2i ANNALES SCIENCES NATURELLES. VKOISIUME SKKIE. ZOOLOGIE. IMI'IlIMEniF. DE nniRGOflNE KT MARTl'ÏF.T, Z-l). ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT TA zooi.oraE, i.v botamque, l'aNATOJIIE et la rilVSIOI.OCIE COMPARÉES DES DEL.V RÈGNES , ET l'histoire des CORPS ORCAMSÉS FOSSILES : POUR I,A ZOOLOGIE PAR 91. miilKE-EDWAR»» , ET POUR LA BOTAMQUE PAR I?UU. A». BROIVCiKART ET J. DECAISIVE. S^roisicmc Série. ZOOLOGIE. TOME TROISIÈME. PARIS. FORTIN, MASSON ET C% LIBRAIRES-ÉDITEURS, PLACE DE l'École- DE-MÉDECINE, 1. 18Zi5 ANNALES DliS SCIENCES NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQOE. PUliMlER MÉMOIRE SUR LES ACARIENS ET BN l'AIlTlCULlER SLR LAPPAREIL RESPIRATOIRE ET SUR LES ORGANES TE LA JIAlinUCAnON CHEZ PLUSIEURS DE CES ANIMAUI : Par M. rÉXiIX DDJARDIN. ( Présenté à l'Académie des Sciences , lo 25 novembre 1 8ii. ) L'étude des Acariens, comme celle des autres animaux inférieurs, n'a d'abord porté que sur leur forme extérieure, puis sur les appendices de locomotion et de manducation qu'on pouvait aper- cevoir aisément. M. Tréviranus, le premier, dans ses p^ermisclUe Schriften (en 1816 , t. I , p. 41 ) , avait pénétré dans l'organisa- tion de ces petits animaux, et avait signalé plusieurs détails exacts seulement en partie ; mais en même temps il avait déclaré combien lui paraissait douteuse (page 47) la structure de l'appa- reil digestif, dont il n'avait pu voir clairement les connexions. Latreille , dans le Règne animal , avait basé seulement sur des analogies supposées et sur la forme du corps et des appendices de la locomotion et de la manducation, la classification des Jcarides, qu'il place, comme seconde tribu , avec les phalangiens, dans la troisième famille des Arachnides trachéennes. Dugi's, en 183i, publia un travail très étendu sur les Acariens; mais, cherchant à deviner plutôt qu'à reconnaître directement la 6 DUJAKIHIV. — SUR LES AC.VRIENS. structure interne, il se contenta d'étudier mieux qu'on ne l'avait fait auparavant les parties de la bouche , que cependant il n'a pas toujours bien connues, et d'autre part, les métamorphoses qu'on soupçonnait à peine et qui lui ont appris que les Acariens à six pieds ne sont qu'un premier âge des diverses espèces décrites précédem- ment comme pourvues de huit pieds. Uugès essaya de déterminer, comme M. Savigny et Latreille l'avaient fait avant lui , les rap- ports des Acariens entre eux et avec les autres Articulés. Il reconnut avec raison que les organes de la manducation, qui varient suivant l'âge des Acariens, ne peuvent suffire seuls pour baser la classifi- cation ; mais lui-même ensuite prit pour caractère principal dans l'établissement des ordres, les palpes, qui, moins importants que les organes de la manducation , varient cependant suivant l'âge de ces animaux , et ne peuvent souvent fournir que des caractères spécifiques tirés de leurs divers segments ou articles. Dugès chercha ensuite ses caractères génériques dans la forme des organes de la manducation et dans la disposition des pieds , dont les hanches sont isolées, ou configuës, ou diversement groupées. Quant au caractère général des Acariens, il le veut trouver dans la disposition des organes de la manducation, où l'on voit tou- jours , dit-il , une lèvre en cuiller ou en gaîne , qui supporte ou enveloppe en grande partie les mandibules et ne les laisse pas libres comme chez les autres Arachnides : cependant la lèvre, que d'ailleurs ce zoologiste regardait avec raison comme formée par la soudure des mâchoires palpigères , est quelquefois complète- ment divisée en deux mâchoires , et laisse les mandibules libres. Dugès paraissait admettre aussi par analogie que les Acariens doivent, comme les autres Arachnides , avoir un collier nerveux, formé par la réunion des ganglions situés au-dessus de l'œsophage, qu'ils doivent manquer d'yeux â réseau , etc. Cependant l'obser- vation de ces petits animaux suffit déjà pour montrer que l'analo- gie ne doit pas toujours être invoquée ; car à mesure qu'on re- monte aux premiers termes de la série animale , on voit l'orga- nisme se simplifier de plus en plus, et d'une manière souvent tout- ii-fait différente et inattendue , par la disparition de tel ou tel système d'organes : ainsi le système nerveux , ([ui doit avoir DL^JARDi^. — SliU l.liS ACAHIK.NS. 7 disparu complètement chez les Acants proprement dits, ne se montre plus chez les Acariens plus parfaits , comme les Trombi- dions et les Limnocharès , que comme un gros ganglion sphé- rique d'où partent des cordons nerveux en avant et en arrière. L'appareil digestif qui doit finir, comme chez les Infusoires et chez certains Helminthes, par n'être plus qu'une lacune simple ou iobée dans l'épaisseur d'un parenchyme glanduleux , doit donc aussi, chez presque tous les Acariens, manquer de parois propres et ne peut plus être isolé. L'ovaire, le testicule, sont de moins en moins distincts, et chez plusieurs, les œufs paraissent se pro- duire par gemmation dans l'épaisseur même des tissus. L'appa- reil respiratoire, dont je vais parler plus loin avec détail, nous pré- sente plus clairement encore une dégradation curieuse avant de disparaître complètement. Enfin, plusieurs Acariens semblent être hermaphrodites, comme les Cypris parmi les Crustacés. Toutefois , pour compléter l'étude des Acariens , on doit attendre la solution de quelques difficultés matérielles. En ;e(Tet, pour déterminer plus sûrement la disposition lacunelise de l'intestin, il faut se mettre à l'abri de l'action destructive de l'eau sur le tissu glutineux interne que j'ai nommé sarcode chez les animaux infé- rieurs , et d'autre part , il faut tenir compte de la facile perméabi- lité des liquides et des tissus mous pour l'air contenu dans les trachées , puisque les organes cesseront d'être visibles aussitôt que l'air aura disparu. En attendant que de nouveaux moyens permettent de compléter cette étude , je crois pouvoir dès à pré- sent faire connaître les principaux résultats de mes recherches sur les Acariens, afin de montrer combien les notions que l'on possédait sur ces animaux devront être modifiées. Dans ce but, je parlerai suc- cessivement, l°de la forme extérieure des organes locomoteurs, du tégument et de ses appendices ; 2° des organes de la manducation et de l'appareil digestif, ainsi que des sécrétions ; 3° de l'appareil res- piratoire ; k" du système nerveux et des yeux ; 5" des organes reproducteurs, et G" j'indiquerai comment les Acariens peuvent être groupés par rapport aux genres qui sont le plus connus. 1° De la forme extérieure et des organes locomoteurs. — La forme extérieure , comme l'ont dit M. de Savigiiy, Latreille et 8 DIJAKDIX. — SUR LES ACARIENS. Dugès, résulte de la soudure ou de la coalescence des divers seg- ments qn'on voit plus ou moins distincts chez les autres Articulés ; quelquefois il en résulte une seule masse globuleuse d'où sem- blent sortir les appendices servant à la manducation et à la loco- motion ; quelquefois aussi on voit une apparence de segmenta- tion produite par un sillon qui sépare en avant une ou deux paires de pieds. On croit voir aussi chez quelques uns une sorte de tête ; mais ce n'est que le résultat du rapprochement des palpes gonflés et des mandibules. Toutefois, chez quelques Oribates, un segment plus ou moms distinct et portant la première paire de pieds, envoie un prolongement en forme de capuchon au-dessus des organes de la manducation ; et si l'on voulait, avec Dugès , considérer la première paire de pieds comme exprimant des palpes modifiés , ce segment serait alors une véritable tête , d'au- tant plus que l'œil ou les yeiuc, quand ils existent, sont toujours situés en arrière de la première paire de pieds. Les pieds ont été assez bien décrits par Dugès ; mais leurs divers modes d'inser- tion n'ont pas été remarqués suffisamment. Ils sont tous inférieurs, comme chez les Hydrachnes , ou bien les deux dernières paires de pieds seulement sont inférieures chez le plus grand nombre des Acariens , ou enfin ils sont tous insérés au bord même chez les Molgus , les Bdella et les Oribates. Les hanches sont quelque- fois très larges et contiguës en forme de plastron, comme chez les Atax, et alors elles peuvent sufTire pour l'insertion des mus- cles adducteurs et abducteurs des pieds, dont les mouvements sont plus actifs; mais quand elles sont étroites, comme chez les Acarus, il faut que certains faisceaux musculaires aillent s'insérer sur des parties plus épaisses du tégument, lesquelles pourraient être prises pour des ouvertures fermées. D'un autre côté, il faut noter que les Acariens aquatiques n'ont pas toujours des pieds nageurs , mais que beaucoup d'entre eux sont simplement mar- cheurs. Le fait du développement tardif de la quatrième paire de pieds est aujourd'hui si généralement admis qu'il est superflu de s'y arrêter. Nous n'avons rien non plus à ajouter à ce que dit Dugès des métamorphoses de ces animaux. Le tégument, ordinai- rement mou , est quelquefois épaissi en plaques écailleuses dures DrJ«RDI\. SLIl LES \C IRIK.NS. 9 comme chez les Oribates, les Ganiases et les Uropodes; il est alors lisse et luisant; quand, au contraire, il reste mou, il présente des stries régulières , et peut en outre être hérissé de papilles, de pointes ou de poils, comparables à ceux des Insectes et des Arai- gnées. 11 existe d'ailleurs aussi chez le Limnocharès des poils capsulaires ou terminés par une sorte de pyxide qui pourraient bien être en rapport avec la sécrétion odorante de cet Acarien. Les fibres musculaires, comme chez tous les autres Articulés, sont toujours striées transversalement, et même les stries sont souvent plus nettes et plus écartées que chez des animaux plus volumi- neux. Le caractère dominant des Acariens semble donc être dans la persistence des organes locomoteurs, quant à la forme et au nombre. Cependant ce caractère lui-même présente aussi une dégradation manifeste chez un Acarien trouvé parasite sur les ailes d'un Hyménoptère, et que j'ai nommé Anœtus; ce carac- ère enfin tend à s'effacer chez l'Acarien trouvé par M. G. Simon dans les follicules de la peau du visage de l'homme. 2° Organes de la manducalion et appareil digestif. — La bouche des Acariens présente ordinairement deux pièces mobiles, situées à la partie supérieure, et que nous nommons, avec Dugès, les mandibules, quelle que soit d'ailleurs leur forme. En dessous, se trouve une pièce plate ou repliée latéralement en gouttière, et portant de chaque côté un palpe de trois à cinq articles , soit mobile, soit soudé. Cette pièce inférieure, qu'on nomme la lèvre, se compose elle-même de plusieurs pièces libres ou sou- dées. Les mandibules, qui sont ordinairement libres, sont, au con- traire, soudées entre elles et avec la pièce inférieure ou ligne, chez les Limnocharès , de manière à composer un tube court , un peu recourbé en manière de trompe , et dans lequel se trouvent, près de l'extrémité , deux petites pièces mobiles en forme d'ongle ou de dent, qui sont le dernier article des mandibules que Dugès n'a pas soupçonnées. <)uantaux mandibules entièrement mobiles, elles présentent, comme l'a vu Dugès, trois modifications princi- pales : elles sont en pince, comme chez les .Scorpions, ou terminées par un ongle mobile, comme chez les Araignées, ou enfin ce sont deux longs stylets qui s'avancent alternativement comme les 10 DlîJABDIl*. • — SUn LES ACARIENS. pièces de la tarière des Cigales et des Tenthrèdes. Les mandibules ou pinces ne sont jamais pourvues de glande venimeuse ; elles exercent leur action par un mouvement alternatif; elles s'avancent plus ou moins au-dessus de la lèvre inférieure , qui ne peut [es en- velopper : elles semblent destinées à déchirer, à malaxer les sub- stances alimentaires; mais quelquefois, comme chez les Bdelles, elles sont tellement amincies qu'elles peuvent servir aussi de sty- let. Elles sont formées de trois articles chez les Gamases, et de deux seulement chez les Bdelles , les Acarus et les Oribates ; chez ces derniers , elles sont recouvertes en dessus par une sorte de capuchon, qui est le prolongement du tégument de la nuque. Dans tous les cas, le doigt mobile de la pince est le dernier article des mandibules. Les mandibules des Ixodes , formées de trois pièces, peuvent être assimilées aux mandibules en pince, malgré la différence de leur forme.. Les mandibules à ongle mo- bile , ou onguiculées, sont, au contraire, pourvues ordinairement, et même toujours , de glandes salivaires ou vénénifères , comme celles des Araignées. Elles agissent aussi par un mouvement alter- natif, mais elles ont une position différente par rapport à la lèvre : ainsi , chez les Molgues et les Trombidions , elles sont couchées longitudinalcment dans la lèvre , qui se recourbe de chaque côté en gouttière ; les ongles mobiles dépassent la lèvre, mais ils se replient en dessus, à l'état de repos. Chez les Jtax, au contraire , les mandibules sont situées perpendiculairemimt à la lèvre, qui, élargie en forme de masque, présente au milieu une petite ouverture par laquelle viennent sortir les deux ongles mo- biles des mandibules. Chez le Trombidion , on voit bien les deux glandes salivaires ou vénéneuses de chacune desquelles part un canal dirigé vers l'extrémité de la mandibule. M. Tréviranus avait vu ces glandes , mais non leur canal excréteur. Les mandi- bules en stylet paraissent véritablement provenir de la soudure des deux ou trois articles qu'on remarque sur les précédentes ; mais ici les muscles moteurs, au lieu d'être enfermés dans le tégument de la mandibule, s'insèrent, au contraire, à l'extérieur de la base de ce stylet. Quant au rapport de ces mandibules avec la lèvre , il n'est pas moins variable dans les divers genres ; car DrjARDI\. — SIT. LES ACARIENS. 11 chez les Hydrachnes , les stylets sont entièrement logés à l'inté- rieur du corps , tandis que la lèvre est fort peu saillante; et chez les Smaridies, la lèvre est prolongée en une sorte de stylet ou en une longue gouttière dans laquelle glissent les mandibules très allongées. Chez le Cheylelus, les mandibules sont en stylet, mais la lèvre n'est pas autant prolongée. La lèvre inféreurc présente aussi des modifications très importantes ; c'est chez les Ori- bates qu'elle se montre plus distinctement formée par la r(''union de deux mâchoires ; ici, en effet, elle est bifide, et chacune des deux moitiés , articulée avec la portion basilaire , se termine par un bord épaissi et denté comme une mâchoire de Coléoptère. Du bord externe , près de la base , part de chaque côté un palpe de cinq articles, dont le premier rudimcntaire en forme d'anneaux , et dont le second très grand et renflé. Mais ce palpe ne peut être appelé généralement fusiforme, comme le voulait Dugès; car, chez certaines espèces, le renflement est bien moins prononcé, et jamais le dernier article n'est aussi pointu que chez les Atax, dont les palpes sont plus exactement fusiformes. Chez les Gamases, la lèvre est encore distinctement composée de deux mâchoires, mais ce ne sont plus les mâchoires de Coléoptères ; on leur trou- verait plutôt une certaine analogie avec celles des Hyménoptères, formées également d'une lamelle aiguë ou hastée ; et cela d'autant plus que la partie interne de ces mâchoires forme en outre une languette membraneuse élégamment striée. Chacune de ces mâ- choires porte en dehors un palpe qui diffère très peu des Oribates. heGamatus coleopleratonim , caractérisé par une plaque sternale écailleuse, présente une particularité fort curieuse. Une petite tige terminée par deux soies plumeuses est articulée sur le bord antérieur de la plaque sternale ; on pourrait donc supposer que c'est le représentant des appendices inférieurs d'un segment inter- médiaire. L'Uropode, pour les parties de sa bouche, a beaucoup de rapport avec les Gamases ; ses mandibules sont eflilées et termi- nées par une très petite pince , et sa lèvre se compose de trois ou quatre paires de stylets plumeux très élégants, provenant de la décomposition des mâchoires. Chez le lidella , dont les mandi- bules en pinces sont très eflilées et très longues , la lèvre, égale- 12 Dl'JARDIiV. — SUR LiîS ACARIENS. ment très longue et enveloppante , est uniformément membra- neuse dans presque toute sa longueur , et prend seulement à l'extrémité des indices de dentelures. Chez les Acarus et les Sar- coptes, quoique le type organique soit déjà considérablement modifié par dégradation , on reconnaît distinctement la composi- tion de la lèvre inférieure : seulement les palpes formés de trois articles sont soudés au bord de chaque mâchoire , et l'intervalle de ces mâchoires cornées est occupé par une membrane au milieu de laquelle se prolonge une pointe représentant la languette. La composition maxillaire de la lèvre n'est plus visible chez les genres suivants, dont les mandibules ne sont point terminées en pinces. Chez le Trombidion , YErylhrœus , le Penthaleus , le Molgus , etc. , la lèvre forme une gaîne molle membraneuse , ou une gouttière plus étroite en avant, dans laquelle sont couchées les mandibules : alors l'analogie des genres précédents et l'inser- tion des palpes peuvent seulement faire soupçonner la composi- tion de cette lèvre, qui, souvent lobée ou plissée à l'extrémité, présente d'ailleurs toute l'apparence d'un organe impair. Une structure bien plus étrange nous est offerte par la lèvre des Atax et des Limnesia, qui forme, comme nous l'avons déjà dit, une sorte de masque écailleux percé d'un petit trou pour le pas- sage seulement de la pointe mobile des mandibules. Ce masque n'offre en arrière aucune trace de sa formation binaire ; mais en avant il est prolongé par deux lobes arrondis que sépare une fente étroite qui s'avance plus ou moins vers l'orifice central. Les palpes qui naissent de chaque côté de cette lèvre sont fortement recourbés et renflés au milieu. Chez les Acariens dont les man- dibules sont en stylet , la lèvre présente aussi l'apparence d'un organe impair : c'est une gouttière élargie en arrière et plus ou moins prolongée et rétrécie en avant chez les Dermanysses , les Hydrachnes; elle est, au contraire, très longue et protractile chez les Smaridies, comme l'a indiqué Dugès. Le Cheyletus, dont les mandibules se terminent en stylet , présente , au contraire , une lèvre très complexe , divisible en plusieurs lames longitudinales. La lèvre est impaire et hérissée de dents aiguës chez les Ixodes. Enfin une dernière modification très curieuse de la lèvre se voit Dl'JABDIX. — SLll LUS ACARIENS. 13 , chez les Liranocharès : elle forme , comme nous l'avons dit en parlant des mandibules de cet Acarien, toute la partie inférieure et le bord antérieur d'une sorte de trompe très dure , écailleuse , un peu recourbée, terminée par un orifice circulaire, bordé de cils convergents très réguliers en plusieurs rangées. Cette lèvre , à laquelle appartient tout le bord de l'orifice, laisse en dessus un large intervalle occupé par la portion basilaire des deux mandi- bules , avec lesquelles elle est soudée à partir de l'endroit où le tégument l'abandonne, c'est-à-dire, à partir du milieu de sa lon- gueur. Les palpes, chez les Acariens, présentent des modifications qui ont paru assez importantes à Dugès pour que ce naturaliste en ait tiré le caractère principal de ses sept familles. 11 les distingue donc par leurs palpes , 1° ravisseurs, 2"' ancreurs, 3° fusiformes, ll° filiformes , 5° antenniformes, 6° valves , et 7° adhérents. Assu- rément plusieurs de ces modifications doivent fournir des carac- tères précis : les palpes adhérents et les palpes antenniformes, par exemple, suffisent pour distinguer suffisamment deux groupes d'Acariens ; les palpes valves ont une importance égale , parce que chez les Ixodes ils sont associés avec une forme particulière de mandibules et de lèvre; les palpes ravisseurs, dont le nom exprime une très fausse idée; se rencontrent avec des organes de manducation totalement différents, et d'ailleurs ils passent par degrés insensibles à la forme des palpes filiformes, dont ils sont censés différer par le prolongement onguiforme de l' avant-der- nier article. Quant aux trois autres modifications, elles n'ont qu'une valeur spécifique, et souvent même trop difficile à préciser. Il est encore d'autres formes de palpes qui ne peuvent être rapportées à aucune des précédentes : telle est celle qu'on ob- serve chez les Molgiis , dont les palpes divergents sont terminés par un dernier article subulé, pointu ; telle est surtout celle que nous offre le Cheyletus, dont les palpes, très renflés à la base, sont écartés et recourbés comme les mandibules des larves de Dylis- ciis et de Mymeleo. Chaque palpe se compose ici d'un article basilaire très grand , gonflé et un peu arqué , d'un deuxième article cylindrique, court, et d'un troisième article obliquement lll DlïJARDIIV. — SUR LES ACARIENS. tronqué, d'où partent un grand ongle terminal, très fort cl re- courbé en faucille, deux lamelles plus courtes en forme de peigne et plusieurs soies. En arrière de la bouche, on voit chez les Trombidions et les Limnochares un pharynx cylindrique à paroi distincte, assez ré- sistante. Sur cette paroi s'implantent, en dehors, une foule de fibres musculaires destinées à opérer la succion en augmentant la capacité du pharynx. Un peu au-delà , on ne voit plus chez le Limnochares qu'un canal étroit, et qui m'a paru incomplet. Quant à l'œsophage, à l'estomac et à l'intestin, j'avoue qu'il m'a été aussi impossible qu'à M. Tréviranus de les voir distincte- ment , quelques moyens que j'aie mis en œuvre ; et je suis resté convaincu que les sucs organiques dont les Acariens font leur seule nourriture viennent se loger dans des lacunes sans parois propres au milieu de la masse brunâtre parenchymateuse qui fait sans doute les fonctions de foie. Ces lacunes doivent nécessaire- ment se prolonger entre les tissus dans tous les intervalles laissés par les faisceaux musculaires, destinés à mouvoir les pattes ou à rapprocher les téguments, suivant certains plis ou certaines lignes, souvent indiquées en dehors par des sillons ou des dé- pressions. M. Tréviranus ayant ouv ert un Trombidion par le dos , « vit » sous la peau une masse de corps graisseux sur le milieu de la- » quelle était une bande longitudinale qui lui parut être l'intestin, « assez large proportionnellement, d'une structure extraordinai- » rement délicate et rempli d'une matière blanche. Il se termine, » dit-il, en arrière par un rectum en forme de sac qui se courbe » en dessous vers l'anus; mais qui, en avant, au lieu d'atteindre » la bouche, se divise en deux prolongements latéraux qui se » courbent en dessous et se continuent par un filament délicat » dont je n'ai pu suivre le trajet ultérieur. « C'est auprès de ces filaments que M. Tréviranus vit aussi les deux glandes salivaires globuleuses dont il ne put trouver le canal excréteur. Il avait vu d'ailleurs aussi , dans la même région , plusieurs appendices blancs en forme de cœcum et qu'il suppose être des organes salivaires. Dl'JARDIK. — SUR LES ACAK1E.\S. IF. Do mon côté, ou disséquant des Trombidions, j'ai vu égale- ment , en arrière de la bouche , des tubes ou cordons glanduleux blancs ou rougeâtres épais de 0""",08 et qui doivent avoir la même destination. Quant aux glandes rondes et blanches, je les ai trouvées larges de 0""",2/i avec un canal excréteur, à parois résistantes, large de 0°'",007 et revêtu extérieurement d'une couche de sarcodc. En enlevant les téguments du dos et la couche sous-jacente, j'ai vu une masse noire ou brune, grenue, toute ta- pissée de trachées, mais sans enveloppe propre. Cette masse, qui paraît être le foie, est formée de globules diaphanes de sarcode parsemé de globules noirs huileux ; des fibres ou des membranes plissées traversent le foie en diverses directions et augmentent sa consistance. Quand on agite avec de l'eau, tout le foie se délaie, et il ne reste que les membranes colorées par de petits granules rouges. Une masse blanchâtre , de substance huileuse , est située sous le foie et se délaie facilement aussi dans l'eau, mais sans lais- ser de membranes. Si le Trombidion est ouvert par la face ventrale, on n'aperçoit d'abord que l'appareil génital et la masse brune du foie, tapis- sée de trachées. Si alors , après avoir dégagé sa surface, on délaie le foie par une affusion d'eau , on ne voit encore aucune trace d'intestin, mais il reste seulement les glandes salivaires en avant, et plus profondément vers la bouche, le gros ganglion nerveux. Dans le Limnocharès, non plus que dans les Hydrachnes et les autres Acariens soumis à la dissection, je n'ai pas mieux réussi à voir la circonscription de l'intestin ; l'eau dans laquelle se fait l'opération délaie ou altère les tissus de telle sorte qu'on ne peut reconnaître un intestin distinct. Quand on observe par transparence les Bdelles, les Gamases, les Dermanysses, etc., on voit bien que le sang ou le suc nourricier dont ces animaux sont remplis occupe un espace lobé ou multifide symétrique; mais ici encore on ne peut acquérir la notion d'une paroi dis- tincte autour de ce liquide , qui semble bien plutôt occuper des intestins ou des lacunes souvent même prolongées dans la base des pieds. Un fait f[ui démontre directement cette absence de paroi propre 16 DUJARDIN. — SUR LES ACARIENS. pour rintestin, c'est la manière dont se logent dans l'intérieur les bulles d'air avalées par un Acarien, soit que l'animal ait été em- prisonné entre des lames de verre avec de l'eau et des bulles d'air ; soit que, comme les Oribates aquatiques, il ait la propriété d'a- valer à l'état de gaz l'air provenant de ses trachées. Cependant il existe un anus chez les Acariens, et l'on ne peut nier qu'il y ait une excrétion chez beaucoup de ces animaux ; mais cette excré- tion, quand on a pu l'examiner, avait les caractères d'un produit sécrété : c'est ainsi que chez l'Uropode elle se consolide à l'air en une petite tige cornée par laquelle l'animal est porté comme sur un pédoncule. 11 serait donc possible de concevoir encore ce mode de digestion dans une masse agissant à la manière des glandes sur les sucs nourriciers qui lui sont transmis. On observe d'ailleurs chez les Acariens plusieurs sécrétions distinctes, en outre de celles que nous avons mentionnées. En effet , on voit une graisse blanche ou jaunâtre former, chez beau- coup de ces animaux, une bande dorsale bifurquée en avant sous les téguments. Je pense même que c'est un pareil dépôt de graisse qui a été pris par M. Tréviranus pour l'intestin du Trom- bidion. Le pigment formé de petits granules gras ou résineux est un autre produit de sécrétion. Le principe odorant, analogue à celui de la Cicindelle , et qui se fait sentir si fortement quand on dissèque un Limnochares, est encore un produit de sécrétion qui est peut-être en rapport avec les poils capsulaires de cet ani- mal. Il faut mentionner enfin comme produits de sécrétion la substance glutineuse qui sert à enduire leurs œufs , et cette autre substance au moyen de laquelle plusieurs Acariens peuvent filer une toile. 3° De l'appareil respiratoire. — Chez les Acariens les plus simples en organisation, chez les Acarus et les Sarcoptes, on ne voit aucune trace d'appareil respiratoire, et la respiration doit s'effectuer par toute la surface du tégument ; chez les Ixodes, les Gamases, et la plupart des Acariens munis de mandibules en pince, ainsi que chez les Cheyletus, on voit, au contraire, des tra- chées nombreuses élégamment ramifiées, et dont les plus grosses sont pourvues d'un filament spiral comme celles des insectes. Dl'JARDI^V. — Sin LES ACARIliNS. 17 Ces trachées doivent aboutir à quelques stigmates ; mais je n'ai pu voir avec une entière certitude ces orifices que chez l'Oribate entre les deux premières paires de pattes. Entre ces deux extrêmes du développement de l'appareil respi- ratoire des Acariens se trouvent de nombreux intermédiaires , et un mode mixte de respiration tel qu'on n'en voit pas chez les autres Articulés, ou du moins on n'a rien observé de tel jusqu'ici ; il s'agit , en effet , d'un système de trachées , aboutissant à une bouche respiratoire située à la base des mandibules et servant uniquement à l'expiration, tandis que l'aspiration a lieu par le tégument ou ses dépendances. Pour faire comprendre ce phénomène, je décrirai d'al)ord l'appareil respiratoire ou plutôt expiratoire du ïrombidion. A la base des mandibules en dessus se voit un orifice oblong, bordé par deux lèvres d'une structure tout-à-fait curieuse : c'est un bourrelet réticulé à jour, dont la cavité interne communique avec deux gros troncs trachéens qui arrivent parallèlement d'arrière en avant jusqu'à cet orifice. L'intervalle des deux lèvres réticulées peut loger une certaine quantité d'air ; mais je ne crois pas quil communique avec les trachées autrement que par les lèvres réti culées. Chacun des deux troncs trachéens, à une certaine distance de l'orifice, se divise tout-à-coup en une houppe de trachées tubu- leuses, ou sans filament spiral et qui se distribuent dans tout le corps sans se ramifier ; à leur base , ces trachées simples sont larges de 0°"",004, et à leur extrémité elles sont larges seulement de 0°'"', 001 (un millième de millimètre). M. Tréviranus a décrit et figuré deux faisceaux de fibres musculaires partant de la base des mandibules cl qui pourraient bien être ces trachées mêmes. Si l'on observe le Trombidion vivant, on le voit agiter ses man- dibules comme pour déterminer le mouvement de l'air dans l'ap- pareil respiratoire, ainsi que le font les insectes par le mouve- ment péristaltiquc des anneaux mobiles de leur abdomen. Si en même temps on place une goutte d'eau sur l'orifice respiratoire, on voit quelquefois cette eau soulevée par de petites bulles d'air. D'autre part, si l'on dissèque le Trombidion, on voit, au- dessous du tégument chargé de poils plumeux, un réseau fort 3'sénc ZooL. T III. (Janvier 1843 } ■> 18 niMARDix. — sin i.F.s \o\rif,ns. (Mégant, à mailles rondes, presque égales, formé d'une substance dinpliane, en apparence homogène, et qui rappelle le réseau sous-culani!' des Amphistomcsct de plusieurs Distomes parmi les Hclmintlios. Ce réseau , qui persiste cpiand on le conserve entre des lames de verre avec la gomme acidulée, paraît donc être ici en rapport avec les poils plumeux, et servir avec eux à l'absorp- tion des éléments gazeux ({ui sont ensuite reportés au dehors par les trachées. Cette interprétation paraîtrait sans doute hasardée si l'on n'avait en vue que le Trombidion , animal terrestre; mais chej les Acariens aquali([ucs on en trouve la démonstration complète. En elTet, chez les Atax, les Hydrachnes et le Limnocharès , le sys- tème expiratoire est jiresque semblable à celui du Trombidion ; mais comme il n'y a plus ici de poils plumeux pour agir par une grande surface sur les éléments de l'air, il y aura des stomates analogues à ceux des végétaux, c'est-à-dire fermés par une mem- brane très délicate , et sous chacun desquels se trouve une sorte (le cage globuleuse que l'orme un réseau semblable à celui du Troml)idion ; à côté de chaque stomate se trouve constamment un poil simple qui paraît aussi être en rapport avec ce petit appa- reil. On voit doaic que la signification du réseau sous-cutané est démontrée jjar celle dv» cages liypostomatiques des Limnocharès: car pour cet Acarien , qui ne quitte jamais le fond des eaux et (|ui ne nage pas, le seul orifice situé à la base du rostre n'eût pu servir jxiur l'introduction et le renouvellement de l'air dans les trachées. Chez les Acariens nageurs, l'absorption des éléments gazeux dissous dans l'eau est facilitée par la disposition des tra- chées au-dessous du tégument en contact avec le liquide renou- velé incessamment, et dans les pieds agités sans cesse et garnis de soies nombreuses ; mais les deux plaques abdominales que Uugès nommait des stigmates en écumoire n'ont aucun raj^porl avec cette fonction. La disposition et le nombre des troncs trachéens de l'appareil expiratoire varient dans les dilTérents genres. C'est ainsi que chez. les Smaridics on voit quatre de ces troncs au lieu de deux. Dans- la trompe des Limnocharès se trouve une petite pièce écailleuse,. nrjARDi\. — si; Il les aciiiie>s. 19 dressée comme un chevalet de violon, et qui est le point de réu- nion de quatre troncs trachéens, dont deux arrivent latéralement par les fentes entre la lèvre et les mandibules, et les deux autres viennent d'arrière en avant parallèlement k l'axe jusqu'au che- valet , situé précisément sous l'orifice expiratoire. On doit remarquer encore avec quelle rapidité l'air contenu dans des trachées si minces peut disparaître en traversant les tissus et le liquide ambiant aussitôt que la vie a cessé ; car c'est cette perméabilité des liquides pour les gaz qui sert à expliquer tout le phénomène de la respiration dans l'eau. 4° Du système nerveux et des yeux. — Le système nerveux du Trombidion, formé d'un seul gros ganglion globuleux, d'où par- tent des nerfs en avant et en arrière, avait déjà été vu par M. Tréviranus, qui n'avait pas parlé de ganglion sus-œsophagien ni de collier nerveux. J'ai revu plusieurs fois ce ganglion et ses nerfs , et il m'a toujours paru bien certain qu'on ne doit point admettre ici un autre ganglion ni un collier nerveux. J'ai revi^ cet organe avec la même forme chez le Limnochares , dont les nerfs presque transparents sont élastiques comme ceux des Tar- digrades. On voit ordinairement aussi un faisceau de trachées qui vient aboutir au centre même du ganglion, et qu'on pourrait prendre pour un œsophage traversant le ganglion, si on n'y fai- sait pas assez attention. Les yeux des Acariens sont ordinairement au nombre de quatre, sessiles et réunis , ou rapprochés par paires sur la face dorsale entre la première et la seconde paire de pieds ; les Trombidions seuls sont indiqués comme ayant les yeux pédoncules comme les Crustacés podophthalmes ; mais ces yeux, qu'on a crus simples jusqu'ici , sont doubles ou terminés chacun par deux cornées iné- gales. Le Penllmleus se distingue par une autre particularité qui contredit la définition donnée précédemment pour les Arachnides. En effet, il porte sur la nuque un seul œil composé de huit à dix petites cornées : c'est donc un œil composé comme celui des Crustacées édriophthalmes. Quelques autres Acariens ont un œil unique sur la nuque; tels sont certains Oribates et Molgus. 5° et G" De l'appareil reproducteur, et résumé. — Le Trombidion '20 ni'j;\Roi\. — si;n i.f.s acakieas. est le seul Acarien chez lequel j'aie vu, ainsi que M. Tréviranus, un ovaire tubuieux à deux branches ; chez la plupart des autres animaux de cet ordre, les œufs se produisent dans l'épaisseur des tissus sans cju'on ait vu préalablement un ovaire à parois dis- tinctes. Une Bdelle m'a montré de gros corps globuleux qui pa- raissaient être des œufs naissant par gemmation du bord interne de la vulve. L'Oribate produit des embryons vivants , mais revêtus d'un tégument mou et ridé qui ne deviendra dur et crustacé que par suite de son développement : aussi a-t-il fallu que cet Acarien, pour mettre au jour ses petits, fût pourvu d'un orifice vulvaire d'une dimension extraordinaire : c'est une large ouverture ovale occupant le tiers ou le quart de la longueur totale et fermée par deux volets comme un diptyque. En avant de ce large orifice, qui occupe la partie postérieure, se trouve un autre orifice rond, éga- lement fermé par des volets, et donnant issue à un long tube membraneux plissé longitudinalement et muni de muscles rétrac- teurs. On pourrait donc penser que c'est un pénis et que l'Oribate est hermaphrodite ; car les petits naissant vivants, on ne peut voir là un pondoir ou un appareil de sécrétion pour la protection des œufs. Parmi les autres Acariens on observe tantôt deux, tantôt trois orilices à la face ventrale, et il est souvent difficile de décider lequel doit servir pour la ponte des œufs, toujours assez volumineux, quand ces orifices sont égaux. Chez ([uelqucs uns, comme le Pentlialeus , on fait sortir de l'orifice antérieur par la pression un gros tube blanc plissé, terminé par des papilles, et qu'on pourrait prendre pour un pénis. Chez le Bdella aussi , la pression fait saillir un appareil analogue d'où sort un liquide blanchâtre rempli de corpuscules fusiformes, ce qui pourrait faire penser que c'est un liquide spermatique. En résumé , il reste encore beaucoup à faire pour connaître l'organisation des Acariens; mais de ce qui précède on peut déjà conclure qu'un caractère artificiel comme celui que Dugès avait cru trouver dans la forme des palpes ne peut fournir une classi- fication rationnelle de ces animaux ; et d'autre part, on voit que les appareils de la respiration et de la manducation ont chez les AUA»«»ilZ. SUIS LIÎS POISSO^S l'OSSII.KS , KIC. 'il Acariens des rapports tels c[u'eii s'appuyant sur les caractères fournis par les organes relatifs à ces deux fonctions, on aui'a bien plus de chances pour grouper ces animaux d'une manière plus naturelle. Il faudrait donc admettre d'abord une série pour ceux qui ont les mandibules eu pince, et chez lesquels la dégradation dans les fonctions peut être suivie depuis les Gamases, qui ont un sys- tème trachéen complet, jusqu'aux Acarus. Une autre série com- prendrait tous ceux dont les mandibules sont onguiculées, et qui généralement ont à la fois un système de respiration double pour l'aspiration et l'expiration. Une troisième série serait pour les espèces à mandibules en stylet. Enfin deux ou trois genres comme l'ixode, \e Limnochares etleClieyletus, feraient provisoirement autant de groupes intermédiaires. MKMOIRE SUR LES POISSONS FOSSILES DE l'argile de LONDRES ; Far M. I.. AGAS3IZ (Présenté à l'Association britannique pour l'avancement des Scienœs, à York, en septembre V841-) Les fossiles de l'argile de Londres ont attiré depuis longtemps l'attention des géologues par le nombre considérable et la variété de leurs espèces, qui appartiennent à toutes les classes du règne animal et végétal , ainsi que par le bel état de conservation dans !ec[uel se trouve un grand nombre d'entre eux. Depuis les Re- cherches de Sowcrby sur les coquilles de ce terrain, nous avons vu paraître plusieurs Mémoires d'un mérite éminent sur les fos- siles de différentes classes. M. Owen a décrit, avec sa supériorité habituelle, les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères qu'on trouve épars çà et là dans les couches de ce terrain , et ses sa- vantes investigations ont jeté un jour tout nouveau sur les rap- ports qui lient les êtres fossiles de cette formation aux espèces de la création actuelle. Tout le monde connaît le beau travail de 22 AGASSIIK. — Slilt LES POISSONS FOSSILES M. de Bowerbank sur les fruits de ce même terrain. L'iciitliyologie seule avait été à peu près complètement négligée. Ce n'est pas qu'il y ait pénurie de Poissons fossiles dansée dépôt; car il n'est pas de gîte à Poissons connu qui en compte autant d'espèces, et au- cune collection de fossiles tertiaires d'Angleterre qui n'en renferme au moins quelques exemplaires. L'ignorance dans laquelle nous avons été jusqu'ici à l'égard des Poissons de Sheppy n'a d'autre cause que les difficultés toutes particulières qu'offre l'étude de leurs débris. Ailleurs, et notamment dans les couches des terrains pri- maires et secondaires, dans les schistes, les calcaires, les grès, les ichthyolithes sont plus ou moins entiers, et il est rare qu'un frag- ment n'offre plusieurs parties du corps, différentes parties des na- geoires, de la cuirasse écailleuse, de l'appareil operculaire, etc., ou bien, si les pièces elles-mêmes ne sont pas conservées, leur empreinte indique au moins la forme générale et les contours du corps, en sorte qu'avec une connaissance suffisante des Poissons vivants , de leur forme et de leurs caractères extérieurs , on peut arrivera des déterminations exactes et rigoureuses. En outre, la plupart des Poissons anciens ont des écailles osseuses, plus dures même ([ue les os, et leur enchevêtrement contribue à conserver la forme générale du poisson, quand même les os ont disparu et que les autres parties sont détruites. Ce sont ces caractères extérieurs, entre autres la forme, le nombre et la position des nageoires , la structure des écailles , les rapports des différentes parties du corps entre elles, la dentition, l'arrangement des pièces operculaires , etc., sur lesquels on a basé jusqu'à présent les classificalions en ichthyologie. Que l'on parcoure les ouvrages les plus estimés de notre temps sur l'his- toire naturelle des Poissons, on ne rencontrera dans les dia- gnoses des familles , des genres , des espèces, que des caractères extérieurs , faciles à saisir et suffisants aussi pour le but qu'on se propose. Si je parle de lacunes que présente encore cette branche de la science , à la([uelle je me suis voué depuis tant d'années , ce n'est pas que je veuille amoindrir le moins du monde le mérite do tant d'ouvrages que la postéi'ité la plus reculée regardera encore comme des rlicfs-d'onivrc de sagacité, d'application et d'étude; L)li 1,'vilGII.i: I)h; l.ONDUliS. 2S mais c'est (|if ayant clioisi une Ijranclio toute spéciale de ricliUiyo- iogie , j'ai peut-être été plus à inéiiie ([u'uu autre d'entrevoir tout ce qui reste à faire dans ce vaste domaine. Cela est surtout vrai à l'égard des Poissons de Sheppy , qui n'ont plus rien de ces for- mes cl de CCS caractères bizarres , propres à la plupart des Pois- sons des anciennes forn»ations. Tout eu eux ra|)pelle au contraire les Poissons de nos mers actuelles, en sorte qu'avant d'en avoir fait une étude détaillée, on croirait avoir affaire à des espèces récentes. Leurs débris sont enfouis dans un limon plus ou moins durci, qui quelquefois prend la dureté des roches calcaires, tan- dis ([u'en d'autres endroits il est resté parfaitement mou. La plu- part des Poissons se sont pourris dans ce lin limoti , leurs os se sont détachés et les parties molles ont été remplacées |)ar du limon. Or, comme ce ne sont plus des Ganoïdes à cor|)s cuirassé recouverts d'écaillés osseuses enchevêtrées, mais des Cicloïdes , des Cténoïdes à écailjes minces, fragiles, leur enveloppe n'a pas été assez solide pour maintenir l'intégrité de leur forme et de leurs contours. Leur corps s'est décomposé , leurs nageoires se sont défaites , leurs écailles désagrégées, il n'est resté du plus grand nombre que les boîtes crâniennes qui se sont conservées en entier, grâce à la soudure de leurs pièces osseuses. Si , au lieu d'appartenir à des Poissons , ces crânes |)rovenaient de Mammi- fères ou de Reptiles, il est à présumer qu'on en tirerait tout le parti possible, et que le paléontologiste n'aurait pas de peine aies déterminer, car, pour ces classes, les matériaux de comparaison ne manc(uent pas , les points de départ sont fixés; on connaît les traits caractéristiques des crânes des !\Iammifères et des Reptiles, on sait (|uelles sont les variations que tel os, telle crête, telle fosse |)eut subir dans telle ou telle famille , et du premier coup d'œil déjà on peut s'assurer si l'animal qu'on a devant les yeux est un Carnivore , un ruminant ou un solipède. Mais rien n'est variable comme les formes du crâne et de la tète des Poissons : les multitudes d'arêtes et d'épines qui servent d'attache aux muscles, cette infinie variété de formes dans les lamillcs elles-mêmes, donne aux crânes des Poissons une telle diveisité ([ue richthyologiste désespère souvent de pouvoir les 24 AGASSIX. - SIR LES POISSONS FOSSII.liS ramener à leurs types respectifs , et en effet une cràniologie com- parée des Poissons n'existe pas, et il n'est pei-sonne que je sache qui puisse dire d'emblée si tel ou tel crâne appartient à un Per- coïde , à un Sparoïde , à un Chétodonte , etc. La grande majorité des fossiles de Sheppy, avons-nous dit, con- siste en vertèbres détachées ou en crânes isolés. Ces derniers sont en outre ordinairement dépourvus des os de la face ; les mâchoires, les appareils operculaires et branchiaux manquent , et il n'est resté le plus souvent que la boîte crânienne proprement dite , et très souvent même il manque toute la partie antérieure , le mu- seau, formé par la réunion des naseaux et du vomer, de sorte qu'on n'a d'autre point de départ que la boîte cérébrale dégagée de tous ses appendices. Pour déterminer ces débris , j'ai suivi le môme procédé que la nature a employé pour mettre ces fossiles dans l'état dans lequel nous les trouvons. Des squelettes ordi- naires, tels qu'on les a dans les Musées d'histoire naturelle et d'anatomie comparée, n'auraient pu suffire à mon but. J'ai donc commencé par préparer un certain nombre d'ossements détachés de différents Poissons marins , et je possède maintenant une cen- taine de crânes isolés avec les autres os détachés, collection que j'augmente journellement. Comme il importe que les différents os du crâne ne soient pas isolés, mais que la boîte crânienne con- serve sa forme naturelle , tous ces crânes ont dû être préparés avec le plus grand soin ; et ici s'est présentée une grande dilliculté qui résulte de la manière dont les os du crâne sont joints chez les Poissons. Chez les autres vertébrés , cette jonction se fait par sutures , les bords crénelés et dentelés se correspondent , et il est facile de reconstruire un crâne démembré. Chez les Poissons, il n'en est point ainsi. Le plus souvent les os sont appliqués sur une boîte cartilagineuse interne , souvent très épaisse , d'autres fois plus mince, et leurs bords, si toutefois ils se touchent, sont appli- qués les uns sur les autres par leurs faces , ou bien séparés par de larges bandes de cartilage. La forme générale du crâne est donc souvent tout-à-fait différente de ce qu'elle serait si l'on essayait de reconstruire le crâne avec des ossements isolés, en rapprochant ces derniers par leurs bords. Dans les Poissons de Dli L'AUGIMS ])IC LOMJKIiS. 25 Sheppy, les cartilages ont disparu, le limon les a remplacés, mais pas entièrement , de manière ([ue les crânes ont la forme que prennent des crânes à demi sèches de Poissons vivants. C'est ce point de dessiccation que j'ai cherché à atteindre dans mes crânes de Poissons vivants. Ces moyens de comparaison pourraient paraître suffisants, si l'on ne rencontrait une autre difficulté, qui s'oppose à l'applica- tion directe de ces matériaux au but que l'on se propose. Les Poissons de Sheppy appartiennent aux dépôts tertiaires ; ils se rapprochent par conséquent des types qui vivent maintenant. Mais on sait, et l'étude des Poissons de Monte Bolca l'a suffisam- ment prouvé, que plus les familles et les genres remontent à des terrains anciens , moins ils comptent de représentants dans la création actuelle , et encore ces représentants se trouvent-ils en général dans des parages très éloignés. Ainsi , de toute la puis- sante famille des Sauroïdes qui anciennement peuplait les mers, il n'est resté que deux représentants dans les eaux douces de la création actuelle, tandis que les familles les plus nombreuses de notre époque, les Siluroïdes, les Cyprins, les Gades et plusieurs autres , ne comptent que peu ou point de représentants parmi les . fossiles. Ce n'est donc pas parmi les Poissons les plus communs de nos côtes qu'il faut chercher les analogues des Poissons fossiles tertiaires. En passant en revue les Ichthyolithes de Monte Bolca , on rencontre une quantité de Poissons , faisant partie de familles peu nombreuses dans nos parages, dont les représentants ne vi- vent pour la plupart que dans les mers des Indes ou de l'Océan austral, tels que les Squamipennes, les Aulostomes, les Gym- nodontes, les Sclérodermes, etc. , etc. Pour déterminer rigoureusement les Poissons de Monte Bolca ou des autres dépôts tertiaires , j'ai pu appeler à mon secours les matériaux rassemblés dans les musées, et surtout les squelettes du musée de Paris. Les comparaisons devaient surtout porter sur le corps , les nageoires , tous points qui sont assez bien conservés dans ces fossiles, et que les squelettes mettent en évidence. Pour déterminer les Poissons de .Sheppy, je devrais avoir à ma disposition une collection non moins riche de squelettes démem- 26 AGASSI*. — Sim LliS l'OISSOi\S lOSSlLES brés , de crânes ilulachcs , d'ossements isolés. Or, une lellc col- lection ne peut se faire que lentement et à grands frais , surtout lorsque celui qui la forme vit éloigné de la mer et n'a à sa dis- position qu'un petit musée destiné plutôt à acquérir des exem- plaires typiques de genres que des séries d'exemplaires de la même espèce. Si, malgré ces diiricultcs, je puis présenter aujourd'hui un aperçu assez complet sur les Poissons fossiles de Slieppy, je le dois à l'obligeance des géologues anglais, en particulier de lord Enniskillen , de sir Pli. Egerton , du Docteur Buckland , du rév. M. Ilope, de MM. Bowerbank, Cumberland, des directeurs du Musée britannique , du collège des Chirurgiens , etc. , qui tous m'ont communiqué à l'envi les pièces originales de leurs collec- tions , que j'ai pu de cette manière comparer directement avec des crânes de Poissons vivants. Le travail a ainsi été fait sur des bases toutes neuves. Les travaux des Ichthyologistes anté- rieurs n'ont pu m'ètre que d'un faible secours, et même les grands ouvrages d'anatomie comparée de Cuvier, de Meckel et de tant d'autres m'ont rarement fourni des renseignements suffisants, .car ils ont pour but de faire connaître les os du crâne et de la tète en général, d'indiquer la part que ces os prennent à la formation du sr[uelette osseux de la tête , de décrire les variations qu'ils peuvent subir en composant les types les plus extravagants, et enfin de faire ressortir l'analogie des os avec ceux des autres classes des vertébrés , plutôt que d'indiquer la forme précise de chaque os dans tous les genres. Il en est de même des grandes discussions anatomiques du commencement de notre siècle qui ont porté sur l'analogie de la tête des Poissons avec les autres verté- brés, ]ilutôt que sur les détails nécessaires à la détermination des os fossiles. Le but que j'ai dû me proposer dans ces nouvelles études sur l'ostéologie des Poissons, est, avant tout, de connaître les formes de la tète et du crâne, d'en déterminer les arêtes, les fosses, le relief dans tous leurs détails, et de retrouver, dans ces différentes formes, des types généraux de la famille, du genre, de l'espèce. .Si mes prédécesseurs se sont attachés à un type régulier , la DE L'AUCILIî de LONDRES. '27 Carpe ou la Perche, en décrivant leur ostéologie et en indiquant combien ces types peuvent varier dans les genres irréguliers , j'ai dû, au contraire, m'attacher principalement aiL\ types peu dif- férenciés, rechercher les petites déviations qui peuvent accom- pagner les différences spécifiques, étudier le caractère général du genre , indiquer les variations que peut subir le type encore plus général de la famille et arriver ainsi à pouvoir dis- tinguer les familles, les genres, les espèces, d'après l'ostéologie du crâne. Cette étude , on le sent bien , est presque sans fin, car — (et c'est là une nouvelle manifestation de l'inllnie variété de la nature) — chaque genre, chaque famille, a ses traits caractéristi- ques, et ses variations spécifiques ont lieu dans des limites déter- minées. Chez telle famille, l'absence d'une crête mitoyenne du crâne peut être un trait caractéristique commun à toute la famille, tandis que, chez telle autre, cette crête ne formera qu'un caractère de genre ou d'espèce , et ainsi de suite. Pour arriver à la connaissance exacte et détaillée des lois qui président à toutes les variations qui peuvent survenir dans les espèces, les genres, les familles, il faudrait posséder les crânes de toutes les espèces, de Poissons connus jusqu'à présent. Espérons qu'on y arrivera quelque jour. Pour le moment, nous en sommes encore fort loin. Pour donner un aperçu de la manière dont il faut traiter l'os- téologie des Poissons, dans le but d'éclairer l'étude des Poissons fof-siles et de ceux de Sheppy en particulier, je vais indiquer en peu de mots les traits caractéristiques des principales familles dont on a rencontré jusqu'ici des représentants dans l'argile de Londres. Si je ne dis rien des autres familles, ce n'est pas que je les aie négligées; mais ne voulant pas allonger ce Mémoire, je m'en tiendrai exclusivement à celles qui ont des représentants parmi les fossiles de Sheppy. La famille des Percoïdes se distingue par le développement considérable de l'occiput, tandis que les parties antérieures du crâne sont très étroites et peu développées. La crête mitoyenne du crâne ne s'élève presque jamais au-dessus du plan incline du front. Les frontaux eux-mêmes ne présentent jamais de crête bien 28 ACASsw. — Sun les poissons fossiles marquée, et dans aucun cas la crête mitoyenne ne se continue sur les frontaux. Il y a même toujours une partie plus ou moins considérable de l'occipital supérieur qui s'intercale entre les petits pariétaux et l'extrémité des frontaux , et qui est aplatie comme le front. Les crêtes pariétales ou intermédiaires sont toujours bien prononcées et aplaties à leur extrémité postérieure. Les crêtes temporales sont fortes et séparées des précédentes par une fosse temporale profonde, au fond de laquelle on aperçoit une lacune plus ou moins grande entre l'occipital externe et le tem- poral. Cette lacune est bouchée par du cartilage. Jamais aucune de ces fosses ne s'avance au-delà du bord postérieur de l'orbite, ou, en d'autres termes, jamais les fosses temporale et occipitale ne se continuent sur les frontaux principaux. La partie inférieure du crâne n'olTre presque jamais de traits caractéristiques. J'ai trouvé jusqu'ici parmi les Poissons de Sheppy sept genres de Per- coïdes, dont l'un, le Cœloperca , se rapproche beaucoup du genre Perfa proprement dit, tandis que les quatre autres, Podocephalus , Brachygnathus , Percostoma et Synophrys ressemblent davantage aux Serrans, et le genre Eurygnathus aux Centropomes. Le septième genre est le seul qui existe aussi dans la création actuelle, c'est un véritable Myripristis, appartenant à ce curieux groupe de Percoïdes à plus de sept rayons à la membrane bran- chiostège et aux ventrales , et qui probablement devra former à l'avenir une famille à part, à cause de la structure tout-à-fait différente de ses écailles et de sa vessie natatoire. Je n'ai pas encore pu trouver des restes de Sciénoïdes. On sait que la tête de ces poissons se reconnaît facilement à ses boursou- flures caverneuses, qui sont dues à un développement énorme des canaux mucifères de la tête. Les Joues cuirassées ne figurent pas non plus dans les couches de Sheppy. La famille des Sparoïdes compte plusieurs représentants dans l'argile de Londres. Ce qui distingue cette famille, c'est la forme de la crête occipitale qui s'avance jusqu'au milieu de l'orbite, mais ne la dépasse jamais. Dans les Sparoïdes ordinaires , tels que les Dentés, les Spares, les Pagres, la face supérieure du crâne forme une ligne brisée sur deux points, en sorte que le DE I;ARGII.E DK LO.NDIiF.S. '29 nasal ol le vomcr avec la crête supérieure tranchante représen- tent un plan incliné, tandis que la partie moyenne des frontaux est presque horizontale et l'occiput descend de nouveau en ar- rière. Les crêtes intermédiaires sont assez hautes j mais très minces et tranchantes, comme la crête occipitale; elles s'avan- cent au-delà du bord supérieur de l'orbite et forment en général un angle aigu dont la pointe se réunit au milieu du front avec la crête occipitale mitoyenne. Les crêtes temporales sont en général plus épaisses , et offrent de nombreuses ouvertures pour les ca- naux mucifères, d'où résulte parfois un aspect voisin des Scié- noïdes. La crête temporale est séparée du bord postérieur de l'orbite par une fosse assez profonde qui conflue avec la fosse mastoïdienne. J'ai pu m'assurer, au moyen de ces caractères, que le genre Sciœnuriis, que j'avais placé provisoirement parmi les Sciénoïdes , appartient effectivement aux Sparoïdes , et doit être placé dans le voisinage des Dentés. La famille des Teulhies est caractérisée par une séparation assez tranchée entre l'occiput et la partie antérieure de la tête comprenant les frontaux et les autres os contigus. Les formes générales de la tête varient beaucoup ; cependant il y a toujours une petite crête occipitale assez mince et fragile, ainsi que des crêtes pariétales et temporales. Les intervalles qui séparent ces crêtes ne sont pas de véritables fosses, ou du moins elles ne sont pas plus profondes que la surface du crâne en général, et les crêtes ressemblent plutôt à de petites lames tranchantes posées sur cette surface uniformément bombée. Les frontaux sont en général grands et vigoureux ; ils sont plus épais que dans aucune autre famille, et montrent des dessins variés dans l'arrangement de leurs fibres osseuses. Le plus souvent ils présentent de fines mailles ou des pores très serrés. La surface inférieure du crâne forme une quille tranchante tout le long du sphénoïde. Je connais jusqu'ici trois genres appartenant à cette famille, qui se trouvent dans l'argile de Londres. L'un, le Ptychocephalus radialus, se rapproche assez des Amphacantes. L'autre, le Pomo- phaclus Egertoni , paraît former un type à part par ses grands sous-orbitaires qui recouvrent les joues. Les exemplaires de Calo- 30 AG.tSSIZ. — SUR LES POISSONS FOSSILES pomiis, que j'ai dû placer provisoirement dans cette famille, sont trop incomplets pour que je puisse me prononcer définitivement sur la place que ce poisson doit occuper. Les écailles assez grandes qui distinguent ce genre , et qui ne se retrouvent pas dans la famille des Teuthies, devront être soumises à un examen approfondi, lorsqu'on possédera un plus grand nombre d'échan- tillons mieux conservés. Les autres familles de Cténoïdes n'ont pas encore de repré- sentants dans l'argile de Londres. Parmi les Cycloïdes acanthoptérygiens, la famille des Xiphidides est largement représentée par quatre genres, dont l'un, le Tetra- pturus, compte aussi un ressortissant vivant, tandis que les autres, les genres AcestriLS , Phasganus et Cœlorhynclms , n'ont existé que pendant l'époque tertiaire. Les caractères des Xiphioïdes sont tellement tranchés qu'il est presque inutile d'y revenir. L'absence totale de crête quelconque sur toute la face supérieure du crâne, qui est uniformément incliné et rectiligne , fera toujours facilement distinguer cette famille de toutes les autres et surtout des Scombéroïdes, avec lesquels on les a confon- dus jusqu'ici. La famille des Scombéroïdes , restreinte aux limites que je lui ai assignées dans les Recherches sur les Poissojis fossiles, v. 1 , p. 16 et suiv. , présente deux types de crânes assez différents , en rap- port avec la forme générale du corps. Dans les vrais Scombé- roïdes, la face supérieure du crâne est presque toute d'une venue. La crête occipitale mitoyenne est haute ; elle avance toujours sur les frontaux , où elle est double , et très souvent les frontaux eux- mêmes sont relevés au milieu jusque vers le nasal. Les crêtes pariétales sont minces et considérablement relevées ; elles sont parallèles à la crête mitoyenne, et viennent se perdre le plus sou- vent au milieu du bord supérieur de l'orbite. Les frontaux sont très souvent squameiLx dans leur partie antérieure , et ce carac- tère est développé d'une manière extraordinaire dans le genre Cœlopoma de l'argile de Londres. Les crêtes temporales sont très fortes ; elles se réunissent au haut de l'orbite avec les crêtes pariétales , et sont presque aussi minces et tranchantes que ces DE l'argue de lo:^dres. Si dernières. Une fosse latérale externe est encore formée par le bord externe du frontal postérieur, qui descend séparénient de la crête temporale. Il est assez difficile de distinguer de prime abord les Sparoïdes des Scombéroïdes, qui ont les uns et les autres les mêmes crêtes à l'occiput; cependant, dans la plupart des .Scombéroïdes, la crête mitoyenne se prolonge sur les frontaux , ce qui n'est pas le cas dans les Sparoïdes. D'un autre cùté, les crêtes pariétales conver- gent en avant chez lesSparoïdes, tandis que, dans les .Scombéroïdes. elles sont parallèles à la crête mitoyenne ou bien même diver- gentes en avant. Enfin, ce qui distingue encore les .Sparoïdes, c'est le museau prolongé en quille, et la ligne brisée de la sur- face du crâne , tandis que , dans les .Scombéroïdes , cette surface est toute d'une venue et le museau beaucoup plus court. I^ second type des Scombéroïdes n'est représenté que par la Dorée ( Zeiis Faber) et quelques poissons peu nombreux qui s'en rapprochent. Malgré la forme comprimée et élevée de la tête , la crête occipi- tale manque complètement à ce poisson. Les pariétaux, qui, dans les autres Scombéroïdes, sont séparés par l'occipital supérieur, se touchent ici sur la ligne médiane. J'ai déjà indiqué dans les Recherches sur les Poissons fossiles qu'il serait possible que le Zeus Faber devînt le type d'un groupe à part, et cette prévision paraît confirmée par l'ostéologie de la tête. Les Scombéroïdes sont représentés par plusieurs genres dont l'un, le Cybium, compte aussi des représentants dans l'époque actuelle , tandis que les Cœlopoma , les Bothrostexis et les Cœloce- phalus n'ont encore été trouvés jusqu'ici que dans les terrains tertiaires. Les Sphyrénoïdes sont représentés dans l'argile de Londres par le genre Sphyrœnodus , donl les dents formidables rapf>ellent les véritables Sphyrènes, mais dont je ne connais jusqu'ici que des mâchoires. Quoique je n'aie pas encore eu l'occasion de com- parer de nouveau le crâne des Sphwènes vivants avec celui des .Sphyrénoïdes tertiaires et crétacés , n'ayant pas les fossiles sous la main , je crois cependant devoir en éliminer dès à présent le genre Ilypsodon, f(ui, par son crâne aplati et dépourvu de fosses. 32 AGASSI*. — SUR LES POISSONS FOSSILES me paraît plutùt appartenir à la famille des Scombérésoces. Le genre Sphyrœna, au contraire, a des fosses occipitales distinctes, séparées par une crête mince , et des fosses temporales très pro- fondes de forme triangulaire, qui s'avancent jusqu'au-dessus de l'orbite. 11 n'a point cette dépression frontale qui distingue le genre Hypsodon. Les Labroïdes ont l'occiinit conformé à peu près de la même manière que les Sconibéroïdes. On y trouve les mêmes crêtes, mais beaucoup plus raccourcies. La crête mitoyenne ne s'avance jamais sur les frontaux ; elle est limitée à l'occipital supérieur. Les crêtes pariétales n'atteignent jamais le bord supérieur de l'orbite, mais s'arrêtent vis-à-vis de son bord postérieur. Les fosses pariétales sont beaucoup moins profondes. Une fosse assez profonde se trouve aussi sur la partie antérieure des frontaux et s'étend jusque vers l'endroit où le nasal se joint à ces derniers. Il y a en outre une articulation particulière des pharyngiens au-des- sous du grand trou occipital. Les Blennioïdes se reconnaissent au premier coup d'oeil à la singulière conformation de leur crâne. L'occiput est aplati en arrière et forme un triangle presque équilatéral , dont le sommet est tourné en avant et se continue en une crête mitoyenne qui s'avance jusqu'au-dessus de l'orbite. Ici, en arrière de l'orbite, le crâne est tellement comprimé latéralement qu'il y a à peine un espace entre ces parois osseuses pour la partie antérieure du cerveau. Les bords postérieurs de l'orbite s'étendent latérale- ment sous forme de deux ailes triangulaires. L'espace compris entre les orbites est allongé et assez étroit. Les bords de l'orbite sont relevés, de sorte qu'il y a un sillon quelquefois assez profond au milieu du front. Cette absence de crête mitoyenne sur l'occi- put, tandis qu'il en existe une au-dessus des fosses mastoïdiennes, est un caractère tout particulier qui n'existe que dans cette fa- mille. La séparation des Blennioïdes d'avec les Gobioïdes ne pourrait être mieux justifiée que par les types si entièrement dif- férents de leurs crânes. La face inférieure du crâne forme une quille tranchante, qui est surtout relevée entre les yeux. Le seul représentant de cette famille , que j'ai trouvé dans l'argile de DE l'argile de londues. 3.'> Londres, le Laparus alticeps, se rapproche par la forme de son crâne du Loup de mer, Anarrhichas Lnpus. Je ne connais pas encore sa dentition. La famille des Scombérésoces , établie dernièrement par M. Millier pour plusieurs poissons malacoptérygiens , dont les os pharyngiens inférieurs sont réunis en une seule pièce , a pour représentants principaux les Exocetus, les Hémiramphus et les Orphies (Belone). Quoique les formes extérieures de ces genres soient très dilTérentes , je n'en trouve pas moins une grande ana- logie dans l'ostéologie de leur tète. La face supérieure du crâne est entièrement aplatie, sans crête saillante, ni fosse distincte. L'occipital supérieur est extrêmement petit, prolongé en arrière, non point en une crête , mais en une pointe assez grêle et courte. Le milieu du front est un peu déprimé. Le bord de l'orbite , au lieu d'être relevé , comme dans les Joues-cuirassées , avec les- quelles les Scombérésoces ont le plus d'analogie, est abaissé vers les côtés. Le genre Hijpsodon paraît appartenir à cette curieuse famille , et la preuve en sera fournie irrévocablement dès que l'on trouvera un exemplaire dont la face inférieure du crâne of- frira cette articulation propre , sur laquelle les pharyngiens sont fixés dans tout ce curieux groupe que M. Millier a désigné sous le nom de Phanjngogiuithes. Les Clupéides se distinguent par un caractère tout particulier de leur crâne , la prolongation de deux -crêtes pariétales en ar- rière, sous forme d'épines émoussées, ce qui fait que la petite crête occipitale se trouve placée dans le sinus antérieur d'une profonde entaille triangulaire. De ce sinus partent en même temps deux saillies divergentes qui viennent mourir au milieu du bord supérieur de l'orbite, et entre lesquelles se trouve placé un enfon- cement assez considérable de forme triangulaire qui occupe le milieu du front. Les fosses temporales sont assez considérables ; leur extrémité antérieure s'efface au bord postérieur de l'orbite, l-es frontaux antérieurs et postérieurs forment de grandes émi- nences latérales. Ce qui caractérise surtout la face inférieure, ce sont deux prolongements en forme d'aile qui partent de l'extré- :i' série. ZooL T III (Janvier 1845.) 3 34 ACiASSW. — SUn LES POISSO\S FOSSILES mité postérieure du sphénoïde et s'adaptent latéralement sur les côtés de la colonne vertébrale. Je n'ai trouvé que deux genres dans l'argile de Londres, dont l'un, le genre Megalops, a des représentants vivants ; tandis que l'autre, le genre Halecopsis, est complètement éteint. J'ai rangé provisoirement dans la famille des Characim, sous le nom de Brychetus Mulleri , une énorme tête fossile , dont les mâchoires sont armées d'une série de dents très allongées. Cette tête se distingue en outre par un caractère très tranché : c'est que le pourtour de la bouche est formé en avant par les inter- maxillaires et en arrière par les maxillaires supérieurs, qui por- tent également des dents. C'était le caractère qui distinguait mon ancienne famille des Halécoïdes, que M. Millier a si heureusement divisée en plusieurs familles très bien caractérisées. Le Bryche- tus ne peut appartenir qu'aux Characins ou aux Célacanthes ; mais n'ayant pas encore pu me procurer de squelettes d'un Cha- , racin vivant, ni des écailles de ce fossile, je dois attendre, pour le classer définitivement, de plus amples renseignements, qui ne manqueront point, je l'espère, puisque la grandeur de cette espèce doit nécessairement attirer l'attention des collecteurs. La famille des Gadokles présente des variations assez notables à l'égard de la crête occipitale , dans des genres qui , sous d'au- tres rapports, sont assez rapprochés. C'est ainsi que chez les Mo- telles, les Merluches, les Lottes et les Phycis, la crête s'étend en arrière, sans s'élever au-dessus du plan général de l'occiput, tandis que dans les Merlans et les Gades proprement dits , la crête s'avance jusqu'au-dessus des orbites en s'élevant sensible- ment au-dessus de l'occiput. L'occiput en général est large , de forme triangulaire et a, comme tout le crâne, un aspect foliacé. Les os, en général, sont très minces, retenus dans leur position par le développement considérable des cartilages crâniens. Les crêtes sont des lames très minces; mais les fosses de l'occiput sont en général très peu accusées; le front est rétréci entre les orbites, et des prolongements particuliers du frontal forment , chez la plu- part des genres , de doubles bords autour des orbites. Les fron- taux antérieurs s'étendent latéralement sous forme d'aile. La DE I,'aR(;ILE IIE LONDRES. 35 partie inférieure de l'occiput est large et très bombée, sans au- cune quille médiane, et c'est la boursouflure générale de cette partie qui fait qu'on distingue facilement les Gadoïdesdes autres familles et surtout des Gobioïdes , dont ils se rapprochent le plus par la conformation des os du crâne. Je connais jusqu'ici quatre genres de celte intéressante fa- mille dont j'ai trouvé les premiers fossiles dans l'argile de Lon- dres: ce sont le Rhinocephalus planiceps, qui, par la formation de son crâne , tient le milieu entre les Merluches et les Phycis ; les genres Merlinus et Gonior/nalhus, qui se rapprochent davan- tage des Merlans, et le genre si curieux que M. Kônig a appelé Ampheristus , et qui paraît constituer un nouveau type dans la famille des Gadoïdes. Les A nguilli formes forment un type tout-à-fait à part qui se distingue au premier coup d'œil des Ophidioïdes, dont ils doivent être séparés comme famille à part. Toute la face supérieure de la tête est unie et lisse, sans crêtes saillantes. La surface posté- rieure de l'occiput se détache à angle droit de la face supérieure, et présente souvent des fosses latérales , au-dessus desquelles le bord supérieur de l'occiput s'avance en forme de toit. Le tem- poral s'avance en pointe entre les frontaux principaux et posté- rieurs, qu'il sépare complètement, et le frontal postérieur est relé- gué derrière l'orbite , où il forme une saillie très considérable en forme de crochet. Le nasal se prolonge en arrière jusqu'au- dessus du milieu de l'orbite. Le crâne, en général, est très solide, et présente la forme d'une pyramide à base triangulaire et à faces très allongées. Le genre Rhynclwrlunus , qui est le seul représentant de cette famille dans l'argile de Londres, tient à peu près le milieu entre les Murènes proprement dites et les Congres. Pour donner une idée de l'exactitude à laquelle on peut ar- river en étudiant comparativement les poissons de Sheppy . je vais donner ici une description de l'une des espèces les plus répandues dans cette formation, le Sciœnurus Bowerbankii. Ce poisson a le corps court , haut et très comprimé , à la ma- nière des Sargues ou même des Dorées (Zeus). Sa hauteur. 36 ACii%«iSIZ. SLR LES POISSONS FOSSILES prise au bord antérieur de la nageoire anale, est contenue deux fois et demie dans sa longueur; son épaisseur, même en tenant compte de la pression habituelle aux fossiles de Sheppy, est comprise quatre fois dans sa hauteur. Sa tête participe des mêmes caractères que le tronc ; elle est haute, comprimée et tron- quée en avant. Elle est aussi longue que haute, et sa longueur est à la longueur totale du corps comme deux est à sept. Le front forme une ligne droite descendant obliquement depuis une saillie au-dessus des yeux. La nuque est presque horizontale, s'éievant insensiblement vers la nageoire dorsale. Le museau est tronqué presque verticalement , et forme une carène tranchante. I^'œil est très grand , et comprend plus du tiers de la hauteur t(Jtalede la tête. Il est placé très haut, presque à fleur du front, au milieu, entre le bout du museau et le bord postérieur du préoper- cule. La capsule sclérotique qui l'entoure est assez forte et conser- vée dans la plupart des exemplaires. l^a constitution du crâne offre quelques particularités frap- pantes; sa face supérieure présente une ligne brisée en trois par- ties presque égales. La partie postérieure ou la nuque est oblongue, insensiblement rétrécie d'arrière en avant et divisée en deux par- ties par la crête mitoyenne du crâne , qui , à ce qu'il paraît , était très mince et très haute. Cette crête mitoyenne s'étend en arrière, jusque vers le premier rayon de la dorsale. Les deux crêtes pa- riétales qui circonscrivent cette partie oblongue supérieure de la nuque sont très marquées , mais assez minces ; elles s'étendent considérablement en arrière , où elles forment l'articulation du supra-scapulaire ; elles se prolongent également dans l'angle sail- lant au-dessus des yeux. Il en est de même de la crête mitoyenne. Les deux fosses pariétales s'étendaient ainsi jusqu'au-dessus des yeux en se rétrécissant insensiblement et en s'éievant au niveau du front. La surface de la nuque formait par conséquent une es- pèce de toit allongé , relevé sur la ligne médiane , et bordé des deux côtés par les crêtes pariétales. L'os occipital supérieur s'a- vance en biseau aussi loin que la crête mitoyenne, entre les deux frontaux, qui s'étendent en arrière jusqu'à la moitié de la lon- gueur de la nuque. Trois os parlicipent à la formation des crêtes DE L'An(;lLE DE I.O>DRES. 37 pariétales : l'occipital externe en arrière , l'os pariétal au milieu et l'os frontal dans la partie antérieure. Les faces latérales de l;i nuque descendent presque perpendiculairement pour se relever ensuite de nouveau et former les puissantes crêtes temporales , sur lesquelles sont articulés les opercules. Les fosses temporales qui sont formées par ces crêtes s'élèvent insensiblement vers la saillie du front ; mais elles n'atteignent pas la longueur des fosses pariétales. Enfin, au-dessous de ces fosses se trouvent encore deux petites fosses mastoïdiennes comprises entre le frontal posté- rieur et la crête temporale, qui se continue, derrière le prcoper- cule, sur l'opercule. Le front est entièrement formé par les deux frontaux; il forme une surface tout-à-fait plane , qui est même un peu déprimée sur la ligne médiane, au lieu d'être relevée comme dans beaucoup d'autres poissons. Les frontaux sont plus larges en arrière qu'en avant, et leurs parties orbitaires descendent en arc des deux côtés . Cet arc est complété en avant par le frontal antérieur, au-dessus duquel les frontaux principaux finissent brusquement , comme tronqués. Le nasal s'enchâsse entre les deux frontaux principaux par un bouton aplati dont la face supérieure continue la surface du front; mais plus loin il descend presque verticalement, formant une crête tranchante et très étroite ; entre cette crête et le frontal antérieur se trouve une fosse très profonde qui est limitée en^ avant par les sous-orbitaires et la mâchoire supérieure. Le premier sous-orbitaire est énorme , en forme de trapé- zoïdeà bords arrondis. Sa partie antérieure est poreuse, sa partie postérieure squameuse et plissée en rides rayonnant de haut en bas. Le préopercule est long, étroit, surtout en haut, où il forme une arête qui descend verticalement. Sa partie horizontale est très courte ; le limbe qui borde le coin de l'équerre est plissé grossièrement en rides rayonnantes. Toute la fosse orbitaire entre le préopercule et le sous-orbitaire est recouverte d'écaillés sem- blables à celles du corps. Les maxillaires supérieurs sont presque entièrement cachés SOUP les sous-orbitaires; ils sont élargie en arrière et engrenés en 38 AttASSW. — sut LES l'OISSONS FOSSILES avant avec la branche montante de rintennaxillaire. Celui-ci est court, courbé en arc et garni sur son bord inférieur d'une rangée de fortes dents crochues, dont la longueur diminue d'avant en arrière. Les maxillaires inférieurs sont courts et hauts ; ils sont garnis, comme les intermaxillaires, de dents crochues qui, en arrière, sont en simple rangée , tandis qu'à la symphyse il y en a plusieurs placées les unes derrière les autres. Ces dents diminuent en ar- rière de la même manière que celles de l'intermaxillaire ; on ne remarque pas de canines plus saillantes que les autres. Je ne saurais dire si le palais et la langue étaient aussi garnis de dents ; mais la position générique de notre poisson me fait présumer qu'ils étaient lisses. Les pièces operculaires sont couvertes de plusieurs rangées d'écaillés tout-à-fait semblables à celles du corps. L'opercule lui- même était beaucoup plus haut que long et formait un trapézoïde à angles postérieurs arrondis. Son bord libre est mince , mais entièrement lisse , aussi bien que celui du préopercule. La cein- ture thoracique est extrêmement forte; elle forme en arrière, vers la gorge, un coin arrondi, au-devant duquel se trouve, dans un creux, l'articulation de la nageoire pectorale, qui était assez petite, à ce qu'il paraît, mais dont je ne saurais rien dire de plus, ne l'ayant jamais vue conservée en entier. Les nageoires ventrales étaient placées au-dessous de la gorge, pp^it-ètre même un peu plus en avant que les pectorales. La dorsale commence immédiatement derrière la nuque par des épines très fortes et longues ; elle paraît finir au commencement du dernier tiers de la longueur totale. Je présume que ses der- niers rayons étaient mous et qu'il n'y avait pas de séparation dans h nageoire entre les deux espèces de rayons. L'anale commence presque au milieu du corps; elle est étroite, mais longue, et pouvait avoir une quinzaine de rayons , dont les trois premiers sont épineux. La caudale n'est pas encore connue en détail ; ses rayons sont couverts à la base par de petites écailles très .serrées. La ligne latérale décrit umo courbe parallèle :i celle du dos occupant en DE LARGILK DU LONDRES. 39 haut le premier tiers de la hauteur totale du corps. Les écailles qui recouvrent tout le corps sont assez grandes et très minces, de sorte que le bord postérieur est rarement conservé. Examinées à la loupe, ces écailles présentent de nombreuses lignes concentri- ques, très serrées les unes contre les autres, et munies, dans leur partie antérieure, d'une douzaine de sillons en éventail, qui sont visibles à l'œil nu. Les lignes concentriques se perdent sur le champ postérieur de l'écaillé, où l'on voit de petites granulations qui devieiment des dentelures extrêmement exiguës sur le bord libre de l'écaillé, et qui devaient tomber facilement même pendant la vie , car je ne les ai trouvées conservées que sur quelques écailles peu nombreuses. En résumé, le Sciœnurus liou-erbankii est un Cténoïde acan- thoptérygien thoracique, ayant les joues écaillées , le bord posté- rieur des pièces operculaires lisse , les mâchoires armées de dents crochues et égales, les os du crâne assez solides, à crêtes minces. Un caractère particulier réside dans les sous-orbitraires énormes et dans la présence d'une seule dorsale et d'une seule anale. Si maintenant nous ciierchons à déterminer la place de ce poisson dans la classification actuelle , nous ne trouverons qu'une seule famille d'AcanthoptérygicnsCténoïdes à laquelle il puisse être associé, celle des Sparoïdes, qui, tout en ayant les bords opercu- laires lisses , participe des autres caractères des Percoîdes. En effet, voici quels sont les caractères assignés par Cuvier à ses Sparoïdes : « Les pièces operculaires sont dénuées de dentelures »et d'épines ; les os de la tête sont solides, mais non point caver- » neux, comme chez les Sciénoïdes. Le palais est dénué de dents ; »les rayons épineux et les layons mous réunis en une seule »dor.sale. Ijcsjouesetle corps sont couverts d'écaillés qui, d'après »mes recherches , ont pour caractère d'avoir peu de dentelures "-au bord postérieur; encore ces dentelures sont-elles très faibles »ettombent-elles facilement. LesSparoïdessedistinguentdesScié- •-noïdes par l'absence de creux caverneux dans lea os de la tête , «parle manque d'écaillés sur les nageoires, l'absencê d'épines ou i^dc dentelures sur les pièces operculaires. Ce dernier caractère l*s 40 A«A!!>MZ. — SUR LES POISSONS FOSSILES «distingue aussi des Percoïdes. » C'est donc parmi les Sparoïdes qu'il faut placer le genre Sciœnurus. Cuvier a déjà divisé cette famille en plusieurs tribus d'après leur dentition ; il n'y en a qu'une seule , celle des Dentés [Denlex) qui soit entièrement dépourvue de molaires arrondies et chez laquelle on ne trouve que des dents crochues et coniques, ordinairement sur un seul rang. J'ai com- paré le squelette du DeiUex vulgaris avec celui du Sciœnurus. On y retrouve les mêmes caractères ; mais la division de la sur- face supérieure du crâne en trois parties n'est pas aussi bien mar- quée et surtout le front n'est pas aussi bien développé que chez le Sciœnurus. En revanche, on y retrouve la même quille du nasal ; les fosses pariétales formant un oblong allongé et bordé par deux crêtes pariétales relevées et minces, les mêmes fosses temporales profondes et séparées des fosses mastoïdiennes particulières. On rencontre en outre chez les Dentés la même forme du préopercule avec son arête verticale et son limbe étroit , et dans toute la famille des Sparoïdes, cet énorme sous-orbitaire qui cache presque la totalité du maxillaire supérieur. Cuvier a distingué des véritables Dentés le genre des Pentapodes, qui comprend des espèces à bouche moins fendue , à tête très écailleuse et à caudale écailleuse jusqu'au bout. C'est à côté de ce genre qu'il faut placer notre Sciœnurus. Ce qui le distingue, c'est son corps comprimé et élevé , tandis que les Pentapodes ont le corps fusiforme et allongé. 11 se distingue, en outre , par sa dentition ; les Dentés ont , comme les Pentapodes, des dents inégales ; les Pentapodes ont deux fortes canines qui surgissent entre plusieurs autres dents crochues plus petites, pla- cées en arrière entre des dents en velours ras. Le genre Sciœnurus n'a point de canines; ses dents diminuent d'une manière égale d'avant en arrière ; elles sont toutes crochues. Mais tout en se rapprochant des Pentapodes par la caudale écaillée à la base, il se place , d'un autre côté , près des Dentés par son corps comprimé. Mon genre Sparnodus, dont j'ai décrit plusieurs espèces de Monte Bolca, se rapproche aussi du genre Sciœnurus par l'uniformité de ses dents; mais il dilïère en ce que ces dents sont courtes et très obtuses. DE l'argile de LONDRES. 41 Je connais maintenant deux espèces du genre Sciœnurus, j^ru- venant toutes deux de l'argile de Londres , de Sheppy. Il faut être sur ses gardes pour ne pas confondre avec les Sciœnurus les fragments d'une espèce deMyripristisqui s'en rap- proche beaucoup par sa forme générale , mais qui en diffère par les rides saillantes de l'opercuUî et par la structure des écailles. Ce n'est que par un examen très approfondi de tous les exem- plaires que j'ai eus à ma disposition que j'ai réussi k déterminer exactement ce genre ; mais il se pourrait bien qu'entre les échan- tillons que j'ai étiquetés dans les collections d'Angleterre , il se trouvât quelque fragment de Myripristis sous le nom de Sciœ- nurus. J'ai fait, d'après l'excellente Monographie des Poissons anglais de M. Yarrell , le relevédetous les poissons des côtes d'Angleterre. La comparaison de ce relevé avec celui des poissons de Sheppy donne des résultats assez curieux. Voici les chiffres auxquels je suis arrivé : Les côtes d'Angleterre sont habitées par 1 55 espèces qui se répartissent dans 81 genres. Les différentes familles sont repré- sentées de la manière suivante : Cténoides. Percoïdes(l) 7 espèces dans 5 genres. Sparoïdes 7 — 5 — Sciénoides 2 — 2 — CoUoïdes 16 — 6 — Gobioïdes (2) 6 — I — Aulostomes 1 — 1 — Mugiloides 3 — 1 — Pleuronectes 18 — 5 — 60 — 26 — (1) Je range dans cette famille le genre Capros , et j'en sépare le genre Tra- chinus. (2) J'en ai séparé les Blennioïdes. AGASSIZ. SUB LES POISSONS FOSSILES Cycldides acanthoptérygiens. Scombéroïdes (1) .... 11 espèces dans Xiphioïdes 1 — Taenioïdes 5 — Athérines 1 — Labroïdes 13 — Blennioîdes (2) 10 — Lophioïdes 1 — Trachinides (3) 2 — Discoboles 5 — Echénéides 1 — genres. 42 — 28 — Cycloides matacoplérygiens. Scomberésoces. Clupéides . . Salmonidés . Gadoïdes . Anguilliformes Lophobranches Gymnodontes. Sclérodermes . i espèces dans 3 S 8 — 3 2 — 2 20 — 8 8 — 6 42 Ganoides (types récents). 22 — 7 espèces dans 2 genres. 3 — 2 — 1 — 1 — 11 5 — Les Cténoïdes, sur 8 familles et 26 genres, comptent 60 espèces. Les Cycloïdes acanthoptérygiens en comptent 42 sur 28 genres et 10 familles ; les Malacoptérygiens 42 sur 22 genres et 5 fa- milles , tandis que les Ganoides ne comptent que 3 familles , 5 genres et H espèces. Les familles les plus nombreuses sont les Gadoïdes , les Pleuronectes , les Cottoïdes , les Labroïdes , les Scombéroïdes et les Blennioîdes , tandis que les Sciœnoïdes , les (1) Le genre Brama me parait devoir être reporté dans la famille des Scom- béroïdes. (2) Famille distincte des Gobioïdes. (3) Famille séparée des Perroidps. DE l'argile de LOJJDRES. 43 Xiphioïdes et plusieurs autres ne comptent qu'un fort petit nombre de représentants. Comparons maintenant ce tableau avec celui que m'a fourni jusqu'ici l'étude des poissons osseux de Sheppy. Comme le dépôt de Sheppy appartient à des couches relativement très récentes, l'on pouvait s'attendre à trouver dans la répartition des espèces une certaine conformité avec la manière dont les poissons vivants sont répartis de nos jours sur les côtes d'Angleterre. C'est en effet ce qui a lieu dans certaines limites ; car si l'ensemble de la faune a un caractère un peu différent , il n'en est pas moins vrai que la localisation et l'association des types étaient soumises, durant l'é- poque tertiaire, à peu près aux mêmes lois que de nos jours. Je dois cependant rappeler ici ce que j'ai déjà dit au commencement de ce Mémoire : c'est que les études que j'ai pu faire jusqu'ici portent essentiellement sur les têtes fossiles. Il reste un autre travail , que je n'ai pas encore pu entreprendre, et qui sera tout aussi indispen- sable que ce premier : la comparaison des écailles avec celles des poissons vivants, travail encore plus difficile, puisque ces recher- ches ne pourront être faites qu'à l'aide du microscope. Ayant réuni depuis longtemps pour mes études ichthyologiques un grand nombre d'écaillés , les moyens de comparaison ne me feront pas défaut. Il est un autre inconvénient plus grave : c'est que, dans la plupart des échantillons qui me scmt confiés, les bords postérieurs libres des écailles sont usés et brisés : or, ce sont précisément ces bords qui fournissent les caractères les plus saillants pour la déter- mination rigoureuse des espèces. Quoi qu'il en soit, voici le relevé des espèces que j'ai pu déterminer jusqu'ici. Les poissons osseux de Sheppy , que je connais maintenant, se rapportent à 37 genres , représentés par kll espèces , et peuvent être répartis dans les familles suivantes : Ctenmdfs. Percoïdes 7 espèces en 7 genres. Sparoïdes 2 — 1 — Teulhies 3 — 3 — 1? _ it _ ik AGASSIZ. SUR LES POISSONS FOSSILES Cyrioïdes acanthoptérygiens. Scombéroïdes 12 espèces en 9 genre». Xiphioïdes 5 — Sphyraenoïdes 2 — Labroïdes 1 — Blennioïdes 1 — Athérines 1 — 21 Cycloides malacoptérygiens. 16 Scomberésoces. Clupéides . . Scopèles . . Gadoïdes . 3 espèces en 2 genres. 2 — 2 — 1 — 1 — 4 _ 4 — i) — 10 — Il est à remarquer que, dans ce tableau, les Cténoïdes ne comp- tent que 3 familles représentées par 11 genres et 12 espèces. H se trouve que la famille des Percoïdes est de beaucoup la plus nombreuse, tandis que les familles les plus nombreuses des pois- sons actuels, savoir, les Pleuronectes, les Cottoïdes et les Go- bioïdes, manquent complètement dans les argiles de Sheppy. Les Teuthies , par contre , cette famille essentiellement méridionale , qui ne se trouve que dans les mers du Sud , et qui n'a aucun re- présentant dans la faune actuelle de l'Angleterre , ne compte pas moins de trois genres dans la faune de Sheppy, d'où il faut con- clure que cette faune doit avoir vécu dans des conditions clima- tériques différentes de celles des côtes actuelles d'Angleterre. Cefait, qui est d'une haute importance pour toute la géologie, se confirme aussi par l'étude des autres groupes de la classe des poissons. Les Cycloïdes acanthoptérygiens comptent 10 familles dans la faune vivante de l'Angleterre. La faune de Sheppy en compte six, en y comprenant un poisson encore quelque peu dou- teux, voisin des Athérines. Il n'y a que les Lophioïdes et les Tae- noîdes, les Trachinides , les Discoboles et les Echénéides, toutes familles peu nombreuses de nos jours, qui n'auraient pas existé DE l'argile de LONDRES. 45 dans l'époque tertiaire en Angleterre. Les Sphyrènes, qui appar- tiennent surtout aitx mers tropicales, et qui ne se trouvent pas maintenantsur les côtes d'Angleterre, sont représentées par un genre très voisin de la Sphyrène commune , et les Xiphioïdes, qui habitent de préférence les parages des pays chauds, ne comptent pas moins de 4 genres à Sheppy. La seule espèce qui se pèche quelquefois sur les côtes d'Angleterre, savoir, l'Espadon commun, n'y est qu'en passage ; sa véritable patrie est la Méditerranée. Les Xiphioïdes de Sheppy ont tous le bec arrondi comme le Tétrapture et les Histiophores : or, ces derniers ne quittent jamais les mers du Sud. On ne peut rien conclure des Labroïdes , qui sont à peu près dans la même proportion dans la faune d'Angleterre que dans celles des mers du Sud ; il est pourtant digne de remarque que le seul Labroïde que j'aie trouvé jusqu'ici à Sheppy se rapproche davantage des vrais Labres, qui habitent encore maintenant ces parages , que des formes que l'on trouve dans les mers du Sud. Les Cycloïdes malacoptérygiens enfin comptent 5 familles dans l'argile de Sheppy et le même nombre dans les mers d'Angleterre; mais ce ne sont pas exactement les mêmes. La famille qui fait défaut dans le terrain tertiaire est celle des Salmonidés. En re- vanche, une famille essentiellement méridionale, celle des Cha- racins, qui n'existe pas dans les parages anglais, est représentée dans l'argile de Londres par une et peut-être par deux espèces de taille très considérable. C'est k Sheppy que j'ai découvert les premiers Gadoïdes fossiles connus, et ce fait est d'autant plus curieux que la famille des Gadoïdes appartient presque exclusive- ment aux mers froides, et ne compte que fort peu de représentants dans les mers chaudes et tempérées de l'époque actuelle. 11 a fort bien pu en être autrement aux époques tertiaires ; car les argiles de .Sheppy sont le premier dépôt septentrional de formation récente dont on ait examiné les poissons. Les dépôts d'Oeningen sont des terrains d'eau douce et ne contiennent aucun Gadoïde ; les schistes de Monte Boica n'en recèlent pas non plus , et en ceci ils se mon- trent d'accord avec le caractère essentiellement tropical de leur faune. Les Gadoïdes, avec leurs nombreuses espèces si utiles à l'homme, sont encore maintenant les habitants des mers du Nord ; 46 AtiASSIÏ. — Si:i\ !.ES POISSONS FOSSILES la faune d'Angleterre en possède un grand nombre, et il n'est pas sans intérêt de retrouver dans ces mêmes lieux les premiers re- présentants d'une famille que je croyais jusqu'ici exclusivement récente. Ce fait, joint à celui de la nature du Labre fossile que je viens de mentionner, prouve que, nonobstant la physionomie plus méridionale du dépôt de Sheppy, dans son ensemble , il y a pourtant déjà dans les poissons de cette intéressante localité un acheminement vers le caractère actuel de la faune ichthyologique d'Angleterre. Quant à la détermination générique de ces fossiles , je n'ai pu faire rentrer que fort peu d'espèces de Sheppy dans les genres vivants. Il n'y en a que li genres , les Mégalops , Cybium , Te- trapterus et Myripristis dont on connaît encore des représentants dans la faune actuelle des mers d'Angleterre ; c'est dans les mers plus méridionales que se trouvent les espèces qui se rapprochent de celles qui ont vécu en Angleterre pendant l'époque tertiaire. En me voyant ainsi contraint d'éloigner des genres de notre épo- que un grand nombre de poissons des temps tertiaires, j'ai conçu quelques doutes sur la détermination générique de plusieurs poissons de Monte Bolca que j'ai rapportés à des genres vivants. 11 importera de les revoir , en tenant compte des moindres diffé- rences qu'ils présentent , pour s'assurer si , comme la faune ich- thyologique de Sheppy , celle de Monte Bolca ne renferme pas un nombre de types génériques éteints plus considérable qu'on ne l'a cru jusqu'ici. Pour compléter cet aperçu, je joins ici la liste des poissons fos- siles de Sheppy que je suis parvenu à. déterminer jusqu'ici. Les espèces déjà mentionnées dans mes recherches sont marquées d'un astérisque, même celles qui ne sont que simplement indiquées sans être décrites. ciKsoÏDEs. Synophrys Hopei. * Bracliygnathus tenuiceps Percoïdes. Percostoma angostum Myripristis toliapicus. Cœloperca latifrons. Sparoidcs. Eurygnathus cavifrons. * SciœnurusBowerbanki. PodocephaluB nitidus. * — crassior. DE L'aBGILE de LONDRES. 47 Tettthies. Ptychocephalus radialus. Pomophractus Egertoni. Calopomus porosus... ? CYCLOÏDES ACANTHOPTÉRYGIESS. Scombéroïdes. * Cybium macropomum. * Cœlopoma lolei. * — IcEve. * Bothrosteus latus. * — brevifrons. — minor. Phalacrus cybioides. Rhonchus carangoides. Cechemus polilus. Scombrinus nuchalis. * CœlocephaUis sairnoneus (1). Naupygus Bucklandi (2).