé, comme 352 H. JACQDART. ORGANES DE LA CIRCULATION cela a lieu pour un îles sacs pulmonaires cliez certains Ophidiens , et pour un des ovaires chez les Oiseaux. La rapprochement se présente naturellemeni entre la circulation cardiaipic du fœtus des Mammifères et celle des Serpents : chez tous deux , l'un par le trou de Bolal, l'autre par l'orifice interventriculaire , il va mélange dans le cœur du sang venant du poumon et de celui apporté par les veines du corps. Chez tous deux, les reins sont multilobés et très volumineux. Mais il y a chez les Ophidiens un système parti- culier de veines , qu'on pourrait appeler veines portes rénales , et qu'on désigne sous le nom de veines de Jacobson. Évidemment, ces vaisseaux apportent dans les glandes urinifères une quantité énorme de sang, dont l'élaboration dans les reins doit jouer un rôle physiologique considerahle. [.es artères rénales ne sont que des vaisseaux nourriciers ou vasa vasorum de ces glandes. Quant aux poumons des Serjjents, la partie antérieure seule estvasculaire, et c'est là seulement (pic le saut; peut être revivifié par son contact avec l'air. A quoi sert l'autre portion de ces sacs aériens, dont le plus long s'étend très loin en arrière dans la cavité abdominale (liez la fe.i.elle et sur l'un des côtés des ovaires? Ne serait-ce pas, comme le pense M. Serres , un appareil incubateur ? Une dissec- tion du pneumogastrique sur les poumons d'un Python, et que j'ai représentée par un dessin, que je ne donne pas dans ce mémoire, est venue confirmer ici connue chez les Mammifères, le défaut de satellilisme des rameaux de ce nerf avec les vaisseaux, ([uoique transversaux conunc eux ; et nous trouvons là encore im nouveau point d'analogie entre les Mammifères et les Serpents. EXPLICATION DE.S FIGURE.^. PLANCHE 9. Fig. I . CeUe figure et la figure 2 représenlent, réJuit au quart de la grandeur naturelle, l'eiisenible du système circulatoire respiratoire, et digestif d'un ser- pent PyUion , qui avait 2 mètres 38 centimètres de longueur. Tous les vais- seaux ont été remplis d'une injection solide; les organes sont écartes et main- tenus en place, alin qu'on saisisse d'un coup d'œil jusqu'aux moindres détails anatomiques. Les rapports n'ont pu être conservés dans toute leur rigueur; cependant ils sont assez peu différents des rapports naturels pour qu'on puisse les rétablir par la pensée; d'ailleurs nous aurons soin d'avertir, lorsque la clarté CHEZ LE SEKPEM PVTHOX. 353 de l'exposilion des parties a forcé de les présenter dans des situations qui ne sont pas celles qu'elles offrent ordinairement les unes par rapport aux autres. N° I . Oreillette droite du cœur. 2. Oreillette gauche. 3. Sinus veineux formé par la réunion de la veine cave postérieure, des deux azygos antérieure et postérieure, et de la jugulaire droile. i. Veine jugulaire droite, très écartée ici de la ligne médiane par l'œsophage distendu (consullez, pour la position normale, la figure 3): elle suit les par- lies latérales de la Irachée-arlère; elle nait au niveau do l'articulation de la iiiàchoire, comme nous lavons infilqué dans le texte, et reçoit les veines du pharynx, de l'œsophage et do la trachée, .1. Veine cave postérieure. G. Veine jugulaire poslérieure , formée par la réunion d'une douzaine de troncs veineux impairs qui reçoivent chacun la veine intercostale droite et la gauche. 7. Veine vertébrale de Cuvier, azygos antérieure du docteur Schlenim, née au niveau de la première vertèbre cervicale; elle reçoit une vingtaine de bran- ches impaires, formées cllesinémes par la réunion des veines intercostales droite et gauche. 8. Tronc de la veine pulmonaire. 9. Veine jugulaire gauche. 10. Tronc de l'artère pulmonaire. f I . .\rlère aorte droite ou antérieure 12, 13, 1-1. Idem gauche. \'6. .^orte droile qui a formé sa crosse, et se dirige en arrière sur la ligne niédiano pour s'unir a l'aorte gauche. 16. Point de cette réunion. <7, 18, l'J, 20. Aorte postérieure, fournissant par son colé supérieur un grand nombre de nimeaux intercostaux impairs, qui, au niveau de la colonno vertébrale , se subdivisent en deux, 2 1 , 22, 23, 2 i . l'ortion de la veine cave poslérieure. 2o. Veine porte ramifiée dans le foie par branches transversales. 26. Trachée-arlère, fortement déviée à gauche et en bas par la traction du poumon dans le même sens. Elle devrait être en rapport, sur la ligne médiane cl en bas, avec la séparation des deux crosses de l'aorlc , au momcnl où elles cessent d'être accolées. 27. Artère carotide commune droite de Cuvier, céphalique du docteur Sclilemm, semblant naitrc de I aorte directement, tant est court le tronc commun d'ori- gine avec l'artère carotide comnmne gauche; le plus fréquemment il n'existe qu'une artère carotide com[nune , et c'est à gauche. La disposition que nous trouvons ici est cependant loin d'être rare. 28 (Protide commune gauche de Cuvier, céphalique du dodcur Sclilemm, existe ordinairement seule; c'est elle qui , a.irès avoir donné la sous niaxil- 4' série Zool. T IV (Cahier n" 6.) "• 23 354 H. JACQUARÏ. ORGANES DE LA CIRCULATION laire au niveau de l'articuliition de la mâchoire inféiieuro avec l'os carré, four- • nit seule toutes les artères de la tête et de l'encéphale; en un mot, c'e^l un seul tronc qui chez, les Ophidiens donne le plus souvent les branches fournies par les deux vertéhralci, les deux carotides internes et externes. Ainsi, il représente six troncs principaux à lui seul. Celte circonslance nous olfre une des applications les plus frappantes de la loi d'économie, et doit avoir, pour le ralentissement de la circulation , des consér|uences physiologiques incontes- tables (1). 29. Terminaison filiforme do la carotide commune gauche, au niveau de l'articu- lation de la mâchoire avec los carré. 30. Origine de la veine jugulaire droite dans le racme point. 3 1 . Artère vertébrale de Cuvier, artère du col du docteur Schlemm , fournissant par son côté supérieur, depuis son origine à laorte droite jusqu'à sa termi- naison, un grand nombre de troncs intercostaux Impairs : elle est saleUite de la veine vertébrale ou azygos antérieure. 3i!. Tête du Serpent. M , son maxillaire inférieur. 33. La langue. 3.i. Portion de l'os hyo'iJe. 3-3. Pharynx et œsophage distendus , comme au moment du passage de la proie. 36. Estomac. 37. Pilore. 38. Poumon gauche , ou petit poumon qui manque chez lesOphidiens, d'où Ion a argué, à tort, contre la loi de symétrie de M. le professeur Serres, si l'on prouve que dans l'état embryonnaire il existe toujours deux sacs aériens, dont l'un s'atrophie et disparaît plus tard. 39. Poumon droit ou grand poumon. -10. Kacine gauche de la veine pulmonaire. i I . /lient droite. 42, 43, 41, 43. Côtes et espaces intercostaux du côté droit. 46, 47. Wem du côté gauche. 4S. Région cervicale gaucho. 49. Idem droite. .SO. Ventricules du cœur. 51 . Une veine de l'estomac, l'une des racines de la veine porte. (I) Peut-être y a-t-il ici un effet de la dégradation dans 1 échelle des êtres? (Voyez l'ouvrage cité de M. le professeur Milno Edwards, chapitre ui , De l'm- jluence de la division du Inwail plujsiologiqiie sur le perfectionnement des orga- nismes.) Chez les Ophidiens , la circuialion de la léle et de l'encéphale, qui n'a plus lieu que par troi.s vaisseaux , une artère et deux veines, doit se faire moins bien que parmi les animaux plus élevés , où la même tâche est remplie par un plus grand nombre de vaisseaux. CHliZ LE SEKI'ENT 1>\TH0N. 355 5i, 53, oi, o'ô. Sorles de veines azygos, formées par la réunion de liuncs im- pairs, où se jctU'nt les intercostales. oC, 37, o8, 5 I. Ilacines de la veine porto dans 1 estomac. GO. Eiklrcmilé antérieure du grand épiploon. CI. Tronc de la veine porte. 62, 63, 64. Racines de celle môme veine. — Xotii. On trouvera les brandies de l'estomac répétées sur la (i^'ure 2, ain^i quy la portion correspondante de ce viscère etquelquesauires parties voisines, afin de s en servircommede pointde repère, ayant élé obligé de diviser la repicsentationdii Pyllioii enduux moitiés. 6-5. Point du petit poumon où s'arrêtent les vaisseaux. 66. Point correspondant du grand poumon. 67. Extrémité antérieure de la veine porte dans le foie. GS. Tronc unique de la veine pulmonaire 69. Brandie gauche do l'artère pulmonaire, d'un calibre moitié plus petit que celui de la droite. 70. Brandie droite de l'arlere pulmonaire. 