- Xiphmdes. ' Tetrapterus priscus. * Cœlorhynchus reclus. * — sinuatus. Phasganus declivis Acesirus ornatus. Sphyrœnoïdef. * Sphyrœnodus priscus. * — crassidens. Labr aides. ÂDcbeniiabrus frootalis. Blennimdef. Laparus alticeps. CTCLOÎDES HiXACOPTÉnYCIEK». Scomberésoces . Hypsodon toliapicus. — nblongus. Labrophagus esocinus. Clupéides. * Halecopsis IeevIs. * Megalops priscus. Characins. ' Brychetus Mulleri Gadaides. ' Rhinocephalus planiceps. Merlinus cristatus. ' Anipherislus toliapicus. ' Goniognathus coryphéenoides. Anguîlli formes. ' Rhynchorhinus branchialis. ^Famille douteuse ) ' Pachycephalus cristatus. Rbipidolepiselegans. Glyptocephaius radialus. Gadopsis breviceps. Loxoslomus mancus. GANOÏDES (3) ( types anciens ). Pijcnodontes. Pycnodus toliapicus, Periodus Kœnigii, Gyrodus liEvior. Phyllodus toliapicus. — planus. — polyodus. — niarginalis. — irregularis. — médius. Pisodus Owenii- Acipenserides. Acipenser toliapicus. Raies. Myliobates Owenii. — acutus. fi -2) J'ai quelques doutes sur la position systématique de ces deux Poissons.- (3) Si je n'ai rien dit des familles suivanles.'daos ce Mémoire, c'est que je n'ai pour le moment, rien à ajouter de nouveau a ce que j'ai publié à leur suiet dans mes Becherrhes. ^ /|8 \ HOBSOK. — GLOBULES DU S,\^G DE L ORMTHORHYNQUE. — canaliculatus. lateralis. Squalides. . niarginalis. Notidanus serralissimus. '~~' toUapicus, goniopleurus. Dixoni Glyphis hastalis. Carcharodon toliapicus. — subserratus. — striatus. Otodus obliquus. — punctatus — niacrolus. — gyralus. Lamna elegans. — jugalis. nilidus. lolei. — compressa, — (Odontaspis) Hopei. — — verticalis. iEtobat heteropleurus. ,is irregularis. Chimérides. — subarcuatus. * Elasmodus Hunteri. Pristis bisulcatus Psaliodus conipressus. — Hastingsiae. * Edapliodon eurygnathus. On voit par là que le nombre des poissons fossiles de l'argile de Londres s'élève à 92, dans la seule localité de Sheppy, sans comp- ter une dizaine d'espèdes auxquelles je n'ai pas encore donné de noms , n'ayant pas encore pu les caractériser d'une manière suffi- sante. OBSERVATIONS SUR LES GL0I5ULES DU SANG DE l'ORNITHORHYNQUE ; Far M. E.-C. HOBSON. ( E\tral.) Dans cette note, insérée dans le second caliier d'un journal d'Histoire Naturelle qui se public aclucUement îi Ilobart-Town, dans l'ile de Die- men (1 ), l'auteur rend compte de ses ob.servations microscopiques sur les globules du sang de l'Ornithorliynque, du Kanguroo élégant et du grand Phalanger volant. Chez l'Ornithorhynque , ces corpuscules ont la forme de disques circulaires , coninic chez la plupart des autres ^lammiféres, et leur diamètre dilTére peu de celui des globules du sang humain. L'auteur, en les mesurant à l'aide d'un micromètre d'Oberhauser, les évalue à 1/3000 de pouce anglais. Dans le Kanguroo, ces corpuscules sont un peu plus petits, etdans le Phalanger ils sont environ de 1/3500 de pouce. L'au- teur ajoute que, depuis la rédaction de sa note, il a examiné avec M. Bed- ford le sang d'un Échidné vivant, et qu'il a trouvé ces corpuscules extrêmement semblables aux globules de l'Ornithorhynque. (1 ) The Tasnmnian, Journal of Natural Science, Agriciilhire nnd slalks. Terre de Van Diemen, I 841 , n° 2. p, 94. !.. DVFOl'R. — SDR LES l'I'PlPARKS. /|9 ÉTUDES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES SBll LES INSECTES DIPTÈRES DE I.A FAMIi.I.E DES PI'PIPARES; Far M. LÉON DUFOUn. La science est comme le fleuve, crescil eundo; à mesure que les faits sévèrement observés se multiplient et se classent , ils vien- nent modifier, redresser, les explications prématurément enfan- tées, et c'est de ce moment que date son véritable progrès. J'aurai, dans ce Mémoire, plus d'une occasion de démontrer la justesse de cette réOexion. Dans le cadre immense de l'Entomologie, il existe des groupes ou des familles que l'imperfection comparative de leur organisme a fait reléguer au dernier [)oste de la série naturelle, et qui forment ainsi le passage , le chaînon d'une grande division à une autre. L'étude de ces Insectes limitrophes offre à l'anatomiste, avide de constater les décadences et les transitions organiques, un intérêt de la plus haute portée scientifique. La famille des Pupipares, qui termuie l'ordre des Diptères, est précisément dans cette catégo- rie. Contigué à l'ordre des suceurs, elle se compose d'Insectes qui se nourrissent du sang des animaux , dont ils sont parasites , et présente, dans les genres qui la constituent, cette particularité de structure extérieure que les uns ont des ailes , d'autres des demi-ailes ; enfin , il en est de si complètement aptères qu'on les a pris pour des poux. Ces traits positifs et négatifs d'Insectes que la classification a rapprochés dans une même enceinte confirment ce que je viens de dire sur la décadence successive des orga- nismes, et nous préparent à trouver, dans la splanchnologie de ces animaux, les modifications, les nuances anatomiques qui éta- blissent cette admirable échelle zoologique oii toutes les créations, malgré leurs dissemblances génériques, se lient et s'enchaînent. Ainsi, l'Homme et le Singe, le Mélophage et la Puce ont une foule de traits qui les rapprochent , une foule d'autres qui les séparent. La généralité des Insectes est ovipare, quelques familles de :)■ série, Zooi. T, III. (Janvier 18 45 ) _ i 50 !.. DlTOtB. SIR LES PliPIPARES. diptères sont vivipares; mais ce qui est lout-à-fait exceptionnel. <:'est que ce dernier ordre se temiine par un groupe qui, au lieu d'œufs ou de petits vivants, met au monde un gros corps oviforme qtii est le berceau, d'abord d'une nymphe, puis de l'Insecte parfait, et ce corps porte le nom de pupe , synonyme de chrysalide. Le fondateur des familles naturelles en entomologie, Latreille, imposa à ce groupe la dénomination significative de Pupipares, après lui avoir donné celle de Coriaces. Déjà, avant lui, notre observateur modèle, Réaumur, avait consacré un de ses beaux Mémoires k l'histoire des curieuses métamorphoses du type le plus saillant de cette famille, riIi])pobosque , qu'il plaçait dans les Inseciei nyinpliipares (1). La science était pauvre de faits anatomiques sur ce dernier Insecte , lorsqu'il y a vingt ans, je publiai mes recherches sur son organisation viscérale ('2). Après cette longue série d'années, pen- dant laquelle je ne suis point resté oisif en entomotomie, j'ai repris les vivisections de VHippohosra eqnina , et simultanément <:e\\e?,à\xMelophagxisovinusei âeVOrnithomyia viriilis (ou biloba). .l'ai vu plus et mieux que je ne l'avais fait autrefois. Je comprends les exigences actuelles de la science; je sais qu'il faut en même temps exposer l'organe et la fonction , la matière et l'esprit, la cause et l'effet, en un mot, l'anatomie et la physiologie. Et ce n'est point dans l'espèce seulement que je me livrerai à ce double examen, je signalerai les rapports de l'organisation de ce groupe avec les Insectes des autres familles et avec les animaux plus haut placés dans l'échelle. On verra que bien des parties dont on n'avait pas soupçonné l'usage ont été soumises à une étude approfondie f|ui m'a permis de les ramener, soit par le raisonnement , soit par l'observation directe , à leur véritable fonction. Comme la splanchnologie de l'Hippobosque est déjà un fait acquis, j'ai pris aujourd'hui pour type de mes descriptions et de mes dessins le Mélophage. Ce sera un parallèle utile à la science. J'y ai ajouté quelques autopsies siu- l'Ornithnmyie. \niis allons (1) Hisl des Ins., toni, VI , Mom I 1 , pi. ÎX. f2) Ann. rii. VI . |i 20« pi. |:î. L. Dl'FOl'R. — SIR r,KS l'ITIPARES. 51 voir, à la gloire de la classification, la remarquable, la coiko- lante conformité anatomique qui existe entre ces Insectes , dont deux sont ailés et un aptère, mais ayant tous trois le même genre de vie, suçant tous trois le sang des animaux vivants. Malgré ma longue pratique des dissections délicates , j'ai eu à surmonter de grandes diflicultés pour placer les faits dans une évidence incontestable. Les autopsies les plus scrupuleuses ont été faites par centaines dans la même espèce , et comme les tégu- ments de ces parasites sont d'une texture serrée, coriace, con- tractile, fort rebelle à la pince et au scalpel , il m'a fallu recourir, pour constater certaines compositions d'organes ou certaines connexions , soit à l'insecte au sortir de la pape, soit à la nymphe dans les diverses phases de son incubation, soit enfin aux em- bryons ou au fcptus. Je vais examiner dans deux chapitres l'extérieur et l'intérieur des Pupipares. CHAPITRE I". CONFORMATION FT STRtCTl'BE EXTÉRIEURES. Je n'entends pas exposer ici la description et l'histoire des Pupipares soumis à mes études anatomiques ; elles se trouvent dans tous les ouvrages d'entomologie. Ce qui concerne les détails, soil de configuration, soit de structure tégumentaire, a, en grande partie , été épuisé par Réaumur , De Géer et Lyonet. J'ai déjà dit que le premier a illustré l'IIippobosque. Le second a traité du même insecte, ainsi que de l'Ornithomyie (1). Lyonet, dans son livre posthume ("i) , a consacré cinquante et quelques ligures à une iconographie parfois minutieuse des traits extérieurs du Mélophage qu'il appelle le Pou du mouton. Cet œuvre , d'une habile patience , est peu substantiel pour la science à cause de la sécheresse du texte. Il est vrai qu'il peut trouver une excuse dans sa date antérieure à la publication de la célèbre anatomie de la chenille du saule , c'est-a-dire à bien près de cent ans. (1) Mem , lom VI, p. 273, pi 16. {2) Recherches sur l'anal, et les mélamorph 'h' diffi-r. Ins., ouvrag. poslh. de Lyonol . publié par M W de Haan (t832) . p I . pi 1-3 52 L- DurouB. — SUR les pupipares. Tout, dans la composition et dans la structure des Pupipares, témoigne de la décadence organique de ces animaux , et justifie de la place qu'on leur a assignée au dernier degré de l'échelle er.tomologique. Mais cette même structure, étudiée d'un peu haut , va dérouler à notre admiration ces transitions graduelles , ces échelonnements que Ton retrouve dans toute la série animale, depuis l'Homme jusqu'à la Monade. Nous verrons aussi comment la Providence , toujours conséquente à ses harmonies de création, a su accommoder les instruments de ce singulier organisme aux besoins de l'individu et <à la conservation de l'espèce. Son ingé- .nieuse sollicitude semble se manifester avec d'autant plus d'éclat que les êtres ont de plus minimes dimensions et qu'ils s'éloignent davantage du type que nous appelons parfait. Nos Pupipares sont parasites et suceurs de sang : c'est là leur mission irrévocable , leur condition d'existence , et ils sont orga- nisés pour ce double but. Us ont le corps aplati , le tégument ferme, coriace, doublé de puissants muscles peauciers et revêtu de poils arqués élastiques, pouvant servir au besoin d'arcs-bou- tants mobiles sur leur bulbe radical , les pattes robustes, solide- ment articulées et très étalées. A la faveur de ces conditions, ils peuvent supporter sans inconvénient les pressions que leurs hôtes inquiets exercent sur eux ; ils s'appliquent, adhèrent sur le plan de support par de nombreux points de contact ; ils évitent les chocs . les chutes, par leur peu de relief et surtout par leurs fortes griffes , qui sont des harpons , des ancres , au moyen desquelles ils s'accrochent à la peau ou aux poils. I/an)bulation de l'IIippo- bosque et de l'Ornithomyie est rapide, et se fait avec la même prestesse, la même facilité en avant, en arrière ou sur les côtés. Celle du Mélophage aux habitudes funambules s'opère avec mesure et à pas comptés. L'Hippobosque , pourvu d'ailes, peut, dans certains cas, déserter son habitat et se transférer sur d'autres individus de la même espèce ou du même genre. Le Mélophage , complètement aptère , est obligé de suivre constam- ment la fortune de son hôte . et si, par quelque nrrident , il est expulsé de son gîte , sa vie est compromise, l'ne toison touffue est donc son élément , sa sau\e-garde , tandis que THippobosque !.. Dt'Foi3ii. — si;ii i.i:s PI PiPArU'S. oô ne peut, vivre que .sur le poil ras du cl:e\ al : ses ailes se trouve- raient encliaînées dans la laine buissonneuse de la brebis. Les antennes, qui ne manquent dans aucun insecte hexapode, et qui déjà ont é[)rouvé dans la série des Diptères une sensible dégradation, finissent par ne ])résenter dans les l'upipares qu'une existence rudimen taire. Elles ne consistent qu'en un seul article vestigiaire immobile, enchatonné dans une excavation de la face et terminé par trois ou plusieurs poils plus ou moins dilliciles à me tire enévidenci;. Cet organe est encore plus contestable dans- le Mélophage que dans THippuboscjUP. Les palpes ont aussi dis- paru dans nos parasites , et c'est évidemment un rapprochement forcé que de les croire représentés par les deux valves de la gaîne du suçoir. Celui-ci n'est pas, comme dans le plus grand nombre des Di- ptères, un organe souple , rétractile, coudé , bilabii; , propre à lé- cher : c'est en même temps un instrument vuluérant et une pompe- aspirante. Mais sa composition dilfère beaucoup de celle du Cou- sin, du Taon, du Stomoxe, diptères sanguisuges comme les Pupipares. Dans ceux-ci, un étui corné sétiforme, reçu entre les deux valves allongées et velues d'une gaîne, renferme une langue tubuleuse élastique, plus déliée que le plus fin cheveu et s' abou- chant à l'œsophage (l). Cet instrument buccal, susceptible, dans le Mélophage , de s'allonger ou de se raccourcir au gré de l'ani- mal , prend un piùnt d'appui en arrière sur un bulbe charnu sphéroïdal où Lyonet a trouvé un noyau formé de plusieurs par- ties solides. A ce bulbe charnu se fixent en arrière des tiges cor- nées brunes, garnies d'innombrables muscles. Ces tiges, qui sont l'analogue de l'os hyoïde des grands animaux, règlent les mou- vements du suçoir. Il existe là un admirable mécanisme dont Lyonet a bien représenté les pièces solides, mais fort mal les puissances motrices. Mais, voyez comme le génie créateur a su (I) Le bout de l'élui du suçoir m'a semblé, dans le Mélnpliage, dentelé dans la moitié de son orifice, ainsi que l'exprime une de mes figures. Cependant, comme ce tr,/it n'est point mentionné par Lyonet , qui avait un œil très exercé et des lentilles peuf-(*tre plus pni=;snntps que les miennes, je me renferme enrore dans le flou le 54 t. DIFOCR. — SLK LliS PUPIPAHES. adapter les moyens à la lin ! L'Ilippobosque , destiné à \ivi-e sur le poil ras du cheval, et rechercluuit les parties du quadrupède ])lus ou moins dénudées, avait assez d'un suçoir court pour puiser sa nourriture; le Mélophage , au contraire, errant dans l'épaisse fourrure d'une toison, dont les brins dans le voisinage de la peau sont enchevêtrés et dillicilement pénétrables à cause du suint qui les encroûte, avait besoin d'un dard grêle, long et souple pour atteindre la surface vulnérable : aussi, quoique plus petit que l'Hippobosque, le Mélophage a un suçoir deux ou trois fois plus long que celui de ce dernier. La même décadence organique se retrouve encore dans les yeux et avec des nuances remarquables entre l'Hippobosque et le Mélophage. Le premier de ces parasites est exposé , comme je l'ai dit, à changer de domicile, et il lui devenait indispensable de voir au loin pour choisir son nouvel habitat. Son oigane de la vue a toutes les conditions propres à atteindre ce but. Les yeux , assez grands, ont une certaine convexité et sont évidemment ré- ticulés avec des milliers de cristallins. Dans le Mélophage, qui est condamné à des habitudes sédentaires et qui se traîne pénible- ment dans ses obscurs buissons laineux, il n'y a que des yeux rudimentaires. La cornée transparente est étroite, plane, à peine distincte du tégument et dépourvue de toute réticulation. Les globes oculaires y sont en petit nombre , bien séparés les uns des autres et au nombre seulement d'une centaine, suivant Lyonet, ce qui est bien peu, comparativement aux yeux réticulés de l'Hip- pobosque. On sait que les Diptères ailés sont pourvus , au-dessous et en arrière de leurs ailes , de balanciers ou baguettes mobiles qui jouent un rôle actif dans le vol. Nous allons trouver, sous ce rapport , dans les Pupipares des dispositions demeurées inaper- çues aux Entomologistes. Ainsi l'Hippobosque a des balanciers; mais à la place de ces cueillerons membraneux, ou sortes d'ailes avortées que l'on observe dans un si grand nombre de Diptères, le métathorax présente de chaque côté, pour abriter ces balanciers, une grosse saillie signalée par De Géer, convexe en dessus, plane en dessous et bordée de longs cils. Je ne connais aucun autre I.. Dl'FOlR. — SLi! LIS PLPII'ARLS. 55 Diptère qui olire un semblable trait. Admirez comme la nature prucèle par imaiices à ses créations inférieures ou aux déca- dences organiques déjà si souvent mentionnées , et que je repro- duirai encore! Dans i'Ornitliomyie, où les balanciers existent, il n'y a même plus de simulacre de cueilleron; les balanciers sont nus, et des cils du bord postérieur de la carapace thoracique le- protègent seuls. Les balanciers devenaient superflus dans les insectes aptères : aussi le Mélophage en est-il totalement privé. Ce signe négatif vient à l'appui de la fonction attribuée aux ba- lanciers que l'on regarde comme suppléants d'une seconde paire d'ailes dans les Diptères. L'abdomen des l'upipares, susceptible d'acquérir une si grande ampleur pendant la gestation , n'offre point de segmentation comme celui des autres insectes , et c'est là un des traits origi- naux de ce groupe. Mais ici, comme dans toutes les transitions organiques , la nature ne passe pas brusquement d'une forme ou d'une structure à une autre; elle imprime souvent sur le présent quelque indice permanent ou fugitif du passé. Ainsi on trouve à la base dorsale de l'abdomen de l'Hippobosque une- sorte décrète ou de bourrelet transversal, plus ferme, plus dur que le reste du tégument, et qui arrête souvent le scalpel pendant les dissections : c'est un vestige de segment. On voit au même endroit dans le Mélophage deux plaques cornées, noires, glabres, rapprochées : ce sont encore les restes d'un segment. Le ventre de l'Hippobosque, distendu par la grossesse, présente aussi dans la ligne médiane trois petites plaques transversales cornées dis- tantes qui sont les débris survivants d'une segmentation effacée. Enfin, à la base ventrale de l'abdomen du Mélophage, se voit une pièce particulière, cornéo-coriacée , hérissée de piquants, tron- quée en avant , divisée en arrière en deux lobes oblongs , diver- gents. Cette pièce, collée contre le ventre et immobile, est encore un vestige de segment. Lyonet n'a pas manqué de la représenter (/. c, PI. 2, fig. 18), mais sans lui donner un nom et sans indiquer ses attributions. Voici un fait des plus piquant^ , un trait qui . quoique acci- di^nlfl et fugace, proiianie bien haut cet enchaînement successif 5G li. DrFOl'R. — SI II l.KS PUPIl'ABES. (les créations. Par l'eUel d'un accouchement récent ou par celui d'une diète prolongée, l'abdomen de l'Hippobosque , considéra- blement diminué de volume, se flétrit, se ride, et si vous y portez une loupe attentive , vous découvrez dans ces plissures transversales un ordre constant et assez régulier, qui , aux yeux de l'appréciateur des échelonnements organiques, est l'indice ])ositif. la signification d'un abdomen annelé. Et ce qui devient con- (irmatif de ce dernier trait, c'est que justement à chacun des plis correspond une paire de stigmates comme dans les abdomens à véritables segments. Certainement ces plissures ne sont déter- minées d'une manière aussi régulière en travers que par une dillerence de consistance ou de texture dans la portion linéaire du tégument qui leur correspond. Cette différence est la première condition de la duplicature permanente qui constitue le segment. Elle a survécu à la dis])arition de celui-ci. Ces plis sont donc les signes passagers et fugitifs d'une structure déchue , un héritage illusoire de la segmentation abdominale des familles d'un rang plus élevé, en même temps qu'ils deviennent un de ces jalons si intéressants à mettre en relief dans l'étude des dégradations organiques. CHAPITRE II. coNFOnaAiroti et sibuciire intérieures. Je vais exposer dans ce chapitre les principaux appareils de la vie, tels que ceux de la respiration, de la sensibilité, de la digestion et de la génération dans les deux sexes. ARTICLE 1". — Appareil respiratoire. Organisé sur le même plan général que celui des autres Di- ptères, il va nous offrir néanmoins, dans l'étude des détails, quel- ques traits, quelques aperçus propres à cette famille. %l". Stigmates. — Le Mélophage, qui est aptère, a neuf paires de ces orifices respiratoires, tandis que l'Hippobosque et rOrnithomyie, qui sont pourvus d'ailes, n'en ont que six. Nous rechercherons la cause ou le motif de cette remarquable diffé- rence. L. Dl-FOIR. SUR LES PUPIPARES. 57 Dans ses figures, Lyonet paraît avoir bien saisi la différence (le stTLicture des stigmates thoraciques et abdominaux ; mais dans le texte on ne peut plus s'y reconnaître. Ou le manuscrit de l'au- teur était incomplet sur ce point, ou, ce qui est plus vraisem- blable, l'éditeur ou l'imprimeur en ont égaré ou mal ajusté quel- que partie. 1° Stigmates lhoraci(] lies. — Il y en a deux paires dans le Mé- lophage, et une paire dans les Pupipares ailés (]). Ceux du Mélophage sont situés sur les côtés de la région dor- sale du thorax. La première paire se voit entre les origines des pattes antérieures et intermédiaires sur la limite fictive du pro- tliorax et du mésothorax: on peut l'appeler méso-prothoradque ; l'autre est métathoracique , et confronte à la base de l'abdomen. Elles ont toutes deux une parfaite conformité de grandeur , de forme et de texture. Cesstigmalessont orbiculaires. Leur disque ou leur aire est à découvert , à nu, plane et même un peu au-des- sous du niveau du tégument. Si , par une adroite excision prati- quée sur l'insecte vivant, on enlève une lamelle a\ec le stigmate incrusté et qu'on soumette ce dernier à la lentille microscopique, voici ce qu'on aperçoit. Le pourtour du stigmate est un cerceau corné brunâtre auquel, d'après Audouin, j'ai donné dans mes publications le nom de péritrème. L'aire de celui-ci est une mem- brane blanchâtre , non pellucide, glabre, conservant par la des- siccation sa continuité, offrant dans son milieu une ouverture dont la forme et le diamètre varient suivant quelques conditions fonc- tionnelles. J'ai vu souvent, surtout dans les individus desséchés , que ce diaphragme membraneux est un peu bombé avec un ori- fice central béant et rond. Avec le secours d'une forte lentille, on aperçoit à travers cet orifice , dans le creux du stigmate , des cils ou paillettes qui, dans la position inclinée de l'organe , ne débor- dent qu'une partie de l'ostiole. J'ai ligure cette conformation. Dans d'autres circonstances , soit que la membrane eût été dé- truite accidentellement, soit plutôt que, par une extrême contrac- ( I ) Déjà, avant la publication de l'ouvrage posthume de Lyonet. j'avais reconnu et figuré les stigmates du Mélopliage {Ann. rfcs .Se ml., tom 22 (1831). pi. 1.3, lii: 'J-IOV 58 I" DlFOl'B. — SUR r.ES HLPIPAKES. tion , elle ne formât plus ([u'un liseré au burd interne du péri- trènie, les paillettes sous-jacentes étaient intégralement évidentes. Alors on pouvait Juger de leur disposition radiée ou concentrique sur un même plan. Elles sont planes , élargies vers leur insertion au péritrème et eflilées par leur bout libre , ce qui justifie ma dénomination de paillettes. Lors de l'inhalation ou de l'exhala- tion de l'air, les cils, en se raccourcissant par la contraction de leur base , s'éloignent du centre par leur pointe, et alors l'orifice est iirrondi , plus ou moins grand ; c'est une sorte de pupille. Dans la condition contraire, c'est-à-dire quand le stigmate se refuse à l'accès de l'air, les cils, peut-être livrés à leur élasticité , s'allongent outre mesure, et non seulement deviennent conver- gents, mais se croisent par leurs pointes , ou peut-être s'enchâs- sent entre eux, et l'occlusion de l'organe se dénote extérieurement par un léger trait linéaire qui simule une fente. Ainsi l'exercice fonctionnel des paillettes sous-jacentes .se concerte avec celui de la membrane. J'ai représenté ces deux états du stigmate. Lyonet a vu aussi cette membrane sligmatique du Mélophage; mais il ne fait point une mention explicite des cils rayonnants situés au-dessous de cette membrane , quoique ses dessins sem- blent les exprimer assez bien. Il se contente de parler de nervures ondoyantes (1). L'IIippobosque et l'Ornithomyie n'ont au thorax qu'une seule paire de stigmates , l'antérieure. Le stigmate rnétathoracique n'existe pas. C'est une anomalie d'autant plus bizarre que les deux Pupipares ailés ont une prééminence organique sur le Mé- lophage. Ce stigmate, au lieu d'être orbiculaire, est ovale avec son grand diamètre oblique à l'axe du corps, et superficiellement enchatonné dans le tégument. (luantà sa structure intime, que j'avais déjà entrevue, il y a vingt ans, mais non étudiée à fond, comme aujourd'hui, elle a beaucoup d'analogie avec celle des stigmates du Mélophage , tou- tefois avec quelques traits qui lui sont propres. L'aire membra- neuse est divisée, suivant le grand diamètre, en deux moitiés (I) Lyonet , /, r., pi. 2, fig l2-i:<. L. DLFOLUI. SUK LES PUPH'ARES. 59 que sépare une fente médiane linéaire. Une forte loupe , bien éclairée par le soleil, constate, à la face externe de cette mem- brane, un très fin duvetbrillantdc la même nuance qu'elle. Ce duvet est formé par des poils couchés , uniformément répandus ; c'est plutôt une /jMfteA'ce/îce qu'une viUosilé. Le microscope, lorsc|ue la Une lamelle du stigmate est convenablement placée sur l'objectif, met en évidence d'abord les poils en question, puis, dans la trame de la membrane, des points ronds qui constituent sans doute la texture celluleuse dont parle souvent Sprengel (1) sans que j'aie jamais pu constater une massa semi-fluiila que cet au- teur dit exister dans divers stigmates. Cette texture présente un aspect insidieux quand on l'explore sur des individus desséchés. L'humidité propre à la membrane vivante s'évapore après la mort, et il arrive parfois que le diaphragme contracté, flétri, éraillé , présente alors comme des lambeaux irréguliers , séparés par des vides et débordés par quelques poils. Ces lambeaux peu- vent en imposer pour ces houppes, ces pinceaux élégants qui s'observent dans les stigmates de plusieurs insectes (2). Je ne serais même pas surpris que de pareils pinceaux existassent réellement au-dessous de la meml)rann stigmatique, dans une moitié seulement de celle-ci. J'ai cru le voir ainsi dans un stig- mate desséché dont l'autre moitié de la membrane avait été complètement détruite'. J'ai très positivement constaté dans ce cas que le bord interne de la moitié du péritrème, mise à nu, était garni de cils ou paillettes de la même forme, de la même struc- ture que celles du Mélophage, mais infiniment plus courtes, ainsi que le démontre la figure que j'en donne. L'analogie viendrait à l'appui de ma présomption, car dans les stigmates des Dytiques dont j'ai cité les figures dans la note, c'est à la moitié seulement de ces organes que correspondent les plus grandes houppes. (l ) Curt. Sprengel ,• commentar. de parlih. rjuib. Insecla apiritus durunt (181 o), lab. 2-3. (2) J'ai représenté de semblables houppes dans le Dytiscus marginalis (Anal. des Coléopt., Ann. des Se. nat., pi. 21, fig 4), et Sprengel dans le 0. circum- //fJTus (/. c. pi. 3, fig. 29). 60 L. DUFOl'R. — SUR LES PtlPIPARlSS. L'autre moitié du jjéritrème n'a que des pinceaux rudimentaires, comparalîies aux courtes paillettes de notre Hippobosque. La fente médiane du diaphragme, ou l'orifice du stigmate, n'at- teint pas tout-à-fait par ses extrémités le péritrème. Elle pré- sente à celles-ci une commissure qu'il n'est pas rare de voir légèrement dilatée. La physiologie de cet organe respiratoire est toute simple. La membrane stigmatique étant à découvert à la surface du tégument et exposée ainsi aux injures du temps , la sage prévoyance de la nature a pi'otégé la délicatesse de son tissu par un duvet qui , d'une part , le rend imperméable à l'humidité et, de l'autre, empêche l'abord des atomes hétérogènes qui nagent dans l'air. Cette pré- caution était peu nécessaire dans le Mélophage, qui, retiré dans la profondeur de la toison de la brebis, ne se trouve presque jamais en contact avec l'humidité de l'atmosphère. Quant à l'acte méca- nique de la respiration au moyen de la fente médiane bilabiée , il rentre dans la loi commune. 11 est surtout facilité par la sou- plesse de la membrane. Mais pourquoi l'Hippobosque , qui , par la seule existence des ailes , a une supériorité d'organisation sur le Mélophage , n'a-t- il que deux stigmates thoraciques, lorsque ce dernier en a quatre? Voyons si leur genre de vie respectif , qui est une conséquence de la présence ou de la privation des organes de locomotion aérienne, ne nous mettrait pas sur la voie d'une explication rationnelle de ce fait. Et, avant tout , je dirai que la somme de respiration, à, en juger par le nombre et le calibre des trachées , diffère peu dans les deux espèces, et, s'il y a quelque avantage , il est en faveur de l'Hippobosque, dont les ailes sont pénétrées d'une grande quan- tité de vaisseaux aérifères. Le nombre des trachées n'est donc pas réglé par celui des bouches respiratoires. La solution du problème pourra bien plutôt nous être fournie par le rapport du nombre des stigmates, avecla facilité, l'opportunité de l'inhalation de l'air. Ainsi l'Hippobosque, parasite d'un quadrupède à poils ras, a toujours le corps complètement émergé, soit qu'il parcoure avec une surprenante vélocité les diverses régions de l'hote qu'il tour- I.. DIJFOUR. StJn LES PUPIPARES. 6f mente, soit qu'à la faveur de ses ailes il s'envole de celui-ci sur un autre individu. Ses stigmates , en contact direct et incessant avec l'atmosplière, y puisent donc largement et avec facilité tout l'air né- cessaireà la fonction respiratoire. Son thorax, muni intérieurement de muscles puissants qui , pour présider à sa vive locomobilité, devaient être stimulés par une circulation aérienne des plus actives, avait moins besoin de la quantité que de la qualité des stigmates, et, s'il ne lui en est échu en partage. qu'une seule paire , c'est qu'elle lui suflisait à cause de sa grandeur et de l'énergie de sa fonction. Le Mélophage , au contraire , privé des organes de locomotion aérienne , destiné à vivre et à mourir au fond de sa retraite touf- fue, condamné à ramper péniblement au milieu de cet éj)ais et sale buisson où l'air a bien de la peine à s'inlillrer, le Mélophage était dans l'impérieuse nécessité de saisir toutes les occasions de humer à la dérobée le peu d'air qui se trouvait à sa portée : aussi la Providence, qui ne faillit jamais à son éternelle loi de la conser- vation de l'espèce, quelque chétive qu'elle nous paraisse, a-t-elle doté l'obscur Mélophage d'une paire de stigmates thoraciques de plus que son parent , l'Hippobosque, et, dans l'un comme dans l'autre, elle a été conséquente au but de ses créations. Notre explication fondée sur l'inopportunité de l'inhalation de l'air pour le Mélophage , acquiert un degré de plus de probabilité par l'exemplede hA'yctéribiedu f'espertilion, insecte appartenant aussi à la. famille des Pupipares , et aptère comme le Mélophage. Le pelage ras de la chauve-souris, dont il est parasite, lui permet h. tous les instants de humer l'air , surtout pendant la nuit où le cheiroptère voltige sans cesse : aussi la Nyctéribie, quoique aptère, n'a qu'une seule paire de stigmates thoraciques comme les pupi- pares ailés (1). C'est donc, comme je l'ai déjà insinué, le plus ou moins d'op- portunité de l'inhalation de l'air qui a décidé du nombre des (1) Voy. ma Descript. et fig. (If la Nyctéribie du Vesperlilion, et Observations sur les stigmates des Insccles pupipares, Ann. des Se. nat , tom. 22. p. 372, (1831), 02 !.. DlîFOlTR. — SUR LES PUPIPARES. stigmates Ihoraciques dans les Pupipares dont j'ai esquissé le pa- rallèle. 2° Stigmates abdominaux. — Leur dilTérence numérifiup dans leMélophage etl'Hippobosque va nous fournir encore une heureuse application de ce que je viens d'exposer sur les stigmates du tho- rax ; c'est le même principe, les mêmes conséquences. Dans ces deux Pupipares, la forme, la grandeur et la texture de ces orifices de la respiration ont une exacte conformité ; mais il y en a sept paires dans le Mélophage, et cin([ seulement dans l'Hippo- bosque. Ils sont si petits et tellement perdus au milieu des poils du té- gument , qu'ils avaient complètement éludé mes recherches dans l'Hippobosque , il y a vingt ans. Il est facile de les confondre avec les bulbes de ces poils. Ce sont des boutons orbiculaires saillants, à bourrelet corné, brun, lisse, à ombiliccentral ouvert. Ils ont une singulière ressemblance de forme avec les pessaires ronds em- ployés en chirurgie. T,eur texture est très différente de celle des stigmates thoraciques. Je n'y ai aperçu ni aire membraneuse ni paillettes ; mais Lyonet, dans la miscroscopie duquel j'ai grande foi , a vu, dans le fond de l'ombilic de ceux du Mélophage, quel- ques poils rares qui servent, dans l'acte respiratoire, à tamiser l'air (1). Ce même auteur a bien représenté aussi la face interne de ces stigmates et la manière dont le tronc trachéen s'y adapte. Il faut une attention des plus minutieuses pour découvrir dans le Mélophage le premier stigmate abdominal , qui est tout-à-fait inférieur et placé à la base ventrale de l'abdomen confrontant au thorax. La seconde paire, fort rapprochée de la première, est visible sur les côtés un peu inférieurs de la base dorsale. F>es trois suivants sont situés sur les côtés du tégument dorsal à égale dis- tance les uns des autres. Les deux derniers occupent la dépression échancrée qui termine le corps. Us sont bien plus rapprochés entre eux que les précédents et placés dans une ligne oblique à l'axe du corps. Dans l'Hippobosque, le stigmate basilaire inférieur du Mélo- (1) I.yoncl. /. r . pi, 2. H^' I :) I,. DL'FOL'R. — SUn LES PITIPARES. RS phag en'existe point. Les quatre premières paires ont absolument la même position , la même distance entre elles que les quatre qui , dans le Mélophage, succèdent au stigmate basilaire. Quant à la cinquième paire , elle est nichée à la partie supérieure et un peu externe du premier tubercule velu du bout de l'abdomen. § 2. Trachées. — Les Pupipares, tant ailés qu'aptères , sont dépourvus de ces trachées utriculaires, de ces aérostats qui s'ob- servent à la base de la cavité abdominale, dans les Diptères des- tinés à fournir à une longue et active locomotion aérienne, et à un bourdonnement plus ou moins aigu. Leurs trachées abdominales sont toutes de l'ordre des tubuleuses ou élastiques, et observent dans leur distribution la symétrie com- mune à tous les insectes. Ainsi, il y a sur les côtés un grand canal latéral , une trachée -artère , oii viennent s'aboucher les troncs ou souches stigmaliques, et d'où partent les innombrables trachées nutritives qui vont répandre partout le bénéfice chimique de la respiration. Le thorax , centre des grandes puissances musculaires , a , indé- pendamment de son système vasculaire aérifère, des trachées mem- braneuses ou vtriculaires, tantôt d'un blanc mat non nacré, tantôt d'une teinte enfumée. Les plus superficiels de ces utricules forment de chaque côté un canal allongé ; les plus profonds sont des bulles plus ou moins ovoïdes. Ces trachées utriculaires exis- tent dans le Pupipare ailé , comme dans l'aptère , avec le même nombre, le même développement. Ce fait ne laisse pas que d'être d'une solution physiologique assez embarrassante. Sans doute, dans l'Hippobosque, ces utricules tendent parleur gonflement à augmenter sa légèreté spécifique dans l'acte du vol , comme dans tous les insectes ailés ; mais cette explication ne saurait convenir au Mélophage, qui est tout-h-fait privé d'ailes. Cependant, je le répète, ces utricules n'ont pas, dans le parasite aptère, le caractère simplement vestigiaire , puisqu'ils sont tout aussi développés que dans l'Hippobosque. Elles semblent donc, dans le Mélophage, de- voir faire seulement l'office de réservoirs d'air. Rappelons à ce sujet que son habitat dans le fourré de la toison ne lui rend pas IniijoiM'^ fnr-iln l;i prise deTnir. et . quand une occasion fa\Tirable 64 l. DITFOL'R. — SUR LES PUPIPARES. se présente, il faut qu'il en profite pour emmagasiner le fluide res- piratoire. La tête des Pupipares a un nombre vraiment prodigieux de trachées nutritives , ce qui témoigne Iiautement de l'importance physiologique de l'organe qu'elle renferme. Mais il y a aussi , comme dans tous les insectes , au-dessus et surtout au-dessous du cerveau, des bulles trachéennes destinées à faire l'office d'édredon, de coussinets élastiques pour protéger, contre les secousses brus- ques , la délicatesse de l'encéphale. ARTICLE II. — Appareil sensitif. Le cerveau et un r/anylion rachidien unique sont, dans lesPupi- pares, les centres principaux d'où partent les nerfs qui distribuent, dans les divers tissus, la sensibilité et le mouvement. C'est là aussi la composition du système nerveux de la plupart des Diptères de la grande nation des Muscides. Comme dans les animaux du rang le plus élevé, le cerveau des Pupipares, destiné à présider aux fonctions sensoriales, est étroite- ment, hermétiquement enfermé dans sa botte crânienne tégumen- taire. Cet organe important est ainsi à l'abri et des influences exté- rieures, et des secousses qui pourraient oflenser sa texture délicate. Je suis bien aise de mettre en saillie ce trait remarquable d'unifor- mité organique aux deux extrêmes de l'échelle zoologique. Observez encore que le cerveau de l'IIippobosquc, comme celui de l'homme, malgré la fermeté de son enveloppe , qui le touche dans tous les points , malgré sa texture pulpeuse , est pourtant susceptible d'une certaine élasticité, et peut supporter , sans que son état nor- mal en soit notablement dérangé , quelques pressions , quelques légers changements de rapports dans ses éléments constitutifs. C'est ainsi que les vaisseaux artériels ou veineux de notre encé- phale peuvent, en se gorgeant plus ou moins de sang, presser, refouler la substance cérébrale sans trouble sérieux de la santé ; c'est ainsi que, dans nos Pupipares, les trachées nutritives et les bulles aériennes produisent le même effet, suivant qu' elles admet- tent une plus ou moins grande abondance d'air. La tête des Pupipares est ronde et sensiblement déprimée de L. m'FOl'R. SI li I.KS PI PIPAHKS. (55 haut en bas. r,a inas;sL' n'-rébraln incluse a nécessairement cette même conliguration. Mais si on la dégage dans son intégrité de sa boîte tégumentaire, pour en étudier la composition et la structure, elle obéit aussitôt à son cxpansibiiité et semble prendre du déve- loppement. Ce même elTet n'a-t-il pas également lieu dans les animaux supérieurs? Le cerveau de l'Hippobosquc (c'est le type que j'ai choisi parmi les Pupipares, pour la démonstration de l'appareil sensitif ) se présente alors partagé en deux lobes égaux de forme sphéroïdale , unis ou continents à leur partie inférieure en une base commune qui est perforée pour le passage de l'œso- phage , et qui, en arrière, se continue en une moelle allougéc, ori- gine du cordon rachidien. Ainsi , sauf l'existence du collier asn- phagien , nous retrouvons encore dans notre Diptère une dix ision générale du cerveau, comparable à celle des animanx les plus haut placés, et exprimée parles mêmes termes. Chaque lobe cérébral se prolonge au côté externe en un énorme nerf oplir/ lie , qui, dans l'IIippobosquecommedansleMélophage, présente presque aussitôt un renflement sphéroïdal, puis se dilate en une nHine assez ample, et n'niforme dans le premier de ces parasites , étroite et peu considérable dans le Mélophage , ([ui , comme je l'ai dit plus haut, a des yeux rudimentaires. J'ai même souvent rencontré dans ce dernier Insecte un autre petit renflement bulbeux avant l'épanouissement de la rétine. Celle-ci est recouverte dans les deux d'un pigmentum rouge sanguin qui revêt la face interne de la cornée transparente. Le bord antérieur de ces lobes émet deux nerfs , l'un antennaire, l'autre buccal. Le ganglion thoracique, d'une grandeur remarquable, d'une forme arrondie et lenticulaire, est situé au centre du tronc de l'In- secte, profondément logé et enraciné dans le mésothorax. Des trachées, ou blanches, ou d'une teinte plombée, les unes tobu- laires, les autres utriculaires, lui forment une sorte de tuni(|ue acces- soire ou accidentelle qui masque l'origine des nerfs et en rend la dissection très diflicile. Des paires de nerfs puissantes, nom- breuses, et symétriques partent de ce ganglion pour faire irr.'ujicr la sensibilité dans tous les tissus du corps. .l'ai constaté, dansl'Hippobosque et le Mélo])hage,un fait inté- 3' série. Znol T HT, {Février Ixi:;.) .'j 66 L. DKFOBH. — SU! I.liS l'I l'M'ARKS. ressaut qui m'avait Kcha])])é jusqu'à ce jour, et qui tr^s probable- ment est commun à un grand nombre d'Insectes: c'est ([ue les nerfs de ce ganglion sont disposés sur deux plans, l'un supé- rieur ou dorsal , l'autre intérieur ou ventral. On peut constater positivement cette disposition , si , après avoir isolé et mis à nu le ganglion, en ménageant les origines des nerfs, on l'envisage en profil avec une forte loupe. On voit alors les deux marges, dorsale et ventrale, où ces nerfs prennent naissance. Si vous vous contentez de braquer le microscope sur la région supérieure du ganglion, les nerfs du plan ventral croisant ceux du plan dorsal, en imposent pour des nerfs bifurques, ou s'ils sont simplement sous-jacents, ils demeurent inaperçus. 11 faut donc se tenir en garde contre ces illusions optiques. Les nerfs de ces deux plans ont-ils une conformité de nombre, de grosseur et de position? Je ne saurais l'assurer. Quant aux paires nerveuses principales du bord postérieur du ganglion, paires essentiellement splauchniqttes, parce qu'elles sont destinées aux viscères digestifs et génitaux , elles ne m'ont pas paru disposées sur ces deux plans. Ces derniers président-ils, les uns au sentiment , les autres au mouvement, distinction qui s'observe dans les nerfs rachidiens des animaux supérieurs? cela est vraisemblable, et je ne suis pas le premier qui aie mis en avant cette idée. M. iVewport, dans des recherches aussi délicates que difficiles sur les diverses séries des libres nerveuses des ganglions et des nerfs chez les Insectes, pense que la série supérieure des ganglions est le siège de l'agent p.ccito-moteur et que l'inférieure préside au sentiment (1). Trois paires de nerfs cruraux naissent des côtés du plan supé- rieur du ganglion. J'ai cru remarquer que la paire antérieure est un peu plus distante de l'intermédiaire que celle-ci de la posté- rieure. Elles ont un fort calibre et ne sont pas tout-à-fait margi- nales, leur origine étant un peu avant le bord du ganglion. Dans quel([ues dissections heureuses, j'ai constaté de petits nerfs ra- nieux partant des origines des cruraux. Entre les paires crurales se voit un nombre sinon indéterminable , du moins encore indé- (1) Sur II' .-ii/s(. /iiTi'. cl circul. des Myrinpodea , etc., par M. Newport, Elirait — Anu^ des Se. nal., :i' série, vol. 1, p, 58 (1844). I-. DVFOUB. Sun LES l'I l'll'*HKS. f)7 teniiiiié de nei-ls moins gros, jjIus ramilirs, (jui app.'ii'dciiiiciil au plan inférieur. Le bord antérieur du ganglion émet, entre le cordon céphalo- thoraciquo et les cruraux antérieurs, des nerfs de divers calibres , les uns divisés dès lem' origine, ce qui indique leur distribution dans les tissus immikliats, les autres ayant des troncs simples (|ui se rauiilient à une certaine distance de leur naissance. 11 est (lillicile, pour ne pas dire impossible, d'assigner à ces nerfs leur distribution spéciale ; mais les muscles si puissants qui garnissent le thorax doivent en recevoir une bonne partie, sans compter les nerfs alaires. Le bord postérieur du ganglion émet entre autres deux grandes paires de nerfs; l'une, la plus interne, appartient aux nerfs gé- nitaux, l'autre aux nevk digestifs. J'ai constaté dans l'Hippobosquc deux nerfs stomato-gastrit/iics parallèles, longs, avec peu ou point de branches. Ils vont de la tète au milieu de la i)ortion thoraciciue du ventricule cliylifiqui'. Les ganglions de ce petit système, dont on doit surtout la décou- verte dans les Insectes en général, à M. Brandt, m'ont entière- menl écliappé. La moelle allongée devient, à sa sortie de la tète, le cordon ra- rhidien. Celui-ci est simple et unique comme dans tous les Di- ptères. 11 traverse le prothorax pour aller s'insérer au ganglion tlioracique, et, dans ce court trajet, il fournit de chaque côté, vers son milieu , deux jielits nerfs rapprochés et constants. ABTICI.K III. — Ap|)aii'il digestif. En traitant de la structure extérieure des Pupipares, j"ai fait connaître le premier appareil qui sert à la fonction digestive , la bouche. Celle-ci consiste en un suçoir au moyen duquel ces In- sectes puisent, sur les animaux dont ils sont parasites, le sang destiné à leur nourriture. Nous allons examiner maintenant les glandes salivaires, le canal alimentaire, les vaisseaux hépatiques, enfin le tissu adipeux splanchnique. 1° Glandes salivaires. — Je les avais autrefois imparfaitement vues dans l'Hippobosque ; mais ladécouverte, dans le Mélophage, 68 I" DKFOUR. — SUR LES PUPIPARES. d'un orgaiip moins simple m'a mis sur la voie pour le trouver avec la même composition clans le premier de ces Pupipares et dans l'Ornithomyie. Dans le Mélophage, on rencontre constamment , à la base de la cavité abdominale, deux corps globuleux ou ovoïdes, à peine de la grosseur de la plus petite graine de moutarde , plus ou moins remplis d'un liquide cristallin. Ils ne sauraient, à cause de leur volume, franchir le détroit thoraco-abdoniinal pour rétrograder dans le thorax, (les globules .vtrn'Vcin'.s-, dont j'ai surtout pubien saisir les connexions dans les individus récemment éclos, com- muniquent chacun directement par un co\ ('/[rrent , d'une finesse plus que capillaire, à un réservoir plus gros qu'eux, de forme orbi- culaire , déprimé et ombiliqué sur ses deux faces. Ce réservoir , placé vers le milieu du thorax , a une fort légère teinte rouss.àtre et une texture assez résistante, comme calleuse à cause de l'épais- seur de ses parois. 11 est fixé , maintenu pi'ès de l'origine du ven- tricule chylifique par des filets ou trachéens ou nerveux, impercep- tibles, qui en rendent l'isolement fort difficile. Le col elTérent s'implante au centre de sa face postérieure. La face opposi'e reçoit l'insertion brusque d'un canal excréletir moins délié et sur- tout plus long que le col , flexueux , reployé et offrant , comme la plupart des conduits essentiellement excréteurs des glandes, un &xe lubuleu.v , fin comme le brin de soie le plus subtil, blanc à la loupe, rembruni au microscope h cause de son opacité. Sa tunique externe présente de légères plissures qui mettent en relief sa contraclilité. Quelquefois, par des tiraillements qu'entraîne la dissection , l'enveloppe plus fragile cède , se rompt , et le tube inclus persiste , ce qui ti'moigne de sa texture tenace, et peut-être fibreuse. Le canal excréteur de la glande, parvenu dans la tête, conflue avec son congénère pour former un canal commun des- tiné à verser la salive dans la bouche. La glande salivaire de l'ilippobosque et de l'Ornithomyie a la même composition, la même structure générale que dans le Mé- lophage ; mais elle oliVe , dans quelques unes de ses parties, des traits de configuration intéressants à signaler comme caractères génériques. Ainsi, l'organe sécréteur, situé de même à l'entrée L. DUFOUR. SUII Li;s l'Lil'Jl'.VBKS. fi9 de la cavité abdominale , au lieu d'être globuleux, est représenté dans CCS Pupipares ailés par un boyau flexueux. Ce boyau m'avait échappé dans mes anciennes dissections , parce qu'il se détache très facilement de son col. Le réservoir est, dans l'Hippobosque, ovoïde, plus membraneux, plus dilatable que celui du Mélophage; il est, dans l'Ornithomyie , rond, lenticulaire, comme dans ce dernier. Concoit-on rien de mieux organisé pour la sécrétion et l'excré- tion que la glande salivaire de nos Pupipares? aussi la simple nomenclature de ses parties constitutives et un coup d'œil jeté sur les figures qui représentent ce délicat et élégant appareil suffisent- ils pour l'intelligence de sa physiologie. 2" Canal alimenlaire. — Il a , dans les parasites qui nous occupent, une longueur proportionnelle de beaucoup supérieure à celle de ce même organe , non seulement dans tous les Diptères , mais même dans les grands animaux , puisqu'elle excède do huit à neuf fois celle do leur corps. C'est un fait bien digne de re- marque el que j'ai déjà signalé ailleurs , que l'étendue de ce canal est d'autant plus considérable que les Insectes sont placés plus bas dans l'échelle diptérologique. Observons encore que, dans les Quadrupèdes, le tube digestif est proportionnellement plus court dans les Carnivores que dans les Herbivores , tandis ([u'il en est tout autrement dans nos parasites Sanguivores (1). La fluidité d'une nourriture très animalisée, la minceur, la fai- blesse des parois digestives de nos Pupipares, rendaient sans doute nécessaire sa longueur démesurée. A défaut de grandes dilatations et d'une texture musculaire énergique, la longueur et les nombreuses circonvolutions de ce conduit, tout en nnilli- pliant les surfaces, dexenaient favorables au séjour, aux oscilla- ; I) Kn rnnsiillanl les savants ta1)leau\ f|iip le professeur Biivernoy a ("lalilis rtiiprés la considération de la longueur du lube digestif dans la série des animaux à sang rouge, je ne trouve, dans les espèces essentiellement carnassières , que VUiiene nnjée qui soit comparable, sous ce rapport, à nos Pupipares, puisque son canal alimentaire est huit fois plus long que son corps, [[.eçons d'anat rrim/i , lie Cnvier, 2« édil , lom. IV. 1 70 L. DOFOL'R. — SUR Ili.S fl IMI'AHES. tions, il rélaboratioii chyleuse du liquide nourricier. Nous retrou- vons partout le sceau des harmonies des créations ! • h'œsopIuKjc a une ténuité plus qui> capillaire , condition parfai- tement adaptée à la succion. 11 est court et atteint à peine le mésotliorax. 11 n'offreaucunvestigedeces/jfwiic.vàcol plusounioins long qui s'observent danspres([ue fous les Diptères. 11 s'implante brusquement au venlricuk chylifique. Celui-ci, dont j'avais autre- fois mal saisi l'origine, a une longueur (jui forme au moins les trois quarts de celle de tout le tube alimentaire. Il débute par un renflement moins arrondi dans le iVlélophage que dans l'ilippobos- que , d'une consistance un peu plus considérable que le resie de l'organe , mais revêtant plutôt les caractères d'une simple dilata- tion gastrique ou d'un jabot que d'un gésier. Le ventiicule tra- verse le thorax en ligne droite, étroitement pressé entre les masses musculaires qui garnissent l'intérieur de ce dernier. Il s'étrangle au détroit thoraco-abdominal et |M'éscnte, à son entrée dans l'alD- domen, un nombre variable de renflements, de boursoullurcs [ilus ou moins gorgi^es de sang. Il devient ensuite liliforme, s'enroule plusieurs fois sur lui-même, et à sa terminaison, à la valvule ([ui le sépare de l'intestin, il reçoit les vaisseaux hépatiques. L'inleslin offre à son origine un gros bourrelet en godet qui est le siège de la valvule qui correspond à Viléo-cœrak' des grands animaux. 11 s'atténue sans llexuosité remarquable , et linit par se renfler i^n un ccr//!;;) ovale ouglobulcux, suivant son degréde plé- nitude, renfermant une bouillie excrénientitielle lanliH blanche comme de la craie, tantôt de couleur cannelle. Ou('l([uef'ois cette lioclie est tellement dislenduc (|ue l'insertion de la portion grêle de l'intestin semble inférieure. Dans les individus récemment ûclos et n'ayant pas pris de nourriture , j'ai conslamment ren- contré dans le rectum une pulpe excrémentilielle blanche, un \éi-i table ?«(ro/»V;» , observation que j'ai déjà consignée plusieurs l'ois dans mes écrits relatifs à d'autres insectes. l.e recttmi présente quatre boulons cliariius placi'^s |)ar paires latérales dans sa moitié antérieure, .l'ai souvent désigné , et je désigne encore provisoirement sous ce nom, des tubercules qui L. DUFOUB. — suit l,ES PLHIPAHKS. 71 existent non seulement dans la généralité des Diptères, mais dans plusieurs insectes des autres ordres. Les auteurs ont gardé à leur égard le silence le plus absolu , si nous en exceptons Ramdolir , qui les a représentés dans la Muxca vomitoria , en se contentant de dire que ce sont des prolongements courts, cunéiformes, dans lesquels pénètrent plusieurs trachées (1). Dans mes recherches actuelles, je les ai étudiées plusk fond dans le but d'éclairer lem-s fonctions. Lorsque le rectum est fort distendu, ces boutons se pré- sentent à l'extérieur sous laforme do disques orbiculaires , comme omhiliqués , tantôt de niveau avec la tunique dans l'épaisseur de laquelle ils sont logés , tantôt déprimés en fossette. Dans le cas contraire, c'est-à-dire, lorsque cette poche excrémentitielle est vide et affaissée , ils se dessinent sous l'aspect de tubercules co- lloïdes ou pyramidaux , séparés par des sinus plus ou moins inar(iués. Dans ces deux conditions, j'ai toujours constaté un fais- ceau de trachées s'cnfonçant au centre de chaque disque, et j'ai pu isoler le tronc de ces vaisseaux aérifères dont les rainilicalions formaient le faisceau. L'existence de celui-ci est une circonstance qui, k mes yeux, a une grande valeur physiologique. En déchirant avec soin les tuniques rectales pour les renverser , je m'assurai (|ue les disques extérieurs n'étaient que la base d'une grosse pa- |)ille pyramidale, formant, dans la cavité du rectum, une saillie libre , comme pendante. Ces papilles sont solides , c'est-à-dire dépourvues de cavité intérieure , et je les crois de nature muscu- laire. Kn les soumettant au microscope , quelle fut mon heureuse surprise de voir que, dans leMélophage, la périphérie de ces pa- |)illes était hérissée de courtes asj)érités acérées, spinuleuses, assez, peu serrées pour être bien discernées les unes des autres , tandis qu'au même grossissement, lesjjapilles de rilippobosque étaient lisses et glabres ! Ce serait là, dans une classilication anatomiqite, une différence généri((ue fort curieu.se entre ces deux Pupipares. Passons maintenant à la physiologie jusqu'à ce jour inabordée (le ces singulières paj)illes, et jetons un coup d'oeil rétrospectif sur la structure du rectum do divers insectes, mise ei; regard avec ' I 1 Kaiinllinr, nhhanill. ubcr dir icnlmmgxwers, ell'., [lag. I 7J. [)l. 19. fi^'. i. 7"2 L. DUFOUR. — SIR LKS l'IPlPARES. leur genre de vie. Les Jjioyeurs comme les Orthoptères , Coléo- ptères, Névroptères , etc. , destinés à saisir , à déchirer, à commi- nuer une substance alimentaire solide, ont un rectum à parois d'une certaine épaisseur, éminemment contractiles, parcourues longitudinalement par des bandelettes musculaires (le plus sou- vent six) dont l'action se concerte avec les fibres annulaires pour diminuer la cavité de la poche et amener en dé'finitive une défé- cation plus ou moins consistante. Dans les insectes suceurs, tels (juc les Diptères, I[yménoptères , etc., l'aliment est liquide on pulvérulent, et le rectum plus membraneux , plus dilatable peut- être , plus essentiellement réservoir , pri\é de colonnes muscu- laires et précisément pourvu des boutons charnus qui nous oc- cupent. Rappelons que ces boutons sont , dans nos Pupipares, la base de papilles musculaires, disons mieux de muscles papillifor- iiu's, qui otfrent cela de particulier qu'ils n'ont qu'un seul point d'attache et qu'ils sont libres et flottants par un bout. Rappelons- nous aussi qu'un riche faisceau de trachées, qu'accompagnent in- diibilablcment de nombreux filets nerveux , \ient témoigner hau- Icincnt de l'énergie vitale de ces organes. .Te ne balance pas à regarder ceux-ci comme la signification des rubans nuisculeux durectunides insectes broyeurs. Oui, ces papilles, par leur forme, leurtextureet leur mode d'insertion, deviennent aptes, dans l'exer- cice actif de leur fonction , à agiter , à fouetter , à balayer la pulpe cxcrémentitielle pour en favoriser l'expulsion. Jeles appelle- rais volontiers des muscles rlélergeiirs. Mais])ourquoi ceux-ci ont- ils, dans le Mélophage, des aspérités spinuleuses qui ne s'observent jias dans l'Hippobosque? Ne savons-nous pas combien les habi- tudes paisibles et le genre dévie peu actif du Mi'lophage contras- t(Mit avec la vivacité de l'Hippobosque? Alors quoi d'étonnant que, dnnsces conditionsd'atonie, la nature ait placé dans le rectum de cet insecte des éperons pour susciter, stimuler sa contractilité cxpulsive, ou des râteaux pour diviser la matière cxcrémentitielle? ;V f 'aisseaux hépatiques. — Ainsi que dans les autres Diptères, le foie des Pupipares se compose de quatre vaisseaux biliaires : mais ceux-ci, au lieu de se réunir par paires en deux canaux hépalicjues. >'Jnsèrt'nt isolément à l'extrémité du ^elllricule clnli- L. DVFOUR. — SIK LES PUl'IPAllES. 73 fiquc. Ils sont fort longs, d'une ténuité presque capillaire, borgnes et flottants par un bout. La bile ne ni"a jamais ollert cette cou- leur jaune si répandue dans les Insectes en général , ni la teinte brune ou \ iolacée qui s'observe dans plusieurs diptères. Le plus souvent, elle est presque diaphane, et quelquefois blanche opaque comme une solution d'amidon. 4° 7'/.v.s(/ ailipeiix splaiicliniipic. — Dans mes publications en- toniotonii(|ues , j'ai toujours compris dans les dépendances de l'appareil nutritif une pulpe graisseuse c[ui se trouve dans les ca- \ ités splanchniques, et dont la forme et l'abondance sont variables suivant le genre de vie des insectes. J'ai souvent , à l'occasion des métamorphoses viscérales, signalé son importance organogéniquc. dette pulpe se rencontre aussi dans les Pupipares, et, quoiqu'en petite quantité, elle y revêt des fermes diverses. Au-dessous des viscères abdominaux, ce sont des flocons subdiaphanes, qui leur servent d'édredons. Dans la tète il existe , soit en dessus, soit en dessous de l'encéphale , quelques guenilles adipeuses couvertes de granules (|ui, en se combinant avec les bulles trachéennes, pro- tègent le cerveau contre les chocs et les commotions. 11 n'est pas rare de rencontrer , soit dans le thorax , soit dans l'abdomen, des granules sphériques unis entre eux par d'imperceptibles trachéo- les, pour s'arranger en séries moniliformes, ou pour alTecter une disposition ramifiée. ARTii:i,E IV. — Appareil génital. Ainsi que les animaux placés en première ligne, nos pupipares ont des sexes séparés, et il faut l'accointance, Funion du mâle avec la femelle poin- le grand (puvre de la reproduction. Nous avons donc à examiner séparément ces deux appareils de la gé- nération. 8 1. À ppareil (lénital mâle. — Il a une composition analogue à celle des Insectes en général et même des grands animaux. Ainsi on y distingue \c?.l.e.'!lirule.i))arcs dont j'ai fait l'autopsie , la plus admirable conformité, nous allons y trouver l'analogie la plus singulière avec ce même appareil dans les animaux qui siègent au jiremier rang parmi les mieux organisés. Pour procéder avec ordre dans l'exposition d'un ensemble si complexe d'organes, nous examinerons successivement , en sui- vant le développement physiologique de l'intérieur à l'extérieur, les ovaires avec l'oviducte, la matrice avec le fœtus et la vulve, le produit de la]iarlurition ou la pulpe, enfin la glande sébifique, et le réservoir du siierme. i° Ovaires et nvidnrte. — En avant de tout l'appareil génital femelle, on trouve constamment deux corps ovoïdes ou ovalaires, l'un à droite, l'autre à gauche; ce sont les ovaires. Ces organes s'éloignent étrangement du type ordinaire. Au lieu de présenter, comme dans les Diptères en général, un plus ou moins grand nombre de gaines ovigères uni ou pluriloculaires, ils no forment chacun qu'une bourse simple, une capsule monosperme, blan- châtre. Ils olïrcnt cette particularité, qui n'avait point échappé àBéaumur. que l'un est toujours plus petit et moins blanc que l'autre. Cette inégalité de grandeur tient à ce que leur féconda- l. DUFOUR: — SliR LES PUPIPAHES. 77 lion, ou la maturation de l'ovule, n'ont pas lieu en même temps, et elle devenait une conséquence de l'énorme di-veloppeineul qu'un seul embryon est destiné à prendre dans la matrice pen- dant la gestation. Si deux embryons étaient descendus ensemble dans ce dernier organe, il eût été physiquement impossible (ju'ils juissenl arriver à terme. J^es ovaires, arrondis à leur bout libre, atténués au côti» op- posé en un col, débouchent par ces cols, du moins chez le Mélo- phage, dans un sinus commun central (nul nu ])resquc nul dans rilippobosque) qui semble un rudiment de ce que j'ai appeN' ralice dans les autres insectes. A ce sinus succède un conduit ([uc sa position et ses fonctions doivent faire appeler , au moins pro- visoirement, oviducte. Les ovaires ont des parois pellucides et renferment une pulpe homogène, d'un blanc amylacé dans celui dont le germe est en voie de développement , et presque trans- parent dans l'autre. Dans le but de constater l'existence d'un cPiif dans l'ovaire, j'ai étudié avec l'attention la plus soutenue cet organe dans toutes les phases de son développement, depuis le moment où la gran- deur de l'un commence à prévaloir sur celle de l'autre, jusqu'à celui où, ayant acquis tout son volume, le produit de la concep- tion va s'engager dans l'oviducte pour gagner la matrice. Eh bien, je n'y ai jamais vu un ff»/' proprement dit; je n'y ai pas trouvé, comme dans les gaines ovigères des autres insectes, ces œufs à forme bien déterminée qui , parvenus à terme et imbus d'une vie propre et végétative, s'énucléent de leur locule pour tomber dans le calice et de là passer dans l'oviducte pour être pondus. Dans les premiers temps de la fécondation , ou plutôt , peu de jours après l'éveil de la vésicule préexistante par l'ébranlement copulateur, il semble y avoir supersécrétion du fluide reproduc- teui', ou du moins ce fluide devient plus abondant et passe , de l'iMat limpide et diaphane, à un état plus compacte, plus blanc, ]>lus albumineux peut-être, à un état de plus en plus vitalisé. Alors je ne sais y reconnaître, je le répète, qu'mie pulpe homo- gène il élémi'uts niicroscopif|nes. granuleux et sinn'Iaires, une 78 L. DUFOUR. — SIR LES l'UPIPAllKS. piiljie doiinaiiL à l'eau où elle se délaie un aspect laiteux rnmme le fait l'amidon. Je n'ai su y découvrir aucune trace de mem- brane embryonnaire , de cette trame blastodermique signalée par M. Hérold dans les œufs des Insectes (1). Je ne conteste pas pour cela l'existence de cette membrane, que sa minceur, sa fragilité, dans un corps aussi petit, ont pu facilement dérober âmes re- cherches microscopiques; car, plus tard, lorsque l'ovaire a pris tout son accroissement, non seulement j'ai pu distinguer, à tra- vers la pellucidité de l'enveloppe ovarienne, l'existence intérieure d'une capsule embryonnaire, mais je suis plusieurs fois parvenu, par l'incision ou le déchirement de cette enveloppe, à procurer la hernie partielle de la vésicule incluse ; enfin j'ai pu isoler celle-ci dans son intégrité. Mes explorations répétées sur ce point anatomique m'ont mis à même de constater deux faits dont les conséquences ont une va- leur d'autant plus élevée que les progrès de la gestation utérine les confirment. Le premier de ces faits, c'est que le bout posté- rieur de cette capsule incluse, celui qui est destiné à s'engager le premier dans l'ov iducte , ofTre déjà cet espace ovalaire trans- versal (jui , plus tard, devient le siège des stigmates. .Je ne con- nais pas d'oHif qui oIVre un semblable trait de structui-e. l.e se- cond fait, c'est que cette capsule incluse, parvenue à sa maturité, ne se détache pas de l'ovaire pour tomber dans l'oviducle, connue le font les œufs ordinaires, et de là dans la matrice. Son boni antérieur entraîne, lors de son expulsion de l'ovaire, un cordon submembraneux, un cordon ombilical qui lie anatomiquement et physiologiquement cette capsule incluse, à l'ovaire et au corps de la mère : aussi, quand elle a franchi l'oviducte, loin de gagner à l'instant le fond ou, du moins, la partie postérieure de la matrice, elle demeure , dans les premiers temps de son incarcération uté- rine, suspendue à l'orifice antérieur de cet organe de gestation. Ce n'est (|ue par les progrès ultérieurs de son développement qu'elle envahit et emplit complètement l'utérus. ,)'ai dit que l'oviducte transmettait à la matrice la vésicule (t) Hecherdifx sur le dèvelop. de l'œuf chez les Insectes , par M. Hérokl (Anii. des Se. nat.. 2' série, tom. XII , p. I 76). t. DUrOVR. — SUR LES l'(îl'll'AR|i8. 79 enil)i'yonnaii'o de rusiiiro. Ct^ sont là les (oncilons. dvs I mm /tes ilr Fallopp dans les grands animaux , et les cntomotomistes qui ont appliqué 'T nom aux gaines ovigèi'es en ont mal compris les attributions physiologiques. Je répète donc que les Pupipares , à (|uel(|ue période de fécon- dation ([ue ce soit, no produisent pas un véritable d'ul'. Du moins la vésicule ovarienne prend dans l'ovaire même les traits ébau- chés de la pupe. J 'ai donc cru prudent , en parlant du premier produit de la conception , de préférer le nom d'einhrijoii. 2" Matrice, fœtufi el vulve. — Dans mes anciennes recherches anatomiques sur l'IIippobosque , j'avais désigné , sous le nom de matrice, un organe auquel sa position , sa forme, ses connexions el ses fonctions donnent une remarquable et singulière ressem- blance avec l'utérus des Mammifères du premier rang, ainsi qu'on peut s'en convaincre par un coup d'oeil jeté sur la figure fidèle que j'en donne. Il s'est écoulé vingt ans depuis cette pul^li- cation , et je crois devoir persister encore dans cette dénomina- tion. Comme dans les animaux les plus élevés dans la série, cette matrice est destinée à devenir le réceptacle du produit de la conception descendu de l'ovaire , à se prêter jiar une véritable yeslation à son développement, jusqu'à ce que, parvenu à terme, elle mette en jeu sa texture contractile avec l'auxiliaire des parois abdominales pour l'expulser et le mettre au monde. .Situé au milieu de la cavité de l'abdomen, cet organe, dans une gestation avancée , est blanc, ovalaire, rénitent, avec ses deux bouts arrondis. L'antérieiu' de ceux-ci confronte à l'oviducte, le postérieur s'ouvre sessilementà la vulve. Ses parois sont fibro- musculeuses, élastiques, et n'ont, avec l'enveloppe fœtale, que des japports de simple contiguïté, en sorte qu'en les déchirant, on voit à l'instant le (;orps inclus s'échapper au dehors. D'innom-r brables et fines trachées rampent à sa surface et pénètrent son tissu. Ces vaisseaux de circulation aérienne sont surtout faciles à constater à la face inférieure de la matrice, lorsqu'on étudie celle- ci avant l'accouplement ou innnédiatement après l'accouchement. Leurs troncs resplendissants sont en quehiuc sorte entassés jus- qu'à ce que, l'organe enti-ant dans l'exercice actif de ses fonctions, 80 l. DVFOIIR. — SUR LES PUPIPARES. leurs rameaux accompagnés de nerfs pénètrent le tissu par cette région et insinuent partout la sensibilité et la vie. Les mêmes raisons qui m'ont fait appeler embryon le produit de la conception ovarienne m'ont déterminé à donner le nom de fœtus au produit de la gestation utérine. Dans les premiers temps de celle-ci, le fœtus , comme je l'ai déjà dit, demeure suspendu à la partie antérieure de la cavité de la matrice par le cordon ombi- lical, au moyen duquel s'établit une communauté d'existence avec la mère. C'est encore là un point de ressemblance avec la vie fœtale des grands animaux , et de dissemblance avec les autres Insectes, chez lesquels le produit de la fécondation définitive a une vie isolée et végétative. Par le progrès de son développement , le fœtus Unit par en- vahir toute la ca])acité de l'utérus, dont il distend énormément les parois, cl auquel il imprime sa forme et ses dimensions. .Tai représenté, par des ligures, les divers degrés de la gestation, et l'explication de celles-ci me dispense d'insister sur les détails. Lorsqu'il est arrivé au terme de cette existence gi-ellV-e sur celle de sa mère, le fœtus acquiert une vie privée, individuelle, par la rupture, le décollement du cordon ombilical. Mais avant d'elTec- tuer son isolement, il a besoin d'ac(iuérir, par un emprunt fait à sa mère, les conditions propres au maintien et au progrès de sa vie in- dépendante. La première de ces conditions, après le principe vital, qui, chez lui, n'a pas cessé d'exister depuis l'éveil conceptionnel, c'est cette circulation exclusivement propre aux Insectes, ce sys- tème vasculaire aérifère qui va insufller dans tous les éléments organiques le bénéfice physiologique de la respiration , la faculté nutritive : aussi , dès que le fo'tus a rompu les liens de son asso- ciation à la vie maternelle, il oll're déjà à l'extérieur plusieurs traits d'une organisation qui tend à se compliquer, par consé- c[uent à se perfectionner. On aperçoit , de chaque côté de sa face inférieure ou ventrale, une longue trachée latérale simple, abou- chée aux stigmates postérieurs. Ces trachées sont vraisembla- blement l'ébauche, le linéament des grands canaux aérifères ou trachées-artères des insectes parfaits. Les stigmates en question confrontent à la vulve, orifice extérieur qui se pi'ète à l'inhala- I,. I»1;F01R. — suit LES PUPIPARES. 81 lion de l'air ; ils sont déjà entrés en fonction , car les trachées fon- damentales ou primitives ont cette teinte perlée qui est l'indice certain de la présence du fluide atmosphérique. Ces trachées s'anastomosent ensemble , en arrière , par uiu; branche traver- sière , destinée à équilibrer la circulation aérienne ou à prévenir son embarras. Elles commencent aussi à émettre en cet endroit une branche latérale. C'est là l'enfance, l'ébauche de l'arbre cir- culatoire. La région supérieure ou dorsale du fu'tus (c'est de celui du Mélophage que je parle ) présente à la simple loupe deux séries parallèles et symétriques de petits points déprimés plus clairs et comme ombiliqués. Ces points sont au nombre de sept à chaque série. Comme ils s'observent plus prononcés dans le produit de la parturition ou lapupe, j'en reparlerai alors. On reconnaît au bout antérieur de ce fœtus à terme, les restes, les lambeaux frangés du coi'dun ombilical. Son bout postérieur offre, dans un espace ovalaire transversal, deux pla(|ucs coriacées fauves, arrondies, mais tronquées au côté interne, où elles sont séparées par un trait médian d'une extrême linesse. Au côté externe de ces plaques (qui sont destinées a un rôle fort curieux), on découvre un fort petit point ciui , sous la lentille amplifiante , est entouré d'un cerceau calleux. Ce sont là les stigmates posté- rieurs dont j'ai déjà parlé, les seuls orifices respiratoires du fœtus à terme. A quelque âge de la vie intra-utérine que j'aie porté le scalpel attentif sur le fœtus , même lorsque celui-ci , affranchi de ses liens maternels, vit de sa propre vie, mes explorations les plus minutieuses pour saisir, au milieu de la pulpe vitale de ce sac sans ouverture, une ébauche d'organes, une trame préparatoire de tissu, un linéament de membres, n'ont eu qu'un résultat né- gatif. Ici, comme dans l'embryon de l'ovaire, je n'ai su voir qu'une bouillie blanche , granuleuse , homogène , que des maté- riaux organiques non encore mis en œuvre. Rien , absolument rien , ne m'a donné l'idée d'une larvp. Il me reste à dire quelque chose sur l'oriCice extérieur de l'ap- pareil génital femelle. Dans l'immense généralité des Diptères, les 3' série, Zo.n., T. III, ([■éviici- IS-LS.J 82 I-. DUFOUIl. — SLR LES Plil'Il'ARES. femelles ont au bout de l'abdomen un oi^iscaple , c'est-à-dire un conduit plus ou moins compliqué , destiné à introduire , au mo- ment de la ponte , les œufs dans des milieux de consistance varia- ble. Les pupipares n'ont pas des œufs à pondre ; leur matrice , comme je l'ai déjà dit , est sessile sur la vulve , et quand le fœtus est à terme, l'insecte s'^n débarrasse par un véritable accouche- ment. Il existe à la paroi inférieure ou ventrale de l'abdomen, avant son bout postérieur , une ouverture à deux valves cornéo-coria- cées, destinées à se prêter à un écartement prodigieux pour l'ex- pulsion de la pupe. Cette ouverture n'est pas, à proprement par- ler, une vulve. L'une des valves, plus petite que l'autre, est pos- térieure , c'est-à-dire plus rapprochée du bout de l'abdomen , hérissée et bordée de poils courts et roides. L'antérieure est voû- tée ou en coquille , garnie de poils plus longs. L'excavation cir- conscrite par ces deux panneaux forme comme un vestibule, où s'ouvrent et l'anus et la vulve. Cette dernière correspond à la valve voûtée ou antérieure, qui , au besoin, lui sert d'opercule , et l'anus à la postérieure. D'après cette disposition la vulve est tout-à-fait inférieure et d'un accès difficile : aussi , dans l'accouplement du Mélophage , dont j'ai été témoin , le mâle, plus petit, se tient cramponné sur le dos de la femelle , dont il embrasse étroitement l'abdomen. En même temps, il recule le bout de son ventre jusqu'au-delà de ce- lui de la femelle , en le courbant d'arrière en avant, pour intro- duire le forceps copulateur dans la vulve. Cet acte se passe de la part des deux sexes avec une gravité et même une froideur peu ordinaires. Nul mouvement vif, nulle agitation, nul frémissement. .3° Produil de la paiiiirition , ou Pupe. — C'est Latreille qui a consacré ce dernier nom, que j'accepte, quoique dans les Pupi- pares il ne soit pas à l'abri de quelque contestation. A sa nais- sance ce corps oviforme, comme l'appelait De Géer, est d'un blanc d'ivoire à l'exception de deux taches noirâtres placées au bout postérieur ; mais après quelques heures il prend une teinte rousse, puis il passe au noir d'ébène uniforme ou au brun. Parvenu à sa couleur définitive, ses parois ont perdu leur souplesse, deviennent L. DVFOUR. SI R LKS ITIMPABES. 83 du)-cs et presque cassantes. Son volume a aussi sensibleinf-nt di- minué. Ce berceau de la nymphe a été si exactement décrit et ligure dans rilippobosf|ue par l'inimitable Réaumur (l), qu'il y aurait exubérance |)our la science d'en reproduire les traits en détail. Je me bornerai donc , pour tyjie de comparaison , à en exposer un court signalement. Celte pupc, à sa maturité, est un sphéroïde légèrement d(''prinié , toulerois convexe en dessus , en dessous et sur les côtés, d'un beau noir, glabre, lisse , à peine subtilement chagriné à une bonne loupe, un peu atténué en arrière, où se soit une échancrure , entre deux éminences obtuses , arrondi en avant, où l'œil armé reconnaît une fine suture transversale , an- nulaire , indice d'une calotte destinée à se désouder lors de l'é- closion du diptère, et une suture longitudinale demi-circulaire qui partage en deux parties égales cette calotte , et que Réaumur n'a point signalée. Entre les deux éminences de l'échancrure posté- rieure , la loupe découvre un petit stigmate orbiculaire mentionné par Réaumur et inaperçu par De Gécr. Le bout antérimu- nlFre une légère saillie médiane subcanaliculée, que n'avaient point vue les auteurs précités, et qui était le i)oint d'attache du cordon om- bilical. J^a pupe de l'Ornitliomyie, deux ou trois fois plus petite que celle de l'Hippobosque , est noire, plus lisse , plus luisante et de la même conformation générale , mais sans échancrure en arrièi'e. Son bout postérieur, un peu plus petit que l'autre, ofTre, en y re- gardant de très près, une empreinte linéaire circulaire et deux très légères éminences séparées par une dépression en gouttière, où je n'ai pas pu découvrir le stigmate que l'analogie permet d'y sup- poser. On aperçoit au bout antérieur un vestige des deux sutures signalées dans l'Hippobosque. Tous les auteurs, ii ma connaissance, gardent le silenci^ le plus absolu sur la pupe du Mélophage, même Lyonet , ([ui a illustré cet insecte. Cette lacune de la science m'a semblé d'autant plus essentielle à combler que celte pupe diffère beaucoup de celle des (l)Tom VI, Mém. II. 84 I-. DlFOtB. — SIR LES PLPIPAItF.S. aiitres Pupipams et oflVe des traits de structure l'ails pour piquer la curiosité. Elle a de six à sept millimètres de longueur. Au lieu d'être noire, elle est d'un marron clair, luisant; mais il faut, pour mettre cette couleur en évidence, la nettoyer des ordures qui l'incrustent ordinairement. Plus sensiblement déprimée que les pupes de l'IIippobosque et de rOrnithomyie, elle est ovale, avec ses deux bouts , surtout l'antérieur , tronqués, ce qui la fait paraître presque carrée. Elle présente antérieurement une petite saillie médiane, souvent imperceptible, où une forte loupe découvre une ligne canaliculée. C'était là que, dans l'existence intra-utérine, se fixait le cordon ombilical dont j'ai constaté les laciniures , même plusieurs jours après raccouchemcnt. Ici, connne dans les précé- dentes espèces, l'éclosion de l'insecte parfait a lieu par la dessou- dure d'une calotte du bout antérieur ; mais la suture de celle-ci est imperceptible à l'extérieur. Quant au bout postérieur , il mérite d'arrêter notre sérieuse attention. Malgré sa consistance coriacée, on y distingue encore , pendant les premiers jours de sa naissance, les deux plaques fon- cées et les deux petits stigmates propres du fœtus; mais plus tard ces orifices respiratoires s'oblitèrent, et les plaques disparaissent, pour être remplacées par de larges ouvertures béantes. Tâchons d'expliquer ces changements , c[ui ont une portée physiologique plus considérable (]u'il no le semble d'abord. Nous allons voir combien la création est prévoyante et ingénieuse. Rappelons-nous que , pendant son incubation utérine , le fœtus est encore tout pulpeux intérieurement. Les granules de la pulpe, en se vitalisant incessamment, obéissent à cette loi d'affinité orga- nique que j'ai signalée ailleurs (1), loi qui préside à la fabrication, si j'ose le dire , des tissus. Lorsque les trachées commencent à s'improviser, le fœtus sent déjà le besoin de la respiration , cette fonction fondamentale de l'organisme des Lisectes. Les deux pe- tits stigmates dont j'ai parlé entrent en exercice en puisant l'air par la vulve maternelle. Toutes les conditions de l'acte respiratoire sont donc admirablement établies. Mais, à cette période de l'orga- (1) Etudes anat. et plujuiul. sur lu SairnpIiiKje : Mémoire cil voie flo pulilica- tinn dan-: ceux de l'Acad. dos Sciences. L. DlTOl'R. — SIU I.i:S l'iriPAKES. 85 nogénie , la somme de respiration est encore minime , et les deux pores inspiratoires peuvent suflire. Plus tard, lorsque la pupe a pris sa couleur et sa consistance définitives, lorsque la nymphe, dans son berceau et dans sa tunique hyaline, revêt la forme em- maillottce de l'insecte parfait, lorsque dix-liuit stigmates viennent éclore sur ses téguments et deviennent les aboutissants d'autant de troncs trachéens dont les mille rameaux animent cet organisme en construction , alors les exigences de la respiration circulatoire ne sauraient être satisfaites avec les deux ostioles microscopiques f[ui siillisaient au fœtus. Les langes de la nymphe deviendraient inévitablement son linceul , si la sollicitude conservatrice n'avait pas tout disposé de longue main pour prévenir cette asphyxie mor- telle. Ces plaques en léger relief dont j'ai parlé ne sont pas de simples taches , un vain ornement ; elles avaient une destination physiologique incomprise jusqu'à ce jour. Elles sont, en définitive, des panneaux incrustés , des volets enchâssés comme un verre de montre, et aussitôt après la création du grand système de circula- tion aérienne , après l'oblitération des petits stigmates, il leur est ordonn(' de quitter leur rainure , de tomber , pour laisser ouvertes ces fenêtres qui donnent un libre et large accès à l'air atmosphé- ri(iue dans la coque de la nymphe, pour le service des dix-huit bouches respiratoires. Voilà un de ces faits , une de ces observa- tiojis qui jettent un grand charme dans l'étude bien entendue de l'entomologie. La région dorsale de la pupe du Mélophage présente les deux séries longitudinales de sept points ombiliqués que j'ai déjà fait coiniaître dans le fœtus ; mais ces points sont bien plus prononcés et unis entre eux par une sorte de gouttière, lis sont constants et, je le répète , symétri([uenient rangés. (Jue sont ces points, à quoi servent-ils? Leur forme apparente , leur nombre égal à celui des stigmates abdominaux de l'insecte parfait, pouvaient leur faire supposer un rôle dans la respiration ; mais indépendanunent de ce ffifil y aurait en de très insolite dans ce fait , je me suis positi- veinrnt assuré et qu'il n'existait à ces points aucun orifice , aucun ostiole, et (ju'à la face interne correspondante de la coque on ne saurait saisir la trace d'aucune trachée dirigée vers eux. Ils ne ■86 L. DLVoi'R. — SU', i,i;s i'li'ii'Arks. sont donc pas et ne seront pas des stigmates. Ces dépressions oi- biculaires semblent produites par une traction intérieure exercée .sur des parois qui, malgré leur solidité actuelle, ont de la min- ceur et ont eu dans le fœtus de la souplesse. Elles rappellent par- faitement celles qu'on observe sur l'abdomen de beaucoup d'arai- gnées glabres , et que j'ai reconnues être les points d'attache de muscles intérieurs, [.es points onibiliqués de la pupe du Mé- lophage semblent avoir des attributions analogues, .le n'assure point que ce soient [jrécisément des muscles qui s'y lixaient lors de la création de la nymphe ; mais en étudiant tout récemment des pupes sèches, je n'ai pas été peu surpris, en regardant à contre-jour leui' paroi ventrale , d'y découvrir deux semblables séries de points plus clairs correspondants aux dorsaux et invisi- bles à. l'extérieur , lorsque la coque demeure entière. Je suis très porté à croire que c'étaient là des points d'attache de muscles. Observons que les pupes de l'Hippobosque et de l'Ornitho- myie, soumises aux mêmes explorations, n'offrent aucune trace de rexistence de (-es points. Cela tient-il à la dureté , à l'épaisseur, il l'opacité de leurs parois? Cependant ils sont déjà bien aperce- vables dans le foîtusà terme du Mélophage, lors(iu'aucune partie solide n'est encore créée, et ils n'existent |)as au même âge du fœtus des autres Pupiparcs, ([uoique tout aussi blancs et à parois aussi souples que dans le Mélophage. Ainsi, mystère! La création de la nymphe s'accompagne-t-elle de circonstances ou de moyens différents dans les Pupipares ailés et dans les Pupipares aptères? Encore mystère ! En résumant ce qui vient d'être exposé sur l'appareil génital femelle des Pupipares au point de vue de l'emlîryogénie, on voit f|ue ces insectes sont dans une condition exceptioinielle dont, jusqu'à ce jour, on avait mal étudii' les éléments. Ainsi ils ne comptent ni dans les Ovipares, ni dans les Vivipares, ni dans les Gemmipares, les trois modes de génération rpii se partagent l'ensemble de la Zoologie. .Suivant l'acception accréditée, l'exis- tence d'une pupe suppose la précédence d'une larve, car c'est la peau de celle-ci qui se durcit et se brunit pour former une l. DUFOUR. - SLR l.liS 1>1 l'Il'AIlKS. 87 coque clans la([aellc doit se développer la nymphe. Or, des dissec- tions multipliées à l'infini ont prouvé qu'à aucune époque de la vie inlra ou extra-utérine on ne rencontrait ni larve ni œuf. La pupe existe donc a coiirepla; et ce fait, (jue personne n'avait ex- primé, constitue la singulière anomalie de la génération des Pupi- pares. Latreille avait donc été mal inspiré, il avait mal inter- prété la nature lorscjuc, dans son admirable Gênera, il dit dans le signalement des l'upipares : Iju'va in matris abdominc nu- trieiula... Pupa larvœ nilc iiulurata nlilerfa (lom. IV, pag. 362). Réaimiur. en parlant du déveloiipement de la nymphe dans la |iupe , le compare avec assez de l'aison à celui du poulet dans l'œuf. J'ai oublié dédire, et je tiens à r(''parer cette omission, que, dès le lendemain de l'accouchement, j'ai pu démêler, au milieu du chaos pulpeux de la pupe , des esquisses de création nymphale. J'ai reconnu d'abord plus de consistance dans la pulpe, puis une bourre ou espèce de trame fibrilleuse vague où se groupaient les granules pulpeux, en vertu de cette loi d'affinité organique ou vitale dont j'ai parli'' ; ensuite apparaît l'enveloppe pellucide ou Yniiiniiis , entin les ébauches de mieux en mieux dessinées des membres et du tronc, des noyaux d'organes, etc. Il est encore un fait assez curieux qui confirme l'exercice actif de la circulation aiM'ienne dans la pupe à terme : c'est que celle-ci surnage dans l'eau , tandis qu'avant cet âge le fœtus tombe au fond du vase. Je m'empare de celte dernière circonstance pour Ncnir à l'appui du maintien de la vie embryonnaire et fœtale, au moyen de la communication avec la mère par le cordon ombilical. Enfin je terminerai ces considérations par une observation d'une application assez générale. L'éclosion du Mélophage se fait par un mécanisme curieux , commun , je crois , à beaucoup de l)i- ptèri.'s, mais que l'on a peu éludii' ou mal compris. Le bout ant('- rieur de la pup(_' se dessoude, ai-ji' dit, à la suture signalée ; mais ci;lte dessoudure n'a pas lieu au moyen d'un ressort spoiitani'. Le front de l'insecte naissant se gontlc et forme ime boursou- llure remarquable qui semble produite par de l'air. C'est cet emphysème (|ui, tout en protégeant l'enveloppe (.l'un rei\raii 88 L. DUFOL'R. — SIR LES PII'JPARER. délicat et tendre, pousse, par une volonté d'instinct, contre le bout de la pupe, pour en dessouder progressivement la calotte. La région de l'anus ollVe aussi une boursouflure dont l'eiïort pro- pulsif se combine avec celle du front, en fournissant un point d'ap- pui que son élasticité sert merveilleusement. Cette tumeur frontale emphysémateuse, que j'ai observée chez beaucoup de Diptères récemment éclos, se conserve quelquefois assez longtemps après la naissance. Si alors on ]iique l'insecte pour la collection, il n'est ]ias rare que la lumeur ne rentre pas et qu'elle se dessèche en formant un relief prononcé. Alors elle peut en imposer pour un trait spécifique déstructure, et l'abri- cius a conmiis cette erreur. A la naissance du Mélophage, le suçoir, reployé sous le corps jusqu'à la base de l'abdomen et libre, sert à l'animal, à cause de sa texture cornée, pour prendre un point d'appui et hisser le corps hors du berceau. Il" Glande séhifique et réservoir du sperme. — Dans mon Ànatomie générale des Diptères, récemment mise au jour (1), j'ai témoigné de mes incertitudes, de mes doutes sur les at- tributions fonctioimelles de ces organes, que provisoirement j'avais désignés sous le nom collectif d'nppurcil sébipqiie . et (|ue M. Loew appelle appendices de l'oridiirtc (2). Depuis cette pnbliiatio]!, mon scalpel n'a pas cessé de poursuivre, dans divers ordres d'insectes, l'étude de cet ensemble d'organes. (^)uoique tous mes scrupules ne soient point encore le\(''s, j'ai néanmoins puisé, dans mes innombrables vivisections des l'upipares, des con- victions anatomi([iies et physiologiques applicables à cette cu- rieuse famille de Diptères , et qui jettent une assez vive lumière sur la solution générale de la question. Deux organes, dilTércnts de forme, de structure et d'insertion, s'observent à la paroi dorsale ou supérieure de l'oviducte des Pupipares. Ils sont binaires ou pairs, c'est-à-dire qu'ils se répè- tent avec les mêmes traits à droite et à gauche de ce dernier canal. L'un e.st sécréteur et constitue une véritable (jlande que j'ai appelée séhifique dans tous mes écrits , et que je continuerai à fl) Ànn. clrxSc. iiat., i' séi'ie. A\nl I.Sii. ' i] Germais Zciischr. fur rlic niiom., 1841 L. DlIFOUR. • — Slll LliS PLPIi'AKES. 89 désigner ainsi : ce sont les vaisseau.v- du mucus de Von .Siebold ; l'autre, situé un peu en avant du premier, est essentiellement conservateur: c'est le réservoir du sperme, le receplaculum seminis de ce dernier auteur. Exposons-les séparément et en détail. A. (jlaitde sebifujue. — Dans les trois l'iipiparcs soumis à mon scalpel, elle se présente, ])our chaque côté, sous la forme d'un arbusculc à tronc simple, assez long, à cime fort rameuse, dont les rameaux , déjetés en arrière et agglomérés en une sorte de houppe , sont enchevêtrés dans un lacis de granules adipeux , de Irachéoles et de vaisseaux hépatiques, ce qui, avec leur finesse et leur fragilité, en rend le déroulement complet presque impossible. L'insertion des troncs a lieu près de l'origine de l'oviducte, un peu en arrière de celle du réservoir. Ces troncs , dans le Mélo- pliage , s'atténuent brusquement , avant leur insertion , en une sorte de col; mais les cols, quoique rapprochés, ne m'ont pas semblé conilueni s en un conduit commun. Dans l'Hippobosque, ;iu contraire, cette atténuation ne s'observe point, et j'ai très distinctement constaté l'union des deux troncs en un col unique l'urt court. Une figure représente cette disposition. La petitesse des parties m'aura seule, je le pense, empêché de mettre en évidence cette réunion dans le Mélophage; mais la loi de l'ana- logie , quelque sobre que l'on soit dans son invocation , autorise à la supposer. La structure intime de cette glande devenait indispensable à bien connaître, pour nous mettre sur la voie de ses attributions physiologiques; et c'est principalement dans l'Hippobosque que je l'ai étudiée et dessinée : je ne doute pas que cette structure ne soit aussi le partage de cet organe dans le Mélophage. Le microscope découvre dans les troncs des arbuscules, ainsi que dans les premières divisions de ces troncs : 1° une tunique t'./7t';v!e contractile, subdiaphane, plus ou moins plissée en travers, et festonnée sur ses bords; 2° un axe lubxdeux d'une teinte plus foncée , remarquable par de très fines stries transversales paral- lèles. Ces stries, soumises à une lentille plus puissante, m'ont produit l'efTet de cerceaux annulaires , et le tube ([ue ceux-ci con- -tilui'nt n'olhc |)as sur ses bords la moindre ti'ace de festons. Tout 90 li. DUFOtB. — Slll LES PUPIPAHES. me porte à croire que sa texture est élastique. Ses parois ne m'ont jamais paru abaissées l'une sur l'autre, et le demi-cercle supérieur n'est pas couché immédiatement sur le demi-cercle inférieur. Au même grossissement , le premier est plus marqué , plus saillant que le second, ce qui prouve qu'ils sont séparés l'un de l'autre par un intervalle vide. Un examen superficiel pour- rait faire penser que ces stries ont une disposition spiroïdale , comme le filet constitutif des trachées; mais, dans aucune cir- constance, on ne voit ces tubes se dévider, comme les vaisseaux aérifères , ni émettre des rameaux : voilà pour ce qui regarde le tronc de l'arbuscule sécréteur. Les rameaux et les ramuscules de cette glande ont une texture fort différente de celle des troncs ; leur tunique externe, loin d'être festonnée, est unie, et quand ils sont remplis de la matière sécrétée, on croirait qu'ils ne forment que des sachets d'une pulpe homo- gène blanchâtre. 11 m'est souvent arrivé, pendant la dissection, de rompre ces rameaux, de manière que la rupture circulaire n'in- téressait que la tunique externe plus fragile. Alors la pulpe se ré- pandait, et laissait à découvert un filet tubuleux formant l'axe du rameau, et encore fixé aux deux fragments, ainsi ([ue je l'ai re- présenté. Avant l'extrémité des rameaux . loi'sque la pulpe est évacuée, on s'assure que ce tilet se termine par un bout fermé , ou borgne, comme on dit. Ce tube inclus ou axai dilTère de celui du tronc, en ce que les mêmes verres amplifiants n'y décèlent au- cune trace des stries qui caractérisent ce dernier ; il a, du reste , l'apparence élastique , et ses bords sont parfaitement parallèles. Je le demande à tout physiologiste un peu initié aux merveilles des organismes à petiles dimensions, quel organe , mieux que celui dont je viens d'exposer la forme et la structure , présente toutes les conditions propres à un organe sécréteur , à une glanrle proprement dite ? Ces rameaux , ces ramuscules , ]ilongés dans la cavité splanchnitiue , ne puisent-ils pas directement dans celle- ci, par absorption ou inhalation, les éléments de la sécrétion? Ces éléments s'élaborent , se perfectionnent , par l'action concomit- tante , et des parois membraneuses qu'anime un réseau nervo- Irachéen, et de leur séjour plus ou moins prolongé dans ces L. DVVOVR. SLK l.liS PUI'II'ARES. 91 boyaux flottants auxquels le principe vital imprime , et des oscil- lations incessantes , et ces combinaisons do chimie animale qui complètent l'humeur sécrétée. Celle-ci s'insinue sans doute, se ■filtre dans les axes tubuleux dont elle suit les embranchements , et débouche enfin dans les troncs ou leurs divisions, (|ui sont, à n'en pas douter, les véritables canaux excrétetirs. Pour sa progression dans ceux-ci , elle reçoit l'impulsion , ou simultanée ou successive, des cerceaux élastiques et des contractions de la tunique externe, jusqu'à ce qu'elle vienne s'épancher ou s'éjaculer dans l'oviducte par le col commun des troncs. A quoi sert ici l'humeur sécrétée par cet organe si élégamment compliqué? Dans les Insectes ovipares , les œufs qui s'engagent dans l'oviducte reçoivent , en passant sous l'embouchure du canal excréteur de la glande, une ablution sébacée qui est censée les prémunir contre les influences nuisibles des milieux où ils sont pondus. Mais dans les Pupipares qui ne pondent des œufs ni au dedans (1) ni au dehors , l'humeur de cette glande ne saurait avoir cette destination. Est-ce que l'embryon qui descend de l'ovaire dans la matrice pour subir dans celle-ci une gestation assez prolongée, et qui, en traversant l'oviducte, passe, qu'où me permette l'exiiression, sous la gouttière de la glande, aurait aussi besoin de l'onction sébacée soit coaniie fœtus dans l'utérus, soit comme pupe hors du corps do sa mère? (Juoii[ueje me sente porté pour l'atTirmative , je ne dissimulerai pas toutefois que cette question suggère des réflexions qui ébranlent un peu mes croyances physiologiques sur ce point. Observez bien que ces boyaux sécréteurs , que ces canaux ex- créteurs à axe tubuleux , n(; sont pas seulement l'apanage des glandes de l'oviducte ; on les retrouve uniques ou multiples , mais toujours avec une semblable structure, dans des glandes appar- tenant à d'autres appareils organiques. Ainsi , il y a bien des années que je les ai décrits et figun-s dans les glandes salivaires , (l)Dan5 les Di|)léri's viviparus (.S'u)Tojj/iai/ii, Dexiu, vW.), les uvaires ont îles gaines ovigères avec de véritables œufs. Ces derniers , après avoir passé sous la glande s6b!fii|ne. sont pondus dans l'intérieur du corps, dans des réservoirs par- ticuliers, ou les larves éclosent, puis viennent au inonde vivantes. 