71 . Point où l'arlere pulmonaire se divise im deux branches , une ipii reste sur le poumon droit, et l'autre qui va se rendre au gaudie. 71!. Brandie droite de la bifurcation de l'arlero pulmonaire restant au poumon droit 73. .\utrc brandie do cette bifurcation allant au poumon fiaudio. Fig. -2. — N" I . Tronc de la veine cave postérieure. 2. Testicule droit. 3. Id:m gauche. I. Point de réunion des veines elférenles des deux reins , el do la veine teoticu- laire gauche. 5. Cette veine. 6. Veine efférenle ou émuigente rénale gauche, accolée au testicule gauche. 7. Idem droite. 8. Veine rénale efférenle gauche au sortir du rein. 9. Canal déférent gauche. ta. Idem droit. I I . Keln gauche vu par sa face inférieure (voyez-le représenté de grandeur naturdie, (ig. 12, pi. H). 12. Hein droit vu dans le même sens. 13, )i. .Suite du canal déférent gauche t'i. Une des racines de la veine porte dans le grand épiploon anaslouiosée à plein calibre avec la veine de Jacobson, ou afTércnle rénale droite ( I ). (I ] Les anastomoses entre la veine porto hépatique et les veines portes rénales sont si nombreuses eUi volumineuse.-, qii'oli peut dire qu'il y a f^l^il ii entre les deu.\ svsicmes. 356 n. JACQUART. ORGANES DE LA CIRCULATION 16. L'un des rameaux de la veine de Jacobson droite formé par trois branches ; deux proviennent des veines intercostales, une autre R établit une large anas- tomose au point marqué par le n° 29, avec la veine porte. 1 7. Rameau considérable de la veine porte anastomosé avec la veine de Jacobson droite. 18. Sorte d'azygos formée par des intercostales, qui sont une des racines de la précédente. 19. Point de la veine rénale afférente droite, où viennent se jeter les veines du cloaque et de la partie voisine du gros intestin. 20. Point de la veine de Jacobson droite, voisin de sa naissance. 21. Tronc venant sejeler dans la veine rénale afférente droite, et résultant de la réunion des veines de la portion la plus postérieure du gros intestin. 22. 23. Ces veines. 24, 25. Veine azygos, déjà indiquée, se jetant dans la veine de Jacobson droite, dans le point marqué par le n° 18. 26. L'une des racines de la veine rénale afférente droite , constituée comme je l'ai indiqué plus haut. 27. Sorte d'azygos formée par des veines intercostales , et s'ouvrant dans la veine de Jacobson droite. 28. L'un des racines de cette dernière, anastomosée, en outre, avec la branche considérable de la veine porte n» 30 , après qu'elle a reçu trois troncs prove- nant de la réunion des intercostales. 29. Anastomose à angle droit avec la veine porte du tronc veineux R formé par la réunion de deux troncs impairs des veines intercostales avec l'une des racines de la veine de Jacobson droite, 16, 26, 30. .4nastomose de la veine porte avec celte dernière. 31. Rameaux veineux du grand épiploon , qui se jettent dans la veine rénale afférente droile. 32. 'Veine de Jacobson gauche, avant d'arriver au rein. 33. Sorte d'azygos, l'une de ses racines. 34. 33. Origine d'une de ses branches dans la veine porte. 36. Une azygos formant une des racines de la veine de Jacobson gauche. 37. Premiers rameaux de la veine de Jacobson gauche. 38. Tronc d'une azygos déjà indiquée plus haut, l'une des racines de la veine afférente gauche. 39. 40. Uretère gauche injecté. 41, 42, 43. Uretère droit également injecté. 44. Racines do la veine porte. 45, 46, 47, 48,49, 50, a' 6' c'. Racines de la veine porte dansle grand épiploon. 51, 32, 33. Racines de la veine porte. Si. Réunion des veines du grand épiploon avec les veines intestinales. o5. Veines azygos , racines de la veine porte. CHEZ LE SERPENT PYTHOX. 357 56. Tronc commun des veines du pilore. 57. Veines spléniques. 58. Tronc de la veine porle. 59. 60, 61 . Veines gastriques et piloriques anastomosées entre elles, et se jetant directement dans le tronc de la veine porte ou une de ses branches d'origine. 62. Vésicule du fiel. P, pilore. 63, 64. Intestin grêle. 65. Appendice iléo-cœcal. 66, 67. Gros intestin. — /, milieu en longueur du gros intestin. Toute la por- tion d'intestin comprise entre l'appendice vermiculaire et ce point reçoit des artères mésentériques antérieures; toute la partie du tube digestif située entre ce point / et l'anus reçoit des artères mésentériques postérieures. 68. Anus 69, 70. Ouverture des gaines des deux organes excitateurs mâles. H, 72. Ces deux gaines. 73. Prolongement osseux, qui parait être l'analogue de l'os marsupial. — I , ostéide garni d'un ergot. 74. Grand épiploon chargé de graisse. 75. 76, 77, 78, 79. Aorte abdominale. 80. Artère caudale. 81. Une des artères de l'estomac. — H, une artère hépatique. Elles viennent ici d'un tronc qui fournit aussi une artère splénique ; mais il y en avait une foule d'autres allant au foie et à l'estomac, et qui ne sont point figurées ici. 82. Première artère mésentérique antérieure. 83 , 84. Ses deux branches de bifurcation. 85, 86, b, c. .Artères tesliculaires gauches. 87, 88. Idem droites. — a, d, artères rénales, formant une série d'arcades vasculaires, d'où partent les rameaux qui pénètrent dans les lobules rénaux. 89. Anastomose de la branche antérieure de la première mésentérique antérieure avec la suivante. 90. Deuxième mésentérique antérieure. 91 . Branche postérieure de celle-ci, anastomosée avec la branche antérieure de la troisième mésentérique antérieure. 92. Rameau postérieur de cette dernière. 93. Troisième mésentérique antérieure. 94. Anastomose entre la précédente et celle qui suit. 95. Quatrième artère mé.scnlérique antérieure. 96. 97, 98. Sa division en trois branches. — f, première artère mésentériquo postérieure; ij, sou rameau postérieur; h, point d'anastomose de la première mésentérique postérieure avec la qualrième niésentériciue iintériiure; i, ana- stomose do f/avec ';, branche de la tioisièiiie urtère mésentériquo pDstéricuic. â58 a. jA«QiiART. — onr.ANKS he l\ ciuclxation 99. DeuxièniR arlèro jnésenlériquc poslérieuro , qui se riiniifie presque enlière- nienl dans le mésentère. 1 00. Artère rénale, gauche , offrant la même disposilion que la droite. — /, troi- sième artère mésenicrique posiérieurc ; /.■, Fon anastomose avec la précédente; ), quatrième , idem ; m , cinquième , idem ; o , sixième , idem ; p , septième, idem ; q. huitième, it/ini ; r, s, iie> deux brandies de liifurcalion : (, neuvième artère mésentériquo po.-lérieure. Fig. 3, — Celle fiiïure représente le cœur et les gros vaisseaux qui en parlent dans les rapports naturels; elle a élé prise sur un auiro Python que celui des figures I et 2. N° I. Oreillette droite du coMir. 2. Oreillette gauche. 3. Ventricules. 4. Tronc résultant do la réunion de la veine jugulaire droile , de la veine verté- brale, et de l'azygos postérieure. On pourrait lui donner le nom de veine cave 'anh'riewe. 5. Veine jugulaire droite. 6. Veine jugulaire gauche. 7. Emijoucliure de la veine cave postérieure dan.? le sinus veineux. 8. Abouchement de la jugulaire gaucho dans l'oreillette droite. 9. Veine pulmonaire. tO. Branche droite de l'artère pulmonaire. I I . Aorte droite ou antérieure. 12, 13. Aorte gauche ou postérieure. 1 4. Artère carotide commune droile. 13. [ilem gauche, naissant avec la précédente, do l'aorte droite, par un tronc commun très court. IG. œsophage. 17. Aorte droite, marchant ii la rencontre de la gaucho pour se réunir à elle. I 8. Cette réunion. l 'J. Veine vertébrale de Cuvier. 20. Artère vertébrale du même auteur. 21. Veine azygos postérieure. 23. Poumon droit. 24. Aorte gauche, avant de so réunir ii la droite. 24. Veine vertébrale. 25. Artère vertébrale. 26. Veine cave postérieure. 27. Branche droite de l'artère pulmonaire. 28. Partie moyenne de la veine azygos postérieure. 29. Portion de l'oreillette gauche. CHIÎZ LK REnPENT rVTIIOX. 359 PLANCHE 10. Fig. 4. — Cette figure représente la cavité du péricarde et le cœur d'un Boa. — Pour mieux apprécier les lésions patliologiquesque nous avions observées sur le cœur et son enveloppe libro-séreuse chez deux Pytlions, lésions qui se rat- tachaient évidemment à dos péricardiles, il a fallu donner un spécimen de l'état sain et normal de cette membrane. La paroi inférieure a été enlevée, pour qu'on put bien saisir tous les détails de la disposition de la séreuse sur le cœur, ses vaisseaux et l'enveloppe fibreuse. X° 1. Tronc veineux formé par la réunion de la veine jugulaire droite et de la veino vertébrale. î. Veino jugulaire gauche. 3. Veino cave postérieure. 4. Oreillette droite. 