92 L. DVFOVR. — SUR LES PUPIPARES. les glandes des sécrétions excrémentitielles , etc. Cette confor- mité de structure, celte communauté d'organisation dans ces glandes, chez des Insectes de divers ordres , constituent un fait anatomique dont l'intérêt et l'importance seront vivement sentis par le physiologiste. l'ar sa position , comme i)ar sa forme et sa texture , la glande sébillque des Pupipares est l'analogue de celle pareillement ra- meuse de quelques Syrphides , notamment de VErislalis lenax , et d'organes qui , dans d'autres Diptères , remplissent les mêmes fonctions avec des formes très différentes. B. licseri'oir du sperme. — J'ai déjà indiqué sa situation en avant de la glande sébifique , par conséquent plus près de l'ori- gine de l'oviducte. Dans le Mélophage , il consiste en deux bourses oblongues , très simples, obtuses à leur bout libre, réunies en arrière en un col commun, étroit et court, mais bien distinct. Elles se composent d'une tunique externe subdiaphane , musculo-membraneusc , fes- tonnée sur ses bords , et d'un axe tubuleux ou vaisseau inclus grisâtre, non strié en travers. Le réservoir séminal de l'ilippobosque diffère, géncriquement, par sa forme et même par sa structure intime, de celui du l'u])i- pare précédent, (|uoi([u'il partage évidemment les mêmes fonc- tions. Loin d'être une bourse simple, c'est une double bourse ra- meuse, un filet tubuleux capillaire , blanchâtre, muni d'un petit nombre de branches simples, courtes et inégales. Une étude at- tentive m'a donné récemment (fin d'octobre dSi/i) , la certitude (|ue la tunique externe n'est ])oint festonnée sur ses bords, comme celle du Mélophage , et qu'il n'existe dans son intérieur aucune trace d'axe tubuleux. 11 est plus ou moins farci de granules qui n'ont aucune ressemblance avec la pulpe des boyaux sécréteurs. Ces granules, assez grands comparativement aux éléments de cette dernière ; sont arrondis , sans être ni ronds ni surtout sphé- riques, parfois irrégulièrement ovalaires. Ils sont incohérents, c'est-à-dire sans connexions entre eux, ni par de la pulpe, ni par des trachées. Ces granules seraient-ils des spermatozoïdes ? Je ne suis pas éloigné de le croire. L. DUFOliR. — SUR LES Pl'PIP \Ri:S. 93 Lp réservoir du sperme se retrouve clans la e;i'ii''i''i'i''' ''f*^ In- sectes, mais avec des formes divcrsiliées. 11 aurait pour mission physiologique de devenir le réceptacle du sperme lors de la copu- lation , et de donner le baptême fécondateur aux œufs , qui , des ovaires, se rendent à l'oviducte pour être tout aussitôt pondus. Dans les J'upipares, ce serait l'embryon qui, en descendant Je l'ovaire dans la matrice, recevrait ce baptême. FAPLlCATIOiV DES FIGURES ( tmiies fort grossies). Fig. I , Suçoir du Mélopliage. a, étui de la langue; b, langue : c bulbe charnu avec les muscles : il, il. liges cornées garnies de muscles, et faisant l'oflice d'os hyoïde. Fig. 2. Bout plus grossi du suçoir, avec les dentelures que j'ai cru y voir. Fig. 3. Segment vestigiaire do la base de la région ventrale de l'abdomen du Mélophage. Fig. i. Mélophage vu par sa région dorsale, pour mettre en évidence le nombre et la disposition des stigmates tlioraciques et abdominaux. a, valves de la gatne du suçoir: h,b, première paire de stigmates abdomi- naux détachée; elle est invisible par la région dorsale , ainsi que la deuxième paire, ici en évidence. Fig. 5. Stigmate thoracique du Mélophage. pour mettre en évidence le périlrème, le diaphragme et quelques padletles du fond. Fig. C. Ce même stigmate dont le diaphragme est réduit à un Hseré, et dont les paillettes, dans l'occlusion de l'organe, se croisent et déterminent un trait li- néaire à l'orifice. Fig. 7. Ce même stigmate plus à découvert, modérément contracté, ayant une ouverture centrale ronde. Fig. 8. Stigmate thoraciciue di' l'Hippobosque, détaché, à diaphragme pubesceni, à orifice linéaire bdabié. Fig. 9. Fragment de ce stigmate avec le péritrème, le diaphragme, ses poils et ses points ronds. Fig. 10. Autre fragment où le diaphragme desséché est lacéré. Fig. 1 1 . Portion du péritrème do ce stigmate, avec ses paillettes courtes. F'ig. 12. Appareil sensitif de l'Hippobosque. u, cerveau avec ses hémisptières étalés, devenus sphéroïdaux: //,//, nerfs optiques, avec leurs renflements globuleux ; c,c, rétines avec le pigmentum : d,il, nerfs untennaires et buccaux; p, moelle allongée et cordon rachidien : 94 L. DUFOUR. SUR LES PUPIPARES. /, lieux paires de nerfs rathidiens; (/, ganglion racliidien ; h, nerfs cruraux antérieurs ; t , nerfs cruraux intermédiaires ; jj, nerfs cruraux postérieurs ; k,k, nerfs alaires — (ces quatre paires de nerfs appartiennent au plan supérieur, et président au mouvement) — /,/,/,/, nerfs cruraux (?) du plan inférieur, présidant au sentiment: m, m, m, nerfs des muscles du thorax; )i,)i, nerfs digestifs ; o, nerfs génitaux ; p., portion du canal digestif dont l'œsophage s'engage dans le collier œsophagien. Fig. \ 3. Tête et appareil digestif du Mélophage. fl, tête placée horizontalement, pour mettre en évidence les excavations an- lennaires, les yeux vestigiaires. le suçoir avec les valves de sa gaine, l'occiput glabre; 6, œsophage; r, renflement de l'origine du ventricule chylifique ; ri, circonvolutions de celui-ci: <•,!•, vaisseaux hépatiques; f, godet intestinal; g, rectum avec ses quatre boutons charnus , h, bout de l'abdomen ; i,i, glandes salivaires. Fig. M. Boutons charnus du rectum du Mélophage, mis à nu pour voir le fais- ceau trachéen qui les pénètre , leur forme papillaire , et les piquants qui les hérissent. Fig. 15. Un de ces boutons charnus ou muscle papilliforme de l'Hippobosque; il est glabre. Fig. 16. Glande salivaire détachée du Mélophage. n, globule sécréteur; b, col efférent ; c, réservoir lenticulaire : d, canaux ex- créteurs; e, souche commune de ceux-ci. Fig. 17. Fragment de ces canaux , avec la tunique externe contractile et l'axe tubuloux. Fig. 18. Glande salivaire de 1 Hippobosque. u,a, boyaux sécréteurs; b,b, cols ciïérents : ce, réservoirs ovo'ides : d, ca- naux excréteurs; c, origine du ventricule chylifique. Fig. 19. Glande salivaire de l'Ornilhomyie. n, boyau sécréteur : b. col olîérent r réscrsoir lenticulaire : d, canal ex- créteur. Fig. 20. (Voyez PI. 3.) Fig 21 . Portion de l'appareil génital niSIe de l'Ornithomyie. (1,(1, testicules : b,b, conduits déférents : ce, vésicules séminales: d, canal éjaculaleur ; c,e, culs- de-sac vestigiaires. Fig. 22. Bout postérieur de l'abdomen du Mélophage vu en dessous , pour niellre en évidence , en (I, l'anus ; b, la sortie de l'armure copulalrice ; c,c. tentacules i|ui flanquent l'orifice par où sort la verge. PI.VNCIIK 3. Fig. 20. Appareil génital mâle du Mélophage. (i,(j, testicules; b. conduits déférents; c. vésicules séminales; d. canal éja- I,. niFOUR. — Sdll LES PUPIPAIIBS. 95 culateur, bulbeux a son origine ; c. armure copulnlrice formée (tes deux lames droites du forceps; f,f, liges cornc^es de la pièce basilaire, avec les muscles; g, fourreau de la verge. Fig 23. Appareil génital femelle du Mélophage. a, a, ovaires inégaux ; 6, sinus commun, sorte de calice; c, oviducte; d, ma- trice ; c.e, arbuscules de la glande sébifique ; f, réservoir du sperme ; g, bout de l'abdomen ; h, portion du canal digestif; i, rectum affaissé, avec les boulons charnus 1res saillants. Fig. 24. Portion du tronc excréteur de la glande sébifique atténué en col Fig. 2.Ï. Réservoir du sperme, délaclié pour voir sa structure Fig. 26. Embryon 'létaclié. Fig. 27. Fœtus presque à terme. n, cordon ombilical ; 6, plaques et stigmates. Fig. 28. Bout postérieur détaché de ce fœtus, pour faire voir les deux plaques et les deux petits stigmates. Fig. 29. Le même fœtus vu par sa face ventrale , lors de limprovisation des tra- chées. a. cordon ombilical ; b, trachées latérales fondamentales. Fig. 30. Pupe du Mélophage vue par sa face dorsale, pour mettre en évidence les deux séries de points ombiliqués. Fig. 31 . Matrice vide et plissée. Fig. 32. Matrice avec un fœtus non encore descendu. Fig. 33. Matrice avec un fœtus plus développé. Fig. 31. Bout inférieur de l'abdomen du Mélophage femelle, pour faire voir les deux valves du vestibule de la vulve et de l'anus. Fig. 33. .4ppareil génital femelle de l'Hippobosque. a. a, ovaires; b,b, arbuscules de la glande .sébifique; c,c, canaux excréteurs; d, oviducte; e,e, réservoirs du sperme; /, origine de la matrice. Fig. 36. Portion considérablement grossie de la glande sébifique de l'Hippo- bosque. 0,0, canaux excréteurs, avec leur tunique externe et l'axe tubuleux; b, axe tubuleux à nu, pour voir les cerceaux annulaires, c, col commun des canaux excréteurs; il. branche de l'arbuscule sécréteur; e,e, axes tubuleux d'un ra- muscule. Fig 37. Réservoirs du sperme. — Les deux réservoirs rameux. Fig. 38. Portion d'un rameau de ces réservoirs avec ses granules. 96 PRÉVOST ET LEBERT. — SUR LA FORMATION \OTE C0M1•LÉME^TAIRK HU TROISIÈME MÉMOIRE SUR LE DÉVELOPPEMENT DES OIKIAIVES DE LA aRCULATION ET DU SANG DA^S l'embryon du POULET (1) ; Far MM PRÉVOST et LEBERT, niiCtL'iii^ c!) nU'deriiie. Le point dont nous nous occuperons principalement dans cette note est la formation du ventricule droit à une épocjue bien antérieure à celle qu'ont , en général , fixée les auteurs pour sa première apparition, et à celle que nous-mêmes avions déterminée dans nos précédentes observations. Nous avons ajouté quelques dessins , dans lesquels nous avons indiqué les parties veineuses du cœur en couleur bleue , et les artérielles en rouge. Pour mieux nous rendre compte des mouvements qui s'opèrent dans la forme du cu'ur pendant les premières phases de son évo- lution , nous nous sommes servis d'une méthode à la fois simple et explicative , et que nous recommandons à l'attention des natu- ralistes. Nous avons mouli; le cteur aux différentes heures les plus importantes de sa formation , en nous servant tout simplement de deux de ces bougies flexibles en cire , l'une rouge , l'autre bleue , qu'on appelle des rats de cave , et auxquelles on peut facilement donner les formes voulues , et qui en même temps représentent fort bien les rapports qui existent dans ces divers moments entre la partie artérielle et la veineuse du cœur. Le cœur se voit d'abord connue un vaisseau allongé et légère- ment recourbé à la partie moyenne de la région thoracique du Poulet. La partie inférieure se montre la première renflée en une cavité aplatie, et dont le diamètre transversal est le plus considérable. Un peu plus tard, la partie inférieure de cet organe , tirée par les vaisseaux de la cicatricule , remonte en arrière et en haut; nous supposons le Poulet placé dans le côté gauche. La partie moyenne du cœur fait alors saillie en (l) Voyez .liiii. di-x Se. iiat., ;i' série, t. II, p. 222. DRS ORGANES DE J.\ CinCl!L\TIO\'. 97 avant et à gauclie , étant de plus en plus gêné dans son déve- loppement longitudinal ; après s'être courbé , il tend à se tordre. lin peu avant ce moment, entre la trente- sixième et la qua- rantième heure de l'incubation , s'aperçoit déjà , d'après nos ob- servations toutes récentes , la partition du co-ur en deux ; et , comme l'indique la première ligure de la planche jointe à cette note , on voit le cœur ventriculaire surtout divisé en deux ; nos observations à ce sujet sont moins précises pour les auricules , vu qu'elles continuent à présenter leur face postérieure en ayant , et qu'elles ne se sont pas encore retournées. Mais le ventricule droit et veineux (fig. 1 , a) se trouve soudé avec le ventricule gauche (fig. 1, b) , h peu près comme deux boyaux réunis à leurs deux extrémités auriculaires et artérielles ; on y voit déjà même une légère tendance à la torsion , ce qui augmente encore la ressem- blance avec deux intestins soudés. Le cœur continue à se tordre en forme de spirale ; sa masse prend alors la forme du chilTre cS , dont on a beaucoup parlé depuis Malpighi. Comme on voit dans la fig. 2, les auricules présentent encore en bas leur face posté- rieure , en avant elles ne se sont pas encore relevées en se détor- dant , la partition du cœur est maintenant bien déterminée. Dans la fig. 2, on voit en a,a le cœur veineux, et ses rapports avec, b,b, le cœur artériel et les artères pulmonaires et aortes, c,d. La fig. 3 n'est que schématique , pour mieux faire voir le mécanisme par lequel les auricules se sont détordues et placées plus haut ; les artères c,fl ont aussi pris la situation qu'elles garderont ; le col des auricules va se raccourcir, et les ventricules se dilater. De soixante-douze à cent heures (fig. 4 et 5), les parties moyennes des canaux, qui, jusqu'à présent, ont constitué le cœur, se sont considérablement dilatées ; le ventricule droit s'est placé en avant , et occupe la partie supérieure et antérieure du cœur; tandis que le gauche, placé on arrière, dépasse le droit en bas en formant à lui seul la pointe , comme du reste cela a lieu déjà à une période bien antérieure. La gorge des auricules a rem- placé leurs canaux auriculo-ventriculaires,et cette gorge est ap])li- (luée à la paroi supérieure des ventricules. Dans nos figures, la quatrième représente le cœui- \u pni' sa 3'- sérit'. Zooi. T III (Février tsi-'j) 7 98 PRÉVOST ET I.EBERT. — SUR LA FOItMATIO.N, KTC. face antérieure ; la cinquième est la même ligure retournée , pour montrer la position relative des ventricules en arrière. A cent heures , et un peu plus tard , nous voyons , dans les deux lig. 6 et 7, le cœur tout formé , la pointe bien développée ; le rap^ port entre les oreillettes et les ventricules est tel qu'il doit rester; dans l'intérieur du cœur, la dissection fait découvrir les valvules. On a parlé beaucoup du battement du bulbe de l'aorte , et l'on a pris pour le bulbe dans le cœur bien développé l'espace entre les artères pulmonaires et aortes (lig. 8, e). En voyant se dilater les artères, on voit toujours le sang à la périphérie c'.d'. et non dans la boule (lig. 8, e). Ce point est important à noter, parce qu'il peut donner lieu à des erreurs (1 ). (1) Nous profitons de celte occasion pour dire deux mots sur quelques obser- vations sur l'embryologie des Batraciens, publiées par M. le docteur C. Vogt, dans les Annales des Sciences naturelles, juillet 1844, p. 45-51 . Les opinions d'un observateur aussi distingué que M. Vogt, pour le talent duquel nous professons une très haute estime, sont trop importantes pour ne pas nécessiter une discussion sérieuse et approfondie: aussi nous proposons-nous de le faire dans un de nos futurs Mémoires sur la circulation, dans lequel nous rendrons en même temps compte deque^iues observations récentes sur l'organo- géniedes Batraciens Mais comme la publication de ces observations pourrait encore éprouver quelque retard, qu'il nous suffise pour le moment d'émettre quelipies unes des principales objections que nous aurons à opposer aux remarques de Jl. Vogt sur notre précé- dent Mémoire. 1 . Nos observations de cette année , sur la corde dorsale , ont pleinement con- firmé celles que nous avions publiées précédemment [Annales îles .Sciences nndi- relles, avril 1844, p. -20,'^-207). et, tant jeunes que nous ayons pris les têtards, nous n'avons pu y confirmer l'absence de toute structure cellulaire. Toutefois nous soumettrons ce point intéressant à de nouvelles investigations. i. M. Scbultz , sur les opinions duquel nous reviendrons plus tard très en détail , a envisagé la première fniniation des globules du sang comme une trans- formation des globules du vilellus. f)r le [loint important île notre théorie, ou plutôt de nos observations, est la distinction des globules du vilellus et des glo- bules organoplastiques : ce sont ces derniers que nous avons vu circuler et se transformer en globules sanguins, et jamais les globules du vilellus. Notre théorie n'est donc pas la même que celle de M. Schullz. 3. Nous avons constamment vu les noyaux des globules sanguins dans l'em- bryon de la Grenouille , et dès leur première apparition : le printemps dernier surtout, nous avons pu sur ce sujet confirmer pleinement nos observations précé- E. BOBERT. — SUR I,K8 FO|)RMIS. 90 EXPLICATIOÎV DES FIGLRES PLANCHE 1 A. Kig. I . L'apparition du ventricule droit , de 36 à 48 heures. — a, le ventricule droit ; b, le ventricule gauche, Kig. 2. Le cœur, de i8 à 60 heures: mouvement de torsion. — o,|ue, il y a plusieuis années ^Voyez ses observations sur le liraiichiiibdeiUi^ dans les Àrrlilrcs de Miiller pour 183.Î, p. â86J, et récem- ment, en parlant du même phénomène dans son bel ouvrage sur les tissus des animaux (Mlcqim. Aiialum , p. -211) . il affirme que la cause n'en est pas bien connue. Mais , suivant toute probabilité , cette rotation est éga- lement déterminée par des cils vibratiles. La maturation de la semence marche, chez chaque individu, parallè- lement à celle des œufs, ce qu'on peut (irc'sumer d'après ce qui vient d'être dit sur ces deux produits. Sur un jeune animal ou sur un animal adulte, les produits des organes générateurs mâles et femelles sont tou- jours à une période également avancée de leur développemeut. Il en ré- 112 KKOH^'. — Sir, LE SAGITTA BIPl'NCTATA. suite qu'à une «époque (lélerminéo, les œufs et 1?. semence nnt acquis une maturité simultanée, et que la liqueur fécondante doit être introduite dans la poche ovarienne. En effet, on trouve certainsindividuscLez lesquels la fécondation est i\vyj opérée. Leurs ovaires, remplis d'un grand nombre d'œufs très volumineux, qui s'étendent de deux à trois lignes au-dessous delà première paire de nageoires, contiennent, à côté des œufs, une quan- tité assez considérable de semence, dont les spermatozoïdes présentent des mouvements d'une extrême vivacité , comme le font, du resie, ceux des autres animaux, dans la saison du rut. Reste encore la question de savoir si les Sagilla se fécondent mutuelle- ment , ou si chacun d'eux se suffit à lui-même. A cet égard , je dois ac- corder un grand poids à un phénomène constant qui frappe les yeux quand on examine les individus dont nous parlons. En effet, chez eux, les cellules séminales sont constamment vides, sans traces de spermatozoïdes, qui s'y trouvaient si nombreux auparavant , ou bien l'on n'en trouve qu'un très petit nombre, presque tous dans leur élal de maturité. D'après cela, il n'est guère douteux que la semence introduite dans les cavités ovariennes n(^ soit la lein-, et que, par conséquent, le Safiilla ne .se féconde lui-même. Mais par quel moyen le sperme peut-il passer des ouvertures miles dans les ouverture.* femelles, franchir un si grand intervalle? Il est difficile de le dire; je ne puis (|u'offrir des présomptions à cet égard. Si l'on suppose que c'est l'eau qui sert de véhicule , on n'est guère plus avancé, car il faut expliquer comment la semence est conduite dans l'ovaire. Ad- me(tra-ton qu'elle est poussée par des courants déteiminés par les mou- vemeiils de cils vibratiles, qui existeraient, soit vers l'entiée des iivaire.s, soit à l'embouchure de leurs conduits excréteurs? Mais jamais je n'ai pu apercevoir nulle parlées cils vibratiles sur l'appareil génital femelle. Il est donc assez probable qn(^ le transport de la semence se fait par le rap- prochement alternatif des ouvertures mâles et fi'melles; et cela peut avoir lieu au moyen de la queue reployée sous le corps. SvsTi;ME NEP.VEUx. — (}uiitilii\n rcplioliqur. — Le ganglion principal de la tète, ou le ganglion céphalique proprement dit, est situé au milieu de la face supérieure de la tète , et à um- petite dislance de son bord anli'-- rieur, immédiatement au-dessous de la peau et au-dessus du pharynx. Il est assez aplati , à peu près hexagonal , et , chez les individus adultes, il a un quart de millimètre environ d'étendue II envoie deux paires de nerfs, une antérieure, une postérieure , et communiqui' avec le ganglion du tronc ou ventral, par deux commissures œsophagiennes l'eu tes et al- longées. Chacun des nerfs céphaliques anlérieurs se détache du bord antérieur du ganglion, reste d'abord à peu prés parallèle i\ son congi'iu''re, se dirige ensuite vers l'émineuce garnie d'aiguillons déjà souvent mentionnée, pé- nètre dans les faisceaux de quelques muscles, et .se perd enfin dans le muscle des crochets du côlé correspondant, après s'être renflé en une I KROn\. — SIK I.F, SAGITTA BIITACTAT V. 113 sorte de ganglion, dans le voisinage de ce muscle. De ce renflement rayon- nent plusieurs filainenlf qui se divisent dans le muscle. Les deux nerfs réplialiques posiérieurs, qui prennent naissance du bord pDSiérieur du ganjjlion , se comportent d'une manière toute parliculière. Ils sont plus volumineux et plus allongés que les .inléiieurs, restent, dans liiut leur trajet, immédiatement au-ilessons de la peau de la surface su- périeure de la tète, et s'étendent jusqu'aux limites du tronc. Ils divergent fortement dès leur origine, et se recourbent enfin en cercle vers la ligne moyenne de la lèle, où ils s'anastomosent en formant une sorte d'ar.rade nerveuse A peu de distance de leur origine , chacun de ces petits troncs fournit un nerf optique dont il sera question plus bas Ganglion ventral — Ce ganglion est situé au milieu de la face ventrale du tronc et comme le précédent, immédiatement sous la peau; il faut le chercher entre la tète et la première paire de nageoires, mais plus près de cette dernière. Il est ovoïde, allonjé, a.ssez bombé, et a , sur des indi- vidus adultes , à peu près un millimètre et demi de longueur On y dis- tingue une substance médullaire ou noyau d'un blanc intense, et une couche corticale d'un blanc plus faible. Cette dernière couche est com- posée d'une foule de globules ganglionnaires. Ce nerf fournit quatre bran- ches principales qui longent, dans leur trajet, la face ventrale de l'animal. De ces branches, deux sont antérieures ; ce sont les commissures pharyn giennes; les deux autres sont postérieures. Outre ces rameaux, ce gan- glion fournit un grand nombre de lilaments nerveux, qui s'en détachent de tous les côtés. Les deux commissures pharyngiennes sortent de l'extrémité antérieure du ganglion , d abord en divergeant; mais bientôt elles marchent en ligne droite et parallèlement jusqu'à la tèle. Elles s'attachent fortement à la peau, sont très aplaties dans tout leur trajet, et deviennent de plus en plus étroites à mesure qu'elles s'approchent de la tète Quand elles y sont ar- rivées, chacune d'elles suit l'insertion latérale et supérieure du capuchon céphalique, en rampant immédiatement sous la peau ; elles forment de la sorte une belle arcade, et, après être devenues très fines, se réunissent au ganglion céphalique. Les deux branches fournies par la partie postérieure du ganglion ven- tral sont plus fortes, mais plus courtes que les commissures pharyn- giennes, car elles ne dépassent guère la première paire de nageoires ; elles se détachent aussi du ganglion, en divergeant, mais marchent bientôt parallèlement en arrière. A leur extrémité postérieure, elles fournissent une foule de ramifications qui restent d'abord les unes à côté des autres, mais présentent, plus tard,plusdedivergence et forment commeune sorte de queue de cheval. Des bords externes de tontes les branches du ganglion ventral se dé- tache une foule de nerfs ; ces ramifications, comme celles qui proviennent immédiatement du ganglion ventral , se recourbent toutes en montant vers ta face dorsale de l'animal , et. pendant leiu' trajet s.- di\ iscnt de plus i'sèrii- Zooi. T III (l'èvrier 181.') J S Mil KRODK. — SUR LE SACITTA BIPUINCTATA. en plus, el fournissent, on s'accolant et en s'anasiomosant, un réseau ncr- yeux fin et 1res compliqué sous la peau du tronc. Yiiux. — Nous avons dt'jà dit que les nerfs optiques proviennent des nerfs céphaliques postérieurs. Chaque nerf optique prend son origine au bord externe de la branche qui le fournit, puis se renfle en un ganglion arrondi, sur lequel l'œil est comme enchâssé. Le ganglion el l'œil sont placés dans une cavité particulière fermée, pratiquée dans la peau de la tête. L'œil est bien plus petit que son ganglion ; il est sphériquc et enve- loppé d'un pigment de couleur foncée. Quand on examine cet œil sous le microscope, on voit dans un endroit une éminence sphérique, transpa- rente comme le verre, el sortinU de l'enveloppe pigmenlaire; c'est peut- être la cornée ou le cristallin. A la circimférencc de l'œil, on aperçoit de courtes fibrilles en très grand nombre; selon toute probabilité, ce sont des faisceaux de fibres nerveuses fines, qui naissent du ganglion , et qui semblent pénétrer à travers l'enveloppe pigmenlaire dans la cavité de l'œil. CoNCi, USIONS. — Après avoir passé en revne la structure du Sagitla, nous arrivons enfin à la question de savoir quelle place il doit occuper dans la série animale. MM. Quoy el Gaimard, qui, les premiers, ont vu cet animal, nous laissent dans le doute à cet égard, et ils avouent n'avoir pas as.scz ap profondi sa structure pour pouvoir se prononcer. Mais actuellement même (pie l'organisation du Sajiilla est mieux connue , il est difficile, sans faire beaucoup de réserves, de le ranger d'une manière sûre, dans aucune des catégories de nos systèmes actuels. Il est bien certain que le Sagilla n'est point un Mollusque; car, bien que son système nerveux parais.se organisé sur le plan général de ces derniers animaux, la plupart des autres parties de son organisme el Vhabilui de l'animal ne semblent pas justifier ce rap- prochement Dans ma manière de voir, c'est paix AnncUdes seulement qu'on peut le rapporter (1). Encore se présente lit ici de grandes diflicullés; car, sans parler de l'absence d'anneaux , el pour ne prendre qu'un petit nombre des caractères particuliers du Sagitla, où trouverons-nous un (1) Ayant eu loccasion de voir le Sagitta bipimctata pendant mon dernier voyage à Messine, je crois devoir dire ici que je ne partage en aucune façon l'o- pinion de M. Krohn sur les affinités naturelles de cet animal. Je ne vois rien dans son organisation qui puisse le faire considérer comme un Annélide, et je ne doute pas que ce ne soit un Mollusque , ayant à certains égards une assez grande ana- logie avec les Firoles. Il me semble que la partie désignée par l'auteur sous le nom de tête est formée principalement par le bulbe charnu de la bouche portanl l'armature dentaire, et que c'est le pli appelé capuchon dans le Mémoire précé- dent qui représente la tête. La disposition curieuse des organes de la génération . .signalée par M Krohn , fonstiliie la prmripalc anomalie dans la structure de cet animal. Mii.nr Edwards KROHN. — SUR LE SAGITTA BII'UNCTATA. 115 genre d'Annélides pourvu d'un capucbon et d'une semblable armature céphalique, des nageoires, el la disposition si remarquable de l'appareil de la génération ? Néanmoins il me parait évident que le Sagilla ne peut en- trer dans aucune autre classe que celle des Annélides, et qu'on doit le considérer comme un genre anomal, jusqu'au jour où l'on découvrira d'au- tres formes animales, qui la relieront, par des transitions graduelles d'or- ganisation, à quelque genre d'Annélidesconnu, ou qui l'éloigneront com- plètement des animaux de cette classe. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 1 B. Pour ne pas trop surcharger de lettres les figures , on n'indiquera qu'un seul organe ou une seule moitié d'organe, si cet organe est pair. — Les figures 3, -4, 5 et 6 représentent la tôle vue à la loupe , sous un grossissement de 1 k 1 2 fois. Les autres figures sont dessinées d'après des organes vus au microscope, et la détermination du grossissement a été faite d'après le calcul d'une vision de 7 pouces 1/2. Fig. 1 . Le Sttgitta un peu au-dessus de sa grandeur naturelle , et vu par sa face dorsale. — a, tête ; 6, première paire de nageoires latérales ; c, deuxième paire de nageoires latérales; rf, nageoire caudale; e, embouchures du conduit excré- teur des ovaires ; f, saillie des cavités séminales. Fig. 2. Le même animal, vu par sa face ventrale. — g, ganglion ventral du sys- tème nerveux , vu par transparence ; h, branches nerveuses antérieures , ou commissures pharyngiennes; k, branches nerveuses postérieures ; (, les ovaires vus par transparence (ici ils sont peu développés) ; m, anus. Fig. 3. La tête vue en dessous, avec le capuchon en état d'expansion complète. — o, capuchon; 6, surface inférieure de la tête; c, éminences garnies d'ai- guillons; d, la bouche; e, les crochets vus par transparence , à travers les parties latérales du capuchon : ils sont serrés les uns contre les autres ; f. com- mencement du tronc. Fig. 4. Tête vue de profil chez un jeune individu : le capuchon est en état d'ex- pansion. — a, saillie sur la face supérieure de la tête, sous laquelle se trouve l'œil droit; 6, les crochets du côté droit, dans leur état de repos; c, tronc. Fig. 5. Tête vue en dessus. Le capuchon est rétracté, et les crochets sont dans leur état d'érection. — a,a, points d'insertion supérieurs et latéraux du capu- chon rétracté ; b, le bord libre du capuchon ; c, les parties supérieures et laté- rales de la tête, et les crochets à nu ; d, lo ganglion céphalique vu par trans- parence; e, les nerfs céphaliques antérieurs; f, l'anse nerveuse formée par le nerf céphalique postérieur : ij. les yeux 116 OWERl. — SUR LA CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES Fig. 6. La léte vue en dessous, avec le capuchon rétracté et les crochets relevés, — o, portion du capuchon ; b, les étninences garnies d'aiguillons; c, la bor- dure garnie des aiguillons ; d, la bouche ; e, les muscules des crochets, formant une saillie hémisphéritiue. Fig. 7. Les parties postérieures du corps vues par la face ventrale, sous un gros- sissement de 5 à 6 fois, et tournées de manière qu'on peut apercevoir une plus grande portion de la surface latérale gauche. — a, la paire de nageoires pos- térieures ; b, nageoire caudale ; c, anus ; d, ovaire vu par transparence : on y distingue la courbure qu'il décrit en haut; e, saillies des cellules séminales. Fig 8. Appareil excréteur du sperme : on le voit des deux côtés, sous un gros- sissement de 1 à 1 2 diamètres, et exposé comme il a été dit dans le texte. — a, la bande musculaire supérieure vue en dedans; b, les doux canaux avec leurs ouvertures arrondies , s'abouchant dans les cellules séminales; c, les ca- vités, dont les saillies sont creusées : on voit dans leur fond l'ouverture par laquelle elles communiquent au dehors, sous la forme d'une fissure. Fig. 9. Appareil excréteur du sperme du côté gauche, plus fortement grossi. — o, canal ; b, son ouverture, conduisant dans les cellules séminales; c, cavité de la saillie ; d, ouverture externe visible sur les parois de cette cavité. Fig. 10. Un amas de cellules (globule séminal), qui plus tard se transformera en Spermatozo'ides (grossissement de plus de 70 diamètres). Fig. 1 1 Indication d'un étal de développement des Spermatozoïdes très commun, et plus avancé que le précédent ; il n'en a pas été fait mention dans le texte. Au centre, on voit les cellules du globule séminal primitif diminuées de vo- lume (grossissement de 95 diamètres). Fig. 12. Spermatozo'ides miires, sous un grossissement de 420 diamètres. Fig. 1 3. Plan systématique du système nerveux. — a, ganglion céphalique ; 6, ganglion ventral; c, branche nerveuse antérieure, ou commissure pharyn- gienne ; d, branche nerveuse postérieure ; e, nerfs céphaliquos antérieurs, avec leurs renflements ganglioniformes ; f,g. nerfs céphaliques postérieurs décrivant , une anse ; h, nerfs optiques avec leurs ganglions k. Fig. Ml. CEil, nerf optique et son ganglion, sous un grossissement de 95 dia- mètres. — a, nerf optique ; b, ganglion ; c, œil ; d, cornée ou cristallin , for- mant une saillie arrondie ; c fibrilles visibles vers la circonférence de l'œil : f, excavation dans la peau de la tête , dans l'intérieur de laquelle l'œil et le ganglion sont enchâssés. StlB I.A CLASSmCAIION ET LES ANALOGIES DES DENIS MOLAIRES DES CARNIVORES; Far M. H OVITEN La variété des formes que présentent les dents ritii composent la série des molaires dans Tordre des Carnivores , et la diversité DES DENTS MOLAIRES DES CARNIVORES. il/ des fonctions , en rapport avec ces diirérences de formes , ont conduit à diviser les molaires en groupes distincts , auxquels les Anatomistes qui se sont plus spécialement consacrés à l'étude de ces organes , ont assigné en général des noms particuliers. La classification et la nomenclature le plus communément adoptée est celle ([ue M. Fréd. Cuvier a proposée dans son célèbre ouvrage sur les Denis des Mammifères. En parlant des màcheiières , ou molaires , il dit : « Ces dernières se partagent en trois divisions : la première se compose de deux à quatre dents qui viennent après les canines, dont l'usage est assez indéterminé, et qui sont des Fausses-Molaires. La seconde ne se compose jamais que d'une dent , qui est la Carnassière ; c'est en elle que réside essentielle- ment la faculté de couper les fibres de la chair. La troisième est celle des dents Tuberculeuses, dont le nombre ne s'élève jamais au-delà de deux , et qui paraissent avoir pour destination princi- pale de broyer les aliments susceptibles de l'être (pag. 77). » La dentition des différents genres est représentée sous forme de frac- tions , suivant les principes de cette classification. Ainsi , le genre 8 4 2 F élis a, - màcheiières, dont - fausses molaires, -|- carnas- sières , + ' tuberculeuses. Dans la seconde édition des leçons d'Ànalomie comparée de G. Cuvier, tom. IV, 1836, la série des molaires est divisée en Fausses-Molaires rudimentaires , Fausses -Molaires normales, Fraies-Molaires carnassières et Fraies-Molaires tuberculeuses (1). La série des molaires , chez l'Homme , donne : Fausses-moi. 2 2 3 3 rud., -~ ; Fausses-moi. norm., ~: Fraies-moi., —(p. 254); dans le Lion, ou le genre Felis, on trouve : Fausses -mol. rud., — ; Fausses-moi. norm.,—; Fraies -mol. carn., — ; Fraies-moi. tub. , ^ (p. 262). (I ) Les Fnusses-Moliiiies so distinguent des \'raies o par moins de racines, et f)ar une couronne moins large et cnnséqucmiTient moins propre à broyer » (P. 2i0.) 118 OIVEIM. — SUH l.A CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES Ces deux systèmes sont également rejetés par M. de Blain- ville (1) dans son Osléographie des Animaux Vertébrés. Dans cet ouvrage magnifique et plein d'enseignements , la série des mo- laires est divisée en Avant-Molaires , Principale et Fraies-Mo- laires (p. 43). Appliquée, par exemple, à la dentition de l'Homme, qui compte cinq molaires, cette classification donne : deux A vant- Mokùres , une Principale, et deux Vraies ou Arrière-Molaires ; avec les incisives et les canines, la dentition de l'Homme se formule 2 15 2 donc ainsi : inc, ; can., ; mol., , dont Av. -Mol. , -; 2 1 '5 2 Princ, ; Arr.-Mol., _^. Pour déterminer les analogies de ces diverses espèces de dents molaires , et , en particulier , la molaire Principale , l'auteur donne les définitions et les caractéristiques suivantes : d'abord , quant à la forme , il dit qu'il divise les mo- laires des Mammifères en Avant-Molaires , en Principale et en Arrière-Molaires , qu'importe qu'elles soient simples ou com- plexes, tranchantes ou tuberculeuses. Cependant, comme la molaire Principale de l'Homme ne se distingue pas par le tranchant ou par toute autre particularité de forme , M. de Blainville indique ensuite un autre caractère , tiré de la position de cette dent dans la mâchoire. Dans la plupart des cas , dit-il , nous pouvons facilement reconnaître la molaire Prin- cipale de la mâchoire supérieure (et c'est cette mâchoire qui sert toujours de point de départ pour donner aux autres dents leur signification propre) , en prenant pour telle celle qui se trouve implantée sous la racine de l'arcade zygomatique , ou mieux de l'apophyse zygomatique du maxillaire (p. ûo). Les dents qui pré- cèdent la Principale ainsi déterminée sont les Avant-Molaires ; celles qui la suivent sont les Vraies ou Arrière-Molaires. Quant h. la mâchoire inférieure, il suffira, pour déterminer la nature des dents , de les ramener dans la position naturelle que chacune d'elles occupe sous chacune des dents supérieures : celle qui cor- respondra à la Principale supérieure sera la Principale inférieure, (1 ) « Nous avons élé obligé d'abandonner celte classification des molaires des Mammifères. » [Osicogr. des Mammifères ) DliS DEMS MOr.AlliliS DES CARNIVORES. H9 cl il sera facile , en partant de là , de désigner les Avant et les Arrière-Molaires {ilt. , p. /|3). Pour juger de la valeur de ces caractères, comme servant à dé- terminer les espèces naturelles des Molaires,^ et à tracer les for- mules typiques de chacun des différents genres de Mammifères , prenons un exemple de l'application que l'auteur en fait, au Lion entre autres. La formule des molaires dans le genre Felis est, sui- vant M. de Blainville , , dont + + " ; c'est-à-dire , une 3 111 Avant-Molaire, une Piincipale et deux Arrière-Molaires à la mâ- choire supérieure; une Avant -Molaire, une Principale et une Vraie-Molaire, à la mâchoire inférieure (l). Cette manière de voir sur la nature des molaires, chez les Fetis, diffère de celle qu'ont exposée Prédéric et Georges Cuvicr ; et les déterminations que j'ai données des molaires dans mon ouvrage {'2) ne sont pas moins ou même sont plus en opposition avec celles des savants Profes- seurs Français. Leur autorité généralement acceptée, la portée et la valeur du grand ouvrage dans lequel M. de Blainville a fait connaître ses opinions, exigent que j'indique ici les considérations qui m'ont engagé à rejeter les formules dentaires que ces auteurs ont adoptées , convaincu que je suis des avantages de l'uniformité dans la classification et la nomenclature de tout ce qui tient à l'Histoire Naturelle. Je divise la série des dents mâchelières en deux groupes essen- tiellement caractérisés par certaines circonstances de leur déve- loppement : j'appelle Prémolaires celles qui succèdent à d'autres dents qui tombent , en les déplaçant verticalement ; et Postmo- laires ou Molaires celles qui ne déplacent pas dans le sens vertical des dents caduques antérieures, mais succèdent l'une à l'autre horizontalement, d'avant en arrière. Les Prémolaires et les Mo- laires présentent une grande diversité de forme et de nombre dans les différents genres. Leur accroissement en nombre a géné- lalnmenl lieu dans une direction opposée; il se fait d'arrière en (1) OaUnijriijihir lic^ farimasiera . IV, p fi9 ( Osicographie des Fclis . p .Sl-S.S) (2) Orlniilnijraphii\ jinrl. m. 120 OWëIV. — SUft LA CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES avant dans les Prémolaires, et d'avant en arrière dans les Vraies- Molaires ; ou, en d'autre termes, les dents qui manquent au nombre défini qu'indique la formule sont celles du commencement des Prémolaires et de la fin des Vraies-Molaires. Dans les Mammi- fères placentaires (les Cetacea et Brûla exceptés), le nombre ty- pique des Prémolaires est de quatre, celui des Vraies-Molaires est de trois de chaque côté des deux mâchoires. Dans les Marsu- piaux , le nombre typique des Vraies-Molaires est de quatre. Pour revenir aux deux exemples précédents , tirés de l'Ostéo- graphie de M. de Blainville, la seconde molaire du Lion corres- pond h, la troisième molaire de l'Homme, dans l'une et dans l'autre mâchoire, c'est-à-dire que, dans le Lion, une dent qui déplace une dent de lait et lui succède, par conséquent une Prémolaire, sui- vant ma définition , est l'analogue d'une dent qui , chez l'Homme , sort de la gencive sans déplacer aucune dent précédente, et est en conséquence une Vraie-Molaire. On accordera généralement , je pense, que les dents que M. de Blainville appelle Principales dans le Lion, ayant une couronne plus petite ou plus simple que celles qui les suivent, et étant précédées par des dents caduques, sont plutôt les analogues naturelles des bicuspides ou Prémolaires de l'espèce humaine; et, s'il en est ainsi, on peut conclure que les caractères qui ont conduit M. de Blainville à une conséquence si erronée ne sauraient être fondés en nature. En outre , ces carac- tères semblent, d'après l'exemple précité, n'avoir été que d'une bien faible utilité pour conduire à la découverte de la dent qui , dans la mâchoire inférieure, est l'analogue de la Principale supé- rieure, aussi bien que pour déterminer l'analogue de la molaire Principale dans les différents Mammifères; et, en effet, M. de Blainville paraît avoir abandonné un des caractères qu'il avait lui-même adopté, celui qui se fonde sur la situation relative des dents, en choisissant la seconde dent molaire inférieure des Felis pour l'analogue de la seconde molaire supérieure, désignée par' l'auteur lui-même comme étant la Principale. J'attribuai d'abord cette détermination , qui se trouve dans les observations prélimi- naires sur la classification des Carnassières (p. ()9), à une méprise involontaire duc au hasard; mais la même manière de voir est DES DENTS MOLAIRES DES CARNIVORES. l'SI adoptée dans les descriptions détaill('es que l'auteur donne ensuite dans la monograpliic du genre Felis (p. 55). Afin d'éprouver contradicloirement la valeur des caractères que je propose dans ce travail pour la classification des molaires, et celle des caractères qu'ont proposés les deux Cuvieret M. deBlainville, j'en ferai l'application aux mêmes exemples cités plus haut. Suivant ma manière de voir, la formule pour les molaires, chez l'Homme, 2 2 3 3 est la suivante : Prém. ^ — -; Mol. - — '- ; elle est , pour le Lion : 3 3 1 I l'rém. — ^ ; Mol. ; c'est-à-dire que la dernière dent de chaque mâchoire du Lion est l'analogue de la première Vraie- Molaire de l'Homme , tandis que les autres répondent aux bi- cuspides, et que l'on compte à la mâchoire supérieure du Lion une de celles-ci de plus qu'à la mâchoire supérieure de l'Homme. Ainsi les dents permanentes, que j'indique, à cause de leur mode de succession ( ni les unes ni les autres n'étant des Dents de remplacement), comme étant les Vraies-Molaires qui se corres- pondent dans les Felis et dans l'Homme , ont encore pour carac- tère commun, à la mâchoire supérieure,unc couronne tuberculeuse, et, à la mâchoire inférieure, des dimensions plus considérables, si on les compare avec les dents qui les précèdent ; et ces carac- tères, bien que d'une importance secondaire, contribuent néan- moins , quand ils se rencontrent avec des caractères de premier ordre , comme cela arrive généralement , à justifier de la valeur de ceux-ci. En outre, dans ma théorie, la seconde Prémolaire in- férieure, la Principale de M. de Blainville, n'est pas celle qui ré- pond à la seconde, mais bien celle qui répond à la troisième Pré- molaire supérieure; et la dernière dent inférieure, quoique la plus grande partie de sa couronne joue sous la troisième dent supé- rieure, n'est pas non plus, comme les Cuvier et M. de Blainville l'indiquent, celle qui répond à la carnassière : placée un peu en arrière de celle-ci , elle répond rigoureusement à la petite dent tuberculeuse d'en haut. Et n'est-ce point un fait du plus haut in- térêt que de voir ces dents , la tuberculeuse supérieure et la car- nassièrr iiiféiicure, présenter, malgré la l'orme différente de leur 122 OWEK. — SUR LA CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES couronne , les mêmes caractères dans leur développement ; de voir, en outre, que la première dent qui suit les Dents de rempla- cement dans la mâchoire supérieure, et la première qui suit ces mêmes dents dans la mâchoire inférieure peuvent , l'une par l'ac- croissement progressif de ses dimensions, l'autre par le dévelop- pement graduel de sa large surface tuberculeuse si bien appro- priée à la trituration, acquérir, dans les Carnivores, comme cela arrive pour le genre Ursus , une structure presque entièrement semblable à celle qu'elles présentent dans l'ordre des Quadru- manes? Il suffit de comparer la dentition du Grison, du Blaireau et de l'Ours pour apprécier la vérité de cette proposition et l'exac- titude respective des formules dentaires qui suivent : Genre Ursus : Incis. , Can. ; Faus.-Mol. '- — , ; Cani. . -; Mol.Tub. ^ — r = 42 3—3 1 — 1 4—4 1 — 1 2—2 (Fréd. Cuvier.) •1 •> j 1 4 — 4 2 2 Incis. ; Can. ; Prém. ; Mol. ^ , = 42. (R. 0.) 3—3 1—1 4—4 3—3 A cette formule , je puis ajouter cette remarque que la qua- trième Prémolaire supérieure et la première Vraie-Molaire infé- rieure sont les analogues des dents qui indiquent le caractère car- nassier, la faculté de couper les fibres musculaires, chez les Ferœ, que l'on prend généralement pour types. Je n'ai point adopté le mot de Principale dans la description et la détermination des dents molaires des Mammifères : le caractère, pris de sa forme (elle doit être tranchante), ne peut être appliqué à cette dent, comme nous l'avons vu dans le premier exemple où nous avons essayé de l'employer; le caractère fourni par sa posi- tion relativement à la base de l'apophyse zygomatiquc de maxil- laire n'est pas constant, et n'a, par conséquent , que peu de va- leur : tous ceux qui s'occupent d'Anatomie comparée , à qui j'ai demandé de déterminer, à l'aide de ce caractère, la dent Princi- pale de la mâchoire du Lion, ont indiqué la troisième Avant- Molaire ou Carnassière de Cuvier, au lieu do la seconde Avant- Molaire ou Principale de Blainville. Le nom de Principale semble se rapporler à un caractère de DES DENTS MOLAIRES DES CARMVOUES. 123 dimension; et, dans l'espèce humaine, la dent h laquelle M. de Blainville donne ce nom est plus grande que la troisième molaire et n'est pas plus petite que la seconde. Mais, sans sortir de l'ordre des (Quadrumanes, nous trouvons de nombreux exemples dans lesquels la dernière molaire , spécialement k la mâchoire inférieure , est la Principale, sous le rapport de ses dimensions et de sa couronne complexe; et, chez les F élis , les dents que M. de Blainville nomme Principales sont loin d'être les plus importantes , soit par leur grandeur, soit par une adaptation spéciale au régime de ces carnivores. Ce caractère est aussi incertain pour la détermination des dents que l'est celui tiré de la forme ou des dimensions re- latives; celui que fournit la position relative ne vaut guère mieux. Peut-être pensera-t-on qu'en choisissant la dentition de l'Homme et celle du Lion, j'ai appliqué les principes de la classification des dents adoptés par M. de Blainville, à des êtres trop éloi- gnés. Je prendrai donc, dans l'ordre des Carnivores, un troisième exemple de l'application que l'auteur lui-même fait de ces prin- cipes. Ainsi, dans le Paradoxurus , les molaires supérieures ont, relativement à l'apophyse zygomatique, une position différente de celle qu'elles présentent dans le Lion, de sorte que la Carnassière supérieure de Cuvier, ou la dernière de mes Prémolaires , est celle que M. de Blainville a choisie pour Principale, laissant de- vant elle trois prémolaires; la dent placée immédiatement avant la Carnassière inférieure de Cuvier est regardée comme la Prin- cipale de la mâchoire inférieure. Nous voyons donc ici encore que les Uents qui sont Dents de remplacement chez un Mammifère, chez le Paradoxurus, sont considérées, par rapporta un autre, le Singe, par exemple, comme les analogues des Vraies-Molaires, (lui se montrent postérieurement à toutes les dents caduques. Dans la Civette et le Paradoxurus, non seulement la Principale supé- rieure remplace une dent de lait, elle remplace même une dent tuberculeuse à couronne plus complexe, et c'est là précisément ce qui arrive à la Prémolaire qui précède la Principale chez l'Homme et les Quadrumanes, et ce qui n'arrive pas, dans ces mêmes exem- ples, h la dent qu'on appelle Principale. Mais pour en venir aux Quadrupèdes qui ont des affinités plus étroites et qui sont du 124 OWEK. — SUR LA CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES même ordre naturel , — la Principale supérieure du Lion est ainsi décrite par M. de Blainviile : « Celle-ci, bien plus grande et de forme triangulaire et subtriquètre à sa couronne, avec le sommet submédian et peu pointu , est pourvue en avant et un peu en de- dans d'un tubercule basilaire peu marqué, et de deux en arrière, dont l'un, le postérieur, est une sorte de talon. » [Osléogr. des Felis, p. 55.) C'est là la description de la première Arrière-Molaire, appelée à juste titre Carnassière supérieure. Si nous prenons l'opinion de M. de Blainviile sur la dentition des Viverra, nous trouvons que « la Principale d'en haut est aussi un peu moins carnassière par plus d'épaisseur du talon in- terne antérieur, et par moins de largeur du lobe postérieur. » Ici l'auteur regarde comme Principale la Prémolaire qui précède la dent qui est réellement l'analogue de la Principale du Lion , la dent qui porte ce nom , dans le Viverra, étant l'analogue de la Carnassière du Lion. Ainsi , non seulement les caractères des dents molaires adoptées par M. de Blainviile trompent pour la détermination des dents analogues dans les différents ordres, elles trompent aussi pour les genres , et même , comme je l'ai démontré à propos de la for- mule des Felis , pour la mâchoire supérieure et inférieure d'une même espèce. L'auteur de l'Ostéographie n'est pas non plus conséquent avec lui-même; car, dans le fascicule sur l'Ostéographie de YHyœna, il adopte, pour les molaires du genre Felis , une formule qui est probablement empruntée à Daubenton , et qui diffère à la fois de celle qu'il a donnée dans les généralités sur les Carnivores (p. 69), et de celle qu'il explique en détail dans l'Ostéographie des Felis (p. 55) ; il la donne ainsi : + -f , sans faire remarquer ce qu'elle a de contraire à l'autre formule. Mais cette nouvelle formule n'est pas plus conforme à la nature que celle qu'il donne dans son travail spécial sur la dentition des Felis; car, suivant mes opinions sur les caractères naturels des molaires, les \rais Felis ont, non seu- lement deux, mais trois Prémolaires de chaque côté de la mâchoire supérieure , et deux Prémolaires au lieu d'une de chaqui; cnt('' de DES DENTS MOLAIRES DES CARNIVORES. 125 la mâchoire inférieure. Mes recherches sur les dents caduques cl sur les dents permanentes des Mammifères m'ont conduit à cette conclusion, que la molaire Principale n'existe pas réellement; que ses caractères , tels que M. de Blainville les définit, sont artificiels; qu'ils trompent et fourvoient quand on veut les appliquer à une détermination philosophique des analogies des dents chez les dif- férents genres de Mammifères placentaires et terrestres. Les caractères sur lesquels j'ai été conduit à fonder la détermi- nation des molaires dillerent de ceux qui ont été proposés par les auteurs que j'ai cités, sont plus constants et, par conséquent, plus naturels que les caractères de forme , de dimension , de position relative, d'après lesquels les dents appelées Carnassières et Prin- cipales sont distinguées. La série des Vraies-Molaires ou Arrière- Molaires commence, suivant moi , à la dent qui se montre derrière la dernière caduque ; toutes les molaires qui précèdent celles-ci sont Prémolaires ou Avant-Molaires. J'ai déjà donné un exemple de l'application de ce principe à la détermination de la Vraie- Molaire correspondante chez le Lion et chez l'Homme ; il est également applicable à la comparaison de chacune des autres dents molaires. Il démontre que la première Vraie-Molaire supé- rieure, chez l'Homme (la Principale de M. de Blainville), est l'a- nalogue de la dernière molaire ou molaire tuberculeuse de la mâ- choire supérieure du Lion. La première Vraie-Molaire inférieure, dans l'Homme, répond à la molaire carnassière inférieure du Lion ; la carnassière supérieure du Lion est exactement la même que la seconde bicuspide supérieure de l'Homme; la seconde Prémolaire supérieure du Lion répond à la première bicuspide supérieure de l'Homme ; la première petite Prémolaire du Lion n'a pas d'analogue dans la dentition de l'Homme ; les deux Pré- molaires de la mâchoire inférieure du Lion correspondent aux deux bicuspides inférieures de l'Homme : et ainsi des autres. H n'est pas de caractère fjui ait moins d'importance pour la flétermination de la nature propre et des analogies des dents que celui qui se tire seulement de la forme de la couronne ; des modifications particulières ont été désignées par des noms parti- culiers : les longues incisives courbées et pointues de l'Éléphant , ■ 126 OWEM. — SUH LA CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES et les dents canines de forme analogue chez le Walrus, ont été nommées défenses ; les incisives du Castor et les canines de l'Hippopotame ont été comparées à un ciseau , et nommées dentés Scalprarii, à cause de la disposition particulière de leur émail solide, et du biseau oblique tranchant qui en résulte. Nous ne devons donc pas être surpris de trouver dans une mâchoire une Prémolaire, et dans l'autre une Vraie-Molaire semblablement modifiée pour couper la chair , et placées l'une par rapport à l'autre, chez les Carnivores, dételle sorte qu'elles jouent l'une sur l'autre par une plus ou moins grande étendue de leur surface, comme les lames de ciseaux. Il est très commode de conserver à, ces dents carnassières le nom expressif choisi par les Cuvier ; mais on doit se souvenir que ce ne sont pas les analogues dans les deux mâchoires , et qu'elles appartiennent à deux catégories de molaires distinctes par leur nature. En fait, nous trouvons, dans l'ordre des Carnivores, que les Molaires et les Prémo- laires prennent toutes une couronne propre h la trituration, et c'est là ce qui leur a valu le nom de Tuberculeuses ; et c'est sur- tout en restreignant le sens des mots carnassières et tuberculeuses, pour leur faire indiquer des modifications secondaires dans la forme des dents qui composent les deux divisions naturelles de premier ordre, en Prémolaires et Vraies-Molaires, au lieu de m'en servir comme de caractères de premier ordre pour classer les mo- laires et formuler leur dentition , que je m'éloigne de l'opinion d'Ostéographes aussi distingués que MM. Cuvier. Pour faciliter la comparaison des trois classifications des Mo- laires, dont nous venons d'apprécier la valeur, j'ai joint des figures représentant la dentition de l'Homme, de cinq genres de Carnivores et d'un Ruminant. (PI. h A.) Une ligne continue passe par les dents carnassières de Cuvier, dans les mâchoires des genres de Carnivores, et s'étend jusqu'aux dents analogues de l'Homme. Une ligne ponctuée passe par les dents que M. de Blainville indique comme analogues , sous le nom de Principales. Les dents vraiment analogues , suivant moi , sont distinguées par des chiffres et des lettres correspondants dans chacune des figures. Les incisives sont marquées i ; les canines c; DES DENTS MOLAIRES DES CARNIVORES. 127 les Prémolaires p ; les Vraies-Molaires m (dans les Carnivores, je n'ai pas indiqué les incisives). Le nombre normal (quatre) des Prémolaires est indiqué dans la mâchoire du Chien et dans celle de l'Ours ; mais les petites dis- paraissent bientôt dans la plupart des espèces du genre Ursus. Le nombre normal [trois (1)] des Molaires est représenté dans les figures de la dentition de l'Homme et d'un Ruminant. Dans le genre Lutra, la première Prémolaire (pi) n'est pas développée dans la mâchoire inférieure. Dans les Felis , la pre- mière et la seconde Prémolaire manquent à la mâchoire inférieure, et la première supérieure manque aussi. Dans \c Machairodiis, la seconde Prémolaire supérieure paraît avoir été perdue de bonne heure, et les Prémolaires paraissent avoir été réduites à la condi- tion normale et constante des mêmes dents dans les mâchoires courtes de l'espèce Humaine. Quant aux Vraies-Molaires, elles commencent , chez les Carnivores , à diminuer d'abord dans la mâchoire supérieure: la troisième supérieure manque chez VUr- ms et le Canis; la seconde et la troisième supérieure avec la troi- sième inférieure, dans le Lutra; la première seulement reste dans les mâchoires inférieure et supérieure du genre Felis, et est l'a- nalogue de la dent que M. de Blainville nomme Principale dans la dentition de l'Homme. Suivant mon système de déterminer les mâcheliôres, l'analogue de chacune de ces dents chez l'Homme peut se trouver dans la plupart des Mammifères inférieurs. La bi- cuspide qui s'ajoute aux molaires des Quadrumanes Lemur et Ptalyrhinus se place avant les trois autres. La première bicuspide supérieure de l'Homme répond à la seconde des Cebus et àea Felis (c'est, chez ces animaux, la Principale de M. de Blainville), et à la troisième des Lutra et des Canis. La seconde bicuspide supé- rieure de l'Homme répond à la troisième des Cebus et des Felis, et à la quatrième des Lutra, Canis et Ursus; c'est l'analogue de la carnassière supérieure des Carnivores. La seconde bicuspide de l'Homme répond à la seconde des Felis, à la troisième des Lutra et Cebus , et à la quatrième des Canis et Ursus; c'est la vé- ritable analogue de la dent l'rincipale inférieure, telle que M. de Blainville l'indique dans les Carnivores. La premièreVraie-Molaire l\ C.lii'z Ic5 Marsupiaux, le nombre dcf, Vraies-Molaires esl quulrc 128 OWEI«. — SUR LA CLASSIFICATION ET LES ANALOGIES, ETC. inférieure de l'Homme est l'analogue de la dent carnassière de Cuvier, mais non de la dent Principale de M. de Blainville. D'après ma manière de déterminer les molaires, on peut faci- lement trouver qu'elles sont réellement les molaires qui manquent et celles qui restent dans les formules variées de la dentition des Carnivores ; et nous pouvons , dans la dentition des Ruminants , indiquer, avec autant de facilité et de certitude que dans celle de l'Homme, les dents qui correspondent aux carnassières modifiées d'une manière particulière chez les Carnivores. Dans les figures ' ci-jointes, par exemple, la dent de la mâchoire supérieure du Mos- chus, marquée p h, répond à la Carnassière supérieure; et celle de la mâchoire inférieure , marquée m 1 , répond à la Carnassière inférieure. J'ai ajouté la dentition d'un sous-genre disparu desFelis,\eL\la chairodus (suivant le nom juste que lui donne M. Bravard), à cause de son analogie remarquable qu'elle présente avec la dentition du Moschus , par la longueur disproportionnée et la couronne com- primée de la canine supérieure, et par la similitude presque en- tière que les canines Inférieures , par leur forme et leur situation, présentent avec les incisives; caractères par lesquels le Machai- rodus ressemble en général aux Ruminants et aux Lémuriens. Les affinités du Machairodiis ( Ursus cuUridens , Cuv. , Hyœna neogœa Lund. , et Sniilido7i Lund.) avec les Felis sont maintenant surabondamment démontrées , non seulement par les fossiles du sud de la France et des cavernes du Brésil , mais par le crâne et les maxillaires fossiles provenant des dépôts tertiaires des Pampas de Buenos-Ayres et de la chaîne du Sous-Himalaya, et actuelle- ment déposés au Muséum de la Grande-Bretagne. Le Machairo- dus, par le nombre plus petit de ses Prémolaires, présente, d'une manière permanente, le caractère transitoire des dents de lait des Felidce actuels. De pareils exemples se sont montrés dans quelques genres éteints; ainsi le Lophiodon, par la couronne plus simple et comprimée des premières et des secondes Prémolaires, conserve un caractère qui est particulier aux dents caduques du Ta])ir. EXPLICVTIOIV DES FIGUItES. Pt/kNCHE 4 yl — I Système dentaire de l'Homme — i. Ursus. — 3 Caiiis — 4. Lutfa. — 5 Felis — 6, Mnchairutiiis — 1 Moschus. 429 RECHERCHES ZOOLOGIQUES FAITES PENDANT UN VOYAGE SUR LES COTES DE LA SICILE; Far M. MILUTZ ED'WAHSS. RAPPORT ADRESSÉ A M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, LE 10 NOVEMOBE IS44 Les hommes qui s'occupent de l'étude des êtres vivants ont dû s'appliquer d'abord à acquérir des notions générales sur l'en- semble de cette portion de la création et sur les caractères à l'aide desquels chaque animal et chaque plante peut être distingué avec certitude de tous les autres corps organisés. Pour arriver à ce but, il fallait rassembler les produits naturels de tous les points du globe , les comparer entre eux , les nommer et les classer : aussi, pendant longtemps, les voyages lointains offraient-ils, tant pour la zoologie que pour la botanique , un intérêt capital ; mais lorsque le grand catalogue des êtres vivants s'est trouvé ébauché dans toutes ses parties, les travaux des collecteurs ont perdu de leur importance, et les naturalistes ont compris qu'il fallait cher- cher désormais à approfondir leur science plutôt qu'à en étendre la superficie; laissant donc à d'autres mains le soin de rassem- bler les objets qu'ils avaient encore à inventorier, ils se sont atta- chés à l'étude de la nature intime des êtres dont les formes exté- rieures avaient jusqu'alors absorbé presque toute leur attention. ' L'anatomie comparée est devenue dès ce moment le sujet prin- cipal de leurs recherches, et un des plus beaux titres de Cuvier est d'avoir hautement proclamé, comme principe, que la zoolo- gie ne peut avoir de bases solides {|ue lorsqu'elle repose sur la :i- srric Z»oi, T III, (Mars l8iH ) 9 MILME KDW.IRDS. — VOYAGE EN SICILE. connaissance du mode d'organisation des êtres qu'elle est appe- lée à caractériser et à classer. Il a fait voir que , pour arriver à des idées justes sur le plan général du règne animal , il fallait pé- nétrer dans la structure intérieure de tous les types principaux dont se compose ce vaste ensemble, et par ses recherches sur l'ana- tomie des Mollusques, il a puissamment contribué h cette réforme qui constitue dans l'histoire de la zoologie une période nouvelle. En entrant dans cette voie, il fallait d'abord dégrossir en quelque sorte le travail et esquisser à grands traits la disposition générale ■des instruments de la vie chez les divers animaux. Pour obtenir ce résultat, on pouvait d'ordinaire se contenter de la dissection d'animaux conservés dans l'alcool , et nos musées fournissaient, par conséquent, d'amples matériaux aux investigations des zoolo- gistes : aussi ce premier besoin fut-il assez proniptement satisfait. Mais, dans la science, chaque conquête, longtemps avant d'être achevée, appelle une conquête nouvelle, et quand on a commencé à distinguer nettement les [principales modifications de l'économie animale, on s'est posé d'autres questions. Les zoologistes se sont préoccupés alors des phénomènes de la vie considérée dans l'en- semble des êtres animés , et se sont demandé aussi quelles pou- vaient être les lois qui régissent la constitution des animaux, et quel est le mécanisme, si j'ose m'exprimer ainsi, à l'aide duquel la nature en a varié le mode de structure. La zoologie, après être restée longtemps essentiellement des- criptive et avoir revêtu au commencement de ce siècle un carac- tère anatomique , a pris alors une direction plus physiologique ; et en rappelant ici cette phase nouvelle de l'histoire naturelle des animaux, je ne pourrais, sans injustice, oublier le nom d'Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire , qui , attaquant avec chaleur une multi- tude de questions fondamentales pour la philosophie de la zoolo- gie, a imprimé un grand mouvement aux esprits, et a contribué plus que tout autre à diriger l'attention des observateurs sur un ordre de faits dont cette science retire aujourd'hui ses richesses nouvelles les plus précieuses. Mais à l'époque où Geoffroy, en- traîné par son génie ardent, cherchait les lois de l'organisation animale, la zoologie manquait de données suffisantes pour la dis- MILKE EDW.tRDS. — VOVA(;E EN SICU.l!. 1S1 cussion de plusieurs des points les plus essentiels k établir, et c'é- tait le travail lent de l'observation qui seul pouvait les fournir. Dans cette période de la science , il devenait nécessaire d'étu- dier avec une scrupuleuse attention, d'une part, l'histoire du dé- veloppement des animaux, et d'une autre part, les séries de mo- difications par lesquelles l'organisme se simplifie cliez les êtres inférieurs : aussi vit-on alors un grand nombre de savants se li- vrer à des recherches sur l'embryologie, soit normale, soit tcra- tologique, tandis que d'autres naturalistes s'appliquèrent de pré- férence à l'examen comparatif du mécanisme animal là où ses rouages sont le moins multipliés et où sa disposition générale offre le plus de variété (1). Mais les animaux inférieurs, que les zoolo- gistes avaient tant d'intérêt à connaître, ne peuvent être bien étu- diés que lorsqu'ils sont encore vivants. Par la dessiccation, ainsi que par la conservation dans les liqueurs alcooliques ou salines , leur corps se déforme, et toutes les parties les plus délicates de leur organisation se confondent ou se détruisent; pendant la vie, au contraire, leurs tissus offrent souvent assez de transparence l)our permettre à l'observateur de distinguer non seulement tous leurs organes intérieurs, mais aussi le jeu de chacun de ces in- struments physiologiques. Pour résoudre les problèmes nouveaux qui se présentaient aux 20ologistes , il fallait donc abandonner les anciennes méthodes d'observation , ne plus se contenter de cadavres informes et scruter la nature vivante jusque dans ses parties les plus cachées. 11 en résulta que les matériaux recueillis par les collecteurs et accumulés dans nos musées, quoique indis- pensables à la zoologie descriptive, ne suffirent plus à la zoologie (1) Les naturalistes engages dans ceUe voie sont si bien connus de tous les hommes de science , qu'il m'avait d'abord semblé inutile d'en citer les noms. Effectivement, quel est le zoologiste qui, en lisant ce passage, ne se rappellera les beaux travaux embryologiques de MM.Tiedniann, Serres, Baer, Bathke, Herold et Bischoff, par exemple , ainsi que les recherches tératologiques de MM. Geofîroy- Saint-Hilalre père et fils? Parler des services rendus depuis vingt ans par l'étude des organismes inférieurs, c'est aussi signaler implicitement à la reconnaissance des zoologistes Audouin et Dugès en France, M. Ehrenberg en Allemagne, M. Nord- niann on Russie, M. Delle-Chiaje en Italie, et un grand nombre d'aulres savants ilont les travaux enrichissent encore chaque jour la science. 132 MII.XE EOMARDS. — VOV.VfiE KN SICILE. physiologique. L'observateur ne pouvait plus rassembler dans son cabinet tous les objets de ses études ; il lui fallait poursuivre ses investigations partout où la nature a placé les êtres dont il avait à s'occuper , soumettre à ses expériences les animaux les plus frêles sans détruire en eux le mouvement vital, et en scruter attentivement la structure intime à l'aide du microscope aussi bien que du scalpel. C'est de la sorte qu'aujourd'hui les zoolo- gistes , engagés dans celte voie , de même que les naturalistes adonnés k la recherche des espèces nouvelles , sont obligés de vi- siter divers points du globe; mais, tandis que ces derniers peu- vent se contenter de courses rapides pendant lesquelles ils se bor- nent à ramasser tout ce qui se présente devant eux, les premiers ne peuvent remplir leur tâche qu'en séjournant pendant un temps assez long dans chacune des localités dont ils ont à étudier les produits. C'est peut-être faute de pouvoir en agir ainsi que ia plupart des naturalistes attachés à nos grandes expéditions mari- limes ne se sont guère occupés que de former des collections , et, dans l'intérêt de la science, il serait à désirer qu'ils pussent dé- sormais se livrer à des études plus approfondies. Mais cette ques- tion est étrangère au sujet dont je dois vous entretenir en ce mo- ment, monsieur le Ministre, et si j'en ai dit quelques mots , c'était seulement afin de pouvoir caractériser plus nettement la direction des recherches que je viens de faire sous vos auspices. Ces travaux, entrepris dans la vue de jeter quelques lumières .sur la nature intime des animaux inférieurs et de nous conduire ainsi à nous former des idées plus justes sur le plan général de la création animée , ne sont que la continuation des recherches que j'ai commencées, il y a bientôt vingt ans , de concert avec un ami dont je regretterai toujours la perte. Effectivement, en me livrant avec Audouin à l'étude de la Faune maritime de la France, notre but n'était pas la découverte de quelques espèces nouvelles dont les noms viendraient grossir les catalogues des zoologistes, mais bien la connaissance physiologique d'une foule d'êtres chez les- cjuels chaque fonction de la vie se simplifie tour A tour, et l'orga- nisme tout entier se prête aux combinaisons les plus variées. Les Zoophytes, les Mollusques, les Vers et les Crustacés des côtes niL\E EDUARn<«. — vovviJK i;\ siciliî. I3.> de rOci-an et de la Maiiclic, iiuiis ont t'ounii, ]>ciidaiil longtemps, am|)le matière à observations. Après avoir étudié à diverses re- prises les principaux types zoologiques qui se rencontrent en abon- dance dans ces mers, j'ai désiré y com]iarer les espèces propres à des régions plus chaudes, et, dans celte vue, j'ai fait plusieurs voyages sur les bords de iaMéditerrai>ée, en Provence, en Italie et en Algérie, par exemple. Là, je rencontrais, en effet, des êtres dont la structure intérieure et le mécanisne physiologique diffé- raient beaucoup de ce que j'avais vu dans le nord ; mais des ob- stacles, dépendant de circonstances toutes locales , y sont venus accroître les difficultés de la tâche que je m'étais imposée. En efTet, dans la Manche et même sur nos côtes occidentales, la mer, en se retirant chaque jour, rend accessible à l'observateur les retraites où se cachent la plupart des animaux inférieurs dont il me fallait étudier la physiologie; il m'avait donc été facile de m'en procurer un nombre suffisant pour des travaux de ce genre, et je pouvais même les examiner sur place sans changer en rien leur mode d'existence ordinaire. Dans la Méditerranée, au con- traire, l'absence des marées prive le naturaliste de ce mode d'ex- ploration , et pour se procurer les animaux de cette mer, on a re- cours à la drague et à d'autres moyens de pêche à l'aide desquels on ramasse aveuglément ce (jui se rencontre à des profondeurs plus ou moins considérables. De là des difficultés très grandes , lorsiiu'on veut étudier les phénomènes de la vie chez les animaux inférieurs propres à ces parages ; et en présence de ces obstacles, j'ai souvent eu le désir de descendre dans une cloche à plon- geur, afin de pouvoir examiner à loisir les rochers sous-marins habités par des êtres dont je voulais faire l'objet de mes recher- ches. Mais la cloche à plongeur, à raison de son volume et de son poids, n'est pas d'un usage facile. Ce n'est pas sur un petit bateau pêcheur, et à l'aide d'un faible c([uipage , qu'on peut la manoeu- vrer; il m'a donc fallu y renoncer. J'ai alors pensé qu'il serait possible d'arriver au même résultat en ayant recours à un appa- reil analogue à celui qui a été inventé par le colonel Paulin pour servir flans les cas d'incendie . où il faut pénétrer au milieu d'une l'uniée épaisse et (le vaiunus dnni radion sui- 1rs poumons serait lâA IHILNE EDn'ABDS. — VOYAGE E^ SICILE. promptcmeiit mortelle. Je savais , d'ailleurs , que cet officier dis- tingué avait modifié son appareil dans la vue de l'adapter aux be- soins des ouvriers qui ont à travailler sous l'eau, et il m'a semblé que, dans certaines circonstances, le zoologiste pourrait en tirer de grands avantages. Je nie suis donc déterminé à tenter ce mode nouveau d'exploration sous-marine, et c'est dans les eaux calmes et transparentes des côtes de la Sicile que j'ai voulu en faire l'ex- périence, car dans CCS mers , j'espérais trouver en grand nombre les animaux dont je désirais étudier la structure et le mode de développement. Vous avez bien voulu , monsieur le Ministre , mettre à ma disposition les fonds nécessaires pour l'exécution de cette expérience, et l'Académie des sciences m'a confié un appa- reil de plongeur, construit sous la direction du colonel Paulin. Cet appareil consiste dans un réservoir métallique ayant la forme d'un casque, et communiquant, à l'aide d'un long tube fle.xible, avec une pompe foulante destinée à y pousser de l'air. Revêtu de ce casque, dont la visière est vitrée et dont le bord in- férieur s'adapte sur un coussin placé autour du cou, je m'alour- dissais à l'aide de sandales de plomb, afin de faire contre-poids à la masse d'air qu'il me fallait emporter avec moi au fond de l'eau ; et, m'accrochant à une corde convenablement disposée, je me lais- sais descendre dans la mer. Là, ma respiration n'aurait pas tardé à épuiser la petite provision d'air vital contenue dans mon casque ; mais des hommes chargés de manœuvrer la pompe foulante m'en envoyaient à chaque instant de nouvelles quantités , au moyen du tube qui établit la communication entre ce réservoir portatif et l'atmosphère. L'air ainsi injecté arrivait promptement jusqu'à moi , et , s'échappant ensuite au dehors par les interstices restés béants entre le cou et le bord inférieur du casque, servait non seu- lement à alimenter ina respiration , mais aussi à empêcher l'eau de s'élever jusqu'au niveau de ma bouche , ce qui aurait déter- miné l'asphyxie. S'agissait-il de remonter, j'en donnais le signal à une personne placée sur le bateau où se trouvait la pompe , et les matelots me hissaient à bord au moyen de la corde dont je m'étais précédemment servi |)our plonger; ou bien, me débar- rassant de mes sandales de plomb , je me laissais emporter rapi- niLKE EDWABDS. — VOYAr.E EN SICILE. 135 dément jusqu'à la surface de la mer par l'action de n)on casque, qui, étant rempli d'air et se trouvant entouré d'eau, tendait à s'élever comme le ferait dans l'atmosphère un ballon rempli de quelque gaz léger. Pour devenir d'un usage commode, cet appareil aurait encore besoin de quelques perfectionnements ; mais tel qu'il est, j'ai pu m'en servir utilement dans plusieurs localités. Souvent je suis resté plus d'une demi-heure sous l'eau occupé à examiner minu- tieusement les anfractuosités des rochers sous-marins qui servent d'habitation à une foule de Molluscjues, d'Â.nnélides et de Zoo- phytes. J'ai pu, sans inconvénient, pousser ces explorations à une profondeur de plus de vingt pieds, et si j'avais eu un bâtiment plus grand et un équipage plus nombreux, il m'aurait été facile de descendre à des profondeurs beaucoup plus considérables ; mais l'imperfection des nwyens de sauvetage que je pouvais éta- blir à bord de mon bateau pêcteur m'a fait penser qu'il y aurait de l'imprudence à l'essayer. Effectivement, en cas d'accident, de quelque dérangement dans le jeu d'une soupape, de la rupture du tube respirateur, ou même de l'ascension de Teau dans l'intérieur du casque jusqu'au niveau des narines du plongeur, celui-ci ne pourrait échapper à l'asphyxie qu'en regagnant promptement l'at- mosphère et en se débarrassant de l'appareil dans lequel il se trouve renfermé. Or, pour le faire remonter d'une profondeur de plus de vingt pieds et pour rétablir une communication libre entre les poumons et l'air, il nous fallait plus de trois minutes, ce qui aurait pu devenir dangereux ; et dans des expériences de ce genre, il faut chercher à tout prévoir. Je le répète donc , cet appareil , pour rendre aux naturalistes tous les services qu'on peut en attendre , a besoin d'être perfec- tionné; mais, d'après l'usage que j'en ai fait, j'ai la preuve que, dans certaines localités, il peut cire déjà d'un grand secours. Ainsi on explorant par ce moyen les rochers sous-marins et le fond du port de Milazzo, je me suis procuré un nombre immense d'œufs de Mollusques et d'Annélides, dont je désirais étudier le dévelop- pement ; ailleurs j'ai pu aller saisir dans les anfractuosités du sol 136 iniLIVE EDWARIM». — VOYAGE EN SICILE. les plus petits animaux qui y vivent fixés, et qu'on ne trouve pas ailleurs; je voyais parl'aitement tout ce dont j'étais entouré, et c'était la fatigue musculaire seulement qui m'empêchait de me promener au fond de la mer, comme j'aurais pu le faire sur la plage. Afin d'utiliser, autant que possible, les moyens d'exploration que vous aviez mis à ma disposition, monsieur le Ministre, j'ai en- gagé deux habiles zoologistes à se joindre à moi, et c'est avec M. de Quatrefages, chargé par l'Académie des sciences d'une mis- sion spéciale, et avec M. Blanchard, mon aide-naturaliste au Mu- séum , que j'ai étudié la Faune marine de la Sicile. IMais pour laisser à chacun de nous ce qui lui appartient réellement, je dois dire que nous n'avons entrepris aucun travail en commun. Chacun de nous a choisi un certain nombre de sujets de recherches , et, bien que nous nous soyons en général communiqué nos observa- tions à mesure que nous les faisions , de façon à pouvoir mutuel- lement en contrôler les résultats, je crois devoir déclarer formel- lement que notre coopération n'a pas été plus loin , et que , pour ma part, si j'ai contribué en quelque chose au succès de leurs re- cherches, ce n'a été qu'en mettant au service de mes compagnons de voyage tous les moyens de travail que vous avez bien voulu me fournir. Au mois de mars dernier, nous avons commencé nos explora- tions à la Torre dell' Isola, persqu'île située à quelques lieues de Païenne; puis, nous dirigeant vers l'est, nous avons fait une station au cap Santo-Vito, et nous avons employé environ six se- maines à étudier la Faune marine de l'île de Favignana , un des points les plus riches de ces mers. La côte sud de la Sicile, depuis Trapani jusqu'à Selinunte , nous parut peu favorable à nos tra- vaux; nous avons par consécjuent renoncé à aller plus loin dans cette direction, et, retournant par Palerme, nous avons été nous établir successivement à l'extrémité du cap Milazzo, à Stromboli, à Messine, à Taormine et à Catane; nous avons visité aussi la côte d'Augusta et de Syracuse ; enfin , au retour, nous avons fait des excursions zoologiques aux environs de Naples , et , afin d'avoir miLWE EDM'tRUS. — VOYAGE KN SICILE. 137 quel(|ucs termes de cumparaison nécessaires pour nos ruclicr- clies, je suis allé en dernier lieu sur divers points des côtes de la France. Avant de vous rendre compte des résultats scientifiques de notre voyage , je vous demanderai la permission, monsieur le Mi- nistre, de m'acquittcr d'un autre devoir en exprimant ici toute ma reconnaissance envers les personnes qui ont bien voulu aplanir en ma faveur les difficultés dont les explorations de ce genre sont toujours accompagnées. Grâce à l'obligeance de M. de Monte- bello, ambassadeur de France à Naples, j'ai obtenu du gouver- nement napolitain toutes les facilités désirables en matière de douanes et de police , et parmi les habitants de la Sicile à qui je dois le plus, je citerai le duc de Serra di Falco, l'un des dignes correspondants de notre Institut; le duc de Cacamo, président de la commission sanitaire de l'île ; M. l'abbé Picollo et le chancelier du consulat de France à Palerme, M. Pierrugues; j'ajouterai aussi que tous nos agents consulaires en Sicile ont mis la plus grande obligeance dans leurs relations avec moi et mes compa- gnons de voyage. La première question dont j'ai cherché la solution est relative à l'embryologie des vers de la classe des Annélides. Dans un pré- cédent travail, j'avais cru pouvoir établir que les affinités zoolo- giques (c'est-à-dire l'espèce de parenté qui semble exister à diffé- rents degrés entre tous les êtres animés) sont proportionnelles à la durée plus ou moins longue d'une certaine similitude dans la marche des phénomènes génésiques chez l'embryon des divers animaux ; de sorte que ceux-ci , lorsqu'ils sont en voie de forma- tion , cessent de se ressembler d'autant plus tôt qu'ils appartien- nent à des groupes distincts d'un rang plus élevé dans le système de nos classifications naturelles, et que les caractères essentiels, do- minateurs, de chacune de ces divisions , consisteraient, non pas, comme on le pense généralement, dans quelques particularités de formes organiques visibles chez les adultes, mais dans l'existence plus ou moins prolongée d'une constitution primitive commune, du nioiii.s en apparence. Cette Ihi'orip, si elle est vraie, nous donne- rait la clef de la iiK/lhodi' iKilurelk" en zoologie, et elle s'accorde 438 MIL!«E lilDWARDS. — VOYAGE EIN SICILE. avec tous les faits les mieux constatés en embryologie; mais elle paraissait cadrer mal avec quelques observations faites récem- ment sur le développement des Annélides. 11 était donc nécessaire de soumettre à un nouvel examen l'embryologie de ces Vers, sujet qui, d'ailleurs, avait été jusqu'ici à peine effleuré. Pendant mon voyage en Sicile, j'ai pu m'en occuper, et les observations que j'ai recueillies me semblent devoir offrir de l'intérêt pour la zoo- logie physiologique. J'ai constaté chez ces animaux des métamor- phoses non moins grandes que les changements subis par la Che- nille lorsqu'elle se transforme en Papillon, et j'ai eu la satisfac- tion de voir que , loin d'être en désaccord avec les idées que je viens de rappeler, touchant la subordination des affinités natu- relles des animaux k la durée du parallélisme dans la direction des phénomènes génésiques, l'embryologie des Annélides fournit de nouveaux arguments à, l'appui de cette théorie. Une seconde série d'observations a eu pour objet l'ovologie des Mollusques marins de la classe des Gastéropodes et a conduit éga- lement à des résultats dont la tendance générale est analogue h, celle des faits que m'avait fournis l'étude embryologique des Vers. Effectivement, chez tous les animaux de ce groupe, dont j'ai pu suivre le développement dans l'œuf, j'ai vu que l'embryon offre d'abord les mêmes caractères, et que c'est dans les dernières pé- riodes de ses métamorphoses que le jeune animal acquiert les par- ticularités d'organisation d'après lesquelles la classe dont il fait partie se subdivise en familles et en genres distincts. Ainsi, jus- qu'à un certain âge, les larves des Vermets, des Cérites, des Pleu- robranches, des Doris et des Aplysies m'ont offet le même mode de conformation ; et c'est seulement lorsqu'elles s'étaient d'îjà con- stituées comme Mollusques gastéropodes que je commençais à apercevoir dans leur structure quelques différences d'un ordre secondaire. Je me suis également assuré que chez tous ces êtres la série des développements organiques n'est pas la même que chez les animanx vertébrés, et j'ai pu me convaincre de l'existence d'un certain rapport entre le degré d'importance qu'offrent les grands appareils de l'économie, considérés sous le rapport zoolu- giquc, et Tordre chronologi(iue de leur apparition dans l'orga- MILNE EDWARDS. — VOVACE Ei\ SICILE. 13 Jusqu'à ces dernières années, le nombre des animaux inlériours , regardés connue hermaphrodites, était très considérable ; mais ce nombre diminue journel - lement depuis que l'emploi du microscope a fourni un moyen certain de distin- guer l'élément fécondateur de l'élément qui doit être fécondé. Parmi les animaux que les gens du monde confondent sous le nom général de Vers, se trouve un groupe nombreux, désigné par les naturalistes sous le nom d' Aimélides. Certaines (l'entre elles sont hermaphrodites : on en avait conclu que, chez toutes, les deux sexes se trouvaient réunis sur chaipie individu J'avais reconnu déjà que, chez toutes les espèces présentant sur les côtés du corps desmamelons armés de soies, les sexes étaient séparés. Les nouvelles observations que j'ai faites en Sicile ont confirmé la généralité de ce résultat. Chez toutes les Annélides clwlopodcs marines, les sexes sont séparés, même chez les espèces qui passent une vie solitaire dans deslulies calcaires ou cornés, circonstance qui exclut toute idée de rapprochement destiné â faciliter la fécondalinn. Ici . comme chez les Poissons , les œufs et le li- MIL;VE EDWARDS. — VOYAGE EN SrCII-E. 163 quitlo fécomlant ni' sont mis on conUict (|ue par le mouvement (les flots, auxquels les ijaronisiilwnijonnent ces produils destinés a perpétuer leur espèce. 1) J'ai constaté également la séparation des sexes chez plusieurs animaux de I embranchement des Uayonués, chez certaines Actinies, Holothuries, Astéries ou Istoiles de mer... » Au contraire j'ai constaté qu'on admettait avec raison leur réunion chez le.'* l'Ianaires . animaux du groupe des Vers J'ai trouvé réunis chez les mêmes indi- vidus des œufs bien formés et l'élément fécondateur. » Malgré les admirables travaux de C.uvier sur lembrancliemenl des Mollus- ques , tout est loin d'être dit sur ces animaux J'avais déjà publié sur un groupe particulier de Gastéropodes plusieurs Mémoires destinés à faire connaître leur organisation singulière, sur laquelle M. Milno Edwards avait lo premier appelé rallention des zoologistes , en découvrant leur appareil gastro-vasculaire. Mes études sur ceux de ces animaux que j'avais pu ob.iierver sur lo littoral de la Manche m avaient conduit à proposer d'en former un ordre particulier, désigné sous le nom de Gastéropodes phlébentèrés. «L'Académie des Sciences m'avait engagé à soumettre ces résultats à une véri- fication nouvelle, et, favorisé par le hasard, j'ai pu remplir complètement ses in- tentions Les Phlébentérés de la .Méditerranée ressemblent par leur organisation a ceux de la Manche, et forment avec eux un groupe bien distinct des autres Mollusques. Le caractère le plus général de ce groupe consiste en ce que l'intes- tin, au lieu de former un simple tube . donne naissance à un appareil particulier Ires compliqué, désigné par M. Milne Edwards sous le nom A'nppareil ijaslro- riisculnire. (> nom même indi(]ue quelles sont ses fonctions ; en elTet, il semble des ■ liné à remplir a la fois le rôle d'organe digestif et celui d'organe circulatoire. D'au- tres circonstances anatomiques et physiologiques se rattachent à celle que je viens d'indiquer. La circulation et la respiration n'ont plus pour leur accomplissement d'appareil spécial, ou du moins cet appareil est incomplet; il en résulte que, chez ces Mollusqui'S, la classe des Gastéropodes nous présente des exemples de dégra- dation organKiue analogues a ceux qu'on observe dans d autres classes, et sur- tout dans celle des Crustacés. Ces faits et les conséquences qui en découlent ont été vivement contestés; mais il m'est permis d'espérer qu'un examen attentif les confirmera pleinement, au moins en ce qu'ils ont de réellement essentiel. » C'est en partie pour apporter une preuve de plus à l'appui des résultats précé- dents que j ai fait l'anatomie complète de deux espècesd' Articulés appartenant à des genres que les zoologistes ne savent trop où placer, que les uns regardent comme voisins des Arachnides, d'autres comme appartenant aux Crustacés. Déjà M. Milne Edwards avait signalé les prolongements que l'intestin envoie jusque vers l'ex- Irémité des pattes chez les Nymphons ; j'avais fait une observation semblable chez les Pygnogonons. Je me suis assuré par de nouvelles recherches que, chez les uns et les autres, cette disposition coïncide avec l'absence complète d'organes spé- ciaux de circulation et de respiration, La preniiiTode ces fondions est réduile a 144 MILME EDWitRDS. — VOYAGE EN SICILE. des mouvements irréguliers de va-et-vient, dépendant des mouvements du corps; la seconde s'effectue entièrement par la peau. » Outre les travaux dont je viens déparier, j'ai complété des recherches com- mencées et continuées depuis quatre ans sur l'organisation des jVcmprd'.s,' j'ai étudié avec détail plusieurs Plaimires marines et les Polyophthalmes : enfin j'ai cherché à faire connaître la structure intime des tissus de VAmphioxus. Ces études, que j'ai tâché de rendre aussi complètes que possible, m'ont fourni des résul- tats qui touchent à des questions de zoologie et de physiologie générale. Je vais indiquer quelques uns des principaux. L'existence ou l'absence d'un système nerveux distinct chez les animaux infé- rieurs est une des questions dont les naturalistes se sont le plus occupés depuis le commencement de ce siècle : c'est sur cette absence présumée que Lamarck et Cuvier ont basé quelques unes des grandes divisions du règne animal. Parmi les êtres auxquels des naturalistes du plus grand mérite refusaient un système ner- veux , se trouvent des Planaires , espèces de vers plats , généralement de petite taille, qui habitent les eaux douces ou salées, et lesNémertes, vers d'une forme allongée, dont certaines espèces atteignent une longueur de 30 et 40 pieds. Ces dernières ont été de ma part l'objet de recherches assidues pendant mes divers voyages aux côtes de la Manche ; et pendant mon séjour en Sicile j'ai complété tout ce qui me manquait à cet égard Les Planaires ont été cette année l'un des sujets spéciaux de mes études. Chez les unes et les autres, j'ai trouvé un système nerveux distinct , et présentant des dispositions toutes particulières. Je l'ai décrit et figuré pour plus de quarante espèces. »Une autre question , très vivement débattue entre les naturalistes modernes , est celle de l'existence ou de l'absence, chez les animaux inférieurs, d'organes spéciaux destinés à les mettre en rapport avec le monde ambiant. En France , comme en Allemagne, les opinions sont divisées sur ce sujet , certains naturalistes ne voulant accorder a ces êtres qu'une sorte de toucher ou de sensibilité géné- rale; d'autres, au contraire, leur reconnaissant la faculté de distinguer diverses sortes de sensations , à l'aide d'organes sensoriaux proprement dits. Mes recher- ches sur les Annélides, les Planaires, les Némertes, m'ont fourni plusieurs faits qui viennent à l'appui de cette dernière opinion. Il est hors de doute pour moi que les points colorés , appelés par quelques naturalistes poinls oculi formes, sont de véritables yeux. J'ai vu bien souvent la communication de ces organes avec les centres nerveux; j'y ai reconnu une organisation qui ne permet guère d'hésiter a voir en eux de véritables organes des sens. J'ai rencontré en Sicile une Anné- lide dont les cristallins étaient tellement distincts , qu'ils produisaient l'elTet d'une lentille de verre dont j'ai pu mesurer le foyer. 