5,6. Veine cave postérieure avant son entrée dans le péricarde; ces numéros indiquent dans quelle étendue elle est adhérente à ce dernier. 7, 8. Les lignes qui parlent de ces numéros marquent les limites do l'embou- chure du sinus veineux, formé en avant par la veino jugulaire droite et en arrière par la veine cave postérieure. 9. Ventricule droit. 10. Ventricule gauche. 11. Artère aorle droite, et la gauche recouvertes par la séreuse du péri- carde ( 2. L artère pulmonaire enveloppée dans une gaine incom[iléle qui lui est com- mune avec les deux vaisseaux précédents. !.■}. Cavité du péricarde d'un aspect lisse ol poli, sans adhérence ni fausse niem- •brane. 14 L'n point de la surface externe de la membrane fibreuse de ce dernier, à travers lequel on aperçoit les origines des deux aortes, de l'arlére pulmonairo ot des deux carotides communes. l 'il. Artère pulmonaire il sa sortie du péricarde. 18. Artère carotide commune gauche. 17. Artère aorte droite. 18. .\rlcro carotide commune droite. 19. I.a Irachée-arlère. 20. La veine vertébrale do (^uvier, azygos antérieure du docteur Schlemni. 21 . Veine jugulaire droite de Cuvier, cnui culturis du ddilcMu- Schlenim. 22. flKsophage. 2:). Poumon droit. 24, 2 4. Oreillette gauche du cœur. I-'ig. 7, — Celte ligure repré'enlp la ravilé de rorcillclle d un l'\ Ihon nuverle 360 n. JACQL'ART. — ORGV^ES DE L\ CIRCL'LVTION par sa paroi inférieure, dont le bord supérieur seul n'a pas été incisé : cette paroi a été rabattue ii droite. N° I. Veine jugulaire droite. 2. Veino cave postérieure 3. Orifice d'abouchement du sinus veineux dans l'oreillette droite. 4. Embouchure de la .veine jugulaire gauclio dans la même cavité, séparée de celle du vaisseau précédent par un éperon membraneux. 5. Valve externe de la valvule do l'oreilletle droite analogue de la valvule d'Eus- lache chez l'Homme et les Mammifères. 6. L'autre valve ou valve interne. Cette valvule, dont la disposition a été com- parée par Hopkinson à celle des paupières, et par le docteur Schleinni à la val- vule iléo-caecalc, couvre à la fois et ferme complètement , quand ses deux bords sont rapprochés, l'orifice du sinus veineux et celui de la jugulaire gauche. Je pense être le premier à signaler celle particularité curieuse. — Tous les au- teurs avaient indiqué l'existence de celle valvule; mais aucun , je pense, n'a- vait dit que la lumière de la veine jugulaire gauche fût abritée et close par celte valvule, ainsi que l'embouchure du sinus veineux. 7. Ventricule droit. 8. 10, 11, 12. Colonnes charnues, sculploes à la surface interne do l'oreillello droite. 9. Valvule auriculo-venlriculaire droite relevée, de manière à fermer l'ouverture de ce nom, rendue légèrement béante par une traction sur le point n° 8. 13. Cloison inlerauriculaire lisse et sans ouverture. 1 i. Éperon membraneux séparant les orifices du sinus veineux et de la veine jugulaire gauche dans lesquels on a passé des crins. 15. Bandelette arrondie, ou commissure antérieure de la valvule. 16. Veine jugulaire gauche avant de s'accoler à l'oreilletle gauche. Fig. 8. — Elle représente la cavité du ventricule droit du cœur du mémePython. — Toule la paroi inférieure de ce ventricule a élé enlevée, afin de permettre de mieux saisir les détails analomiqiies de cette cavité. Los deux aortes, ainsi que l'artère pulmonaire, ont élé ouvertes à leur face inférieure, et des crins passés de leur embouchure entre les deux valvules sigmo'ides , à travers les ouvertures faites à leurs parois. N" I , Aorte gauche. 2. lih'i» droite. 3. Artère pulmonaire. i. Pdier supérieur de la valvule. 5. Crin passé dans l'ouvorlnre intervenlriculaire. 6. Épaisseur musculaire de la loge supérieuredu ventricule droit, se continuant, sans ligne de démarcation, avec les colonnes charnues de celle cavité. CHEZ LE SERPENT PYTHON. 361 7. Loge inférieure du ventricule droit , qui , pour nous , représente le ventricule droit tout entier des Mammifères. 8, 9. Gros pilier charnu, cloisonnant le ventricule droit en deux compartiments, l'un inférieur ou pulmonaire , n" 7, l'autre supérieur ou aortique. Cette colonne niusculeuse naissant de la pointe du ventricule, se dirige vers les deux val- vules sigmoïdes qui garnissent les orifices des deux aortes. Elle reçoit aussi l'insertion du pilier droit (n" 1 4) de la valvule (n° 1 6). 1 0. Crin passé dans l'aorte gauche, entre les deux valvules sigmo'ides. I I . Crin passé dans l'artère pulmonaire , également entre les deu.x valvules qui la garnissent ,i son organe. 1 2. Les deux valvules sigmoïdes de l'aorte droite et le crin pas-é entre elles. 13. Colonnes charnues de la loge supérieure du ventricule droit, rétrécissant beaucoup celte loge, lui donnant un aspect très irrégulier, et se continuant avec la couche musculeuse, assez épaisse, des parois, sans qu'on puisse saisir où finissent les colonnes charnues , et où commence la paroi correspondante du ventricule ; contraste manifeste avec la minceur des jiarois de la loge infé- rieure du cœur droit ou loge pulmonaire; ce qui confirme les vues que nous exposons à la fin de notre mémoire, où nous étahlissons que la loge inférieure représente seule le ventricule droit, tandis que la supérieure, à parois épaisses et iravité très rétrécie, est une dépendance du ventricule gauche. ■I 4. Pilier inférieur de la valvule n' 1 6. 1û. Soie passée ii travers l'ouverture auriculo-ventriculaire. 16. Valvule qui ferme, en se relevant, l'orifice précédent, et qui es^t ici entre- bâillée par une légère traction sur la paroi du cœur. 17. Aorte droite. 18. .artère carotide commune droite. 19. Idem gauche. 20. Oreillette gauche. 21 . Surface externe da ventricule droit. Fig. 9. — Cavité do l'oreillette gauche du même Python , ouverte en incisant son bord postérieur et son bord inférieur, et rabattant le lambeau. N' I . Valvule auriculo-ventriculaire. 2. Orifice de la veine pulmonaire non garni de valvules. 3. Cloison interauriculaire, lisse, sans ouverture qui puisse faire communiquer les deux oreillettes, et sans piliers charnus à sa surface. 4,4. Pilier» charnus sculptés ii la surface des parois de l'ùreilletto gauche. 5. Portion de la surface externe du ventricule gauche. 6. Veine pulmonaire. Kig. 1 1 .—Celte figure représente la face inférieure ou venlriculaire de l'appareil valvulairo droit et gauche, étalé, après avoir été enlevé avec les deux orifices t''6"2 II. JACQUART. — OliG.OT.S DE LA CIUCIXATION auriculo-venlriculairos, les petits piliers musciileux les plus voisins, et une portion do la grosse colonne charnue qui cloisonne le ventricule droit. On voit que cette tente fibreuse forme un tout continu soudé à sa face antérieure ou auriculaire, avec le bord postérieur de la cloison inlerauriculaire, et qu'elle répond par sa face postérieure aux ventricules , limitant dans ce sens le pas- sage qui fait communiquer ces deux cavités. N° I . Valvule auriculo-ventriculaire droite. 2. IJem gauche. 3. Pourtour de l'orifice veineux gauche. 4. Petites colonnes charnues appartenant aux orifices veineux, ou donnant inser- tion aux piliers des valvules. 6. Insertion d'un pilier de la valvule droite sur la grosse colonne musculeuse. 7. Cette colonne cloisonnante. 8. Orifice auriculo-ventriculaire. PLANCHE 1 \ . Fig. S, — Cette figure représente la face inférieure du cœur d'un Python, dé- pouillée, par la dissection, de la soreuse et du tissu celluleux qui existe dans l'inlervalle des vaisseaux, dans les sillons qui les séparent des différentes parties du ca'ur, ou réunit celles-ci entre elles. N° 1 . Tronc commun résultant de la réunion de la veine jugulaire antérieure droite, de la veine vertébrale ou azygos antérieure du docteur Schlemm, et de la veine azygos postérieure]: il pourrait être appelé veine cave aniéricure, car il n'existe pas seulement hors du péricarde, et il se prolonge dans la cavité de ce dernier jusqu'à la rencontre de la veine cave postérieure, dans une étendue mesurée par les lignes (voyez fig. 4, pi. 10) qui correspondent aux numéros 4 et 7. 2. Veine jugulaire postérieure. 3. Oreillette droite. 4. .artère aorte gauche. 5. .\ortedroite. 6. Artère ]}ulmonaire. 7. Oreillelle gaucho. 8. Veine jugulaire gauche. 9. Ventricule gauche. 10. Ventricule droit. 11. .4rtère coronaire gauche. ■12. Embouchure du sinus veineux , déjà indiquée dans l'oreillctle droite. 1 3. Crosse de l'aorte droite. 14. Artère carotide commune gauche. 15. Idem droite, qui est ici d'un calibre double de la gauche. ClirZ I,F, PEr.PF.NT PYTHON. 