1) Bien loin que les animaux inférieurs soient tous dépourvus d'organes senso- riaux , il en est , au contraire , chez qui ces organes sont extrêmement multipliés et placés sur des parties du corps où on ne les rencontre jamais chez les animaux supérieurs. Les Planaires, les Némertes, ont souvent les yeux disposés par groupes DÉVKLOl'PEMENT DES ANNÉLIDES. ïllô nombreux, en avant et sur les cotés de la tête ; souvent elles en présenlenl sur la face Inférieure aussi bien qu'à la face supérieure. M Elircnberg a fait connaître une petite Annélide qui porte des yeux à l'exlréniilé de la queue: j'ai trouvé deux autres espèces vosines ; ces mêmes Annélides m ont montré des organes entière- metil semblables à ceux qu'on regarde comme destinés à la perception des sons chez les Mollusques. V Les Polyophlhalmes, dont je ferai connaître avec détail l'organisation, sont re- marquables sous le rapport de celte multiplication des organes des sens. Ce sont de petits vers cylindriques, dont le corps est partagé en anneaux ; la tôle porte trois yeux , dont chacun présente de deux à trois cristallins; de plus, chaque anneau du corps offre de chaque côté un point rouge, entièrement semblable aux yeux de certaines Annélides . et auquel aboutit un gros nerf parlant du ganglion nerveux correspondant. Ainsi , indépendamment des trois yeux multiples qu'il porte à sa tête , cet animal a encore une rangée de ces organes de chaque coté , tout le long du corps. » L Amphioxus est un petit poisson qu on peut regarder a juste titre comme le dernier des animaux vertébrés ; son organisation exceptionnelle a attiré l'attention des plus illustres naturalistes de TEurope. Tout récemment, M. Costa, de Naples, et surtout M. MuUer, de Berlin, ont publié sur son anatomie des détails très cir- constanciés; cependant personne encore ne s était occupé de l'organisation intime de ses tissus , et j'ai cherché a combler cette lacune. Un des résultats généraux de ce travail a été pour moi que chez l' Amphioxus, qu'on peut regarder à certains égards comme une ébauche de Vertébré, les tissus participent à cette espèce d'im- perfection. En effet, leurs derniers éléments présentent, chez l'Amphioxus adulte, des particularités qu'on ne rencontre chez les Poissons qu'à l'état embryonnaire, et qui disparaissent plus lard quand l'organisme acquiert tout son développement normal . » Près de quatre-vingt-dix espèces d'animaux ont fait le sujet des études dont je viens d'indiquer quelques résultats ; toutes ont été peintes sur le vivant : les dessins représentant les détails de leur organisation sont au nombre de plus de six cents. » n. OBSERVATIONS SOR LE DÉVELOPPEMENT DES ANNÉLIDES: PAR m. miLNE ED'WARDS. ( Lues à l'Académie des Sciences, le 23 décembre 1 8i 4 ) F.ri appelant l'aUention des zoologistes sur les rapports intimes «Iiii me paraissent exister entre le mode de développement des 3 série Zool T III. (Mars 1i< Wi ) 10 H6 MILXE EDWARIIS. — \OVAr.E EN SICII.K. animaux et les affiiiités respectives de ces êtres , je ne me suis pas dissimulé la gravité de quelques unes des objections que Ton pouvait faire contre ma manière de voir; mais, convaincu de la vérité des principes sur lesquels je m'appuyais, j'ai cru pouvoir pour le moment négliger ces difficultés, et ne prendre en considé- ration que l'ensemble des faits les mieux établis dans la science , me promettant toutefois de saisir la première occasion pour sou- mettre à un nouvel examen chacun des cas particuliers qui sem- blaient faire exception aux règles générales ainsi établies. Une des discordances entre la théorie et l'observation me semblait dépendre de la forme transitoire qu'un zoologiste ha- bile, M. Loven de Stockholm, avait signalé chez une jeune An- nélide. EfTectivement , dos considérations que j'ai développées ail- leurs (1) m'avaient conduit à penser que les affinités zoologiques sont proportionnelles à la durée d'un certain parallélisme dans la marche des phénomènes génésiques chez les divers animaux ; de sorte que les êtres en voie de formation cesseraient de se ressembler d'autant plus tôt qu'ils appartiennent à des groupes distincts d'un rang plus élevé dans le système de nos classifications naturelles , et que les caractères essentiels , dominateurs , de chacune de ces divisions , résideraient , non pas dans quelques particularités de formes organiques permanentes chez les adultes, mais dans l'existence plus ou moins prolongée d'une constitution primitive commune , du moins en apparence. Si tel est réellement le principe qui règle les rapports des ani- maux entre eux , il faut que la ressemblance entre les espèces appartenant à un même embranchement soit toujours d'autant plus grande que l'embryon est plus jeune, et que du moment où les caractères d'un type primitif quelconque se sont prononcés , les métamorphoses organiques subies par le nouvel être ne puis- sent amener que des modifications secondaires sans rompre ja- mais les affinités précédemment établies ; il faut que l'animal en (I ) Voyez Considérations sur qtielqtics principes rrlnlifs à la rhissilicatiini nolu- relle des nnimanx ( Annnles des Sciences naturelles , 3'' série, l I , p. 65 Fé- M-ifi 1844). DÉVELOPPEMENT DES ANNÉLIDES. l/j7 voie de formation ne puisse revêtir successivement des formes propres à deux embranchements différents ; que l'embryon d'un Vertébré, par exemple, ne soit jamais comparable à un Mol- lusque, ni les Mollusques affecter le mode d'organisation propre au type des Annelés. Dans l'immense majorité des cas constatés justiu'ici, on ne peut , ce me semble , méconnaître l'existence de ce rapport entre l'ordre chronologique des phénomènes de développement et l'ordre hiérarchique des divisions naturelles du règne animal. Mais, d'après quelques observations de M. Lôven, on pourrait croire que les Annélides font exception à cette règle ; car la jeune larve que ce zoologiste a décrite comme appartenant probable- ment à la famille des Néréidicns , paraîtrait n'acquérir les carac- tères propres à l'embranchement auquel elle appartient qu'après avoir eu la forme d'un Polype (1). Une anomalie semblable aurait beaucoup diminué la valeur des conclusions auxquelles j'étais arrivé ; mais avant de l'admettre, j'ai cru devoir étudier de nouveau les principales |)hases du déve- loppement de l'organisation chez les Annélides, sujet qui a été jusqu'ici à peine abordé , et qui , indépendamment de toute con- sidération accessoire , me paraissait digne d'intérêt. Je m'en suis donc occupé dès mon arrivé en Sicile , et j'ai eu la satisfaction de voir que, loin d'être en désaccord avec les idées que je viens de rappeler touchant la subordination des affmités naturelles des animaux à la durée du parallélisme dans la direction des phéno- mènes génésiques , l'embryologie des Annélides fournit de nou- veaux arguments à l'appui de cette théorie. Mes premières observations ont été faites sur des Térébelles, dont une grande espèce , qui ne me paraît pas différer de la Tere- bella nebidosa de Montagu(2), est assez commune sur la côte sep- tentrionale de la Sicile , et se prête parfaitement bien à ce genre d'études , car ses œufs, d'un jaune ferrugineux, se développent au milieu d'une masse gélatineuse qui reste adhérente h l'entrée du (1 ) Voyez la figure 1 , dans laquelle M Lôven représente le premier élal de sa larvB (Annalex dex Sciencex iKidire/li-s, 2'' série, t. XVIII. pi 91 (2| Transiifl . ttf lltf hintu'ini Sorii'lij . \ol XII 448 MILICE EDWARDS. — VOVAGlî KN SICILE. tube habité par la mûre (I). En exainiiiaiil avec attention les rochers sous-marins où se cachent les Térébelles, j'ai pu, en rai- son de cette circonstance , me procurer un grand nombre de ces œufs sans avoir d'incertitude relativement à leur origine ; et en les plaçant dans un vase rempli d'eau de mer , il m'était facile de les conserver en vie et d'en suivre le développement. La ponte a lieu en mars et en avril ; mais elle se renouvelle probablement .plusieurs fois dans l'année : car , en ouvrant l'abdomen de ces Annélides , j'y ai trouvé en même temps des œufs à tous les degrés de maturité. Les uns (2) , extrêmement petits et parfaitement transparents , laissaient apercevoir une utricule centrale logée dans l'intérieur de -la vésicule proligère, et entre celle-ci et la membrane vitelline un liquide limpide ; d'autres, d'un volume plus considérable, ne montraient plus l'utricule germinative, et la vésicule proligère y t'tait entourée par une masse vitelline blan- châtre; enfin, d'autres encore beaucoup plus grands que les pré- cédents étaient devenus opaques et d'un jaune ferrugineux (3). Je n'ai trouvé aucune trace d'albumen autour de la capsule vitel- line de ces œufs, et je suppose que c'est au moment de leur expulsion seulement qu'ils se revêtent de la matière glaireuse , cà l'aide de laquelle ils sont alors réunis en une masse ovoïde. Cet albumen commun sert évidemment à les protéger et h nourrir .pendant un certain temps les jeunes qui en proviennent ; mais il me semble [M'obable qu'il remplit aussi un autre rôle non moins important en aidant à la fécondation , ainsi que MM. Prévost et Dumas l'ont constaté pour l'albumen des œufs de Grenouilles. Effectivement, depuis que les recherches de U. Quatrefages nous ont appris que chez les Térébelles , de même que chez la plupart des autres Annélides, les sexes sont séparés, on ne comprend pas la possibilité d'une fécondation intérieure ; et , d'après le genre de vie de ces animaux , il serait dillicile de croire à un rapproche- ment sexuel quelconque ; il est donc probable que c'est après leur sortie que les œufs des Térébelles reçoivent le contact du sperme répandu dans le liquide ainhiant par les mâles, et nn comprend (!) PI. 5, fig. 1. - (2) l'-ig. î et 3. -(.■?) fig. 4. DlSvELOPPEMliNT DES ANNÉLIDES. Hl^f que s'il en est ainsi , la présence d'une enveloppe avide d'eau , et susceptible de se gonller par l'absorption de cette substance, peut ici , de même que dans les oeufs des Batraciens , favoriser le dépôt des spermatozoïdes sur la surface de la vésicule vitelline , dépôt sans lequel tout développement ultérieur paraît devoir s'arrêter. La disposition que je viens de signaler n'appartient pas exclu- sivement aux Térébelles ; je l'ai également constatée chez les Pro- tules qui font partie d'une autre famille de Tubicoles (1), et je suis porté à croire qu'elle est commune à beaucoup d'Annélides ; car j'ai trouvé sur divers points des côtes de la Sicile des masses d'œufs ayant tous les caractères généraux de celles dont je viens de parler , mais qui se distinguaient par des particularités de couleur ou de volume , et qui , par conséquent , devaient appar- tenir à d'autres animaux de la même classe. Mes conjectures à cet égard ont souvent été conlinnées par les caractères des larves qui naissaient de ces œufs, et, d'après les circonstances dans lesquelles je les ai trouvés . il me paraît probable que plu- sieurs d'entre eux provenaient d'Annélides errantes. Elfeetive- ment , j'ai souvent rencontré de ces masses ovifères fixées sur des pans de rochers , sans que , dans leur voisinage , il m'ait été pos- sible de découvrir la moindre trace de quelque Annélide séden- taire , et, d'autres fois, j'en ai trouvé qui adhéraient à des fucus , sur lesquels ces animaux n'établissent pas leur demeure. Quel- quefois aussi la masse ovifère ainsi placée était tellement volu- mineuse, qu'elle ne pouvait avoir été pondue que par un Annélide de très grande taille, tandis qu'il n'existait dans le voisinage que des Tubicoles très petits; de sorte qu'elle me semble avoir dû y être déposée par quelque espèce errante : une grande Phyllodocé ou un Euniclen , par exemple. Je n'ai pas été témoin des premiers mouvements génésiques dont l'œuf des Térébelles est le siège ; j'ai vu seulement que le dé- veloppement de l'embryon marche avec une grande rapidité , et que les éléments constitutifs du jeune animal ne tardent pas à se s(''parer en deux portions qui ])ruvenl être comparées aux feuillets (V) Kif;^ 12. 150 niLKE EDtVARDS. — VOYAOE EN SICILE. séreux et muqueux du germe des Vertébrés , sans offrir cepen- dant la môme disposition. L'une de ces portions du petit être eu voie de formation renferme la majeure partie de la matière vitel- line, reconnaissable à sa couleur ferrugineuse, et constitue , en se développant, l'appareil digestif; l'autre, qui ne paraît consister d'abord qu'en une couche mince de cellules irrégulières et inco- lores , entoure de toutes parts la première et augmente rapide- ment d'épaisseur ; elle est destinée à donner naissance à l'ensemble des organes de la vie de relation ; mais , dans rintérieur de l'œuf, aucun de ceux-ci ne se dessine encore , et l'embryon ne paraît consister que dans un sac alimentaire entouré de tissu utriculaire, ou plutôt de sarcode , s'organisant en cellules. 11 est probable ce- pendant que déjà les premiers rudiments du système nerveux se sont constitués, car bientôt après j'ai pu distinguer les points oculiformes , qui en sont une dépendance ; enfin la surface du corps de ces petits embryons prend un aspect tomenteux dû à la présence de cils vibratiles encore inactifs. C'est dans cet état d'imperfection extrême que les jeunes Téré- belles se dépouillent de la tunique vitelline de l'œuf, qui paraît être résorbée. En naissant , elles ne ressemblent en rien à l'adulte, et à priori il serait même impossible de deviner à quelle classe elles appartiennent ; on voit seulement que ce sont des animaux Annelésde la grande division des Vers (1). Effectivement l'embryon ramassé en boule dans l'intérieur de l'œuf s'allonge alors , prend une forme ovoïde , et commence à se mouvoir à l'aide d'une multitude de cils vibratiles (2). Dans ce moment, les jeunes Térébelles paraissent, au premier abord, avoir de l'analogie avec les larves de certains Zoophyics , celles des Polypes et des Méduses , par exemple ; mais cette ressem- blance ne tient qu'à leur étai de contraction , et bientôt on les voit s'allonger davantage , se rétrécir postérieurement et faire (1) J'emploie ce nom pour désigner un groupe 1res considérable d'animaux annclés, reconnaissables à l'absence de membres articulés, et formant les classes des Annélides. des Turbellariés, des Rotateurs, et des Helmiullios proprement dits (2) PI, o. (ig :., cl PI, 7, lig, 29. DÉVKI.OPPEMKM- OliS \N>Kl,ll)liS. I ."vt saillir à l'exlréiiiité apposée cli; lour corps un lohc arrondi di^'poin'vu de cils, el porlanl en dessus de clia(|ue côte un point oculil'ornic de couleur rouge. Elles deviennent dès lors binaires et symétri- ques , par rapport à une ligne médiane droite ; la face dorsale de leur corps se distingue de sa face ventrale , et on aperçoit dans leur intérieur un canal digestif longitudinal. Elles offrent , par conséquent . déjà une partie des caractères iTiorpliologi([ues pro- pres à l'embranchement des Annelés, et elles sont comparables à certains Vers de la classe des Turbellariés. Du reste , ce premier état est de courte durée , et les change- ments qui ne tarderit pas à se manifester dans l'organisation de ces larves rendent encore plus évidents les caractères propres au type des Annelés. Dans le principe, toute la surface de la portion post-oplitlialmiqne du corps paraît être couverte de cils vibratiles ; mais bientôt on voit apparaître à peu de distance de l'extrémité postérieure une bande transversale qui n'est ciliée que sur la ligne médiane ventrale, et alors le corps de la jeune Térébclle, devenu de plus en plus ver- milorme, se compose de quatre zones ou tronçons, savoir, une tète semi-circulaire et aplatie (jui porte les yeux (fig. 7, a) ; un segment post-céphalique, très grand et entièrement couvert de cils vibratiles servant comme organes de locomotion {b) ; un anneau nu qui , d'abord très étroit , ne tarde pas à se développer (c), et enfin à Pextréniité postérieure un segment portant une couronne de cils vibratiles, comme le premier anneau post-céphalique, mais beau- coup plus petit. Bientôt après (1), on voit apparaître entre l'an- neau terminal et le pénultième segment un petit bourrelet qui, en s'élargissant, constitue un cinquième anneau (rf). Le canal digestif devient beaucoup plus distinct; la collerette vibratile post-cépha- lique se rétrécit, et on aperçoit à la face inférieure de l'anneau qui la i)orte une dépression correspondante à la bouche ; enfin le bord |)()stéri('ur de l'anneau terminal s'échancre pour constituer l'anus. A cette époV|u<' du développement, on ne distingue pas en- core de innscics (l.iiis rint/'rienr du corps de ces petites larves; ( I ) l'If 152 milhie edwards. — Voyage kn sicile. mais elles sont extrêmement contractiles, et changent quelquefois de forme au point d'être presque méconnaissables. Tantôt on les voit se ramasser en boule , puis s'épater de façon à ressembler à un disque dont les bords seraient ciliés (1) ; d'autres fois, au con- traire, elles rétrécissent leur extrémité postérieure, qui s'accroche au mucus ambiant , nmtrent le lobe céphalique sous le bord de l'anneau suivant, et étalent celui-ci au point de devenir presque cyathiforme et d'olfrir quelque ressemblance avec certains Po- lypes (2) ; mais ces poses anormales ne sont que de peu de durée, et si j'en fais mention, c'est seulement parce qu'il me paraît pro- bable que les formes signalées par M. Lôven pourraient bien dé- pendre en partie de quelque phénomène de ce genre. Nos petites Térébelles, après avoir subi ces premières modifi- cations, grandissent assez rapidement. Leur corps, s'eflilant de plus en plus, devient bientôt tout-à-fait vermiforme et acquiert peu à peu de nouveaux anneaux; ceux-ci apparaissent un à un de la même manière que le pénultième anneau, dont il vient d'être question , c'est-à-dire que le développement du segment nouveau a toujours lieu immédiatement en arrière du dernier anneau formé et au-devant de l'anneau anal (3) ; de sorte qu'abstraction faite de celui-ci, la position des divers segments est en rapport avec leurs âges respectifs. Bientôt aussi la larve cesse d'être un Vers apode ; dessoies simples et subulées , portées sur des tubercules charnus, se montrent de chaque côté du corps, et le développement de ces appendices locomoteurs s'effectue suivant le même ordre que celui des anneaux, savoir, d'avant en arrière. Enfin il est aussi à noter qu'à cette époque la collerette ciliaire post-céphalique commence à se rétrécir et que les organes intérieurs se dessinent de plus en plus nettement. Ce serait long et peu utile de suivre ici, heure par heure, les progrès du développement de ces petites Annélides; mais afin de mieux fixer lesidées sur les métamorphoses qu'elles subirontencore, je crois devoir m' arrêter un instant sur leur conformation , lors- (1)Fig. 5 et 6. — (2) Fig. 9. (!) Dans toutes les figures relatives au développement des Térébelles, cet anneau anal est indiqué par le signe X DlîVELOPPEME.M DES ANMÎLIDES. 153 qu'elles sont prèles à quitter la masse gélatineuse dans laquelle elle ont vécu pendant les premiers temps de leur existence. Quelque- fois ces larves restent pendant longtemps encore dans l'inlérieur de cet albumen commun ; mais dès le troisième ou quatrième jour, elles peuvent sans inconvénient en sortir et vivre dans le monde extérieur. A cette époque, elles ont la forme de petits Vers subcylindriques, longs d'environ une ligne et légèrement élargis en avant (fig. 10). Leur tête s'est un peu allongée, mais n'offre rien de remarquable. l,a portion post-céphalique du corps, qui, dans le principe, n'of- frait aucune trace de division et était entièrement couverte de cils vibratiles, paraît représenter trois anneaux, dont le premier seule- ment est encore cilié, et dont les deux postérieurs sont dépourvus d'appendices. Les quatre ou cinq anneaux suivants portent chacun une paire de mamelons charnus armée d'une longue soie mobile, légèrement recourbée vers le bout. En arrière de ces segments sé- tifères, on aperçoit un anneau (/i) garni de deux tubercules sem- blables aux pieds dont il vient d'être question, mais dépourvus de soies, puis un autre anneau plus petit (î), qui n'offre encore aucun vestige d'appendices; enfin le corps est terminé par le segment anal , qui est toujours garni de cils et n'a subi que peu de chan- gements. L'appareil digestif s'est également compliqué; antérieu- rement on y remarque un bulbe charnu (p), puis une sorte d'œso- phage court et cylindrique , suivi d'un estomac très grand et de forme ovoïde (?•), dont les parois paraissent être encore imprégnées de la substance colorée du vitellus ; enfin vers le tiers postérieur du corps commence l'intestin [s) , qui a la forme d'un tube membra- neux recourbé un peu sur lui-même et allant se terminer à l'anus. On commence aussi à apercevoir les masses glandulaires situées h la partie antérieure du corps , et les muscles sous-cutanés se dessinent plus nettement ; on distingue également les muscles mo- teurs des soies , et c'est probablement à cause de l'opacité du canal digestif qu'on ne voit pas le système nerveux situé au-des- sous ; mais il est à noter que, même dans les parties les plus trans- l>ari'iit(;s du corps, on n'aperçoit aucune trace de sang rouge ni (le vaisseaux [Jour la circulation. 15/î MILNE EDWARD»». — VOYAGE E!N SICILE. Lorsque la larve a gagné encore une ou deux paires de pieds, la tête commence à se modilier (1) ; un étranglement transversal s'établit à quelque distance au-devant des yeux, et le lobe anté- rieur ainsi délimité présente, près de son bord libre, une série de capsules urticantes, dont plusieurs laissent échapper un petit 111a- ment spiniforme. La collerette ciliaire post-céphalique s'est en même temps beaucoup rétrécie, et forme au-dessous de la tête un bourrelet saillant qui se porte en avant et constitue une grosse lèvre supéiieure ; une lèvre inférieure arrondie , occupant le bord du second segment post-céphalique, ferme la bouche en arrière, et on remarque que les pieds des deux premières paires sont ar- més de deux soies, tandis qu'auparavant elles n'en avaient qu'une seule. Dans l'espace de deux ou trois jours, le lobe céphalique antérieur (l) devient parfaitement distinct du segment oculifère, s'allonge, prend une forme cylindrique et constitue un appendice médian très mobile qui présente tous les caractères d'une antenne (2). Son axe est occupé par un canal qui communique avec la grande cavité du corps, et on y voit circuler un liquide tenant en suspension des glo- bules dont les formes et les dimensions varient ; ce liquide remplit aussi la cavité abdominale et me paraît tenir lieu de sang dont je n'ai pu apercevoir, à cette époque , aucune trace. Enfui les cils nata- teurs ont presque entièrement disparu , soit autour du cou , soit k l'extrémité postérieure du corps; mais on aperçoit un mouvement vibratoire assez énergique dans l'intérieur de la cavité buccale et dans la portion terminale de l'intestin. Les jeunes Térébelles offrent alors, comme on le voit , tous les caractères propres à Tordre des Annélides Errantes, et ne ressem- blent encore en rien au type ordinique des Tubicoles. Elles pos- sèdent, en elTet, une tête bien distincte, une antenne, des yeux et des pieds armés de soies subulées, comme en ont les Annélides Errantes, tandis que les Tubicoles, comme on le sait, sont des Vers acéphales, dépourvus d'antennes et d'yeux, et ayaiitdes pieds garnis de crochets. Ce mode d'oi'ganisation correspond, d'ailleurs, (I) Fis. Il, 12, !.■), U. —(2) Iml'. 15, Ki, 17, 18. DÉViaOlU'EMUNT DES AN.MÎLIDES. 155 au genre de vie que ces petites larves ont mené jusqu'alors; car. au lieu de demeurer sédentaires dans l'intérieur d'une gaine étroite, comme le font les Térébelies adultes et les autres Tubi- coles, elles nagent librement au milieu du mucus, dont les œufs étaient entourés, puis elles en sortent pour aller au loin chercher quelque point favorable k l'établissement de leur habitation. Nos jeunes Térébelies ont alors, par conséc[uent, les mœurs aussi bien que l'organisation des Annélides Errantes ; mais elles ne peuvent être comparées cju'aux formes les plus imparfaites de ce type , et leur développement ultérieur, au lieu de tendre au perfectionne- ment des parties caractéristiques des Annélides supérieures, suit, sous ce rapport, une marche rétrograde. Lorsque nos larves ont perdu les cils locomoteurs dont les an- neaux buccaux étaient primitivement entourés , elles cessent de nager et ne tardent pas à s'envelopper d'une matière muqueuse, qui, en se solidifiant, constitue un tube cylindrique ouvert à ses deux extrémités (1). ha première période de leur existence, celle pendant laquelle ces petits animaux mènent une vie errante, se termine alors; et quant à leurs mœurs, ils deviennent semblables à leurs parents ; mais ils n'en ont pas encore le mode d'organi- sation, et on peut considérer, comme constituant une seconde pé- riode, le temps compris depuis la disparition de la collerette vibra- file jusqu'à l'apparition des branchies. Avant que d'avoir complètement perdu leurs cils natateurs, nos jeunes Térébelies s'étaient en quelque sorte préparées à leurnou- veau genre de vie. Effectivement, dans le principe, chaque an- neau de leur corps ne portait qu'une paire de tubercules armés de soies subulées , et représentant la rame dorsale des pieds de l'animal parfait ; mais à cette époque , les rames ventrales gar- nies de crochets commencent à se constituer (2), et ces crochets, comme on le sait, sont destinés à effectuer les mouvements d'as- cension ou de retraite que les Annélides tubicoles doivent exé- cuter dans l'intérieur de leur étroite demeure. La formation de ces organes a lieu suivant le môme ordre que celle des autres (I) Kif; l!l. in, —(21 Kig. 18. 156 niLNE EDWARDS. — VOYAGE EN SICILE. rames, c'est-à-dire d'avant en an'ière. On ne les aperçoit d'abord que sur un ou deux des premiers anneaux pédigères, mais peu à peu ils se montrent aussi sur les autres segments, et bientôt leur développement devient plus rapide que celui des rames dorsales, de façon que, sur les nouveaux anneaux qui se constituent à l'ar- rière du corps, ils précèdent celles-ci. 11 est aussi à noter que le perfectionnement des rames à crochets marche de la même ma- nière; chacune d'elles n'est d'abord garnie que d'un seul crochet, et c'est également d'avant en arrière que le nombre de ces appen- dices augmente successivement. Une huitaine de jours après que mes jeunes Térébelles s'é- taient construit un tube , l'appendice antenniforme de leur front s'était allongé au point de dépasser la moitié du reste du corps ; mais sa croissance en largeur n'avait pas été proportionnelle à celle des autres parties, de façon que sa base, au lieu de corres- pondre à tout le bord antérieur de la tête, n'occupait que le tiers médian du front. La lèvre supérieure s'était beaucoup développée, et les yeux paraissaient tendre à s'atrophier ; enfin , le nombre des pieds s'élevait à dix paires , et on apercevait un nouvel an- neau en voie de formation entre le dernier segment pédigère et le segment anal. Après un certain temps dont la durée paraît varier suivant la température, l'abondance des aliments et les autres conditions dans lesquelles se trouvent les larves , on voit poindre un second appendice frontal qui se développe à côté du précédent (1) ; celui-ci est alors filiforme et très long , tandis que le nouveau cirrhe ne consiste encore qu'en un petit tulDcrcule cylindricfue , dont la surface se garnit de vésicules urticantes , et dont la sub- stance se creuse bientôt d'un canal médian en communication avec la cavité abdominale. A cette époque , les yeux sont devenus beaucoup moins distincts qu'ils ne l'étaient chez les larves er- rantes , et on remarque autour de ces organes presque atrophiés quelques taches pigmcntaires (jui semblent être de nouveaux points oculiformes. Enfin on compte treize paires de pieds séti- (l)Fig. 21. DÉVEI.OI'PEIIEM DES ANNÉI.IDES. 157 gères, et les divers organes intérieurs sont beaucoup plus distincts qu'ils ne l'étaient jusqu'alors ; cependant on n'aperçoit encore aucun indice de l'existence de vaisseaux sanguins, et la circulation ne ])araît consister que dans des mouvements irréguliers du li- quide à globules blancs dont la cavité abdominale est remplie , liquide qui pénètre aussi dans le canal central des cirrhes fron- taux , et paraît y être mù par des cils vibratiles. Pendant que le corps s'allonge par suite de la formation d'un ou de deux nouveaux anneaux au-devant du segment anal , on voit un troisième , puis un quatrième appendice se développer sur Je bord antérieur de la tète , à côté des deux cirrhes dont je viens de parler (1). Bientôt après, on compte six, puis huit de ces organes tentaculaires, dont la contractilité est très grande (2). Les derniers formés se placent latéralement en dehors de leurs prédécesseurs , et comme leur longueur est à peu près propor- tionnelle à la durée de leur croissance , ils constituent une série décroissante du milieu vers les côtés. Lorsque la jeune Térébelle est parvenue à ce degré de développement, il est facile de se con- vaincre que les appendices frontaux , dont le nombre ne tardera pas à augmenter encore , ne sont autre chose que les cirrhes fili- formes , qui , chez l'adulte , constituent au-devant de la bouche une couronne touffue servant quelquefois à la locomotion , aussi bien qu'à la préhension des aliments. A cette époque on remarque aussi que les points oculiformes de l'anneau frontal se sont multi- pliés extrêmement , mais on cesse de distinguer les yeux qui y existaient primitivement ; on compte alors de vingt à vingt-quatre de ces petites taches pigmentaires , et il ne paraît y avoir rien de bien fixe dans leur mode de groupement. Le nombre des pieds s'élève à vingt ou vingt-deux paires, et l'appareil glandulaire situé à la face ventrale de la portion thoracique du corps a pris un grand développement ; cependant je n'ai pu apercevoir encore aucune trace des organes spéciaux de respiration et de circulation. Ceux-ci commencent à se montrer lorsque les jeunes Téré- belles ont acquis trente-huit ou quarante paires de pieds. On voit (I) Fip. 22. 23. — (2) Fig. 24. 158 MILRIE EDWARDS. — VOYAGE EN SICILE. alors sur ranneau apode qui suit immédiatement le segmertt fron- tal deux tubercules situés sur les côtés de l'anneau dorsal , et dirigés obliquement en haut et en dehors (1). Ces appendices s'allongent rapidement et deviennent cylindriques ; leur surface se couvre de stries transversales dues à la contractilité de leur tissu, et leur centre se creuse d'un canal. Bientôt après , une seconde paire de tubercules semblables aux précédents se développe sur le segment suivant , et ces quatre appendices , qui ressemblent d'abord à des cirrhes tentaculaires , ne sont autre chose que les branchies ; ils sont alors d'une simplicité extrême , mais ils ne tardent pas à se compliquer dans leur structure. A mesure que l'appendice respirateur s'allonge , il se divise en rameaux qui se bifurquent à leur tour, et on voit des tubercules s'élever sur divers points de sa surface pour donner naissance à d'autres branches , de façon que bientôt chacun de ces organes , au lieu d'être , comme dans le principe , un simple prolongement fili- forme, constitue un petit arbuscule contractile ("2), faisant fonc- tion d'un cœur accessoire aussi bien que d'une branchie (3) ; mais leur croissance est proportionnelle à leur âge , et ceux de la première paire restent toujours plus volumineux que ceux de la paire suivante. A l'époque de la première apparition des branchies , j'ai com- mencé à distinguer aussi dans l'intérieur du corps les organes spéciaux de circulation. Le gros vaisseau médio-dorsal, qui, chez ces Annélides, remplit les fonctions d'un cœur, se dessine alors assez nettement, et on voit partir de son extrémité antérieure trois branches, dont une se dirige vers le bord frontal , et les deux la- térales se bifurquent pour .se distribuer aux branchies. Mais je suis porté à croire que les anses nombreuses qui , chez l'adulte , entourent le canal intestinal, n'existent pas encore ; du moins , je n'ai pu les apercevoir, bien que la transparence des tissus tégu- mentaires soit très grande. Ces phénomènes organogéniques caractérisent la fin de la se- (1) Fig. 25, a — (2) Fig. 26. (3) Voyez à ce sujet mes précédentes observations sur la circulation chez les Annélides (AiimiU's ih-a Scinicra nitlttreUen. 2*" série, t X) nÉVEIOPPEMENT DES ANNÉI.IDES. 159 conde période de la vie de nos jeunes Térébelies. Ces petits ani- maux , (]ui n'ont encore que cin([ ou six lignes de long , cessent alors d'être des larves , car ils sont déjà pourvus de toutes les sortes d'organes que la nature doit leur départir, et on dislingue uièmc dans l'intérieur de leur abdomen quelques ovules détachés de leurs ovaires. Néanmoins leur développement est loin d'être achevé ; ils doivent devenir vingt ou trente fois plus grands qu'ils ne le sont encore , et le nombre de leurs parties doit augmenter considérablement ; mais ces parties nouvelles ne seront que la répétition des parties déjà existantes , et l'économie ne s'enrichira d'aucun instrument nouveau. A cette époque , le nombre des ten- taculescéphaliques ne dépasse pas douze ou treize, tandis que par la suite on en comptera plus de cinquante (1). Une troisième paire de branchies doit encore se développer en arrière des précé- dentes ; les pieds sont aussi beaucoup moins nombreux qu'ils ne le seront chez l'adulte , et ces organes n'ont pas acquis toute leur perfection, car leur rame ventrale ne porte qu'une seule rangée de crochets au lieu de deux , et ces petits appendices cornés sont peu nombreux. Il est aussi à noter que le développement des nouveaux crochets se fait dans le même ordre que celui des pieds, c'est-à- dire d'avant en arrière ; ainsi , lorsqu'à la partie antérieure du corps chaque rame porte une rangée de six ou sept de ces appen- dices , on n'en trouve que quatre vers le douzième segment pédi- gère; un peu plus en arrière , il n'y en a que trois, puis deux ; plus postérieurement encore , un seul ; et les derniers anneaux ne portent que des tubercules pédiformes dépourvus de soies. Enfin, les nouveaux anneaux , à l'aide desquels le corps s'allonge encore, se développent aussi dans le même ordre que ceux dont j'ai déjà signalé l'apparition , et la formation de ces zoonites ne me paraît pas avoir de limites bien précises , ni sous le rapport de leur nombre, ni quant à l'âge auquel leur production s'arrête: aussi, chez ces Térébelies, de même que chez la plupart des autres Annélides , le nombre total des anneaux dont se compose le corps (le ranimai adulte varie beaucoup chez les divers individus de la (I) l'I H.fig. 27. 160 MILIVE EDWARDS. — VOYAGE EN SICILE. même espèce, et la croissance paraît se continuer pendant presque toute la durée de la vie. On voit donc que les Térébelles subissent dans le jeune âge des métamorphoses considérables (1). La larve de ces Annélides diffère de l'adulte autant que la Chenille diffère du Papillon ; mais dès qu'elle se constitue , elle offre un certain nombre de traits propres au type de l'embranchement auquel elle appartient ; bientôt aussi elle devient reconnaissable , comme étant un animal de la classe des Annélides ; puis on la voit s'éloigner du type des Annélides ordinaires, à mesure qu'elle acquiert les caractères dis- tinctifs du groupe des Tubicoles ; enfin , elle se complète par le développement des particularités propres au genre Térébelle ; mais , pendant tout le jeune âge , il m'a été impossible d'y recon- naître aucun des traits sur lesquels reposent les distinctions spé- cifiques établies parmi ces Annélides. Les phénomènes génésiques que m'ont offerts les Térébelles s'accordent donc parfaitement avec les vues que j'ai rappelées au commencement de ce Mémoire , et il en est de môme de l'em- bryologie des Protules que j'ai eu l'occasion d'étudier à Milazzo. Ces Annélides , sur lesquels M. Risso (2) a le premier fixé l'at- tention des zoologistes, appartiennent, comme on le sait, au même ordre que les Térébelles ; ce sont aussi des Tubicoles, mais elles s'éloignent beaucoup des précédentes par leur mode d'organisa- tion, et ne diffèrent guère des Serpules que par l'absence de (1) Je suis porté à croire que, faute d'avoir connu ces métamorphoses, on a pu prendre des larves de Térébelles pour des types particuliers , et qu'on a de la sorte multiplié Inutilement les genres. Ainsi il me paraît bien probable que le petit Annélide dont M. Templeton a formé le genre Anisomelus est une de ces larves, parvenue à peu près au même degré de développement que celle figurée dans la pi. 7, fig. 26. (Voyez Templeton, Description of some inverlebrated animais ob- tained at Ihe isle of France; Tram, of the Zool. Soc, vol. II , p. 27, pi. 5, fig. 9-14). Le genre Tercbellide de M. Sars ^Bcskriivlser og iagllagelser, eU:., p. 48, pi. 12, fig. 31 ) pourrait bien devoir être réformé pour la même raison. Enfin il est possible aussi que ce soit une jeune Térébelle dont j'ai eu l'occasion de parler d'après M. de Quatrefages, sous le nom d'Aphlébine. (Voyez Annales des Sciences naturelles, i' série, l. I, p. 18.) (2) Voyez Histoire naliirellc de l' Europe méridionale, t V, p. 405, DÉVELOPPEMENT DES ANMÎMDRS. 101 l'espèce d'opercule qui, chez celles-ci, résulte de l'élargissenieiit de l'un des appendices céphaliques , et sert à clore l'entrée du tube calcaire dans lequel ces Vers, de même que les Protules, se tiennent toujours. L'espèce que j'ai trouvée kMilazzo nie paraît être nuiivelle ; elle se fait rRinar(|uur par ses i)anaches blancs ornés de points rouges (1) , et elle mérite à tous égards le nom de Prutitle éléganle , sous lecjuel je proposerai de la désigner. Les œufs de ces Serpuliens sont pondus au mois de juin , et , de même que ceux des Térébelles , sont renfermés dans une masse pyriforme de matière albumineuse , dont l'extré-mité inférieure adhère au bord du tube calcaire habité par la mère ('2j ; leur couleur est rouge-cinnabre , et ils paraissent avoir deux tuniques. Le développement de ces oeufs est très rapide , et s'achève dans l'espace de vingt-quatre heures. Avant la ponte , le vitelkis ne se compose que de granules entremêlés de globules assez gros , qui semblent être des gouttelettes de quelque matière huileuse plutôt que des utricules (3) : mais presque aussitôt après l'expulsion des œufs , la masse vitelline devient le siège d'un travail analogue à celui que MM. Prévost et Dumas ont été les premiers à signaler dans l'œuf des Batraciens. En effet, les éléments du vitellus se groupent alors de diverses manières , et ils ne tardent pas à con- stituer ainsi quatre masses secondaires, dont trois, de forme à peu prèssphérique et d'égale grosseur, paraissent renfermer dans leur centre un gros globule huileux , et dont la quatrième, beaucoup plus grande que les précédentes, semble les porter, et sépare l'un de l'autre deux de ces corps entre lesquels le troisième se trouve également interposé (4). Dans le principe , on ne distingue rien entre ces masses colorées et la membrane vitelline; mais bientôt une substance blanchâtre et granuleuse commence à s'y développer de toutes parts , et y forme une couche dont l'épais- seur augmente rapidement. Le vitellus est en même temps refoulé vers le centre de l'o-uf, et diminue considérablement de volume. Vers la douzième heure du développement embryonnaire, la couche granuleuse, que j'appellerai tégumentaire à cause des (I) PI lO.fig. 56, — (2) PI. 9, fifi 42 — {3)Fig. 43. — (4) Fig. 46, 3' série Zooi. T III ( Mars 1S4i,J 11 162 MIlMî EDWARD»». — VOYAOE EN SICILE. parties qu'elle doit constituer dans l'économie , présente la même disposition qu'on remarquait auparavant dans les masses vitel- lines, tandis que celles-ci se sont confondues en une seule boule qui occupe environ la moitié du diamètre de l'œuf (1) ; mais cette apparence est de courte durée , et la couche tégumentaire , dont l'épaisseur augmente rapidement , ne tarde pas à constituer k son tour une masse sphérique , dont la surface acquiert un aspect framboise très variable , qui paraît dépendre du développement des utriculeç dont sa substance se compose (2). Les globules huileux ou les utricules du vitellus se modifient aussi à diverses reprises ; ils paraissent se fractionner, puis gros- sir de nouveau , et à un certain moment , on distingue quatre sphères assez semblables aux masses dont il a déjà été question, mais logées au milieu d'une quantité considérable de granulations plus petites. Plus tard , on voit cpiatre ou même cinq de ces sphères réfractant fortement la lumière, et la masse vitelline tout entière paraît être revêtue d'une enveloppe membraneuse. Enfin on commence à distinguer dans la couche tégumcntaire une zone opaque, que sépare du reste de l'embryon un segment cé- phalique (3), près de la base duquel j'ai cru apercevoir deux petites taches jaunâtres correspondant aux points oculiformes de la larve. Alors la tunique vitelline ne tarde pas à disparaître, et le jeune animal , devenu libre au milieu de la masse albumineuse qui lui sert de nid, commence à se mouvoir. Son corps (4) est encore pres- que sphérique , comme l'était l'œuf dont il vient de naître, et sa structure paraît être d'une simplicité extrême ; mais il offre déjà le caractère essentiel du type des Annélides, et il ressemble beau- coup aux larves nouvellement nées de nos Térébelles. Efl'ecti vcment, son corps est symétrique par rapport à une ligne médiane droite, et tend à se diviser en segments placés bout à bout; le segment antérieur est très grand, et porte, de chaque côté, un point oculi- forme;il estjdélimité en arrière par une zone garnie de cils vi- bratiles, et celle-ci est à son tour suivie par un troisième segment, qui est plus grand que les deux précédents réunis , et qui est en- (I) PI 9, fio;. 47 — (2) FifT. 18 — (:il l'iff '.9 — (1) 1% .'iO DÉVELOPPEMENT DES ANMÎI.IDES. 16S tièrement nu; enfin, tout-à-fait en arrière, on remarque une ligne obscure qui sépare de ce grand anneau médian un petit segment terminal, et dans l'intérieur du corps on aperçoit une cavité di- gesiive ovalaire, dont le grand axe correspond à la ligne médiane. Bientôt ces petites larves s'allongent et se rétrécissent postérieu- rement ; les divisions annulaires de leur corps se dessinent plus nettement; les cils dont se compose la collerette post-céphalique grandissent beaucoup, et on aperçoit à l'extrémité anale un bou- quet d'appendices de même nature (1). Elles ressemblent alors si exactement aux jeunes larves de Térébelles, qu'on ne p(nirrait, à priori, les supposer appartenir à des familles différentes, ni même à deux genres nettement séparés ; car les seules particula- rités qui les distinguent consistent dans la forme de la collerette eiliaire, qui est ici, dès le principe, aussi étroite qu'elle le devient chez les petites Térébelles âgées de deux ou trois jours, et dans la position des cils do l'anneau anal, qui sont peu nombreux et re- foulés un peu en dessous, au lieu de constituer une large cou- ronne. Ces petites larves restent encore deux jours environ dans l'in- térieur de la masse albumineuse qui logeait les œufs, et pendant ce temps, leur corps devient de plus en plus vermiforme ; leur tête se rétrécit à sa base ; les cils vibratiles diminuent de longueur, et deux nouveaux anneaux se développent à l'arrière du corps, au- devant du segment anal (2). Bientôt après, elles deviennent libres et ac((uièrent la faculté de marcher aussi bien que de nager. ElTec- tivement, on leur voit alors de chaque côté du corps une rangée de trois ou de quatre petits tubercules pédiformes armés chacun d'une longue soie protractile, et légèrement recourbée vers le bout (3). Mais leur pouvoir locomoteur ne tarde pas à diminuer ; après vingt- quatre heures de cette vie errante , elles commencent à perdre leurs organes natateurs, qui semblent se flétrir ainsi que l'anneau qui les porte ; ])uis on les voit rester immobiles sur la surface de quelque corps étranger, et le lendemain on les y retrouve logés ' dans un petit tube solide ouvert à ses deux bouts , et trop court pour les cacher en entier. 1) Vis: :;î - (2) KIl' ■■10, '■y^. — f:i) Fig. 54. Ai]ll nn.%E EnWAHDS. — VOVAfiE EN SICILE. Ainsi les Protules, de mcinc que les Térébelles, ont, pendant la première période de leur vie de larve , les caractères et les mœurs des Annélides errantes , qui constituent , comme on le sait , le principal groupe dans cette classe d'animaux. Mais lorsqu'elles se sont construit une gaine, elles paraissent acquérir promptement des pieds à crochets, organes qui constituent un des traits les plus saillants des Tubicoles , et leur tête diminue de volume au point que les yeux, au lieu d'être placés très en arrière, comme chez les jeunes larves, se trouvent alors près du bord frontal (1) ; enfin les appendices qui garnissent l'extrémité antérieure du corps des Tubicoles commencent aussi à se former , mais ne se développent pas comme ceux des Térébelles, car, au lieu d'être d'abord com- parables à des antennes, ils se montrent, dans le principe , sous la forme de deux petits lobes situés sur les côtés du cou. Le sur- lendemain , j'ai cru voir quelques digitations sur le bord de ces lobes, et par conséquent je dois supposer que ce sont les premiers vestiges des deux panaches branchiaux propres à la famille des Serpuliens; mais le tube opaque dans lequel mes larves se ca- chaient dépassait alors de beaucoup la longueur de leur corps, et elles ne sortaient la tête que pour la retirer aussitôt, de façon qu'il devenait très dillicile de les observer, et il m'a été impossible de porter plus loin l'étude du développement de ces petits Annélides, car tous ceux que j'élevais dans mes vases sont morts peu de temps après qu'ils s'étaient fixés , et leurs dimensions étaient en- core trop petites pour que j'aie pu en apercevoir sur la surface •des rochers submergés, où ilsétablissenl d'ordinaire leur demeure. Mais les faits que j'avais déjà constatés suffisaient pour montrer que le développement des Protules suit une marche analogue à celle que j'avais précédemment observée chez les Térébelles, et pour faire voir qu'ici encore le jeune animal n'acquiert que suc- cessivement les traits organiques (|ui le caractérisent, comme ap- partenant d'abord à l'embranchement auquel il se rapporte, puis h. sa classe, à son ordre, et enfin à la famille particulière dont il est membre. (l)Fig. 35. DÉVELOlTEMIi.M- DES ANNÉLIDES. t65. J'ai eu aussi le regret de ne pouvoir suivre les métamorphoses de quelques autres larves que j'avais vues naître d'œufs d'Annélides dont le genre ne m'était pas connu; mais, quoique f ignore même la famille à laquelle ces petits êtres appartenaient, je ne crois pas devoir les passer ici sous silence, car ils montrent que le mode d'organisation commun aux jeunes Térébelles et aux larves de l'rotules se retrouve chez d'autres animaux de la même claese. En effet, ces larves (1) olfraient tous les caractères généraux de celles ([ue je viens de décrire, et ne s'en distinguaient que par quelques particulaiités peu im|>ortantcs, telles que la couleur du vitellus, la longueur des cils natatoires, l'existence de quelques pinceaux de cils sur le bord antérieur de la tête ; elles devaient par consé- quent se rapporter à d'autres genres d'Annélides, et leur ressem- blance avec les larves des Tubicoles, dont il vient d'être question, fournit un nouvel argument en faveur des principes dont j'ai cher- ché à faire l'application à la classification naturelle des animaux. Une larve ("2) que j'ai trouvée en haute mer, entre Stromboli et le détroit de Messine, à plus de dix lieues des ccMes, mérite sur- tout de fixer l'attention ; car. bien que le ])lan gén(''ral de son or- ganisation soit le même que chez toutes les |)récédentes, elle s'en éloigne par quelques caractères d'après lesquels je suis porté à croire qu'elle doit appartenir à un Annélide errant, et probable- ment même à l'Amphinome de la Méditerranée. Effectivement, chez un individu long d'environ deux lignes, le corps était pourvu de trente et une paires de pattes garnies seulement de soies su- bulées, et il me paraît difficile de supposer que, chez un Tubicole, le développement arriverait à ce degré sans que les crochets eussent commencé à se montrer. La bouche était aussi parfaitement dis- tincte et avait la forme d'une grande fente longitudinale, carac- tère qui existe chez plusieurs Amphinomiens, mais qui ne se voit nichez les Tubicoles, ni chez les Néréidiens, où cet orifice est transversal. Mais, d'un autre côté, cette larve conservait encore la collerette de cils vibratiles qui, chez les jeunes Tubicoles, en- toure la base de la tète et remplit les fonctions d'un appareil de fl)KiS 29, .Ift, ;il,32. .13 ; fig 31, 3H, 36. 38, :)!)■ pI flg 40. (2^ PI 7, «!.' Il 1G6 niLKE EOWARDS. — VOVAGE K.\ SICILi;. natation ; il existait aussi une couronne de même natui'e sur le dernier anneau du corps, et en avant on remarquait une tête por- tant en dessus deux points oculiformes de couleur orangée et garnie latéralement d'une expansion membraneuse, semi-circu- laire, qui , probablement, devait donner naissance à quelques ap- pendices, ou constituer, en se relevant, la crête céphalique des Amphinomes. Le canal digestif était grand et cylindrique, mais n'olFrait dans son intérieur aucune trace de mâchoires cornées. Enfui l'anneau anal portail en arrière de sa couronne ciliaire deux gros tubercules, entre lesquels se trouvait l'anus. Si , comme je le soupçonne, cette larve était une jeune Amphinome , on voit que, pour achever son développement, il devait non seulement perdre ses organes natateurs et gagner de nouveaux anneaux , mais ac- quérir aussi tout le système appendiculaire , qui, chez ces Anné- lides , offre un haut degré de complication , et consiste en bran- chies touffues , aussi bien qu'en tubercules filiformes insérés sur chaque pied : or, c'est précisément l'apparition d'organes de cet ordre qui, chez les Annélides, dont nous venons d'étudier le dé- veloppement, termine la série des phénomènes génésiques. Il est aussi à noter que , par la comparaison de la larve que je viens de décrire avec une autre de même espèce , mais plus jeune , j'ai pu facilement me convaincre qu'ici encore c'est entre le pénul- tième segment et le segment anal que se forment successivement chacun des anneaux nouveaux. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer, pendant la première pé- riode de leur existence, des larves que je pouvais rapporter avec certitude à quelque Néréidien ; mais j'ai souvent trouvé de jeunes Néréides qui n'étaient encore parvenues qu'à la seconde période de leur développement, et, d'après les changements qui sont sur- venus dans leur organisation, j'ai pu me convaincre que la marche générale de ces phéiioinènes est la même que chez les ïéré- belles. En effet, ces Ainiélides, qui étaient encore trop petits pour être faciles à apercevoir à l'œil nu et que je trouvais sur des amas d'oeufs de Mollusques aux dépens de l'albumen desquels ils pa- raissent se noiurir. ne m'ont offert d'abord qu'un très ]ietit nom- DliVKI.Ol'l'IiMK.NT DiCS ANMÎMDKS. 167 bre tl'aiiiieaux, et c'est toujours entre les deux derniers segments que Tunneau en voie de foraiation s'est montré, de façon que chaciue segment nouveau se ijlaçait en aiTÎère de celui qui l'avait précédé et refoulait de plus en plus en arrière l'anneau anal. Les pieds se développaient aussi dans le même ordre, et ces organes n'acquéraient leurs appendices tentaculaires et branchiaux qu'a- près s'être complétés connue instruments de locomotion. Mes plus jeunes Néréides (1) n'avaient pas une ligne de long, et n'olîraient encore cjue quatre anneaux pédigères précédés par un segment céphaliquo représentant l'anneau labial postérieur, aussi bien ([ue la tète proprement dite, et suivis par un petit an- neau anal, l ne seule paire d'antennes, courtes et grêles, se' voyait sur le bord anlérieur de la tète; plus en arrière, on re- marquait des points oculiformes, et de chaque côté de la nuque naissait un petit cirrhe tentaculaire. Les pieds des trois premières paires étaient déjà très gros et étaient armés chacun de deux fais- ceaux de soies articulées en baïonnettes, comme chez l'adulte (2), et de deux acicules; mais ces organes n'olfraient encore aucune trace de lobes branchiaux ni de cirrhes. Les pieds de la quatrième paire étaient très petits et n'étaient garnis que de deux soies dis- posées parallèlement. L'anneau anal portait une paire de cirrhes filiformes dirigés en arrière. Enfin rai)pareil digestif, quoique très court et encore rempli de globules vitellins, présentait déjà un orifice buccal bien distinct, un bulbe pharyngien ou trompe armée de deux mâchoires cornées (3) , un estomac ovalaire et un intestin infundibuliforme allant se terminer à l'anus. En avançant en âge, ces larves (4) ne tardaient pas à acquérir un nouvel anneau qui se développait à l'endroit ordinaire, et qui ne présentait d'abord, à la place des pieds, que deux tubercules dépourvus de soies. On distinguait en même temps un petit ma- melon charnu qui commençait à se montrer sur chacun des pieds précédemment formés ; des vestiges de nouveaux cirrhes tentacu- laires se dévelopoaient sur les côtés de la tète ; les antennes prirent la l'orme caractérislique de celles de la paire extérieure chez l'a- (1) l'I 11), lig, ;i7.--(2) PI II, n^' 61. -(.1) PI 10. lis. 60 -fi) Fig. «8. IGb Mil.KE ED%V,IRDS. — VOYACE EN SICILE. dulte; les yeux semblèrent se dédoubler; les mâchoires, eu gran- dissant, acquirent des dentelures marginales; l'estomac se rac- courcit, et l'intestin s'allongea. Quelque temps après, ces petites Néréides (1) présentaient sept paires de pieds, dont la dernière formée était, comme de coutume, insérée sur le pénultième anneau du corps, et n'otfrait encore au- cune trace de soies. Les autres pieds étaient déjà pourvus de leurs deux cirrhes; mais la division entre la rame dorsale et la rame ventrale n'était que peu marquée , et on n'apercevait pas les ma- melons qui , plus tard , en garnissent l'extrémité, et qui sont gé- néralement désignés sous le nom de tubercules branchiaux. La tète s'était en même temps complétée par le développement des an- tennules et de deux nouvelles paires de cirrhes; le cerveau se laissait entrevoir en arrière des yeux; enfin les mâchoires avaient pris la forme qu'on leur voit chez l'adulte ; mais l'intestin était encore un tube cylindrique, et je n'ai pu apercevoir aucune trace de sang rouge ni de vaisseaux pour la circulation. Lorsque ces jeunes Annélides eurent acquis une vingtaine de paires de pieds (2) , leur corps, quoique proportionnclle'.nent moins long que chez l'adulte, avait déjà la forme générale qu'il devait conserver ; les cirrhes tentaculaires étaient au nombre de quatre paires, et les pieds étaient profondément divisés en deux rames (3) ; on distinguait aussi des vaisseaux à sang rouge dans l'intérieur de l'économie, et l'intestin présentait, dans presque toute sa lon- gueur, la série de renflements qu'on y remarque chez la plupart des Néréidiens adultes. Mais les trois anneaux qui précédaient immédiatement le segment anal n'étaient pas aussi complets que les autres; le premier de ces segments portait une paire de pieds à une seule soie, et les deux autres étaient complètement dé- pourvus d'ajjpendices cornés. Enfin , les mamelons branchiaux ne se distinguaient pas encore. J'ai trouvé aussi des Syllis extrêmement jeunes, dont les pieds ne portaient pas de cirrhes , et dont les antennes étaient rudi- mentaires, mais qui étaient déjà bien reconnaissables par la struc- (l)PI. 10. li^' Gl _ fiUM. I I lii; KJ. — (:î) Fi); 'iS DlîVIÎI.Ol'PKMliNT DKS AlNNÉLIDIiS. 1 GO luie de leurs soies et le mode de conformation de leur tube di- gestif. Or, chez ces Annélides, le corps s'allongeait également par le développement de nouveaux segments entre le pénultième an- neau et l'anneau anal. Chez d'autres individus, plus âgés, qui avaient dix paires de ])ieds bien formés, les cirrhes, quoique en- core fort courts, étaient très distincts et offraient la disposition monilaire qui se remarque chez l'adulte. L'anté|)énultième anneau portait une paire de tubercules pédiformes, sans avoir encore de soies, et le pénultième segment était apode, tandis que le segment terminal offrait tous les caractères d'un anneau anal complet. Ainsi tous les faits que j'ai pu observer concordent parfaite- ment entre eux et tendent à faire penser que les mêmes lois rè- glent le développement de tous les Annélides chétopodes. D'après l'ensemble de ces faits , on voit que le corps de ces animaux se constitue peu à peu par la formation successive d'an- neaux nouveaux, c'est-à-dire par la création des parties homo- logues à celles déjà existantes, par le développement de segments construits, d'après le même plan fondamental, qui viennent se placer à la suite les uns des autres. On voit aussi que ce sont toujours les deux parties extrêmes de l'économie, celles dont dépendent la bouche et l'anus, qui se con- stituent d'abord , et que c'est dans l'espace qui les sépare que se forment ensuite les anneaux plus ou moins nombreux du tronc. Mais ce n'est pas un mouvement génésique centripète proprement dit qui se manifeste alors ; ce ne sont pas deux séries de zoonites , qui , en grandissant, se dirigent l'une vers l'autre, mais une série unique qui s'allonge progressivement d'avant en arrière par l'ad- dition d'éléments nouveaux , de façon à refouler toujours de plus en plus loin de la tête le segment anal , et qui est disposée de telle sorte, que l'âge relatif de chacun de ces anneaux est en rapport avec le rang qu'il occupe dans l'économie. Le zoonite nouveau vient s'interposer entre le dernier segment qui s'est constitué et li; segment anal ; et on peut se demander quel est celui de ces deux anneaux qui en a déterminé la formation. Au premier abord, cette question semble difficile à résoudre ; mais elle peut , je i-riiis, êti'c trjinchi'c à l'aidr d'imc nbsci-valioii qin' sci'vira aussi ;i 170 MILNE EDWARDS. — VOYAGE EN SICILE. montrer la généralité de la tendance giînésique dont je viens de parler. L'année dernière , en étudiant les Annélides des côtes de la Manche, M. de Quatrefages a été témoin d'un phénomène qui avait déjà été aperçu par Oth. Fred. Muller, mais qui n'avait pas été apprécié à sa juste valeur par les zoologistes; je veux parler de la division spontanée ou multiplication par bouture , chez les Syllis. M. de (juatrefages a vu qu'à une certaine époque de la vie, un individu nouveau , destiné uniquement à la reproduction sexuelle , se développe à la partie postérieure du corps de ces animaux, et s'en sépare après y être resté adhérent pendant quel- que temps (1). Un Annélide qui habite les côtes de la Sicile, et qui se rapproche un peu des Myrianes de M. Savigny (2), mais qui me paraît devoir constituer le type d'un genre nouveau (3), m'a présenté un phénomène analogue , mais plus curieux encore; car l'individu souche , au lieu de produire par bouture un seul petit, en forme jusqu'à six, qui sont réunis en chapelet à l'extrémité postérieure de son corps (li), et qui, de même que chez les Syllis, renferment les organes de la génération , parties dont l'individu souche est lui-même privé. Or, ces petits se constituent précisément dans le point où nous avons vu naître les nouveaux anneaux chez les larves, c'est-à-dire entre le segment caudal ou anal et le dernier segment du tronc ; mais tous ne se forment pas en même temps, et d'après le degré de développement auquel ils étaient parvenus dans l'exemplaire que j'ai eu l'occasion d'observer, on voyait bien évidemment qu'ils étaient d'autant plus jeunes qu'ils étaient placés plus jirès de l'in- dividu producteur. Le petit qui s'était formé le premier devait, dans le principe, se trouver entre le segment terminal du tronc (1) Voyez Ann. des Se. nat., 3'' série, t. I, p. 22. (Janvier 1844.) (2) Système des Aiutèlides, p 40 (3) Cet Annélide , dont je propose de former le genre Myrianide , se distingue des Phyllodocés et des Myrianes par la forme de la tête , par l'absence de cirrhe ventral à tous les pieds, et par plusieurs autres caractères. ( Voyez l'explication des planches.) (1) PI II, lig B.'i. DliVKLOl'i'EMKINT DES ANNÉLtDES. 171 de rAnnélide adulte et son anneau caudal, qui, refoulé en ar- rière par le bourgeon reproducteur, aura , dès lors , cessé d'ap- partenir au premier, et sera devenu un des zoonites constitutifs de l'être en voie de formation; le second petit, situé au-devant du premier, a dû se développer entre celui-ci et le même anneau ter- minal du tronc de l'adulte ; il ne pouvait être en rapport avec l'anneau caudal primitif, et il ne peut être considéré que comme étant produit sous l'influence du dernier anneau du tronc de l'in- dividu souche. 11 en aura été de même pour le troisième petit, puis pour le quatrième, et ainsi de suite. La production par bourgeon d'un nouvel individu ressemble donc, jusqu'à un certain point, à la formation des nouveaux zoo- nites dans l'économie de la larve: seulement, dans ce dernier cas, l'anneau producteur perd sa puissance créatrice, dès qu'il a donné naissance à un nouveau segment auquel il se lie de la manière la jilus intime, et c'est celui-ci qui , à son tour, devient producteur ; tandis que, dans la multiplication des individus par bouture, le ])roduit devenant, jusqu'à un certain point, étranger à l'économie de l'individu souche, l'anneau producteur continue à fonctionner et donne naissance à une série de petits, dont les plus jeunes re- foulent en arrière leurs aînés. Ainsi chez les Annélides , de même que chez les plantes où l'on voit les jeunes tissus donner naissance aux tissus nouveaux, c'est l'anneau le plus jeune qui semble pos- séder seul la propriété de déterminer la formation d'un autre an- neau. En effet, on ne voit jamais, chez ces animaux, un zoonite nouveau apparaître entre deux anneaux d'une même série ; c'est toujours à l'extrémité de la série qu'il se montre. Mais cette pro- l)riété , en vertu de laquelle un zoonite est apte à produire un an- neau semblable à lui-même, ne se perd pas complètement par son exercice ; elle devient latente seulement lorsque le zoonite est en rapport avec son produit, et elle se réveille de nouveau, si ce pre- mier vient à être séparé du segment auquel il avait donné nais- sance, car, ainsi que je me propose de le montrer dans une autre occasion, la reproduction des anneaux perdus par suite de muti- lations n'est autre chose qu'un phénomène de ce genre. Du reste, il me [),iraît pi'obable que cette faculté crr-atrice peut , dans ccr- 172 MIL1>IE EDWARUS. — VOYAGE EN SICILE. taines circonstances, être exercée par tout anneau terminal d'une série , et déterminer ainsi l'allongement de cette série par son ex- trémité antérieure , aussi bien que par le bout opposé ; les expé- riences de Bonnet , de Dugès et de quelques autres naturalistes tendent à me le faire supposer, et il est à présumer que, chez cer- tains Annélides, tels que les Glycères, le nombre des segments céphaliques peut s'accroître de cette manière ; mais il est facile de s'assurer que, d'ordinaire, il n'en est pas ainsi, et que, dans l'im- mense majorité des cas, c'est seulement à l'extrémité postérieure de la série formée par les anneaux du tronc que la multiplication des zoonites s'effectue chez les Annélides. Il est aussi à noter que, dans les reproductions par bourgeons dont il vient d'être question , les jeunes individus se sont déve- loppés de la même manière que lorsqu'ils provenaient d'un em- bryon. En effet, le nombre de leurs anneaux a augmenté peu à peu ; c'est la tête et l'anneau caudal qui se sont constitués d'abord, et c'est entre le dernier segment de la série céphalique ou de ses dérivés et le segment anal, que s'est formé successivement chaque zoonite nouveau. Ainsi , le plus jeune de ces singuliers animaux réunis en chapelet à l'arrière du corps de l'individu souche, se composait de dix anneaux seulement, tandis que le second en avait quatorze, le troisième seize, le quatrième dix-huit, le cinquième vingt-trois, et le sixième, qui était l'aîné de tous, et qui terminait postérieurement cette série, en présentait trente. 11 était en même temps facile de se convaincre que, chez chacun de ces petits êtres, la série des anneaux du tronc s'était formée d'avant en arrière ; ces anneaux étaient d'autant plus avancés dans leur développe- ment qu'ils étaient situés plus près de la tète, qui pourtant offrait à peu près le même volume; cnlin l'anneau caudal était partout plus complet que les segments postérieurs du tronc, de sorte que, suivant toute probabilité, c'était entre ce segment terminal et le dernier segment du tronc que se constituait chacun des zoonites nouveaux dont l'organisme s'enrichissait. La tendance génésique que je viens de signaler chez les Anné- lides n'existe pas seulement dans cette classe d'animaux; les faits j que la science possède déjà sutlisent pour montrer qu'elle est plus DliVELOPPEMENT DKS A^MÎI.1DES. 173 générale , pt lorsque les observateurs fixeront davantage leur at- tention sur l'ordre de développement des zoonites dont le corps des animaux articulés se compose, on en distinguera probable- ment des traces plus ou moins marquées dans la constitution embryonnaire de tous les êtres conformés d'après le même plan fondamental , c'est-à-dire dans tous les membres du grand em- branchement des animaux Annelés. En elfet , les recherches de Degeer, de M. Savi, de M. Newport et de M. Gervais , nous ont appris que , dans la classe des My- riapodes, de même que chez nos Annélides, le corps du jeune animal se complète par la formation successive d'un certain nom- bre d'anneaux qui viennent se placer à la file les uns des autres vers la partie postérieure du corps , entre le dernier segment du tronc et le segment anal , de façon à refouler celui-ci de plus en plus loin de la tète. Jurine, Rathke , Thompson et plusieurs autres carciiiologistes , ont été , ainsi que moi , témoins de phéno- mènes analogues dans le développement de divers Crustacés, tels que l'Écrevisse, l'Aselle d'eau douce et les Cyclopes. Une tendance de même nature se recoimaît dans les modifications qu'é- prouve l'organisation de quelques jeunes Arachnides, chez lesquels Leuwenhœck , Degeer et Dugès ont vu une quatrième paire de pattes se former après la naissance, et à la suite des trois paires de membres déjà existantes. Enfin, des indices de ce mode de dévelop- pement annulaire me semblent exister aussi dans les jeunes em- bryons de quelques insectes , tels que le Simulia canescens étudié par M. Kôlliker ; mais nos connaissances relativement aux pre- mières périodes de la vie embryonnaire des animaux de cette classe sont encore trop incomplètes pour que l'on puisse se for- mer à cet égard une opinion arrêtée. Du reste , lorsqu'on cherche à appliquer à l'ensemble du groupe des animaux annelés les lois qui semblent régler le mode de mul- tiplication des zoonites chez les Annélides , il ne faut pas se bor- ner à prendre en considération le développement du petit prove- nant de l'œuf pondu par ces Vers ; il est également nécessaire de tenir compte des phénomènes do leur l'cproduction par bourgeon- nement. 174 MILXE EDWARDS. — VOYAGE E\ SICILE. Nous avons vu que , dans le développement ovipare de nos Annélides , le corps du jeune animal se divise primitivement en deux portions , dont l'une seulement possède la faculté de pro- duire des zoonites, et que tous les anneaux nouveaux se consti- tuent à la suite l'un de l'autre , de façon que la série ainsi formée ne s'allonge que par son extrémité , et que les relations de posi- tion restent invariables entre ces divers éléments de l'économie. Le corps de l'animal adulte , abstraction faite de l'anneau caudal, ne se compose donc que d'une seule série , ou groupe génésique de zoonites , appartenant à la région céphalique ; mais lorsque le développement devient plus actif, comme dans le cas de la multi- plication par bourgeonnement , dont les Syllis et nos Myrianides offrent des exemples, on voit un même anneau donner directe- ment naissance à deux ou à plusieurs zoonites , qui , en se repro- duisant à leur tour de la manière ordinaire , constituent une ou plusieurs séries intercalaires ; l'ensemble des produits segmen- taires représente alors une suite de groupes de zoonites, dont chacun s'allonge par sa partie postérieure , comme le faisait la série unique dans le cas précédent ; et bien que la tendance géné- rale des phénomènes génésiques soit restée la même , il en résulte que les mêmes lois ne régissent plus les connexions des parties entre elles. Or, ce phénomène, qui, dans la classe des Annélides, ne se manifeste que lors de la jiroduction de nouveaux individus par voie de bourgeonnement , et n'intervient jamais dans la con- stitution primitive de l'individu lui-même , se voit ailleurs pen- dant le développement de l'embryon, et modifie à certaine époque de la vie les relations des zoonites entre eux. Chez les Crustacés , par exemple , il paraît y avoir trois de ces systèmes ou séries génésiques de zoonites (1), dont l'allonge- ment peut se contiiuier après la formation du premier anneau de la série suivante , et il est à noter que ces groupes correspondent précisément aux trois grandes divisions du corps de ces animaux : la tête, le thorax et l'abdomen. Ainsi , on voit souvent la série (I) L'anneau caudal représente une quatrième série, mais ne donne pas nais- sance à d'autres zoonites , de façon que l'anus occupe toujours le dernier segment du corps DÉVELOPPEMEN ï DES A^^ÉUDES. 175 des anneaux Ihoraciques se compléter postérieurement à l'exis- tence de la série abdominale , et quelquefois aussi de nouveaux anneaux se constituer entre la portion céphalique du corps et le premier segment thoracique. C'est aussi dans ces points de par- tage que les anomalies par avortement ou par arrêt de dévelop- pement se rencontrent d'ordinaire , tant dans le système appen- diculaire que dans la portion fondamentale ou centrale de l'éco- nomie , et c'est peut-être faute d'avoir connu cette tendance génésicjue que M. Savigny et les autres zoologistes qui ont cher- ché à établir la concordance entre les appendices des Insectes, des Arachnides et des Crustacés , ne sont pas toujours arrivés à des résultats satisfaisants. Dans une autre occasion , je me pro- pose de traiter plus au long cette question , qui ne pourrait être discutée ici sans nous éloigner du sujet dont nous nous occupons en ce moment (l) ; mais il m'a semblé nécessaire de signaler le principe dont paraissent dépendre ces dilférences dans le mode de développement des zoonites chez divers animaux annelés, ne fût-ce que pour nous aider dans l'appréciation de ce qu'il peut y avoir de général dans les tendances génésiques dont les Anné- lides nous ont offert des exemples. Si . maintenant , nous comparons la manière dont l'économie se <;onstitue chez ces Vers chétopodes et chez les animaux conformés d'après d'autres types fondamentaux , les Vertébrés et les Mol- lusques , par exemple , nous y reconnaîtrons, dès le principe, des différences considérables , et nous verrons que ces différences sont en rapport avec les caractères dominateurs dans chacune de ces grandes divisions zoologiques. Ainsi , chez les Annélides , de même que chez les Crustacés, les ( t ) La disposition dont je viens de parler à l'occasion du développemenl des Annelés n'est pas particulière à ces êtres ; elle est plus générale, et, chez tous les animaux, les unités organiques dont se compose un appareil tendent à se consti- tuer en groupes secondaires . dont les parties périphériques se développent après les parties centrales, et offrent moins de fixité dans leurs formes et même dans leur existence. On comprendra facilement combien il est nécessaire de tenir compte de cette considération, lorsqu'on veut se servir du principe ilex rnnnexions [)Our arrivera la détermination de parties dont la forme change. 176 MILWE EDWJlRDS. — VOYACE EN SICILE. Myriapodes , etc. , c'est la région orale ou céphalique qui est le point de départ du travail zoogénique , et l'économie se complète peu à peu par la formation successive de nouveaux tronçons qui sont analogues à ceux déjà développés et à ceux qui y font suite. Chez les Mollusques , au contraire , c'est la région abdominale qui se constitue d'abord ; la portion céphalique du corps ne se forme que beaucoup plus tard, et souvent même elle avorte plus ou moins complètement. Enfin , chez les Vertébrés, comme on le sait, la ligne primitive , qui correspond au système céphalo-rachidien , se dessine dans toute sa longueur longtemps avant les autres par- ties de l'économie, et ce n'est pas d'avant en arrière, à la suite de ce système , mais autour de l'espèce d'axe ainsi constitué , que les autres parties de l'économie viennent se grouper. Or , le carac- tère le plus saillant de l'embranchement des Vertébrés est fourni par ce même appareil céphalo-rachidien ; les Mollusques se font surtout remarquer par la disposition des vis-cères que l'abdomen renferme , et la segmentation du corps , chez les Annelés , suffit pour faire reconnaître, au premier coup d'oeil , la plupart des êtres dont se compose cette grande division zoologique. D'autres différences également importantes à signaler dépen- dent de l'ordre de primogéniture de quelques uns des grands systèmes physiologiques de l'économie ; circonstance dont les anatomistes ont trop négligé la considération , et dont il est in- dispensable de tenir compte lorsqu'on veut comparer les formes embryonnaires des animaux supérieurs à l'état permanent des êtres dont le rang zoologique est moins élevé. Chez les Vertébrés, où l'appareil circulatoire doit acquérir une perfection très grande, et doit remplir un des rôles les plus importants, le cœur et les vaisseaux sanguins se forment, dès l'une des premières périodes de la vie embryonnaire , longtemps avant que le tube alimentaire se soit constitué, ou que le petit être en voie de formation ait acquis aucun des caractères propres aux animaux de sa classe. Chez les Annélides , qui , pour la plupart , sont aussi des animaux à sang rouge , le tube digestif se constitue , et fonctionne à une époque où il m'était impossible d'apercevoir la moindre trace de l'appareil de In circulation : je n'ai pu constater l'existence de DÉVELOPPEMENT DES ANNÉMDES. 177 vaisseaux sanguins , que lorsque le jeune animal avait depuis longtemps la forme générale qu'il devait conserver, et lorsciu'il était apte à l'exercice de toutes les facultés de relation dont son espèce est douée. Il paraîtrait que chez les Crustacés le cœur ne se forme aussi qu'à une période assez avancée du développement embryonnaire ; et suivant toute probabilité , il en est encore de même pour les Insectes , chez lesquels cet organe reste toujours sous la forme d'un vaisseau très simple , et ne semble jouer qu'un rôle fort minime dans l'économie générale de l'individu. Je me suis assuré par des observations multipliées que , sous le rapport de l'apparition tardive du cœur , les Mollusques se rap- prochent des animaux annelés ; et chez les Zoophytes , comme on le sait , cet organe n'existe à aucune période de la vie , et se trouve tout au plus suppléé par des instruments d'une imperfec- tion extrême. Ainsi, sous ce point de vue, de même que sous beau- coup d'autres rapports , l'embryon des animaux sans vertèbres diffère essentiellement de celui des animaux vertébrés , et ce der- nier ne représente jamais un type quelconque appartenant soit à l'embranchement des Mollusques , soit à la grande division des animaux Annelés , ou à celle des Radiaires. Ainsi tout tend à prouver que la distinction établie par la nature entre les animaux appartenant à des embranchements différents e^t une distinction primordiale , et les faits dont je viens d'entre- tenir l'Académie, loin d'être favorables à l'existence d'une seule série zoologique , fournissent de nouveaux arguments à l'appui des vues auxquelles j'ai fait allusion dans les premières lignes de cet écrit. EXPIJCATIOIM DES FIGURES FiG. 1 à 27. Embryologie de la Térébelle nébuleuse. Toutes ces fignres, excepté la première, représentent les objets grossis au microscope. Fig 1 . (PI. 5.) — Les œufs logés dans une masse albumineuse (i) qui adhère au bord de l'orifice du tube (a) habité par la mère. (Grandeur naturelle.) Fig. 2. fJEuf très jeune pris dans l'intérieur du corps d'une Térébelle, et mon- trant la membrane vitelline, la vésicule de Purkinje, et la tache proligère. i' série. Zool. T. III (Mars IS'i-'i ) 12 178 MIL^'E EDWARDS. — VOYAOE FN SICIT.E. Fig. 3. Œuf dont le développement est plus avancé, mais dont le vitellus est en- core transparent et incolore. Fig. 4. CEuf prêt à être pondu ; le vitellus est d'une couleur de rouille. Fig. 5. Larve au moment où elle commence à se mouvoir dans l'intérieur de la niasse albumineuse commune. Fig. 6. Larve un peu plus avancée et vue par son extrémité antérieure, pour montrer la ceinture ciliaire. Fig. 7. Larve d'un jour. — a, segment céphalique ; 6, segment cilié ; c, troisième anneau; X anneau anal Fig. 8. Larve encore apode , mais dont le développement est plus avancé. Un nouveau segment (rf) s'est formé entre l'anneau c et l'anneau anal. Fig. 9. La même, représentée dans une de ses poses anormales. Fig. 10. La même larve, lorsqu'elle a acquis cinq nouveaux anneaux et quatre paires de pieds sétifères. Dans cette figure , ainsi que dans les suivantes, les mêmes lettres sont employées pour indiquer les mêmes anneaux. Fig. 1 1 . La même larve' plus âgée. Un nouvel anneau (j) s'est formé entre l'anneau anal (X) ^t l'anneau {/) qui, dans la figure précédente, se touchent. On re- marque aussi que l'anneau h porte maintenant une paire de pieds garnis de soies : la collerette ciliaire céphalique est devenue très étroite, et on distingue très bien les diverses parties de l'appareil digestif. — p, bulbe pharyngien ; q, œsophage; r, estomac; s, intestin. Fig. 12. Tête de la même, grossie davantage, pour montrer lesorgaiies urticants qui se sont développés sur le bord du lobe frontal. Fig. 13. Larve un peu plus âgée, représentée de profil. — a, la tête; b. portion de la collerette ciliée qui s'avance pour constituer la lèvre supérieure : b' lèvre inférieure; 6" bouche. Fig. 14. Portion antérieure de la même larve, lorsque le lobe frontal (() com- mence il s'allonger et à se rétrécir. Fig. 15. (PI. 6.) — Larve parvenue a la fin de la première période. — (, ap- pendice antenniforme; b, restes de la collerette ciliée; 6', bouche dans l'inté- rieur de laquelle on remarque un mouvement ciliaire très rapide. Fig. 16 .appendice antenniforme de la même, grossie davantage , pour monirer le canal central et les organes urticants. Fig. 17. Un de ces organes urticants, grossi davantage Fig. 18. Larve au commencement de la deuxième période; les diverses parties sont indiquées par les mêmes lettres que dans les figures 10, M , 13, etc. Fig. 19. Portion antérieure de la même, sortant de son tube. L'appendice anten- niforme (() s'est beaucoup allongé, et la lèvre supérieure est devenue mince et semi-circulaire. Fig, 20. La même plus îigéc, et représentée dans son tube (c'). Fig. 21 . La même, lorsque le premier appendice frontal ((') est devenu filiforme et qu un second appendice (l'-j commence à se développer. niiVEf.OPPEMEÎNT DKS AN\ÉI,ID1:S. 179 Fig. 22. La nii^ine larve plus âgée. On dislingue des vestiiîcs d un quatrième cl même d'un cinquième appendice frontal ; les yeux ont disparu, et on remarque sur l'anneau céplialique plusieurs petits point.? oculiformes. Pie. 2.3; (PI. 7.) — Une larve dont les cirrhes frontaux sont contractés, et dont les pieds montrent des crochets aussi bien que des soies subniées. Fig. 24. Larve à la fin de la seconde période. Fig. 25. Portion antérieure dune de ces larves, représentée à l'époque où les branchies commencent à se former. — a, branchie de la première paire, 6. branchie de la seconde paire ; c, tube. Fig. 26. La même, lorsque les branchies des deux premières paires sont devenues rameuses et contractiles. Fig. 27. (PI. 8.) — La même Térébelle à l'étal parfait. (Grandeur naturelle.) Fig. 27 bis. Portion antérieure de la même, représentée de profil , pour montrer les trois paires de branchies de l'animal adulte. Fig. 28. (H. 7.) — Masse dœufs appartenant probablement à une petite espèce de Térébelle. Fig 29 à .'52. Larves provenant de ces œufs, et représentées dans différentes poses. Fig. .33. L'une de ces larves, un peu nlus développée. Fig. 34. Larve d'une autre espèce de Térébelle. Fig. 3-5. La même, un peu plus Sgée. Fig. 36. La même, encore plus âgée. Fig. 37. Masse d'oeufs d'une Annélide de famille indéterminée. Fig. 38 et 39. Larves provenant de ces œufs. Fig. 40. Larve d'Annélide d'origine inconnue, mais remarquable par l'existence de trois bouquets de cils vibratiles sur le lobe frontal. Fig. 41 . Larve d'une Annélide pélagique ( probablement une Amphisome ) : lon- gueur, 2 lignes — a, tête; b, collerette ciliaire; c, pieds sétifères; X anneau anal. Fig. 42 à 56. — (PI 9 ] — Emuryologie de l.\ Protcle élégante. Fig. 42. Fragment de pierre sur laquelle se trouvent des tubes de Protules, dont deux portent à leur orifice des masses d'œufs; trois de ces animaux sortent de leur gaine, et montrent leur couronne branchiale Fig 23. Œuf non fécondé. Fig. 14. Œuf prêt à être pondu. (Grossissement, 4S0.) Fig. 45. Œuf dont le développement commenee- Fig. 46 à 49. Développement de l'embryon dans l'intérieur de l'œuf. Fig. 80. Larve au moment de sa naissance — a. segment céphalique ; 6, seg- ment cilié; X segment anal. Fig. '■) 1 , 52, 53. La même larve, observée a des époques successives ; le nombre des anneaux augmente, mais on n'aperçoit encore aucun vestige de pieds. ISO MILXE EDWARDS. — VOYAGE F.N SICILE. Fig. 34. L'une de ces larves de Protule a la fin de la première pt'riode; elle a maintenant quatre paires de pieds garnis de soies subulées (c, d, e, f) et un anneau apode (51) suivis de lanneau anal (X)- Kig. 55. La même, lorsqu'elle commence à construire sa gaine (c) et que les premiers vestiges des lobes branchiaux se montrent (n' ,a'). Fig. 36. (PL 10.) — L'animal à l'étatadulle. FiG. 57 à 62. Développement des Néréides. Fig. 57. Larve de Néréide, ayant environ 1 ligne de long , et ne portant encore que quatre paires de pieds sans cirrhes ni branchies. Fig. 58. La même, un peu plus âgée. Fig. 59. L'un des pieds de la même, isolé et vu de champ. Fig. 60. L'une des mâchoires de la même. Fig. 61 . Larve de la même espèce , dont le développement est plus avancé; les pieds se sont garnis de leurs appendices filiformes, et le nombre des anneaux a beaucoup augmenté. Fig. 62. (PI. 11.) — Le même animal, plus avancé en âge. Fig. 63. Pied du même. Fig. 64. L'une des soies, grossie davantage. Fig. 65. MïRiANiDE A BANDES [Mijrianida fasciata , Nob.), grossi au double. On remarque à la partie postérieure de cette Annélide une série de six petits , qui se sont développés successivement par bourgeonnement. Fig. 66. Tête et portion antérieure de la même, gro-isie davantage. Fig. 67. L'un des pieds. Fig. 68. Soie de ces pieds. Le genre nouveau que je propose de designer sous le nom de Mtbianide est assez voisin des Phyllodocées , et peut être caractérisé de la manière suivante : Tête courte et élargie, portant quatre yeux el trois appendices antenniformes , fo- liacés, fixés sur la nuque; point de mâchoires; deux paires de cirrhes tentacu- laires ; pieds à deux rames coniques , la rame dorsale portant à son extrémité un grand cirrhe foliacé ; la ventrale garnie d'un faisceau de soies , et dépourvue do cirrhe ; point de branchies proprement dites. L'espèce figurée ici est remarquable par les bandes transversales d'un jaune de soufre, qui, sur le dos, relèvent le blanc mat de tout le reste du corps. Cette jolie petite Annélide a été trouvée sur la côte rocheuse de l'île de Favignana. Additions au Mémoire précédent. Depuis la lecture de ce Mémoire à l 'Académie des Sciences, le *23 et le 30 décembre 1844, et la publication des principaux ré- DÉVELOPPEMENT DES AiWlîl.lDES. ISl sullalsqui s'y trouvent consignés (1), M. Sars a fait paraître dans les Archives de M. Erichson (cahier de janvier 1845) une note sur le développement et les métamorphoses de la Pcdynoe cirmia (2) , et les observations de ce naturaliste habile cadrent si bien avec les faits dont il vient d'être question , que je crois devoir les citer à l'appui des conclusions déduites de mes propres recherches. En effet, quoique la Polynoé soit une Annélide Errante, et qu'elle s'é- loigne des Térébelles autant qu'aucun autre Ver du groupe des Chétopodes, elle naît sous la forme d'une larve qu'on peut à peine distinguer de l'une de nos plus jeunes Térébelles ou d'une larve de Protule. Malheureusement , M. Sars n'a pu suivre le dévelop- pement ultérieur de ces Annélides ; mais le fait de la ressemblance si complète entre des larves appartenant à des types secondaires si différents est en lui seul un résultat plein d'intérêt. Les œufs de la Polynoé se trouvent en paquets sur le dos de la mère , et sont de couleur brunâtre. La larve , de forme ovoïde et de couleur verdâtre , porte en avant de la ceinture ciliée un lobe céphalique terminé par un petit bouquet de cils, et renfermant deux points oculiformes noirâtres. La bouche est transversale , cl se trouve en arrière de la collerette ciliaire. Enfin l'extrémité anale ne paraît pas avoir de couronne ciliaire , comme chez les Téré- belles. M. Sars a observé sur les fucus de petites masses d'œufs verdàtres qui devaient appartenir à quelque autre Annélide, et qui ont donné naissance à des larves très analogues aux précédentes. J'ajouterai encore que je viens de trouver sur la côte de Bou- logne des paquets d'œufs d'Annélide dont la couleur est égale- ment verte, et dont les larves, longues d'environ 1/5 de milli- mètre, étaient ovoïdes et divisées en trois segments par une large ceinture ciliée; le segment antérieur ou lobe céphalique était garni d'une bordure de petits filaments urticants assez semblables à ceux qui se développent sur le lobe antennaire des jeunes larves de Térébelle , et l'extrémité postérieure était garnie d'une très petite touffe de cils vibratiles. Ces larves devaient appartenir à (1) Voyez \ei Comptes-rendus de l'Acndémie, séance (lu 30 décembre I 8?i4. ('2) Znr EidirickeliiiKj der Anneliden, von M. Sars [Aixhiv fiir Miilunieschiclili , It I, |i. Il Itcilin, 1«ia). 182 PINEAl'. — SUR LE UliVELOl'PEMEM' une espèce distincte de toutes les précédentes , et dans une autre occasion j'espère pouvoir en suivre les métamorphoses. Dans le cahier des Archives de M. Erichson, où a été pubhé le travail de M. Sars , on trouve aussi une note de M. Mag. OErs- ted (1) , sur le développement d'un autre genre d'Annélide Er- rante qui paraît être voisin des Œuones , et qui a été désigné par ce zoologiste sous le nom d'Exogone. M. Mag. QErsted n'a pas ' été témoin des premières métamorphoses des larves de ces Vers ; mais il les a observées lorsqu'elles étaient encore complètement apodes , puis lorsqu'elles avaient quatre paires de tubercules pé- diformes, mais pas de soies ; et il est à noter que tous les phéno- mènes génésiques qu'il signale sont du même ordre que ceux que j'ai décrits chez les Néréides. Ainsi les observations nouvelles de ces deux Naturalistes Scan- dinaves tendent à conlirmer et à généraliser les conclusions dé- duites des faits exposés dans le précédent Mémoire (2). RECHERCHES SUR LE DÉVELOPPEMENT DES ANIMALCULES INFUSOIRES ET DES MOISISSURES ; Par M. F. PINEAU, D.-M.-P. Dans les recherches qui vont suivre, je me suis proposé d'ob- server les premiers phénomènes appréciables qui accompagnent l'apparition des animaux et des végétaux microscopiques dans l'eau chargée de substances organiques. Parmi les observations qui ont trait à ce sujet, il en est peu qui puissent inspirer la confiance. Les unes datent d'une époque an- térieure au perfectionnement du microscope , les autres sont en- tachées d'un esprit de système qui perce dans les résultats. En (1) Ubcr die EiUicickelung der junijen bei einer Aniielidc und nbcr die aiisseren l'iUersL-liii:de Zwischeii. beiden GeschleclUen , von Mag. Œrsted {Arch. fiir Natur., 1843, B. I, p. iO). (2) Lu suite 3 un procliuin l'iihier. DES A.MMALCl I.l'S IMlSOlUIiS. 1 80 outre, les auteurs inodernes lus plus recommaudables, qui se sont occupés des animaux inl'usoires, ne les ont guère étudiés que dans leur état de développement complet. Je crois donc n'avoir pas entièrement perdu mes peines en tâchant d'approfondir par de nouvelles observations l'intéressante question de l'origine des Infusoires. '■• Au reste, mon intention n'est pas ici de faire l'historique des travaux antérieurs sur ce sujet; ils sont connus de tous les micro- graphes, les seuls auxquels cet écrit s'adresse. Je m'empresse donc d'arriver à l'exposé de mes observations personnelles. § I". Développemeut des animaux infusoires. {"Observation. — Un morceau de chair musculaire de veau, mise en infusion dans de l'eau de puits, à l'air libre, m'a présenté les faits suivants : Au bout de 30 heures, on distinguait à l'œil nu, autour de la substance en infusion, un léger nuage blanchâtre , dans lequel le microscope me fit découvrir une immense quantité de Bacterium termo Hu}. Du reste, le liquide ne contenait aucun autre infu- soire. J'examinai ensuite un petit faisceau musculaire , pris à la surface du morceau de veau. Son tissu s'était considérablement ramolli, de sorte que ses stries normales étaient en grande partie effacées, et qu'en un certain point de son étendue, il ne présentait plus qu'une pulpe homogène. Plus loin , la fibre musculaire s'é- tait transformée en une substance composée de granulations irré- gulières et extrêmement ténues. Cette substance granuleuse, déjà signalée par Burdach (1), précède toujours l'apparition des êtres organisés des infusions, tant animaux que végétaux, comme nous le verrons dans la suite. Un peu plus loin , ces granulations offraient la forme et toute l'apparence de Baclerium, mais sans présenter de mouvement. Enfin, à l'extrémité de la fibre, on voyait de véritables Bacterium, doués de leurs mouvements caractéristiques . qui s'échappaient (I) Voyez Rnrdach, l'hijsml. , Iniil Jminl.in, I II, [i 12:!. 184 PIXEAU. — SUR LE DEVELOPPEMEM eu foule de la masse commune , pour se répandre dans le liquide environnant. Au moyen de la percussion, que j'opérai avec la pointe d'une aiguille sur la petite plaque de verre crui recouvrait le sujet de cette observation, je facilitai la séparation des Baclerium vivants de ceux qui étaient encore immobiles , et il ne resta bientôt plus que ceux-ci attachés à la fibre musculaire. Cependant , à chaque mouvement que je continuais à imprimer, il s'en détachait encore quelques uns, mais ils restaient immobiles dans son voisinage ; ou du moins, ils ne présentaient plus que le mouvement brownien, commun à toutes les particules inertes , et qu'il est facile de dis- tinguer du mouvement progressif des Bacterium vivants. Cette observation, répétée un grand nombre de fois sur diffé- rents tissus, animaux et végétaux, m'a toujours offert des résultats identiques; et j'acquis ainsi la conviction que, dans ce cas, la sub- stance organique , mise en infusion , se transformait elle-même, par voie de division , en animalcules qui acquéraient par degrés les caractères de l'animalité. Au bout de G jours, la substance musculaire s'était considéra- blement ramollie, et on en voyait flotter des flocons en partie ar- rivés à l'état granulé. Les uns offraient le spectacle de la forma- tion des Bacterium, tel que nous venons de le décrire; d'autres offraient, en outre, des phénomènes différents. L'un de ces derniers est représenté fig. 8, PI. 4 bis. Sur une partie de sa surface , on ne voit que des granulations uniformes (fig. 8, a); mais sur l'autre partie, on distingue une trame aréo- laire obscure , dont les mailles circonscrivent , sur la substance granuleuse, des espaces d'environ 0"'"',0075 de largeur (f. 8, b). Sur d'autres fragments , cette trame était plus prononcée (f. 9); les contours des cellules, d'abord mal définis, étaient devenus plus tranchés, et chacune d'elles tendait à s'individualiser davantage, de manière à former autant de globules. Enfin , dans la fig. 10, chaque globule est devenu entiôrenient distinct de ses congénères, et ceux qui sont placés sur le bord se séparent des autres , tout en y restant encore unis au moyen d'un filament extrêmement délié (f. 10, a, a). DES AMllALCULES liSKUSOlRES. 185 Ici nous avons sous les yeux la formation du Monas lens Duj. dans toutes ses phases. Il n'y manque que le mouvement. Or, ce signe caractéristique de l'apparition de la vie ne tarde pas à se manifester. Parmi les globules qui ne tiennent plus à la masse que par leiu" filament, on en trouve quelques uns qui sont doués d'un faible mouvement d'oscillation. Chez d'autres, ce mouvement est plus fort ; enfin, j'eus le plaisir d'en voir, à plusieurs reprises, qui finis- saient par se détacher, et qui acquéraient de la sorte une vie com- plètement indépendante (f. 10, b,b). Ils ne différaient alors en rien des Monades qui nageaient dans le liquide de l'infusion. A l'appui de cette observation , je crois pouvoir citer celle de Czermak, rapportée dans la Physiologie de Burdach (i). En effet, cet auteur affirme avoir vu des globules (Monades?), d'abord adhérents à la membrane granuleuse, acquérir peu à peu le mou- vement, et finir par s'en détacher, ainsi que je l'ai observé moi- même. 2" Observation. — Une infusion de colle de poisson me pré- senta des faits entièrement semblables, et j'y pus suivre, de plus, le développement de VEuchehjs oi-ata Duj. Pour éviter des redites inutiles, je ne m'appesantirai pas sur les premières périodes de son développement , qui ne diffère en rien de ce que je viens d'exposer au sujet du Monas lens. D'abord le morceau de colle de poisson offrait en partie l'aspect granuleux, en partie la formation d'une trame aréolaire. — Fig. 1 1 , a, b, c. Globules séparés de la masse, parvenus à différentes gros- seurs. — Fig. 12. Un de ces globules, ayant pris la forme ovalaire ; dans cet état, il atteint presque les dimensions de VEitchelys;mei}i, il reste immobile, et ne présente pas de .cils vibratiles. Enfin, dans la fig. 13, les cils se sont développés, et avec eux la faculté loco- motrice est venue. 3' Observation. Une infusion de différentes plantes , dans la- quelle il s'était produit un nombre très considérable de Vorticelles, me mit à même d'étudier le développement de cet Infusoire dans (I) Vdvez Bunlutl] (,„• ,it . t II p 4ii. 186 PIÎ^EAU. — SUR LE DliVEI.OPPEME.NT tous ses détails, et de découvrir quelques faits intéressants sur les transformations qu'il subit dans sa jeunesse. Le premier indice d'organisation qu'il me fut possible de dé- couvrir au milieu des nombreux débris de végétaux qui surna- geaient à la surface du liquide fut ici, comme précédemment, une matière granuleuse (f. là, a), qui se divisait en globules sphé- riques , dont le diamètre était de 0°"",O12 (f. \l\, b). Sur quelques uns de ses globules, plus avancés en organisa- tion, je distinguai quelques expansions rayonnantes dans un état d'immobilité complète (f. 14, c). Ailleurs, ces globules étaient plus distincts, et quelques uns étaient séparés des autres (f. 15). Ils étaient tous munis de rayons dans lesquels il était possible de distinguer un mouvement d'oscil- lation extrêmement lent. Dans cet état, il était impossible de ne pas reconnaître une espèce du genre Actimphrys Ehr. , dont les globules de la li- gure 14 étaient une première forme. D'abord les expansions rayonnantes offraient entre elles une similitude complète ; mais, par suite des progrès du développe- ment , l'une d'elles venait à, se fixer sur un corps voisin et prenait un accroissement supérieur à celui des autres. On avait alors la forme représentée fig. 16 [Actinophrys pecli- cillala Duj.), qui était liée à la forme de la fig. 15 par tous les degrés de transition possibles. Parmi ces animalcules, on en rencontrait d'autres (f. 17) qui n'en différaient que par leur figure [)lus ou moins pyriforme. Dans ce dernier état, les rayons étaient doués d'un mouvement très lent ; le pédicule était privé de contractilité ; et on remarquait, de plus qu'aux animalcules précédents, la trace d'un orifice circulaire à la partie supérieure de l'animal (f. 17, a). Je ne sais si cette forme ne doit pas être rapportée au genre Acinète Elir. Quoi qu'il en soit, l'animalcule en question présentait différents degrés de grosseur entre celle de la figure 17 et celle de la fig. 18. Dans cette dernière , l'orifice s'est agrandi . et son bord s'est garni d'une couronne de cils vibraliles 1res manifestes (f. 18, n). DES ANIMALCULES INFLSOIKES. 