3G3 Fig. 6. — C'est la face suiiérieure du cœur du Pyllion , dont h face inférieure a été représentée figure o. planche H. \" I . Oreillette gauche. 2. Oreillette droite. 3. Aorte gauche. i. Aorle droite. 5. Veine pulmonaire s'ouvrant dans roreillellc gauche, tout prés de l'angle pos- térieur et supérieur de la cloison inlerauriculairo. 6. Division de l'artère pnlmonairo en deux branches. 7. Veine jugulaire gauche s'ouvrant dans l'oreilletle droite, en avant du sinus veineux auquel elle s'accole. 8. y. .4orte gauche ou postérieure. 10. Aorte droite ou antérieure. ., 4 I . Réunion des deux artères précédentes. < 2. Veine jugulaire droite. 1 3. Veine cave postérieure. I i. Face supérieure des veniricules, sur laquelle on aperçoit quelques-unes dés branches de l'artère coronaire droite. \o. Gouttière de l'oreilleile gauche qui loge la veine jugulaire. 16. Celle veine placée dans le sillon qui sépare l'oreillette gauche du ventricule gauche. ■17. L'artère carotide commune droite. 1 8 . Idem gauche, m. Portion do l'oroilleltc droite. 20. Tronc résultant de la réunion des aorle? droite et gauche dans le point marqué par le n" I I. Fig. iO. — Cavité du ventricule gauche du cœur du Boa, dont j'ai représenté le péricarde {lig. i, pi. 10). Il a été ouvert par deux incisions se rencontrant inrériciircmcnl à angle droit, l'une dirigée do bas en haut , parallèlement au sillon auriculovcnlrirulaire gauche , l'autre parlant du même point que la pré- cédent'', et dirigée d'avant en arrière sur le côté gauche de la cloison inler- vcnlriculaire ju.sque vers la pointe du cœur. On écarlo avec effort les parois , afin d'apercevoir l'intérieur. La cavité est lellemenl petite , et la couche musculeusc du ventricule si épaisse, que je ne puis m'ompécher do comparer ce ventricule gauche ainsi ouvert >i un gésier. N' 1 . Passage inlervenlriculairo. 2. Valvule auriciilo-ventriculaire gauche enirc-hàjllée. :i. Piliers charnus sculptés à la surface du ventricule gaucho. l. Partie concave du bord libre de la valvule n" 9. U. I)(ird lie l'orifice auriculo-ventriculaire. 364 n. J4CQtJART. — ORGANES DE LA CIHCL'LATION , ETC. 7. Pilier supérieur de la valvule n° 'J. 8. Éperon musculaire à concavité antérieure, formant la partie postérieure du passage interventriculaire. 9. Partie moyenne convexe de la valvule auriculo-ventriculaire , où Hopliinson décrit un tubercule d'Arantius que nous n'avons pas trouvé, mais où son bord est seulement épaissi. 10. Portion de la surface externe du ventricule gauche. 11 . Pilier inférieur de la valvule auriculo-ventriculaire gauche. Fig. 12. — -Rein gauche du Python, représenté figures 1 et 2 de la planche9,vu par sa face inférieure et de grandeur naturelle. Les vaisseaux ont été injectés, ainsi que l'uretère. Le tissu celluleux qui unissait les lobules rénaux a été enlevé avec soin. N° 1 . Canal déférent, maintenu en rapport avec l'uretère par un repli du péri- toine, dont une partie, couverte de vaisseaux artériels et veineux, a été lais- sée vers l'extrémité antérieure du rein. 2. Veine rénale efférente , l'une des origines de la veine cave postérieure, et ses racines dans les lobules rénaux. 3. Uretère injecté , ainsi que ses racines, dans les lobules rénaux. Ces dernières naissent du côté supérieur de ce conduit et existent sur la pièce , mais n'ont pu être figurées à cause de leur position. 4. Veine de Jacobson gauche ou veine rénale afi'érente. On pourrait, à juste titre, l'appeler veine porte rénale. B, S, 5, 5. Lobules rénaux. 6, 6. Artères rénales, dont on n'a représenté ici, pour ne pas compliquer la figure, que les capillaires qui se rendent au canal déférent et à l'uretère en passant entre les deux feuillets du péritoine , qui maintiennent le premier en rapport avec le second. NOTE SUR DEUX ESPÈCES DE GRENOUILLES OBSERVÉES DEFinS QOELQUES AKNEES EN EUROPE. Accompagnée d'observations sur les deui; espèces anciennement connues {Grenouilles ratisse et verle], dont elles diffèrent par la structure et par les mœurs. De l'hivcrnalion des Datracieas anoures et urodcics. Par M. A. THOIHAS, de Nantes. Les erpt-'tologistes onl cni longtemps qu'il n'existait en Europe que deux espèces de Grenouilles : la Grenouille verte (Rana viri- dis) et la Grenouille rousse [Rana fusca), toutes deux admirable- ment représentées dans le bel ouvrage de Roësel. En 1828, un naturaliste distingué, M. ^liliet, d'Angers, publia la faune du département de Maine-et-Loire, et, dans cet intéressant ouvrage, il décrivit, sous le nom de Grenouille rousse (^iRana tem- poraria, Linn.), une Grenouille très différente de celle connue sous CCS deux noms, cl donna à la véritable, /Jana/i/sca ou lemporaria, le nom de Grenouille à ventre jaune [Rana flavivenlris), prenantcc Batracien pour une espèce nouvelle, tandis qu'il était dt'jà connu depuis longtemps, et que l'animal qu'il wommiùl Grenouille rousse était au contraire une espèce nouvelle iiu'auciiii naturaliste n'avait distinguée avant lui. Voici la description qu'il en donne, tome 11, page 664 : «GitF.NotiLLE nocssE (/}ana lemporaria), Linn., vulg. \cGraisset, » la Pisseuse. » Rrune ou roussàtre en dessus , avec trois ou quatre bandes » transversales brunâtres sur les bras, les cuisses, les jambes et les » tarses; une tac.lic posl-ociilaire triangulaire, noire; parties ini'é- » ricures blancbcs, rarement tacbetées de brun ; (aille de la Grc- » nouille connuune, mais plus ('lanci-e. >' (xtte espèce, qui est un |i(mi b().ssu(' el dont la |ieau est pre.si|uo » lisse, si ce n'est sous raixlomen el sous les cuisses, où elle est » granulée , vil solitaire dans les lieux Irais et ombragés , les prés, 366 * THOMAS. » les Ijois , ii'iilhiiil ;"i l'e;iu (iiTiiii ]iriiil('m|is , ('[)0{|ue île l;i punie. » Elle t';iil. lies sauls de 4 nopieils, eu laiiemit iiar l'amis une lii|iiinu' « très aljoiiilaïUe ; ne eoassc ]iuiiil ou raieiiient : :;ussi Uaiibcn- » ton , ira])i'ès cela, l'avail-il noinnice la Muette. » On ne mange point ses cuisses en Anjou , rpioiiiu'elles soient » aussi bonnes ijue celles de la Grenouille eoinuuuie ; peut-être cela n vient-il de ce que cette espèce y est peu ré[iaudue. « .M. Mdiet est le premier qui ait signalé cette nouvelle espèce , quoiqu'il crût qu'elle était anciennement coiuuie; et, eouimc je l'ai l'ait remanpu^f plus haut, c'est en citant connne nnuvellc une espèce déjà dérrife, cl eu douuaut counni> ancien ini animal non encore dccril , qu'il a cnriclii la srii'nrc d'une miuvelle espèce de Grenouille très inléi'cssaulc dont je vais essayer de cunqiléler l'his- toire, eu faisant coimaiire les dincrences qui exislcnl dans son squelette, et celui de deux auU'cs espèces dont je parlerai (ont à l'heure , et qui sont la Uana fusca i Roësel j et la llaiia (ixijrrhiiui , nouvellement découverle en Allemagne et dans le nord de l'Eu- rope , et en imbliaut les diverses observations conipai'alivcs que , depuis bien des années, j'ai laites sur les nucnrs des trois espèces de Grenouilles qui vivent dans les environs de Nantes. Ce Mémoire serait déjà publié depuis deux ans, si :M. Auguste Duméril, à qui j'en avais parlé et à (|ni j'avais communiqué plu- sieurs exemplaires de l'cltc nouvelle Grenouille , ne m'avait averti (pi'il y a ipielques années trois célèbres natuialisles, .M .M. Slcen- slrnp de l]openhague, de Siebold, et le dorlcui- Scliil'l'ili' Ei'ancrort- sur-le-Meiii, avaient t'ait coimaitre sous le nom de lianaoxyniiinii une Grenouille dilïércnte de la Grenouille ruusse de Hocsel et de la Grenouille verte (Rana esculenla). jM. Auguste Duméril ut'engagea , avec raison, avant de |uiblier mon travail, de preudi'c connaissance des observations îles trois erpélologistes cités plus haut, et m'olTrit , avec son obligeance habiluellc, de me les cominimiqiier. 11 eut la coiviplaisancc d'écrire exprès à M. Schirr,qui, de son côté , ont la bonté de lui adresser une notice de -M. de Siebold , et ses propres observalious sur celte même (ircnouille , pour qu'elles me lussent transmises. M. Scliilï joignit à ses notes quelques Sl:n UEIX ESPÈCES de GUKNOIILLES. 3G7 cxeiiiiihiii'os (!(.' la lîana oxi/rrhina, |iri:iiil ,M. Diuut'ril de iiir les iidresscr, et désirant i|ul' ses uhscrvalioiis l'usseiif insérées ilaus mou Mémoire. De mon eolé, |ioiiiM]neM. Seliil'l'iiùl xéiilier liii-nn'me la dif- rérciiec qui existe eiitri' sa Greiiooille el la iiiieiine , je lui envoyai jiiiisiein's exeniphiires vivants do eelle dernière , et (jneliine tenips après il m'adressa une certaine iinanlilé d'individus égalemi'ut \ivauts de sa Grenouille. De cette manière nous reconnûmes tous les deux (juc nous aviiuis aftaire à di^ix es|)èces très dis- tinctes. Avant de jinlilii.'r mes obsei'vations sur la Grenouille que je noniuie Grenouille agile ( Raiia aijiiisi, qui est la même que celle i|ue -M. ilillel dpiwWc Grenouille rousse [temporaria, Linn.\ car j'ai vu les deux espèces chez .M. .Millet lui-même, je ferai connaître les observations de .MM. Sleenslriip, de Siebold et Sehil'l'. J'accom- [)lirai ainsi le désir de ce dernier en joii^nanl aux miennes ses remarques toutes pleines d'intérêt. Observations de .M. de Su;iioi.I) [Archiv fiir Naturgeschichle , rédigées par'froscliel, 1852, t. I, p. li. — Siebold, Zoologische Nolizen iiber Rana oxgrrhinus et plalgrrhinus. ). « Les deux espccesdeGrcnouillesdislin^uéespar M. Steenstrup, lioiit jusqu'à ce jour on n'a |ias voulu admettre la dillerence spé- ciiique, .sont en effet deux bonnes espèces que je peux distinguer maintcnanl au premier aspect. » 1° Rana oxgrrliinus est , dans la plu|iart des cas , [ilus petite et plus ;.'rèle ijuc /î. itlalijrrhinm (M. .Steenstiii[i donne ce dernier nom à la •.('rilable (iicnduille roussC;. " "i" Klle a, (,'onuoe Rana escnlenta , la tête pins pointue, et l'iu- lumeseenee à la racine du doigt externe: .soutenue pai' un os plus gros Pi pins volumineux. " 3' Klle se distingui' de la Runu cscuknla très facilemenl par ses couleurs. » 4" Elle n'est jnniais verte , et ses i-oulenrs ressinibleni |ilnl(')l à cellc's de la Rana plulgrrliinus avec laquelli' elle a l'té' confondue. " 5' Celte confusion a ('té' jilus facile , puisipie ces deux espèces 368 A. THOMAS. sont des Grenouilles lerreslres fjui , toutes les Jeux , au [ireniier printemps et à la même époque , recherchent l'eau pour s'ac- coupler. » 6» La vessie vocale de la Rana esculenla manque à ces deux espèces. Leur voix, au temps ds l'accouplement, est très différente. Les mâles de la Rana platyrrhinus , à cette éporpic, font entendre une epèce de grognement uniforme, continu et très sonore. La voix de la Rana oxyrrliinus est un chant interrompu , qui ressemble beaucoup au bruit produit par l'air (|ui s'échappe d'une carafe vide que l'on lient sous l'eau pour la remplir. » 7° Si, au tenijis de l'aecouplement, ces Grenouilles nagent dans l'eau , alors ces deux espèces se distinguent encore par un autre caractère très reMian[ual)le qui a déjà été noté par Slecnslnip. Les mâles de la Rana oxyrrliimis , à celle épo(|ue , apparaissent comme enduits d'im nuage blcuàlrc sur loule la surface de leur dos qui, par cet enduit, acipiiert souvent un reflet de bleu de ciel. Cette coloration disparait dès qu'ils (|uittent l'eau. Les mâles de la Rana plalyrrhinus n'ont pas ce reflet bleuâtre. » 8" Une autre diftérence secondaire par lacpicllc ces deux espèces se distinguent de la Rana esculenta , c'est que la Rana oxyrrliinus et la R. plalyrrhinus nourrissent dans leurs poumons le Distomum cylindraceum , q\i\, chez la Rana esculenta, est iciu- jilacé par le Dislomum variegalum. » 9° Stcenstrup a Irouvé les deux espèces en Suède cl en Dane- mark, et selon les différentes localités, lanlôt l'une, tantôt l'autre est la plus commune. En Allemagne, Sleenstrnii a Irouvé la Rana oxyrrliinus aux environs de .SIellin et de Leipzig. » Steenslrup croit qu'en Ecosse il n'existe que la R. plalyrrhinus. « JI. de Siebold ajoule qu'il a trouvé les deux espèces enscndjlc à Kœnigsberg, et à DanIzig en Prusse, â Erlangen en Franeonic, et à Hreslau en Silésie ; mais que [)arloul la Rana oxyrrhinus a paru èlre l'espèce la plus rare. » Remarques inédites de .M. Schiff. — « Ces deux espèces ( la Rann oxyrrhina et la /{. temporaria) ont, dans la parlie anlé- rieure, une physionomie si différenle, (|iiemun frère lui-même, qui Sin DF.LX ESPÈCES DE GRENOUILLES. 369 ne s'occiipo pas dn zoolo'iio, mais (|iii m'a accompagné plusieurs fois dans mes excursions , les reeoiiiiaîl au premier aspect. De mon côlé, je dislinoiie très bien les adultes avant de les avoir pris, quand ils sautent encore à tei r.i , notamment par leurs formes ; mais la R. oxurrhina saute aussi plus loin qu'une /!. platyrriwm de la UK'me ^^randeur. » 2" La H. oxyrrhina adulte est toujours plus petite que la R. temporaria adulte. Les ('ehantillons que j'envoie .sont des plus iirauds. (le sont siuiout les exln'niiti's antérieures qui sont beau- coup plus grêles dan.> la R. nxi/rrliinai\[\r dans la R. temporaria. » 3' L'intumescence des ponces, à l'époqne des amours, dans la R. oxyrrhina, est aussi moins verruqueuse; et en la traitant avec de raeid(^ nitrique délayé, on ne parvient jamais à en isoler les tlliro-cellules des muscles organiques aussi bien et aussi dis- lini'lcmeiit (pie dans la R. temporaria. » k° Il n'y a pas de différence traneliée dans les couleurs ; mais dans la plupart des R. oxyrrhina que j'ai trouvées, la gorge était d'un blanc piu", quoi(pie la jjiiitrine lut d'un blanc sale et taebetée de noirâtre ou de brunàti-e. (liiez la R. temporaria, la gorge est de la même couleur que la poitrine. Les temporaria des environs de Francfort ('e\cepl(' celles qui vivent dans les eaux ferrugineuses de Carben, à deux lieues d'ici, n'onl pas cette large raie noire (lonctuée le long des côtés ipie Ton trouve si souvent cbez les R. tempo- raria ihi midi de ri'juope; mais cette raie se trouve ti'ès souvent cliez notre R. oxyrrhina. Du reste, cbcz la /{. oxyrrhina, la jieau est plus lui.sante. » 5° La R. oxyrrhina se trouve toujours dans les lieux bumides près de leau, et , quoi(pie terrestie , elle ne s'en éloigne jamais beaucoup. Je ne l'ai |ias une seule fois rencontrée, comme la iî. lempmaria, ilans les terres cultivées et élevées. )i fi" .l'ai IniiJDtiis trouvé la R. oxyrrhina aecoiijib'e un peu plus tard cpiin/e jours cm trois semaines en mo\enne (pie la /{. temporaria . Du reste, il n'est pas cxacl de dire (pTcllc l'cclierclic l'eau à celle ('•p(i(pie, car il ne parait |ias (pie les mâles (|iMltent l'eau ipi'ils liabileiil l'iiiver avant raccomiili.ssement de l'acte de la génération. 4' siTio. Zooi, T. IV CCahiorn" 6.) ♦ 2i 870 A. THOMAS. » 7° La voix es( tonjoui's différente. Les remarques de M. de Siebokl .sont très exactes jioui' le temps de l'accouplement. Plus tard la voix du mâle de la if. oxyrrhina devient très sonore, rauque et très basse, comme enrouée. Elle est toujours moins continue et plus souvent ré[iétée que celle de la R. temporaria, et ressemble À^Rnuen, rouen, rouen,» pendant quela/{. temporaria crie d'une manière beaucoup plus sonore : « Ouorrr, ouorrr. » Les femelles de la R. oxijrrhina, quand on les attrape ou quand on les pince, crient souvent, mais pas toujours cependant , comme les petites Souris : «1, î, i, «prononcé par le nez et d'une manière fort aiguë. "8° Le reflet bleuâtre indiqué |iar îL de Sieboid ne me paraît pas être constant ulicz la Rana nxyrrhina , et s'il l'était , je ne voudrais pas eu faire uni' marque distinctive, parce que très souvent j'ai vu ce même icllet chez la R. escidenla , et quelquefois cbez des individus pâles de la R. temporaria. » 9° Moi aussi , comme M . de Siebold , je n'ai vu le Dislomum variegatum qui' cliez la Rana esculenta., et le ci/lindraccum que dans les poumons des deux autres espèces. M. Blancbard a égale- ment indiqué déjà cette différence (Ann. des se. nul., 1817, I, p. 296). Mais il est â remarquer que Diesing [Sysl. helminthum, I, p. oG8' raconte que Braun etZéderont trouvé le cylimlraceum aussi cbez \aRa7iaesculenta. Ihie différence semblable consiste en ce (}ue, jusqu'à présent, je n'ai trouvé \e Zaplodelphis rachidis, Dies. [Diploslomum rachiœum, Henle iDujardin, Helminthes, p. /i7S)] , (pic dans les R. temporaria et esculenla , jamais chez la Rana oxyrrhina , quoique j'aie examiné la moelle épinière d'un bon iiomiuc d'individus de cette espèce; mais puisque ce Zaplo- delphis est ;issi'z rare, cl que le nombre des oxyrrhina dont j'ai examiné la miitile est bcaiiciiu|i inférieur au nombre des deux espèces, je ne crois pas ipie cette différence, en tous cas très secondaire, soit réelle. » 10° De ce que les deux espèces sont également répandues en Suède , Steenstru|) probablement s'est cru engagé à rayer totale- ment le nom de temporaria, et à donner deux nouveaux noms; mais en .Mlcmagne, parloiU la Rana platyrrhimis est la plus fré- quente, et en France il parait en être de même; c'est pour cela si:r helx espèces de grenoiille';. 