187 Dans la fig. 19, de nouvelles modifications sont survenues. Les rayons ont disparu; le pédicule, jusqu'alors immobile, devient doué de contractilité. C'est alors une véritable Vorticelle. Ce- pendant, ce n'est qu'un peu plus tard, lorsque l'animal a acquis un nouveau degré de développement, qu'un lui voit prendre, lors de son mouvement d'expansion , la forme campanulaire propre aux Vorticelles (f. 20). Je crois que l'animal ici représenté est le f'orticella infusionum, variété sans stries de Uujardin. On voit , d'après cet exposé , que l'on avait distingué sous dif- férentes dénominations divers degrés de développement d'une même espèce. C'est un cas qui a dû se présenter à propos de beaucoup d'autres Infusoires, et qui demande de nouvelles re- cherches. § II. Développement des moisissures. 1" Observation. — Une infusion de pain me présenta, jusqu'au sixième jour, par une température de 1 ou 12 degrés R. , le spec- tacle de la production d'un nombre considérable de Baclerium lermo, Fibrio lineola et Monas leiis. Au bout de ce temps , la fermentation acide s'étant déclarée, tous ces animaux furent frappés de mort, et le liquide se couvrit d'une pellicule granuleuse uniforme (f. 21). La surface du morceau de pain était aussi couverte de granu- lations, et on voyait nager dans l'eau de l'infusion de nombreuses parcelles plus ou moins réduites à l'état granuleux. Le lendemain , je découvris dans la substance granuleuse de la surface du liquide des traces de division, sous la forme d'un ré- seau à mailles polygonales larges de O'""',003 (f. 22), dont quel- ques unes se séparaient des autres sous l'action du compresseur (f. 22, a). Je vis aussi la même formation de globules dans la substance granuleuse adhérente au morceau de pain. Douze heures s'étant écoulées, ces globules offraient des con- tours ])arfaitement arrêtés, et ils commençaient à prendre la forme ovalaire (f. 23). En continuant mes recherches, je découvris de petites plaques rSS PIWEAU. — SUR LE DÉVELOPPEMKM isolées, composées de globules ovalaires, de dimensions plus con- sidérables que les précédents (f. 24). Us étaient encore unis entre eux, et l'on pouvait les voir, sous le champ du microscope, flotter ensemble dans le liquide sans se séparer. 11 fallait même des per- cussions répétées sur la plaque de verre pour en isoler quelques uns. Enfin, quelques heures après, le liquide tenait en suspension un grand nombre de globules mycodermiques isolés , qui prove- naient évidemment de la division des plaques précédemment ob- servées. Ces globules ne tardèrent pas à s'allonger et à former des filaments (f. 25 et 26), qui donnèrent naissance au Pénicil- lium glaucum Link. , représenté fig. 27. J'éprouvai , je l'avoue , un vif sentiment de plaisir en décou- vrant une pareille uniformité dans la succession des phénomènes qui accompagnent la formation des organismes inférieurs dans les deux règnes. En effet , cette ressemblance est telle , qu'il est impossible de distinguer une Monade d'un globule mycodermique dans les premières phases de leur développement. Le lait est, comme on sait, une substance des plus favorables à la production des moisissures. Turpin ayant avancé que ce sont les globules graisseux du lait qui deviennent eux-mêmes autant de filaments mycodermiques, je portai toute mon attention sur ce point, et je dois déclarer que je ne trouvai nullement l'opinion de ce savant en harmonie avec les faits. J'ai observé à plusieurs reprises la production du Pénicillium cjlaucum sur le lait , et les phénomènes ont toujours été en tout semblables à ceux que j'ai rapportés f)lus haut. D'abord, il se for- mait à la surface du liquide une membrane granuleuse uniforme, qui se divisait en globules. Chacun d'eux devenait , en s'allon- geant, un filament mycodermique, d'où provenaient, au bout de quelques jours, des tiges de Pénicillium glaucum. 2° Observation. — Sachant, d'après les expériences de M. Du- trochet, que l'on peut , pour ainsi dire , faire naître à volonté des | moisissures en ajoutant une faible quantité d'acide dans une in- fusion , je déposai quelques gouttes de vinaigre dans une infusion de colle de poisson. 11 ne s'y développa [kis un seul animalcule ; r»KS AMMAI.CII.ES IXFUSOIKF.S. 18!) mais, en revanche, elle se couvrit, comme je m'^ attendais, d'une ford't de moisissures. La substance granuleuse formée à la surface de cette infusion arrive d'abord en partie à l'état aréolaire. Plus tard, les globules ainsi formes deviennent libres, et nagent à la surface du liquide, puis quelques uns ofl'rent une petite excroissance , qui devient en grossissant un globule semblable au premier. Ce second globule en forme un troisième, et il se produit de la sorte des séries moniliformes. Enfin, au bout d'un certain temps, le dernier globule de la série s'allonge considérablement, et la réunion de ces filaments finit par produire un épais thallus. C'est dans cet état que j'ai été forcé d'abandonner cette expé- rience, de sorte que je ne saurais dire quelle est l'espèce de moi- sissure qui devait en provenir ; mais mon but principal était at- teint, et cette question n'olTrait plus qu'un intérêt secondaire. Tel est le résultat auquel je suis arrivé sur un des points les plus délicats de l'étude des êtres microscopiques , et sur lequel j'appelle l'attention des observateurs , avec d'autant plus de con- fiance, que ce n'est qu'après de nombreuses tentatives et des ob- servations maintes et maintes fois répétées , que je suis arrivé à une entière certitude à ce sujet. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 4 bis, FIG. 8-27. Nota. Toutes les figures ont été dessinées à un grossissement de 400 dia- mètres. Fig. 8, 9, 10. Développement du Monas Icns. Fig. 11, 12, 13. Développement de l'fuc/ic/i/s ova/fi. Fig. 14-20. Développement du Vorticella infusionum Fig. 21-27. Développement du Pfnici7/iMm j/fiMcum. 190 OBSERVATIONS DIVlîRSES. OnsERVAiioNs sur les globules du sang du Paressnu à deux doigts (Bradypus didactylus). Far M. G. GUI.I.IVI:R (1). Dans cette note, l'auteur compare les globules du sang de l'Ai avec ceux fie quelques autres Mammifères ; il a constaté que ces corpuscules sont re- marquables par leurs dimensions. En elîet, ils sont presque aussi grands que chez l'Éléphnnt, qui, de tous les Mammifères dont le sang a été étudié au microscope, est celui dont les globules sont les plus gros. Voici les mesures données par M. Gulliver : Elephas indiens, jj-^ (fraction de pouce anglais) ; Brailypus didmtij- lus, j-jj-j ; Balœna Boups , j^'^ ; Hydrochimis Capybarn , -j^^s • Phoca vi- tulina, jYrî> Dasyptis villoms, -j^^; Myopotamus coypus, jjg^; Pitliecns satyi'us, jj'j3 ; Dasypus sexcinctits, 3X37- .Sdr /r Colossochelys atlas, lorlue fossile gigantesque décourerle dans l'Inde; Par MM. FAI.CONER et CAUTI.ET (2). Cette espèce , remarquable par sa grande taille , ne paraît ditîérer par aucun caractère essentiel de Vk'iuys tcclnni, qui vit aujourd'hui dans l'Inde, et cependant elle a été trouvée dans les couches tertiaires des montagnes Sivalik , associée ii des débris de quatre espèces perdues de Mastodontes et d'Éléphants, d'ossements de Rhinocéros, d'Hippopotame, de Cheval , d'Anaplolherium , de Sivatheriuni , de plusieurs espèces de Quadrumanes et de Crocodiles, dont quelques uns paraissent être des es- pèces détruites, tandis que d'autres sendjlent être idcntiipics aux espèces qui habitent maintenant dans les rivières de l'Inde (le C. Inngirostris , par exemple). La carapace du Colossochelys devait avoir plus de 12 pieds de long et 6 pieds de large. RECHEnCHEs si/r les diverses espèces de cires ; Far H. S.T-WV. ( ExlrailJ (ô). Parmi les dilTérentes espèces de cires dont M. Lewy s'est occupé, se trouve la cire des Mélipones, que l'on connaît dans l'Amérique espagnole (1) ylnn. ofnat. History, feb. 184.5, p. 123. (2) Ann. ofnal. Hist. jan. 1845, t. XIV, p. .'iOI , ol 1 XV, p. !>">. (3) Ann. dcChim. el de Plujs., 3' série, l. XIII, p. 138, l'iiBi.ir.ArioNs NoiiVKF.i.ES. loi sous le nom de i'fm Je A/s AïKlin/iai's. Celle iiialiùre dillere iiotablomi'iu de la cire des Abeilles; car au lieu d'être composée de cérine, de myri- cine et d'une substance particulière appelée Cih-oléme , elle est formée essenliollemcnt de cire de palmier, de cérosino ou cire de la canne à sucre ; ce qui lendrait à faire supposer que ces Insectes ne la produisent pas au moyen d'un travail sécréloire, mais la recueillent simplement sur les plantes. De i.'Inflif.nce dex Tnnjiènilurcs c.rfn^mcs de inhiiosplure sur lu proiliiction de l'aride fiirboniiine dans la n'spiralion des animaux à sanif- .■ • ■ ' 1 (le Rio de Janeiro. . i i de Rio de Janeiro. . Mytilus i ' '^'' ''' '''""' ■ ( 3 de la Patagonic et de la Plata Pholas !''!'•" '<'» '!« ^i'"''""' ■ ! t 3 de Patagonie. ... Maclra ' ^ ''" "'" '''^ Janeiro. . ) ■ ■ ' ■ ( I de Palasonie . Tcllina . Petrlcola Arthemis Venus. . Avicula . i 3 2 de Rio de .lanciro. . . 2 3 de Patagonie 3 I de Patagonie. t 1 de Rio de Janeiro. . i 5 de Rio de Janeiro. . I de Rio de Janeiro. . i 2 Arca I Mytilus. . . . ' Pholas Solcn { Donai ! Tellina Pctricoia • ■ • , .Vrthcmis . . . Venus. . . . Avicula. . . . Pecteii Ctiama Tereliratula . . Anoniya. . . . Ostrea 4 esp. de Payla. ■ ■ ■) i — de Guayaquil. . > 9 1 — de Cobija. . . . ) 1 de Payta N 2 du Callao ( „ 1 d'Arica i 1 de Valparaiso. . . . / 1 de Payta 1 1 de r.oquimbo. . . • i o 1 de A'alparaiso. . . . ( " 3 de Payla ) ^ 1 du Callao ) 3 de Payta -3 2 du Callao ■) l dAriea. Callao. • . [ * 1 de Payta ) 1 d'Ariea ") I de Payta ( 3 1 du Callao j 3 du Callao ^ q G de Payta ) ' 1 de Payla -1 1 de Payta -1 I de Payta 1 1 de Ciiquimbo 1 de Pajia 1 1 de Payta i „ I de liuayaquil. . . . f " 204 *■ D'ORBIGRIÏ. — SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE ment distinctes, quand une barrière terrestre s'étendra vers le pôle et leur servira de limites, et que les courants généraux vien- dront empêcher les espèces de remonter vers leur origine , en sé- parant encore plus ces deux mers. Il est probable que les régions placées tout-à-fait à l'extrémité du continent américain, à la Terre de Feu, par exemple, ont une faune commune aux deux océans, puisque, sur ce point, s'opère à la fois le partage des eaux et des deux séries de côtes. Néan- moins , le bras du détroit de Magellan étant assez faible , et les eaux très froides qui baignent le cap Horn ne nourrissant que des Mollusques peu nombreux et spéciaux ([ui ne -peuvent sans doute vivre sous une température différente, il n'est pas étonnant de ne trouver, à peu de distance de ce point de dépari , qu'une s^ule espèce commune aux deux mers à la fois. Dans un autre Iravail du même genre sur les Foraminifères de l'Amérique méridio- nale (1), le produit d'un sondage fait en dehors du cap Horn m'a donné cinq espèces, sur lesquelles quatre se retrouvent dans les régions froides de l'océan Atlantique, et une dans le Grand-Océan. Ce résultat prouverait, comme on devait le supposer, que l'extré- mité méridionale est le point de départ des deux faunes. Mais, relativement à l'espèce de Gastéropode commune aux deux océans, (le Siphonaria Lessonii de M. de Blainville), si l'on examine ses limites d'habitation , il est facile de s'apercevoir que c'est , de toutes les espèces américaines, la plus indifférente à la tempéra- ture, puisqu'elle habite simultanément, dans le Grand -Océan, les zones froides, tempérées et chaudes, depuis le détroit de Magellan jusqu'à Lima; et dans l'océan Atlantique, du détroit de Magellan jusqu'au nord de la Plata. Ainsi , tout en faisant exception , elle serait la seule espèce qui , en suivant les courants généraux dès leur point de séparation vers l'archipel de Chiloé, les accompagne longtemps des deux côtés de l'Amérique. Cette exception, dont j'ai cherché à expliquer la valeur, n'em- pêche pas que 301 espèces ne soient séparées dans leurs océans distincts. Ce fait curieux de répartition géographique trouve sou fl) Foraminiferi's du l'mjmjr ilans l'.inn-nqiif iiirndioiwlc. t V. DES MOLLliSOilES CÙTIERS MARIXS. 205 application immcdiate à la Paléontologie générale, car il peut ex- pliquer comment deux bassins géologiques tertiaires assez peu éloignés peuvent montrer deux faunes entièrement distinctes et pourtant contemporaines. En efl'et, dans les conditions actuelles où se trouvent les deux faunes de l'Amérique méridionale, si, au lieu d'exister aujourd'hui , elles appartenaient au domaine de la géologie, une seule espèce leur étant commune, ne pourrait-on pas, d'après leurs dilTérences spécifiques, croire qu'elles appar- tiennent à deux époques distinctes? Passant à un autre ordre de faits, je vais comparer entre elles et successivement , par régions de température , toujours sous le rapport numérique , les deux séries de faunes propres à l'océan Atlantique et au Grand-Océan. Faune côtière de l'ociVin Atlantique. Afin de donner tous les éléments de contrôle désirable et de re- chercher la vérité, je vais examiner, par localité , les limites res- pectives des espèces. Faune côtière des iles ^faIouines. J'ai, aux Malouines, sept espèces, qui toutes sont spéciales à ces îles, sans se rencontrer sur les côtes voisines de la Patagonie. Si je cherche les causes de cet isolement remarquable , les cou- rants, si bien observés par M. Duperrey, me l'expliqueront. J'ai dit que l'un des bras du courant qui passe au cap Horn se dirige vers les îles Malouines, tandis que l'autre suit le littoral , de sorte que les eaux qui baignent ces îles ne rejoignent plus ensuite le lit- toral du continent. Il en résulte qu'il ne peut y avoir en espèces communes que les coquilles qui, parties du cap Horn, ont tou- jours accompagné les courants côtiers. Faune côlUre de la Paliigonic «eptentrionale. J'ai recueilli sur les côtes de la Patagonie septentrionale, du 39' au 43° degré de latitude sud , soixante-quatorze espèces ainsi ré- parties. "206 A. D-ORBICNY. — SUR L,\ DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE Espèces spéciales à la Patagonie septentrionale . . 49 Espèces communes à la Patagonie et à la Plata 13 Espèces communes à la Patagonie, à la Plata et à Rio de Janeiro. . . 12 Il résulte de ces chiffres que les espèces qui se trouvent seule- ment en Patagonie sont du double plus nombreuses que les es- pèces voyageuses ; que vingt-cinq se rencontrent sur tout le littoral compris entre les SI"' et 42° degrés de latitude sud, et que, sur ce nombre, douze (1) plus indifférentes encore à la température ont été transportées par les courants, du 4'i° au '2'6' degré, ou sur l'immense étendue de 19 degrés en latitude, en traversant toutes les zones de chaleur. Faune côtièrc marine du Rio de ta Plata. Les espèces que j'ai observées près de l'embouchure du Rio de la Plata, du 33° au 35° degré de latitude sud, sont ati nombre de tretUe-si.r ainsi distribuées : Espèces spéciales à la Plata 7 Espèces communes avec la Patagonie septentrionale 13 Espèces communes avec la Patagonie et Rio de Janeiro 12 Espèces communes avec Rio de Janeiro 1 Ici , les résultats sont différents, le nombre des espèces propres est moindre du quart, cl l'on n'y trouve, en dehors des espèces communes avec la Patagonie, qu'une seule propre au Brésil tro- pical. Il faudra naturellement en conclure que, par suite des cou- rants généraux qui les baignent continuellement et apportent du sud au nord les Mollusques côtiers, les côtes voisines du Rio de la Plata se trouvent dans les mêmes conditions d'existence que la Pa- tagonie septentrionale, et que, dès lors, elles appartiennent en- core aux régions tempérées. Il ressort aussi du petit nombre d'espèces propres aux côtes marines-de l'embouchure de la Plata, que les plus grands affluents (1 ) Ces espèces sont les suivantes : Chemnitzia americana, Olioancittaria bfa- siliensis, aurimtaria, Votuta brasiliana , Buccinanops Lamarclm , Crepidata protea , C. uculeala , Larignon plicalula , Venus puiyuralii , sinuoxa , Oslrea pulehniia, Lurina snniirliculiila. ))l;S MOLLllSQUES CÔTIERS MARINS, '207 n'ont aucune influence sur la composition des faunes locales qui les habitent, puisqu'il l'exception de quelques espèces presque fluviatiles, la faune marine n'éprouve aucune modification. Faune côtière de Hio de Janeiro [Brésil). Rio de Janeiro et les autres points du Brésil voisins du tropi- que du Capricorne m'ont donné soixante-dix-huit espèces, dans les conditions suivantes : Espèces propres au Brésil tropical 65 Espèces communes avec la Plata seulement 1 Espèces communes avec la Plata et la Patagonie septentrionale. . 12 Je trouve ici des résultats plus rapprochés de ceux obtenus en Patagonie que des résultats donnés par la faune de la Plata. En elïet, les espèces propres sont cinq fois plus nombreuses que les espèces voyageuses. On s'aperçoit, dès lors, que l'inlluence des courants diminue considérablement, et qti'une faune spéciale aux régions tropicales commence à se montrer. Cela est si vrai, que l'ensemble des Mollusques côtiers de Bahia et de Pernambuco ne contient déjà plus d'espèces de la Plata et de la Patagonie. On doit donc croire que l'influence des courants se fait sentir jusqu'au 23" degré seulement, ou jusqu'aux limites tropicales, et (jue là commence une faune spéciale bien distincte. Maintenant , si , afin de mieux grouper les faits , je réunis les espèces des îles Malouines , du détroit de Magellan , de la Pata- gonie septentrionale, et même de la Plata, dans une seule zone que je nommerai tempérée , et les espèces de Rio de Janeiro et du Brésil tropical dans une zone chaude, j'aurai les résultats sui- vants : Espèces propres à la région tempérée. . ; 80 ^ ^^ Espèces communes aux régions tempérées et chaudes. . . 1 3 / Espèces ijroprcs à la région chaude 65 i ^^ Espèces communes auN régions chaudes et tem[)érées. . . !.■) ( De cet l'usoMilile punMiviil luiim'rirjup. il iv.^^iillc f|nf , dans 208 A. D'ORBieiN'T. — SUR LA DISTRIBllTIOV GÉOGRAPHIQUE l'océan Atlantique , la faune des régions tempérées est plus nom- breuse que la faune des régions chaudes , et que chacune de ces régions possède de quatre à six fois plus d'espèces propres que d'espèces communes. Avant de chercher à déduire les conséquences naturelles de ces faits , je vais examiner comparativement , dans le même ordre , les faunes côtières du Grand-Océan , pour m'as- surer si , malgré la différence de composition spécifique, ils don- nent des résultats différents ou identiques. Faune côtière du Grand-Océan. Je vais également subdiviser l'ensemble par cantons géogra- phiques en latitude. Fuunc rotièrv du Chili. Les espèces de Concepcion , de Valparaiso et de Coquimbo du Chili , réunies ensemble , puisqu'elles sont les mêmes partout , m'ont donné soixante-dix espèces ainsi réparties : Espèces propres au Chili 45 Espèces communes avec Cobija et Arica seulement 9 Espèces communes avec Cobija, A rica et le Callao (Pérou). ... 16 Les espèces propres au Chili sont de près du double plus nom- breuses que les espèces communes au.\ régions chaudes. De ces dernières , vingt-quatre se trouvent sur le littoral compris entre les 3>li° et 20° degrés de latitude sud, et tiiiinze (1), plus largement réparties encore, s'étendent, en suivant toute l'e.xtcnsiondes grands courants généraux de la côte, du 2>!i' au 12' degré , ou sur l'im- mense étendue de vingt-deux degrés en latitude. Dans tous les endroits où le littoral des mers n'est pas baigné par un courant rapide, les êtres ne parcourant pas des limites aussi larges, il faut, dès lors, attribuer cette immense extension de quelques espèces à (1) Ces espèces sont les suivantes, comme on peut le vérifier sur ce tableau : Cavolina inca, Littorina peruviana, Trochus ater, T. luctuosus, Purpura xanlho- stoma, Triton scaber, Inftmdibulum trochiforme , Crepiduln dilalala, Siphonaria Lessonii , Fissurella limbata , Helcion scurra, H. scutum, Cliiton peruvianus, C. Cumingii, C. Swainsonii, Pecten purpuratus. l)i;S MOLLUSQURS CÛTIEIIS MVlilNS. 209 la seule action des courants généraux, qui, sans rien apporter des régions polaires, répandent ainsi, en arrivant à Chiloé, toutes les espèces indifférentes à la température. Faune cûtièrc de Cobija et d'Arica. Les coquilles recueillies par moi à Cobija (Bolivia) et à Arica (Pérou) m'ont oiTcrt le total de cinquante-cinq, dans les conditions suivantes : Espèces propres à Cobija et à Arica 15 Espèces communes avec le Chili seulement 9 Espèces communes avec le Chili et le Callao 16 Espèces communes avec le Callao seulement 15 Il résulte des chiflres ci-dessus que, sur le total, quinze seule- ment, ou plus d'un tiers seraient spéciales à ces localités, tandis que quarante seraient voyageuses. 11 s'agit maintenant de savoir, par les rapports de nombre des espèces communes avec les par- ties plus au sud, ou les parties plus au nord, si l'on doit considérer cette faune locale intermédiaire comme appartenant aux régions chaudes ou tempérées. Par leur latitude du 17° au 23" degré, elles dépendent évidemment des premières , tandis que les cou- rants qui refroidissent beaucoup la mer qui les baigne pourraient être regardés comme tempérés. Les chiffres tranchent la difficulté, car, sur quarante espèces transportées par les courants, trente et une sont en même temps du Callao, et vingt-cinq de Valpa- raiso. Je dois, dès lors, considérer cette faune intermédiaire comme une dépendance des régions chaudes. Faune côtiére du Callao (^Pérou). J'ai réuni au Callao, port de Lima, situé au 12° degré de lati- tude sud, soixante-douze espèces de coquilles ainsi distribuées: Espèces propres au Callao 40 Espèces communes avec le Chili 16 Espèces communes avec Arica et Cobija seulement 1 S Espèces communes avec Payta et Guayaquil 1 Sur ce point, ainsi qu'au Chili, je trouve les espèces propres :i' série. Zool, T. Ili. (Avril 1815.) M 210 A. D-ORBIUKY. — Sin l.A DISTllIBLTiON GIÎOGr.APIIIQOE trois fois plus nombreuses que les espèces communes aux régions tempérées et chaudes , puisque celles d'Arica peuvent être consi- dérées comme une dépendance des mêmes régions; mais je vois encore, par le nombre considérable des espèces communes entre deux points séparés par vingt-deux degrés en latitude, que les courants généraux chiliens, en apportant des eaux froides jusque bien avant sur les régions tropicales du Pérou , sont sans doute la cause de cette exception remarquable. Fauno cûtière de Patjla et de Gmjaquil. Voulant pousser mes comparaisons plus loin, j'ai réuni des parties plus septentrionales encore, de Payta et de Guayaquil , soixante-huit espèces, sur lesquelles : Espèces propres à Payta et à Guayaquil 67 Espèce commune avec le Callao 1 Lorsqu'on a vu sur toutes les côtes méridionales du Grand- Océan un bon nombre d'espèces en habiter tous les points , du 33' degré jusqu'au 12% et, dès lors, des régions tempérées jus- qu'à neuf degrés en dedans des limites tropicales , on a lieu de s'étonner que la comparaison des espèces de Mollusques côtiers de Payta et de Guayaquil avec celles du Callao, distant d'à peine huit degrés sur une même zone chaude, accuse d'aussi grands changements de répartition. En effet, sur soixante-huit espèces, une seule est commune aux deux points. Sans les intéressantes re- cherches de M. Duperrey, l'on aurait pu regarder ce fait comme une anomalie singulière, dont on aurait en vain cherché l'explica- tion ; mais, en jetant les yeux sur sa carte du mouvement des eaux, on en trouve de suite la raison. Si l'on doit à l'influence des cou- rants généraux cette large répartition des mollusques côtiers sur vingt-deux degrés en latitude, c'est encore dans l'étude de ces mêmes moteurs qu'on peut chercher la cause de cette exception. J'ai dit que les courants généraux partaient du sud du Chili et sui- vaient la côté du Grand-Océan jusqu'à quelques degrés au sud de l'équatcur, et tournaient ensuite brusquement à l'ouest, se di- rigeant vers les îles de la Société. La carte de M. Duperrey dé- mniitrc très clairement que les courants chiliens du sud au nord DES JIOLLLSQUHS CÙT1EHS MAUl.NS. 211 s'arrêtent précisément entre le Callao et Payta, et qu'à Payla même le courant méridional n'existe déjà plus, les eaux ayant pris leur direction occidentale à plus d'un degré au sud de ce point. Ce fait, en donnant l'explication de la dilFérence de com- position spécifique des faunes respectives du Callao et de Payta, est encore d'une immense importance pour l'étude de la réparti- tion des êtres cètiers ; car il prouve évidemment que les courants ont plus de part même que la température dans les lois qui pré- sident à leur distribution géographique. Sans rien retrancher des considérations qui précèdent , si , comme je l'ai fait pour l'océan Atlantique, je groupe comparati- vement les espèces des régions tempérées et des régions chaudes du Grand-Océan, j'aurai les résultats suivants : Espèces propres a la région tempérée 4S 69 Espèces propres à la région chaude lï?-),.. Espèces communes aus régions chaudes et tempérées. 24 î Ce résultat me donne, comme pour l'océan Atlantique, en espèces propres aux régions chaudes et aux régions tempérées, du double à cinq fois le nombre des espèces communes aux deux régions à la fois. Dès lors, en me résumant, abstraction faite des considérations plus spéciales que je présenterai plus tard, les deux côtes de l'Amérique méridionale ont donné absolument les mômes résultats numériques. On peut en déduire, avec double certitude, que, malgré l'influence active des courants généraux qui tendent à ré- pandre partout les mêmes espèces et à modifier la température du littoral, cette même température sert pourtant encore de limites aux faunes locales, en cantonnant toutes les espèces C[ui ne lui sont pas indifférentes. CHAPITRE III. EIAMF.X ZOOLOCIOIT. Stll U RÉrAIlTlTION CEOGBAPniQCE DES ESPÈCES C0TIÉBE3. Avant de tirer les conséquences logiques de l'examen purement numérique des espèces de l'Amérique méridionale, je crois devoir 212 A. D'ORBIGNT. — SUR LA DISTRIBUTIOK ClîOCllArUlQlili comparer les faunes zoologiques entre elles , afin de m'assurer quelle peut être l'influence de la configuration orographique des deux côtes , sur la composition des genres de Mollusques entiers qui habitent respectivement le littoral du Grand-Océan ou de l'o- céan Atlantique, Pour arriver à quelques résultats , je vais présenter comparati- vement, dans le tableau suivant, les genres propres à chacun des océans et le nombre des espèces qui leur appartiennent. MOI.I.i;SQDi:S CÔTIERS SE l'AMÉRIQUi: MÉRIOIONALi: FROFRES A L'OCÉA!< AUGn. A I.*0CEA1> AU Gît- ATLANT. OCEAN. ATLANT. OCEAN Gaslèropodes. Nonilire dcsesp. Nombre Jespsp. Gastéropodes (suite). "^"J^"" Nnn.hiL Doris . . . . D 5 Pui'pura . . . 3 9 Cavolina. 1 1 Monoceros . 1 3 Di]iliyllidia. . . . n 1 Terebra. . . 1 » Poslorobranchea. . u 1 Cerithium. . 2 3 Pleurobranchus. 1 Jl Cassis. . . . 2 » Aplvsia 1 3 Pleurotoma. . . 2 U Bulfa » 1 Fusus . . . 2 2 Paludestrina. . . 7 3 Fasciolaria. . . ] n Turrilella. . . . n 2 Turbinella. . . 1 n Scalaria. . • • 3 n Triton. . 1 1 Litlorina. 3 3 Ranella. . . . » 2 Rissoina. J> 1 Murex. . . . 6 7 Clieninitzia. . . i 1 Vermetus. . 1 ]) Actoon. . . )) 1 Pileopsis. » 1 Natica. . . • 3 3 Capypeopsis. » i Sisaretus. . ■ )) 1 Infundibulum. 1 3 Neritina. . . . 2 1 Crepidula. . 2 i Trocluis. . 3 5 Siphonaria. . 2 2 Deljjlunula. . . u 1 Scissurella. . 1 )> Turbo. . . ■ » 1 Rimula. . . 1 )) Cyprœa. . . . Marginella. . . I) 1 Fissurella. . . . 2 10 1 I Fissurellidea. 1 ï> Obvina. . . ■ 2 1 Helcion. . . 1 2 OUva. . . • » 1 Patella. . . 2 6 Olivancillaria. . 2 » Chiton. . . '. 2 18 Strombus. . 1 1 n Lame Uibranches. Yoluleila. . ■ '' Yolula. . . . S » Cardiuni. t> 1 Milra. . . • » 2 Astarte. . . . . 1 » Cancellaria. . . n 4 Crassatella. . )) 1 C.olombella. . . 1 6 Cardita. . . 1) 2 Nassa. . 2 2 Lucina. . . . . 7 » Buccinanops. 4 n Erjcina. . . >i 1 DES MOLLUSQUES CÔTIEKS MARINS. 213 Nucula. . . - 2 Solecurtus. . . » 1 Pectuneulus. 1 1 Tellina . . 3 3 Arca. ^ 7 Chœnoconcha. . » 1 Pinna. 2 » Arthemis. . . 5 7 Mytilus. . . . . 12 7 Venus. . 7 10 Lithodomus. . . 1 I C\lherea. )) 1 Pholas. . . . 4 3 Petricola. 3 4 Solen. . . . 2 3 Corbula. . . 1 » Panopaea. . . Lvonsia. . . . 2 » 1 Avicula. . . . Pecteu. . . . 1 1 i 2 Periploma. . Mactra. . . . 2 3 n 1 Chama. . . . Terebralula. . . n 2 2 Mesodesma. . . 1 1 Orbicula. . . . 1) 1 Lavignon. . Amphidesma. . Donax. . . . . . 1 1 1 1 4 .\nomya. Ostrea. . . . 1 1 2 Lorsqu'on voit, des deux côtés de l'Amérique méridionale , les faunes locales subir en tout les mômes influences de répartition géographique , en marchant du sud au nord ; lorsqu'on voit le nombre respectif des espèces ne pas différer considérablement, on devrait s'attendre, s'il n'y avait pas d'autres causes perturbatrices, à les trouver composées à peu près des mêmes éléments zoologi- ques. 11 n'en est pourtant pas ainsi, puisqu'on remarque, au con- traire , des dilférences énormes d'un côté à l'autre. En effet , le rapport des Gastéropodes aux Lamellibranches est , dans l'océan Atlantique de 85 à 71 , tandis que, dans le Grand-Océan , il est de 129 il 76. Il y aurait déjà infiniment plus de Gastéropodes que de Lamellibranches dans le Grand-Océan, ce qui ne peut s'expli- quer que par des conditions d'existence plus favorables. Sur qualre-vinçjl-quinz-e genres que j'ai cités dans le tableau, comme étant propres au littoral de l'Amérique méridionale, cin- quante, ou plus de la moitié, ne se trouvent que d'un côté à la fois, tandis que quarante-cinq seulement sont communs aux deux mers. Si je cherche par l'observation quelles sont les condi- tions d'existence qui détenninent cette répartition , je les trouverai toutes dans la disi)05ition orographique des côtes. Sur le littoral du Grand-Océan , les Cordillères étant très près de la mer, les côtes y sont très abruptes et fortement inclinées , les rochers bien plus nombreux que les plages sablonneuses; il doit y avoir, dès lors, infiniment plus de Gastéropodes que de La- 214 A. D'OBBICiIMY. — SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUli mellibranches , et les genres qui dominent par leurs espèces doi- vent principalement vivre sur les rochers. C'est ce qu'on observe , en effet ; les genres Doris, Purpura, Fissurella ci Chiton, qui habitent toujours les rochers, montrent un plus grand nombre d'espèces que les autres. La plupart des genres spéciaux (les Doris , Diphyllidia, Posterobranchœa , Del- phmula, Turbo, Ranella, Pileopsis , Calijpeopsis, Chaîna, Tere- hratuJa, Orbiciila, Anomya) sont également propres aux côtes ro- cailleuses ou aux graviers qui les avoisinent. Les terrains, en partant de la Cordilière, s'abaissent lentement vers l'océan Atlantique , où ils forment des côtes en pente douce qui se continuent au loin dans l'Océan , à toi point qu'à plus d'un degré de distance on trouve encore le sol par une profondeur peu considérable (1). Il en résulte que les Mollusques cûlicrs doi- vent y vivre principalement sur les plages sablonneuses et dans les golfes tranquilles. C'est, en effet, ce qu'on trouve ; les Bucci- nanops et les Vohda, qui y sont très communs, habitent seulement des parages de cette nature, et sur les vingl-rleux genres qui y sont spéciaux et manquent au Grand-Océan, dix-neuf (les Olivancil- laria, Strombus, F^ohitella, Vohda, Biiccinanops, Terebra, Cassis, Pleurotomn, Fnsciolaria, Tnrbinella, Scisstn-ella, FissureJlidea, Astarte, Lucina , Pinna, Panopœa, Periploma , iMvignon , Cor- hula) sont propres seulement aux fonds de sable et de sable va- seux. Il résulte clairement des faits précédents que la configuration orographique du littoral exerce, par les conditions d'existence plus ou moins favorables qu'elle offre aux êtres côtiers , une immense influence sur la composition zoologique des faunes respectives qui l'habitent. L'Amérique méridionale, sur ses deux versants, l'un abrupte, l'autre en pente douce, en offre, par les Mollusques cô- tiers qui y vivent , une preuve incontestable, puisque les différences apportées par cette seule cause sont plus marquées que les rap- ports donnés par l'influence des séries parallèles de zones, de lati- (1) Sur toutes les côtes cnmpriscs entre la péninsule de San José , en Pata- gonie , et l'embouchure de la Plata , on trouve le fond , souvent ù plus d'un degré du littoral, par une profondeur moindre de 50 mètres. DES JlOLMJSQLiJiS CÙflliUS .UAUIKS. 215 tudes que traversent également les faunes locales du Grand-Océan et de rocéan Atlantique. CHAPITRE IV. DÉDUCTIONS CliNlinALES ET CONCLUSIONS. Après avoir passe successivement en revue toutes les causes partielles cjui peuvent agir simultanément ou contrairement sur la distribution géographique des Mollusques cûtiers, j'ai reconnu que trois séries d'influences ont une aclion puissante sur cette ré- partition : d'abord les courants généraux, puis la température, et enfin la disposition orographique des côtes. I. Influence dos courants généraux. On pouvait croire à priori que, se partageant en deux sur les régions froides de l'extrémité de l'Amérique méridionale , et sui- vant parallèlement aux eûtes, du sud au nord, le littoral du Grand- Océan et de l'océan Atlantique , les courants généraux devaient agir puissamment sur la répartition des faunes côtières. Ici l'ob- servation est venue complètement justifier celte opinion. Les courants généraux, par leur action continuelle dans une même direction, tendent évidemment à répandre sur tous les points où ils passent les Mollusques qui peuvent supporter une grande différence de température. Le Siplwnaria Lessonii, qui suit, en effet, à la fois les deux côtés de l'Amérique, depuis leur point de départ, sur toute l'extension des courants, en est une preuve. Dans l'océan Atlantique , douze espèces s'étendent en suivant les courants sur dix-neuf degrés, et dans le Grand-Océan, vingt- quatre espèces habitent, par cette influence, vingt-deux degrés en latitude , en traversant plusieurs zones de chaleur différente , tan- dis qu'elles cessent d'exister aux dernières limites septentrionales de ces mêmes courants, comme on l'a vu pour les faunes du nord de Rio de Janeiro et au nord du Callao. Une troisième prouve incontestable de cette action des courants se trouve dans la limite d'habitation des êtres qu'ils transportent 216 A. D'ORBISNV. — SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE par rapport à la latitude. Les courants de l'océan Atlantique per- dent , au 34° degré de latitude , leur force continuelle : aussi les espèces les plus indifférentes à la température cessent-elles d'exis- ter au 23° degré, c'est-à-dire à la limite des régions tropicales. Les courants du Grand-Océan conservent, au contraire, la même force jusqu'au-delà du 12° degré de latitude, en portant avec vio- lence des eaux froides partout où ils passent. Il en résulte que les espèces de Mollusques côtiers les plus indifférentes à la tempéra tare y sont transportées jusqu'à neuf degrés en dedans du tropique du Capricorne. On doit donc attribuer certainement aux courants généraux cette influence d'inégale valeur qui porte les Mollusques côtiers des régions froides et tempérées, d'un côté , jusqu'au tro- pique seulement, et, de l'autre, jusqu'à neuf degrés en dedans. Si l'action incessante des courants est, le plus souvent, d'é- tendre les limites des faunes côtières, il lui est, nu contraire, quelquefois réservé de les limiter. On doit, par exemple, à l'action combinée des courants et de la température, la séparation de toutes les espèces des deux faunes parallèles de l'Amérique méridionale , l'une propre au Grand- Océan, l'autre à l'océan Atlantique. Ce sont évidemment ces cou- rants glacés du Grand-Océan venant du pôle et contournant l'ex- trémité du capHorn, qui, en passant dans l'océan Atlantique, séparent nettement les deux faunes américaines. On doit sans doute la faune toute spéciale des îles Malouines au bras du courant qui , du cap Ilorn , passe à ces îles , sans re- joindre ensuite le continent. Le fait le plus important est, sans contredit, celui que j'ai ob- serve entre le Callao et Payta (Pérou). En effet, tant que les cou- rants généraux suivent, du sud au nord, les côtes du Grand-Océan, ils refroidissent tellement les eaux qui les baignent, que les Mol- lusques des régions froides et tempérées sont portés jusqu'à neuf degrés en dedans du tropique du Capricorne; mais entre le Callao et Payta, à l'instant où les courants tournent brusquement à l'ouest et abandonnent les côtes américaines , l'action de la tem- pérature reprend immédiatement son influence, et l'on trouve de suite une faune tout-à-faU différente propre aux régions chaudes. DES MOLLUSQUES CÔTIERS AIARINS. 217 En résumant ces résultats opposés les uns aux autres, on voit airenient que si , par la continuité de leur action , les courants tendent à répandre les Mollusques côtiers en dehors de leurs limites naturelles de latitude , ainsi qu'on le voit sur les deux côtes de l'Amérique méridionale ; lorsqu'ils s'éloignent du continent, comme aux Malouines , lorsqu'ils doublent un cap avancé vers le pôle, comme au cap Horn , ou encore lorsqu'ils abandonnent brusque- ment les côtes sous des régions chaudes, comme ils le font au nord du Callao, on leur doit alors, au contraire, l'isolement et le cantonnement des faunes locales. II. Influences de température ou de latitude. J'avais encore pensé, à priori, que la pointe très prolongée vers le pôle qui, dans l'Amérifiue méridionale, sépare nettement l'o- céan Atlantique du Grand-Océan, amènerait, comme barrière na- turelle de température entre les faunes de Mollusques côtiers pro- pres à chacun d'eux, des dilférences notables dans la composition des faunes respecti\ es. L'observation a confirmé pleinement cette opinion. On voit, par exemple, sur le total de trois cent soixante-deux espèces de Mollusques côtiers de l'Améritiue méridionale , qu'une seule est conniiune aux deux océans, tandis que toutes les autres sont, au contraire, spéciales, soit au Grand-Océan, soit à l'océan Atlantique. Néanmoins ces résultats inattendus se comphquent évidemment , comme je l'ai dit , des influences dues aux courants généraux , car la température n'aurait pas à elle seule une action aussi puissante. En elïet , ces deux causes se contrarient le plus ordinairement dans leur action respective; mais, dans cette cir- constance, par une exception remarquable, elles agissent simulta- nément aux régions les plus méridionales, en séparant plus nette- ment encore les faunes côtières des detix océans. Si , dans quelques cas, les courants généraux tendent à répandre les êtres sur tout leur cours, la température a l'influence contraire de cantonner les espèces en des limites plus ou moins restreintes, suivant les variations de température qu'elles peuvent supporter. On en a la preuve par le nombre des Mollusques propres aux 218 A. D'ORBICiNV. — SUll LA DISTIUBUTION GÉOGllAPlIlOUli différents points de la côte des deux océans soumis à l'action in- cessante des courants. On l'a plus positive encore par le nombre élevé des espèces propres aux deux points extrêmes de la distance baignée par les courants, puisque, dans le Grand-Océan, les espèces propres aux régions tempérées sont presque le double, et que les espèces des régions chaudes sont cinq fois plus nombreuses que les espèces voyageuses ;' que , dans l'océan Atlantique, les espèces propres aux régions tempérées sont six fois, et celles des régions chaudes cinq fois plus nombreuses que les espèces communes aux deux régions à la fois. La preuve la plus remarquable se trouve surtout dans la diffé- rence subite qu'on remarque entre la composition des faunes lo- cales de Payta et celle des parties situées au nord de Rio de Janeiro. En effet, dès que l'action incessante des courants ne se fait plus sentir, la température reprend de suite toute son in- fluence, et une faune différente et spéciale aux régions chaudes commence à se montrer. Les faits nombreux qui précèdent montrent que, malgré l'in- fluence active des courants , l'action passive de la chaleur se fait partout sentir d'une manière très marquée, par le cantonnement des espèces en des limites do latitude plus ou moins restreintes des deux côtés de l'Amérique méridionale. III. Influence due à la configiiralion orograpliiqup des côtes. De la différence de configuration des côtes de l'Amérique mé- ridionale en pentes abruptes et rocheuses sur le Grand-Océan, et en pentes douces , souvent sablonneuses, sur l'océan Atlantique, on pouvait déduire à priori une influence marquée sur la compo- sition zoologiquc des faunes respectives. Ici encore les faits l'ont prouvé jusqu'à la dernière évidence. Le rapport de nombre des Mollusques gastéropodes et des La- mellibranches entre les deux mers, toujours plus élevé dans le Grand-Océan, en est une conséquence. Le rapport de nombre des genres spéciaux ou communs aux DES MOLLUSQUES CÔTIEllS MABINS. 219 deux mers le démontre , puisque plus de la moitié de l'ensemble ne se trouve que dans l'un des océans. D'un autre côté , il est facile de se convaincre que les genres qui dominent dans le Grand-Océan vivent principalement sur les rochers, tandis que ceux de l'océan Atlantique qui manquent au versant occidental habitent seulement les fonds de sable ou de sable vaseux. En résumé, la différence de configuration orngraphiquc du lit- toral des deux océans qui baignent l'Amérique méridionale, par les conditions d'existence plus ou moins favorables qu'elle offre aux Mollusques côtiers, suivant leurs genres, est d'une immense in- fluence sur la composition zoologique des faunes qui les habitent. Je dirai encore, comme fait négatif, que les plus grands af- fluents, à en juger du moins par la Plata, cjui montre à son embou- chure cent ringt-hui! kilotnètres de largeur, n'ont absolument au- cune influence sur la composition des faunes marines qui habitent leurs environs, RÉSUMÉ. De l'ensemljlc des trois genres d'influences combinées, les cou- rants, la température et la configuration des eûtes, on peut dé- duire avec certitude que les lois qui président à la distribution géographique des Mollusques côtiers, tout en dépendant de ces trois ordres de faits, peuvent être réduites à deux actions con- traires. L'une, les courants, qui, dans certaines circonstances, tendent h répandre, partout où ils passent, les espèces indiflërcntes à la température. L'autre, plus générale, composée encore des courants, de la température et de la configuration orographique, qui tendent, au contraire, à restreindre et à cantonner les êtres en des limites plus ou moins larges. 220 A. D'ORBI«KV. — SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE, ETC. CONCLUSIONS ET DÉDUCTIONS PALÊONTOLOGIQUES. L'étude de tous les faits que j'ai pu observer dans l'Amérique méridionale, sur la distribution géographique des Mollusques cô- tiers, m'amène naturellement aux conclusions suivantes, qui trou- vent leur application immédiate aux faunes paléontologiques des terrains tertiaires. 1° Deux mers voisines communiquant entre elles, mais séparées seulement par un cap avancé vers le pôle , peuvent avoir leurs faunes distinctes. 2° Il peut exister en même temps , par la seule action de la température, dans le même océan et sur le même continent , des faunes distinctes, suivant les diverses zones de température. 3° Sous la même zone de température, sur des côtes voisines d'un même continent, les courants peuvent déterminer des faunes particulières. h' Une faune distincte de la faune du continent le plus voisin peut exister sur un archipel , lorsque les courants viennent l'isoler. 5° Des faunes distinctes, ou du moins très différentes entre elles, peuvent se montrer sur des côtes voisines, par la seule action de la configuration orographique. 6° Lorsqu'on trouve les mêmes espèces sur une immense éten- due en latitude, dans un même bassin, les courants en seront la cause. 7° Les espèces identiques entre deux bassins voisins annoncent des communications directes entre eux. 8° Les plus grands affluents n'ont absolument aucune influence sur la composition des faunes marines voisines; ainsi toutes les déductions qu'on en a tirées dans les bassins tei'tiaires deviennent illusoires. Je terminerai par une dernière comparaison paléontologiquc. J'ai dit qu'à l'exception d'une espèce commune aux deux mers américaines, toutes les autres étaient, dans la faune actuelle, pro- pres soit à l'océan Atlantique , soit au Grand-Océan, et que l'en- semble des genres était très différent dans les deux mers. La com- paraison de ces résultats avec les déductions tirées de l'ensemble J. COITDOT. — SUR I.IÎ ClITIîHf:nRIi NUISIBLE. 321 des coquilles fossiles des terrains tertiaires les plus inférieurs de l'Amérique méridionale (1), prouve que ces derniers, tout en dif- férant spécifiquement, sont néanmoins dans les mêmes conditions géographiques que la faune actuelle. Ne pourrait-on pas en con- clure qu'à l'épocfue où se formaient ces terrains tertiaires, la la- titude, les courants, la conformation orographique avaient les mêmes influences qu'aujourd'hui? Dès lors, il serait permis de croire que la Cordillère avait, à cette époque géologique, assez de relief pour former, sur une vaste échelle, une barrière entre les deux mers, et que, depuis cette époque, le continent méridional n'a pas changé de forme. OBSERVATIONS 3UB UN DIPIÉnE ICXOTIQUr, DONT LA LARVE NUIT AUI BOEUFS (le cutérùhre nuisirle); Far M. JUSTIN GOUDOT. Ce Diptère ou plutôt sa larve est connue parmi ies habitants de la Nouvelle-Grenade sous le nom de Gusano, ou plus fréquem- ment encore sous celui de Nuclie; on ne le connaît point dans les pâturages des régions froides ; quant aux régions basses, appelées terres chaudes et tempérées , il ne s'y trouve que sur la lisièi'e des grands bois et dans les rastrojos , c'est-à-dire dans les parties qui offrent à la fois des taillis et des prairies. Dans ces lieux, il se multiplie extrêmement , surtout quand des saisons pluvieuses trop continues ont empêché de brûler les prai- ries : aussi ces localités sont-elles considérées comme impropres en quelque sorte à recevoir des troupeaux de bœufs ; lorsqu'on y en met cependant, on voit parfois ces animaux passer une grande partie de la journée dans des terrains sablonneux et sté- riles , plutôt que d'aller à l'ombre et au pâturage dans des lieux où leurs ennemis sont si abondants : j'en ai vu parfois galopant (I) Voyez Paléontologie spéciale de mon Voiiaije dans l'Amériqtie méridional;, p, 139 'll'î J. GOLDOT. — SUK LE CUTJÉRÈBRE NUISIBLE, désespérés dans les plaines , probablement des souiîranccs que doit leur occasionner la réunion d'un si grand nombre de cau- tères ; c'est surtout dans l'après-midi que j'ai eu occasion de re- marquer ce fait. Les larves déposées par les Cutérôbres sont dans ces localités, et surtout dans les mauvaises années, en si grand nombre qu'on les compte par centaines sur un seul individu. Ces larves couvrent souvent une grande partie des épaules des bêtes à cornes , formant sous la peau par leur réunion une agglo- mération de nombreuses tumeurs, d'où découlent continuellement, par une multitude d'orifices , des matières purulentes : ces trous , lorsque les larves des Cutérôbres en sont sorties , servent souvent à d'autres Diptères qui viennent y déposer leurs œufs, produisant ainsi parfois des plaies dangereuses et toujours difliciles à guérir. On voit aussi des larves du même Cutérèbre sur la tète, les flancs , la queue , le long de l'éiiinc dorsale; mais c'est toujours sur les épaules que se trouve le principal foyer d'habitation : car c'est le point que l'animal peut le moins bien défendre, soit avec sa queue, soit avec ses cornes. Dans les pays où les Cutérèbres sont abondants , souvent la peau des animaux que l'on abat paraît criblée de trous, comme ceux qu'aurait faits une décharge de gros plomb de chasse ; ces trous sont tous ceux qu'occupent les larves des Cutérèbres près de leur accroissement ; il va sans dire que les peaux ainsi criblées ont perdu une partie de leur valeur. Les Chiens sont aussi très attaqués par ces redoutables Diptères, et en nourrissent souvent un grand nombre ; je dois dire cependant que je n'ai point eu occasion d'obtenir l'Insecte parfait des larves qui habitent sur le Chien; mais, comme elles sont identiques à celles du Bœuf, je ne doute nullement qu'elles n'appartiennent au même Insecte : j'ai été confirmé dans cette opinion , qui , je le sais bien , sera contredite par quelques naturalistes , en voyant que , dans les lieux où les Vaches seraient attaquées par les Cutiîrèbres, les Chiens le sont également : ainsi, j'ai fait exploiter dans la pro- vince du Cauca une saline environnée de riches pâturages, et où les Mules et les Chevaux engraissaient promptcment , mais où l'on ne mettait pas de bctcs à cornes, à cause de l'abondance deç J. GOUDOT. — SUR LE CUTIÎRKBUE NUISIBLE. 223 Gutéi'L'bres : or, dans ces lieux , tous les Chiens en étaient horri- blement criblés sur toutes les parties du corps. Dans cette même localité, les Hommes en nourrissaient aussi ; moi-même j'ai eu sur dilTérentes parties du corps , et indistinctement sur toutes celles qui se trouvaient fortuitement découvertes, des larves qui ne diffé- raient pas de celles du Chien et du Bœuf. J'en ai même conservé une pendant une quinzaine de jours sur une cuisse, et j'ai pu ainsi remarquer que l'espèce de succion qu'exécute la larve a lieu parti- culièrement de très grand matin (de 5 à 6 heures) et sur le soir , produisant un effet analogue à celle d'une aiguille qu'on enfonce- rait vivement dans la peau. Je n'ai jamais pu entendre ni voir, malgré une attention scrupu- leuse, voler l'Insecte qui venait sur moi déposer ses œufs, lorsque certaines parties du corps restaient découvertes ; aussi , lorsque j'ai dit plus haut qu'on voit les Taureaux renoncer en quelque sorte au pâturage , ce n'est pas qu'ils doivent se trouver plus im- portunés par ce Diptère que par aucun autre ; au contraire , il est fort probable qu'ils le sont beaucoup moins que par les Ciilcides , les Taons, les Muscles ; on croirait plutôt que la prévoyance, ou pour mieux dire l'instinct du danger, est ce qui les fait agir dans ce cas (1). Je n'ai vu de Cutérèbres sur aucun autre Quadrupède domes- tique , soit venu d'Europe , soit indigène ; et quoique je n'en aie trouvé non plus sur aucune des peaux des Quadrupèdes sauvages que je me suis procurés (et il est peu d'espèces dont je n'aie ob- tenu les dépouilles), je suis porté à croire qu'on pourrait bien les (!) Ce qui est bien différent de ce que rapporte Clarlc, comme ayant lieu à l'é- gard de VOEsire du bauf, ainsi qu'on le voit par ce passage : « \\'hen one of the cattle is attacked by lliis Oy, il is easily known by the extrême terror and agita- tion oftho wholc herd... Such is the dread and appréhension in the cattle of this fly, tliat I bave seen one of them meet Ihe herd when almost driven home , and tuni them back, regardless of the stonea, sticks , and noise of their drivers; nor could they be stopped till they reached their accustomcd retreat in the water d Ce qui parait toutefois assez difficile dadmelire avec ce que dit le même plus loin : 'I The female lly is very quick in performing the opération of depositing its cgg ; she docs not appcar to rcmain on the back of tlie animal niorc than a few se- conds. 1' (\'oye7. Clark. Mimmjnipliie des OKativs.) 224 J. CiOUDOT. — SUR LE CUTÉRÈBRIi MIlSIBLE. rencontrer sur les Renards , sur les petites espèces de Chats , qui sont, de tous les Quadrupèdes de ces contrées , ceux qui fréquen- tent davantage les lisières des bois et des taillis. En attendant que d'autres observations viennent éclaircir ces doutes, le fait de voir la larve parasite d'un Diptère , qui ne se trouvera que rarement sur les (Quadrupèdes indigènes qui lui semblaient destinés , pul- luler d'une manière si extraordinaire, et devenir, pour ainsi dire, exclusivement propre à deux Quadrupèdes introduits de l'ancien continent , qui n'offrent rien de semblable (1) dans leur pays natal, ce fait, dis-je, est assez curieux pour mériter de fixer l'at- tention (2). Ce n'est que par des soins continuellement répétés , et qui de- viennent très coijteux, si l'on considère que les Bœufs qui habitent ces contrées y sont presque toujours à l'état demi-sauvage, qu'on parvient à diminuer le nombre de ces larves , soit sur ces rumi- nants, soit sur les Chiens, et même ce résultat n'est guère obtenu, pour les premiers , que , dans le jeune âge , parmi ceux qu'on élève plus particulièrement dans le voisinage des habitations. Le moyen employé pour cela est de jeter l'animal h terre , et, par une pression très forte exercée dans un sens convenable sur (1) Bien que ces larves de Cutérèbres vivent d'une manière analogue à celles de rHypodernio du bœuf, elles n'en sont pas moins difl'érenles par leur confor- mation (les deux crochets de la bouche), et les deux insectes à l'état parfait sont aussi fort différents. (2) A cette occasion, je rapporterai nn fait analoijue , mais qui appartient à un autre ordre d'Articulés : le Pulcx pejielyaii-i, qui, dans l'origine, paraissait être exclusivement propre à l'Homme américam, aujourd'hui se retrouve parfois entre les doigts des Chiens , mais surtout à la partie inférieure des pieds des Cochons , qui sont pour cela regardés comme les propagateurs de l'espèce. M. Macquart dit aussi, relativement au Cephencmyia trompe , dont la larve vit dans les sinus frontaux du Renne, en Laponie, et qui a été trouvé en Saxe, où le Renne n'existe pas, qu'il est probable que la larve se développe dans quelque autre quadrupède, peut-être dans le Cerf. Je cite ces faits, parce qu'ils s'opposent à l'opinion encore trop généralement admise, que chaque insecte parasite vit aux dépens d'une seule espèce d'animal. Si les Chevaux et les Mules sont exempts de nourrir des larves de Cutérèbres , cela ne pourrait-il pas provenir de ce que la peau de ces animaux offrirait une plus forte résistance à la perforation de la jeune larve? J. CiOl'DOT. — Sir. I.E CLTlÎRÈBliE NUISIBLE. 2"i5 la peau , on parvient à faire sortir la lar\ e qui se trouve expulsée tout entière à une certaine distance , ou qui, trop comprimée , se rompt , et forme sous la peau un di'pôt de matières purulentes. Ce dépôt est bientôt habité par d'autres larves de Muscies , pro- duisant souvent des ulcères qui s'accroissent rapidement ; cjuel- quefois, dans le cas où l'animal en est très criblé, on voit sortir d'un mçme orifice 3-5 larves de Cutérèbres. L'opération terminée , on lave les imrties avec de l'eau salée pour obliger l'animal à se lécher continuellement , et entraîner ainsi les œufs que les Mouch'tes ne cessent d'y déposer; on doit répéter ces opérations au moins deux fois par jour ; souvent même l'animal qu'on a ainsi nettoyé le matin offre déjà le soir, dans les trous vides des Cutérèbres , une fourmilière de petits Vers qu'on ne parvient à faire mourir qu'en remplissant les trous d'extrait de tabac, ou mieux encore en les saupoudrant avec les fruits réduits en poudre de VJsagrea o(ficinalis, Lindley (1). Si , en Europe , la tribu des Muscies est très importune dans les grandes chaleurs , dans les basses régions, sous la zone équa- toriale , elle est continuellement un fléau pour tout être animé ; la moindre blessure se trouve, au bout de très peu de temps, couverte par des milliers d'œufs , convertis, deux ou trois heures plus tard, en autant de petites larves qui commencent une large plaie , la- quelle peut devenir quelquefois incurable, si on n'y apporte pas de soins. Pour des troupeaux nombreux qui paissent sur une grande étendue de terrain, interrompue par des bouquets de bois et autres accidents du sol qui rendent la surveillance plus difficile , ces soins exigent de la part des pâtres la plus grande activité ; en effet, si de jeunes animaux n'ont pas été aperçus les deuxième ou troisième jours qui suivent leur naissance , souvent (I) Lorsque, par les piqûres saccadées que l'on éprouve, on reconnaît la pré- sence sur soi-même d'une de ces larves , il convient de la laisser croître quelques jours , pour que la pression qu'on exerce sur elle puisse être plus directe , et son extraction plus facile; cela est très bien connu des habitants. Au contraire, par une tentative d'exiraction anticipée, on s'expose à la garder plus longtcnqis, car si dans la première pression elle n'est pas sortie, l'enflure qui survient lui ofl're plus de facilité pour rester cachée dans son espèce do loge. S' série. Zool T. III. (Avril 18iu.) I ■; 22G J. «oi'DOT. — siuï i,i; ciiTiînÈnRK Jîuisifir.R. ils périssent épuisés do la plaie , que des larves de Mouches (des genres Lucilia, Collipliora) leur ont fait au ventre en s'y intro- duisant par le cordon ombilical. Il n'est pas sans exemple même que les Hommes aient à souffrir de ces insectes, et j'ai vu plus d'une fois des individus atteints d'ulcères , occupés gravement à les saupoudrer avec la poudre de VAsagrexi , comme cela se pra- tique sur les animaux , pour en détruire les larves de Muscies qui s'y trouvent. A la suite de trois communications faites à l'Académie des Sciences, en juillet 1833, par MM. Roulin, Guérin et Vallot, M, Isidore Geolfroy-Saint-Hilaire a publié, dans les Annales de la Société entomologiq^ie île France , année 1833 , un Mémoire où il rappelle divers faits relatifs à l'existence de larves de Diptères chez l'Homme, fails trop confusément observés , comme le dit ce savant , pour qu'on en puisse tirer des conclusions positives , attendu qu'on n'est jamais parvenu à avoir l'Insecte parfait , et que les renseignements fournis se trouvaient souvent ))cu dignes de confiance. Il n'en est pas ainsi de certains autres faits , et on est frappé de la concordance des observations exactes qui s'y trouvent citées, et qui ont iHé fournies par MM. Say , Howship et le docteur Rou- lin , qui toutes démontrent l'existence d'une larve vivant sous la peau de l'Homme qu'elle a dû perforer : nul doute, surfout pour moi, que la larve décrite par M. Roulin n'appartienne à l'Insecte qui fait le sujet de cet article. Dans sa communication à l'Académie, M. Roulin donne des dé- tails très exacts sur la manière de vivre des larves qu'il a obser- vées sur rHomnie et sur les Quadrupèdes, et annonce en avoir trouvé sur un jeune Jaguar, ce qui montre , ainsi qu'il l'observe, que les animaux carnivores nourrissent des larves d'OEstrides, comme les Herbivores, qui étaient généralement regardés comme les seuls où on en rencontrât. M. Roulin , après avoir cité les entomologistes qui s'accordent à admettre des larves d'Œstres sur l'Homme, et ra|)pt'li; les doutes existants encore à cet égard , se demande si l'Homme n'est pas sujet à être attaqué par plusieurs espèces différentes. Mes obser- J. nOUDOT. — Slili LK CLTIiRliBKE NUISIBLE. 227 valions me portent à considérer sa conjecture comme fondée ; d'ailleurs je dilïère avec lui d'opinion lorsqu'il croit pouvoir rap- porter les Vers dont a parlé le père Simon (Histoire de la conquête de la terre ferme) à la larve décrite par M. Guérin. Ces larves doivent appartenir à des Diptères de différents genres; celles signalées par le premier à un OEstride, et l'autre à une Muscie. En terminant , disons un mot de l'Insecte que M. Guérin a voulu ajouter aux deux espèces d'OEstres qu'on a déjà prétendu avoir trouvées sur l'Homme (celles de Gmelin et de Rudolphi), et qu'il a cru pouvoir cataloguer par anticipation sous le nom d'OIistrus humanus , nom qui, dans tous les cas, serait très impropre, puisqu'il avait déjà été donné deux fois. Cet Insecte, formé d'après une larve supposée d'OEstre, et des indications qui se rapporteraient à celle d'un autre Diptère, n'appartient peut- être pas même à la tribu des OEstrides (1). Cette tribu, d'ailleurs, comme on le voit d'après ce qui a été dit, est particulièrement parasite des Quadrupèdes, et ne se rencontre qu'accidentelle- ment sur l'Homme. En résumé, je crois, d'après les observations jusqu'à présent recueillies et celles qui me sont propres, pouvoir établir les faits suivants : 1° (^ue différentes espèces de Mouches à larves parasites carni- vores , appartenant aux genres Lucilia, Calliphora, de M. Mac- quart, espèces dont les larves, comme on ne le sait déjà que trop, habitent dans les viandes des animaux morts, peuvent, favorisées par l'effet de blessures ou d'un commencement d'ulcération, dé- poser sur l'Homme ou les animaux vivants des œufs qui s'y déve- loppent, et pourront y arriver à l'état d'Insectes parfaits, et que (1) Si l'on considère que les larves dont parle M. Guérin se seraient trouvées en assez grande quantité sur un nègre avec variole, ne doit-on pas plutôt en conclure qu'elles api)artiendraienl ii des Muscles, k un groupe de Diptères qui déposent leurs œufs sur des substances animales saignantes ou décomposées? J'avouerai même qu'il n'est guère possible de liasarder d'heureuses conjectures sur des indi- cations communiquées; car ce sont des f';iits positifs qu'il Hiut en Histoire Natu- relle, si l'on ne veut, pas s'exposer à tont confondre. 228 J. GOIIDOT. — SUR LE CUTÉRÈBRE MilSIBLE. plusieurs des cas cités par les historiens ou les voyageurs se rap- portent à des espèces de ces deux genres : telle a été aussi l'o- pinion du profond entomologiste Lati'cille ; 2° Que les trois OEstrus Inimanus formés successivement , et toujours avec aussi peu d'observations, par Gnielin dans le Syslema nalurale, par Rudolphi et par M. Guérin, sont des espèces ima- ginaires (en prenant l'expression qui les désigne spécifiquement, comme voulant indiquer que l'Homme aurait dans cet ordre d'In- sectes un parasite qui lui serait propre), mais se rapportent toute- fois soit à des OEstrides , soit aux deux autres genres de Diptères dont on a déjà parlé ; 3° Que les Vers signalés à diverses reprises par les historiens et les voyageurs , tels que le Fray-Pédro Simon (1) , qui les désigne sous le nom générique de Gusanos (Vers) ; LaCondamine, qui les appelle Vers macaques d'après les habitants de Cayenne , et Suglacuru d'après les Indiens maynas (2) ; ceux que le médecin Arthur a aussi nommés Macaques ; et plus particulièrement encore les larves décrites par MM. Say, liowship et le docteur Roulin , appartiennent à des Cutérèbres , et probablement à notre espèce ; /;" Que l'Homme, dans certaines circonstances, toujours acci- dentelles , peut offrir à la fois , mais non ensemble , des larves de Lucilia oiiCalliplwra et Cutérèbres, qui s'y développeront ; dans le premier cas (pour les Muscles), favorisées par une solution (1) Noticias historiates de la ConquisUi de tierra firme, t. Il, p. 108: manus- crit précieux faisant partie de la bibliotlièque de M. Roulin , (|ui a bien voulu me le communiquer. Cet auteur en parle comme d'un fléau qui incommoda beaucoup os premiers conquérants espagnols qui traversèrent les bois et savanes en remon- tant le fleuve de la ilagdeleine . et ceux qui plus tard entrèrent avec le même Adelantado Ximcnez de Quesada à la reclierche du Dorado, dans les plaines à l'est des Andes, en 1oG9. (2) c( Le ver appelé chez les Maynas Suglacuru, et à Cayenne ver Macaque, prend son accroissement dans la chair des animaux et des hommes; il y croît jusqu'il la grosseur d'une fève, et cause une douleur insupportable ; il est assez rare. J'ai dessiné à Cayenne l'unique que j'ai vu, et j'ai conservé le ver dans l'es- prit de vin. On dit qu'il nait dans la |)laic faite par une sorte do Moustique ou de Maringouin ; mais jusqu'ici l'animal qui dépose l'œuf n'est pas encore connu. » Relation abrégée d'un Voyage dans l'Amérique méridionale, p. 166. J. GOUDOT. — SUR LK CUTÉRÈBRE NUISIBLE. 229 de conLinuité du système cutané, antérieur au dépôt des œufs ; et dans le second cas ( pour les Œstrides à larves parasites cuta- nées) , par l'effet d'une perforation de la peau, après le dépôt de l'œuf sur la partie intacte externe , ainsi que Réaumur l'a déjà dit pour l'hypoderme du Bœuf; 5° Enfin que la même espèce de Cutérèbre doit se rencontrer sur des animaux différents. Dans ce résumé , je suis loin de prétendre restreindre toutes les larves qu'on pourra rencontrer sur l'Homme aux trois genres de Diptères cités ; nous connaissons encore trop peu l'entomologie des contrées lointaines et surtout l'histoire des faits qui s'y ratta- chent, pour résoudre cette question : j'ai cherché seulement à exposer le résultat où l'on arrive après l'examen des observations |.iosilives recueillies jusqu'à ce jour sur ce sujet. CuTEREiiUA NGXiAi.is. Cutérèbrc nuisible , Goudot. C. abdominecyanco, basi pilis albidis. Longueur 1 centim. 7 millim. (7 à 3 lignes) ; antennes jaunes, le premier article ayant à son extrémité une petite houppe de poils noirs courts , le troisième h lui seul au moins aussi long que les doux autres , le style un peu brun , n'ayant de cils qu'en des- sus; yeux bruns avec une bande noirâtre au milieu ; front avancé , obtus, brun, à poils noirâtres; à face et cavité frontale fauve, couvertes de petits poils formant duvet , qui font paraître ces par- ties d'un blanc soyeux; thorax brun nuancé de bleuâtre, tacheté de gris et de noir formant des zones longitudinales, couvert de poils très courts noirs; écusson comme le thorax ; abdomen cha- griné, d'un beau bleu, couvert de très petits poils noirs, avec son premier anneau, et le bord antérieur du second d'un blanc sale, ayant des poils de la même couleur ; pattes fauves , à poils fauves ; ailes brunes. Individu mâle. La larve , d'un blanc sale (couleur de pus) , atteint près de 3 centim. de longueur (1 pouce), est glabre, ayant ses trois pre- miers anneaux couverts d'aspérités noires et de très petits cro- chets , et les trois suivants portant chacun deux rangées circu- 230 PAKIZZA. SUB LA KESPIKATION laires de plus forts crochets également noirs , dirigés en arrière; les cinq segments postérieurs sont lisses ; la bouche est accom- pagnée de deux crochets. Sa coque a 1 centim. 7 millim. de longueur , et h millim. de diamètre à sa partie moyenne ; il va sans dire qu'elle offre sur sa peau endurcie les crochets dont nous avons parlé ; l'Insecte en sort en faisant sauter obliquement l'extrémité antérieure, comme cela se voit pour celle de Vllypoilerma bovis. Je recueillis plusieurs de ces larves , le matin à terre , dans un site où des Vaches qui en étaient infestées avaient passé la nuit; elles s'enfouissaient dans la poussière; celle qui m'a fourni le Diptère décrit plus haut fut ramassée au milieu de juin, et l'Insecte parfait en est sorti le h août suivant. Ce fait eut lieu au district des mines de Marmato, dont la température moyenne an- nuelle est , suivant M. Boussingault , de 20° ti centig. Habitation : la Nouvelle-Grenade. Obs. Cette espèce est certainement voisine du C. cyaniimlris de M, Macquart (Diptères exotiques, t. Il, pag. 22) ; elle en dif- fère toutefois par son abdomen couvert de petits poils noirs , et à base à poils blanchâtres ; du reste , la description qu'a donnée ce savant se rapporte asse? bien à l'espèce qui nous occupe. OBSERVATIONS ZOOTOMICO-PHYSIOLOGIQUES SUR LA RESPIRATION CHEZ LES GRENOrlLLES, LES SALAMANDRES ET LES TORTUES ; Far M, le Professeur PANIZZA. Le mécanisme de la respiration est essentiellement le même chez tous les Oiseaux. Chez les Reptiles , au contraire , il y a deux ordres, les Batraciens (Grenouilles et Salamandres), et les Ché- loniens (Tortues), chez lesquels tous les zoologistes reconnaissent une singulière anomalie dans cette importante fonction. C'est- DKS BAïKAClIi.N f> liT DUS lOUTUJiS. 231 à-dire que le thorax, ne pouvant pas se dilater activement et agir comme une pompe aspirante , la nature a fait en sorte que l'air se trouve poussé dans les poumons par un mouvement de déglu- tition. En cflet, on admet que l'animal , après avoir fermé la bouche, dilate le gosier, formant un vide do manière que l'air extérieur s'y précipite par la voie des narines. Le gosier, plein d'air, se contracte , et le pharynx étant fermé , de même que les narines, grâce il une valvule, l'air comprimé prend la seule voie qui reste ouverte, celle de la trachée, par laquelle il passe dans les poumons. L'expiration se fait ensuite par la force de contraction des pou- mons combinée avec l'action des muscles de la cavité splanch- niquc. Le docteur Haro a inséré dans les Annales des Sciences Xatu- relles (Juillet et Aoîit Wr2 , 2' série, vol. \YIII), un Mé- moire sur la respiration des Grenouilles, des Salamandres et des Tortues, où il assure, d'après de nombreuses expériences, que la respiration s'eifectue , chez ces reptiles , d'une manière analo- gue à celle des oiseaux , c'est-à-dire par une contraction et une dilatation alternative de la cavité des poumons , produite par un système particulier de muscles et d'organes cartilagineux, et non par un mécanisme de déglutition. L'importance du sujet et les vues zootomico-physiologiques de l'auteur m'inspirèrent un vif désir de vérifier si l'opinion qu'il ex- pose s'accorde de tout point avec les faits. Mais, avant d'aborder la partie expérimentale de l'ouvrage de M. Haro relativement aux Grenouilles, je crois qu'il convient de rappeler les détails anato- micjues qui suivent. Les ouvertures des narines ont un bord mou et mobile à la partie antérieure, qui , en guise de soupape membraneuse , peut se porter en arrière et fermer même hermétiquement l'ouverture, comme on peut le prouver en tenant pendant quelques minutes une Grenouille dans une solution faible de cyanure ferrugineux de potassium; car, lorsqu'on retire la Grenouille, tenant la bouche fermée, en essuyant les bords avec soin, et qu'ensuite on lui ouvre la bouche, si l'on touche l'ouverture intérieure des narines et la 232 PAKIZZA. — SLll LA fiESI'lKAllO.N cavité buccale avec une solution de chlorure de fer, il ne paraît aucune nuance bleue. Il ne faut pas croire que la langue contribue à l'effet d'empêcher l'entrée du fluide ; car, si l'on enlève à une Gre- nouille la langue, après avoir mis une ligature à sa partie posté- rieure pour empêcher l'écoulement du sang , et qu'ensuite on la soumette à l'expérience ci-dessus désignée , on obtient le même résultat : preuve que pas une goutte du liquide n"a pénétré dans 1 a bouche. Il est démontré par ces expériences que ces valvules membra- neuses, aux ouvertures externes des narines, sont aptes à les fer- mer hermétiquement. Dans la respiration faible et courte, on n'a- perçoit aucun mouvement des narines ; dans la respiration exa- gérée, on voit un mouvement d'élargissement et de rétrécissement qui a lieu clairement dans le moment oii le gosier s'élève. Cepen- dant la sortie de l'air n'est pas entièrement empêchée ; car, si l'on place dans ce moment une légère plume i)rès de cette ouverture , elle en est repoussée. L'ouverture interne des narines est large , à bord immobile, et qui ne si; ferme jamais, mémo lorsque, la bouche close, la langue se place contre le palais osseux, parce que le bord externe de la langue reste en dedans dos ouvertures nasales internes, entre la région inférieure de la bouche et l'Os hyoïde. La partie large , cartilagineuse et membraneuse de cet os est antérieure ; celle qui est plus dure se trouve postérieurement, et finit par deux énii- nences osseuses qui s'écartent, et qu'on peut appeler les grandes cornes de l'os hyoïde. Entre ces deux éminences , et attachée par une petite membrane ligamenteuse, se trouve le commencement du canal aérien , la glotte , dont plusieurs muscles ont pour point d'attache les grandes cornes de l'os hyoïde. Cet os doit ses mou- vements aux muscles milo-hyoïdien , génio-hyoidien, omo-hyoï- dien, tcmporo-hyoïdien et sternu-hyoïdien. Afin de connaître le mécanisme du mouvement continuel d'élé- vation et d'abaissement de l'hyoïde et les mouvements des parties contenues dans la cavité buccale, au moyen d'un coup de ciseaux, j'ai enlevé transversalement, à plusieurs Grenouilles vivantes, la partie antérieure de la mâchoire supériourc jusqu'auprès des DES BATRACIENS Eï DES TORTUES. 233 yeux, et à quelques unes, j'ai enlevé aussi, par une section trans- versale, la partie antérieure de la mâchoire inférieure. D'après ces préparations, j'ai pu observer dans l'intérieur de la bouche la véritable position des diverses parties, et l'action de chacune dans ce mécanisme. Dans le fond de la bouche , à la partie supérieure se présente la membrane muqueuse toute plisséc , à rides longitudinales rap- prochées entre elles, au point de fermer le commencement de l'œ- sophage. Au-dessous de ce point, on voit une petite élévation co- nique au milieu de laquelle se trouve une petite fente longitudi- nale, qui s'ouvre et se ferme à la volonté de l'animal; c'est la tlotte. J'ai vu que, dans l'élargissement du gosier, l'os hyoïde auquel ^it la glotte se porte en arrière et en bas, et ainsi la cavité du tax se trouve raccourcie dans le diamètre antéro-postérieur, i poumon est repoussé en arrière. Pendant cette rétraction de liyoïde, dont dépend l'agrandissement et l'élargissement du fer, la glotte reste toujours close. Quand la rétraction cesse, la fie s'ouvre, et, dans cet instant, l'air sort et peut repousser légère plume qui se trouverait à l'ouverture de la glotte. La Itte , ainsi ouverte , se dirige avec l'os hyoïde en haut et en |,nt , et , par ce moyen , la cavité du thorax est un peu élargie poumon allongé ; en même temps, la cavité de la bouche se ■sserrant et la langue se plaçant en contact avec le palais osseux, l'air entre par la glotte. Ce moment passé, c'est-à-dire lorsque le plus grand resserrement de la cavité buccale a eu lieu, la glotte se ferme et l'inspiration est accomplie. Les forces motrices qui agissent dans ces deux mouvements sont lesmuscleç omo-hyoïdiens et sterno-hyoïdiens, qui retirent et abais- sent l'os hyoïde, et ensuite élargissent le gosier. Leur fonction est prouvée, non seulement par leur position et leurs rapports, mais aussi par l'expérience ; car, si l'on coupe ces muscles, le soulèvement de l'os hyoïde ne s'opère plus, ni par conséquent celui de la glotte et de l'arrière-bouche. Ensuite les muscles milo-hyoïdien , génio- hyoïdien, génio-glosse, temporo-hyoïdien, contribuent à porter en 234 PAWWÏA. — SUR I.A UliSl'lUATIOiN avant et à soulever l'os hyoïde , puis la glotte et le fond de la bouche , et par conséquent à rétrécir le gosier. Certainement entre toutes CCS forces, les muscles temporo-hyoïdiens contribuent beau- coup à soulever et à porter en avant l'os hyoïde ; cela se voit clai- rement en regardant la cavité buccale à la région latérale, derrière le trou auditif ; pendant que l'os hyoïde s'élève et s'avance , l'on aperçoit la contraction de ces muscles. Si, ouvrant la bouche à une Grenouille, on lui enlève la mem- brane muqueuse derrière le trou auditif, et si, après avoir ainsi mis à découvert les muscles que je viens de nommer, on les coupe, le mouvement d'élévation de l'os hyoïde s'affaiblit beaucoup. Dans celte expérience, j'ai vu cesseï- même le mouvement d'élar- gissement de la glotte; mais, en examinant de près, je me suis aperçu que, dans la section des muscles temporo-hyoïdiens, j'avais entamé aussi les filaments nerveux qui passent derrière ces mus- cles et se portent à la glotte et à la langue, et par cette cause, les forces motrices qui président au mouvement d'ouverture de la glotte restaient paralysées. Ayant reconnu la véritable manière d'agir des diverses parties de la cavité buccale dans l'élargissement et le rétrécissement de cette cavité, considérons mainicnantlefait d'après lequel M. Ilaro déclare entièrement erronée l'opinion ordinaire sur le mécanisme de la respiration. Pour prouver son assertion, l'auteur s'exprime ainsi : «Je prends une Grenouille vigoureuse; je détache de la ma- » choire inférieure la peau, les muscles génio-glosscs, milo-hyoï- >' diens et la muqueuse de la bouche ; la langue sort pendante ; » cependant les mouvements respiratoires de l'os hyoïde n'en con- » tinuent pas moins ; à chaque inspiration, cet os et toutes les par- » tics qui s'y attachent se portent en bas , la cavité de la bouche » s'agrandit ; en même temps la glotte , qui est formée par une » simple fente, s'ouvre, et, par un mouvement contraire, la langue » tend à s'approcher du palais sans ])ouvoir s'appli([ucr aux na- » rines; pendant ce temps, l'air pénètre dans les poumons, puis » l'expiration s'effectue comme à l'ordinaire, ce qui est prouvé par DKS UATllACIliNS liï DliS TOKTliliS. 235 » la contraction de l'abdomen et des flancs. Le jour après, la Gre- » nouille était pleine de vie et aussi vigoureuse qu'avant l'opC' » ration. » Certainement , d'après cette expérience , que j'ai répétée plu- sieurs fois avec le même succès , les Grenouilles restant en vie Bix ou sept jours et plus, il paraîtrait que l'on dût admettre l'o- pinion de M. Haro , qui rejette entièrement toute influence , dans la respiration, d'un mécanisme analogue à la déglutition de l'air. Mais voulant examiner avec exactitude un tel sujet, j'ai cru in- dispensable d'observer si , après l'expérience indiquée par l'au- teur , les poumons présentaient la dilatation qu'ils avaient avant l'opération ; c'est-à-dire si la respiration était aussi énergique qu'auparavant. A cet effet, j'enlevai k une Grenouille robuste une portion asse?, considérable de la peau sur un côti'' du thorax , derrière le membre antérieur ; ayant mis ainsi à découvert la paroi musculaire du flanc ( la transparence de cette paroi laisse voir le poumon et les changements de volume qui ont lieu dans l'acte de la respira- tion) , je notai la distension et le rétrécissement ordinaire du pou- mon dans les deux moments de la respiration. Ensuite je fis sur la même Grenouille l'expérience de M. Haro ; c'est-à-dire, j'en- levai la peau au - dessous de la mâchoire , les muscles milo- hyoïdien et génio-glosse, la membrane muqueuse de la bouche , laissant la langue pendante. La Grenouille dans cet état offrait le mouvement de la glotte, et par conséquent de l'os hyoïde, plus énergique et plus fréquent que jamais. Cependant , quoique les efforts d'élévation et d'abaissement fussent au plus haut degré , il ne pénétra que peu d'air dans les poumons ; ils ne se gonflaient plus comme auparavant , et n'étaient dilatés par l'air qu'à leur extrémité antérieure. — M'apercevant ainsi que l'inspiration était incomplète, ce qui ne devait pas être suivant l'auteur, je pensai h fîiiro r[uolques expériences pour décider si le mouvement d'élé- vation du gosier , c'est-à-dire le rétrécissement de la bouche , contribuait à rendre l'acte de l'inspiration plus complète. Sur une Grenouille robuste (ayant enlevé la peau sur les côtés du corps, et ayant noté l'état du poumon dans plusieurs respira- 236 PA1«IZZA. — SUK LA IIESPIRAXIO^ tions) , j'ai détruit le l:)ord de l'ouverture extérieure des narines, de manière à établir une communication permanente avec la cavité de la bouche. La Grenouille laissée en liberté se mit aussitôt à faire de grands efforts d'élargissement de la cavité buccale, sans qu'il arrivât presque de distension aux poumons. Ceci n'arrivait pas par suite de quelque empêchement à l'entrée de l'air dans les vois aériennes , par la bouche , qui restait , au contraire , par- faitement libre ; mais parce que les ouvertures nasales étant beaucoup agrandies dans le moment du rétrécissement de la bouche , presque tout l'air de la bouche sortait par les narines , et par conséquent une petite quantité seulement entrait dans les voies aériennes. Dans cette expérience, il se présente un fait digne d'altenlion : la Grenouille qui sent le besoin de respirer , dans le moment où elle rétrécit le plus qu'elle )ieut la cavité de la bouche, renroncc aussi beaucoup ses yeux ; retirés ainsi dans l'orbite , ils forment une protubérance dans la bouche , de sorte qu'ils contribuent à rétrécir cette cavité , et à pousser l'air dans les voies aériennes. jVfin de confirmer encore plus le fait qu'un mécanisme analogue à la déglutition contribue à l'inspiration , j'ai imaginé de faire l'expérience suivante , sans altérer aucunement la cavité de la bouche : l'organe de l'oiVie, chez la Grenouille , est en communi- cation avec la cavité de la bouche par une grande cavité à bords osseux. Ayant découvert le poumon , comme d'ordinaire , j'enlevai à une Grenouille robuste la membrane du tympan des deux côtés. Ayant placé une plume très line contre l'ouverture de l'oreille , je la vis repoussée au moment de l'élévation du gosier, l^a Gre- nouille était alors gênée dans la respiration , et faisait des efforts réitérés d'élargissement et de rétrécissement de la cavité de la bouche pour suppléer aux inspirations fort imparfaites , puisque les poumons , non seulement n'arrivaient pas à la distension qu'il s obtenaient auparavant , mais ils étaient rétrécis et flétris, et ne contenaient que peu d'air. Si , ensuite, je fermais avec les doigts les trous correspondants à la membrane du tympan que j'avais enlevée , aussitôt après un ou deux élargissements et rétrécisse- ments au gosier , on voyait les poumons se distendi'c beaucoup , nTvS BATRACIliNS I;T DES TORTUES. 237 distension qui s'eiïectuait clairement au moment de l'élévation du gosier. L'importance de ces faits ne sera pas diminuée par l'expérience capitale de l'auteur , c'est-à-dire qu'ayant enlevé la membrane du gosier et les muscles, et laissant la langue pendante, la Gre- nouille n'en vécut pas moins pendant plusieurs jours , de sorte qu'il faudrait croire qu'elle respirait aussi bien qu'auparavant. Il est vrai qu'elle vit et se montre vivace pendant plusieurs jours; mais après l'expérience les poumons se dilatent peu, et ainsi l'inspiration est imparfaite. 11 faut pourtant noter que cet animal est apte à vivre avec une inspiration imparfaite , et même quoiqu'on lui suspende la respiration pendant longtemps. Une preuve, c'est l'immersion d'une Grenouille dans l'eau, de manière qu'elle ne puisse pas revenir sur la surface; elle reste plongée ainsi même vingt-quatre heures sans mourir, si la tem- pérature de l'eau et de l'air sont à quelques degrés au-dessus de zéro; ensuite, si la Grenouille est en léthargie, elle résiste plus longtemps, surtout si la température de l'eau se maintient à zéro. Dans une expérience où l'eau était à zéro, la Grenouille, pendant cinq jours entiers, resta toujours immobile au fond du vase , et quoiqu'elle parût morte lorsqu'on la tira de l'eau , elle ne tarda pas à donner des signes d'irritabilité ; et quelques heures après , se trouvant dans une température de 6 degrés au-dessus de zéro , elle redevint aussi vive que jamais ; la Grenouille vit aussi pendant plusieurs jours, quoiqu'on lui ferme entièrement la glotte. Gette expérience fut exposée dans mon ouvrage sur le Système lymphatique des Reptiles; elle fut répétée à plusieurs reprises cette année sur une Grenouille à laquelle j'avais fermé entière- ment la glotte , et qui , tenue dans ma chambre à la température de 7 ou 8 degrés , vécut vingt et un jours. Cette expérience de la fermeture de la glotte vient fort à propos confirmer le fait de l'action de la déglutition dans le mécanisme de l'inspiration. En ouvrant la bouche à une Grenouille , on fait deux points de cou- ture à l'ouverture des voies aériennes, de manière à fermer la glotte, et pour plus de certitude , on fait encore une ligature cir- 238 PAWIZZA. SUR LA RESPIRATION culaire autour de la glotte ; la fermeture en devient plus parfaite. La Grenouille laissée en liberté se met de suite à faire alterna- tivement de grands mouvements d'élévation et d'abaissement du gosier , avec renfoncement des yeux et de forts mouvements de l'ouverture des narines. Si on l'observe après quelques heures , ordinairement elle paraît gonflée vers les lianes , on dirait par la dilatation des poumons , mais cela n'est pas ainsi. Après des efforts réitérés d'élargissement et de rétrécissement successifs du gosier, l'air a été , au contraire, poussé dans le canal intestinal, et de là dans la vessie urinaire. qui s'en sont distendus. Il est clair, en effet, que l'air comprimé dans la bouche, par ces efforts de respiration , ne pouvant pas , dans le moment de l'élévation du gosier, entrer dans les poumons, doit nécessairement , quoiqu'une portion sorte par les narines , forcer le sphincter de l'œsophage et entrer dans le canal alimentaire. Chacun peut se convaincre de ce fait en remarquant de r[uelle façon, si on fait l'ouverture de l'abdomen d'une Grenouille, l'air entre dans le tube alimentaire chaque fois que le gosier se resserre. Et si l'estomac se trouvant distendu par l'air , on y fait une petite ouverture ; l'air étant sorti , bientôt après on voit sortir des bulles dans l'instant où la Gre- nouille fait l'acte d'élévation ou de resserrement du gosier. Quant à l'expiration , elle dépend de la contraction du tissu du poumon, des muscles des parois du thorax et de l'abdomen , et de l'action des muscles sterno-hyoidiens , moins parce que, d'après l'opinion du docteur Haro , ils avoisinent la partie postérieure du sternum jusqu'à la colonne vertébrale , et contribuent à rendre plus étroit le thorax , et à comprimer les poumons , que parce que , dirigeant en arrière et en bas l'os hyoïde et la glotte , ils ré- trécissent un peu la cavité où sont contenus les poumons. Je notai, en effet , que ces muscles dans leur trajet ne se trouvent jamais en rapport avec les poumons, passant , comme ils le font , de l'os hyoïde au sternum snus les gros vaisseaux et les lobes du foie ; et l'abaissement de la partie postérieure du slcrnum (que je n'ai jamais pu voir dans l'expiration) , même s'il avait lieu , ne pour- rait influer que peu et toujours indirectement , les poumons étant placés profondément et en haut à côté de la ligne médiane. nr.s lîATRACiiiNS ET DKs TOimîKS. :230 Pour me convaincre du peu d'influence de ces muscles dans l'expiration , je coupai sur une Grenouille robuste la peau du gosier ; je soulevai avec soin l'extrémilc antérieure du sternum , et je fis la section transversale des deux muscles sterno-hyoïdiens : l'action d'expiration n'en fut nullement dérangée. Les expériences sur la respiration de la Salamandre aquatique et de terre me fournirent au total des résultats analogues à ceux de la Grenouille , de sorte que je les omets pour éviter les lon- gueurs. Je remarquerai seulement que je ne pense pas, comme le docteur }[aro , que la nature ait prolongé, chez les Salamandres et les Tritons , le muscle de l'expiration , le sterno-hyoïdien , jus- qu'au pubis, parce que la longueur des poumons dans ces Reptiles exigeait une attache inférieure de ce muscle destiné à vider le poumon. Cette raison du prolongement des muscles est plutôt spécieuse que vraie, parce que ces muscles sont placés de manière que, dans leur contraction , ils ne peuvent pas agir directement sur les poumons , et parce que, même dans la Grenouille, les poumons arrivent assez souvent près de la région pubienne , et pourtant les muscles sterno-hyoïdiens arrivent seulement à la partie poetérieure du sternum , qui est éloigné de l'extrémité pubienne du poumon d'un pouce et plus. Je suis convaincu que c'est h une autre circonstance qu'il faut attribuer leur prolongement dans la Salamandre. Ces muscles doivent de nécessité arriver jusqu'où pubis, parce qu'autrement, dans la Salamandre , ils manqueraient d'un point d'appui , puis- que , chez ces reptiles et chez les Tritons, il n'existe pas de ster- num, proprement parlant, comme chez les Grenouilles , mais, au lieu , une lame membraneuse et cartilagineuse de l'épaule , qui va en s'élargissant vers la ligne médiane pour se superposer sur une autre pareille , à laquelle elle s'attache lâchement : il s'ensuit que chaque mouvement du membre antérieur est transmis à la partie sternale de r('paulc ; de sorte que ces parties ne pouvant pas servir de point d'appui , il fallait que les muscles dont nous parlons arrivassent jus([u'au pubis. .Non seulement cela ; mais il fallait aussi (|u'une autre circon- ■210 PAjMIZZA. — SUR LA RESPIRATION stance vînt favoriser leur action , c'est-à-dii'e qu'ils devaient être libres dans leur long trajet ; en effet , ils passent dans une gaîne placée dans l'épaisseur des parois abdominales , afin qu'ils puis- sent par leur contraction porter l'os hyoïde en arrière et en bas. Quant à la Tortue , si l'on considère l'extension de la cavité placée entre l'écusson dorsal et sternal,la mobilité du bassin et de l'épaule , l'attache de cette extrémité, au moyen d'un tissu cel- lulaire, à la membrane qui entoure la cavité splanchnique ; si l'on a pris connaissance des puissances , ou couches charnues , qui ferment la large fente elliptique tant au-devant qu'en arrière de l'étui osseux , on ne pourra manquer de voir dans ces dispositions anatomiques toutes les circonstances les mieux combinées pour que le mode de respiration chez ce Reptile soit celui du thorax mobile. On ne peut pas faire trop d'éloges des considérations anato- miques et physiologiques de M. le docteur Haro , tendant à dé- montrer le véritable mécanisme de la respiration chez la Tortue , et renversant l'erreur admise parles zoologistes les plus distingués. Afin de confirmer une vérité aussi importante , je fis l'expérience décisive qui suit : Sur une Tortue de mer , qui ne retire jamais la tète dans l'étui osseux , je mis à découvert la partie antérieure de la trachée , un peu après la glotte , |mr une incision à la peau , et sans entamer les vaisseaux d'aucune espèce ; je passai au-dessous un petit ruban , et puis , ayant coupé quelques anneaux cartilagineux , j'introduisis un tube métallique que je fermai avec le ruban. L'a- nimal n'avait aucunement souffert , et la respiration allait comme à l'ordinaire. Afin d'être encore plus sur de ce qui arrivait au mo- ment de la respiration , je plaçai une plume à l'ouverture du tuyau, comme indice de l'entrée et de la sortie de l'air. Je m'assurai en efl'et , par la forte répulsion et attraction des barbes de la plume , que la respiration était parfaitement libre ; il devenait ainsi incon- testable que , chez la Tortue , cette fonction a lieu comme chez les autres animaux fournis de côtes mobiles et de muscles moteurs pour la dilatation et le resserrement des parois thoraciques , et non par un mécanisme analogue à la déglutition; car, quoique le DES BATRACIENS ET DES TORTUES. 241 tube métallique n'eût aucun rapport avec la cavité de la bouche, l'animal respirait parfaitement. Maisccqu'ilm'importaitdevérifier était ce fait nouveau marqué par l'auteur à la page 47 : « que les Tortues jouissent d'une double respiration comme les Oiseaux , parce que l'air des poumons passe dans les réservoirs aériens, dont un très grand occupait , dans la Tortue sur laquelle il a fait l'ex- périence , un tiers de la cavité interne. » L'auteur, voulant connaître les éléments capables de servir de base à une théorie satisfaisante de la respiration , a enlevé sur une Tortue de terre vive l'écusson sternal sans entamer aucune partie importante, de sorte que l'animal respirait comme aupara- vant. Dans cet examen , il nota ce qui suit : « Toute la partie mise à nu par la résection du sternum est re- » couverte d'une membrane aponévrotique très dense , nacrée , » transparente seulement dans la partie postérieure ; elle s'étend » du bord antérieur des omoplates à la crête sous-pubienne , se » réfléchit dans la cavité du bassin en tapissant les muscles de la » cuisse , recouvre les côtés de la carapace, envoie un feuillet qui » maintient les viscères , pénètre entre ceux-ci et les poumons , » qu'elle renferme dans un double feuillet , comme dans un sac, » et se termine antérieurement par un muscle qui s'étend de la » crête transversale de la carapace à l'épine dorsale. Elle forme M ainsi quatre vastes poches qui communiquent toutes entre elles, » comme le prouvent leurs mouvements alternatifs de dilatation et » de contraction. Deux de ces poches s'étendant de chaque côté » de la colonne vertébrale , dans toute son étendue , contiennent » les poumons ; la troisième renferme les viscères abdominaux , et » la dernière, qui remplit au moins le tiers de la cavité intérieure » de la Tortue , ne paraît destinée qu'à contenir de l'air. » Pendant plus de quatre heures, je l'ai examinée dans cet état ; » j'ai constaté qu'à chaque période d'inspiration la poche pulmo- » naire se gonflait d'abord , qu'ensuite , la Tortue élevant les » épaules et rentrant le cou dans la carapace , l'air , comprimé » par ces contractions dans les poumons , s'insinuait dans les » autres poches, qui se gonflaient à leur tour ; par un mouvement » contraire, ces deux poches conservant leur turgescence, le tissu 3"série Zooi, T. III (Aviil I Sl'l.) 16 212 PAKIÏZA. — SI T, I.A HESI'IRATION » pulmonaire , d'abord affaissé , se relevait de nouveau , et , peii- wdant quelques minutes, la Tortue ne respirait plus; si on la » forçait à rentrer le cou et les pattes dans la carapace , la peau , » distendue par la pression des poches aériennes, s'étendait autour » des pattes en gros bourrelets ; et si , en donnant à l'animal de » légers coups sur le nez , on l'obligeait à les presser davantage , » il rejetait l'air par un mouvement bmsque d'expiration, et les )) parois de tous les sacs aériens s'affaissaient à la fois. » Pendant une des stases qui suivaient l'inspiration, quand toutes » les cellules avaient acquis leur plus haut degré de développc- » ment , je perçai avec la pointe du bistouri le grand réservoir, et » l'air s'échappa avec bruit. Cependant la Tortue continua à » respirer , mais seulement par les poumons , qui se dilataient ou » se contractaient alternativement ; l'acte respiratoire avait repris » le mode simple , le rôle des cellules aériennes avait cessé. Alors » je bouchai avec le doigt , et ensuite avec un emplâtre aggluti- » natif, l'ouverture qui donnait passage îi l'air , et la première )) inspiration vint soulever leurs parois et les rendre à leurs fonc- )) lions primitives. » Après mon expérience , que j'ai déjà exposée , prouvant évi- demment que , chez la Tortue , la respiration s'effectue comme chez nous, j'enlevai le sternum avec soin, sans entamer l'appa- reil membraneux qui entoure la cavité splanchnique thoracico- abdominalc. Ensuite , je couchai la Tortue sur le. dos , et je la plongeai dans l'eau , de manière qu'elle en restât entièrement couverte , ;\ l'exception de la tète et du tuyau métallique attaché à la trachée. Après avoir observé deux ou trois respirations, dans lesquelles la membrane splanchnique se soulevait et s'abaissait , je pratiquai sous l'eau une ouverture à l'appareil membraneux de la grande poche aérienne; il n'en sortit point d'air. Je vis, au contraire , l'eau entrer dans la cavité abdominale , pressant les viscères , et contribuant ainsi à la respiration. Quand la Tortue fut morte , je la couchai sur le dos dans un récipient plein d'eau , et là , tandis qu'un aide soufflait dans le tuyau et obtenait la dilatation des poumons , j'observai s'il sortait des bulles d'air de l'eau , qui auraient indiqué quelles sont les voies qui conduisent des poumons dans les poches aériennes , et DES RATHACIENS ET DES TORTUES. 