371 que je crois que celle Jernièrc espèce doit parderle nom de lem- poraria. Il y ;i encore nue ;uilre raison : dans la di'rnière édition du Systema naturœ de Linné, à l'occasion de la R. lemporaria, on trouve cité Rdësel Hifil. ranarum). Or la fifiurcdeRocsel, ijuej'ai comparée dans la .seconde édition de son ouvrage , montre évi- demment et très dislinctenient la vraie temporaria. »Du reste, je crois que la K. oxyrrhinusAe Steenstrup doit être clianfrée en l\. oxyrrhina. Aux environs de Frand'ort , la R. oxyrrhina ne se trouve que dans deux localités : à Enkheim, dans la Hesse électorale, dans les grandes tourbières où elle est relalivemeni rare, et vil en société avec la R. temporaria; et dans un endroit nian'capeux, entre Bockenlieim el Hoesclisl, où, en été et en automne , on ne trouve que cette espèce, sans y rencontrer des temporaria ailidl(^s. Dinis les environs de Heideiberg et de Karlsrulic , dans le diiclii' (le Hadc, (pic j'ai parcourus jilusieurs l'ois, et dans (pielqni-s excursions (|iie j ai faites aux environs de Berne, en Suisse, en 18'j8, je n'ai trouvé que la lemporaria. A Paris, où j"ai examiné, en 1844 et 1845, plusieurs centaines de Grenouilles que j'ai achetées au marché pour mes expériences physiologiques , je n'ai jamais vu la Rana oxyrrhina. J'ai alors très bien reconnu et dit, en 1842, la différence de la lète dans ces deux espèci.'s , et je crois aujourd'hui (|ue la Grenouille que j'ai dorniéc à plusieurs musées sous le nom de R. angusLifrons est identirpie avec la R. oxyrrhina de Steenstrup, dont le nom publié le premier doit avoir la préftJrence. » Dans le courant du printemps de 1855, M. Sehiff eut l'obli- geance de m'envoyer, conmie je l'ai déjà dit , plusieurs individus vivants de la R. oxyrrhina, qu'il avait pris dans les l'uvirons de Francrorl-sur-lc-.Mein . J'en donne ici la descriplion d'après l'exanien que j'en fis alitrs. Rana oxyrrhina, Str. — Dessus du corps d'un roux plus ou moins vif ou d'un brun grisâtre, couvert de petites verrues assez espacées; peau des lianes un peu chagrinée; dessus des cuisses, de> jandics, îles tarses el desoiteils, île la même ciinleui- que celle du dos , ainsi que la partie supé-rieuie des bras. Les ijualre ^tl'l .K. THOMtW. mcnibri's sont coiiiks lr;iiisv('i's;ilfiii(Mil |i;ii' des liaiidos brunes. Choz (|iicl([iies iiulividiis, il oxisto, (l('|iiiis le iiiilipii de la lèle jiis- o'il,et va jusqu'au bout du iimisimu; (Mitre cette liiine el la lèvre supé- rieure qui est brunâtre , il existe une autre raie de eonleur plus elaire, ipii part du bout du museau el se proloufie jusqu'à l'épaule, ininicdiateinent au-dessous de la taebe noire, dans la(|uelle est encadrée la membrane du tympan. Sous ebaque pli glanduleux situé longitudinalement au-dessus des flânes, il exi'-te une rangée de lacbes noires ou brunes. Les lianes sont d'un lirun grisâtre et jaunâtre dans leur |iarlie iulV'rieurc-, de plus, ils sont verrnqueux, et couverts de largvs marbrures noires. Les yeux sont de la même couleur (jue ceux de la /?. fusca (M de la H. ayilis. La gorge , la poitrine cl le venlic , sont d'un jaune claii' ; mais on aperçoit sur la gorge et la poitrine (piclques uiarbi'ures bru- nâtres. Les parties inlei'ucs des cuisses sont jaunâtres, et couverles de granulations dans la région voisine de l'anus. Les fesses, dans la portion qui est près du même organe, sont d'une coideur (Car- née el granuleuse, et dans les autres parties olivâtres et marbiées. Grenouille agile [Rana agilis, .MiHi ; Grenouille rousse , Faune de !Maine-et-Loire,. — Je vais essayer maintenant de donner de la {".renouille nonuuéepar .>f. Millet d'Angers 6' reHOî/tï/erouMe et par moi Grenouille agile, une description un peu |ili)s détaillée (pie celle qui est contenue dans la l-'aimc de Maine-et-Loire. Dans cette espèce, le mâle possi''(le deu>; sacs vocaux semblables à ceux du mâle de la R. fusca, Roësel. La langue est plus petite. Les dents vomériennes m'ont jiaruêtre différentes de celles de la R. fusca et de la R. oxyrrliina. Le museau est moins obtus et moins recourbé que celui de la R. fusca , et non-seulement le museau , mais tout l'ensemble de la tête est proportionnellement plus long et moins el'tilé que chez la Grenouille oxyrrhine. Les yeux sont semblables dans les trois espèces. I SUR DEUX ESPÈCES DE GRENOUILLES. 575 La tache située derrière l'cRii est pareille. Les membres postérieurs sont plus longs et moins épais que chez la /{. fiisca, et ils sont propurlioiiiicllciiienl eneon* plus khiikIs que ceu.x de la H. oxyrrhina; les marbrures (pii les coupent transver- salement sont aussi disposées dilTérennnent. La peau, chez le niàle, est toujours lisse, et elle est ipiciiiuelois couverte de points très petits et très rares, l^e tond de la couleur du dessus ilu corps l't des meinbivs est tantôt brun ou gris feuille morte, et tantôt d'un roux plus nu umius vil' (lu d'un rose tendre parsemé de petites ombres biuiiàhvs el de très petits puiiits noirs. Chez les mâles, la couleiu' du dessus du corps est géni'ralement .plus foncée que clie/. les l'enielles. Les deux plis j;lauduleux , qui sunl silui-s au-dessus des flancs, sont couvei-lsde puiuls cl de laebes ucirs; de semblables points el taches existent sur la face externe des cuisses et des jimdies ; la face externe des bras est également ornée d'une p(!lite bande noire. Une raie brunâtre part de chaipic côté du bout du nniscau, et se prolonge jus(prà l'n'il. Les lèvres sont plus foncées che/ le mâle (|ue chez la femelle , et au-dessus de la lèvre su|H''ricnrc il cxisl(> une ligne étroite et de couleur pâle, (juipi^end naissance au iionl du museau, el se termiiic un peu an-dessous de langlc furmi' parles deux mâchoires. Ces particularités relatives à la cdluralidu du nuisean et des lèvres sont les mêmes ipicebez les deux autres espèces. I,a gorge et la poiti-iuesoni le plusMiuvenl d'un Ijlanc pur; mais cepcndaid elles soiil queNpiel'nis lavées de nuiràlre chez le mâle et de rose chez la feiiielle. L'abdomen csl toujours d'un blanc pur el brillant dans les iU'\\\ sexes; les lianes, vers la partie inférieure et en se rapprochant des cuisses, sont jaimâtres; les fesses sont granuleuses l't de coulcm- xerdâlre eu dessus, et carnées â la pai'lie inférieure. La [lartie interne des misses esl plus jaune, cl celle des pieds lii'e un peu sur le carné, parsemé' de très [icliles taches d'un jaune clair. Les ai>sclles sont jaunâtres. Il y a donc aux régions infériemcs et aux l'uisses, comme on le voit, (lucUpies li'gèrcs dif- férences comparativement a ce qui se lemarque chez la R. oxyr- rhina. il ('xi ui;us jus(|tic xcrs le 15 (\\l même mois. Ce fui le '\'2 inai's ISI.'i ipic je la trouvai pour la prciiiièi-e fois accoiiph-e, (pioi(pie bien longtemps avant je l'eusse disliuguée de la R. fusca. IViidaiil riiccouplemeiil ( chose assez siiiguli(''re la voIn du niàlp 376 A. THOMAS. ressemble à celle que produil le mâle de l:i R. oxyrrhina, et dont il a été parlé plus haut; pourtant ce sont deux espèces bien distinctes. A l'époque de raccouplement, il se produit sur le pouce du mâle de la R. agilis un itetif gontlemeut de couleur noire moins volu- mineux que celui qui se développe sur le même doigt du mâle de la R. fusca. Chez celte dernière espèce cette protubérance est hérissée de petites pointes, et , au contraire, elle est lisse chez la R. agilis. Aussitôt que le temps de leurs amours est passé, les Grenouilles agrîVes quittent l'eau pour le reste de la saison et ne s'y lancent que par hasard, quand , par exemple , elles se trouvent près d'un ruis- seau, ce qui du reste est assez rare, cl qu'un danger les menace. Elles se tiennent dans les lieux iVais el trampiilles , les prés, loin des habitations, au milieu des giandcs licrbcs , dans les bois , et quelquefois dans les terres élevées, quand elles y Iroiivciil de la fougère et do l'ombrage, .le ne les ai jamais reiicoutrées , comme les Grenouilles rousses , dans les jardins des villes el des villages , ni parmi les Orties , les Chardons et les Ronces qui poussent dans les chemins el le long des nuu's. J'ai cru pouvoir donner à celle (irenouille le nom de Grenouille agile iR. agilis), à cause tic la longueur des bonds qu'elle l'ait lors- qu'elle est poursuivie; car je puis allirmcr l'avoir vue franchir d'un seul bond un espace de près de '2 mètres. Elle est as.sez commiuie dans ([uclquis localili'-s du déparleiiieul de la Loire-Inférieure; mais ou la lroii\c raremcnl avec la rousse. Il y a des cndroils où j'ai i encontre plusiciu's milliers tie la rousse et pas une seule agile ; d'autres oii je n'ai vu (]ue celle dernière , ctd'aulrcs enlin dans lcsi|ucls (lc|Miis bien des aniH'cs je \nis plu- sieurs agiles cl foi'l [icu de rousses. Le t."'lard de la R. agilis se di'vcloppc comme celui de la R. fusca, et lui ressemble beaucoup: mais quand ces ilenx espèces ont subi leurs métamorphoses, (puuid elles sont encore lirs peliles, on les dislingue fort bien. La Rana fusca de Roësel s accouple toujours environ six ou scjit semaines avanl la R. agilis , ce qui me paraît être un point très essentiel à noter. Lorsf|Me le m"is de janvier n'est |ias rigoureux, SUR DEUX ESPÈCES DE GKENOL'ILLES. 