243 notamment dans la grande poche déjà ouverte. Mais quoique les poumons aient été distendus au plus haut point, pas une seule bulle d'air ne sortit par la grande poche , ni par aucune des autres: de sorte qu'il est démontré que les poumons seuls sont les récipients de l'air. Cela est si vrai , c[ue , si l'on fait dilater outre mesure les poumons , et que l'on ferme le tuyau , quoique ce que l'on nomme la grande poche aérienne soit ouverte , les poumons restent toujours distendus au même degré ; et cela ne peut pas être autrement , car , en examinant toute la surface des poumons, on la voit entourée d'une membrane provenant de celle qui tapisse toute la cavité générale. Cette membrane, qui n'est que le péri- toine, étant enlevée sur une surface assez grande du poumon distendu d'air , il ne s'en échappe point. Comme l'auteur a fait son expérience sur une Tortue de terre , j'ai voulu répéter cette expérience sur une Tortue grecque ainsi cjue sur l'européenne. D'abord , ayant introduit et fixé un tuyau dans le commence- ment de la trachée , je me suis assuré , en mettant une plume légère à l'embouchure du tuyau , de l'entrée et de la sortie libre de l'air dans les deux moments de la respiration ; ensuite je m'appliquai à vérifier si vraiment les gonflements qui parais- saient dans le tissu cellulaire sous-cutanée à la base du cou et au- tour des membres thoraciques et abdominaux , sont produits par l'air , comme l'assure l'auteur. A cet effet, j'imaginai de plonger la Tortue dans un sceau d'eau à la température de l'atmosphère, qui était de 18 degrés , et je la plaçai de manière qu'elle restât avec seulement la tête et une partie du cou hors de l'eau. Ayant ainsi disposé l'animal , je fis un pli à la peau correspon- dante à ces gonflements autour de l'extrémité thoracique, observés par M. Ilaro ; je coupai la peau et la membrane placée au-dessous, et je mis ainsi à nii la couche musculaire qui concourt à mouvoir le membre et à former la cavité splanchnique. En ellct, au moment de l'inspiration, les gonflements notés par l'auteur parurent , mais il ne m' arriva jamais de voir sortir une bulle d'air ; ce qui serait arrivé si, comme il l'assure, c'étaient des poches remplies d'air qui se trouvassent autour de la base des meiiii)rcs. Si , au toucher , ces régions cutanées donnent une 246. PAWIÏZA. — Sun LA RESPIRATION sensation comme celle de l'élasticité de l'air qui se trouverait des- sous, c'est une illusion, qui dépend de cette graisse molle qui est sous la peau , placée au-dessus des couches musculaires. Celles-ci, par leurs contractions et par l'expansion des poumons, se soulèvent, et soulèvent avec elles la peau correspondante qui se distend et paraît se tuméfier. J'obtins ce même elTet en coupant, sous l'eau, la peau à la base des membres postérieurs , où elle présente aussi des gonflements pendant l'inspiration. Pour écarter entièrement toute espèce de doute sur le sujet des poches d'air, accessoires des poumons , j'ai enlevé avec le plus grand soin l'écusson sternal sans léser la mem- brane, et j'ai pratiqué sous l'eau une ouverture dans ce que l'on appelle la grande poche aérienne. Je n'ai pas vu sortir une seule bulle d'air ; de sorte que je me suis convaincu que l'air ne pénètre pas au-delà du poumon , et que , par conséquent , il n'y a aucune ressemblance entre l'appareil respiratoire des Oiseaux et celui des Tortues ; de plus , les poumons de la Tortue , quand ils sont dilatés , présentent un volume considérable , et examinés dans la division très complexe et minutieuse de leurs vaisseaux aériens, ils paraissent un organe capable de contenir une quantité d'air suffisant aux besoins de l'animal , de sorte que d'autres voies se- condaires , que je n'ai pas vérifiées , deviendraient inutiles. Je ne comprends vraiment pas comment l'auteur, parlant des poches aériennes communiquant avec les poumons, n'a pas indi- qué les points de communication , et comment il a pu être conduit à ies admettre , puisque les poumons dans la Tortue sont isolés , et ne communiquent pas même avec la membrane qui les entoure. Je m'étonne en vérité que notre auteur se soit persuadé de l'existence de ces réservoirs d'air uniquement d'après ce qui s'é- tait présenté à son observation , c'est-à-dire que , « pendant une )) des stases qui suivaient l'inspiration, quand toutes les cellules » avaient acquis leur plus haut degré de développement , je « perçai avec la pointe du bistouri le grand réservoir , et l'air » s'échappa avec bruit. » Comment n'a-t-il pas pensé que ce pouvait être , ce qui est réellement , l'eflét de l'entrée de l'air extérieur pénétrant dans un sac vide ,et non de la sortie de cet air? DES lîA lli U'.IE\S ET DES TORTUES, 215 Dans cette expérience , j'ai pu vérifier que la respiration s'ef- fectue comme chez nous, car si l'on pratique une ouverture à moitié grande comme une pièce de cinq francs , et qu'on enlève la membrane correspondante séro-fibreuse de la cavité splanch- nique , afin que l'air puisse pénétrer librement , qu'on tienne la Tortue couchée sur le dos, afin que les viscères ne viennent pas obstruer l'ouverture pratiquée , l'on verra que, même dans la plus forte action des muscles des deux extrémités de l'étui osseux , combinée avec l'allongement et le raccourcissement forts et succes- sifs des membres du thorax , et de l'abdomen ainsi que du col , la plume placée à la bouche du tuyau introduit d'avance dans la trachée, ne donne aucun indice de l'entrée et de la sortie de l'air. D'après ce que je viens d'exposer par rapport au mécanisme de la respiration chez les Tortues, les Grenouilles et les Sala- mandres , il me semble qu'on peut affirmer ce qui suit : que l'opi- nion de M. le docteur Haro est en grande partie juste ; que la respiration , même chez ces Reptiles , est réglée , comme chez les autres Vertébrés munis de thorax mobile, ce qui se trouve prouvé avec évidence complète chez la Tortue ; quant à cet animal, outre que l'organisation prouve d'elle-même que la cavité contenant les poumons peut s'étendre beaucoup par les puissances qui se trou- vent aux deux extrémités de l'étui osseux , et par la mobilité des membres antérieurs et du bassin , les expériences rapportées ci- dessus y ajoutent la certitude. Mais quant aux poches aériennes accessoires du poumon , comme chez les Oiseaux, admises par M. le docteur Haro, je crois pouvoir affirmer, d'après les observations que je viens de donner, qu'elles n'existent pas chez les Tortues (1). (I) L'explication de cetU' diversité dans les résultats oDtenas par MM. Haro et Panizza est très simple. En répétant sur la petite Tortue d'Europe les expé- riences du premier de ces naturalistes , j'ai souvent vu l'air inspiré par l'animal se répandre dans les lacunes sous-cutanées , tt s'échapper au dehors pur les ou- vertures que je pratiquais ii la peau , vers le haut de l'épaule : mais dans d'autres cas je n'ai vu rien de semblable , et je me suis assuré que l'air était complètement emprisonné dans les poumons. Cela m'a déterminé à examiner avec plus de soin les voies par lesquelles , dans les premières expériences , ce lluide avait passé dr ra|iparoiI respiratoire ilans le reste du corps, et je me suis aperçu que ce phé- Î46 PAKIZZit. SUU LA RESPIRATION Par rapport aux Grenouilles et aux Salamandres , l'opinion de M. le docteur Haro est la seule qui puisse expliquer comment chez la Grenouille , apr6s l'expérience qu'il nous indique , la respiration continuait toujours. Une expérience bien simple sudlt pour rendre ce fait parfaite- ment évident. Qu'on melto h nu les muscles des flancs, afin de voir les poumons ; qu'on ouvre bien la bouclie ; qu'on introduise l'extrémité plate d'un stylet ordinaire dans la glotte ; puis qu'on le place en travers , et qu'on tienne ainsi la glotte ouverte , afin que l'air sorte des poumons , et à cette fin qu'on fasse quelques légères pressions aux lianes. Les poumons ainsi vidés , on retire le stylet , et l'on tient la bouche ouverte avec une pince anato- mique , de manière que les mâchoires restent éloignées l'une do l'autre de deux lignes ou plus. Si l'on observe, en attendant, l'in- térieur de la bouche , on verra que de temps en temps la glotte s'ouvre , et se porte en haut et en avant, puis se ferme , et ensuite se porte en arrière et en bas. Après ces mouvements réitérés, regardant les flancs , on s'aperçoit qu'il y a de l'air dans les pou- mons de la Grenouille , sans que le mouvement de la déglutition ait contribué du tout à l'y faire entrer , puisque la bouche est tou- jours restée ouverte. Cependant , comme on n'exphquerait pas pourquoi , après ces expériences, ou même après avoir seulement enlevé les mem- branes du tympan, l'inspiration devient incomplète, c'est-à-dn"e qu'il ne pénètre plus dans les poumons la quantité d'air néces- saire pour les dilater complètement , comme je l'ai démontre ; tandis que , lorsqu'on ferme de nouveau les ouvertures , d'où on a enlevé les membranes du tympan , on voit encore se dilater beaucoup les poumons au moment du resserrement ou du sou- nomèno dépendait d'un état pathologique du poumon, qui présentait des perfora- tions dont le nombre, la grandeur et la position variaient. Quelquefois les bords de ces ouvertures paraissaient ulcérés, d'autres fois ils étaient bien cicatrisés, et, sui- vant toute apparence, leur présence dépendait de quelque affection analogue à la phthisie pulmonaire. Quoi qu'il en soit, on voit que c'est à l'état pathologique du poumon qu'il faut attribuer le passage de l'air que M. Haro a été le premier à si- gnaler : et, d'après la fréquence de cet étal chez les Tortues d'eau douce, on com- prend facilement comment on a pu croire que la respiration diffuse était normale chez ces reptiles. Milne Edvvabds. DES BAlUA(;iii.>S lii UES JOKTLIJS, '2!ll lèvemeiit du gosier, il reste clrmontré que, clicz les (jreiiouillcs et les Salamandres, l'inspiration complète est l'ellet d'un méca- nisme analogue à la déglutition , au moyen duquel plus d'air est poussé dans la glotte déjà ouverte qu'il n'en sort par les narines ; d'autant plus que , dans le mouvement d'élévation du gosier, les ouvertures nasales externes deviennent plus ou moins étroites. Il était du reste indispensable qu'il y eût cette modification dans l'organisation des Grenouilles et des Salamandres dans l'acte inspiratoire , puisqu'il n'y existe pas d'autres puissances pour dilater le thorax que celles qui portent en haut et en avant l'os hyoïde ; dans ce môme moment , quoique la glotte ouverte soit également portée en haut et eu avant , et que le poumon s'allonge, de manière qu'il y entre un peu d'air, comme le prou- vent les expériences déjà indiquées, c'est peu de chose, et cela ne suffît que pour une inspiration incomplète. On ne peut pas non plus admettre une force expansive du poumon comme subsidiaire de l'acte inspiratoire , puisque son organisation ne donne aucune- ment lieu à cette idée , et les expériences ne démontrent aucune aptitude dans le poumon à se dilater de soi-même. Je répète donc que c'est purement par l'elTet du soulèvement du gosier que ce viscère se remplit et se dilate au-delà d'un certain point ; et plus ce mouvement du gosier (précédé par la distension) est grand et rapide , plus l'air reste comprimé dans la cavité de la bouche , et l'entrée dans la glotte, déjà bien ouverte, est rendue plus facile que la sortie par les narines. Pour l'expiration, il y a la force active du poumon , le resser- rement du thorax , le mouvement en arrière de l'os hyoïde , et la contraction des parois de la cavité thoraco-abdominale. D'après ce que je viens d'exposer , on explique comment s'effectue l'inspiration , indépendamment de l'acte de déglutition, et comment il peut concourir au but d'obtenir une inspiration plus prompte , plus étendue et plus complète. De plus , on comprend pourquoi la nature a place une espèce de sphincter à l'entrée de l'œsophage , et pourquoi les poumons peuvent se remplir d'une grande quantité d'air, quoique le thorax soit ouvert , pourvu que le» parties qui environnent la cavité de la bouche restent intactes. 248 HOLLARD. — SUR L'ORGANISATIOiN DES VÉLELLES. RECHERCHES SUR L'ORGANISATION DES VÉLELLES; Far M. B. HOX.I.AB.I> , D. M. (Présentées à l'Académie des Sciences , le 2 octobre 1843.) Pendant un séjour de quelques semaines que je fis, en 1841 , au moi de mai , à Menton , principauté de Monaco , j'eus la bonne fortune de voir arriver à la côte un nombre prodigieux de Vé- lelles , de l'espèce désignée par Lamarck sous le nom de T'elella limbosa , et par Eschscholtz sous celui de Velella spirans (1). Je pus étudier pendant plusieurs jours des individus frais et vivants , de cette jolie espèce qui frappe les regards par la belle couleur bleue de son limbe. La dissection que j'en fis me fournit plusieurs détails à ajouter à ceux qu'on connaît déjà, et je prends la liberté de soumettre ces résultats à l'Académie : peut-être em- prunteront-ils quelque intérêt à ses yeux , de la considération du peu que nous savons sur l'organisation interne des Vélelles , et des difficultés qu'on rencontre pour les étudier sur des sujets vivants. La Vélelle à limbe nu [J^cleUa limbosa) a la forme d'un paral- lélogramme oblique et allongé , à angles arrondis , et ne dépas- sant guère , chez les individus que j'ai observés , 4 centimètres en longueur et 2 en largeur. Le limbe et les tentacules marginaux sont d'un blanc vif ; !e dessus du dos , y compris la coquille, d'une teinte analogue, mais beaucoup plus pâle, qui reprend une nuance plus prononcée sur la voile ou crête dorsale , à l'encîroit où le tégument, très mince et transparent de cette région , aban- donne et déborde un peu la lame qui lui sert de support (2). Le dessous de l'animal , occupé par l'estomac et les cirrlies tentaculi- formes ou suçoirs, est également d'une nuance pâle, bleuâtre. Examiné à l'aide du microscope , le tissu du limbe , comme le (1) C'est l'espèce disséquée par Forskal, et que ce naturaliste avait assez mal- heureusement baptisée du nom de Holotlniria spirans. (2) Cette couleur effacée du tégument dorsal est due sans doute à l'extrême fi- nesse dp co feuillet vivant , qui laisse transparaître la blancheur du support car- tilagineux , et même les teintes rembrunies d'un orfiano plus profond, et que je signalerai lout-à-1'liourc. noLLARo. — SUR l'orgamsation des vélelles. 249 tégument dorsal , se montre sous une apparence celluleuse , et couvert de nombreuses taches pigmeataires brunes qu'il est diflicile de voir à l'œil nu , et dont la considération ne devra peut-être pas être négligée par les personnes qui cherchent des caractères pour la distinction des espèces. Les tentacules extérieurs , les tenta- cules proprement dits , sont coniques , allongés , souples et très déliés. Les cirrhes ou suçoirs , plus courts , susceptibles , au reste , de s'allonger ou de se raccourcir, de changer de dimen- sions, en vertu de leur rétractilité, olVrent un rentlenient terminal plus ou moins pronoiicé , quelques granulations saillantes à leur surface , et des grappes de petits cœcunis à leur base. Je revien- di'ai tout-à-l'heure sur ce dernier détail , qui n'a été signalé, que je sache , par aucun observateur , et dont on pourra apprécier l'importance. Ajoutons , pour terminer ce qui concerne les cirrhes tentaculaires , qu'ils oll'rent à leur extrémité l'orifice d'un canal central , dont on distingue aisément le trajet à l'aide de la loupe. Ce qu'on n'a pas assez remarqué , c'est que ces appendices creux , qui ont dans le Felella limbosa la foimie des pieds-suçoirs des Echinodermes , sont implantés sur une membrane cellulo- gélatineuse , appuyée , sans adhérence , à la face inférieure de la pièce cartilagineuse horizontale ou support de l'animal , mem- brane ou tégument qui forme la limite extérieure d'une cavité dans laquelle débouchent les tentacules en question , et qui ne m'a paru contenir que de l'eau. Lorsqu'on coupe ces tentacules à leur base, la section laisse apercevoir un petit trou au point d'insertion de chaque tentacule. L'estomac occupe le grand diamètre du corps , à la face infé- rieure et concave de celui-ci. La trompe qui porte la bouche , et qui est remarquable par les changements de dimension et d'ou- verture dont elle est susceptible, surmonte un renflement gas- trique ovalaire, qui va s' atténuant et se convertissant en canal à ses deux extrémités; puis ce double canal se subdivise et s'en- fonce dans le tissu qui tapisse le fond de la face sur laquelle il repose. Sur le reste de son trajet, l'organe dont il s'agit est indé- pendant de la membrane tégumenlaire qui l'avoisine. J'ai poussé des injections dans l'estomac sans réussir à faire pénétrer la ma- tière injcclée dans l'espace libre auquel nous avons vu aboutir les 250 HOLLABD. — SUn t,'oRGA^JSATIO.^ DES VÉLELLES. canaux des ciniies tentacLilaires. Je doute fort, en conséquence, que M, Lesson ait bien compris le rôle de ces cirrhes , et leurs relations anatomiques avec l'appareil alimentaire. Après avoir très bien décrit l'estomac, tube ventru, dit-il, avec la bouche au centre, et prolongé en deux cylindres ramifiés aux extrémités de la rainure qu'il occupe, M. Lesson nous présente les cirrhes qui entourent cet organe comme de nombreuses poches stomacales, qui sucent les aliments, s'en remplissent, les digèrent et les versent dans le canal digestif sus-mentionné ; c'est alors, dit-il, qu'on trouve celui-ci rempli d'un chyme rougeàtrc. Que M, Lesson ait vu, en efl'et, l'estomac rempli de ce chyme, j'en Buis très convaincu ; mais qu'il ait vu ce chyme passer des cirrhes qui entourent l'intestin dans ce dernier, j'ai peine à le croire , d'autant que la manière dont M. Lesson s'exprime me porte à penser qu'il donne ici son opinion sur le rôle des organes creux en question, plutôt qu'un fait dont il aurait observé toutes les phases. Je n'imagine pas mémo ce qui aurait pu motiver une pareille opinion : elle n'a pour elle ni l'analogie ni l'observation. Et d'a- bord l'estomac des Vélelles a sa bouche, que l'animal avance et retire, ouvre ou rétrécit, et ferme à son gré; évidemment, une voie aussi directe d'alimentation doit sudire. Puis cet estomac ne s'abouche aux tissus voisins que par fes espèces d'inti'stins rami- fiés qui lui font suite, en se portant aux deux extrémités opposées du corps: or, ces ramifications, ne communiquant point avec la cavité où s'abouchent les cirrhes tentaculaires , nous rappellent bien plutôt l'estomac des Méduses, qui se ramifient aussi pour distribuer la nourriture dans tous les tissus qui la réclament, que des suçoirs qui iraient chercher le chyme , contre toutes les ana- logies anatomiques et physiologiques , dans une foule de petites poches gastriques indépendantes les unes des autres. S'il faut donner une fonction au\ cirrhes tentaculaires , je suis disposé h les considérer comme di^s tubes aquifèros qui introdui- sent l'eau, et avec elle l'air nécessaire à la respiration , dans une cavité où cette dernière fonction s'exécute, sinon exclusivement, du moins en majeure partie. Cette manière de voir est autorisée par ce (|ue nous savon-^ ou ce (|ue l'on croit savoir des fonctions des pieds-suçoirs des Edùnoilermcs, des tentacules des Jctiiiioi, HOLLARD. — SIU L'onCAMSAIlO-N UliS Vér.KM.ES. 25Î et des longs suçoirs centraux qui descendent de l'ombelle des /1/e- duses ; je n'ai qu'à citer les groupes les plus voisins des Vélellides pour justifier le rôle que j'attribue aux suçoirs de ces animaux rayonnes. Peut-être leurs tentacules marginaux aident-ils aussi à, la même fonction, et je serais d'autant plus disposé k le penser que j'ai cru y reconnaître , à l'aide du microscope , un canal in- térieur. Par leur position , leurs formes et leur organisation ap- parente, ces tentacules, plus longs, plus ellilrs que ceux du centre, ne sont pas sans ressemblance avec les filaments que porte l'om- belle des Méduses, et dans lesquels j'ai positivement aperçu des trajets canaliformes. Mais leur fonction principale paraît être do saisir les petites proies dont se nourrissent les Vélelles. Revenons à l'appareil digestif. Quand on essaie de détacher l'estomac du tissu sur lequel il repose, on entraîne, en le soulevant, une masse brunâtre, étendue sur toute la longueur de cet organe, intimement adhérente avec lui, et qui en reproduit en quelque sorte les formes ; cette masse, en effet, renflée et saillante à son milieu, s'atténue vers ses extrémités; sa forme est celle de la con- cavité du support cartilagineux dont elle occupe le fond. La posi- tion de cet organe, ses rapports intimes avec l'estomac, sa cou- leur, sa structure enfin , tout nous indique en lui un foie, et un foie parenchymateux , bien dilTérent des organes hépatiques de la plupart des Rayonnes. .T'ai étudié au microscope le tissu du foie du J'eklla limhosa , et je l'ai trouvé composé d'un tissu granu- leux ou celluleux, coupé par de nombreux sillons: j'ai essayé de représenter ce tissu fig. 31 de la planche h bis. Aucun des auteurs que j'ai pu consulter ne mentionne l'organe que je viens de signaler, silence d'autant plus étonnant qu'on paraît avoir rencontré quelque chose d'analogue chez les Porpites, ce que Cuvicr n'a pas manqué de rappeler, en disant que l'esto- mac est entouré, chez celles-ci, d'une substance comme glandu- leuse. Enfin , je n'ai trouvé non plus chez aucun auteur, depuis Fors- kal jusqu'à maintenant, et à ma grande surprise, un détail ana- tomique que j'ai déjà indiqué , et qu'on n'aurait certes pas omis, s'il n'eût passé inaperçu ; je veux parler des petites grappes de cœcums que j'ai vues implantées à la base des suçoirs. En les 252 HOLLARD. — SUR L'ORGANISATION DES VÉLEl.LES. détachant et les plaçant sur le porte-objet du microscope, j'ai re- connu en elles des poches ovariennes, les ovaires même. Chacun de ces sacs renfermait plusieurs corps oviformes , semi-transpa- rents, incolores, ayant toutes les apparences d'œufs en voie de développement, au point que, sur chacun d'eux, se voyait dis- tinctement une ligne qui parcourait le grand diamètre de ces coi'ps allongés , et qui m'a paru indiquer la voile ou lame carti- lagineuse verticale des Vélelles. Plus près de l'entrée des poches ovariennes, vers l'espèce de col par lequel chacun de cescœcums pyriformes se rattache au pédoncule de la grappe dont il fait partie , on voyait plusieurs corpuscules jaunâtres, plus petits et plus globuleux que les précédents, et que je soupçonne être aussi des œufs , mais moins avancés que les premiers. Quant aux zoo- spermes, je n'en ai pu découvrir ni dans les organes que je viens de décrire, ni dans leur pédoncule commun, ni dans les cirrhes tentaculaires, ni ailleurs ; peut-être à une époque moins avancée du printemps eussé-je été plus heureux. Mes observations sur la structure du support cartilagineux sont d'accord avec la description qu'en a donnée M. Lesson. Ce sup- port, convexe en dessus, concave en dessous, est sillonné par deux lignes qui mesurent obliquement ses deux diamètres et se croisent à son point culmiiianl. De ces deux lignes, qui ne sont peut-être, comme on l'a dit, (jue les traces d'une division primi- tive du support en quatre fragments , la plus grande correspond à l'insertion de la lame verticale sur la lame horizontale. Deux feuillets appliqués l'un contre l'autre composent ces lames; ceux de la dernière , du support , interceptent des espèces de canaux aériens concentriques , séparés par des lamelles en ressaut , et partagés eux-mêmes, par de plus petites cloisons, en nombreuses cellules remplies d'air, disposition intéressante , puisqu'elle con- tribue à donner aux Vélelles la légèreté dont elles ont besoin pour voguer (l). Mais est-il vrai , comme le ])ense M. Lesson, que l'air contenu dans la charpente cartilagineuse de ces Zoophytes a des issues, et qu'il peut être, selon le besoin, expulsé ou rappelé? Je ne puis (l) La finesse du tésumoni dorsal laisse trans|iarailre les ligues conceiitrii|ucs r]ui liniiteul ce- canaux IIOIX;%RD. — Sim I.'ORfiAMSATION- DKS VÉLEI.LES. 255 avoir jusqu'ici ([ue des doutes ii cet égard. La lame verticale a ses feuillets plus immédiatement appli([ués l'un contre l'autre que l'horizontale ; elle olFre la forme d'un croissant irrogulier, ])art de l'un des angles du quadrilatère que représente le support, en ga- gnant de hauteur jusqu'au-dessus du sommet de celui-ci; puis elle s'abaisse de nouveau en se terminant vers l'angle auquel aboutit la diagonale parcourue. A sa partie la plus élevée, se trouve intercalée une sorte de petite pièce cunéiforme, qu'indi- quent des lignes très prononcées. Cette lame verticale paraît jouer un rôle important dans la locomotion des Vélelles, par la surface qu'elle oflVe aux vents : c'est dire que cette locomotion est à la merci des courants d'air, comme aussi, sans nul doute, des courants d'eau qui rencontrent les nombreuses flottes de ses jolis Rayonnes. Par les observations cjuc j'ai l'honneur de soumettre à l'appré- ciation de l'Académie , j'espère avoir fixé, mieux qu'elles ne l'é- taient, la nature et les relations des tentacules-suçoirs qui entourent la bouche des J'élellides , avoir mis les observateurs sur la voie, pour l'étude de l'appareil génital et de l'histoire embryogénique de ces animaux; enfin, j'aurai complété, ce me semble, la des- cription de leur appareil digestif. La respiration aurait donc pour organes, ici comme dans bien d'autres Rayonnes, les tentacules qui garnissent la face inférieure de l'animal , et la cavité à laquelle s'abouchent ces tentacules ; la circulation serait , comme chez les Méduses, une sorte de distribution du lluide nutritif, par des ra- mifications de la cavité alimentaire. A l'estomac serait annexé un foie granuleux , assez comparable à celui des Mollusques. Enfin les œufs se formeraient, se féconderaint et subiraient un dévelop- pement avancé dans des ovaires en forme de cœcums, dont le contenu sortirait par le canal très extensible des suçoirs. Il y aurait sans doute ici des conclusions à déduire, quanta la place qui revient aux Vélellides en général , dans la série des Rayonnes. On peut voir ([ue ce groupe se sépare d'une manière assez tranchée des Méduses et des Physalides, dont on l'a rap- proché ; qu'il réclame une place à part, et qu'il prendra rang, très vraisemblablement, et d'une manière définitive, entre les Mé- duses, dont les Vélellides rappellent, en etrct, un peu la forme. '254 SCniUMBERGEB. — SUR LES RFIIZOrODES. et dont elles ont un peu le tissu avec sa phosphorescence et ses propriétés irritantes , et les Actinies, qui nous présentent des ten- tacules- suçoirs en communication avec des cavités respiratoires et avec l'appareil génital , dernier fait que j'ai pu observer sur un grand nombre d'individus des Actinia viridis, ruhra ei effcela , à la même époque où j'étudiais les Vélelles. EXPLICATION DES FIGUBES. PLANCHE k bis, FIG. 28-3i. l'ig. 28. Le VeU-lla limhosa dans sa position naturelle. Fig. 29. L'animal renversé, et montrant sa face viscérale. Fig. 30. L'estomac prolongé en tubes ramifiés, avec le foie au-dessus. Fig. 31. Porlion du foie, vue au microscope. Fig. 32. Portion du limbe, vue au microscope. Fig. 33. Cirrhe tentaculiforme, ayant à sa base les grappes de cœcums ovariens. Fig. 34. Une de ces grappes grossie, laissant voir son contenu. OBSERVATIONS Sun OCELOUES NOl"VELLES ESPtCES d'iXFISOIIIES DE l.A F.\MILLE DES RHIZOPODES ; Par M. F. SCHItUMBERGER. DiFFUGiA. — .\niraal sécrétant une coque globuleuse ou ovo'itle membra- neuse , lisse ou encroûtée , résistante , avec une ouverture terminale large , circulaire , donnant passage îi des expansions cylindriques , épaisses, obtuses. DiffliKjin floprcusri. — Animal à tèt diapliane, ovoïde, déprimé, résistant, découpé par de légères lissures en i)clites plaques polygonales irrégu- lières. — Longueur, environ 0,12; largeur, 0,068; épaisseur, 0,05. .l'ai renconlré plusieurs fois cet animal dans le dépôt vaseux de quel- ques sources des Vosges. La substance molle intérieure est finement gra- nuleuse, liyaline, grisâtre, renfermant des particules végétales d'un brun sale. Les expansions sortent d'une laige ouverture ovale, à bord irrégu- lier: elles atteignent la longueur du corps, sont épaisses, obtuses, et for- ment souvent en se contractant un lobe irrégulier, couvert de boiu'geons plus ou moins allongés. />/ffIiif/i(i (jiijantvii. — Animal à tèt brun-blcuàtre , comme recou\ ert de gros grains de sable formant des saillies irrégulières; ovoïde, allongé, rétréci en avant. — Longueur, de 0,08 îi 0,23 ; pins grande largeur, de 0,036 à 0,05. (.lelte espèce se rapproche du IH/'/liiijiii jiro/i'ifiiniii.'i , Kbrb. ; mais elle en dilTère par sa forme pins aIlong(''e, rétrécie en avant, presque py- riformc, quelquefois légèrement (b'primée, et par sa laille ])lus considé- rable. L'ouverture antérieure circulaire, à bord iriégulicr, lionne pa.ssage à trois ou quatre expansions cylimlrit|iies, épaisses, obluses, tpii , en se coniraclant, se couvrent de pelils renllements. SCnLl'MIBERfiER. — SI 11 I F, S niiiznpoMîS. "255 I.ECQUERElsiA. — Animal sémHanl une roque en forme de cornue ovoïde- l gloljuleuse, un peu déprimée, memliraiieusc, résistante; avec uu cou large et court; une ouverture terminale circulaire, d'où sortent des expansions cylindriques, épaisses, obtuses. Ce genre se rapproche des iJif/lui/iu par la nature de ses expansions ; mais la forme si dilférente du têt et la position de l'ouverture l'en sépa- rent suffisamment. Locqucmislo jurtisslcfi. — Animal îi têt résistant, diaphane, grisâtre, en forme de cornue globuleuse un peu (b'primée ; à cou large et court ; coninie composé d'une pâte de petits corps bacillaires. — Longueur, environ 0,1 ; largeur, 0,083; épaisseur, 0,0613. Cette charmante espèce vit sur les plantes aquatiques , ou autres végé- taux morts, dans beaucoup de petites mares du .lura, aux environs de Neufchàtel ^Suisse . Son tét diaphane laisse bien apercevoir à l'intérieur le corps mou, hyalin, finement granuleux, parsemé de globules bruns et de matières végétales. Les expansions atteignent et dépassent même la longueur du corps; elles se ramifient en se contractant, .l'ai eu l'occasion de voir l'animal expulser par l'ouverture du tét des matières végétales brunes qu'il avait englouties. Gkomia. — Animal sécrétant une coque membraneuse, molle, globuleuse, avec une ouverture ronde d'où sortent des expansions filiformes , lon- gues, rameuses, très déliées il l'extrémité. Groiniii liyiiliiui. — Animal à cotpie globuleuse ou ovoïde-globuleuse, lisse, molle, diaphane et incolore, avec une ouverture ronde entourée d'un goulot très court , formé des replis du tégument ; expansions fili- formes, nombreuses, très déliées, rameuses, et s'anastoniosant. — Dia- mètre, 0,03 à 0,05. .Malgré l'absence de couleur de la coque , je n'hésile pas ;'i ranger cet animal dans le genre Gromic. Sa taille , qui varie de 0,03 à 0,0.S, la dis- tingue aussi des deux espèces décrites jusqu'ici. Le tégument , parfaite- ment transparent, laisse voir à l'intérieur de petits globules blcuAtres et un gros corps glandulaire, hyalin, ovoïde, pareil à celui que j'ai observé dans d'autres Khizopodes diaphanes. On rencontre fréquemment des groupes de deux ;i neuf individus, réunis par la partie antérieure. — J'ai observé cet animal dans le dépôt des ruisseaux des Vosges, et aussi en très grand nombre parmi des débris de bois détrempés dans l'eau. Cypuoderh. — Animal sécrétant une coque membraneuse , résistante, ii ovoïde, allongée en avant, recourbée et rétrécie en forme de cou, ornée de saillies en séries obliques : ouverture circulaire, oblique ; expansions très longues, filiformes, très déliées à rextrémil(', simples ou rameuses. La disposition des inq)ressions par séries obliques, la position oblique aussi de l'ouverture, la nature des expansions, rapprochent ce geine du genre Trinema Duj. ; mais le rétrécissement antérieur en forme de cou suffit, ce me semble, pour l'en séparer. CjiiilKidcria iii'ir(/(iri/nfi//i. ■ — Animal ;i têt résistant, diaphane, jaunâtre, ovoïde, allongé, recourbé et rétréci en avant en fninio de cou, oi-ué de nombreuses séries obli(pies , régulières, de i)etites perles; ouveilure ronde , ()l)li(pie , donnant passage aux expansions filifoinii's , sinij)le- 256 SCBLUnSERGER. - su II LES RIIIZOPODES. ment rameuses, atteignant jusqu'à deux fois la longueur du têt. — Lon- gueur, de 0,066 il 0,14; largeur (plus grande), 0,031 à 0,064. .l'ai rencontré fréquemment cet animal dans le dépôt vaseux, entre- mêlé de débris de végétaux , des ruisseaux des Vosges et du .Jura. La forme de son têt est assez variable : quelquefois le cou est toul-à-fait ru- dimentaire : chez d'autres individus , la partie postérieure, au lieu d'être large et arrondie, se rétrécit assez brusquement en pointe tronquée. La partie molle, hyaline, du corps , est parsemée, vers le milieu suriout, de nombreux globules bruns, de ?{) \ovA(;ii i;\ sictr.i;. plus richement dotés, on remarque, àcetégaicl, des gradations sans nombre, et lorsqu'on cherche à se rendre compte de la ma- nière dont ce perfectionnement s'opère, on voit que, d'abord, c'est un même instrument qui sert à plusieurs usages, mais les résultats de son action sont alors grossiers et imparfaits; le tra- vail vital devient-il , au contraire , plus complet , les facultés di- verses se séparent et se localisent ; chaque fonction s'exerce à l'aide d'un instrument particulier; et dans l'économie animale, de même que dans les machines qu'emploie l'industrie humaine, un organe remplit toujours d'autant mieux son rôle , que ce rôle est plus spécial. Ainsi , dans les animaux dont les facultés sont les plus bornées et dont la vie est le plus obscure , on voit toutes les parties du corps jouir des mêmes propriétés physiologiques; chacune d'elles esta la fois un instrument de nutrition, de sensibilité, de mouve- ment et même de reproduction, de sorte que l'économie de ces êtres inférieurs peut être comparée à un atelier où chacun des ou- vriers serait chargé de toute la série des travaux nécessaires pour la confection des objets à fabriquer, et où le nombre de ces instru- ments, employés tous h l'exécution de travaux semblables, influe- rait sur la quantité, mais non sur la qualité des produits. Les ex- périences célèbres de Tremblay sur les Polypes d'eau douce nous fournissent un exemple remarquable de cette confusion de toutes les facultés dans chacune des parties du corps, puisqu'en mutilant ces animaux on ne prive aucun des fragments de l'une des pro- priétés physiologiques quelconques dont jouissait l'ensemble de l'économie, et que chaque fragment continue à vivre , comme vi- vait, avant l'expérience , l'animal entier. Mais pour peu que l'on s'élève dans chacune des séries zoologiques , on voit la division du travail s'introduire dans l'organisme; les grandes fonctions se séparent alors pour devenir l'apanage d'autant de parties dis- tinctes, et, k mesure que chacune de ces fonctions se perfectionne de plus en plus, on voit les divers actes dont elle se compose s'exécuter à l'aide d'instruments de plus en plus spéciaux qui con- courent, chacun d'une manière particulière, à la production du résultat général , obtenu d'abord par un seul et même organe. nilAF. EDW«RU>i. — Sin LA CIRCLLAtlO\. 261 .l'ai signalé dans divers écrits un si grand nombre de faits de cet ordre , qu'il serait , je crois , inutile d'en citer ici , et il me semble bien démontré aujourd'hui que le perfectionnement des fonctions coïncide essentiellement avec une division croissante dans le travail pliysiologique dont l'économie animale est le siège. C'est là , non pas une théorie , mais un fait général ; et maintenant, si l'on veut se servir de ce résultat pour coordonner d'autres faits particuliers, il suflit d'admettre, par hypothèse, que c'est effectivement le principe de la division du travail que la na- ture a pris pour guide, et que dans ses créations de plus en plus élevées, elle a porté de plus en plus loin les conséquences de ce même principe, dont l'influence, comme on le sait, a été si puis- sante sur les progrès de l'industrie humaine. En partant de cette hypothèse , on aperçoit facilement les rap- ports qui existent entre une multitude de modifications organiques qui, jusqu'alors, ne semblaient avoir aucun lien commun; et elle peut aussi, je pense, mettre sur la voie de découvertes nouvelles. Jusqu'à ce que l'on ait démontré le contraire, je persisterai donc à admettre que, da7u le règne animal, le perfectionnement des types s'opère essentiellement au moyen de la division du travail dont l'économie est le siège (1) ; ou, si l'on aime mieux retourner la proposition , je dirai que la dégradation de ces types zoologiques dépend essentiellement de l'accumulation croissante des fonctions di- verses sur un seul et même instrument. § 4. Une autre tendance de la nature qui me semble être égale- ment manifeste, consiste à économiser, autant que possible, les créations nouvelles dans la constitution des animaux dont la per- fection s'accroît. Lorsqu'une faculté commence à se localiser, elle s'exerce à i'aide de parties qui existaient déjà dans le type moins perfectionné, et qui , étant modifiées pour s'adapter plus spéciale- ment à un usage particulier, cessent plus ou moins complètement de servir aux autres fonctions, dont elles étaient d'abord l'instru- ment commun. On dirait même que ce n'est qu'après avoir (I) Ce priiicipo, que je crois avoir été le premier à formuler, est aujourd'hui iidopté par plusieurs naturalistes. Je l'ai développé , il y a vingt ans , dans le Diclionnaire cUiSfiijiic d'Ilisloirc nalurcllc, t. XII, p 339 et suivantes. ■202 VOYAGE EN SICILE. épuisé ce genre de combinaison organique que la nature a recours il des moyens plus puissants et arrive à créer dans l'économie animale des parties réellement nouvelles , parties qui , à leur tour, sont destinées à subir, comme les organes déjà existants , une série de modifications, dont le résultat principal est toujours une division déplus en plus parfaite du travail physiologique. Le système appendiculaire des Crustacés fournit des exemples remarquables de celte tendance. Ainsi chez certains animaux de celte classe , la portion céphalo-thoracique du corps porte une série de membres qui servent chacun comme une patte pour la locomotion et comme une mâchoire pour la division des aliments; mais ils ne peuvent cumuler ces fonctions^ans être nécessairement moins propres à l'un ou à l'autre de ces usages qu'ils ne le se- raient, si , dans leur structure, tout était calculé dans la vue d'un résultat unique; ce sont des pattes fort médiocres et des mâchoires peu puissantes : aussi chez les Crustacés dont les facultés sont plus parfaites ne voit-on plus de ces instruments à double usage. Mais la division du travail ne résulte pas de l'introduction d'un clément anatomique nouveau dans l'économie ; elle s'obtient à moins de frais : la série d'appendices, dont tous les termes étaient d'abord semblables entre eux, se partage en deux groupes ,dont l'un, spécialement alTeclé à la mastication, n'intervient plus dans le mécanisme de la locomotion, et dont l'autre, devenu étranger aux fonctions digestives, constitue l'appareil du mouvement. C'est aussi aux dépens du système appendiculaire que d'autres Crus- tacés sont dotés d'instruments particuliers pour la respiration et pour la fécondation, ou pour la conservation des œufs; enfin, dans les espèces les plus élevées de ce groupe naturel, on voit ces in- struments d'emprunt être remplacés par des parties qui n'avaient pas jusqu'alors d'analogues dans l'organisation de ces animaux , et qui semblent avoir été créés à l'occasion de ce perfectionne- ment nouveau ; les branchies des Crabes ou des Écrevisses , par exemple. § 5. C'est peut-être faute d'avoir connu ces tendances de la na- ture que quelques auteurs ont admis , comme tm axiome en zoolo- gie, que la fonction est inhérente ci l'organe; de sorte que, lorsque MILXi: ElDWARnS. — SIU I,.\ CIIICILATION. 2(),1 celui-ci vient à disparaître de l'économie , la faculté dont il était l'instrument doit se perdre en même temps. Lamarck , par exemple, refusait la sensibilité à tous les animaux qui n'ont point de cerveau , parce que , chez les êtres où cette faculté est le plus manifeste , elle a pour instrument nécessaire ce centre nerveux. C'est aussi en raisonnant de la sorte qu'on a nié l'existence d'une circulation chez les animaux qui n'ont plus ni cœur, ni artères , ni veines, ou bien que l'on admet l'existence de toutes ces parties partout où les physiologistes ont constaté le mouvement circula- toire des fluides nourriciers. Mais c'est se former une idée bien petite et bien fausse des ressources de la nature que de la croire assujettie à une nécessité pareille. Il est vrai que la faculté dont elle doue un être vivant ne peut s'exercer qu'à l'aide d'un organe ou instrument ; mais cet organe n'est pas nécessairement toujours le même , et des résul- tats physiologiques du même ordre peuvent être obtenus par les moyens les plus variés. Lorsqu'on admet cette dépendance nécessaire entre la fonction et l'organe , on ne peut rien comprendre à la physiologie des animaux inférieurs ; car , chez ceux-ci , on voit disparaître tour à tour chacun des instruments qui , chez les êtres plus parfaits , sont indispensables à l'exercice des facultés les plus nécessaires à la consei'vation soit de l'individu, soit de l'espèce, et cependant ces animaux dégradés vivent et se reproduisent de même que les premiers. Or , pour être conséquent avec les principes de ces zoo- logistes , il faudrait admettre que ces animaux inférieurs sont en même temps privés de toutes les facultés que possèdent les espèces plus élevées, et que les fonctions qui assurent l'existence de l'individu , par exemple , sont chez eux d'un ordre particulier. C'est effectivement la conclusion à laquelle est arrivé Lamarck , lorsqu'il a voulu appliquer sa doctrine à l'étude des fonctions de relation dans le règne animal tout entier. Mais les distinctions scolastiques que l'on établit de la sorte résident dans les mots |)lutùt que dans la nature des choses , et ne me semblent être d'au- «une utilité dans la science. Kn adoptant h; principe contraire et '•n M\ant égai-fl au\ tijndances générales dont il vient d'être ([ues- 264 VOYAGE EN SICILE. lion , il en est tout autrement ; l'étude physiologique de ces ani- maux cesse alors d'offrir aucune difficulté sérieuse, et les faits que ces êtres plus ou moins simples nous fournissent se laissent coor- donner de la manière la plus facile avec l'ensemble des résultats fournis par l'observation des autres parties du règne animal. § 6. L'étude des phénomènes de la circulation chez les animaux inférieurs fournit, ce me semble, des preuves convaincantes de la vérité de ce que je viens de dire. La manière dont s'elfectue dans l'intérieur de l'économie la distribution des matières nécessaires à l'entretien de la vie varie extrêmement dans les divers groupes du règne animal , et , sous ce rapport , les êtres les plus simples s'éloignent tant de tout ce que nous sommes accoutumés à voir chez l'Homme ou chez un animal supérieur quelconque, qu'au premier abord beaucoup de naturalistes , ne tenant pas compte des tendances générales que je viens de signaler, rejettent comme impossibles des faits que l'observation et l'expérience rendent indubitables ; mais, lorsqu'on prend pour guide le prin- cipe (lu perfectionnemenl des êtres par la division croissante du travail physiologique , on voit ces difficultés disparaître , et les résultats qui, dans l'hypothèse contraire, demeuraient incom- préhensibles, cessent de paraître anormaux, et prennent place dans un ensemble de faits où tout s'enchaîne et se régularise. Ainsi , pour le physiologiste (lui aurait limité ses études aux phénomènes de la vie chez l'Homme ou chez les Mammifères or- dinaires , il répugnerait peut-être de croire que , chez un Mol- lusque, la circulation puisse s'effectuer sans le secours de veines ; (jue , chez des Annélides , les Térébelles par exemple , le même organe puisse à la fois tenir lieu d'un cœur et d'un poumon ; enfin que, chez d'autres animaux plus dégradés, une seule cavité puisse cumuler les fonctions de l'estomac, du cœur, des vaisseaux sanguins et du poumon, organes qui, chez les animaux supé- rieurs, offrent dans leur structure et dg-ns leurs propriétés les dif- férences les plus tranchées. L'observation directe nous apprend néanmoins qu'il en est ainsi , et la comparaison de ces résultats avec les faits fournis par l'étude des autres grandes fonctions de, réconomic nous conduit à voir, dans ces anomalies apparentes, une niLIVE EUWABDS. — ' SUR LA CIIICULATIO.N. 265 conséquence régulière de l'une des tendances les plus générales de la nature. § 7. Chez les animaux les plus simples , de même que chez les êtres vivants les plus parfaits, la nutrition s'elfectue à l'aide de la digestion, de la respiration, et du passage des matières absorbées du dehors jusque dans la profondeur des diverses parties de l'or- ganisation ; mais la faculté de digérer , les actes respiratoires et le transport des lluides nourriciers, ne sont pas dépendants de l'ac- tion d'organes particuliers ; toutes les parties du corps sont éga- lement aptes à remplir en même temps toutes ces fonctions , et il n'existe pour la production de l'ensemble des phénomènes de nu- trition aucun indice de division dans le travail physiologique. On sait que, chez l'Hydre par exemple, la surface tout entière du corps jouit de la propriété de réagir sur certaines matières organisées , de façon à en déterminer la dissolution , ou , en d'autres mots , possède le pouvoir d'opérer la digestion des aliments , et que le tissu dont ce corps se compose est un assemblage de parties so- lides , disposées de manière à laisser entre elles des espaces ou lacunes accessibles aux liquides qui arrivent du dehors, et qui doivent séjourner ou se mouvoir dans l'économie. Cela est si vrai que , lorsqu'on retourne un de ces petits Polypes , comme on re- tournerait un doigt de gant, la surface qui primitivement était en contact avec l'eau aérée, et qui devait être le siège principal de l'absorption et de l'exhalation respiratrices , devient un instru- ment de digestion , tandis que la surface opposée , qui auparavant était interne et limitait la cavité stomacale, prend la place et rem- plit les fonctions de la surface respirante ; enfin , il est également aisé de s'assurer que l'introduction des liquides du dehors jusque dans la profondeur des tissus s'effectue de la même manière, quelle que soit la partie au contact de laquelle ces liquides arrivent. Mais pour peu ([uc l'on s'élève de ces Polypes si simples vers les animaux plus parfaits , on voit la division du travail s'introduire dans l'organisme. Ce sont d'abord les deux surfaces du corps qui deviennent dissemblables entre elles; la surface interne devient seule apte à élaborer les matières étrangères qui doivent êlre employées comme aliments , et la surface externe est modifiée 266 VOYAGE EN SICILE. dans sa structure pour devenir un instrument de protection plutôt qu'un organe de nutrition. Des Zoopliytes extrêmement voisins des Hydres , les Sertulaires par exemple , nous ofTrent cette dispo- sition , qui se remarque aussi chez les Alcyons , le Corail , les Gorgones , les Caryophyllies, dont les parties extérieures, durcies par un dépôt de matières cornées ou calcaires , se transforment plus ou moins complètement en une espèce de cuirasse , désignée par les zoologistes sous le nom de Polypier. Chez ces zoophytes , de même que chez tous les animaux plus élevés , la faculté diges- tive se localise dans une portion déterminée de l'économie, et cette fonction devient l'apanage d'un organe spécial ; mais l'in- strument physiologique , sans le concours duquel l'animal ne pourra désormais approprier à ses besoins les aliments organisés, dont il est appelé à se nourrir , ne sert pas d'abord exclusivement à l'élaboration préparatoire des substances nutritives , qui consti- tue le phénomène de la digestion. L'eau qui y apporte les matières alimentaires tient en dissolution de l'air, et se renouvelle rapide- ment ; l'échange entre l'oxygène de l'atmosphère et l'acide car- bonique produit dans l'intérieur de l'organisme , doit s'effectuer par l'intermédiaire de la surface de la cavité digestive , aussi bien que par toutes les parties de la surface extérieure du corps , dont la perméabilité est assez grande pour que des fluides puissent les traverser facilement. Cette cavité doit par conséquent être le siège de phénomènes de respiration, aussi bien que du travail digestif , et souvent même cette respiration stomacale doit être plus active que la respiration cutanée , parce que la surface exté- rieure se solidifie au point d'opposer de grands obstacles à l'ab- sorption ainsi qu'à l'exhalation, tandis que la surface interne offre toujours une grande perméabilité. Enfin , cette même cavité stomacale est encore un instrument de circulation , car elle se prolonge au loin dans l'économie , et l'eau qui y pénètre , et qui tient en suspension ou en dissolution des matières nutritives , y est agitée de mouvements plus ou moins rapides , et en la par- courant parvient jusque dans le voisinage de toutes les parties, dans la profondeur desquelles ces matières doivent servir au tra- vail d'assimiialion. l^a cavité commune distribue donc dans MILXE EDtVARD»i. — SLR LA CIRCLLATIO.N. 1267 toute la longueur du corps le fluide nourricier, comme le ferait une grande artère chez un animal supérieur ; mais ce fluide n'est pas encore un suc particulier : ce n'est pas du sang, c'est seule- ment de l'eau puisée directement au-dehors , et tenant en disso- lution ou en suspension une petite quantité de sels et de matières organiques ou organisées , dont la dissolution ou la désagrégation s'est effectuée sous l'influence de la faculté digestive dont jouit cette même cavité. Les Campanulaires et les Sertulaires nous offrent un exemple de cette disposition si simple, mais en même temps si imparfaite. (Ihez ces Polypes, le corps grêle et cylindrique offre, dans toute sa longueur, une cavité creusée dans un tissu spongieux et com- muniquant au dehors par un orifice unique destiné à remplir alter- nativement les fonctions d'une bouche et d'un anus ; l'eau chargée de matières organiques y pénètre en grande abondance, et, pen- dant que les aliments y subissent une sorte de digestion, des cou- rants rapides s'y établissent et promènent sans cesse , d'une ex- trémité du corps à l'autre, les matériaux dont les diverses parties de l'organisai ion doivent s'emparer pour les assimiler à leur propre tissu, ou pour les employer à l'entretien de l'espèce de combus- tion, qui paraît se produire partout où le mouvement vital se ma- nifeste chez les êtres animés. En étudiant sous le microscope ces petits Zoophytes à l'état vivant, j'ai été maintes fois témoin de cette sorte de circulation stomacale ; et d'ailleurs , ce phénomène curieux n'a échappé à l'observation d'aucun des zoologistes qui , dans ces derniers temps, se sont occupés de la physiologie des Polypes marins. Dans un autre type zoologique appartenant à la même classe, la distribution des inatières nutritives, jusque dans les parties les |jIus éloignées de l'économie, s'effectue d'une manière plus par- faite , car la cavité alimentaire, au lieu d'être un simple réservoir cylindrique occupant l'axe du corps, se continue supérieurement sous la forme d'une multitude de loges dont l'extrémité conique s'avance jusqu'au sommet de chacun des appendices ou tentacules c|ui entourent la bouche du Polype. 1/eau servant à la respira- tion , de même (juc les madères nutritives élaborées dans la por- 268 VOYAGE EN SICILE. tion centrale ou stomacale de la cavité digestive, baigne directe- ment tous les replis et les cloisons dans l'épaîsseur desquels se trouvent les organes de la génération , etc. , et arrive de la sorte jusqu'en contact avec tous les points de la surface interne des parois membraneuses du corps, qui, par leur surface externe, se trouvent en rapport avec le même liquide. Cette disposition , qui existe chez les Caryophyllies , les Acti- nies, les Lucernaires et probablement chez tous les Polypes de l'ordre des Zoanthaires, est inteimédiaire entre le mode d'organi- sation dont il vient d'être question chez les Sertulariens et la struc- ture de l'appareil gastrovasculaire des Alcyons, des Gorgones, des Cornulaires , du Corail , etc. Dans le groupe naturel formé par ces Zoophytes, le corps du Polype (1) est creusé d'une grande cavité dont la conformation ne dilfère que peu de celle de l'es- tomac des Zoanthaires ; seulement elle communique moins direc- tement avec l'extérieur, car la bouche est suivie d'un canal cylin- drique qui fait l'ofTice d'un premier estomac , et qui s'ouvre in- férieurement dans la cavité générale par un orifice garni d'un sphincter, dont la contraction s'oppose d'ordinaire au passage des matières trop grossièrement divisées ; enfin , la cavité générale ne se continue pas seulement sous la forme de loges tubulaires ou de poches cylindriques jusque dans l'intérieur des tentacules et même des franges dont le bord de ces appendices est garni; j'ai constaté qu'elle communique aussi directement avec un système de canaux étroits et rarneux, qui se répand dans la profondeur du tissu charnu dont la base des Polypes est entourée , et le réseau capillaire, formé par ces dépendances de l'appareil digestif, éta- blit une communication entre l'estomac et les parties les plus éloi- gnées de la masse vivante qui résulte de l'agrégation de tous les individus dont se compose chacune de ces espèces de colonies (2). Il existe là, comme on le voit, un premier indice de la division (1) Voyez les planches relatives à ce système gastro-vasculaire chez les Al- cyons et chez le Corail, que j'ai données dans la nouvelle édition du Règne animal, Zoophytes, pi. 80 et 9i. (2) Voyez à ce sujet mon Mniwirr mir hs .llcijuns. inséré dans les Annales des .SVicHi'cs nnliirelles, i' série, t, IV, p 3:i:). niIA'E EnWARDS. — Slip. I.A CIRCl!I.AriO\. 269 du travail pliysiologique, qui, chez les animaux plus parfaits, amène la distinction entre les fonctions de la digestion et de la circulation. La distribution des fluides nourriciers s'effectue à l'aide d'un système de canaux consacré spécialement à cet usage ; mais ce système n'est qu'une portion de l'ensemble de cavités qui, chez des Polypes plus simples, servaient en même temps à la pré- paration et à la répartition des matières alimentaires, et il se con- tinue sans interruption avec la portion vestibulaire ou stomacale dans laquelle la faculté digestive se trouve maintenant concen- trée. Or, de cet état de l'organisation à l'existence de deux appa- reils complètement distincts pour l'exercice de ces doux fonctions nutritives, il n'y a qu'un pas. Effectivement, admettons, pour un instant, que la communication entre la portion stomacale de ce système de cavités et la grande lacune périgastrique ou chambre viscérale, au lieu d'être directe et béante, comme chez les Alcyo- niens, se trouve rétrécie par une multitude de petites brides entre- croisées et disposées sur plusieurs plans ; elle cessera d'être vi- sible à l'œil ; la cavité destinée à contenir et à distribuer le liquide nourricier sera en apparence parfaitement close ; mais ce liquide pourra encore y arriver de la cavité digestive en llltrant à travers les lacunes irrégulières et plus ou moins étroites, cjue les fibres de cette espèce de feutrage organique laissent entre elles. Au lieu d'un seul système de cavités s'étendant depuis la bouche jusque dans les parties les plus éloignées de l'économie , il y aura alors deux systèmes distincts; l'un , en forme de sac ou de tube, constituera l'appareil digestif, et l'autre, plus ou moins rameux, deviendra l'appareil de la circulation. § 8. Les Polypes ne sont pas les seuls Zoophytes chez lesquels la division du travail s'établit de la sorte dans l'ensemble des fonc- tions de nutrition, et les Acalèphes offrent même des modifications (le .structure correspondantes aux divers modes d'organisation que nous venons de signaler chez les Sertulariens , les Zoanthaires et les Alcyoniens. Parmi les Médusaires , je citerai les Pélagies comme exemple de la forme dégradée de l'organisation dans laquelle un seul et même système de cavités sert à préparer le liquide nourricier et à 270 VOïAGE K\ SICILK. le distribuer dans toutes les parties de l'économie, ou, en d'autres mots, tient lieu d'un appareil digestif et d'un appareil circulatoire. Chez ces Zoophytes, le corps est creusé d'une grande cavité cen- trale qui communique au dehors par la bouche, et qui se continue avec douze loges prismatiques séparées entre elles par des cloi- sons seulement, et s' avançant dans l'épaisseur de l'ombelle jus- qu'au bord de ce disque (1); ces cavités périphériques se conti- nuent, à leur tour, avec des canaux creusés dans l'axe de chacun des lilaments tentaculaires, dont le bord de l'ombelle est garni , et les matières alimentaires avalées par l'animal y pénètrent et s'y digèrent ; l'eau aérée y arrive aussi en abondance par la bouche et par l'estomac central , et circule de la sorte dans toutes les par- ties du corps. Ainsi , c'est par l'intermédiaire d'un même agent organique que toutes les matières nécessaires à l'entretien du travail nutritif sont élaborées et portées en contact avec les tissus vivants. Chez les Rhizostomes, dont Cuvicr a fait connaître la structure singulière, l'estomac central est mieux délimité, et la portion pé- riphérique du système cavitaire général , au lieu d'être constituée par une série de grandes loges , se rétrécit et prend la forme de canaux cylindriques, qui se résolvent bientôt en une multitude de petites lacunes irrégulières en communication les unes avec les autres, et dont l'ensemble représente, tout autour de l'ombelle, une sorte de réseau capillaire (2). Chez les Médusaires du genre Aurélie, les Béroès, etc. , les ca- naux qui se rendent de l'estomac vers le bord de l'ombelle ces- sent d'être semblables entre eux ; les uns se ramifient à peu près comme chez les Rhizostomes, tandis que les autres ne se divisent pas et établissent des communications directes entre la cavité cen- trale et un canal marginal , dans lequel vont aboutir aussi les di- visions des vaisseaux rameux dont il vient d'être question (3). (1) Voyez les figures que j'en ai données clans l'atlas du /ici/m- unimul . Zoo- phytes, pi. 46. (2) Atlas du Règw animal, Zoophytes, pi. 50. (3) Voyez l'atlas du Rfgiu- animal . Zoophytes. pi, 48, MILKE EDWARDS. — SLR LA CIRCULATION. 271 Ici la division du travail est portée même plus loin que chez les Polypes de l'ordre des Alcyoniens ; en effet, la portion vestibii- laire du système cavitaire général peut seule fonctionner à la ma- nière d'un estomac, car les canaux gastro-vasculaires sont trop étroits pour que les aliments s'y introduisent , et la portion péri- phérique de ce même système, chargée spécialement de la distri- bution des liquides nourriciers, se subdivise à son tour en instru- ments destinés à porter les sucs de l'estomac vers le bord du manteau , et en conduits servant à rapporter ces liquides de la (lériphérie du corps vers le centre ; car, en observant au micros- cope les mouvements des humeurs chez ces Zoophytes, on voit des courants en sens inverse dans les canaux rameux et dans les canaux simples, et, en général, ces derniers rapportent le fluide de la circonférence du corps vers le centre. 11 y a donc, cliez ces animaux, une véritable circulation ; des conduits particuliers fonc- tionnent à la manière des artères, tandis que d'autres vaisseaux jouent le rôle de veines seulement ; mais ces canaux ne suflisent pas pour compléter le cercle parcouru par le liquide nourricier, '^t c'est par l'intermédiaire de l'estomac qu'ils sont mis en com- munication , de la même manière que les artères et les veines des animaux supérieurs sont rendus continus au moyen des cavités du cœur. Enfin, dans le genre Lesueuria , bien que la circulation s'effec- tue encore au moyen de canaux dépendants de l'appareil digestif, et en communication directe avec l'estomac , la division du tra- vail est portée plus loin , car la cavité centrale se trouve partagée on deux portions par un sphincter , et c'est dans la portion vesti- bulaire que la digestion des aliments s'opère, de façon que la portion supérieure ou profonde reçoit les liquides nourriciers déjà élaborés, et sert comme d'un réservoir central, d'où partent les courants centrifuges et où viennent aboutir les courants centri- pètes (1). Le cercle circulatoire est ainsi complété , sans le con- cours de la cavité digestive proprement dite ; mais les canaux dont ce cercle se compose sont évidemment les mêmes que ceux ( I ) Voyez la figure que j'en ai donnée dans un précédent Mémoire, Amalm rfe.ç Srienccx niiltirrilps, i' série, t. XVI, pi. .'i. 272 vov.vr.E en sicile. dans lesquels s'eflectuait l'élaboration , aussi bien que le trans- port des matières nutritives chez les Acalèplies les plus simples , et ils forment encore avec l'appareil digestif un seul et même système de cavités. § 9. Dans tous les animaux dont il vient d'être question , les li- quides qui parcourent les diverses parties de l'économie ou qui séjournent dans les cavités dont le corps est creusé sont partout les mêmes, et la nutrition n'a pas pour agent spécial un suc particulier, auquel on puisse donner le nom de sang; c'est, comme je l'ai déjà dit, de l'eau qui arrive directement du dehors, et qui, chargée d'oxygène et de matières organiques, se répand partout où la nutri- tion doit s'effectuer , puis s'échappe au-dehors. Depuis l' Eponge jusqu'aux Polypes du genre Corail ou Gorgone, et jusqu'aux Aca- lèphes les plus élevés en organisation, il n'existe, à cet égard, au- cune division du travail ; un seul et même liquide baigne la surface extérieure de l'animal , et se renouvelle plus ou moins rapidement dans le système de cavités dont le corps est creusé ; chemin fai- sant, cette eau aérée dissout les matières organiques qui s'y trou- vaient en suspension , et qui sont rendues solubles par l'influence des forces digestives , fournit aux tissus les matériaux qui doivent y être assimilés, ainsi que le principe comburant nécessaire à l'en- tretien de la vie ; se charge de l'acide carbonique, résultant de la combustion respiratoire et des autres produits du travail élimina- toire , dont toutes les parties vivantes sont le siège ; sert enfin à emporter au loin et à chasser de l'économie tous ces résidus de la nutrition ; elle représente par conséquent tout à la fois le sang, le chyle, le fluide respirable , et les humeurs excrémentielles dont l'existence et les rôles sont si nettement déterminés chez les ani- maux supérieurs. Mais cette multiplicité d'usages entraîne l'im- perfection dans chacun des résultats à produire , car les conditions qui tendraient à favoriser le développement de telle ou telle de ces fonctions sont contraires à l'exercice de telle autre ; la digestion , par exemple, doit s'accommoder mal du flux abondant de liquides, sans lequel la distribution des sucs nourriciers ne peut être rapide, et sans lequel aussi la combustion respiratoire doit être faible et obscure. Pour accroître l'énergie des diverses facultés, dont le miL\E EDUARDS. — SLIl LA CIRCULATION. 275 concours est nécessaire à raccomplissement du phénomène de la nutrition , il faut donc que la nature divise le travail, et affecte à chaque fonction un agent spécial. C'est effectivement ce qui s'observe , lorsqu'on s'élève de ces animaux dégradés vers les divers types zoologiques les plus par- faits. La cavité stomacale , comme on le sait , devient alors distincte de la cavité sanguifère, et la surface par laquelle les matières organiques pénètrent dans l'économie cesse d'être la voie par laquelle l'élément comburant s'introduit ; ou, en d'autres mots , la digestion , la respiration et la circulation , se localisent dans autant d'appareils distincts , et s'effectuent par l'intermé- diaire de fluides différents. § 10. Mais, chez beaucoup d'animaux inférieurs, cette division du travail, quoique bien manifeste, n'est pas complète, et les instruments affectés spécialement à l'une des grandes fonctions de nutrition peuvent encore concourir plus ou moins activement à l'accomplissement d'une autre de ces fonctions. L'appareil diges- tif, par exemple , peut , dans certains cas, venir en aide aux or- ganes affectés à la respiration , ou contribuer à l'accomplissement de cette distribution des matières nutritives aux diverses parties de l'économie , qui est un des principaux résultats du phénomène de la circulation. La cavité alimentaire fonctionne alors à peu près de la même manière que chez les Zoophytes , dont il a été question ci-dessus ; seulement le travail respiratoire et le travail circula- toire dont elle est le siège cèdent maintenant en importance aux actes digestifs, et la distribution des sucs nourriciers, ainsi que l'introduction de l'oxygène libre dans la profondeur de l'écono- mie , s'effectuent principalement par d'autres organes. Pour les personnes à qui l'ensemble de la zoologie est fami- lier, il serait peut-être inutile de citer ici des faits à l'appui de la proposition que je viens d'énoncer, et que j'ai souvent déve- loppée dans mes cours publics ; mais comme elle a été déclarée inadmissible par quelques naturalistes, je crois devoir citer un ou deux exemples bien connus de cette accumulation de fonctions. J'ai dit que , chez certains animaux , la cavité digestive peut servir comme instrument de respiration. Pour s'en convaincre, il 3' série. ZooL. T. III (Mai 184;; ) 18 274 VOYAfJF. EN SrCILE. suffît d'étudier une larve de Libellule, ou de lire les observations de Réaumur (1) et de Cuvier (2) sur les usages et la structure de rintestin chez ces Insectes. On voit alors que l'eau aérée est alter- nativement introduite et expulsée du rectum par l'orifice anal, et que c'est par les parois de cette portion de l'intestin que l'animal respire. La Loche des étangs paraît présenter un phénomène du même genre, mais plus remarquable encore. Ce Poisson , assure-t- on, avale sans cesse de l'air par la bouche, et l'expulse ensuite par l'anus , après avoir remplacé par de l'acide carbonique l'oxygène contenu dans ce fluide (3). Enfin, je rappellerai encore ici que, chez les Biphores et les Ascidies, parmi les Mollusques, et chez l'Am- phioxus, parmi les Poissons, c'est une seule et même cavité qui remplit les fonctions d'un vestibule pour l'appareil digestif, et d'une chambre branchiale pour la respiration. § 11. La cavité alimentaire qui, chez les Polypes, les Acalèphes et quelques autres animaux inférieurs , effectue le transport des matières nutritives jusque dans les parties les plus éloignées de l'économie , en même temps qu'elle sert comme vase digestif pour l'élaboration de ces substances; cette cavité, dis-je , peut égale- ment concourir plus ou moins efficacement à la distribution des fluides nourriciers , lors même qu'il existe un autre système de cavités ou de canaux destinés spécialement à contenir le sang et à faire circuler ce liquide. Ches les Nymphons , par exemple , j'ai constaté l'existence d'un certain nombre de canaux qui partent de l'intestin , pénètrent jusqu'à l'extrémité des pattes , et reçoivent dans leur intérieur les matières nutritives , que l'on y voit circuler comme dans la cavité gastro-vasculaire d'un Polype (4). On com- prend facilement que les matières liquides , ballottées dans l'inté- rieur de ces appendices de l'intestin , doivent filtrer à travers les (1) Mém. pour airvir ii l'histoire dfs Insectex, I VI, p. 393, etc. (2) Leçons d'analomie compan'e, l. IV, p. i40- (3) Cuvier, Règne animal, t. II, p, 278 (il Cette observation, qui date de 1 827, a été consignée dans une des notes de Latreille, jointes à la seconde édition du Bègne animal de Cuvier (t IV, p- 277 ; Paris, 1829], et a été exposée avec plus de détails dans mon Hisinirc naturelle des Crustacés, t. III, p 531 (Paris, 18i0). MILNE EDWAKDS. — SUR i.\ r,rncuLATro\. 275 parois membraneuses de ces tubes, comme elles filtrent à travers les parois de l'intestin lui-même , et que , dès lors , venant à se mêler au fluide nourricier répandu alentour , elles peuvent arri- ver promptcment en contact avec les parties qu'elles sont desti- nées à nourrir , bien que la masse du sang ne soit pas animée d'un mouvement circulatoire rapide, et ne se rende pas régu- lièrement du centre de l'économie jusque dans les parties les plus éloignées du corps. La même disposition de l'appareil digestif et le même transport des matières nutritives à l'aide des appendices tubulaires de l'in- testin ont été observés plus récemment chez les Pyclinogonons par M. de Quatrefages, et rappellent ce qui avait déjà été vu par M. Audouin et par moi chez le Nicothoé du Homard (1). L'embranchement des Mollusques offre également des exemples de cette disposition organique , au moyen de laquelle l'appareil digestif peut venir en aide aux instruments chargés de distribuer les fluides nourriciers dans l'intérieur de l'économie. Effective- ment, il me paraît difficile de refuser des usages de ce genre au système de canaux ramifiés qui , chez les Éolidiens , naît du tube digestif et pénètre souvent jusque dans les tentacules du front , et jusqu'à l'extrémité postérieure du manteau, ainsi que dans chacun des appendices branchiaux dont le dos de ces Mollusques est garni ; car en observant à l'état vivant un de ces animaux dont les tissus étaient remarquablement transparents , j'ai vu les ma- tières nutritives passer directement de l'estomac ou de l'intestin dans ces vaisseaux, et les parcourir rapidement dans toute leur longueur (2). Le sang , dont la circulation est plus ou moins in- complète , baigne , comme chez les Nymphons , la surface externe du système gastro-vasculaire , et , par conséquent , à moins de supposer que les parois de ces appendices du tube alimentaire s'opposent à toute absorption du chyle, il faut admettre que les produits du travail digestif vont , dans presque tous les points du corps, se mêler au sang, dans le voisinage immédiat des par- ties à la nutrition desquelles ces matières sont destinées. Les (1) Ann. des Se. nat., 1" série, t. IX, p. 345 (182C). (2) Ann. des Se. nat., V série, t. XVIII, p. 330 (1842). 276 VOYAGE EN SICILE. substances assimilables arrivent donc à leur destination plus ])romptement et plus sûrement que si leur transport du centre du corps jusque dans les points les plus éloignés s'effectuait par la seule influence des courants sanguins , et il en faut conclure que, chez ces Mollusques, de même que chez les Nymphons, l'appareil digestif fonctionne comme un appareil d'irrigation organique . aussi bien qu'à la manière d'un appareil d'élaboration chimique ))our la préparation des sucs nourriciers. C'est là aussi le résultat auquel M. de Quatrefages est arrivé, à la suite de ses nombreuses observations sur la structure des Éoli- diens ; et c'est pour rappeler cette disposition vasculaire d'un epor- tion de l'appareil digestif, ainsi que les fonctions des ramifications de la cavité alimentaire , qu'il a proposé de désigner ces animaux sous le nom de Mollusques phlébenlhérés. Il a vu, comme moi, les matières nutritives circuler dans le système gastro-vasculaire , phénomène dont MM. Hancock et Embleton ont été également témoins (1); il a vu aussi que le sang baigne la surface de ces ca- naux rameux de la même manière que ce liquide baigne l'intestin lui-même, et, par conséquent, il a dû penser que c'est par leur in- termédiaire, aussi bien que par l'intermédiaire de la portion cen- trale du système digestif, cjue le chyle pénètre dans la profondeur de l'économie; que la diffusion des produits de la digestion résul- tant de cette disposition organique ne peut que venir en aide à la circulation lente et incomplète des liquides nourriciers, et que, de la sorte, la nature supplée à l'imperfection du système vasculaire sanguin en faisant concourir aux mêmes fonctions des instruments empruntés à l'appareil digestif. § 12. Quelle que soit, du reste, la disposition du tube intestinal et de ses dépendances, nous voyons que, chez la plupart de ces animaux, ce tube cesse de communiquer librement et directement avec le système de cavités destinées à contenir le fluide nourri- cier, et que ce dernier système ne consiste d'abord que dans l'es- pace au milieu duquel le canal alimentaire se trouve suspendu , et les autres interstices que les divers organes ou les parties consti- tuantes de ces organes laissent entre eux. (1) .liiiin/.s inid Miifinzinp nf KnIurnI Hislnrij, vfil. XV, [j. 83, MILIN'E EDWARDS. — SUR I, V CIRCULA IIO.N. 277 L'eau , qui , chez les animaux inférieurs surtout , constitue la plus grande portion de la masse du fluide nourricier, arrive direc- tement du dehors dans le système de cavités destinées à suppléer à l'appareil circulatoire, chez les Polypes, les Médusaires, etc. Un des zoologistes les plus distingués de la Belgique , M. Vanbé- neden (1), pense qu'il en est de même chez un grand nombre de Mollusques, et je suis porté à croire que son opinion est fondée. Le pore qui existe à côté de l'anus, chez les Doris, et qui a de- puis longtemps été remarqué par M. Savigny (2), pourrait bicii être destiné à livrer passage à de l'eau, dont le mélange avec le sang s'opérerait alors directement , au lieu de s'effectuer, à l'aide de l'absorption, comme cela a lieu chez les animaux supérieurs. Effectivement, en faisant, avec M. Valenciennes , des expériences sur ces mollusques, nous avons vu souvent des liquides colorés, que nous injections dans la cavité abdominale, s'échapper au dehors par cette voie. L'orifice qui se trouve à la face inférieure du pied de divers Gastéropodes pecténibranches, et qui a été décrit par M. Délie Chiaje comme l'entrée d'un système aquifère, semble devoir remplir un rôle analogue , et peut-être faudra-t-il consi- dérer les corps spongieux situés autour des grosses veines chez les Céphalopodes, comme étant des sortes de cribles servant égale- ment à l'admission de l'eau du dehors dans l'intérieur de l'appa- reil circulatoire (3). § 13. Quoi qu'il en soit de ces communications avec l'extérieui-, le système de cavités qui renferme le fluide nourricier, et qui re- présente par conséquent l'appareil circulatoire des animaux supé- rieurs, ne consiste, chez les Mollusques les plus inférieurs, que dans la cavité abdominale ou périgastrique, et dans les autres la- cunes que les divers organes ou les parties constituantes de ces (1) Sur ta circulation du sang chez les animaux inférieurs (^Comptes-rcnilus des séances de l'Académie des Sciences, 24 février 1 845, p. 51 7). (2) Voyez les planches du grand ouvrage sur l'Egypte (Gastéropodes . pi. 1 , fig 1', q, et fig. 4', q). (3) C'est principalement d'après les résultats fournis par quelques expériences faites sur le Poulpe et la S iche, par M. Valenciennes et moi , que cette opinion csl fondée. 278 VOYAGE EN SICILE. organes laissent entre eux. Les Bryozoaires présentent ce mode d'organisation ; et en observant ces animaux sous le microscope, j'ai souvent été témoin des mouvements circulatoires plus ou moins réguliers dont le liquide, ainsi épanché autour du canal digestif, est animé; mouvements dont l'existence a d'ailleurs été constatée depuis longtemps par MM. Dumortier (1), Nord- mann (2). Chez les Insectes, ainsi que chez quelques Crustacés inférieurs, le sang est également répandu dans la cavité viscérale , dans les espaces compris entre les muscles, les nerfs, les téguments, etc., et dans les lacunes, plus petites encore, comprises entre les fibres ou les lamelles constitutives des divers tissus organiques. Ce liquide est caractérisé par la présence de corpuscules ou globules d'une forme particulière , et, dans beaucoup de cas, on peut facilement s'assurer qu'il circule dans ce système de cavités irrégulières, à peu près comme le sang des Vertébrés circule dans le système vasculaire de ces animaux. J'ai fréquemment observé ce phéno- mène sur des larves de divers Insectes, du Dytisque, de la Libel- lule ou de l'Agrion, par exemple; et à l'aide d'injections, aussi bien que |)ar l'observation directe des courants sanguins, je me suis convaincu de l'absence de vaisseaux destinés à renfermer le liquide nourricier et à le conduire dans les différentes parties de l'économie. A cet égard, je partage tout-à-fait l'opinion de Cuvier et de mon savant ami, M. Léon Dufour ; et la seule différence essen- tielle qui me semble exister entre le système d'irrigation nutri- tive des Insectes et des Mollusques bryozoaires consiste dans la nature de l'agent mécanique dont le jeu détermine le courant cir- culatoire. Chez les premiers, il n'existe aucun organe d'impulsion particulier, et les mouvements du fluide nourricier paraissent dé- pendre de l'action de cils vibratiles garnissant les parois de quel- ques parties du système cavitaire , tandis que , chez les Insectes, (* ) Voyez Mémoire sur l'anatomie et la phyuiologie des Polypiers composés d'eau douce, appelés Lophopodes. (Bull de l'Acnd. dcsSc. de Bruxelles, l. II. p. 435.) (2) Voyez Micrographische Beilraege, II, p. 75, et Observations sur la Faune Pontique, publiées dans le Voyage dans In Russie méridionale, par M. Demidolî, l 111, p. 721. niLKE EDWARDS. — SLR LA CIRCULATION. 279 ces mêmes courants sont dus aux contractions d'un tube dans l'in- térieur duquel le sang pénètre pour être ensuite lancé dans une direction déterminée. Cette espèce de cœur n'est autre chose que le vaisseau dorsal des Insectes, et l'influence de ses battements sur le cours du sang est facile à reconnaître lorsqu'on étudie des larves dont les téguments sont suffisamment transparents, et dont le sang charrie beaucoup de globules. Dans la classe des Crustacés , de même que chez les Insectes, le sang occupe tous les espaces que les divers organes laissent entre eux et remplit la cavité abdominale, ainsi que les lacunes plus petites situées entre les fibres musculaires, sous la peau, etc. ; mais le cœur, au lieu de s'ouvrir directement dans ce système de cavités communes, comme chez les Insectes , se continue avec un système de tubes particuliers dont les parois sont bien délimitées, et dont la portion périphérique se ramifie dans la substance de tous les organes : ces vaisseaux assurent la distribution régulière et rapide du fluide nourricier jusque dans les parties les plus éloi- gnées du corps , et constituent de la sorte un appareil artériel très remarquable ; mais , par leurs dernières ramifications , les vaisseaux centrifuges ainsi formés se continuent et se confondent avec le réseau de lacunes que les fibres ou les lamelles constitu- tives des tissus laissent entre elles, et ces lacunes capillaires com- muniquent à leur tour avec les vides plus considérables situés entre les organes, de façon que le sang, lancé par le cœur dans les ar- tères, etc. , et parvenu dans les dernières ramifications de ces tubes, s'épanche dans le système lacunaire interstitiaire général , par l'intermédiaire duquel il revient vers le cœur et achève son mou- vement circulatoire. Ainsi , de même que chez les Insectes , le fluide nourricier baigne directement tous les organes et remplit la cavité abdominale , et c'est seulement après avoir traversé l'ap- pareil respiratoire qu'il se trouve de nouveau renfermé dans des vaisseaux à parois propres. Cette circulation semi-vasculaire, semi-lacuneuse, paraît exister aussi chez les Arachnides, et il me semble bien démontré aujour- d'hui que, sous ce rapport, il n'existe aucune différence essentielle entre le grand embranchement des Mollusques et le groupe na- 280 VOYAGE EN SICILE. turel des animaux Articulés. Chez les Mollusques, de même que chez les Crustacés, une portion plus ou moins considérable du cercle parcouru par le sang en mouvement est toujours constituée par les lacunes ou espaces interorganiques ; jamais ce liquide ne se trouve emprisonné, comme on le supposait, dans un système clos et complet de vaisseaux à parois propres ; quelquefois il n'existe, pour une portion considérable du corps, ni artères ni veines, d'au- tres fois les artères portent le sang partout oii il y a vie à entre- tenir, mais il n'y a pas de veines pour assurer le retour du fluide nourricier qui s'épanche dans les lacunes comprises entre les di- verses parties solides de l'organisation ; d'autres fois encore, l'ap- pareil de la circulation se perfectionne davantage , car il existe des veines aussi bien que des artères dans une portion plus ou moins grande du corps ; mais ces veines ne suffisent jamais pour compléter le cercle que le fluide nourricier doit parcourir, et la cavité abdominale ou péritonéale joue toujours le rôle d'un réser- voir sanguin, aussi bien que d'une chambre viscérale (1). Dans l'embranchement des Vertébrés, il n'en est plus de même. L. voulu longtemps en douter , et même après l'avoir fait connaître » à l'Institut , il y a quelques années , je n'osai pas d'abord faire 1) imprimer mon Mémoire , tant je craignais de m'ctre trompé ; (1) Voyez Mémoirca pour servir à l'histoire el à Idniitomie des Mollusques. l'aris, 1817; et Aiinnles ilu Miisiiim. t. II. (-2) 0/) cit , p n MILKE EDIWABDS. — SUR I.A CIRCULATION. 291 » enfin , je suis obligé de céder à l'évidence ; et , dans ce moment , y OÙ je peux disposer d'autant d'Aplysies qu'il me plaît, je viens » de m'assurer par toutes les voies possibles : » 1° Qu'il n'y a point d'autre vaisseau pour porter le sang aux » branchies que ces deux grands conduits musculaires et percés » que je viens de décrire ; » 2° Que toutes les veines du corps aboutissent médiatement ou >' immédiatement dans ces deux grands conduits. » Or , comme leur communication avec la cavité abdominale est >i évidente et palpable, qu'on les appelle veines caves, ou cavités » analogues au ventricule droit, ou enfin artères branchiales, car » on voit qu'ils remplissent les fonctions de ces trois organes , il » résulte toujours que les fluides épanchés dans la cavité abdomi- n nale peuvent se mêler directement dans la masse du sang et » être portés aux branchies, et que les veines font l'ofiice des vais- » seaux absorbants. » Cette vaste communication (ajoute encore Cuvier) est sans " doute un premier acheminement cà colle bien plus vaste encore " que la nature a établie dans les Insectes , où il n'y a pas même " de vaisseaux particuliers pour le fluide nourricier. » Le rapport entre la découverte faite par Cuvier en disséquant rA])lysie, et les résultats auxquels j'étais arrivé en étudiant au microscope les Biphores et les Ascidies est si manifeste que je ne pouvais le méconnaître ; et d'ailleurs l'Aplysie n'est pas le seul Mollusque chez lequel des communications libres avaient été con- statées entre les vaisseaux sanguins et la cavité abdominale. Ainsi MM. Owen (1) et Valenciennes (2) ont trouvé chez le Nautile un nombre considérable de grands orifices qui , de la veine cave , débouchent directement dans cette cavité , et M. Délie Chiaje a observé chez le Poulpe , le Pecten et plu.sieurs autres Mollusques, une disposition particulière du système circulatoire qui me parais- sait se lier également à une structure analogue à celle dont il \ient d'être question, bien que cet anatomiste habile l'ait inter- l\) Voyez Memnir mi Ihc Pearbi .\aulilux , by Richard Owen , In- 1. London , 18li2. Traduit on français dans les Anmiles dvs Sciences naturelles, 1" série, t. XXVIII, 1833 (page 120). (2) Xtiurelles recherches xur le X{iulile flinnhr ( Archices i\n Mifii'iim , t. Il, p. 287). 'i92 VOYAGE EN SICILE. prêté autrement (1). D'après ces considérations, j'ai été conduit à penser que le système vasculaire des Mollusques en général n'était probablement pas aussi complet qu'on le croit communé- ment , et qu'il serait intéressant d'examiner si le caractère parti- culier que m'avait offert le mode de circulation chez les Tuniciers ne se retrouverait pas , d'une manière plus ou moins marquée, dans tout le grand embranchement des Malacozoaires. Cette question est une de celles dont je me suis occupé pendant mon séjour sur les côtes de la Sicile, et pour la résoudre j'ai eu recours à des expériences physiologiques aussi bien qu'à des ob- servations anatomiques. L'Académie connaît les résultats auxquels ces recherches m'ont conduit. Dans un écrit dont j'ai eu l'honneur de dé- ])oser un exemplaire sur le bureau, dans la séance du 25 no- vembre dernier, j'ai annoncé que , « chez les Mollusques, même >. les plus parfaits, le système des vaisseaux à l'aide desquels le .. sang circule dans l'économie est plus ou moins incomplet; de y. sorte que , dans certains points du cercle circulatoire , ce liquide » s'épanche dans les grandes cavités du corps ou dans les lacunes » dont la substance des tissus est creusée (2). » J'ai ajouté aussi que, sous ce rapport, la structure de ces animaux se rapproche extrêmement du mode d'organisation que j'avais précédemment constaté chez les Crustacés, oii le système veineux général manque tout entier, et se trouve remplacé, quant à ses fonctions , par les espaces irréguliers que les divers organes laissent entre eux. Je comprends facilement la surprise que quelques anatomistes ont pu éprouver en lisant le passage que je viens de citer, et même les doutes qui ont pu s'élever dans leur esprit sur l'exactitude de mes observations , car on se forme d'ordinaire une idée bien dif- férente du système circulatoire des Mollusques. Effectivement , dans les ouvrages les plus récents sur ces matières, on dit que cet appareil est vn système de vaisseaux clos dans lequel le sang de tout te corps est enfermé (3), et dans d'autres livres qui , pour avoir (1) Animnli inverlebrali, I. I el 11. ♦ (2) Rapport adressé à M. le Ministre de linstructiou publique, sur les résultats d'une mission scientifique en Sicile (Monilcur da 17 novembre 1844, et ci'-dessus l> 139). (3) Vovpz Duvornoy, Aililllioiis niix Lcçona d'analomic de Ciivicr , t. VI , p 3 MILNE EDWARDS. — SUU LE CIRCUI. VTION. 293 précédé de plusieurs années les Traités auxquels je viens de faiio allusion, n'en sont pas moins considérés, à juste titre, comme faisant toujours autorité dans la science, on décrit les veines comme étant constamment pourvues d'une tunique propre, ot comme venant de toutes les parties du corps se réunir en bran- ches, puis en tronc de plus en plus gros , pour pénétrer ensuil(^ dans l'organe respiratoire ; on rappelle , il est vrai , les orificos signalés parCuvier dans les veines de l'ApIysie, mais on aflirnie néanmoins que , chez tous les Malacozoaires, l'appareil de la cir- culationest complet (1). J'ai aussi pendant longtemps partagé celle erreur commune (2) ; mais aujourd'hui je crois pouvoir démon - trer : 1° Que l'appareil vasculaire n'est complet chez aucun Mol- lusque ; 2° Que , dans une portion plus ou moins considérable du cercle circulatoire , les veines manquent toujours et sont remplacées par des lacunes ou par les grandes cavités du corps ; 3° Que souvent les veines manquent complètement , et qu'alors le sang, distribué dans toutes les parties de l'économie au moyen des artères , ne revient vers la surface respiratoire que par les interstices dont je viens de parler. A l'appui de ces propositions, je ne rapporterai pas tous les faits de détail qui ont contribué peu à peu à former mon opinion ; il me suffira, je crois , de citer un petit nombre d'expériences qui me paraissent être décisives, et qui sont d'ailleurs si faciles à répéter , que tous les anatomistes pourront vérifier l'exactitude de mes observations. J'ai dit que chez les Mollusques le système veineux manque en totalité ou en partie, et que la cavité viscérale tient lieu d'une portion du cercle circulatoire. Pour s'en assurer , il suffit d'in- jecter un peu de lait dans l'abdomen d'un Colimaçon vivant. (Paris, 1839). — Owen, Lectures on tite Comparative Anatomij and Physioloiju nf thc im^ertebrale animais, p. 13. (London, 1S43.) (1 ) Cuvier, Ré(jne animal, t. I, p. 50, cl t. 111 (2« édition, 1 829 et 1 830J. — .Mcckcl, Anatomie comparée , t. Vl,cliap. 7 — BlainviMe , art. Mollusques du Uict. des Se. nat., t. XXXII, |k 109 (Pari?. 1824). el Manuel de Malacologie . |i 130 (Paris, MtV.i). (î) Voyez mes Éléments de /ookujie, t. I, p, •iO (î' Milion Paris, 18 in) 294 VOYAGE EN SICILE. Ce liquide , donl notre savant collègue M. Duméril s'était déjà servi avec succès pour l'injection du système gastro-vasculaire des Méduses , a l'avantage de n'irriter que peu les tissus avec les- quels il arrive en contact , et d'être , en général , assez facile à reconnaître par son opacité et sa teinte particulière. Quand on l'injecte dans la cavité abdominale du Colimaçon , il s'y mêle au sang veineux arrivant des diverses parties du corps , pénètre avec ce liquide dans les vaisseaux afférents du poumon , passe dans les veines pulmonaires, et s'introduit enfin dans le cœur, qui bientôt le chasse dans les artères chaque fois que son ventricule se contracte. Afin de rendre plus palpable cette communication libre entre la cavité abdominale et la portion vasculaire de l'appareil circula- toire , il est bon d'employer de préférence au lait une dissolution de gélatine colorée par un précipité abondant de chromate de plomb , car cette matière pénètre aussi très facilement de la cavité abdominale dans les vaisseaux du poumon et de ceux-ci jusque dans le cœur ; sa couleur jaune crue tranche sur les teintes rom- pues des divers tissus , et la solidification de la gélatine ainsi in- jectée rend permanentes les traces de son passage. Pour bien assurer la réussite de cette expérience , il faut aussi empêcher l'animal de se contracter avec violence , comme cela arrive d'or- dinaire dès qu'un liquide étranger pénètre dans son abdomen , et ce résultat s'obtient en déterminant par submersion une asphyxie incomplète ; en effet , le corps du Mollusque est alors étendu comme lorsqu'il rampe sur le sol , mais reste flasque , et ne donne que peu de signés d'irritabilité. J'ai l'honneur de placer sous les yeux de l'Académie quelques unes des préparations obtenues par ce procédé. L'injection a tou- jours été faite en poussant doucement le liquide coloré dans la grande cavité viscérale du corps par une petite ouverture prati- ijuée sur le dos ou à la base de l'un des tentacules céphaliques du Colimaçon ; les bords de la plaie ont été comprimes , de façon à oblitérer l'orifice des petits vaisseaux divisés par l'instrument tranchant , et dans les autres parties de l'économie on n'a ouvert ni artères ni veines ; cependant les nombreux vaisseaux qui por- tent le sang de tous les organes dans l'appareil respiratoire, et ((ui forment à la voûte de la cavité pulmonaire un magnifique ré- seau , sont remplis de chromate de plomb , et l'injection , après MILNE EDWARDS. — SLR L\ CIRCLI.ATIO\. 295 avoir pénétré de la sorte dans le système de la petite circulation et l'avoir traversé tout entier , est arrivé dans l'oreillette du cœur. Pour s'en assurer, il suffit de l'observation à l'œil nu ; mais c'est seulement en s' aidant d'une loupe qu'on pourra voir comment le passage s'est effectué. Ces préparations montrent aussi que les li- quides épanchés dans la cavité abdominale pénètrent immédiate- ment dans les canaux veineux destinés à jiorter le sang du foie , des ovaires et des autres organes vers l'appareil de la respiration, ainsi que dans les lacunes intermusculaires, qui, dans le pied, tiennent lieu de veines. En un mot , elles font voir que toutes les veines du corps communiquent librement avec la cavité viscérale , que , dans bien des parties de l'économie , de simples lacunes tiennent lieu de veines, et que ce sont aussi des lacunes micro- scopiques creusées dans la substance des tissus qui remplissent les fonctions des vaisseaux capillaires des animaux supérieurs, et qui font communiquer les dernières ramifications des artères avec les racines du système veineux. Je décrirai bientôt avec tous les détails nécessaires la disposition anatomique de cet appareil cir- culatoire semi-vasculaire, semi-interstitiaire ; dans ce moment, je ne pourrais le faire sans m'éloigner trop de l'objet principal de cet écrit , et je me hâte de revenir h la partie physiologique de la question. Les expériences dont je "viens de faire mention prouvent que les liquides contenus dans la cavité abdominale du Limaçon, et môme les particules solides tenues en suspension dans ces liquides, pénètrent instantanément et sans la moindre difficulté dans les vaisseaux sanguins ; mais elles ne suffisent pas encore pour mon- trer que la cavité viscérale constitue , ainsi que je l'ai dit , une portion du cercle circulatoire parcouru par le fluide nourricier. Effectivement, on m'objecterait, peut-être, que le passage même très rapide d'un liquide de la cavité abdominale dans les veines pourrait résulter d'un phénomène d'absorption , et que rien ne montre encore la libre communication en sens contraire que je suppose exister. Pour lever cette difficulté, j'ai eu recours à une expérience analogue par ses résultats à celles dont je viens de parler , mais exécutée d'une manière diirérentc : au lieu d'injecter les canaux veineux par rintermédiaiie de la cavité abdominale , j"ni poussé 2î)6 VOYAGE EN SICILE. directement dans un de ces canaux veineux le liquide tenant en suspension la poussière jaune , et j'ai vu ce mélange s'épancher de suite dans la cavité viscérale, puis arriver aux poumons comme d'ordinaire. Enfin , comme dernière épreuve , j'ai soumis à l'examen micro- scopique le sang puisé directement dans le ventricule du cœur, ainsi que le liquide épanché dans la cavité abdominale d'un Coli- maçon vivant, et je n"ai pu apercevoir aucune différence entre ces deux fluides ; l'un et l'autre charriaient des globules en apparence identiques, et paraissaient avoir la même densité ; j'en ai conclu que c'est du sang qui se trouve dans la cavité viscérale aussi bien que dans les cavités du cœur. Ainsi chez le Limaçon le liquide nourricier , distribué dans toutes les parties de l'économie par les tubes rameux dont se com- pose le système artériel , revient soit par des veines , soit par des lacunes seulement , vers la cavité viscérale , s'épanche dans cette cavité , baigne le tube digestif, et pénètre ensuite dans d'autres canaux destinés à le mettre en contact avec l'air, et à le porter jusque dans le cœur aorliquc. 11 en est de même pour tous les Mollusques gastéropodes chez lesquels j'ai examiné, par des moyens analogues, la manière dont le sang circule ; et si je cite de préférence le Limaçon , c'est seule- ment parce que cet animal est si commun dans nos campagnes et même sur nos marchés , que quiconque voudra répéter mes ex- périences pourra le faire sans retard. Ce n'est même pas sur ce Mollusque que j'ai d'abord constaté les faits dont je viens d'avoir riionncur d'entretenir l'Académie; c'est sur le grand Triton de la Méditerranée que j'ai fait mes premières expériences , et je dé- pose sur le bureau une figure que j'ai dessinée à Milazzo , et qui montre non seulement une portion considérable du système vei- neux , rempli par du bleu de Prusse injecté dans la cavité abdo- minale , mais aussi les grands orifices béants par lesquels ces vais- seaux débouclient dans celle même cavité. Pendant mon séjour sur les côtes de la Sicile, j'ai également cLudié l'appareil circulatoire de l'Aplysie, Mollusque chez lequel la communication entre le système sanguin et la cavité abdomi- nale avait été si bien constatée par Cuvier , mais avait été consi- dérée par cet anatomiste célèbre comme une anomalie des plus MILNE ED\WARD!!«. — SLR 1.A CinCULATlO.N. 207 singulières (1). Quelques doutes sur l'exactitude de ces observa- tions avaient été émis par Mtckel (2) et par Carus (3) ; mais M. Délie Chiaje (4), dont tous les zoologistes connaissent et appré- cient les grands travaux , a montré que Cuvier ne s'était pas trompé , et il a fait voir que le sinus criblé décrit par celui-ci communique avec un système lacuneux sous-cutané. Cependant l'appareil vasculaire de l'Aplysie ne me semblait pas être suflTisam- ment connu , car M. Délie Chiaje lui-même déclare que la circu- lation veineuse chez ce Mollusque est encore pour lui un phéno- mène inexplicable (5). En injectant, surdes Aplysies vivantes, des liquides colorés dans diverses parties du cercle circulatoire, je me suis bientôt con- vaincu de l'entière exactitude des faits avancés par Cuvier; j'ai vu, comme M. Délie Chiaje l'avait vu avant moi, que ce n'est point par l'intermédiaire de vaisseaux que le sang arrive aux bran chies ; c'est une grande lacune semi-circulaire comprise entre les faisceaux musculaires , les brides celluleuses et les téguments du manteau qui remplit ici les fonctions d'une veine cave ; et, par ses extrémités antérieures, cette lacune communique librement avec la cavité viscérale. Le sang veineux y arrive en partie par d'autres lacunes sous-cutanées , situées \q long de ce canal dé- pourvu de parois propres; mais la plus grande partie du liquide nourricier y pénètre par les orifices terminaux dont je viens de parler, et provient par conséquent de la cavité abdominale. J'ai vu , de plus , que cette grande chambre viscérale n'est point ta- pissée par une membrane péritonéale continue, mais par une tu- nique celluleuse, criblée d'une multitude de trous irréguliers, ou plutôt par une couche membraniforme, composée de brides cellu- leuses, entrecroisées en divers sens, et placées ?ur plusieurs plans, (1) Il Sa structure, dit Cuvier en parlant de la veine cave ou artère branchiale, » est même peut-être le fait le plus extraordinaire que la ptiysiologie des Mol- li lusques m'ait encore offert. » Op. ti( , p. 13. (2) Meckel, Anatomie comparée, trad. de Schusler, t. IX, p. 174. (3) Aimlomie comparée, trad. de Jourdan, l. II, p. 309. (i) Memorie sugli animati senza vertèbre del regno di A'apo/i, l. 1, p 63; Ikncnzioiie e notomia deijli aniniafi iiivertebrati delta Siritia citrriore, t. H, p. 73. (!>) « La circulazione venosa délia Aplysie c slala linora un prohlema, ed cii- rora pcr me d'impossibilc soluïîone » Desisrizione c Xotomio , tom. II , p 71 Naplcs, 1841. 298 VOYAGli EN SICILE. de façon à laisser entre elles des lacunes en communication les unes avec les autres. Ces trous irréguliers, dont les parois de la cavité abdominale sont percées, communiquent à leur tour avec un vaste système de lacunes formées par l'entre-croisement des rubans musculaires du pied et du manteau; enfin ces espaces intermusculaires se continuent sans interruption avec le réseau lacuneux sous-cutané , découvert par M. Délie Chiaje ; et c'est ce vaste ensemble de lacunes qui tient lieu de veines, vaisseaux dont les Aplysies sont complètement dépourvues. En effet, le sang distribué aux organes par un système de tubes artériels très déve- loppé se répand dans toutes ces lacunes , et parvient de la sorte dans la cavité abdominale qui fait ici l'onice d'un vaste réservoir, et transmet le liquide nourricier à l'appareil respiratoire , qui, à son tour, l'envoie au cœur, chargé de le chasser dans les artères. Pour s'en convaincre, il suffit de pousser un liquide coloré dans le canal afférent de la branchie, car on voit de suite l'injection pé- nétrer dans toutes ces lacunes, soit directement, soit par l'inter- médiaire de la cavité abdominale , et en injectant le liquide dans les espaces interni usculaires d'une partie quelconque du corps , on peut le faire avancer en sens inverse , et le faire par- venir jusque dans les vaisseaux de la branchie. En variant de diverses manières ces expériences , faites toutes sui" des animaux vivants, et en disséquant avec une grande atten- tion les différentes parties de l'appareil circulatoire de l'Aplysie, j'ai vu toujours ce résultat se confirmer, et j'ai compris aussi poui'- quoi la circulation veineUse était restée, dans l'opinion de M. Délie Chiaje, une question insoluble. En effet, je me suis assuré que Vappareit aquifère décrit par ce savant, et considéré par lui et par quelques autres anatomistes comme un complément de l'organe respiratoire, n'est autre chose qu'une portion du vaste système lacunaire qui, dans le corps de l'Aplysie, tient lieu de veines (1). Il n'existe pas, ainsi que le soupçonne l'habile anatomistc de Naples, des orifices destinés à l'établissement d'une communi- (1) On voit par le passage suivant que M. Van Bonedcn était arrivé égalcnienl a ce résultat. « Après des recherches minutieuses sur les organes de la circula- tion dans les Aplysies (dit ce zoologiste), je crois avoir reronnu une véritable fu- sion avec le système aquifère de Dclle Chiaje. » Coniphsrendus des séances di- l'Acml r/,s Se, ls:îîi, 1 I, p ^no) MIL\E EDU'ABDJi». — SLH LA CIIiCLLAriON. i'J'J cation directe entre ces lacunes ou la cavité abdominale cl l'cxté- rieur; et si de l'eau s'y introduit quelquefois en quantité considé- rable, c'est seulement par l'ellet d'un phénomène d'endosmose. La turgescence qu'on observe souvent chez les Aplysies est une conséquence de l'absorption veineuse, et non pas de l'introduction directe de l'eau du dehors, à l'aide de canaux débouchant à la sur- face du corps. Les injections du système lacunaire , et même la simple insufllation de ces cavités veineuses, prouvent suffisamment qu'il n'y a pas d'orifices semblables; et, d'un autre côté, si l'on tient compte des expériences de notre savant collègue, M. Ma- gendie, relatives aux lois de l'absorption veineuse chez les ani- maux supérieurs, on peut facilement se rendre compte de l'intro- duction rapide d'une quantité considérable d'eau dans l'intérieur du corps , par la seule force endosmotique , lorsque l'affaiblisse- ment de l'irritabilité musculaire détermine une diminution corres- pondante dans la pression à laquelle les liquides de l'économie se trouvent d'ordinaire soumis. Or, c'est précisément dans des cir- constances de nature à produire ce relâchement dans les parois des cavités sanguines que la turgescence du Mollusque se déclare. J'ajouterai aussi que j'ai observé des phénomènes tout-à-fait ana- logues chez les Limaçons, et ces Mollusques étant destinés à vivre toujours à l'air, il serait difficile de croire que la nature les aurait pourvus d'un appareil aquifère dont les fonctions ne pourraient commencer que dans le cas très rare où l'animal se noie. Je n'hésite donc pas à dire que c'est une portion du système veineux interstitiaire de l'Aplysie qui a été décrite par M. Dellc Chiaje comme étant un appareil aquifère comparable, jusqu'à un certain point , aux trachées aérifèrcs des Insectes. En faisant des recherches analogues sur le grand Triton de la Méditerranée , j'ai acquis la conviction que ce sont aussi des canaux veineux ((uc cet anatomisie a pris pour un système aquifère chez ce Mollusque (1) ; et si , comme je le pense, il en est de même pour les autres Gasté- ropodes, il n'y aurait plus de difficulté pour faire concorder les nombreuses et intéressantes observations de M, Délie Chiaje, sur Cl) Dcscrizionc di un nuovoapparatodi canali aquosi scoperlo nepli animaliin vcrtpbrati mariiii dcllo Duc-Sifilie [Memoric sulla slorin e nntnmia degli (inimali sciiru vertèbre dcl rnjiw tli Xnpott, t II, p. ?59,) — Insliliiziiini tli Amttomiri r l'tsininyid c'im]i'iriitieii t I, p 27'J fViiplo?. 1 832) 300 VOYAGE EN SICILK. l'appareil circulatoire de ces animaux, avec les résultats que je viens de faire connaître. Effectivement, cet anatomiste a vu que, dans un nombre considérable de Mollusques gastéropodes, les veines sont remplacées , dans certaines parties du corps, par un réseau de simples lacunes , et viennent déboucher dans un grand réservoir qu'il considère comme un sinus veineux ; or, ce sinus n'est autre chose que la cavité abdominale elle-même ou un pro- longement de cette cavité au milieu des faisceaux musculaires du manteau, et c'est également avec elle que communiquent les pré- tendues trachées aquifères. Ainsi la circulation semi-vasculaire, semi-lacuneuse, que j'avais signalée chez les Tuniciers , et que je viens de constater chez le Colimaçon, le Triton, l'Haliotide, etc., est probablement com- mune à tous les Mollusques gastéropodes. Là, de même que chez les Crustacés , la portion veineuse de l'appareil vasculaire man- querait toujours plus ou moins complètement, et le sang épanché dans les interstices que les divers organes laissent entre eux se rassemblerait dans la cavité abdominale avant que de se rendre à l'appareil respiratoire. Il en est encore de même dans la classe des Mollusques acé- phales. Les expériences que j'ai faites sur le grand Jambonneau de la Méditerranée ou Pinne marine, sur la Mactre et sur l'Huître commune , le montrent suffisamment : seulement , dans ces ani- maux, les viscères ne flottant pas dans la chambre abdominale, mais s'entremélant d'une manière intime aux muscles du pied et aux brides sous-cutanées de la portion correspondante des tégu- ments communs , ce sont de petites lacunes qui tiennent lieu du grand réservoir veineux représenté par la cavité viscérale des Gastéropodes. Du reste, ces espaces interviscéraux communiquent librement avec les méats qui, dans le pied de la Mactre, résultent de l'entre-croisement des bandes charnues, et, en poussant une injection colorée dans ces lacunes intermusculaires , on peut faire passer le liquide coloré jusque dans les vaisseaux des branchies et dans les canaux veineux du manteau. Mais, dans le manteau, de même que dans le pied, il ne paraît pas y avoir de veines pro- prement dites, ou, en d'autres mots, des tubes à parois propres servant h porter le sang des tissus que ce liquide a nourris, vers le cœur ou vers l'organe spécial de la respiration. C'est un sys- MILKE EDWARDS. — SIR LA CIRCULATION. 301 tème de simples lacunes qui fait les fonctions du réseau formé par les vaisseaux capillaires chez les animaux supérieurs, et ces la- cunes, presque microscopiques, débouchent dans d'autres méats qui, par leur disposition, ressemblent beaucoup à des veines pro- prement dites , mais sont dépourvus de parois indépendantes des parties voisines. Je reviendrai dans une autre occasion sur l'histoire anatomique et physiologique de ce système veineux lacunaire du manteau des Mollusques acéphales, et, en ce moment, j'ajouterai seulement que les liquides colorés y arrivent facilement lorsqu'on injecte l'animal par les artères aussi bien que par les interstices de la cavité abdominale. Il est aussi à noter que M. Délie Chiaje a vu ce réseau lacuneux dans le Pecten, et en a donné une très belle figure ; mais j'ignore s'il considère ces méats comme appartenant au système veineux ou à son système aquifère, car le texte explicatif de la planche relative à ce Mollusque n'a pas encore été publié (1). Ainsi , chez les Acéphales lamellibranches , de même que chez les Acéphales sans coquilles ou Tuniciers, et chez les Gastéro- podes, l'appareil vasculaire est incomplet , et une portion plus ou moins considérable du système veineux est représentée par de sim- ples lacunes dans lesquelles le sang est épanché entre les organes. (!) Voyez Descrizione e nolomia degli animali invertebruli délia Sicilia bite- riore, t. III, lab. 78. (Aupremier abord, on pourrait croire qu'il s'est glissé quel- que erreur dans la citation que je viens de faire , car chacun des cinq volumes de ce nouvel ouvrage de M. Délie Chiaje porte sur le titre la date de 1811 ; mais cela paraît tenir a ce que l'auteur commence l'impression de son ouvrage par le litre, tandis qu'en France on a l'habitude de terminer par ce feuillet qui alors sert à constater le millésime de la publication. En effet, la santé de M. Délie Chiaje ne lui ayant pas permis de poursuivre l'impression de son livre avec toute son activité accoutumée , le troisième et le cinquième volume étaient inachevés lors de mon passage à Naples en juillet 1 844, et le sont probablement encore il l'heure qu'il est Le troisième volume s'arrête à la page 44 pour reprendre à la page 69, et s'interrompt de nouveau page 140; quant au cinquième volume, il s'arrêtait à la page 68. Il est aussi à noter que parmi les planches destinées à former l'atlas de cet ouvrage intéressant, il y en a plusieurs qui ne .sont encore qu'esquissées, bien que les cuivres portent le millésime de 1841 , ou quelque autre date plus ou moins reculée. Cette circonstance serait à noter, si dans la suite on s'occupait de l'histo- rique des découvertes faites depuis vingt ans sur l'organisalion des animaux sans vertèbres, découvertes doni un ^'rand nombre app:irlient incontestablement a M. Délie Chiaje.) 302 VOl.VGIi EN SICILE. Au premier abord , on pourrait croire que les Mollusques su- périeurs dont se compose la classe des Céphalopodes font excep- tion à cette règle, et possèdent un appareil vasculaire complet, c'est-à-dire un système circulatoire dont toutes les parties sont constituées par des tubes à parois propres. En effet, Cuvier, dans son grand travail sur l'anatomie du l'oulpe, a fait connaître un système vasculaire veineux, aussi bien ((u'un système artériel , et ces veines sont bien des tubes à parois propres, comme le sont les veines des animaux supérieurs. Monro (1) et Hunter (2) ont décrit les veines du Calmar et de la Seiche, et M. Délie Chiaje a représenté ces vaisseaux avec beau- coup plus d'exactitude qu'on ne l'avait fait jusqu'alors; enfin, on connaît aussi les principales veines du Nautile, et, par conséquent, on peut, en généralisant ces faits particuliers, dire que, dans la classe des Céphalopodes, il existe toujours un système veineux vasculaire très développé. MM. Owen et Valenciennes ont , il est vrai, constaté l'existence d'un nombre considérable de grands orifices à l'aide desquels la cavité de la veine principale du Nau- tile communique librement avec la cavité péritonéale; mais on pourrait ne voir dans cette disposition que les derniers vestiges du mode d'organisation que j'ai trouvé chez tous les Mollusques inférieurs, et on pourrait penser que le cercle circulatoire des Cé- phalopodes est formé tout entier par des tubes, lôrs même que ces vaisseaux à parois membraneuses seraient perforés dans quelques points, de façon à ne pas emprisonner complètement le sang dans leur intérieur, du moins après la mort de l'animal; car quelques anatomistes ont supposé que , pendant la vie , ces pertuis ne sont pas béants. Mais il n'en est pas ainsi ; et je puis facilement prouver que, chez les Céphalopodes, de même que chez les autres Mollusques, la cavité viscérale sert d'intermédiaire entre diverses parties de l'appareil vasculaire, et constitue réellement une portion du cercle circulatoire parcouru par le sang. En effet , le sinus veineux découvert récemment par M. Délie ( 1 ) The Stniclure and Phijsiologij of Fishes explained and cmnparrd. Edinburgh, 1785. (2) Voyez Descriptive and illuslraled catalogue of thc liuntcrian mu.icum, pur blishcdby M U Owcn, vol. 11. IHILNE EDWABDïi. — SIR r,.V CIRCl I.ATION. 303 Cliiaje dans le Poulpe n'est autre chose, ainsi que je le démontrerai facilement, que la cavité viscérale de cet animal (1), et je me suis assuré de la manière la plus positive : 1° Que des injections, même très grossières, poussées dans la cavité où flottent l'estomac, le jabot, l'œsophage, l'artère aorte, les glandes salivaires et la masse charnue de la bouche , après avoir baigné la surface de tous ces organes , pénètrent dans les veines des autres parties du corps , traversent les cœurs pulmo- naires et vont remplir les vaisseaux capillaires des branchies; 2° Que les veines profondes des bras, les veines des yeux et celles des parties charnues voisines débouchent dans cette cavité viscérale, soit directement , soit par l'intermédiaire d'une grande lacune ou sinus situé au fond de chaque orbite, et que le sang veineux , pour se rendre des veines dont il vient d'être question dans les cœurs pulmonaires, traverse toujours la cavité viscérale. 3° (^ue cette dernière cavité communique aussi directement avec la partie postérieure de la grande veine cave par deux vaisseaux d'un calibre considérable. Dans un autre Mémoire, je présenterai une description détaillée de ces diverses parties de l'appareil circulatoire du Poulpe; au- jourd'hui , je me bornerai à placer sous les yeux de l'Académie quelques dessins représentant le système veineux injecté par l'in- termédiaire de la grande cavité viscérale , qui elle-même est dis- tendue par le liquide coloré , dont les veines sont remplies. Dans le Calmar commun, il existe aussi une portion du système circulatoire qui , au lieu d'être formée par des vaisseaux , se com- pose uniquement de lacunes et d'une cavité servant en même temps de chambre viscérale et de sinus veineux : seulement, cette (1 ) Il ne faut pas confondre la cavité viscérale du Poulpe avec la chambre bran- chiale, ni avec les grandes poches membraneuses qui longent les troncs veineux dont les parois sont garnies des corps spongieux décrits par Cuvier. Ces poches, ([ui occupent presque toute la portion postérieure du corps, communiquent direc- tement avec la chambre respiratoire par deux onfices , et reçoivent dans leur in- térieur l'eau dont cette chambre est remplie; mais il n'y a aucune communication entre ces poches et la grande cavité viscérale qui s'étend depuis la bouche jus- qu'en arrière de l'estomac. L'intestin n'est pas libre comme l'est l'œsophage ou l'estomac, et c'est l'adhérence do sa surface avec la paroi interne de la tunique viscérale commune qui enipèrlie lo sang veineux de le baigner, comme cela a lieu chez les (ïasléropodes 304 VOYAGE EN SICILE. cavité est beaucoup moins vaste que chez le Poulpe, et ne dépasse suère la partie céphalique du corps. Cette modification s'explique, du reste, très facilement, car ici l'estomac et l'œsophage, au lieu d'être suspendus dans une cavité abdominale, comme chez le Poulpe, adhèrent intimement à. la tunique viscérale commune, de façon que la cavité elle-même est oblitérée dans toute sa portion postérieure, et ne persiste que là où elle loge l'extrémité antérieure de l'œsophage et la masse buccale, et là, elle remplit, comme d'ordinaire, les fonctions d'un sinus veineux : aussi suffit-il d'in- jecter un liquide coloré dans la cavité viscérale, réduite ainsi à sa portion céphalique, pour remplir aussitôt les veines de toutes les parties du corps. La préparation déposée sur le bureau a été faite de la sorte; l'injection bleue poussée dans la cavité contenant la portion antérieure du canal digestif a passé de la grande veine cave dans les veines du manteau, des viscères et des bras , a rem- pli les cœurs pulmonaires, et est arrivée jusque dans les branchies. Les faits dont je viens d'entretenir l'Académie me semblent être assez nombreux et assez variés pour autoriser les conclusions que j'ai rappelées au commencement de ce Mémoire. Le Poulpe et le Calmar, parmi les Céphalopodes ; le Colimaçon, le Triton , l'Haliotide etl'Aplysie dans la classe des Gastéropodes; la Mactre, la Pinne et l'Huître, dans la grande division des Acé- phales ; enfin les Biphores et les Ascidies sociales et composées, dans le groupe des Tuniciers, m'ont offert, tous, un appareil cir- culatoire plus ou moins incomplet, dans lequel les veines man- quent en totalité ou en partie, et sont remplacées , là où elles manquent, par la cavité viscérale elle-même , et par d'autres es- paces libres que les organes intérieurs ou les matériaux constitu- tifs des tissus laissent entre eux. D'un autre côté , il n'est aucun Mollusque qui m'ait offert un système clos de vaisseaux sanguins, et les observations recueillies avant que l'attention des zoologistes fût éveillée sur ce point , ne fournissent aucun argument solide en faveur de l'existence d'un appareil vasculaire complet dans une espèce quelconque appartenant à ce grand embranchement du règne animal. La disposition du système circulatoire que j'ai rencontrée partout où j'ai eu l'occasion de l'étudier, ne peut donc être, à mes yeux, un mode d'organisation exceptionnel chez les Mollusques, et il me semble, au ronlraire, l(^gitime de conclure MILXi: EDWARDS. — SUU LA CinCULATION. ^O'i que, cliez tous les animaux conformés d"a|)rès le même plan gé- néial que le Poulpe, le Calmar, le Limaçon, le Triton, rA|)lysic, rilaliotide, l'Huître, la Mactre, la Pinne, les Bipliores et les As- cidies, cette fonction doit offrir d'une manière plus ou moins mar- quée le même caractère. Nous voyons, il est vrai, le système de cavités destinées à contenir et à distribuer le fluide nourricier se. pfrfectionner progressivement et se revêtir de parois tubulaires dans une portion de plus en plus considérable du cercle circula- toire, à mesure que l'on .s'élève des Molluscoïdes les plus infé- rieurs jusqu'aux Céphalopodes. En effet, chez les Bryozoaires, qui senties représentants les plus dégradés du type des Malacozoaires, il n'existe aucune trace ni de cœur, ni d'artères, ni de veines, et, ainsi que je m'en suis assuré maintes fois , le liquide qui tient lieu de sang est contenu dans la grande cavité viscérale au milieu de laquelle flottent les organes de la digestion. Chez les Mollus- coïdes tuniciers , il existe déjà un cœur et un système de tubes sanguifères dans la portion branchiale de l'économie ; mais il n'y a ni artères ni veines dans la portion viscérale ou abdominale du corps. Chez l'Huître, la Mactre et l'Aplysie, le système artériel .se complète, mais il ne paraît y avoir nulle part, si ce n'est dans les branchies , un lacis de véritables vai.sseaux pour remplir les fonctions du réseau capillaire, et il n'y a pas encore de veines pour ramener le sang des divers organes vers l'appareil de la res- piration. Chez le Triton et le Colimaçon , nous avons reconnu un degré de plus dans le perfectionnement du système circulatoire, car les veines commencent à se constituer sous la forme de tubes membraneux dans certaines parties de l'économie, bien qu'elles manquent encore, et sont remplacées par de simples lacunes dans le système musculaire et dans l'espace compris entre les principaux viscères et l'organe respiratoire. Chez le Poulpe, la portion vascu- laire du système veineux se développe davantage; enfin, chez k' Calmar, il n'y a de grandes lacunes fai&ânt office de veines qu'au- tour de la portion antérieure du tube digestif , et , dans tout le reste du cercle circulatoire, le sang est renfermé dans des tubes dont les parois sont indépendantes des organes voisins. D'après cette progression , on concevrait facilement la possi- bilité d'un degré de plus dans le dévelnppemrnt vnsculaire. |-)pr- r série. Zout. T. 111. (Mai ISl.'i ) iu 306 VOYAGli liN S1CII.1!. i'uctionnement qn\ amènecait d'une manière complète la transfor- mation de toutes les lacunes sanguil'ères en tubes fermés, et qui rendrait, sous ce i-apport, le système circulatoire d'un Mollusque semblable à l'appareil vasculaire des animaux vertébrés. Mais il y a tout lieu de croire que cela n'a jamais lieu, car le Poulpe et le Calmar sont les représentants les plus élevés du type propre à l'embranchement des Malacozoaires , et puisque, chez ces Mol- lusques, les plus parfaits de tous, la cavité viscérale tient encore lieu d'une portion du système veineux, il n'est pas probable qu'un appareil vasculaire complet se rencontrera ailleurs. Du reste, lors même qu'il en serait ainsi , cela ne changerait que peu la portée des faits dont il vient d'être question , car le mode de circulation semi-lacuneuse sur lequel j'ai appelé l'attention de l'Académie n'en demeurerait pas moins un des caractères dominants dans le typemalacologique. Il serait inutile, ce me semble, d'insister ici sur l'influence qu'une pareille organisation doit exercer sur le mécanisme de quelques autres fonctions, telles que l'absorption, soit générale, soit chyleuse, et les mouvements érectiles; car il suffit de savoir que le sang baigne directement la surface externe d'une portion plus ou moins considérable du canal digestif, pour comprendre aussitôt comment les matières alimentaires liquéfiées par l'action des sucs gastriques ou intestinaux peuvent se mêler rapidement au fluide nourricier, sans qu'il y ait ni veines ni vaisseaux chyli- fères pour les y conduire. 11 suflit aussi d'un instant de réflexion sur le rôle qu'un liquide répandu dans un vaste système de lacunes extensibles et contractiles peut jouer dans le mécanisme des mou- vements de l'animal , pour voir également que cette disposition anatomique doit être la cause des phénomènes d'érection que nous offrent souvent le pied des Acéphales ou les tentacules des Gasté- ropodes. Je ne m'arrêterai donc pas sur ces considérations ; mais il serait bon, peut-être, d'examiner juscju'à quel point les faits fournis par l'étude de la circulation chez les Mollusques peuvent venir en aide à la physiologie des animaux supérieurs , relative- ment à la question de la nature intime et du mode de formation des vaisseaux sanguins en général. Aujourd'hui, je ne pourrais aborder une discussion de ce genre sans abuser de l'attention que l'Académie a bien vouhi me prêter, mais j'y reviendrai lorsque MILKE EDWARIIS. — SUR LA CtRCULATIOX. ."^07 j'aurai fait connaître mes nouvelles recherches sur la circulation chez les Crustacés. Quant à la description anatomique de l'appareil de la circula- tion chez les divers Mollusques qui font l'objet de ce Mémoire, je me propose également d'en traiter prochainement avec tous les détails que ce sujet comporte. (£/i suite II un prochain rdhier.) NOUVELLES OBSERVATIONS SUR I.A CONSTITUTION DE l'APPAREIL CIRCULATOIRE CHEZ LES MOLLUSQUES : Far MM. MUNE ES^AaSS et VAIiENCIENNES. (Lues à l'Académie des Sciences, le 17 mars 1843.) Jusqu'en ces derniers temps, les zoologistes pensaient que la circulation du sang s'opère, chez les Mollusques, dans un système \asculaire complet , le liquide nourricier, après avoir été distribué dans toutes les parties de l'économie à l'aide des artères , reve- nant à l'organe respiratoire, puis au cœur, par l'intermédiaire de lubes à parois membraneuses, semblables aux veines des animaux vertébrés. Mais l'Académie se rappelle peut-être que des obser- vations publiées récemment par l'un de nous (l) tendent à établir que cette opinion est erronée, et que, chez les Mollusques, ainsi que chez les Crustacés , une portion considérable du cercle circu- latoire est constituée uniquement par les lacunes ou espaces de formes irrégulières que les divers organes laissent entre eux. II a été constaté, en effet, que, chez un certain nombre de Mollusques appartenant à la classe des Céphalopodes et à celle des Gastéro- podes, ainsi que chez divers Acéphales etTuniciers, les canaux qui remplissent les fonctions de veines débouchent en totalité ou en partie dans la grande cavité abdominale , de sorte que , chez ces animaux, le sang baigne directement les principaux viscères, et qu'en injectant dans l'abdomen un li([uide quelconque, on in- jecte aussitôt le reste du système veineux. Mais on pouvait douter ( I ) Voyez le Rapport de M Milne Edward?, inséré dans le Mnnilciir du 1 7 no- vemljre ISll. el les ..(ii»ri/M ,les Scii-ni-rs miliirfllfs, y série. I III. h W.) . 3U8 imii.ivt: edwards kt vai.exciekives. encore de la généralité de cet état imparfait de l'appareil de la circulation dans le vaste embranchement des Mollusques ; et pour établir solidement ce résultat, il fallait étudier la marche du sang dans un plus grand nombre de types variés. Désirant, l'un et l'autre, former notre opinion à ce sujet, nous nous sommes réunis pour exécuter en commun une série d'expé- riences et de dissections. Nos recherches ont porté d'abord sur des Mollusques que nos correspondants nous envoyaient à l'étal vivant de divers points du littoral; mais bientôt nous avons pu étendre davantage le champ de nos investigations, car nous nous sommes assurés que ces animaux se laissent parfaitement bien in- jecter après qu'ils ont séjourné pendant fort longtemps dans des liquides conservateurs convenablement préparés , et l'un de nous (1 ), chargé de l'enseignement de la malacologie au Muséum, s'étant appliqué depuis plusieurs années à former une collection (Jes animaux, dont on se contentait jadis d'étudier la coquille seu- lement, et étant arrivé ainsi à. des résultats très considérables, il nous a été facile de varier beaucoup nos observations, et de les multiplier autant que cela nous a paru nécessaire. Les préparations que nous avons faites ainsi sont au nombre de plus de cinquante, et nous avons l'honneur de placer une ving- taine de ces pièces sous les yeux de l'Académie. La plupart d'entre elles sont d'un assez grand volume pour être faciles à examiner sans le secours de la loupe, et les résultats qu'elles fournissent sont tellement nets et palpables, qu'il nous semble inutile d'entrer dans beaucoup de détails relativement aux conclusions qu'il fau- dra en tirer. Sur le Poulpe et le Calmar, nous avons constaté de nouveau les faits déjà signalés par l'un de nous, et, pour injecter le premier de ces Mollusques, nous nous sommes servis tantôt de gélatine, tantôt du mélange de suif et de cire f(ue l'on emploie à des usages analogues, dans les amphithéâtres d'analomie humaine, pour l'in- jection des plus gros vaisseaux ; en poussant ces substances dans la cavité périlonéale, nous les avons vues passer directement dans les veines et arriver aux cœurs pulmonaires. En opérant de la même manière sur d'autres Céphalopodes ap- partenant aux genres Élédon, Argonaute, Seiche et Sépiode, nous (I) M. ValenrieniiPS. SI U LA CIRCULATION CHEZ LES MOLLUSQUKS. 30*.) avons (ibleiiu le iiièiDu résultat. Uaiis ces expériences, l'injection a toujours été l'aile par rextréniité antérieure de la grande cavité viscérale, c'est-à-dire dans l'espace compris entre la masse char- nue de la bouche et la base des tentacules; le liquide coloré a rempli aussitôt le reste de la chambre viscérale et a pénétré dans les divers canaux veineux qui sont en communication directe avec cette cavité; de ces canaux l'injection est arrivée dans les cœurs pulmonaires, et, dans la plupart des cas, est |)arvenue jusque, dans les branchies. Les préparations déposées sur le bureau oui été faites de la sorte, et, sur quelques unes d'elles, nous avons mis à nu les grands canaux par lesquels la cavité viscérale ou pé- rilonéale, comme on voudra l'appeler, se continue directement avec les grosses veines destinées k porter le sang aux deux cœurs pulmonaires. Ces communications sont surtout faciles à voir dans nos préparations de l'Argonaute et de l'Élédon. Ainsi, ce n'est plus dans deux genres de Céphalopodes seule- ment que l'appareil de la circulation présente ce caractère remar- quable de dégradation; à cet égard, les Seiches, les Sépiodes . les Élédons et les Argonautes ne difTèrent pas des Poulpes et des Calmars, et, en rapprochant ces faits nouveaux des résultats ob- tenus plus anciennement par M. Owen et par l'un de nous en étu- diant l'anatomie du Nautile, on peut dire aujourd'hui, sans ré- serves aucunes, que, dans la classe la plus élevée de l'embranche- ment des Mollusques, le sang ne se meut pas dans un système de vaisseaux fermés ; que, chez les Céphalopodes, la portion vei- neuse du cercle circulatoire est toujours incomplète, et que, chez tous ces animaux, le tluide nourricier épanché dans la cavité vis- cérale baigne directement une portion plus ou moins considérable de la surface péritonéale du canal digestif. Dans la classe des Gastéropodes, nous avons pu multiplier da- vantage nos recherches. Après avoir répété sur les Colimaçons et les Aplysies les expériences déjà faites par l'un de nous (1), et eu avoir obtenu des résultats analogues à ceux que nous ont l'ourni> les Céphalopodes, nous avons injecte de la môme manière le Buc- cin onde [Uuccinum (indalum, J^am.), dont nous avions reçu un grand nombre d'individus vivants, grâce à l'obligeance de M. Bou chard-Cliatereaux , médecin à Boulogne-sur-Mcr; le liquide cn- d) Vriyoz i|-(l0SSUS, 310 niLME EDWARDS ET VALEIVCIEKIVES. loré, introduit clans la cavité abdominale de ce Mollusque, s'est répandu aussitôt dans le système lacunaire du pied et des organes extérieurs de la génération , a pénétré dans les veines du man- teau , et a rempli un système de vaisseaux qui prend naissance dans l'organe urinaire, mais qui reçoit la plus grande partie du sang venant du foie, des ovaires ou du testicule et des téguments du tortillon, et qui, ainsi que l'un de nous (1) l'avait déjà constaté chez le grand Triton de la Méditerranée [Triton nodiferum, Lam.), constitue un appareil analogue au système de la veine porte rénale chez les Reptiles et les Poissons. Chez le Buccin, de même que chez le Triton, il est facile de s'assurer que le passage du liquide nourricier de l'intérieur des vaisseaux sanguins dans la grande ca- vité viscérale, et de cette cavité dans les canaux afférents aux or- ganes de la respiration , n'est pas un phénomène d'exhalation et d'absorption ; ce n'est point par les capillaiies que la communi- cation s'établit entre le système veineux et cette cavité , mais par des canaux qui ont souvent un diamètre de 1 ou 2 millimètres et qui s'abouchent directement avec elle. Les préparations déposées sur le bureau montrent ces commu- nications directes, et font voir aussi combien est développé, dans certaines parties du corps, dans la glande urinaire, par exemple, le système veineux dont les principaux troncs s'ouvrent directe- ment dans la cavité abdominale. Dans les genres Dolabelle et Notarche, nous avons trouvé l'ap- pareil circulatoire tout aussi incomplet que chez les Aplysies. Les veines paraissent manquer entièrement, et les fonctions de ces vaisseaux sont remplies par un vaste système de lacunes répan- dues dans toutes les parties du corps, et en communication avci la cavité viscérale qui, à son tour, communique directement avec les canaux par lesquels le sang arrive dans les organes de la res- piration. Dans une de nos préparations de l'appareil circulatoire chez les Dolabelles , le grand conduit afférent à la branchie a été ouvert ainsi que l'abdomen, et cette pièce fait voir combien esl large l'orifice par lequel ce conduit prend naissance dans la cavili' viscérale. En disséquant ces parties, nous avons eu soin d'exa- miner s'il n'existerait pas quelques valvules destinées :i clore mo- mentanément les ouvertures par lesquelles la cavité de Tabdomen (I) M Jliliir EJwurds. Si;il LA CIIICIJLVTIO.V ClIKZ LES VlOLLlSQUIiS. 311 communique avec lu canal veineux de la brancliie, et il nous a élc facile de voir qu'aucune disposition de ce genre n'existe, de sorte que le passage est toujours ouvert. La communication libre entre les vaisseaux branchiaux et la ca- vité destinée à loger les viscères , ainsi que la continuité de cette dernière cavité avec le système lacunaire du pied, des lèvres, du manteau , etc. , sont également démontrées par les injections que nous avons faites sur un grand nombre de Mollustiues gasté- ropodes appartenant aux genres Pleurubranche, Doris, l'olycèi'c, Tritonie, Scyllée, Oscabrion, Oscabrine (I), et en injectant éga- lement dans la cavité abdominale des Patelles , des Ombrelles, des Ampullaires, des Turbos, nous avons vu le liquide colon; pénétrer immédiatement dans d'autres parties du système veineux. Nous ajouterons aussi que, dans l'Onchidie, l'injection passe éga- lement de la cavité viscérale dans le lacis vasculaire du poumon. Quant aux Éolides et aux genres voisins de ces Nudibranches, nous nous abstenons d'en parler pour le moment, car il existe, comme on le sait , des divergences d'opinions relativement à la manière dont la circulation s'effectue chez ces animaux. M. de Quatrefages avait annoncé que les Éolidiens sont dépourvus de veines, et que le sang, pour revenir des diverses parties du corps vers le cœur, traverse des lacunes et la cavité abdominale elle- même ; M. Souleyet, au contraire, assure que, chez ces Gastéro- podes, l'appareil de la circulation est complet, et qu'il est même facile d'isoler les veines qui se portent des organes intérieurs vers les branchies. Une commission, dont nous faisons partie , aura à se prononcer sur cette question , et, ne voulant pas nous séparer de nos collègues dans l'appréciation des faits dont l'Académie nous a renvoyé l'examen, on comprendra les motifs de notre ré- serve actuelle. Laissant donc de côté tout ce qui est relatif aux Éolides, nou> ne tirerons ici de nos propres recherches aucune conclusion ab- solue relativement à la disposition générale de l'apijareil circula- toire dans la classe des Gastéropodes , et nous nous bornerons ii dire que, si l'on peut juger de l'organisation de ce groupe naturel d'après la structure anatomiquc de vingt genres différents pris au (I) Genre nouveau, voisin des Oscabrions et des Oscabrelles de Lamarck Olabli dans la colieclion du Miisrum. 312 MILICE EDWARDS El VALEKtlENNES. hasard dans les divers ordres des Pulmonés , des Nudibranches, des Tectibraiiclies, des Pectinibranches, des Scutibranches et des Cyclobranches , il faudra admettre que , chez les Gastéropodes, de même que chez les Céphalopodes, l'appareil vasculaire est in- complet, les veines manquent plus ou moins entièrement, et les canaux ou les lacunes destinés à porter le sang des diverses par- ties du corps vers les organes de la respiration communiqueni librement, en totalité ou en partie, avec la grande cavité au mi- lieu de laquelle (loltent le tube digestif et les principaux ganglions du système nerveux. Les préparations que nous avons l'honneur de p'.acer sous les yeux de l'Académie montrent ces communications entre la cavité abdominale et le système sanguin dans les genres Onchidie, Doris, Polycère, Tritonie, Scyllée, Aplysie, Dolabelle, Notarche, Am- pullaire, Buccin, Patelle, Oscabrionet Oscabrine. D'après cette masss de faits, il nous a paru inutile de chercher aujourd'hui, dans la classe des Acéphales à coquilles, de nom- breux exemples de cette dégradation de l'appareil circulatoire que l'un de nous a\ait déjà constaté chez la Pinne marine, la Mactrc et l'Huître, ni de multiplier davantage les observations faites pré- cédemment sur la circulation semi-vasculaire et semi-cavitaire chez les Acéphales sans coquilles ou Tuniciers. Nous ajouterons, cependant, que tous les Acéphales dont nous avons examiné le système veineux nous ont offert ce mode d'organisation , et nou;' citerons comme exemples nouveaux les Bucardes, les Vénus et les Solens. Mais il est, dans l'embranchement des Mollusques, une qua triènie classe, celle des Ptéropodes, qui, jusqu'ici, n'avait pas été étudiée sous ce point de vue, et, pour compléter la série de nos observations, il devenait intéressant de soumettre quelques uns de ces animaux à des expériences analogues à celles dont nou> venons d'entretenir l'Académie. Le défaut d'animaux sullisam- ment frais , ainsi (juc la petitesse de la plupart des Ptéropodes. ont été d'abord de grands obstacles; mais nous sommes parvenus à injecter deux Piieumodernies, et chez ces deux animaux, nous avons vu le liquide coloré passer de la cavité viscérale dans les vaisseaux des branchies qui sont réunis en étoile à l'extrémili' postérieure du corps. SIK l.A CIRCLI.ATIOV CHEZ I.LS MOUXSQUliS. S13 Ainsi, quelle que soit la classe et quel que soit le genre ou l'es- pèce sur laquelle nous avons étudié le mode de circulation dans le grand embranchement des Mollusques , toujours le résultat a été le même. Partout nous avons trouvé l'appareil vasculaire plus ou moins incomplet; partout oous avons vu une portion plus ou moins considérable du système veineux , constituée par des la- cunes seulement, et partout aussi nous avons constaté l'existence de communications libres et directes entre ce système et la grande cavité viscérale. Aujourd'hui que ce résultat est bien établi, on retrouvera peut-être dans les archives de la science beaucoup d'observations qui auraient pu mettre les zoologistes sur la voie de la vérité; mais la signification de ces faits n'avait pas été saisie , et , pour en donner des preuves, il suffit de rappeler la ma- nière nette et positive dont les naturalistes les plus éminents se sont prononcés sur ce point. Cuvier, par exemple, dont l'autorité est, aux yeux de chacun de nous, la plus grande que l'on puisse citer lorsqu'il s'agit d'anatomie comparée; Cuvier, qui avait dé- couvert la disposition si remarquable des canaux afférents à la branchie dans l'Aplysie, disait formellement que « la classe en- » tière des Mollusques jouit d'une circulation aussi complète qu'au- 1) cun animal vertébré (1). » Il supposait que les orifices, dont il avait constaté l'existence dans les gros canaux veineux des Aply- sies, étaient des bouches seulement absorbantes , et cette opinion a été partagée par les auteurs qui, plus récemment, ontécritsur le même sujet (2). C'est aussi par des phénomènes d'exhalation ou de perspiration et d'absorption ordinaire qu'on a cherché à ex- pliquer la présence du sang dans la cavité abdominale de la Li- mace et le passage du liquide de cette grande lacune dans les ( I ) Leçons d'anatomie comparée, première édition , l. IV, p. 406 , et scconiip édition, t. VI, p. 386. (2) « Nous rapppllerons encore ici ces parties centrales de l'arbre dépuralciir " qui, dans rAplysic, sont percées d'ouvertures très sensibles dans la portion » qui traverse la cavité viscérale , ouvertures qui permettent Vabaorplion par li' 1 tronc ou la souche de l'arbre nutritif. (Cependant on peut dire que, dans ce type. « le système vasculaire sanguin est complet, que les deux arbres nutritif et dé- « puraleur sont liés par un réseau capillaire, et que le fluide ne s'épanche point I. dans les lacunes; il reste enfermé et circule dans l'ensemble de ses réservoirs , » qui fuimciil encore ici un s\jsléme de eaisscuux clos. » (Duvernoy, Additions nnr Lirniir.iiiiiiiitimiirrnmp'irér,y\3rC,n\'\'-r. t VI, p ."ris Priris, ls:!9.) 31& niLNE EDIVABDS El «MLEKCIEKKES. vaisseaux du puumon. Mais nos préparations prouvent que la cir- culation, chez les Mollusques , ne se fait pas de la sorte. Ce n'est point par les radicules ou dernières divisions capillaires des veines que la cavité abdominale communique avec le reste du cercle cir- culatoire, ainsi que le pensait un zoologiste dont les observations ont été communiquées dernièrement à l'Académie (1). Ce sont, au contraire, les troncs veineux ou les grosses lacunes servant au\ mêmes usages , qui débouchent directement dans la cavité viscé- rale. Ainsi , dans le Buccin onde, animal dont le corps tout entier n'est guère plus gros qu'un œuf de poule , on voit des canaux veineux , dont le diamètre est de plus de 1 millimètre, se terminer brusquement par un orifice béant dès qu'ils arrivent dans cette cavité ; et, chez le Poulpe, l'Argonaute et les autres Mollusques les plus élevés en organisation, on voit que les communications entre la cavité péritonéale et les grandes veines chargées de porter le sang aux cœurs pulmonaires, sont établies au moyen de canaux dont les dimensions ont souvent jusqu'à 4 centimètre de diamètre. Il est, du reste, toujours facile de se convaincre que le passage du sang de la cavité viscérale dans le système vasculaire n'est pas un phénomène de filtration analogue à l'absorption par imbibition chez les animaux vertébrés, car ce ne sont pas seulement les fluides qui pénètrent ainsi dans les vaisseaux ; le suif, tenant en suspen- sion des poudres grossières, passe avec la même facilité , et dans plusieurs expériences, c'est avec du plâtre gâché que ces injec- tions ont été faites. Ainsi tout concourt à montrer l'existence d'une circulation scmi- vasculaire, semi-lacunaire chez les Mollusques, aussi bien qur chez les Crustacés et les Arachnides, et si l'on voulait exprimer par une formule générale tous les faits de cet ordre déjà consta- tés, on pourrait dire que, chez tous les animaux à sang blanc, les liquides nourriciers ne sont pas renfermés dans un appareil vascu- (1) « La pliysiologlo des Limaces rougos offre une parlicularité pliysiologiqui- Il exlrc^mement curieuse , et que je ne sache pas que l'on ail encore signalée. Le » sang, après avoir franchi les capilhiirosqui terminent U'S arlercs, est, au moins 1) en grande partie, perspiré par eux, et s'épanche dans la cavité viscérale; puis 1) ensuite ce fluide se trouve absorbe par les e.vtrémilés des veines, cl il rentre de » nouveau dans le systonip vasculaire « (Pcuchol, Itrcherches sur les Mollusques. p 13 Rouen. IS12,) OWEK. — SUU LA CIIICILATION Clll Z l.IiS .MOI.LLSQl hS. 31 Ô laire clos, mais circulent plus ou moins rapidement dans un sys- tème de cavités constitué en totalité ou en partie par les lacunes que les divers organes laissent entre eux. LETTRE suB l'appareil de la circulation chez les mollusques de la classe DES BRACillOPODES ; Adressée à M. Milne Edwards par M. R. O'WES. En continuant les recherches sur l'anatomic des Brachiopodes dont j'ai entretenu la Société zoologique en 1833 , j'ai constaté , dans la partie centrale de l'appareil circulatoire de ces animaux . un mode d'organisation qui , au premier abord , me semblait être une anomalie remarquable; mais depuis que j'ai lu, dans les Comptes-rendus des séances de l'Académie , votre important tra- vail sur l'état diffus du système veineux dans les autres classes do l'embranchement des Mollusques, je vois que cette exception ap- parente rentre , au contraire , dans la règle commune , et que le mode de structure propre aux Brachiopodes constitue un nouveau terme dans cette série de modifications par lesquelles l'appareil vasculaire , ainsi que vous l'avez si bien démontré , se dégrade dans cette grande division du règne animal. Cuvier avait constaté , il y a déjà longtemps , que, chez les Lingules, il existe deux cœurs ventriculaires indépendants l'un de l'autre, et ce fait anatoniique a peut-être contribué à déterminer quelques classificatcurs à placer les Brachiopodes en tête du groupe des Mollusques acéphales. Au premier abord , on pourrait penser que la présence de deux oreillettes distinctes fixées chacune au ventricule correspondant est une nouvelle preuve de la supé- riorité organique de ces animaux ; mais j'ai montré ailleurs que, d'après la loi des répétitions non coordonnées (1) , une pareilli' multiplication des oreillettes cl des ventricules tend plutôt h, mon- trer l'infériorité des Brachiopodes par rapport aux Bivalves la- mellibranches , car les deux cœurs séparés de la Lingule et des (I ) Voyez t«'(uic.s 0/1 Iiwerlcbrala, iii-8. Londres, 18 43, p. 36j. — Je nie [)lai- ,1 icioiinaltrc ici les services que M Goodby m'a rendus, par ses disscclioii> délicates delà Térébratule el d'autres Molliistiucs Les prépar.ilinns ([ii il a faites soni conservées dans la colleclion du rniléfrn des Cliirurgiens. 31G OWEK. — Sllt I.\ ClIiClILAIlOJi ClIliZ I.KS MOLl.USQlliS. Térébralules ne l'ont que répéter le même acte des deux côtés du corps , et ne remplissent pas (comme le font les deux ventricules et les deux oreillettes d'un Mammifère) des rôles différents coor- donnés de façon à se compléter mutuellement et à constituer par leur ensemble une fonction complexe. Dans le Terebratula jlavescens (pi. h, fig. 10 et 11 , n,n) . chacune des oreillettes est un réservoir dont la capacité est assez. considérable , et dont les parois , déstructure musculaire, offrent, dans l'état de contraction , un grand nombre de plis très fins disposés d'une manière radiaire. La forme de ces organes est alors celle d'un cône oblong et déprimé ; par leur sommet , cha- cun adhère au ventricule correspondant , et se trouve percé par l'orifice auriculo-ventriculaire; enfin, par leur base, ils sont largement ouverts , et communiquent ainsi directement et librement avec la cavité viscérale ou péritonéale; ou, si l'on aime mieux, avec un grand sinus veineux de forme irrégulière , qui renferme le canal intestinal , et se continue entre les lobes du foie et les masses glandulaires dont se compose la première portion de l'ap- pareil de la génération. Des prolongements de ce sinus viscéral commun s'avancent sous la forme de vaisseaux dans l'épaisseur des lobes du manteau ; on en compte deux sur le lobe paléal supé- rieur ou dorsal , et quatre sur le lobe inférieur ou ventral , et c'est le long de ces canaux veineux que se développent les cellules spermatiques chez le mâle et les œufs chez la femelle ; de sorte que les produits du travail reproducteur sont baignes par le sang dans l'intérieur de ces dépendances des réservoirs péritonéaux ou grands sinus veineux, comme la première portion de l'appareil reproducteur l'est dans cette cavité elle-même. Si l'on dissèque hi Térébratule du côté dorsal , et qu'après avoir enlevé la valve ini- perforée et le lobe correspondant du manteau , on incise la paroi membraneuse de la cavité viscérale ou péritoné.ale (:,:), ou aperçoit de suite les deux oreillettes [7i,n) situées en arrière do l'estomac et s'étcndant de chaque côté jusqu'à l'origine de l'in- testin. Cette préparation suffit aussi pour mettre à découvert les grands orifices basilaires par lesquels le sang doit arriver dans les cœurs. La membrane délicate qui adiièrc aux bords de ces orifices, cl ([ui se continue sur les parties voisines de la cavité viscérale, est idi'ulii|uc en structure avec la tunique dont sont OWEN. — SLli l.A Cllîf.UI.ATION (UIKZ l.KS MOLLUSQUES, ."il? lapissées les parois membraneuses , mais plus résistantes , de cette dernière ravité , et ou peut la considérer comme un péri- toine ou comme l'analogue de la tunique interne d'une veine ou sinus veineux qui serait dilatée à la manière de la membrane péritonale proprement dite. Dans la figure représentant une Térébratule disséquée et vue (le profil, une portion de cette membrane recouvre encore en partie le grand orifice de l'oreillette (fig. 9, n). 11 est aussi à noter que les parois froncées de l'oreillette paraissent être très extensibles, et qu'en les observant au fnicroscope on y distingue deux couches musculaires , l'une extérieure très délicate et composée de fibres transverses, l'autre interne formée de fibres longitudinales en- core plus fines , et disposées de façon à rayonner du sommet de l'organe vers sa circonférence. D'après ce mode de structure , il est probable que , lorsque le fluide nourricier se trouve accu mule dans le grand sinus viscéral , une sorte de succion l'appelle dans les oreillettes, et que les contractions successives des fibres Iransverses de ces dernières cavités le poussent ensuite dans les ventricules. Le sang expulsé du cœur est envoyé en majeure par- lie dans les artères du manteau (1), et revient par le système de larges canaux veineux qui représentent les veines palléales ou sinus ovariens ; de là ce liquide passe dans la cavité encore plus grande et plus dilTuse qui constitue le sinus viscéral , et qui est analogue à ce que vous avez décrit chez les Lamellibranches, plus élevés on organisation , et chez les Mollusques gastéropodes. J'ajouterai ici que le canal alimentaire du Terebralula fla- rescens ressemble, par sa brièveté , sa simplicité et sa disposition générale, à celle des trois espèces décrites dans mon précédent MiMiioire [T. chilensis, T. psittaceaet T. SoicerbU). L'œsophage s'infléchit vers la valve perforée , vis-à-vis de laquelle la bouche s'ouvre en se dirigeant en bas et un peu en arrière. La base des deux bras réunis forme au-dessus de cet orifice une bordure transversale frangée, ainsi que je l'ai noté dans mes Leçons sur les animaux invertébrés (2) ; mais par la dissection . on voit que cette bande passe réellement sur la l'arc inférieure ou ventrale du (1) L'une de ces arlères a été figurée dans les planches de mon prérédenl Mémoire (voyez An». îles Se nat.. 2"série, I, II! pi I fig II, i) (-2) 0/- c,/ p 277 (IS43). ?)18 OWEN. — SUR LA CIKCULATION CHEZ LES MOLLUSQUES. pharynx, et y adhère intimement (1). L'œsophage, qui est très court, se porte de la bouciie en haut et en avant vers la valve dor- sale (ou valve imperforée) , et ensuite se dilate en un estomac qui se recourbe en bas et en arrière , et qui est plus large que celui de la Lingule. Les follicules hépatiques (9,7) ne sont en rela- tion qu'avec cette portion du tube digestif (2) , et le Pylore est un orifice bien défini et subvalvulaire. L'intestin court et presque droit se dirige en bas vers la valve perforée en inclinant un peu en arrière et du côté droit, puis s'ouvre dans l'espace palléal au points (fig. 9). Dans cette figure, on voit aussi, immédiatemenl au-devant de l'intestin , le muscle postérieur du côté droit (c), et plus en avant une portion de l'origine du muscle antérieur de la valve perforée {h), dont le tendon se montre en h' près de la charnière : enfin , la gaîne cornée du pédoncule se distingue en - Pholade et au Taret , il ne présente aucune différence essen- » tielle ; il est toujours forme de deux ganglions, un sur la bouche n représentant le cerveau , et un autre vers la partie opposée. Ces » deux ganglions sont réunis par deux longs cordons nerveux qui (1) Voyez surtout pi . viii, fig. 1, Pholns daciylus; — pi. ii, fig. 16, Mya pic- iorum; — pi. x, fig. 15, Solen sitiqua; — pi. xi, fig. 1, id. — pi. xiii, fig. 6, Sokn strigillatus ; — ■ pi. xx, fig. 5, Veiiim rhione : — pi. xxv, fig. 1, Arta noœ ; — pi. xxxii, fig. 1 8 , MijtHm hirundo ; — pi. xxxvi, fig. 1 , Pinnu. (2) Cuvier, Leçons d'nnatomie comparir , recueillies par M. Duniéril, t. II, p 309. An VIII (1799) E. BLAIVCn«RD. — SYSTÈME NERVEUX DES MOLMJSQliES. 32S » tiennent lieu de collier ordinaire, puisque le pied, lorscui'il » existe, et toujours l'estomac et le foie, passent dans l'inlur- » valle de ces cordons. Tous les nerfs naissent des ileii.r gamilionr- » dont nous parlons. " Ainsi Cuvier n'en connaissait, comme on le voit, qu'une portion. Quelques années plus tard , cependant , la connaissance du système nerveux des Acéphales testacés fut poussée beaucoup plus loin. En 1804, Mangili (1), qui l'avait étudié avec soin dans trois espèces habitant les eaux douces de l'Europe, les Mytiius anatinus et cytjneus , et la M ya piclorum (2) , s'attacha, dans un Mémoire spécial , à démontrer l'erreur dans laquelle était tombé Poli. 11 s'efforça également de faire voir combien est incomplète la description générale du système nerveux des Acéphales , dans les Ijiçons (l'anatomie comparée de Cuvier. Ce naturaliste italien fut le premier qui donna et la description et la figure très exactes de toutes les parties essentielles du système nerveux dans un Mollusque acéphale (3). Le premier , il fit connaître l'existence d'une troisième paire de centres nerveux , c'est-à-dire de ganglions abdominaux ou pédieux , et leur rapport avec les ganglions cérébroïdes. Le pre- mier , il constata la présence de filets nerveux , ayant leur ori- gine dans ces centres médullaires , et se rendant aux viscères. Il pense que ce sont plutôt ces centres nerveux qui représentent le cerveau. Si cette détermination était adoptée , les ganglions placés au-dessus de la bouche seraient alors l'analogue des gan- glions œsophagiens des Mollusques gastéropodes et de la plupart des animaux invertébrés (4). Mais comme ces masses médullaires (I) Nuove rkeirhe zoolomiche sopra nlcune specie di Conchiglie biralvi. Mi- lano, 1804. {i) Anodonta anutina et cyijnca Lamk., et Unio piclorum Lamk. (3) Mijtilus cijijnciis [AiiudDiilii cijijm-ii Lamk.). (4) Esiiminalo poi aUentiimenle soltu divers! punli, il suddetto ganglio cen- trale, ho veduto piii voile, che da ciascuno dei lobi derivano nidinlim, almeno ollo (ilamenti nervosi, altri de quali si diramano aile parti cslerne, ed altri aile interne, o.isia al tubo digestivo, aile ovaje, e ad allri visceri di questi vemii, erano stali d'allrnriile provi'dduli di soslanza neivosa E questo franf:lio renlrale lanlo per la 324 VOYAGE EN SICILE. sont placées au-dessus de l'œsophage, l'opinion de Mangili ne saurait être admise. Dans ce Mémoire , quoique déjà ancien , on trouve non seule- ment énoncées , mais encore fidèlement représentées , des parties qui avaient échappé jusqu'alors aux anatomistes ; néanmoins il paraît avoir été oublié pendant de longues années. Après sa publication, plus de vingt ans s'écoulèrent sans qu'aucune observation nouvelle vînt ajouter aux connaissances déjà acquises. En 1825, M. deBlainville, à^na son Manuel de Malacologie el de Conchiologie (1), décrivit le système nerveux de la Moule commune ; il vint apporter une confirmation au travail de Man- gili , en précisant dans un autre type la position des trois paires de centres médullaires et de leurs nerfs principaux. Cette nou- velle observation, rapprochée de celle du naturaliste italien, devait déjà conduire à penser que , dans les Acéphales testacés, il exis- tait , en général , trois paires de ganglions. Toutefois il paraît que -cette remarque échappa d'abord. Cinq ou six années plus tard , dans l'article Mollusque de VEn- cyclopédie méthodique (2) , M. Deshayes s'étendit assez longue- ment sur le système nerveux des Mollusques acéphales, testacés: cependant on voit avec surprise que le fait de l'existence des gan- glions abdominaux ou pédieux ne lui était pas parvenu. On cherche en vain parmi d'autres citations le nom de Mangili, dont le travail était encore à cette époque le plus important. On lit dans cet article Mollusque de l'Encyclopédie (3) : sua mole , quanto ancora per i moltissimi filamenti nervosi , che ne derivano , si potrebbe a giusta ragione chiamare il cervello di questi bivalvi , tanto più se rif- letla, che a motivo délia sede che occupa nel loro corpo, e il piu diffeso et il meno esposto aile ingiurie e pare eziandio il più immediatamente necessario alla loro esislenza. (Mangili, loc. cit., p. 21, 22.) (1) Ducrolay de Blainville , Manuel de malacologie et de conchiologie, 1824, p. 144 (2) Encyclopédie mélhodiqiie [Histoire des Vers, par MM. Bruguièreet Lamarck. continuée par M Deshayes, t. II, 1830, 2* partie, article Moliiisqite). (3) rage 526. E. BLAKCHARD. SYSTÈMIi NERVEUX DES MOLLUSQUES. 325 K Outre ces ganglions (les ganglions cérébroïdes et les gan- » glions postt5rieurs) , il existe encore , dans la plus grande partie » des Acéphales, une paire de ganglions latéraux placés dans l'é- « paisseur des lobes du manteau. » Et plus loin (1) : « Les animaux compris dans la famille des Conques n'ont pas » non plus de système nerveux considérable : cependant on y >• trouve de plus que dans les Conchyfères dimyaires à manteau , w dont les lobes sont complètement séparés , un petit ganglion » particulier placé dans l'épaisseur des lobes du manteau , ordi- » nairement au-dessus de leur commissure. Ce ganglion a été in- « diqué d'une manière positive par Poli dans sa belle anatomiedu B Solen. » Dans un article Conchifera du même auteur, inséré dans un ouvrage anglais (2) , où le système nerveux des Acéphales est décrit d'une manière beaucoup plus complète que dans l'Encyclo- pédie méthodique , le ganglion qui paraît avoir été représenté chez le Solen par Poli est accordé à, tous les Acéphales pourvus de siphons (3). Cependant l'existence de ganglions dans l'épaisseur des mus- cles qui bordent le manteau n'est pas le cas général pour tous les Mollusques. Chez les Solens, il y en a en effet entre ces muscles ; j'en ai constaté, non pas un seul de chaque côté , mais bien une douzaine. Au contraire , dans d'autres Acéphales à siphons , tels que les Mactres et probablement les Vénus, il n'existe pas de ces centres nerveux dans la bordure du manteau. Dans l'article de l'Encyclopédie méthodique déjà cité, une ex- Ci) PageSiS. (2) The Cyclopœdia of Anatomy and Physiology, byR.Todd, part. VII, July 1836. Conchijfera, by M. Deshayes, p. 784 et 705. (.■J) When the lobes of the mantle are conjoined posteriorly, and are continued from this part by means of siphons, among the nervous branches which follow the Ihirkened cdge of the mantle, one is distinguished of larger sizo than the others, winch terminâtes at the point of commissure in a small ganglion. This litlle gan- glion is not met with in the Dimyaria vvithout a siphon ; neither does it appear ia tho Monomyaria S26 VOYAGE EN SICILE. ception singulière se trouve signalée à l'égard du système ner- veux des Arches. Voici ce passage (l) : « On trouve chez eux en effet un système nerveux très considé- >' rable, qui présente, dans les Arches notamment, une disposition » que nous ne remarquons dans aucun autre genre. Les ganglions " antérieurs sont très petits et n'ont point entre eux de commu- » nication. » Je serais très surpris si une semblable exception se rencon- trait dans un JMollusque acéphale quelconque ; mais, à l'égard des Arches, je puis affirmer qu'elle n'existe pas. Dans cet animal, les deux ganglions cérébroïdes sont fort écartés et unis entre eux par une commissure très facile à mettre en évidence. On peut se convaincre que Cuvier ne connaissait pas l'organi- sation des Acéphales d'une manière beaucoup plus complète à l'é- poque de la publication de la seconde édition de son Règne ani- mal (2) qu'au temps de ses Leçons d'anatomie comparée. « Le cerveau est au-dessus de la bouche , et il y a un ou deux » autres ganglions , » dit-il en parlant de ces animaux , sans ajouter aucun autre détail sur leur système nerveux. Dans les traités d'anatomie comparée , publiés tant en France qu'à l'étranger, on ne trouve rien de particulier sur le sujet qui nous occupe. Carus (3) rappelle seulement les observations sur l'Anodonte de Mangili. M. Délie Chiaje (4) ne signale non plus aucune particularité digne de remarque. 11 se contente de donner quelques indications vagues sur les principaux centres nerveux des Pholades, Solens, Mactres, Vénus, Moules, Pinnes, etc. En 1833 , MM. Brandt et Ratzeburg (5) décrivirent et repré- (I] Loc. cit., p. 527. (2) Cuvier, Règne aniimil, 2* édition, I. III, p. 116. — Id., nouvelle édition, Mollusques, p. 170. (3) Carus, Lehrbuch von Verglekhenden Zootomie, t. I, p. 36 {I 834). — Id , Traité éléme'itaire d'anatomie comparée, traduit en français par M. Jourdan , t. II. p. 42 (1835). (4) Istituzioiie di Anatomia cmnparuta, seconda edizione, l. I, p. 80 (1836). (5) Medizinischc zoologie. Zweiter Band S. 340-341, tab. xxxvi, fig, 10, 11, à E. BLitNCIIARD. — SÏSTÈMK MiRVEUX DES MOLLUSQUES. 327 sentèrent le système nerveux dans l'Huître (Ostrea edulk) ; ils constatèrent parfaitement dans cet animal la présence des centres nerveux abdominaux, et celle de deux ganglions accessoires. Les filets nerveux qu'on remarque sur le trajet des connectifs, unis- sant les ganglions cérébroïdes avec les centres médullaires posté- rieurs , ne leur échappèrent pas davantage. 11 paraît que cet important travail ne fut pas connu des anato- misles qui , depuis, se sont occupés du système nerveux des Mol- lusques acéphales, car ils ne le citent nullement. Cependant , en 1841, M. Wagner a reproduit (1) la figure principale, donnée par MM. Brandt et Ratzeburg. M. Vanbeneden, en 1835, a décrit l'organisation d'un Acé- phale qui paraît aujourd'hui répandu dans une grande partie de l'Europe: c'est le /U?/(i7i(i';w/i/Hi0J7j/i us des anciens auteurs, dont il forme un genre particulier sous le nom de Dreissena (2). Il a fait connaître son système nerveux et décrit les principaux nerfs et les trois paires de centres médullaires. Il insiste sur ce fait, que la paire postérieure est représentée par un ganglion unique. Cela est certainement essentiel à constater pour la zoologie ; mais , au point de vue anatomique , la réunion plus ou moins complète de deux centres nerveux n'offre rien de bien important. Nous voyons ainsi , dans toutes les classes d'animaux inverté- brés, des ganglions, écartés dans certains genres , se rapprocher ou se confondre même complètement chez d'autres : aussi est-on quelque peu surpris de voir, dans un Mémoire sur le même sujet, publié deux ans plus tard (3), M. Vanbeneden accusé du tort fort grave d'avoir compté « cinq ganglions, tandis qu'il n'en existe «que quatre. Ces quatre ganglions, ajoute cependant M. Can- » traine, sont répartis en trois paires, dont deux soudées. » Et ( I ) Iconet sootomicœ. ("2) Mémoire sur le Dreissena , nouveau genre de la famille des Mytilacées , avec l'analomie et la description de deux espèces [Annales des Sciences naturelles, 2' série, l. III, p. 4 93. pi. 8, avril 1835). (3) Cantraine, Histoire naturelle et Ajiatomie du système nerveux du genre Myli- lina {Annales des Sciences naturelles, 2' série, l VII, p 302 et suivantes, pi 10, mai 1837) 328 VOYAGE EN SICILE. un peu plus loin, on lit encore : • Le ganglion pédieux ou moyen » semble formé de deux ganglions soudés ensemble. » Dans cette notice, le nom de Dreissena employé par M. Vanbeneden se trouve changé en celui de Mytiiiria. Le travail sur le système nerveux des Mollusques le plus com- plet qui ait paru jusqu'à présent date de 1837. Il appartient à un zoologiste anglais, M. Garner (1). Ce savant décrit et repré- sente le système nerveux dans les genres Pholade, Mye, Mactre, Peigne, Huître et Modiole (2). Dès lors, on ne peut plus douter de la disposition générale qu'affecte cet appareil dans la classe des Mollusques acéphales testacés , car il est connu en grande partie chez des espèces ap- partenant à des genres éloignés. Des particularités importantes ont échappé à M. Garner, no- tamment dans la Mactre, la Myie, la Pholade, l'Huître; mais les parties principales sont bien reconnues ; on regrette seulement que l'auteur ait donné en général des figures isolées de ces divers systèmes nerveux. Souvent ainsi il devient difficile de se faire une idée nette de la position des ganglions et du point où chacun des nerfs vient aboutir. Les figures où l'on représente le système nerveux Bur l'animal font comprendre ses rapports avec les autres parties de l'organisme plus facilement que la description seule, quelque bien faite qu'elle soit. Le même zoologiste , dans un Mémoire sur l'organisation des Acéphales , a représenté encore le système nerveux chez la f^ene- rupis pulhistra (3). Dans un article sur le système nerveux en général , M. Ander- sen a reproduit les figures de M. Garner sur le Peigne et l'Huître. Cet anatomiste, qui paraît attacher une grande importance à (1) Transactions of the Linnean Socielij ofLondon, volume XVII, 1837, p. 485, pi. 24. — On the nervous System of Moltuscous animais, by Robert Garner. (2) Fig. 2, Ostrea edulis; — fig 3, Mactra slullorum; — fig. 4, Modiola vul- garis, — fig. 5, Pecten maximus; — Dg. 6, Pholai dactjjlus; — fig. 7, Mjja (runcala. (3) Garner, On the Annivnvj af ihe Lnnu'llihmnchinlr Concliifera [Transactions of tlK znutogical Socictii "I Londun. \o] ll,p HO, pi 19, fig 5) E. BLAKCnARD. — SYSTÈME ^ERVEUX DES MOLLUSQUES. 329 l'observation de cet appareil chez les Acéphales, le décrit d'après les recherches publiées par son compatriote (1). En 1840, M. Grube (^), dans un Mémoire sur les organes ocu- liformes situés au bord du manteau de certains Mollusques, a bien décrit le système nerveux des Peignes, et il a très nettement fait connaître les nerfs du manteau et les ramifications qui pénè- trent dans les pédoncules oculaires. Dans le même recueil et sur le même sujet , un Mémoire de M. Krohn (3), limité seulement à l'observation des organes ocu- liformes, ajoute encore quelque chose à nos connaissances sur la partie du système nerveux appartenant à ces organes. En 1842, M. Duvernoy, dans un Mémoire anatomique et zoo- logique sur l'animal de l'Onguline (4), a décrit le système ner- veux de cet Acéphale; il l'a trouvé, dit-il, très développé pour un aussi petit animal. 11 a signalé la forme et les rapports des trois paires de centres nerveux principales, et, de plus, il a indiqué un petit renflement ganglionnaire à la base du nerf branchial. Ce ganglion serait blanc, tandis que les autres ont une coloration jaunâtre. Cette circonstance me fait supposer que c'est plutôt un simple élargissement du nerf analogue à ce que j'ai observé dans les Arches et dans quelques autres. Il faut encore citer, comme se rattachant à nos connaissances sur le système nerveux des Acéphales, l'observation d'un corps considéré comme l'organe de l'audition par M. Siebold ; organe qui se trouve , chez ces Mollusques , en connexion directe avec les ganglions abdominaux (5). ( I ) « The arraDgement of the nervous System in Conchifera is of the highest physiological interest... » Johu and Andersen , Nervaux System, in Robert Todd , Cyclopœdia ofAnatomy and Physiology, t. III, p. 604 (1844). (2) Ueber Augen bei Muscheln von D' Grube, in Archiv fur Anatomie, Physio- logwund Wissenchafllkhe medicin von D' J. Muller, 1 840, S. 24, taf. 3, fig. 1-3. (.() Ueber Augeiuihnliche orgayie bei Pecten xind Si>ondijlus von D' Krohn, in Arch. fur Anat. und Physiol., von D' i. Muller, 1 840, S 381 , taf iix, fig. 16. (4) Mémoire sur l'animal de iOnguline couleur de laque (^Ungulina rubra Daud ) et sur les rapports de ce Mollusque acéplmle {Ann. des Se. nat., 2" série, t. XVU, p. 110, pi. 4, 1842) {■i) Siebold . Ueber nn ftdlsrlhnftes Orgnii riniijrr Hiralrm ( Muller's Arcliir., 330 VOYAGE EN SICILE. D'après l'ensemble des travaux des anatomistes et des zoolo- gistes que je viens de citer, il est bien constaté que tous les Mol- lusques acéphales ont un système nerveux binaire, généralement symétrique, ayant deux ganglions antérieurs liés par une commis- sure passant au-devant de ia bouche. Ce sont ces deux centres nerveux auxquels on a appliqué la dénomination de cerveau, et que plusieurs anatomistes nomment, peut-être avec plus de raison, ganglions labiaux ou buccaux j ou mieux encore ganglions céré- broïdes. C'est à cette dernière dénomination que je m'arrêterai ; c'est celle employée par M. Milne Edwards dans ses cours au Muséum d'Histoire naturelle et à la Faculté des sciences. Elle a l'avantage tout à la fois de rappeler une apparence d'analogie , sans donner i. ces ganglions l'importance que le nom de cerveau semble de- voir leur accorder. 11 est bien reconnu que ces centres médullaires fournissent des nerfs aux palpes labiaux et à la partie antérieure du manteau ; qu'ils sont, d'une part, en communication, au moyen de deux cordons , avec les ganglions placés au-dessus des viscères et à la base du pied, chez tous les Acéphales qui en sont pourvus, et, d'autre part, avec les centres nerveux postérieurs, au moyen de deux longs connectifs , ces connectifs s'étendant de chaque côté du canal intestinal et traversant le foie. On sait que les deux ganglions cérébroïdes sont souvent écar- tés l'un de l'autre, ce qui n'est pas toutefois aussi constant qu'on pourrait le croire , d'après un passage de la nouvelle édition des Leçons d'analomie comparée de Cuvier (1); car, chez les Mactres et les Vénus, ils sont fort rapprochés. Il est établi que les masses médullaires abdominales donnent 4 838, p. 49), — Ejusd. Sur l' organe auditif des Mollmques [Archiv fur Natur- geschichte, 1841, p. 148; et Ann. des Se. »ia«., 2" série, 1843, t. XIX, p. 193, pi. 2,— 1843) (1 ) « Nous voyons donc que dans les Acéphales testacés il y a , comme dans les Gastéropodes et les Ptéropodes, un collier nerveux, simple à sa partie supé- rieure ou dorsale, et le plus souvent double à sa partie inférieure ou ventrale; que les ganglions cérébraux sont toujours écartés l'un de l'aulre . » T III . p. 320(1845). E. BLANCHARD. — SYSTÈME NERVEUX DES MOLLUSQUES. 331 particulièrement des nerfs aux muscles du pied, et quelques autres aux viscères; ceux-ci toujours très petits et difficiles à distinguer. Enfin il est démontré encore que les centres nerveux postérieurs sont ordinairement plus considérables que les autres par leur vo- lume, et plus ou moins rapprochés entre eux, ou même réunis, suivant les genres et les espèces. On sait également que ces masses médullaires fournissent deux nerfs puissants se rendant aux branchies, et d'autres plus ou moins ramifiés, aux muscles du manteau. On a proposé de nommer ces centres nerveux ganglions bran- chiaux; dénomination qui peut être adoptée. Tels sont les faits généraux bien connus aujourd'hui sur le sys- tème nerveux des Mollusques acéphales testacés. 11 y a quelques mois, au moment où déjà je me proposais de faire connaître les résultats de mes recherches, un travail sur le sujet dont je m'occupais fut présenté à l'Académie des sciences. M. Diivernoy, de son côté (ce que j'ignorais complètement (1)), avait étudié dans divers genres le système nerveux des Mollus- ques acéphales lamellibranches. Ses observations, dont le résumé est imprimé dans les Comptes-rendus de l'Académie des Scien- ces (2), confirment en tous points ce qui avait été vu par ses de- vanciers, et surtout par M. Garner. A l'égard du système nerveux des Peignes , les observations de MM. Grubeet Rrohn sont également confirmées par M. Duvernoy. Quant à la disposition asymétrique du système nerveux signalée d'abord par M. Garner dans le genre Anomya, c'est une parti- cularité qui n'a pas échappé non plus à cet anatomiste. De plus, (i) Mon travail fut mentionné par M. Milne Edwards, dans son rapport au ministre de l'instruction publique, inséré au Moniteur, le 17 novembre 1844. C est le 25 du même mois que la communication de M. Duvernoy fut faite à lAcadémie des Sciences. Avant qu'aucun extrait de son Mémoire fût imprimé, j'adressai à M. le secrétaire perpétuel un paquet cacheté , dont l'Académie a bien voulu accepter le dépôt. Ce paquet renfermait déjà l'énumération des résultats auxquels m'ont conduit mes recherches. (2) Com]>lci-rendu!i hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, l. XIX, n" 22 (novembre IS44). p. 1132, .■! t .\X (février 1845). 332 VOYAGE EN SICILE. il a signalé la présence de nerfs se rendant au rectum et au cœur, et l'existence d'un segment de nerf analogue au cordon nerveux circulaire des Peignes k la partie antérieure du manteau , chez le Lilhodome caudigere. Enfin il a reconnu que le système nerveux des bivalves montre des dilférences dans sa composition, qui sont en rapport avec la présence de certains organes, ou avec leur degré de développement, leur forme et leur composition, ainsi qu'avec la forme générale du corps. Après les divers travaux que j'ai énumérés, ne restait-il désor- mais qu'à constater de petites modifications dans le rapproche- ment ou dans l'écartement des centres médullaires, qu'à indiquer de légères différences dans les ramifications des nerfs , selon les genres et les espèces ? Les recherches que j'ai faites sur les Mollusques des côtes de Sicile , et que j'ai poursuivies sur des animaux qui me furent en- voyés vivants des côtes de la Manche , et sur ceux qu'on se pro- cure facilement à Paris, m'ont prouvé le contraire. On a dit : « Chez les Acéphales lamellibranches , lorsque le » système nerveux a son plus haut degré de composition, il existe » trois paires de ganglions. » Cependant, chez plusieurs d'entre eux, j'en ai constaté six, huit et dix paires. Il en est un même dans lequel (5o/en) j'en ai reconnu bien davantage. Le système nerveux est plus compliqué chez les Mollusques acéphales munis de siphons fixés à la coquille par des muscles ré- tracteurs, que chez ceux qui en sont privés. Mes observations à cet égard viennent pleinement à l'appui de l'opinion émise par M. Owen; opinion formée sur les seuls faits déjà publiés, à sa- voir, que le système nerveux des Acéphales devient régulièrement plus considérable , selon le développement des divers organes , et particulièrement du système musculaire (1). (1) The number of the ganglia follow closely the progressive developnient of the muscular System... — Owen, Mollusca [Cycl. of Anat. and Phys., by R, Todd, p. 364.— 1841). The nervous System advances in a regularly proportional degree with the complexily of the gênerai organisation and espccially in the muscular System : the ganglion upon Ihe poslcrior adduclor, wliich is most ronspicuous in the Oyster E. BLANCHARD. — SYSTÈME AERVEUX DES MOLLUSQL'ES. 333 Cela est si vrai, que, dans les Peignes, où l'on observe de chaque côté du manteau, à sa partie antérieure, une très petite plaque musculaire, on trouve sur ce point un petit ganglion qu'on parvient à mettre en évidence sans trop de difficulté. (PI. 12, fig 3, c.) Ce sont donc , parmi les Mollusques qui composent la classe des Acéphales, ceux dont le manteau est fermé et prolongé en forme de siphons, qu'on trouve l'organisation la plus complète, le système nerveux le plus développé. Les Monomyaires , dont le manteau est largement ouvert , dont les ganglions cérébroïdes , aussi bien que les ganglions abdominaux , perdent de leur volume ordinaire; ces Mollusques, enfin, chez lesquels il n'existe qu'un pied rudimentaire, ou qui même en sont dépourvus , ont évidem- ment une organisation inférieure à celle des autres Acéphales. Ces derniers , pourvus d'un pied musculeux , peuvent se déplacer, tandis que les Monomyaires demeurent constamment fixés à leurs rochers. Chez les Acéphales pourvus de tubes , les nerfs principaux , ayant leur origine dans les centres médullaires postérieurs, offrent sur leur trajet plusieurs petits ganglions parmi les muscles rétracteurs des siphons. Chaque paire de ces centres nerveux est liée par une commissure , passant au-dessus de l'ouverture inté- rieure de l'un et l'autre siphon. (PI. 12, fig. 1, d; 2, d,d,d.) Les Mactres, les Vénus et Cythérées, les Solens proprement dits, m'ont présenté constamment cette complication dans leur système nerveux ; complication coïncidant avec la présence de tubes, et surtout avec l'existence de plaques musculaires, servant à les fixer à la coquille. En effet, lorsque les tubes existent et qu'ils sont privés de points d'attache , comme dans le genre Solécurte , les ganglions acces- soires des Mactres, Vénus et Solens proprement dits peuvent venir à manquer. Ainsi , les Solécurtes , pendant longtemps confondus avec les Solens, s'en éloignent manifestement par leur organisation ; c'est is tlie largest and most con&tanl in ail other bivalves. — Owen, Lectures on Ihe romparutive unatomy andphysiohgij of Ihc inrerlebrnie animah. p o84 18i3. 334 VOYAGE EN SICILE. donc avec beaucoup de raison qu'on en a formé un genre parti- culier. Le manteau et les siphons de ces Mollusques sont parcourus par des nerfs puissants ; mais sur leur trajet on ne trouve point de ganglions. Toutefois certains Mollusques acéphales, ayant des tubes qui n'olTrent pas de muscles rétracteurs fixés à la coquille, présentent encore des ganglions accessoires ; telles sont les Pholades et les Myies. Chez ces Mollusques , les centres nerveux postérieurs ou branchiaux émettent en arrière un seul nerf assez gros ; ce nerf, se dirigeant de chaque côté par rapport au muscle adducteur , offre sur son trajet une série de petits ganglions, d'où naissent les filets nerveux , qui s'étendent dans toute la longueur des tubes en donnant un plus ou moins grand nombre de ramifications. Il n'existe point de commissures entre ces ganglions, comme chez les Acéphales, dont les tubes sont fixés à, la coquille par des plaques musculaires. Les Pholades et les Myies ne présentent entre elles aucune dif- férence essentielle dans la disposition de leur système nerveux. Il est probable que les Lutraires , les Panopées , etc. , sont confor- mées sur un plan très analogue ; mais je ne puis encore rien af- firmer à l'égard de ces types , sur lesquels n'ont pas jusqu'à pré- sent porté mes observations. Dans la plupart des Acéphales , le manteau est terminé briève- ment en avant de l'orifice buccal. Les ganglions cérébroïdes four- nissent quelques nerfs peu considérables, et plus ou moins rami- fiés vers la partie antérieure du manteau. Chez les Solens , il existe une conformation assez différente ; le manteau est très pro- longé en avant de la bouche , et au milieu il offre une large plaque musculaire fixée à la coquille dans toute sa longueur. Avec cette disposition coïncide une modification assez grande dans le développement du système nerveux. Des nerfs partant des ganglions cérébroïdes remontent sur la plaque musculaire , tandis que d'autres viennent se diviser dans la couche épaisse des muscles formant une bordure autour du manteau. Ce qu'il y a de plus remarquable , et ce que j'ai observé seule- E. BLANCUABD. — SYSTÈME NERVEUX DES MOLLUSQUES. 335 ment encore dans les Solens , ce sont sur ces muscles de petits ganglions , au nombre de douze ou treize de chaque côté, commu- niquant les uns avec les autres par des filets très déliées. (PI. 12, Ces ganglions sont extrêmement petits; mais, néanmoins, on les distingue parfaitement sur les individus frais. Dans les Unio, j'ai suivi les ramifications les plus déliées des nerfs du manteau. Sur divers points , on y distingue aussi des ganglions ; mais leur ténuité est extrême, comparativement même à ceux des Solens. II est à présumer que les Acéphales dont les muscles du man- teau sont épais et très serrés, comme chez les Solens, présente- ront également des ganglions dans cette partie, où l'on n'en trouve point dans les Acéphales dont les muscles du manteau sont assei lâches. Bien que le Solen-gaîne {Solen vagina) , très abondant dans certaines parties de la Méditerranée , ait été plusieurs fois décrit et représenté, on n'avait signalé que des portions de son système nerveux , si remarquable et si différent de celui de tant d'autres animaux de cette classe de Mollusques. En général , les Acéphales dépourvus de siphons offrent seule- ment les trois paires de ganglions , déjà bien constatées dans un certain nombre de genres ; il en est ainsi dans les genres Pinna, Mytiius, etc. Plusieurs cependant offrent sur le trajet des connectifs unis- sant les centres nerveux cérébroïdes avec les centres branchiaux , un petit ganglion fournissant des nerfs aux parties latérales ; c'est ce que j'ai observé chez les Arches, aussi bien que chez les So- lens (PI. 12, fig. 1, e) , et on le trouve en général dans les espèces dont le pied occupe toute la largeur de la masse viscérale. On voit donc que le système des Acéphales présente souvent une complication plus grande et des différences d'un type à l'autre plus importantes qu'on ne l'avait supposé jusqu'à présent : '■'est là tm fait acquis à l'analomie comparée. Chez les Mollusques monomyaires , dont le manteau est large et très ouvert , les Poignes par exemple , on distingue facilement 336 VOYAGE EN SICILE. un nerf partant des ganglions cérébroïdes et des ganglions bran- chiaux , et suivant le bord extérieur du manteau. D'autres nerfs, ayant leur origine dans les centres médullaires postérieurs, vien- nent aboutir à ce cordon circulaire , pour ensuite se prolonger dans les pédoncules oculaires ou dans les tentacules bordant le manteau. Est-ce là une disposition très particulière propre à ces animaux? certainement non. Ce nerf circulaire est seulement plus développé ici que dans la plupart des Acéphales, et ce qu'il offre de plus particulier , ce sont, sur divers points, ses anasto- moses avec d'autres nerfs. Dans beaucoup d'autres Mollusques de cette classe, les Mactres, les Vénus, etc., on suit également ce cordon nerveux tout autour du manteau. Je dois encore appeler l'attention sur un type vulgaire, le plus vulgaire peut-être parmi les Mollusques acéphales. L'Huître (Ostrea edulis) , on le sait , est dépourvue de pied. 11 en résulte une modification dans son système nerveux , mais toutefois moins considérable qu'on ne l'a supposée. Il y a quelques années , M. Garner avança que les ganglions pédieux ou abdominaux manquaient chez cet animal. Tout récemment , M. Duvernoy a été conduit par ses propres recherches à nier également l'existence de ces centres nerveux ; toutefois l'exception signalée par ces anatomistes n'existe pas. Un simple coup d'oeil jeté sur les figures données par MM. Brandt et Ratzeburg (1) peut déjà convaincre que le système nerveux de l'Huître est moins incomplet que ne l'a pensé M. Garner. J'ai constaté parfaitement dans ce Mollusque la présence de deux ganglions un peu espacés entre eux et très rapprochés des masses médullaires cérébroïdes, de manière que les quatre centres nerveux sont placés presque sur une même ligne, et réunis par des commissures. Les nerfs se rendant aux viscères proviennent en général, comme chez les autres Acéphales , des centres médians : seule- ment, ces centres nerveux, de même que les ganglions cérébroïdes, sont plus petits qu'à l'ordinaire , et aussi plus difficiles à mettre en évidence par la dissection. (\) Medizinische zooloy\c . Band ii. tab xxvi. fig lOet 11. E. BLAIvrnJtRD. — SYSTÈME NERVEUX DES MOLU'SQLES. 337 Le système nerveux de l'Huître ne ni"a pas offert de particula- rités plus importantes sous ce rapport. • Récemment encore , un anatomiste a avancé que les nerfs éta- blissant la communication entre les masses médullaires antérieures et les postérieures ne présentaient jamais de ramifications sur leur trajet. Les Solens, les Arches, etc., où l'on remarque un ganglion sur le trajet de ces conncctifs, prouvent le contraire; mais il y a plus: chez les Huîtres, des filets partent de ces nerfs sur divers points, sans même qu'il y ait apparence de ganglions; c'est, au reste , ce que montre clairement l'une des figures de MM. Brandi et Ratzeburg (1). A l'égard des nerfs qui se rendent aux viscères, j'ai peu de chose à en dire. Tandis que , dans les Gastéropodes , on suit , sans trop de dif- ficulté , sous la tunique externe du canal intestinal , les filets ner- veux , dont l'origine est dans les ganglions œsophagiens , on n'en retrouve point de trace chez les Acéphales (2). J'ai vu dans diverses espèces des filets nerveux extrêmement déliés , ayant leur origine dans les trois paires principales des centres nerveux , et qui paraissent aboutir sur différents points des viscères; mais je n'ai jamais réussi à les suivre au-delà. On paraît avoir, eu général , porté peu d'attention aux nerfs qui se rendent directement aux muscles adducteurs. Chez les Acé- phales dimyaires , ils sont assez petits. Hs ont , au contraire , un développement plus considérable dans les Monomyaires. Chez les Peignes, par exemple , j'ai reconnu la présence de nerfs très puis- sants prenant naissance dans les centres nerveux branchiaux , et qui pénètrent entre les fibres du muscle adducteur, où ils se di- visent en branches nombreuses. On a parlé déjà de la couleur particulière qu'affectent les centres médullaires chez certains Mollusques. Jusqu'ici on l'a décrite dans (1) Loc. cit.. lab. XXXVI, fig. I \. (2) Tliere is no visible sympathetic System , though said lo exiâl by some. — Gamer, On the Anatomy of Ihe Lameltibranchiale Conchifera ( Transactions nf the zoological Society of London, vol. Il, p. 90. — 1841). 3' série. Zool. T III (Juin 4 845.) 22 338 v()ya(;e en sicii.e. les Acéphales comme jaunâtre ou blanchâtre; il y a cependant plus de variations. Dans les Unios et Anodontes, ils sont, en elTet, d'un jaune tirant un peu sur l'orangé. Dans les Mactres, les Solens, les Solécurtes . ils ont une légère nuance jaunâtre, mais leur tissu est presque transparent. On reconnaît néanmoins une coloration particulière, qui tranche légèrement avec la couleur blanche opaque des filets nerveux. Les ganglions accessoires participent de la coloration des centres nerveux principaux, ce qui aide l'observateur à con- stater leur existence. Dans les Vénus, la Cylherea chione, par exemple, les ganglions ont une nuance d'un rosé rougeàtre , qui est à peu près la même chez les Arches et les Pinnes. Dans les Mollusques monomyaires , tels que les Peignes et les Huîtres , les nerfs ont presque l'opacité qu'on retrouve chez les autres Mollusques ; mais pour les ganglions, il n'en est pas ainsi. La transparence de leur tissu et la faible consistance même de l'ensemble de ces centres nerveux ne permettent qu'avec peine de distinguer nettement leur contour. 11 est très difficile de les déta- cher sans les rompre. Parlerai-je maintenant de l'utilité que ces recherches anato- miques peuvent avoir pour la classification? Elle me semble n'être pas douteuse. Ces recherches m'ont conduit à reconnaître quels sont les Acéphales que leur organisation indique comme supérieurs aux autres. Les grandes différences que j'ai constatées entre le genre Solen proprement dit et le genre Solécurte, qui pendant long- temps ne fut pas séparé des vrais Solens, montrent suflisamment que ce genre en est éloigné et doit appartenir à une autre famille. Au contraire, entre les Mactres et les Vénus, particulièrement les Cythérées , dont on forme deux familles distinctes dans la plu- part des classifications malacologiques, on ne trouve aucune dif- férence importante dans l'organisation des animaux. Leur sys- tème nerveux est presque complètement semblable. E. BLAM'H.tRD. — SYSTÈME .NERVliUX DES MOLLUSQUES. 339 Les l'iiolades el les Myies , que les classificateurs placent dans deux familles distinctes, d'après les caractères de leurs coquilles, m'ont présenté les plus grands rapports dans toute leur organisa- tion et même dans l'aspect général des animaux. Les faibles dif- férences qu'on observe dans la forme du pied et de la masse ab- dominale, et dans le rapprochement des ganglions abdominaux, par rapport aux ganglions cérébroïdes, beaucoup plus grand chez les Pholades que chez les Myies, ne paraîtraient probable- ment pas assez importantes pour éloigner beaucoup ces animaux. Enfin tout tend à prouver que les caractères fournis par les charnières des coquilles sont bien loin d'être en rapport constant avec l'organisation des animaux ; ce qui montrera assez si désor- mais l'on doit attacher une grande valeur à ce genre de carac- tères. Au reste, si, en étudiant avec attention quinze à vingt Mol- lusques acéphales appartenant à divers genres , je suis arrivé à quelques résultats qui paraissent entièrement nouveaux, il est presque certain que l'étude d'un plus grand nombre m'aurait conduit encore à d'autres faits , surtout à des faits applicables à la classification de ces animaux. C'est ce qui m'engagera à ne pas négliger de porter mes in vestigations sur d'autres Acéphales toutes les fois que j'en aurai l'occasion. Malheureusement, il est difficile de se procurer de ce? Mollusques autant qu'on le voudrait, car il est nécessaire de les étudier quand ils sont vivants. Sur les animaux ayant séjourné dans l'alcool , on ne peut espérer autre chose que de constater les parties les plus faciles à mettre en évidence, lorsque leur volume est un peu considérable. D'ailleurs, on n'ose souvent représenter des êtres dont tous les organes, plus ou moins déformés et contractés, pourraient donner une idée fausse de leur aspect pendant la vie. Si je suis parvenu à la découverte de quelques faits qui avaient échappé à d'autres , je le dois peut-être uniquement à cette con- dition favorable d'avoir pu étudier des animaux vivants. 