377 l'accouplement a souvent lieu dès le 10 de ce nièiue mois, et quel- quefois un ou deux jours plus lot ; d'autres fois il t'prouve un peu de retard et se fait vers le tîi, eonime cela a eu lieu cet hiver. Quand le froid se prolonge, raceoupleuient n"a lieu alors (|ue dans les pre- miers jours de février. A cette époque, les Grenouilles rousses se réunissent en grand nombre dans les mares et les fossés , et les mâles s'y disputent les femelles en faisant entendre une espèce de grognement. J'ignore si tous les mâles de cette espèce, ou même si quelques- uns d'entie eux, parvenus à l'âge adulte, |)assenl l'hiver sous l'eau, mais je ne le crois pas : parce que tous les ans j'en trouve qui sorit accouplés dans de simples rigoles prali(pié('s dans des champs, et jusque dans li's moindres trous situi's au milieu des chemins, et dans lesipiels il n'y a (pie quchpies cenliNièlies d'eau , et encore cette très |)elile quantité n'y est-elle souvent (|ni' (le|iuis quelques jours seulement. J'ai vu iréquenuiient, au comniencemeulderaulounie, une as.sez g.-ande quantité de Grenouilles rousses des deux sexes dans des bar- riques à moitié remplies d'eau. Ces barriques se trouvaient placées dans des jardins, auprès des puits ou sous l'égout il'une dalle pour recevoir les imux jiluviales, et les Grenouilles (pii y étaient entrées ne pouvant plu> en surlir, |iai'aissaienl b(!ancoup souffrir dans leur caplivit('', ci eheichaienl à s'écha|prr. Malheureusenient je n'ai pas |)U m'assurer de ce (jucllcs dcNcnaienl. .Mais , à la fin de ce Mémoire , je ferai counailiT' sur riii\riiiagç de ces Batraciens et de (piebjucs autres espèces des observations (pie le hasard m'a mis à même de faire. Après l'accouplement, ces Grenouilles disparaissent et ne c(jin- mencent à se montier que vers les premiers jours d'avril. Klles ont un(! manière de vivre tout à fait diflV'i'ente de celle de la R. ayilis, (pii est essenliellcnicnl Iciresire; car elles [lassent presque toute la joiu'iiéc dans l'caii pcmlaiil le piinlenips cl mie grande partie di- l'été, i^llcs oui, de ce ( ol(' , bcaiicoiip de rapport avec la Grenouille verte, et c'est un iiiolif di^ plus pour .séparer cette espèce de celle que j'ai nommée H. avilis. Tons les »\\> . au printemps cl dans le ((imineiicciiiciil de t'elé , 378 A. THOMAS. je trouve une très p;rande f|uantilé de Grenouilles rousses û'eê deux sexes dans les fontaines, les mares, les fossés et les carrières abandonnées qui contiennent de l'eau, et où elles vivent comme les Grenouilles vertes, se tenant lanlôl dans l'eau et tantôt sur le bord. Il résulte de ces observations i|ue ces Grenouilles sont beaucoup moins terrestres quehGrenouille agile^ qu'on ne trouvé qùé rare- ment auprès des eaux. Quant à VhivernageAç certains Batraciens, voici les observations que j'ai faites : Il y a déjà plusieurs années , lorsque je parcourais souvent la campagne, afin de surprendre les animaux accouplés et de pouvoir les étudier à loisir, j'avais remarqué une petile source située sur une bauleur, et auprès de laquelle je passais fréquemment. Cetië .source vomissait du sable fin qui, au soleil, présenlail de brillantes couleurs. Un jour, c'élail dans le courant de février ']8/i5, je déga- geai l'ouverture de cette source en ôtani quebjues poignées de sable. L'eau bouillonna atissilôt avec plus de force, et rcjela, à mon grand éfonnenieiil. un petit animal, que je reconnus cire une jeune Grenouille appartenant à l'espèce nommée par Roësel Rana fusca; ce ne fut que dans l'année 18/|7, et dès le 12 janvier, que je recommençai mes excur.sions. Je dirigeai mes pas dircctemeiit vers celte source, et la trouvai , demême que les années précédèfites, bouillonnant presque à fleur de terre. J'en relirai, comme précé- dcninicnl , quelcpics poignées de sable, et l'eau jaiilil avec jilus de faciiili'. Cinq ou six minutes après, j'en vissorlir Irois jemies Gre- nouilles rousses dont le ventre était parfaitement jaune. Elles n'étaient nullement eugounlics. Un instant après, l'eau rejeta un têtard de Salatnaiidre terrestre; il était long de 4 centimètres environ. Le leudcinain, je revins an même endroit, cl ayant encore dégagé l'ouverture de la source et facilité la sorlie de l'eau en ôtant quelipies pierres rpii l'obstruaient, je vis sortir cinq petiles Grenouilles scmlihihics aux premières, et quatre lèlanls de Sala- mandre également pareils au premier. Enfin, le 17 du même mois, je retournai voir cette source qui me fournissait des observations si intéressantes, el , après avoir agité l'eau à une iirofondeur de. SUR DEUX ESPÈCES DE GRENOUILLES. 20 cenlimèlres environ, je fis sorlir de leur rciraite deux petites Grenouilles. Tous ees jeunes Batraciens appartenaient à l'espèce notnmée Rana fusca, comme je l'iii lait remarquer. Parmi eux , il y avait plus de t'emcllesque de mâles. Pendant quelques années , j'intei-mmiiis mes recherches sur l'hivernage des Batraciens pour m'oecuper spécialement de leur mode d'accouplement , et je les recommençai en 1855, avec un dé njes amis M. Arthur Delisle, qui voulut bien m'aider dans mes recherches. . Dans les premiers jours de lévrier 1855, il. Delisle et moi lunes plusieurs fouilles dans de vieilles carrières abandonnées, et, après avoir creusé à une petite profondeur une lerre mélangée de scliiste • ylhiles, des Pélodyteà pondues des lieux sexes, quelipies femelles du Bafocalamita pleines d'œul's, et une femelle de la Rajia ftisca qui ne s'était pas encore déharrdssi'e de ses (Cufs. On trouve (pielquelois, mais en 1res petit hoiiibi-c, ijiiehjlies reinélles relaidalâiies, surtout 16rs(|uè c'est lii première aimée (|u'elles engendrenl. ; de plus, nous trouvâmes une grande quantité de Tritons palmipèdes de tout âge et de tout sexe. Les mâles n'avaient pas encore la palmure des pieds déve- loppée, ni les arêtes dorsales aussi apparentes (pi'ils les ont plus tard , mais ils avaient déjà l'anus gonflé. Du reste, je dois dire aussi (pic j'ai vu plusieurs fois, dans les derniers jours du mois de janvier, des individus des deux sexes de ce Triton dans l'eaii, et préluder aux jeux amouivux que Spallan- zani et Rusconi ont si bien décrits. Sans o.scr tirer des faits qui précèdent aucune conclusion rela- livement au mode d'hibernation des Batraciens anoures eturodèles, j'ai cru devoir les faire coimailrc, parce qu'ils sont le résiillat d'observations attentives cpie j'ai répétées peiidahl un grâiid nombre d'années. Je pense d'ailleurs (ju'cllcs ne seiaieni peut-être pas sans utilité pour les zoologisics (pii Vdudraieiit s'occuper de nouveau de cette im|)oiiaiitr' (jueslion de pliy.-l-teil. Itann fusea flaille moyenne). liana (irjilis (tiniiide laille). . liana osijrrîiina {idem), . . 0"',020 0"',018 0'",ni5 0"\052 0'".0 47 0"',ni3 0"',H7 0"',I20 0°',090 On voit parce ijui précède ijue nous possédons en Europe quatre espèces de Grenouilles bien distinctes, tant par les formes exté- rieures que parles UKcm-s : l" R. fiisca, Roësel, vel temporaria, Linn.; 2' R.vimiis, Roës. , seu esculenta, Linn.; ?>° R.oxyrrhina, Steenstrup; h° R- ogilis, Thom., vel temporaria. Millet. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 7. Fig. I . Portion antérieure du corps de la Grenouille agite vue en dessus. Fig. 2. La même vue en dessous. Fig. 3. Patte antérieure du mâle. Fig. i. Squelette de la même. Fig. 5. Grenouille oxyrrliynque Fig 6. Squelette de la même. Fig. 7. Patte externe de la Grenouille verte , comme terme de comparaison. I OBSERVATIONS L'HERMAPHRODISME DES ANODONTES, EïTRAlTES DINE LeTTRE ADRESSÉE PAR M. VAN BENEDEN, Par M. LAC'AZK-DI'IIIIERS, Profçs^eiir ;t In F.iciillt^ lics scirnifs do Ronnns. Vous avez imprimé quelesAnodontes sont herniaphrotlices. Leeuwenhoecli et M. de Siebold les déclarent à sexes séparés, et portés par des individus distincts. Moi même je ne pouvais me riinirer à votre opinion. ,\yan[ quel- que chose à vérifier, au sujet de l'organe de lîojanus. sur ces .acéphales, je fis ouvrir environ cinquante individus, et . il faut le dire, j'examinai leurs glandes génitales presque par hasard, et pour voir si , à la simple vue , je reconnailrais le mâle et la t'emelle. Mon examen était superficiel, à ce point que je me contentai d'une large incision du pied et de la masse viscérale qui renferme les glandes génitales. La hlessure des mâles laissait échapper un liquide visqueux qui ne se désagrégeait pas dans l'eau, tandis que celle des femelles laissait écouler un liquide dont les éléments s'éparpillaient, et que je reconnaissais, par l'habitude acquise penilant de longues recherches sur ce sujet, pour des œufs. Or, sur un exemplaire, il me sembla que la blessure laissait couler à la fois ces deux liquides. Dans des questions de ce genre, le doute, même le plus léger, doit être édairci, et l'examen micros- copique me lit reconnaître sans aucun doute des œufs et des spermato- zoïdes, .l'allai plus loin, j'examinai attentivement. Les glandes, et les lobules , d'un jaune plus clair, plus brillant, m'offrirent la structure et la composition de la glande femelle. Ceux, au contraire, qui présentaient une teinte un peu plus obscure étaient exclusivement mâles, et, après cet examen décisif, le seul qui mérite aujourd'hui coidiance (piand il s'agit des sexes , je rapprochai des animaux entièrement mâles ou femelles , et l'apparence des parties différentes sur les individus herniaphrodites était semblable à celle des mêmes parties sur des animaux unisexués. Il n'est i»lus douteux pour moi aujourd'hui que, rarement il est vrai, les Anodonles des Cygnes ne puissent être hermaphrorlites ; et je m'explique maintenant comment votre opinion était en opposition avec celle de Leeu- wenhoeck et de Siebold, bien que la vérité existât de part et d'autre. Je crois 382 r»c*ZE-»iiToiERS. — hekmai-hrodisme des anooontes. que l'hermaphrodisme est exceptionnel el rare, et que c'est une de ces exceptions qui a dû tomber entre vos mains et déterminer votre opinion. On rencontre , dans celle question de i'hermaplirodisme des Acéphales , de telles discordances d'opinions, que parfois on est étonné, surtout en voyant des observateurs si recommandables en opposition complète. Mais , à mesure que l'on étudie en grand nombre les mêmes espèces, on reconnaît les causes des discordances, et je crois devoir porter à la connaissance des naturalistes l'observation qu'il m'a été donné de faire. Il est inutile , je pense , de faire ressortir toute l'importance de ce fait. Il montre d'abord combien la question dont il s'agit devrait, pour être élu- cidée el conduire à des résultats salisl'aisants, s'étayer de l'examen non-seu- lement d'un grand nombre d'espèces, mais aussi d'individus; combien on doit avoir garde de trop se hâter de conclure touchant le rôle des glandes; combien aussi, avant de croire à des erreurs de la part des observateurs, il faut multiplier ses observations propres. Pour moi, monsieur, je suis heu- reux , après avoir cru à une erreur de votre pari , qu'il me soit donné de trouver un fait qui explique votre opinion, et je m'empresse de vous le faire connaître. (Académie de Bruxelles, décembre 1865.) FIN DV QUATRIEME VOLIME. TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUiME. PUTSIOLOeiE. Mémoire sur l'asiimilalion du sucre, par M. GiDB 27 Mémoire sur la foiu-tion glycogénique du foie, par M. Figuier. ... 91 Sur le mécanisme de la formation du sucre dans le foie, par M. Cl. Bersabd 109 |5lir la présence du sucre dans le sang de la veine porte . par M . Lehmans . 158 Recherches sur l'influence de la lumière sur la production de latide car- bonique tjes animaux, [lar .M. Moleschott 207 Du sulfocjanure de potassium considéré comme un des éléments nor- maux de la salive, par M LoNGET 225 Mémoire sur linfluence qu exerce sur le développement du Poulet lappli- calion partielle d un vernis sur la coquille de l'œuf, par U. Dabesie. . 119 A'VtTOniK ET ZOOLOGIE. 1" VERTÊBItÉS. àlémoire sur les organes de la circulation chez le serpent Python , par M. Jacquabi 321 Note sur deux espèces de Grenouilles observées depuis quelques années en Europe, par M. Tbumas 36S Monographie des Balistides, par M. HoLLAHD 3 Note sur le vomer garni de cinq rangées de dents des terrains de la craie chloritée , par M. Mabcel de Serres 264 2° INVERTÉBRÉS. Observations sur les mœurs des Cerceris, et sur la cause de la longue conservation des l'.oléopleres dont ils approvisionnent leurs larves, par .M. Kabre 129 Quelques mots sur les Cerceris, par M. Léon Dlfoor 263 Note sur labsence, dans le .Xemoptera lusitanka, d'un système nerveux appréciable, par le même 153 Additions a la Note précédente 263 Lettre sur les mœurs des Abeilles, par M de Beaovoie ISi Deuxième note sur lus sperinatophores du GnjHus sijlvcslris , par M. Lespés. 244 Note sur un nouveau ^enred'Annélirle perforant, par .M. .Marcf.i. de Serres. 238 Kemarques sur la note précédente, par M. Suuin.EwoRTii 319 Mémoire sur les Veis rubanés et vésiculaiies de l'homme el des animaux [Tieniuii, Cytlicerques] , etc.), et la production des Helminthes en géné- ral . par M SiEBoLD. 18 et 172 Mémoire sur 1 organe de Bojanus des Acéphales lamellibranches, par M. Lacaze-Dutiiiebs 287 Observations sur 1 hermaphrodisme des A nodontes, par le même. . . . 381 Observations histulugiques sur lu grand sympathique de la Sangsue médi- cinale, par M. Faivie 249 TABLE DES MATIERES PAR NOMS D AUTEURS. Beauvoye (de). — Lettre sur les mœurs des Abeillfs. . Beiinard(CI.). — Sur le mécanisme de la formatinn du siicrr dans le foie Dareste. — Mémoire sur l'in- fluence qu'exerce sur le iléve- Ivppemcnl ilu Poiihl l'applica- tion partielle d'un vernis sur la coquille de I œuf DuFoun (Léon). — Note sur l'ab- sence, dans le Nfnwplvr'i Itisi- laitica, d'un système iiervi'iix appréciable — Additions à la Note précé- dente — Quelques mots sur les C.erce- ris de AI. Fabre Fabee. — Observalions sur les mœurs des Cercti-is , et sur la cause de la longue conserva- tion des ("oléoplores dont ils approvisionnent leurs larves. FiGuiEB. — Mémoire sur la fuiic- linit glyciiçiéiiiqiii' du foie. Faivre. — Observations histolo- giques sur le (jnunl sympa- tliiqiie de la Sangsue médici- nale GiBB — Mémoire sur Vussimila- lion du sucri^ HoLLARD, — Monographie des Balistides (suite) .Iacqcart. — Mémoire sur les or- ganes de la circulation chez le serpent Pytiion Lacaze-Uuthiers. — Mémoire sur 1.51 109 M 9 153 263 263 1-29 91 219 27 5 321 l'organe de Bojanus des Acé- phales lamellibranches. . . 287 — Observations sur l lurmapliro- disme des Anodonlcs. . , . 381 Lehmasn. — Sur la présence du sucre dans le sang de la veine porte 158 Lespés. — Deuxième Note sur les spermalophoresdu Gryllussyl- veslris 244 LosGET. — Du sulfocyanure de ' potassium considéré comme un des cléments normaux de la salive 225 Marcel DE Serres, — Note sur un nouveau genre d Aimélide lubicole perforant 238 — Note sur le voiner garni de cinq rangées de dénis des ter- rains de la craie chloritée ou à Hippuntes 264 MoLEscHOTT. — Recherchos sur l'inlluence de la lumière sur la prodiiciion de l'acide carbo- nique des animaux , . . . 207 SuiiTTi-EwoRTii. — Kemarques sur la Noie de M Marcel de Serres relative au genre S/oi. . . 319 SiEROLD. — .Mémoire sur les Vers rubanés et vésiculaires de I homme et des animaux (Toe- nias , Cyslicerques ^ etc.), et sur la production des Hel- niinllies en général . 48 et 172 Thomas. — Note sur deux espèces de Grenouilles observées de- puisquelque temps en Europe. 365 TABLE DES PLANCHES REL.\TIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. 1 . .Mutères (Balistides). 2, 3. Développement des Helminihes. 4, 5, 6. Organe de Bojanus. 7. liana agilis, Raita oxyrrhinn. 8. Structure du grand sympalhique, armature génitale du Grillon, genre Stoa. 9. 10, 11. Appareil circulatoire du Python. Fm DE LA TABLE. ^^/. .in/t i/of ScJivtt riéil . A 'y)'éfi .Inn.i/rs .livin**- yrrf/. ^'.IrA/i" ■ /,..-/ Tomr 4 /Y. 1/ DiltJc/off^c/nefi/ t/es //r/z/iz/t/^Aes Y /irmt'nd >rty *■ Jei JViyerj ëi Par. J/i/t ■ i/iv Sci^fif , nu/ . ^'.l'fVYi i!0oL Vhmr 4- J'I . :i /^/•fjf//yy/eA'/f/i/ ,fi