3/iô VOYACÊ KN SICIIÉ. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 1% Système nerveux des MOLLUSQUES ACÉPHALES. Fig. 1 . SoLENvAGiNA, Un. — dont le manteau a été ouvert dans toute sa longueur a, les deux ganglions cérébroïdes. 6, les ganglions abdominaux, réunis en une seule masse. c, les ganglions postérieurs ou branchiaux, réunis en une seule masse. d, les trois paires de ganglions placées sur les muscles rétracteurs des siphons. e, ganglion sur le trajet des connectifs qui unissent les ganglions cérébroïdes avec les ganglions branchiaux. f,f,l,f, petits ganglions situés dans l'épaisseur des muscles du manteau g, les branchies et leur filet nerveux. h, l'anus. ),f, les ouvertures internes des siphons. Fig. 2. MiCTRA HELVACEA, Chemn. — La partie postérieure seule, dont le man- teau a été ouvert. c, les ganglions postérieurs ou branchiaux. d,d,d, les ganglions des muscles rétracteurs des siphons. g, les branchies et leur filet nerveux. h, l'anus. »,i, les ouvertures internes des siphons. Fig. 3. Pecten maiimcs. Lin. — La portion antérieure. a,a, les deux ganglions cérébroïdes. 6, les deux ganglions abdominaux, réunis en une seule masse. c, ganglion situé sur une petite plaque musculaire , à la partie antérieure du manteau d,d, palpes labiaux. e, orifice buccal. MILKE EDWARDS. — SUR LA CIRCULATION. S/ll OBSERVATIONS Sl!R LA CIRCLILATION ; FAR m MILNE EDWARDS- Suite (I). TROISIÈME ARTICLE. De t'djjjjureil cin-uliUoire du Poulpe. Ayant exposé dans un Mémoire précédent les caractères géné- raux de l'appareil circulatoire des Mollusques, je demanderai la permission d'appeler aujourd'hui l'attention de l'Académie sur quelques détails anatomiques, dont la connaissance me semble nécessaire pour arriver à des idées nettes sur le mode de distribu- tion des fluides nourriciers chez ces animaux. Je me propose de traiter successivement les principaux types, dont l'étude forme le sujet de ma première communication; et, dans cette note, je m'occuperai de la constitution de l'appareil de la circulation dans le Poulpe commun. L'anatomie de ce Mollusque a été étudiée par plusieurs natu- ralistes; mais c'est presque entièrement aux recherches de Cu- vier (2) et de M. Délie Chiaje (3) que nous devons les connais- sances, déjà très étendues , que l'on possède sur son système vas- culaire. Les branchies , comme on le sait , donnent naissance chacune à un gros vaisseau efférent, que l'on désigne d'ordinaire sous le nom de veine branchiale, mais que je préfère appeler le tronc branchio-cardiaque. Ce canal (PI. 13, /) longe le bord libre ou interne de l'organe respiratoire, et reçoit, pendant ce trajet, deux séries de vaisseaux provenant des dix paires d'arcs branchiaux correspondants. Puis il plonge dans l'abdomen et va gagner le (1) Voyez page 237. (2) Mém four sernir ii l'histoire de l'anatomie d^s MoUusqim (3) Inatituzioiu di nnatomin p fisioloqin rowpnratîrn ^ parte prima. — AtiiWTlt sriizn ivrti'hre del irrpio di Snjmli. I I 3A2 VOYAGE K> SICILE. cœur, après avoir présenté un renflement considérable (m), qui me paraît devoir être comparé aux oreillettes des Mollusques gasté- ropodes et acéphales. En effet, cette portion élargie des vaisseaux afférents au cœur doit nécessairement servir comme réservoir pour alimenter la pompe ventriculaire , et ses parois, quoique minces, me paraissent renfermer des fibres musculaires. 11 en résulte que les deux renllements vasculaires situés entre les branchies et le ventricule aortique offrent tous les caractères d'oreillettes d'une structure imparfaite , et semblent devoir être considérés comme les représentants de ces organes. Sous ce rapport, la structure du Poulpe ne serait donc pas inférieure à celle des Mollusques or- tlinaires. Le ventricule artériel (PI. 13, p) communique avec les deux réservoirs auriculaires par des orifices garnis de valvules, dont la disposition a été très bien indiquée par Cuvier , et rappelle celle lies valvules sigmoïdes du cœur de l'homme: seulement, il n'en existe ici que deux pour chaque ouverture auriculo-ventriculaire, et le bord libre de ces replis membraneux est dirigé vers l'inté- rieur du ventricule , de façon à s'appliquer contre son congénère vendant le mouvement de systole , et à empêcher plus ou moins complètement le retour du sang vers les branchies. Le ventricule lui-même ne présente à l'extérieur rien de remarquable ; mais sa cavité est incomplètement divisée en deux loges par un grand repli membraneux qui naît de sa paroi dorsale et antérieure. Chacune de ces loges correspond à l'un des troncs branchio-cardiaques, et donne naissance à une portion du système artériel ; l'aorte ascen- dante ou céphalique (PI. 13, q) a son origine vers la partie supé- rieure de la loge droite (l'animal étant supposé couché sur la face ventrale du corps), tandis que l'aorte abdominale (14) et l'artère ovarienne (18) ont leur origine dans la loge gauche. La commu- nication est assez facile entre ces deux moitiés du canir pendant la diastole; mais lorsque cet organe se contracte fortement, il ne doit plus en être de même, et alors le sang qui vient de la branchie droite doit pénétrer presque en totalité dans l'aorte céphalique , tandis que le sang arrivant de la branchie gauche doit être poussé eu majeure ]iartic dans li^s vaisseaux propres à la portion posté- MltlVe EDWARUN. — SUR LA CIRCULATION. 3i;5 rieiire et ventrale de la masse viscérale. Il est aussi à noter que le cœur du Poulpe n'oIVre rien de symétrique, et ressemble beaucoup à un cœur de Mollusque acéphale qui serait reployé obliquement sur lui-même , de façon que l'aorte postérieure de l'acéphale se dirigeât en avant, comme l'aorte céplialique, et que l'angle rentrant résultant de cette courbure correspondît à la cloison in- complète dont il a été question ci-dessus. Au premier abord, le système artériel de ce Céphalopode semble différer beaucoup de celui des Mollusques gastéropodes et acé- phales; mais si l'on admet que, chez ces divers animaux, les grands troncs vasculaires sont tantôt étendus en ligne droite, en arrière comme en avant du ventricule , tandis que, d'autres t'ois, ils sont plus ou moins complètement recourbés l'un vers l'autre, ou même confondus à leur base, on se rend assez facilement compte de la plupart de ces modifications, et on reconnaît partout le même plan fondamental. L'extrémité céphalique du cœur, comme nous l'avons déjà dit, donne naissance à une grosse artère, que les anatomistes désignent d'ordinaire*sous le nom d'aorte. Ce vaisseau (PI. 13, r/) passe au- dessus de l'oreillette droite, contourne la masse viscérale, et pénètre dans le sac péritonéal, au niveau de la partie supérieure du gésier; puis, devenu libre dans la cavité viscérale (PI. 15), il remonte vers la tête en longeant, du côté droit, la panse et l'œ- sophage jusque dans le voisinage du bulbe pharyngien , où il se bifurque. La première branche qui naît de ce grand tronc artériel s'en sépare h peu de distance du cœur, et se divise presque aussitôt en deux branches secondaires (PI. 13, i, 2), dont l'une se recourbe au-dessus de l'autre et gagne le manteau, du côté droit, tandis que l'autre suit, dans l'épaisseur du péritoine, le sillon correspondant au bord dorsal et inférieur du gésier, pour aller gagner le côté gauche du manteau (PI. 14). En arrivant sur la partie latérale de l'abdomen , ces artères palléales donnent un rameau qui se porte en avant dans l'épaisseur de la cloison charnue placée entre la masse viscérale et la cavité branchiale, et qui , après avoir fourni des ramuscules au pilier postérieur et aux parties voisines, va se ter- miner à la hase de l'entonnoir. Immédiatement après avoir donné 311 VOYAGE E.N SICILE. naissance à cette branche ascendante , l'artère palléale traverse la base du muscle palléal postérieur, ou pilier charnu, étendue entre l'abdomen et la voûte de la cavité respiratoire, près de l'insertion des branchies; elle passe ainsi de l'abdomen sur la face interne du manteau, sur laquelle on la voit remonter vers la base du pi- lier antérieur, et se ramifier dans le tissu charnu du grand sac palléal. En pénétrant dans la cavité péritonéale, l'aorte antérieure donne naissance à une seconde branche assez considérable (PI. 13, 3), qui se bifurque presque aussitôt pour constituer l'artère hépatique et l'artère gasti-ique; la première (4) plonge directement dans la substance du foie et s'y ramifie; la seconde envoie des rameaux ascendants qui alimentent le tiers inférieur du jabot , puis se di- vise en deux rameaux principaux , qui embrassent le pylore , et qui se répandent sur le gésier et sur l'estomac spiral. Vers le tiers supérieur du jabot, l'aorte ascendante fournit trois petites artères œsophagiennes (3), qui se distribuent à la portion voisine du tube digestif. Les artères salivaires postérieures naissent dans la portion cé- phalique de la cavité viscérale, et suivent une marche rétrograde pour se rendre aux glandes salivaires de la seconde paire (/») ; colle de droite («) naît directement de l'aorte, mais celle du côté gauche (7) est confondue à sa base avec Y artère pharyngienne cor- respondante. Les deux artères que je désigne sous cette dernière dénomina- tion ne se séparent pas de l'aorte au même niveau : celle de gau- che (g) naît un ])eu plus en avant que sa congénère; mais, du reste , leur mode de distribution est à peu près le même ; elles fournissent d'abord une branche récurrente assez grosse (9), qui, après avoii' donné naissance aux artères /îa/yjc'ftrrt/e.'; (10) ei auricu- laires (,i), \ ont se ramifier dans les parties latérales et inférieures de l'entonnoir. Les artères pharyngiennes côtoient ensuite l'œso- phage jusqu'au bulbe pharyngien (/■), et se terminent dans cette masse charnue et dans les glandes salivaires antérieures (ry). Ainsi, quoique ces dernières glandes soient très éloignées des glandes PftlivaiiTs posléiieiires , elles reçoi\cnt leur sang par le inèiiie iniLXE EDMABUS. — SLK I.A CIIICL LATIO-\. 345 Irunc artériel ou par des vaisseaux qui naissent de l'aorte , très près l'un de l'autre. Après avoir fourni les artères pharyn- giennes, le tronc aortieiue donne naissance à une paire d'artères très grêles et très longues (,.2), qui se dirigent en arrière et vont se distribuer à la partie supérieure de l'entonnoir. Enfin ce tronc se bifurque dans le voisinage du bulbe pharyngien, et chacune de ses branches se divise bientôt en deux troncs qui, à leur tour, ne tardent pas à se bifurquer encore , de façon à donner naissance aux huit artères tentaculaires (,7,) destinées aux bras dont la tète du Poulpe est couronnée. Le tronc aortitjue postérieur (,,) naît du bord antérieur et infé- ] ieur du ventricule artériel , entre les deux orifices auriculo-ven- triculaires ; presque aussitôt il fournit : 1° L'artère péricarclique (ig), qui est très grêle et se dirige en arrière et en dessous du cœur pour se distribuer aux membranes péricardiques et à leurs dépendances. 2° Les artères propres des branchies (,5,15), qui se portent à droite et à gauche, le long du bord supérieur du tronc branchio- cardiaque , et vont gagner la base des branchies. Celle du côté droit fournit l'artère cardiaque, qui se recourbe en arrière et se ramifie dans les parois du ventricule aortique. Parvenus sur les parties latérales de la masse viscérale, ces vaisseaux donnent nais- sance aux artères génitales externes, qui se distribuent à l'ovi- ducte (n') ou aux parties correspondantes de l'appareil mâle. Vers le même point , on voit naître une branche artérielle destinée à la portion de la membrane péricardique qui forme les grands sacs aquifères latéraux; un peu plus loin, ces artères propres de la branchie fournissent un rameau au cœur pulmonaire (s) ; enfin elles pénètrent dans la bande charnue à laquelle la branchie est suspendue , fournissent des ramuscules à cette bande, et donnent un rameau à chacun des arceaux branchiaux qui s'en séparent pour soutenir les feuillets respiratoires. 3° L'artère duodénale (,,;), qui s'avance sous la poche périto- néale pour gagner le voisinage du pylore , fournit une branche ,iux parois de la cavité viscérale, et se ramifie sur l'intestin, dont 346 VOYAGE EN SICILE. elle suit le bord supérieur jusqu'à l'extrémité de la grande anse formée par ce tube. 4° L'artère anale („), qui passe entre les deux veines caves, se dirige en avant, gagne la cloison médiane de la chambre respira- toire , et s'y distribue , ainsi qu'au rectum. Enfin le cœur aortique fournit encore, par son bord postérieur, un troisième tronc, Vartère génitale profonde (,9), qui se dirige en arrière et pénètre, soit dans l'ovaire, soit dans le testicule, suivant les sexes. Le sang, porté dans toutes les parties de l'économie par les artères dont nous venons d'indiquer la disposition , revient vers les branchies par un système veineux composé en partie de vais- seaux à parois propres, en partie de lacunes ou d'espaces circon- scrits seulement par les organes voisins. Les veines superficielles des bras suivent les bords de ces appen- dices, entre les bases desquels ils se réunissent par paires, de façon à constituer huit gros vaisseaux qui , après s'être dirigés directement en arrière, s'anastomosent, à leur tour, deux à deux, et les troncs ainsi constitués se recourbent en bas, et concourent à former une sorte de cercle veineux autour de la partie antérieure de la tête (PI. 14, g, '). L'extrémité antérieure de l'une et l'autre moitié de cette couronne vasculaire reçoit les veines cutanées du front et du côté ventral ; l'extrémité opposée se joint à son congé- nère pour donner naissance à la grande veine céphalique (PI. 14, g) qui occupe la ligne médiane du corps, et se dirige vers la partie postérieure de la masse viscérale , en suivant la paroi inférieure de l'abdomen; pendant ce trajet, elle reçoit les veines de l'enton- noir (PI. \h, s) et quelques petites branches tégumentaires ; vers le niveau du bord inférieur du foie (PI. 14, v), la veine hépatique vient aussi s'y jeter. Enfin, presque aussitôt après, les deux troncs veineux viscéraux s'y réunissent également, et du confluent de ces trois gros vaisseaux naissent les deux veines caves (1), par l'in- termédiaire desquelles la plus grande partie du sang est conduit aux cœurs pulmonaires. (I) Voyez PI, 13 Pi 14. i IHILKE EDWARDS. — SUR I.A ClIiCULATION. 347 l^es deux troncs viscéraux ou veines abdominales dont il vient d'être question (l) ressemblent beaucoup aux veines caves par leur disposition et par les poches membraneuses et glandulaires dont leurs parois sont garnies; elles se dirigent en dehors et en avant , de façon à embrasser la niasse viscérale, et elles reçoivent de chaque côté du cœur une grosse veine , que l'on peut appeler veine génitale , car elle rapporte le sang de l'ovaire ou du testicule, suivant les sexes (PI. \lx, r). Jusque là, ces troncs veineux n'of- frent rien de particulier; mais, dans le voisinage du gésier, ils présentent une disposition des plus remarquables : au lieu de naître de la réunion d'autres veines plus petites , ils se continuent sans interruption avec un immense réservoir veineux (2) qui occupe toute la face dorsale de l'abdomen , et ils semblent même n'être que la continuation de cette poche membraneuse. C'est à M. Délie Chiaje (3) qu'appartient le mérite d'avoir signalé, pour la première fois, cette disposition curieuse , dont la connaissance est de la plus haute importance pour l'intelligence du mécanisme de la circulation chez ces animaux. A cet égard, mes observations ne font que confirmer le fait annoncé par le savant investigateur de la Faune maritime de Naples ; mais je ne puis adopter son opinion relativement à la nature de ce réservoir. M. Délie Chiaje, qui, du reste, n'en parle que très brièvement, le considère comme un simple sinus veineux, tandis que je ne puis y voir autre chose que la cavité viscérale elle-même. Pour montrer que la cavité abdominale concourt ainsi bien réellement à la formation du cercle circulatoire parcouru par le sang, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails d'anatomie descriptive, que je m'efforcerai d'abréger autant que possible. Le corps du Poulpe , comme on le sait , est renfermé dans une sorte de sac formé par un grand repli de la peau, et garni de fibres musculaires : ce repli , que l'on désigne sous le nom de manteau, naît du bord postérieur de la tète, auquel il adhère, mais est libre dans presque tout le reste de son étendue , et l'espace compris (I) PI K!, 2-.24. PI 14 f (■i)pt \\. ii ,-. ':i) Ofi cit. 3/18 VOYAGE EN SICILE. entre la face interne de cette tunique et la masse viscérale consti- tue la chambre respiratoire, où se logent les branchies (1). L'ab- domen est comme suspendu dans cette grande cavité palléale, et ses parois sont recouvertes par une membrane mince, qui n'est autre chose que la continuation de la peau ou enveloppe générale de l'animal. Dans quelques points, cette tunique est revêtue d'un pannicule charnu , et offre assez d'épaisseur ; mais vers sa partie inférieure et latérale, elle devient fine et transparente, de façon à ressembler beaucoup à une membrane séreuse et à devenir facile à confondre avec le péritoine. La portion du corps ainsi circon- scrite (2) est occupée en majeure partie par une grande cavité péritonéale, dans laquelle flottent librement divers viscères ; mais, dans quelques points , les parois de l'abdomen adhèrent aux or- ganes placés au-dessous, et ceux-ci sont alors situés en dehors du sac formé par le péritoine. Le foie , dont le volume est très con- sidérable, est dans ce cas; il en est encore de même pour l'ap- pareil de la génération, pour le sac péricardique, et pour un sys- tème de poches aquifères qui communique avec la chambre res- piratoire par deux orifices situés près de la base des branchies, et qui logent dans leur intérieur les appendices glandulaires des grandes veines caves. L'intestin adhère également aux parois ab- dominales, de façon qu'en réalité il n'y a de cavité viscérale libre qu'à la partie dorsale de cette portion du corps ; mais la chambre, ainsi circonscrite , est en tout comparable à la cavité abdominale des autres Mollusques, si ce n'est que la membrane péritonéale dont elle est revêtue est mieux constituée. Elle s'étend depuis la bouche jusque dans le voisinage du fond de la bourse palléale, et se compose de trois portions principales qui toutes communiquent librement entre elles , mais qui sont séparées par des brides ou par des étranglements. La portion la plus reculée de cette cavité viscérale ou abdominale (3) est de forme arrondie et surmonte l'ovaire ou le testicule; elle loge le grand estomac spiral , et elle est séparée de la portion suivante par une cloison incomplète qui (1) Voyez l'allas du /îcr/iu' niiimnl. Mollusques, pi. \' (2) Voyez PI. 18, (3) PI. U. r: PI i:. niLNE EDWARDS. — SUR LA ClliCLLATIO.\. ."i^i) dépend du péritoine , et qui, allant se fixer au bord postérieur du gésier, remplit les fonctions d'un mésentère. La seconde portion de la cavité viscérale (l) est beaucoup plus vaste et s'étend de- puis le niveau du ca^ur aortique jusqu'à la nuque ; elle est ren- flée à ses deux extrémités , et lorsqu'on l'ouvre longitudinale- ment (PI. 15), on voit flotter dans son intérieur le gésier, le jabot, les deux glandes salivaires postérieures, la presque totalité de l'aorte ascendante et une portion de l'œsophage. Enfin, la portion antérieure ou céphalique de la cavité viscérale (2) se continue avec la précédente sous la forme d'un canal étroit qui renferme l'œsophage, et qui s'élargit antérieurement pour loger les glandes salivaires antérieures , le bulbe pharyngien et la base des mâ- choires. Dans cette dernière portion , la tunique péritonéale dis- paraît plus ou moins complètement, et la cavité n'est limitée que par le cartilage céphalique, la peau des lèvres, les muscles et les autres organes circonvoisins ; les nerfs des bras la traversent , et elle se continue, en dessus, avec la cavité cérébrale, qui n'en est même qu'une dépendance. C'est vers les deux tiers postérieurs de la portion moyenne de cette grande cavité viscérale que partent les deux canaux veineux dont il a été question ci-dessus comme se rendant à l'origine des veines caves. Dès leur naissance, ils sont d'un calibre très consi- dérable, et ils communiquent chacun avec le sac péritonéal par une ouverture assez large pour laisser passer un gros stylet (3). Ces ouvertures se voient de chaque côté du gésier; celle de gauche se montre dès qu'on ouvre la cavité abdominale , mais celle du côté opposé se trouve un peu au-dessous du gésier, et elle est cachée aussi par un des replis mésentériques. L'espèce de grande lacune qui entoure les principaux viscères se continue donc sans inter- ruption avec les troncs veineux , et , comme on vient de le voir, cette lacune n'est pas un sinus veineux ordinaire , mais la cavité abdominale tapissée d'un péritoine , comme chez les animaux supérieurs. (1) PI. li, ,1; PI. I.-J. (2) PI 13 (3) PI. 16. 350 VOVAGli EN SlClI.li. Le sang qui sort de ce vaste réservoir abdominal pour se rendre aux branchies par l'intermédiaire des conduits abdominaux et des veines caves y arrive de la bouche , des parties profondes des bras , des yeux et de la moitié antérieure de l'appareil digestif. Les veines labiales serpentent dans le repli tégumentaire qui entoure la bouche , et vont déboucher directement dans la partie voisine de la cavité viscérale. Vers le même point , on y voit aboutir également des veines à parois bien distinctes qui appar- tiennent au bulbe charnu de la bouche , et plus en dehors on re- marque les orifices d'une série de canaux qui sont des lacunes plutôt que des tubes , et qui se prolongent au centre des bras ; ces conduits livrent passage aux nerfs , et paraissent remplir aussi les fonctions de veines profondes pour tout le système musculaire des appendices céphaliques. Plus loin , en arrière, on distingue également une petite veine cérébrale , venant se dégorger dans la cavité générale , et sur les côtés on voit celle-ci en communi- cation avec un système de lacunes qui occupe la plus grande partie du fond de l'orbite , et qui reçoit les veines choroïdiennes et quelques autres vaisseaux ophthalmiques. La disposition de ces parties est très remarquable ; mais je ne m'y arrêterai pas davan- tage en ce moment, car je me propose d'en donner une descrip- tion détaillée en traitant du système circulatoire du Calmar. Quant aux veines de l'œsophage , de l'estomac et des glandes sa- livaires, je ne les ai pas encore suivies d'une manière satisfaisante ; mais elles m'ont paru offrir ici une disposition analogue à celle de la bouche, et se terminer toutes dans la grande cavité viscérale. Quant aux veines du manteau , elles se réunissent en deux troncs principaux, qui vont déboucher directement dans les cœurs veineux , près de la terminaison des veines caves. Les figures que j'en donne (PI. 13, ,9) me dispenseront d'en décrire ici le trajet; mais je dois noter que , tout le long de la base des branchies , ces vaisseaux constituent une sorte de plexus veineux très développé , dans lequel j'ai cru reconnaître une disposition analogue à celle d'un système portai. En résumé, on voit donc que le sang veineux venant des mus- clos des bras , des lèvr(>P, des yeux, et d'une portion considérable MIL1VE EDWARDS. — SIR I.A CinCi;LATIO\. '6^il tlu système viscéral, est versé dans la grande lacune périgastrique ou cavité viscérale ; là, ce liquide baigne directement le bulbe pha- ryngien, l'œsophage, les glandes salivaires, les trois estomacs, le collet ganglionnaire , les principaux nerfs et l'artère aorte ascen- dante ; puis cette même cavité envoie directement le sang dans les deux troncs abdominaux, conduits auxquels viennent aboutir aussi les veines des organes génitaux. Le sang de toutes les parties su- perficielles de la tête, de l'entonnoir et du foie arrive, au con- traire , par les veines ordinaires , dans la grande veine cépha- lique, laquelle, après s'être anastomosée avec les deux canaux abdominaux , se bifurque pour constituer les deux veines caves. Ces dernières versent leur contenu dans les cœurs veineux cor- respondants, où les veines du manteau vont également aboutir. Enfin , ces cœurs donnent naissance aux artères branchiales, dont les rameaux , disposés comme ceux des vaisseaux eflerents dont il a déjà été question , se distribuent sur toute l'étendue de la surface respiratoire , et y forment un réseau capillaire très beau. Les injections que M. Valenciennes et moi avons faites ont montré que, chez l'Argonaute, la disposition du système circula- toire est tout-à-fait la même que chez le Poulpe; mais, chez le Calmar, j'ai remarqué des différences assez considérables, que je ferai connaître dans un prochain article. KXIM.ICATIOX DES FIGIJKES PLANCHE 13. Cette planche représente principalement le système artériel du Poulpe commun. L'animal a été ouvert du côté ventral ; le foie a été enlevé, et les intestins re- jetés sur le côté. On voit en ; a, a la base des bras, garnis de leurs ventouses (o')., — 6,6, la tête. — c, l'un des yeux. — d,d, le manteau ouvert et étendu. — e, l'entonnoir, dont la por- tion basilaire a été enlevée d'un côté. — f, le bulbe pharyngien, portant le bec corné en avant , et fixe en arrière aux parois de la cavité viscérale par deux ligaments supérieurs. — g, les glandes salivaires antérieures. — h, les glandes .salivaires postérieures , avec leurs ligaments suspenseurs (h') et leur conduit excréteur f/i") — i, l'œsophage. — j. le jabot — ';. le gésier — /, l'estomac 352 VOYAGE E.\ SICILE. spiral ou accessoire.— m l'extrémité pylorique de l'intestin, de chaque côté de laquelle on voit les tronçons des canaux hépatiques. — m', les circonvolu- tions de l'intestin. — m", l'anus rejeté de. côté. — n, l'ovaire à la période d'inactivité — n',n', les oviductes. — 0,0, les branchies. — p, le ventricule aortique ou cœur du milieu fCuv.) — q, l'aorte ascendante ou céphalique. — ', son origine. — '^, les artères palléales. — ">, artère gastrique. — ■•, ar- tère hépatique. — ^, artères œsophagiennes. — ^, artère salivaire. — '',*, ar- tères pharyngiennes. — 9, artères principales de l'entonnoir. — '", artères palpébrales. — ", artères auriculaires. — '^, artères dorsales de l'entonnoir. — '^, artères tentaculaires. — '*, artère aorte postérieure. — '3, '3, artères nourricières des branchies. — "î, artère duodénale. — '", artère anale. — •s, artère péricardique. — 'S, artère génitale profonde. ■ — r,r, veines caves coupées près de leur origine, et rejetées de côté, — r'. appendices glanduleux de ces veines. — s,s, cœurs veineux ou pulmonaires. — s', artère branchiale. — 20^ veines du manteau.—'^', tronc veineux du support branchial. — '^'^, ré- seau veineux occupant l'intérieur de ce support. — '^', origine des conduits qui se rendent de la cavité abdominale à l'origine des veines caves. — (, vais- seau branchio. cardiaque ou veine branchiale. — u,u, oreillettes du cœur aor- tique. — V, parois tégumentaires de l'abdomen. PLANCHE 1/|. Cette planche , destinée principalement à montrer le système veineux du Poulpe injecté en bleu , montre l'animal ouvert latéralement du côté droit (et non le côté gauche , comme on pourrait le croire , le lithographe ayant oublié de re- tourner son dessin en le transportant sur la pierre) ; le manteau est ouvert et en partie enlevé, la branchie droite renversée, et l'entonnoir creusé sur la ligne médiane. a, a, le manteau. — 6,6, la tête. — c, l'œil. — d, portion moyenne de la cavité viscérale. — e, portion postérieure de la même cavité. — f, l'un des canaux veineux qui se rendent de la cavité abdominale à l'origine des vemes caves. — g, la grande veine céphalique. — g' , couronne veineuse de la tête , résultant de lanaslomose des veines tentaculaires. — h. l'une des veines caves naissant du point de rencontre des canaux veineux de l'abdomen et de la grande veine céphalique. — i,i, cœurs veineux auxquels vont aboutir les veines caves. — ;, veine palléale se rendant également au cœur pulmonaire correspondant — k, artère pulmonaire naissant du cœur pulmonaire , et portant le sang vei- neux à l'organe respiratoire. — /, la branchie. — m, vaisseau branchio-car- diaqueou veine pulmonaire. — «, cœur aortique — 0, artère aorte céphalique allant plonger dans la cavité viscérale, poury remonter jusqu'à la base des len- Ijcules — /i, l'inloslin. — r. l'ovaire — s. l'entonnoir. — r, le foie. MIL!«E EDWARDS. — SIR I.A r.lIiCi:i,\TION. S5,'i PLANCHE 15. r.elto figure représente un Poulpe qui, après avoir été injecté en bleu pour le système veineux, et en rouge pour le système artériel, par les vaisseaux affé- rents et efférents à l'une des branchies, a été ouvert sur la ligne médiane du dos, pour montrer l'intérieur de la cavité viscérale qui fait fonction de système veineux. a, l'œiiophage. — b,b, les glandes salivaires postérieures — r. le jabot — d, le gésier. — e, l'estomac spiral. — f, portion de l'artère aorte ascendante, flottant dans la cavité viscérale. — g, paroi dorsale de la portion moyenne de la cavité viscérale renversée en dehors. — li, paroi de la portion postérieure de la même cavité, également ouverte. — i, embouchure du conduit veineux du côté gauche , qui se rend de la cavité abdominale aux veines caves. — j, bride mésentérique supérieure , qui sert à suspendre le gésier, et qui cache l'autre orifice efférent de ce réservoir veineux. — /, portion des poches aquiféres renfermant l'un des canaux veineux de l'abdomen, et ses appendices glandu- leux. — /',/', portion des mêmes poches, renfermant les veines caves. — m,m, le» deux cœurs pulmonaires — n, branchie. — o, intestin. — p, ovaire. — q, le foie — r,r,r,r, piliers musculaires s'étendant delà face dorsale de l'abdomen à la voûte de la chambre branchiale. — s,s, base de la tête. — t,t,t,t. le manteau ouvert et replié latéralement. PLANCHE IG. Portion inférieure du corps du Poulpe vu latéralement et ouvert, pour montrer la communication duecte entre la cavité viscérale et le canal veineux du côté droit ; ce canal a été ouvert, ainsi que la portion voisine de la cavité viscérale, et un stylet a été introduit dans l'orifice par lequel le sang veineux, après avoir baigné les viscères, sort de la poche péritonéale pour se rendre dans les veines caves. a,a.a, le manteau. — b. portion post-céphalique de la cavité viscérale, dont les parois sont intactes. — r.c.c. portion moyenne de la même cavité, dont les parois ont été fendues et rejetèes en dehors. . — d, portion inférieure du jabot. — e, le gésier. — f, bride mésentérique supérieure. — g, bride mésentérique postérieure. — h, canaux hépatiques. — », intestin — ;, portion postérieure de la cavité viscérale renfermant l'estomac spiral. — /;, canal veineux efférent il la cavité abdominale. — • /, l'une des veines génitales profondes , allant dé- boucher dans ce canal veineux. — m grande veine céphalique allant se réunir aux deux canaux veineux de l'abdomen, pour constituer ensuite les deux veines raves • — n, l'une de ces veines caves. — o, l'un des cœurs veineux. — p, portion d'une des oreillettes. — q, ventricule aortique — r, origine de l'aorte ascendante. — s, portion moyenne du même vaisseau — (, le foie. — • «, l'o- vaire — r, lintestin. — t, l'un des piliers charnus du manteau (Lfi suite à un prochnùt rfthier.) V <éne Znr.i, T III (.luin I Si;;.j -, ':i 354 BERIMARD-DFSCHAMPS. — Sdll LES lîl.VTRES RECHERCHES MICROSCOPIQUES SUR l'organisation des élytres des coléoptères ; Par M BERNARD SESCHAMFS (d'Auxerre). Dans ces derniers temps , trois anatomistes distingués , Landohr, Léon Duf'onr et Straus Durcklieini, se sont livrés à des travanx importants sur l'organisation des Coléoplères : le dernier, dans son savant onvrage in- titulé : Coiisi(Icrali le plus gi'iiiiil nombre tle ces Insectes, déroherit presque entièrement à la vue la face supérieure de leur corps, qu'ils abritent el préservent, en sont aussi les parties les plus curieuses , puis(iui' c est sur cette espèce de rui- rnsse que la nature a répandu avec prolusiiin ces couleurs éilalanles si riches el si variées qu'on ne p^'ul se lasser d'admirer. Ces premières ailes présenlenl plusieurs parties ■ la base fixée au mélalliorax, à l'aide de di- verses petites pièces ; le soinmel qui est opposé à la base; un bord an(é rieur ou exierne; un bord postérieur ou interne nommé suture, enfin deux faces, l'une supérieure et l'autre inférieure. Les élylres sont très courts dans lesStapliylins et les Mcloés; plus courts que l'abdomen dans les Nécrophores, et plus longs dans les lîrcntes : ils sont convexes dans presque tous les Coléoptères; dans les Téléphores. ils sont linéaires, c'est- à-dire étroits cl d'égale largeur. On dit qu'ils sont amincis, lorsqu'ils vont en dimiiiuatil de largeur de la base au sommet , comme dans les Leplures cl quelques Nécidaies ; dilates , lorsqu'ils forment une expansion plus ou moins grande, comme dans les Lycus. Leur face supérieure est unie dans la plupart des Buprestes; alors on l'appelle lisse; on dit qu'elle est poin- (illée, lorsqu'elle est parsemée de petits points enfoncés, bien distincts, conmie dans beaucoup d'espèces de Chrysomèles ; chagrinée , lorsque ces points sont élevés ;quelques Cliarançonsj; li menteuse , lorsqu'elle est couverte d'un duvet cotonneux (divers Lagriesel Hanneton.*) ; pnileuse . lorsqu'elle est couverte de poils; velue , lorsque ces poils sont serrés et doux au toucher; hispide , lorsqu'ils sont roides et épais; hérissée , lors- qu'ils sont serrés, longs et roides ''un grand nombre de Coléoptères de (eus genres) ; fasciculée , lorsque les poils sont réunis en houppes ou faisceaux (quelques Buprestes) ; muriquée , quand elle est couverte de poils longs , élevés et presque épineux (divers Charançons) : épineuse, lorsque ces poils sont de véritables épines très aiguës (quelques Hispides et divers Charan- çons) : glabre, lorsqu'elle ne présente ni poils, ni épines, ni écailles (plu sieurs Coléoptères de tous genres) ; écailleuse , lorsqu'elle est couverte de petites lames très minces , imbriquées (on grand nombre de Charançons, quelques Cétoines el Hannetons, et divers Longicornes) ; raboteuse, lor.s- qu'on y aperçoit des élévations inégales, distantes (plusieurs espèces de Longicornes); verruqueuse, lorsqu'elles sont plus grandes et comme ci- catrisées, ayant la forme de verrues (la plupart des Brachycères) ; striée, lorsqu'on y voit des lignes longitudinales, régulières, enfoncées (une grande partie des Coléoptères). On dit que les élytres ont des stries poin- lillées , lorsque chaque strie laisse voir des points enfoncés (quelques Cha- rançons) ; qu'ils ont des points en strie, lorsque les stries sont formées par une série de points enfonrés (quelques Dytiques); qu'ils sont sillonnés, lorsqu'on y voit des enfoncements larges et profonds (quelques Carabes et plusieurs espèces de Taupiii.s) ; rugueux, lorsqu'ils ont des lignes élevées, irrégulières, se divisant dans tous les sens (plusieurs Boucliers) ; réticulés, loisque les lignes élevées forment, par leur irrégularité, une espèce de ré seau , comme dans les Lj eus ; crénelés , lorsque ces lignes laissent voir îles ondulations ou des élévations régulières . à la suile les unes des aiilrrs 356 BER:«ARi>-DESCUl%iHPS. SIR LES ÉLYTRES (quelques Charançons). On dl aussi que les élylres sont rebordés, lors- que leurs côlés sont élevés, comme dans les Boucliers et les Cassides; que leurs bords sont en scie, lorsque ces côlés présentent les dents d'une scie, ainsi qu'on le voit dans la plupart des 'Buprestes ; enfin qu'ils sont sinués , lorsqu'ils ont des écliancrures bien marquées , conune dans une espèce de Bouclier (Sylpha sinuala) . Qiianl aux extrémités des élylres, on dit qu'elles sont obtuses, lorsqu'elles se terminent en pointe mousse, de même que dans la plupart des Longicornes; tronquées, lorsqu'elles paraissent cou- pées postérieurement, ce qui a lieu dans li'S Slapbylins; aiguës, lors- qu'elles sont terminées en pointe, ainsi qu'on le voit dans quelques Brèmes; mucronées, quand elles sont tronquées ou échancrées, et munies au milieu d'un aiguillon, comme celles de plusieurs espèces de Buprestes; et bidenlées, lorsqu'elles sont terminées par deux dénis aiguës, ce qui est assez rare. Dins différentes espèces de Coli'oplères , les élylres sont intimement soudés par leurs bords postérieurs ; dans ce cas , ils sont en- tièrement privés d'ailes, dont ils n'ont que les rudiments. Nous allons actuellensent parler de I examen m'cioscopiqiie de la face supérieure des Élylres des Coléoptères, dont nous venons de faire con- naître la structure , ainsi que toutes les différences qu'elle présente (1). (1) De toutes les couleurs dont brillent les élylres des Coléoptères, nous n'en avons reconnu jusqu'à présent aucune qui soit l'effet d'une irisation semblable à celle produite par la lamelle inférieure des petites écailles qui ornent les ailes des Lépidoptères , dont nous avons fait connaître l'organisation dans nos Recherches microscopiques insérées dans les Annales îles Sciences naturelles , page 111 du tome m de la deuxième série. Nous croyons devoir faire ici cette remarque pour éviter une nouvelle critique de l'un de nos plus habiles micrographes, qui a traité d'illusion la découverte que nous avons faite des couleurs aussi brillantes que va- riées de ces écailles, observées, soit par réflexion, soit par transparence, comme si nous avions avancé qu'elles leur sont propres, et cela, parce qu'après le mol roitlenrs, nous n'avons pas ajouté celui irisées. Nous y aurions sûrement pensé si nous avions cru que personne put avoir le moindre doute il ce sujet ; et nous pou- vons assurer que, de tous les savants naturalistes auxquels nous avons eu l'occa- sion de communiquer ces observations, il n'en est aucun qui ne les ait trouvées aussi intéressantes que curieuses; tous ont admiré le brillant effet des couleurs variées de ces écailles, qu ils ont reconnu, comme nous, être dues à une vive iri- sation à laquelle notre critique parait n'attacher aucune importance. Nous pen- sons que le seul cas où l'on aurait le droit de taxer d illusion nos observations sur ces couleurs , est celui où les effets que nous avons signalés ne seraient pas pro- duits. Cette réflexion doit s'appliquer également aux trachées utriculaires des plu- mules de la Piéride de la rave (le petit Papillon du chou ), qu'on voit disparaître instantanément et reparaître ensuite plus tard, m que nous avons reconnu as.sez souvent pour être Iniijoiir? aflirmatifii cet égard. DES COLÉOl'TÈIiES. 357 Les couleurs richrs et variées qu'elle réJIéchit sont visib'esà rœil nu ; ce soiil elles (|iii lixeni plus |)arti('uliéremenl l'allentioii du iialuralisle et de l'ainalcurà la vue d'une rolleclioii de Coléoplères ; mais le plaisir qu'elle leiu- piO(^ure ne peut se comparer à celui qu'éprouve le niicrograplie , (jui , à l'aide de son instrument , découvre des beautés dont ils ne peu- vent se f.iire une idée au simple aspect de cette collection. Ces vives cou- leurs , dont l'éclat n'est surpassé par aucune de celles qu'offrent les plus brillantes productions de la nature, sont dues souvent aux petites écailles qui recouvrent les élylres de plusieurs espèces de Cliaranrons faisant parlie des fleures (I) Enliiiui.i, Kaupavliis^ Eiistalen, MetalUIrs, Polydrusiis, l'iiliipns, l'repodes et autres. Ces écailles, de même que celles de teintes sombres et ternes qui se trouvent sur les élylres d'un grand nombre d'espèces de Charançons et de plusieurs aulres comprises dans les genres Mi'lnloiilha, Ccloiiia, etc., n'ont pas toutes la même forme ; ce sont géné- ralement de pelites poches membraneuses remplies d'air , le plus souvent rondes ou ovales, plus ou moins reiidées, plus ou moins aplaties, que termine un pédicule par lequel chacune d'elles est implantée sur un bulbe lixé dans le derme de l'élytre. C'est surtout dans le genre Enlimus que se trouvent les < harançons , doni les vives couleurs sont dues aux écailles de leurs élylres: nous citerons le Charançon impérial {Enlimut iiniii'rifilis) comme le plus riche en ce genre. Ses élytres ont environ 2 cen- limètres de long : ils sont anguleux à leur base, et lerminés en pointe ar- rondie ; ils ont des stries linéaires , (levées , noires et luisantes , entre les- quelles sont autant de points enfoncés , assez gros , très brillants , dont le milieu laisse voir dans chacun un pelil point noir. Les points enfoncés doivent leurs couleurs à de peliles écailles allongées, formées de lames minces, et dont la plus grande partie est d'un veit doré éclalant : parmi ces écailles, il s'en trouve d'aulres, en petit nombre, qui réfléchissent toutes les vives couleurs des pieires précieuses orientales de l'espèce mi- ni' raie appelé Coryndon. Il résulte de la disposition de ces écailles, du poli le pins vif, que les élylres du Charançon impérial offrent, à la simple vue, les rellcis éclatants du diamant. En les observant par transparence, on recoiMiailra que leurs lames réfractent de la manière la plus brillante la couleur rose , ainsi (jue toutes les nuances, et que leurs stries sont moins di-tincics qu'à la luuuère réiléchie. Les écailles implantées sur les élytres de différentes espèces de Charançons, comprises dans les genres Polydru sus. Melaltilcs, et dans quelques aulres, produisent le même effet que celles du Charançon impérial. Les élytres du Charançon noble (Enlimus niiliilis) , plus petit que l'Impérial, auquel il ressemble beaucoup; du fastueux (Entiimis fasiiiosus) : du somptueux {Enlimus suniptuosus) ; du Charançon royal [Prepndes regulis), insecte admirable, très rare dans les collections; et de beaucoup d'autres que nous n'avons pas eu l'occasion d'observer, brillent aussi de couleurs très vives , également dues aux pe- ( I ) Nous avons suivi , pour la cla.ssilication des Coléoplères et leur nomencla- ture, le CalHlogiie 'le M |p roiiili' hi'jpan g(''néralenienl ;irl')plé 358 BERXARD-MEStlIAMPS. SLR LKS lîl.YTllES tiles écailles qui rerciivrcnt les t'iylres, et quelquefois inèinc la plus glande paiiie du rorp» de ees magnifiques Insectes. Les couleurs variées si oïlalanles que réfléchissent les élytres privés d'écailles se font remarquer sur un certain nombre d'espèces faisant par- lie des genres Carabus , Slenochia , Pyrodcs , Hehips , Colaupis , Eumolptis , Crypiorephalus , (hnjsnniela, etc., etc., et sur d'aulres comprises dans les ifenres formant la subdivision des grands genres Hisler, litiprestis. Attira. Cerambix, elc., e{c.: tous ces élylres présentent à l'observaleur un champ viisie et curieux. Le micrognipliepeut facilement reconnaître, à la simple vue delà face supérieure des elytres brillants des Coléoptères, ceux dont l'examen doit lui offrir le plus d'intérêt ; il n'en est pas de même des élytres à observer par transparence , dont il lui serait impossible de distinguer l'organisa- tion sans le secours du microscope. Nous avons dit précédemment que les téguments des élylres des Co- léoptères sont compo.sés de trois couches : un vernis C(dornnt, un épi- derme et un derme; l'examen microscopique de ces élytres observés par réfraction nous a fiil découvrir une quatrième couche, véritable réseau dont la slruclure est admirable. Ce réseau, d'une grande tiansparence et presque toujours incolore, nous a paru composé de trois lamelles distinctes; celle extérieure ressemble à une gaze dont la broderie légère, disposée régulièrement, a l'aspect d'un tulle brodé : les points de celle broderie, qu'on ne peut bien distinguer qu'à un fort grossissement, va- rient assez scuivent de forme. Cette gaze n'existe pas dans les élytres d'un grand nombre de Curculionites , ni dans ceux de plusieurs autres espèces de Coléoptères; souvent, et cela particulièrement dans les petits, le moindre frottement suffit pour l'enlever en paitie; on n'en sera nulle- ment supris . lorsqu'un saura que le pointillé qu'elle présente fait saillie sur sa lamelle ; celte saillie n'est pas la même dans Ions les points, dont l.i hauteur moyenne peut être évaluée, dans le Criocère du lis {Lema iiici-digera) . à 1200 de millimètre Dans le même insecte , chacun de ces points a la l'orme d'un petit cône terminé par une pointe aiguë, légère- ment inclinée du cOlé du sommet de l'élytre, et ressemble parfaitement aux petites épines de la ronce, lîn examinant la surface de la gaze, on reconnaiira , à un grossissement de 700 , que, dans chaque épine . le cône esl un peu ondulé, et que l'épine proprement dite est d'un jaune faible. Dans VApluidiiis rufesccns , le puinlillé est formé de petites épines . à peu près semblables à celles du Criocère du lis; il en diffère en ce que sou- vent chaque épine, au lieu d'être isolée, est accompagnée d'une ou de plusieurs épines beaucoup plus courtes, ce qui forme sur la lamelle de la gaze quantité de petits groupes qui semblent la soulever un peu ; ce qui .se voit également dans les élytres du Criocère du lis. Le pointillé de la gaze est fort gros dans les Cétoines et les Leplures ; dune linesse extrême dans différentes espèces d'Apliodies ; très saillant dans le genre Hispa : sa forme diffère beaucoup dans plusieurs Chrysomèles et dans les Leplures. On pourrait croire que la saillie du [loinlillé de la gaze a pour bul de di- J DUS COI.ÉOI'TÈRES. 350 minuer le frollenn'iit des ailes dos Coléopléres avec leurs éiytres pour eti laciliti'i- le (Irplciienieiil , à l'aide lU'S parties huileuses donl il paraît iiu- prégiié , ee qui semblerait inutile dans les elylres où le pointillé n'existe pas. Après celte fra'e se trouve une lamelle d'une ténuité extrême , qu'on ne peut apercevoir que très diflicilement ; puis, enfin, immédiatement après le derme, une dernière lamelle moins mince que les deux autres , sur laquelle se dessinent ces rosaces , cet médaillons de formes variées si frracieuses , ces broderies légères , ces arborisations curieuses, et tous ces ornements admirables qu'on voit au travers des autres téguments des élylres : c'est à lépiderme qu'ils doivent leurs brillantes couleurs, dont le bleu et le vert semblent pour ainsi dire exclus ; celte dernière couleur est due, dans deux Cassides (Cussida viridis , Ca^sida eqiicslris , à l'huile colorée de leurs élylres. Les couleurs de lépiderme sont , généralement , le jaune et le rouge, ainsi que leurs nombreuses variétés et leurs nuances infinies ; nous sommes porté A croire qu'il est toujours blanc dans les élylres auxquels la matière huileuse donne sa couleur. Au centre des médaillons et autres ornements donl nous venons de parler , se voient souvent de petits boutons colorés , plus ou moins brillants , qu'environne une auréole de- ci'rcles conceiilri,|ues, autour desquels on aperçoit dans le réseau des élylres de différents insectes, notamment dans celui de VAphndius rufe.iceDs , une zone de substance blanche , spont:ieu.se , plus opaque, et ayant une apparence neigeuse; ces boutons font souvent l'effet de pierres précieuses richement enchâssées. Tous ces divers orne- ments, où l'or, l'argent el I acier le plus éclatant , semblent souvent le disputer aux riches couleurs de l'épiderme. sont presque toujours accom- pagnés de granulations formant parfois des arborisations charmantes , mais qui , le plus souvent , nuisent par leur opacité à l'elTel curieux du réseau , lequel , dans plusieurs circonstances, se trouve entièrement mas- qué par les parties graisseuses exsudées du corps des Insectes, qui s'y sont fixées. Dans h>s élylres opaques, le réseau ne peut être vu qu'à lalumiére refléchie , à moins qu'on ne soil parvenu à le meltre à nu (1) ; quelquefois il se délache as.sez facilement dans plusieurs Insectes de grande et de moyenne dimension, noiamment dans les Géolrupes, el l'on peut aisé- nienl se convaincre que son organisalion n a point de rapport avec celle dis aulres lé^'uments de l'élylre : on y voit toujours trois grosses trachées tiibulaires parlant de .sa base, el lecevanl l'air du corps de l'insecte , de (1) Avec un peud adresse, un réussit aisément à enlever l'épiderme et le derme des élylres, el cela au moyen d'un petit instrument tranchant bien affdé : c'est la seule manière de pouvoir distinguer parfaitement ces téguments . ainsi que les lamelles du réseau. Lorsque les élylres sont durs et épais, on aura recours à la lime, donl le même in.slrument fera disparaître facilement les sillons qui nuiraieni a lolxservation du reseau. Nous ferons remarquer que toutes les observations des ■■lylres par irans|iarence doivent être faites à la lumière arlilicielle, en ayant soin (le soMTMr li>u|nur>dr diaplirapna's on rapport avec leurs (luiiensioris. 3(30 BERlVAKD-DEStHAMPS. SUT. LliS ÉI.YTRES même que celles plus petites qui s'anastomosent avec elles. Ces trachées parcourent l'élytre d:ins toute sa longueur; elles sont plus ou moins droites, souvent irréffuiièremenl sinut'es , ayant quelquefois la forme d'un reptile en mouvement, dont elles imitent même la peau. On a beau- coup de peine à les distin(;ner dans un grand nombre de Coléoplères, surtout dans les Curculionites, se trouvant masquées par la couleur fon- cée de l'épiderme , par les lames fibreuses du derme, par les dessins et par les granulations du réseau. Dans les élytres des Insectes dont se compose le genre Meloloniha, on aperçoit sur la gaze du réseau, et particulièrement à leur base, un grand nombre de poils fort longs, garnis d'épines courtes; dans le Hanneton commun (Meloloniha vulijaris), ces poils, observés à un grossissement de 350 , présentent , dans le sens de leur longueur , des côtes ou nervures sur lesquelles prennent naissance ces épines ; ils en sont dépourvus dans la partie voisine de leur implantation, où les nervures sont peu ap- parentes ; à cet endroit, ils s'arrondissent et se terminent par un bourre- let faisant saillie sur le réseau. On voit sur la face supérieure des mêmes élytres des écailles blanches de la forme d'un cône qui serait aplati , et dont les bords plus clairs sont garnis de petites dentelures : plusieurs es- pèces de Coléoptères appartenant à différents genres ont aussi de longs poils épineux sur une partie du réseau de leurs élytres. Il nous reste à parler de la matière huileuse qui se trouve dans les élytres des Coléoplères, auxquels elle donne sa couleur : c'est surtout dans ceux d'une partie des espèces dont se composent les genres Melolon- iha, Àphodhis , Lema, LUla,Apale, Clenis, Cerocoma , Mylabris. Chryso- iiiela et autres, que l'on reconnaît cette huile colorée, signalée par M. Straus dans son savant ouvrage dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. Le Criocère du lis étant l'un des insectes dont les élylres con- tiennent le plus d'huile colorée , nous le choisirons de préférence pour taire connaiire nos observalions sur celte matière, qui nous parait se trouver toujours entre le derme et le réseau. Si l'on place sur la platine du microscope un élytre détaché du corps de cet insecte lorsqu'il est vi- vant , et qu'(Mi l'observe de suite par transparence à un grossissement seulement de luo , on verra que l'huile colorée s'y montre sous la forme de granulations irrégulières d'un rouge sombre, que baigne un liquide d'un rouge brillant plus clair- Si, laissant cet élytre dans la même posi- tion , on l'txamine cinq ou six heures après, plus ou moins, on recon naîtra que la partie la plus fluide de l'huile colorée a entraîné avec elle les granulations , autour des points circulaires de deux dimensions . sorte de stigmates dont l'élytre est couvert , et y ont formé des dessins figurés très curieux , souvent brillants et toujours variés : nous ajouterons qu'on voit toujours au travers des lacunes laissées par l'évaporation et des stig- mates de Tél. lie, le pointillé de la gaze du réseau, lorsqu'ils ne soni pas masqués par des granulations. On peut suivre aisément les progrès de l'évaporation du liquide, en observant l'élytre à des intervalles rappro- ché.' ; les changrmeuls qu'on y lemarque ont également lieu dans tous DliS COLÉOl'TÈHES. 361 les ('lylrps qui contiennent plus on moins «l'Iinile colorée Nous devons l'.iire ol)server qu'il ept nécessMÎre, av:iMt d'examiner au microscope les élvirps des Coléoptères, d'en faire disparaître les poils , les épines et les écailles , dont les bulbes, qm'lquefois brillants, ajoutent à la beanlé des ornements du réseau que voilent pinson moins ces or^janes accessoires. Dés l'instant où nous avons découvert, dans les élylres des Ccdéoptéres, l'existence du réseau dont il n'est pas à notre connaissance qu'aucun na- turaliste ait encore parlé, nous avons dû chercher à nous assurer des diflérences que peul présenter son organisation dans les genres et même dans les espèces ; pour y parvenir , nous avons commencé par nous pro- curer le plus de Coléoptères, tant indigènes qu'exotiques, qu'il nous a été possible, et, après les avoir classés, nous nous sommes occupé de leur exami'n : il en est résulté pour nous une préi ieuse collection microsco- pique d'élylres, fort peu nombreuse à la vérité, comparativement à la prodigieuse quantité de Coli'oplèrcs connus, mais d'une rare perfection pour la beaulé et la netteté des dessins du réseau , dont nous étions loin de nous faire une juste idée. On se Ogurera facilement le temps et la pa- tience qu'il nous a fallu pour former cette collection , lorsqu'on saura que souvent nous avons été obligé de passer en revue les élytres de plus de trente in(li\idns de la même espèce, avant d'en trouver un seul qui ne nous laissât rien ou du moins que peu de chose à désirer, ce que nous n'a- vons pu même oblenir dans (piantité d'espèces dont nous avons examiné les élylres sans aucun résultat satisfaisant. Comme il nous a été impossible d'observer un assez grand nombre de Coléoptères pour pouvoir donner tous les détails désirables sur les dessins variés à l'infini du réseau de leurs élylres et sur les diverses formes du pointillé de leur gaze , nous nous bornerons à indiquer ici les espèces dans lesquelles nous avons trouvé ce que notre collection offre de plus parfait; nous citerons donc, comme de véritables critérium, les élytres choisis des espèces ci-après , en ayant soin d'indiquer les pays où elles se trouvent , savoir : Dans les Coléoptères autres que les Curculioniles , Z/iV(/w«.s-.«!(/fa/)(s (France méridionale) ; Scarilei: Pyragmon (id.); Ferovla omasens, Melanfiria, Sybisler Rœsilii, Staphylimis olfns (Paris); Cratonyrhus niger (Autriche) ; Agrypuvs murimis (Paris) ; Cardiorhynus axiUaris (Brésil) ; Corynries violareus, Sylphit airala, Hisler lunatus (Paris); Elo- phorus aqualkus (Autriche) ; l'hanœns carnifex (Amérique du Nord) : On- lophagun Schreberi (Paris); Ontophagvx quadripusiulatus (Java); Aphn ilius erralirtis , rufipes, siihlerranetis , luridus (t\atis); Meliilnnlha l'iilgaris (France) ; Trachydrriiui liispida (Egypte) ; Ccloiiia .itolala (Sénégal) ; Tage- nia /iliformis (France méiidionale) ; Ileliopules gibbus (France boréale) : l'ediiiKs gibbùsiis (Grèce); PhiUix crenalux, meridionalis (France raéridio- nalei; l'haleria bimacxiialti (iil.) ; Diaperis bulid (Par;S) ; Helops Reichii iCorfou); Lagria cimfusii (Sénégal); Mylabris ra'Ja6/((s (France méridio- nale^; Apnle (■(ipuciiia (Paris); Trarhydcres rufipcs , Amilnrcra sangiiineii (Brésil); OnnV/crc.ï (rgriiliis (Cayenne) ; Sirinir/i niflmnirii . I.i'pluro liriila 362 BEBKARD-DE^CUAMPS. — SLR LES ÉLYTRES (Paris) ; Lema fcmurata (Java) ; Lema armala (Siena-Leona) ; Hispa airata (Paris); Hispa puipuifa , spinutusa (Sénégal) ; Asteriza llavicornis (Saint- llomingne) ; Cassida nubilis , cqiiestris , viridis (Paris) ; Cassida (/uadrimacu- lala (Sénégal) ; Adiiiionia Tanuccti , inlenupta (Paris) ; Calligraplia hyero- gliphica (Mexique) ; Clirysomela staphtilœa , helodes Pheltandrii (Paris) ; Colaspis smaragdula (Cuba); Colaspis flavicornis (Cayenne) ; Ciythra qua- dripunctata (Paris) ; Labislomis axitlaris (France méridionale); Cryptoce- phalus ciolareus, minulu.i (Paris). Dans les Curculioniles : Àpion frumenlarium^ Pumonœ , /'/.(o;))yj)('s /(■»■(;('«.« (Guadeloupe) ; Eiislales smaragdinus, Thutitbergi (Br'ésil) ; Kaupactus dccorus , iiiternipliis (FJrésil) ; Polydrusus (lavijies, BelHlœ (Paris); Uypsonotus clui-ulus , lalerulis , clericus , senicus (Brésil) ; Lordops naricularis (Brésil) ; Liophlaus nubilus, Hylobius abietis (France) ; Hylobius piiieli (Suisse) ; l'Iiyluiiomus variabilis , punelatus , dam-i, nigriroslris (Paris); Tnichyiihlwus sulcicoUis, Otiorhynchus ligusiici (Paris) ; OliorliOiichus alrmipleius (Suisse) ; Oliorhyiichus cribriculiis (France méridionale;; Li.i-us /ilifnnnis (Paris); Larinus (moperdinis (Egypte); Heylipus apialus (Cayenne); Heylipus calamilosus (Brésil); Erirhynus acridulus (Allemagne); Erirhynus bimaculatus , nereis (Suisse) ; Erirhynus nigrila (Colombie); Hulaninus cerasurum (Suisse); liulanunis nucum (Paris); Ameris para (Brésil); Aliides senex (Sierra Leoua); Cryplorhyn- chus Lapalhy (l'aris) ; Cœlimternus acicutalus (Brésil); Macrumcrus crinilar- sis (Brésil) ; Ceulurhynrhus echii, rrurigvr , qucrtus (Palis); Ceulorhynchus ruphani (Allemagne). Nous avons reconnu que les Coléoptères dont le réseau des élylres présente les arborisations et les broderies les plus curieuses appartien- nent plus p.irticuliérement aux genres Lebia, Druixius, liadistur, Pogonus, Aiiclioiiifnus, Ayoïiiiin , }'/).«, Eitcausies, Hisivr , Hqdrophlibis , Aleuehas, l'aprobins, Copris , Onliipliugus , Onitis^ Aphodius , Cyctocepliala^ riilela, Anomalu , Anisoplia , Meliiloiilha, C'ctonia, AUecula , Omophylus^Aromia, Callidium , Parhqla , Lema, Bolrionapa, Deluyula, Coplocycla, Asieriza, Cassida, Galleruca, Duryphora, Chrysoniela , Helmlcs, Eumolpus Ciythra, Phalacrus et Lycoperdina. Nous croyons pouvoir assurer qu'une grande partie des espèces formant, dans les Curculioniles, les genres Apion, Kaupactus, Euslalvs, Diuprepes, Anirmeriis, Silona, polydrusus , Melallites, Hypsonolus, Hylobius, Phylononius, Trarhyphlœus, Larinus, Heylipus, Pissodes , Hulaninus , Mecopus , Crypiorhynrhus , Cœtos(ernus et Centorhyn- chus , doit tournir des élylres d'une grande perfection , dont les dessins variés si gracieux sont aussi admiiables que leurs couleurs riches et suaves ont d'éclat et de moelleux. Nous avons cru devoir donner toutes les indications .qui précèdent pour guider les entomologistes inicrograplies qui voudraient répéter nos ob- servations ou qui auraient l'intenlion de continuer nos recherches, et pour faciliter le travail de ces derniers. Ce ne sera Jamais qu'en obser DliS COI.lîOl'TÈllES. 3fiâ v;inl les élj'dfs d'un très grand nombre de Cnléoplères indi^'énes et exo- tiques qu'on parviendra à s'assurer des différenies qui doivent exister dans la struiT tive. Il arrive quelquefois cependant que cette dernière ne dis- paraît qu'après le détachement de l'œuf de l'ovaire. On ne sait pas avec certitude ce que devient la tache germina- tive. 3* Lorsque l'œuf est lout-à-fait mùr, il quitte l'ovaire et descend dans l'oviducte , sans que l'accouplement exerce la moindre in- fluence sur son détachement. (Juand l'accouplement n'a pas lieu, ou que l'on empêche le sperme de parvenir jusqu'à l'œuf, ce der- nier disparaît en se dissolvant dans l'oviducte, sans laisser aucune trace ; mais dans l'état normal, comme le désir vénérien est très vif h cette époque, l'accouplement et la fécondation s'opèrent pres- que toujours lorsque les œufs sont parvenus à maturité. L'œuf peut être fécondé dans l'ovaire même, puisque le sperme pénètre jusqu'à cet organe, lorsque l'accouplement se fait d'assez bonne heure. Lorsque l'accouplement a lieu, quand l'œuf est déjà des- cendu dans l'oviducte, l'œuf et le sperme se rencontrent dans cet organe, où l'œuf semble pouvoir être encore fécondé jusqu'au hui- tième jour après sa sortie de l'ovaire. Dans tous les cas, la fécondation doit avoir lieu avant que l'œuf soit parvenu à l'extrémité utérine de l'oviducte , puisque c'est là que commence le développement embryonnaire , sans quoi l'œuf disparaît. 4° Le nombre des œufs qui se détachent de l'ovaire n'est pas le même à chaque rut, non plus que pour chaque individu. Les œufs d'une même portée sortent toujours presque en même temps de l'ovaire, et jamais à des intervalles de jours entiers: aussi les trouve-l-on dans l'oviducte très rapprochés les uns des autres, et parvenus tous à peu près au môme degré de développement. Les œufs ne sortent pas toujours de toutes les vésicules de Graaff gonflées , dont quelques unes peuvent quelquefois rester fermées et retourner à leur étal primitif. 5° Avant que l'œuf sorte de son follicule de Graaff, commence dans l'intr'rieur de ce dernier la disposition d'iuie substance par- ticulière sous forme de granulations, ([ui, après la sortie de l'œuf, produit le corps jaune. Ces corps jaunes sont la preuve non équi- voque qu'un follicule de Graaff, avec son œuf, est parvenu à ma- turité , qu'ensuite il s'est ouvert , et que l'œuf en est sorti. En échange, on ne peut ni ne doit conclure de la présence d'un corps jaune, c(ue le coït et la fécondation ont eu lieu. Le nombre des corps jaunes ne correspond pas toujours à celui des œufs qui en sont sortis, puisqu'un follicule de Graalfpeut contenir deux œufs et même plus. (■)" Pour c(uo la IV'cnnrlntion ait lieu, il faut que le sperme et DE I/OEIK rCT DU FOF.TI S DL CHIEN. .'i61t l'œuf entrent en contact matériel. On trouve souvent des Sperma- tozoïdes en grand nombre, et agités d'im mouvement très vif sur l'ovaire et toujours sur les œufs qui viennent d'être fécondés ; mais il n'est ni prouvé, ni même vraisemblable , qu'un Spermatozoïde pénètre dans l'œuf. L'action du sperme me semble être plutôt chimique, et les Spermatozoïdes me paraissent être destinés à con- server identique, par leur mouvement, la composition du sperme, qu'ils servent en même temps à transporter. 7° Dans l'oviducte disparaissent peu à peu les cellules du disrim proiigerus, qui environnent la zona pellucicla, sans qu'elles soient remplacées par de l'albumine : aussi la znna reste-t-elle nue et formant la seule et unic[ue enveloppe externe de l'œuf. Fendant son passage au travers de l'oviducte , l'œuf grandit un pou. 8° C'est dans la partie inférieure de l'oviducte que se manifes- tent les premiers phénomènes de développement , qui sont la di- vision du jaune en sphères, qui deviennent de plus en plus petites et multipliées. Cette division s'opère par une progression géomé- trique ayant 2 pour exposant. 9° Ces sphères du jaune ne sont pas des cellules, mais bien des agglomérations de granules vitellins, qui ne sont pas enveloppés d'une tunique. L'intérieur de chaque sphère contient une vésicule transparente , qui ressemble à une vésicule de graisse , et qui ne contient pas de noyau. 10° Jusqu'à présent on ne sait pas bien sous quelle influence s'o- père cette division du jaune, et d'où viennent les vésicules transpa- rentes dans l'intérieur des sphères; il semble cependant que la division du jaune et de ses sphères dépend de celle de ces vési- cules intérieures, et que ces dernières naissent de la vésicule germinative et de son noyau. Il" L'œuf du Chien semble avoir besoin de huit à dix jours pour traverser tout l'oxiducte. Ce calcul n'est toutefois pas sur, puis- qu'il est impossible de connaître avec précision le moment de la sortie de l'onif de l'ovaire, qui est indépendante de la copulation. Lorsque les Chiennes ne souflrent plus l'approche du mâle, on peut être presque toujours sûr que l'œuf se trouve à l'extrémité in- férieure de l'oviducte. Lorsque l'œuf est arrivé dans l'intérieur, les Chiennes ne se laissent jamais couvrir. 12° Les forces ([ui font parvenir le sperme jusqu'à l'ovaire sont : l'éjacnlation elle même, qui le porte jusqu'aux angles supérieurs de l'utérus ; les mouvements de l'utérus et de l'oviducte ; enfin le mouvement des Spermatozoïdes. Les cils de l'épithélium n'ont aucune part au mouvement pro- i' série Znni. T III (Juin 1 SI.") 1 21 370 BISCHOFF. — Sllll I.E DEVELOPPEMENT gressif du sperme, puisque leurs vibrations se font en sens inverse de la route qu'il parcourt. 13° Les forces qui amènent l'œuf de l'ovaire à travers l'oviducte jusqu'à l'utérus sont : les vibrations des ci!s de l'épithélium , du pavillon et du reste de l'oviducte , ainsi que les mouvements propres à cet organe. 14° Dans les premiers temps qu'il passe dans l'utérus, l'œuf ressemble totalement à celui de l'oviducte , et la division du jaune se continue encore : alors les sphères vitellines, qui sont devenues de plus en plus petites, se transforment en cellules, en s'entourant de membranes délicates. Les noyaux de ces cellules sont les mêmes vésicules transparentes qu'on trouve au centre des sphères. 15° Ces cellules provenant de sphères vitellines ne tardent pas à s'unir entre elles pour former une membrane très délicate , qui tapisse la face interne de la zona , et qui , par conséquent , forme, aussi une vésicule que je nomme vésicule blastodertnique. 16° Pendant le temps de cette transformation , l'œuf grandit rapidement- en absorbant un fluide ; il devient tout-à-fait translu- cide, et ce n'est qu'avec un fort grossissement qu'on voit que les granules vitellins sont dispersés en cercles concentriques autour des noyaux des cellules de la vésicule blastodermique. On ne sait pas avec certitude de quelle manière se multiplient ces cellules : seulement, on remarque qu'à mesure que leur nombre grandit , celui des granules vitellins diminue , et que ces derniers finissent par disparaître totalement. 17° La zona pellMida ou membrane vitelline étant fortement distendue par l'accroissement de l'œuf , cesse de présenter deux bords; elle ne forme plus autour de l'œuf qu'une membrane mince anhyste, qui reste encore l'unique enveloppe externe de l'œruf, puisque aussi dans l'utérus il ne s'entoure pas d'une couche d'al- bumine. 18° Au moment où la vésicule blastodermique vient de naître , on y observe une tache sphéroïdale , opaque : c'est l'aréole ger- minative {area germinativa), dans laquelle commence le dévelop- pement de l'embryon. 19° L'œuf se compose donc, au commencement de son séjour dans l'utérus, de deux vésicules limpides emboîtées l'une dans l'autre, et dont l'intérieure tapisse la cavité de l'extérieure; ce sont : la zona pellvcida et la vésicule blastodermique , avec son aréole germinative. L'œuf est alors parfaitement libre dans l'uté- rus, et avance insensiblement vers la place où il doit s'attacher. On ignore romplétcment quelles sont les forces qui détermi- DU I.'OKLIF lii 1>1 FOETUS DU CHIEN. 371 lient la distribution des œufs dans l'utérus, qui, jusqu'à cette épo- que, n'a subi encore aucune espèce de changement: cependant, chose remarquable , il est bien prouvé que les œufs d'une des cornes peuvent passer dans l'autre à travers le corps de l'utérus, pour se distribuer d'une manière uniforme. 20° Lorsque l'ovule a acquis un diamètre de 1 l/'2 à 2 pouces (soit 3 ou 4,5 millimètres), on peut voir qu'il s'est développé à la face interne de la vésicule blastodermique , à partir de l'aréole germinative, une seconde couche de cellules, ce qui fait que la vésicule blastodermique se compose alors de deux feuillets : l'ex- térieur porte le nom de feuillet animal, l'intérieur celui de feuillet végétatif, parce que c'est dans la partie de l'aréole germinative appartenant au premier que se développent les organes animaux , tandis que dans la partie appartenant au second se forment les organes végétatifs de l'embryon. Ces deux feuillets ne sont pas hypothétiques; chacun peut se convaincre par ses yeux de leur existence. Il est probable que c'est peu de temps après que se forme entre ces deux feuillets une troisième couche de cellules, dans laquelle naissent les vaisseaux : ce qui lui a valu le nom de feuillet vasculaire. Ce n'est que plus tard qu'il est possible de dis- tinguer avec précision le feuillet vasculaire, dont à cette époque on ne peut reconnaître l'existence qu'à la présence de cellules stil- liformes qui probablement en sont les premiers rudiments. 21° L'aréole germinative , qui jusqu'au vingtième ou vingt et unième jour se présente sous forme d'un amas homogène de cel- lules , commence alors à s'éclaircir au centre , ce qui permet de distinguer une aréole transparente et une autre opaque (champs clair et opaque de la tache germinative). 22° C'est dans l'aréole transparente qu'apparaît la première trace de l'embryon, sous forme d'une couche de cellules, ellipti- que d'abord, puis guitariforme, qui se trouve dans le feuillet ani- mal. Son axe longitudinal présente un sillon très clair. Les deux amas qui se trouvent à ses côtés sont destinés à former les parois du corps de l'embryon ; leur partie la plus rapprochée du sillon s'appeUe plaijues dorsales; celle qui vient ensuite, plaques viscé- rales ou ventrales; le sillon lui-même s'appelle (jo%dtière primi- tive. 23° La première trace de l'embryon est donc partagée en deux moitiés. 24° C'est dans la gouttière primitive que se forme le système nerveux central, la moelle épinière et le cerveau, qui est par con- si-quent le premier système organique qu'on reconnaît dans l'em- lirvon. Ln moelle i''pinière ne naît pas du cerveau, ni le cerveau 372 BIStMOFF. — SI II LE DÉVIiLOPPEHEMT de la moelle épinière ; mais tous deux sont des manifestations différentes d'une même substance primitive. 25° Après le système nerveux central se développe le cœur et le système vasculaire : ce n'est ni le cœur, ni les vaisseaux, ni les artères, ni les veines, qui se développent en premier lieu; ils apparaissent ensemble. L'une de ces parties ne naît pas de l'autre ; toutes sont les produits différents, nés en même temps d'une même couche primitive et indifférente de cellules 26° Après la formation de ces deux systèmes, la partie centrale du feuillet végétatif de la vésicule blastodermique produit le sys- tème intestinal , savoir : l'intestin, les poumons, le foie, le pan- créas, etc. 27° La manière dont ce système se développe avec ces organes, chez le Chien, est la même que pour d'autres Mammifères et les Oiseaux. Après que la première trace de l'embryon a paru, le dé- vclo])pcment se fait avec une rapidité telle , qu'après quarante- huit heures on voit déjà les premiers linéaments des trois systèmes principaux. 28° Fendant que la partie centrale de la vésicule blastodermi- que, l'aréole germinative, forme l'embryon , ses parties périplié- riques se transforment en tuniques de l'œuf. 29° La partie périphérique du feuillet animal enveloppe d'a- bord, comme amnios, tout l'embryon ; ce qui en reste s'applique ensuite sous forme de liinifjKe screiise à la zona pellvcida, avec laquelle elle forme l'enveloppe extérieure de l'œuf, de laquelle naissent les villosités, d'abord sous forme de productions cellu- leuses, creuses, qui s'enfoncent dans les orifices des glandes uté- rines. 30° La partie périphérique des feuillets vasculaire et végétatif, dont la partie centrale devient l'intestin, forme la vésicule ombili- cale, qui, chez le Chien, persiste jusqu'à la lin de la vie fœtale. 31° De la partie postérieure et inférieure de l'embryon naît l'allantoïs. qui semble être formée par les feuillets vasculaire et végétatif. Ces premiers rudiments s'olTrent sous forme de deux tubercules de cellules primitives, qui ne tardent pas à se changer en une vésicule supportant les vaisseaux omphalo-mésentériques. Elle s'applique à la tunique externe de l'œuf, et enveloppe en même temps l'embryon , l'amnios et la vésicule ombilicale ; elle conduit des vaisseaux à la tunique externe de l'œuf et à l'amnios. 32° Le chorion naît donc de la réunion et de la fusion de la zona pelliirida ou membrane vitelline, de la partie périphérique du feuillet animal ou tunique séreuse, et de l'allantoïs. 33" Sur tous les points où Tallantoïs touche dès l'abord la lu- Dli L UillF Kl Dt) FOKIllS DU CEIIEN. ^/o nique séreuse et la zuna, ses vaisseaux pénètrent dans les vilic^ités de cette dernière pour former avec elles, dans leurs innombra- bles ramifications, la partie tœtale du placenta. o'i" La partie utérine du placenta est formée par un dévelojj- pement extraordinaire des glandes utérines. Les deux parties du placenta s'enlacent l'une dans l'autre par leurs ramifications, sans qu'il y ait aucune communication directe entre les vaisseaux du petit et ceux de sa mère. Au reste , le placenta du Chien a la forme d'une ceinture , ce qui vient de ce que les pôles de l'œuf croissent beaucoup plus rapidement que son milieu. 35° L'observation du développement de l'u-uf du Chien et de son embryon vient fournir un nouveau fait à l'appui de la théorie qui veut que toutes les formations animales naissent, comme les formations végétales, de cellules primitives. NOIE SLR DES ANODOXTA CYGN.EA ET DES PAUJDIXA i nil'AltA (.U:i ONT RKSI6TÉ A I.A CONGÉLATION ; Far M. N. aOI.T, l'mlpsiL'Ui lie Z"uli>git; à \n F.iciillc (les Stieucos de ri-uliiiise. Ci:ke au\ ingOnieuses expériences ilu docteur AMIliaiu Kdwanis. de I.cgallois, (tp Diilong, de Despretz, de Collard de .Martigny, de Ber- thold, de MM liccquerel et Bresdiel , etc., la science s'est euiichie, dans ces derniers temps, d'une foule d'observations prédeuses sur la température des vertébrés. Mais il s'en faut de beaucoup que nos con- naissances soient aussi avancées en ce qui concerne la facullé calorifique des animaux invertébrés. J. Uavy , Newpoit , lUidolpIii, Trevirauus et Tiedniann , ont prouvé, il est vrai, que ces derniers, de même que les \eiiébrés, si improprement appelés às'tng froid, possèdent une tempé- rature propre, et. jusqu'il un certain point, indépendante du milieu où ils \ivent ; mais aucun des auteurs que je \iens de citer ne parait avoir été témoin d'un l'ait aussi curieux ipie celui dont je vais avoir l'honneur d'entretenir un seul instant l'Académie. Le l'i août de l'année dernière , je pris dans le canal du Midi quelques unes des l'aludiiur vivi/jiira et des Anodu/ita ci/ijmro qui s'y trouvent en abondance, et je les mis séparément dans deux vases peu profonds, que je remplis d'eau jusqu'aux bords. Je renouvelai le liquide à de longs in- tervalles ; mais je ne donnai aucun aliment à mes captives , qui , au bout de trois mois , ne me parurent nullement affaiblies par la rigueur de ce régime plus qu'anaclioiélique. Le 19 novembre , le tliermomètre descendit à 5" sous zéro , et je trou- vai mes Paludinesel mes Anodonteseutourées d'un épais glaçon. Désireux de m'assurcr si elles avaient résisté à ce froid si inleiise , je lis dégeler lentement ie liquide, et je fus assez surpris de les trouver toutes vivantes. La plupart des Anodontes vécurent encore jusqu'au 28 novembre ; le 10 diTcniliif , iniiles avaieni surrnmhé. \ nette époque, autiine Palu- 374 IV'. JOLY. — StR DEUX GENRES AOUVEAUX (Une n'avait péri; bien plus, deux d'entre elles avaient fait des petits qui, de nicnie que leurs niùres, sont aujourd'hui (23 février) très bien portants , malgré une seconde congélation , à laquelle ils ont été soumis dans le mois de janvier. En rapprochant ce lait de ce que la Science nous enseigne sur l'éton- nante faculté que possèdent les Cijjirinus carassias, les Crapauds et les Salamandres de revenir à la vie après avoir été gelés, en se rappelant le fait plus curieux encore de la résurrection desTardigrades, au.x(|uels on a fait subir une dessiccation de l/iO à 150" C. (1), on se deniaïule natu- rellement : qu'est-ce donc que la vie? Une énigme dont Uieu seul sait le mot. MÉMOIRE Sur deu.\ genres nouveaux de monstres Célosomiens, que l'auteur propose de désigner sous les noms de Chélonisome et de Stbeptosome (2) ; Far M. N. JOI.T , l'rufessi'Ui lii" Ziiolugic ii lu Fjcullê l't-s Siieiices il.- § I". — Description du monstre Chélonisome. On sait que, sous le nom de monstres célosomiens (3), M. Isi- dore Geoffroy Saint-IIilaire a désigné une famille de monstres qui se distinguent de tous les autres « par l'existence d'une éventra- tion plus ou inoins étendue , et toujours compliquée de diverses anomalies de membres , des organes génito-urinaires et même du tronc dans son ensemble. » Celte famille ne se composait, jusqu'à présent, que des six genres dont l'illustre tératologue résume ainsi les caractères : A. Monstruosité ne s^étendant point jusqu'à la région thoracique. 1" Éventration latérale ou médiane, occupant principa- leiiK'nl la partie inférieure de l'abdomen; appareil uri- naire. appareil génital et rectum s'ouvrani au dehors par trois oriiices Genre I. Aspalasume (4). 2° Éventration latérale ou médiane, occupant principa- (\)Ann. desSc.nat.. 2- série, t. XIV, p. 269;XVlI,p. 193:XVIII,p. 5 (2) Désireux de savoir si les deux genres nouveaux que je propose méritaient d'être introduils dans la science, j'ai prié M. I. Geoffroy-Saint-Hilaire de vouloir bien jeler un coup d'oeil sur le Mémoire que je vais avoir l'honneur de lire à r.4- cadémie. Je me hâte de dire qu'après avoir examiné mon travail avec attention , le savant auteur du Traité de Tératologie animale a jugé valables les caractères sur lesquels j'ai établi mes genres Chélonisome el Sireplosome. En présentant ce Mémoire manuscrit à l'Institut (séance du 24 mars), M. Serres en a donné lui- même une analyse détaillée. (3) De KrAri. hernie, el làf;». corps, (4) De ÀîTToi/oiÇ . taupe , el cùt;ia [corps de taupe). La Taupe est en etlet le seul mammifère qui présente trois orifices distincts pour l'appareil urinaire, l'ap- < DE MO^STKES CEI.0S0M1E^S. o/.) k'iiienl la portion inlérleuiv de I abdomen ; organes géni- taux et urinaires nuls ou très rudmienlaires. ... II. AoiiNoiOBE (1). 3" Éventralion latérale nccu|iant principalement la por- tion inférieure de l'abdomen; absence ou développement très imparfait du membre pelvien, du côté occupé par l'é- venlralion 111. C.ïllosome (2). 4" Évenlration latérale ou médiane sur toute la lon- gueur de 1 abdomen ; corps Ironipié après l'abdomen; membres pelviens nuls ou très imparfaits. . . . IV. Schistosome (3). B. Monstruosité atteignant aussi ta région Ihoraciqtie S" Éventralion latérale occupant principalement la ré- gion supérieure de l'abdomen, et s'étendant même au de- vant de la poitrine; atrophie ou développement très im- parfait du membre thoracique du coté occupé par l'éven- Iralion V. Pleurosohe (4). C Éventration latérale ou médiane, avec fissure, atro- phie ou. même, manque total du sternum et déplacement herniaire du cœur IV. Célosoïe (5). Ces six genres, ajoute M. Isidore GeoUVoy Saint-Hilaire, font, dès à présent, de la famille des monstruosités célosomiques, une des plus étendues de la série lératologique , et il n'est pas dou- teux qti'clle ne doive par la suke s'augmenter encore de quelques nouveaux types génériques (6). Les monstres que nous allons dé- crire nous semblent confirmer ces prévisions. Fidèle à la nomenclature adoptée par tous les tératologues fran- çais, nous donnerons au premier de ces monstres le nom de CuÉ- LOMsoME (7) (corps de tortue), afin de rappeler les nombreuses ressemblances d'organisation qui tendent à le rapprocher de cer- tains Reptiles, et notamment des Reptiles Chéloniens; nous im- poserons à l'autre celui de Strei'tosome (8) (corps tordu), pour indiquer, par cette dénomination, une des particularités les plus curieuses de sa structure. pareil génital et le rectum. Personne n ignore qu'en créant le genre Aspalasome, le génie en quelque sorte prophétique d E. Geoffroy Saint-Hilaire avait prévu la création des groupes voisins dont la Science s'est enrichie plus tard. (1) De la privatif, yt'ïo;, sexe ou génération, et oufia, corps (corps sans sexe ou satis organes géuiUiux). fil De KuUoç, mutilé, estropié, et îMp-» (corps mulilé). (31 De SjjiTToç, fendu, divisé, et où'fia (corps partagé en deux). (4) De llÂEuprx, côté, et îwua, corps [corps complet seulement d'un côté). (.')) De Kri).», hernie, et cwfi» {corps dont beaucoup d'organes fo.it hernie), type de la famille. (fi) Voyez I. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière rien aiw- tnalies de l'organisation chez l'homme et les animaux, t. II, p. 266 (7) Du grec XiXww, tortue, et ciôpy:, corps {corps de inrtne) (8) Dp Itpîttt'oç, trirdt], et tm^^ (corps Inrdu^ 37(5 X- jon. — suK uia\ ciiMiiis aolvisaux Notre Chclonisome est un veau né à terme, dont l'existence, comme celle de tous les monstres célosomiens, n'a pas dû se pro- longer au-delà de quelques instants (1). En jetant un coup d'œil sur son squelelte, on est frappé tout d'abord du volume énorme de la tête, comparativement à l'extrême brièveté du tronc, et surtout de la singulière disposition des membres , par rapport au thorax et à la colonne vertébrale. En elfet, les omoplates et l'os coxal paraissent renfermés, en grande partie, dans la cavité tlioracique, et l'animal, au lieu d'être soutenu par ses membres, semble, au contraire, les porter sur son dos. Les côtes, au nombre de douze seulement, et très contournées sur elles-mêmes, surtout du côté droit, se sont redressées et tellement écartées de la ligne médiane inférieure , que leurs extrémités sternales lui sont tout-à-lait perpendiculaires (2). Par suite du mouve- ment demi-circulaire que leur tète a exécuté sur son axe trans- versal, leur face interne est devenue extérieure, et réciproque- ment. Enfin, quatre côtes gauches sont intimement soudées entre elles. Des soudures analogues s'observent entre les apophyses épineuses de presque toutes les vertèbres dorsales et rappellent , comme les côtes elles-mêmes, les éléments qui enb-ent dans la composition d'une carapace de tortue. Ouant au sternum , ou plutôt aux parties qui devraient repré- senter le plastron d'un Chélonien, elles existaient aussi ; mais ce sternum était divisé en deux moitiés latérales , articulées chacune par leur bord externe seulement , à l'extrémité sternale des côtes correspondantes, et, par conséquent, aussi éloignées qu'elles de la ligne médiane inférieure. A l'exception du développement considérable des vertèbres qui la formaient, la région cervicale n'offrait rien de [)articulier; mais. (1) Ce Veau avait été adressé, le I "J août I 8:i!), a l'École royale vétérinaire de Toulouse par M. Mercurin , aujourd'hui vétérinaire du traiu des équipages, à Bone. Au momeul où ce monstre arriva dans l'établissement, iM. Lafore. alors chef des tra\au.\ analoniiques , s'empressa de le disséquer et de prendre sur sa structure, tant extérieure qu'intérieure, des noies rapides qu'il a bien voulu me conlier , tout en m'exprimant le rejîret que la préparation des matières exigées pour le concours à la suite duquel il fut nommé professeur de pathologie, ne lui ait pas permis de rendre ces noies plus complètes. Le squelette de l'animal , la seule pièce que j'aie pu étudier de visu, a été mis obligeamment à ma disposition par M. Bernard, directeur de l'École, et il a été monté par M. Lavocat, chef des travaux analoniiciues. (2) Chez les Dragons, les côtes asternalcs présentent, comme on sait, une dis- position analogue : seulement, chez ces reptiles, elles sont restées horizontales au lieu de devenir xerlicah's, comme elles le sont sur le sqneleUe de notre Chéloni- >ome Di; .M()\STlli:S CÉI.OSOMIICNS. 'Ml h partir de la région dorsale , on voyait le rachis s'inlléchir d'a- bord en bas et à droite , se relever ensuite vers la gauche , enfin se l'ecourber en avant et en dessus, en déci'ivant un S, dont les deux moitiés étaient dirigées, l'une à gauche et l'autre du côté droit. Cet S , formé par les vertèbres lombaires, sacrées et coc- cygiennes, était renfermé en grande partie dans la cavité thora- cique; autre analogie non moins frappante f[uc réelle entre notre monstre et les vrais Cliéloniens. Le nombre des éléments constitutifs du rachis était normal par- tout, sauf peut-être à la région sacrée, où je n'en ai compté que trois, et à la région coccygienne, où il n'en reste que deux. Les vertèbres cervicales n'étaient remarquables , comme nous l'avons déjà dit. que par leur développement. Les dorsales étaient petites et généralement mal conformées. Leurs apophyses épi- neuses, à l'exception des deux premières et des deux dernières , étaient intimement soudées entre elles. Un spina bifida complet existait sur toutes les vertèbres lombaires et sacrées, et probable- ment aussi sur toutes les coccygiennes. Les omoplates avaient conservé leur forme normale ; mais l'os coxal présentait une singulière anomalie. En effet, la moitié droite y était moins développée que la gauche, l'os des iles de la première était considérablement écarté de celui du côté opposé. Je doute même qu'il ait jamais pu s'articuler avec la première vertèbre sacrée, si toutefois cette vertèbre, que je crois perdue (1), exis- tait réellement sur l'animal à l'état frais. .Sauf leur position insolite et leur longueur, relativement au coi'ps, les membres étaient r('gulièrement constitués. Nous insis- tons sur ce fait, d'autant plus important à signaler ici que, quand l'éventration est très étendue, le tirage exercé par le placenta et par les viscères de la poitrine et de l'abdomen sur les membres thoraci([ues et sur les membres pelviens , a une influence très marquée sur leur conformation. Faudrait-il conclure de cette circonstance que, à l'inverse de ce qui a lieu dans les autres célo- soiiiiens, le cordon ombilical était, chez notre monstre, aussi long que chez un fœtus normal? Mais alors comment expliquer la dé- viation si marquée du rachis? Ajoutez que, d'après M. Isidore (îeofTroy .Saint-Ililaire, les membres sont en général d'autant plus imjjarfaits, toutes choses égales d'ailleurs, que l'abdomen a ses paiois normales moins complètes. Or, comme nous le verrons (I) Je suis très porté à croire que la première vertèbre sacrée s'est égarée, pendant le long temps que les os du squelette ont été oubliés dans un des greniers do l'École vétérinaire. Je ne doute pas que tel n'ait été le sort des dernières vertè- bres coccygiennes , dont le nombre ne nie parait cependant avoir été jamais nor- mal (dix-huit). â78 IV'. JOLÏ. — SUU DliUX GENRES .\OlIVEAtJ.V bientôt, rabdonieii manquait eiUièrement ciiez notre individu. A quoi tient donc celte remarquable exception, sans exemple, je crois, chez les cclosomieiis'/ Ne pourrait-on pas l'attribuer à la position même des membres , qui les aurait soustraits aux effets du tirage, tandis que la traction opérée par le placenta et les vis- cères se serait principalement exercée, et en quelque sorte épuisée sur la colonne vertébrale , dont elle aurait ainsi occasionné les nombreuses déviations? Quoi qu'il en soit, je le répète, les mem- bres étaient régulièrement conformés chez notre ehélonisome. Quant à la tête, elle n'oll'rait non plus rien de particulier, si ce n'est son grand volume propoitionnellement à celui du tronc , dont elle égalait presque toute la longueur. Nous voudrions pouvoir décrire avec détails les viscères, l'ap- pareil musculaire et le système nerveux de notre animal. Malheu- reusement nous ne possédons sur ces points importants de son anatomie que les quelques notes prises à la hâte par M. le pro- fesseur Lafore, au moment où le monstre qui fait l'objet de ce travail fut adressé à l'École royale vétérinaire de Toulouse. Quelque incomplètes que soient ces notes, de l'aveu même du professeur qui a bien voulu nous les confier, il est curieux d'ap- prendre, ainsi qu'on pouvait, du reste, le prévoir, que les vis- cères thoraciques et abdominaux étaient contenus dans une espèce de sac membraneux , à parois transparentes, pour ainsi dire sus- pendu à la colonne vertébrale. Lç. cœur et les poumons étaient conformés comme à l'état nor- mal ; les estomacs, le foie et l'intestin proprement dits reposaient sur les côtes. Le rectum s'enfonçait entre le coxal et les os du coccyx; l'anus était percé en face du plat de la cuisse droite . c'est-à-dire du côté où s'étaient fait le plus sentir les effets de l'éventration ; le foie, d'ailleurs normal, manquait de vésicule biliaire; la rate n'existait pas non plus. De tout l'appareil génito-urinaire, il ne subsistait rien que le pénis. Enlin il y avait absence complète de diaphragme et de parois abdominales. La face interne des côtes, devenue externe, était recouverte par les téguments communs et par les muscles intercostaux internes. Les intercostaux externes, tous les muscles de l'épaule et une partie de ceux du bras , ceux du dos et des lombes étaient logés dans le thorax formé par les arcs costaux redressés, et le remplissaient à eux seuls à peu près tout entier. Un repli de la peau séparait les côtes des membres postérieurs. Je ne sais rien de précis relativement aux appareils vasculairp et nerveux. « Les principaux vaisseaux existaient , ainsi que les ' DK Mo.NSTRiis cl':^osoMll•;^s. 379 nerfs. >■ Tels sont les seuls renseignements que renlerment , à cet égard, les notes de M. le professeur Lafore. Je regrette vivement (|u'une pièce anatomique aussi précieuse que celle sur laciuclle je viens d'attirer l'attention de l'Académie, n'ait pu être soigneusement étudiée dans son état d'intégrité par- faite. Cependant, telle qu'elle est aujourd'hui, cette pièce m'a paru digne de figurer dans les annales de la Science , et suffisam- ment caractérisée pour m'autoriser à établir un genre de mon- struosités jusqu'à présent non décrit. Ce genre , fondé sur des particularités d'organisation que l'on ne retrouve que chez les Reptiles [DrcKjon , Tortue), et principalement chez les Reptiles Chi'loniens, aura pour caractères les notes distinctives que voici : Eventration médiuiii' tlwracifjiie et abdominale; divisùm com- plète du sternum en deux moitiés; organes (jénitavx très incom- plets; omoplate , bassiji et queue renfermés dans un thorax formé par des côtes redressées, dont quelques unes sont intimement soudées entre elles. Ouant au rang que notre chélonisome occupera dans la série tératologique, les précieux et admirables travaux de M. I. Geof- froy Saint-Hilaire la lui ont fixée d'avance. C'est évidemment à la suite du genre célosome qu'il faudra le placer. Encore une réflexion, et j'ai fini : Si l'on se rappelle la grosseur de la tête et celle des vertèbres du cou; si l'on compare la brièveté du tronc avec la longueur des membres, ne trouvera-t-on pas encore ici la confirmation de ce principe fécond proclamé pour la première fois par l'auteur de la Philosophie anatomique , sous le nom de loi du balancement des organes'/ Tant il est vrai que, suivant l'expression d'un écrivain qui fut tout à la fois un grand poète , un botaniste éminent et un anatomiste distingué : " Le total général au budget de la nature est fixé; mais elle est libre d'afiécter les sommes partielles aux dé- penses qu'il lui plaît. Pour dépenser d'un coté , elle est forcée d'économiser de l'autre; voilà pourquoi la nature ne peut jamais s'endetter ni faire faillite (1). « Oue si l'on nous demandait maintenant la cause prochaine de la monstruosité qui vient d'être décrite, nous répondrions que nous l'attribuons à un arrêt de développement , dont nous trou- vons des preuves manifestes , 1" dans l'éventration thoracico-ab- dominale, qui représente ce moment de la vie embryonnaire où tous les organes sont logés dans la base élargie du cordon om- bilical ; 2° Dans le spina hijida dont se trouvent affectées les régions lombaire, sacrée et coccygienne ; l' 1 ) riaMtie, OEin'rcs d histoire nnUtrrlh- . IrHfi, fif <". -V Mnilin-- 380 IV. JOLY. ^ SLll DIîUX GENRES NOUVEAUX o° Dans la non-réunion des côtes à un sternum unique et mé- dian ; 4" Dans la séparation complète des deux moitiés du sternum, séparation qui , pour le dire en passant, confirme de la manière la plus éclatante le principe de la duplicité primitive des organes impairs et médians, en même temps qu'elle apporte une preuve de plus en faveur de la loi de formation centripète (1) établie par l'un de nos plus habiles anatomistes; 5° Enfin dans les nombreux rapports d'organisation qui lient ce monstre aux Reptiles, et surtout aux Reptiles (^héloniens, et l'é- loignent, par cela même, de la classe à laquelle il appartient par tout le reste de sa structure. § II. — Description du monstre Streptosome. Le second monstre sur lequel je prie l'Académie de fixer un instant son attention, est une pouliche née morte au haras de Vi- roflay, le 10 mars 1839. Dans une lettre que M. Bernard a bien voulu nous communiquer, M. Brivet, vétérinaire en preinier au train des équipages, s'exprimait ainsi au sujet du monstre qui fait l'objet de cette seconde partie de notre travail : « Sa mère, Ménj-Grai), jument anglaise pur satig, avait été saillie en Angle- terre par l'étalon Doclor Syntax, cheval pur sang jouissant d'une grande réputation (prix de la saillie : 600 fr.). » Dès qu'elle eut mis bas, M. Berger-l'errière s'empressa d'en informer M. Brivet: celui-ci dessina le monstre , en envoya la figure à M. Bernard ,'et lui transmit, à cet égard, les renseignements malheureusement trop peu circonstanciés que voici : « Les organes abdominaux étaient contenus dans une enveloppe, une espèce de sac membra- neux suspendu hors des parois du bas-ventre : ceux de la poitrine étaient aussi hors de cette cavité , suspendus dans iin sac mem- braneux. » Nul doute, par conséquent, que ce monstre n'appar- tienne encore à la famille déjà si nombreuse des monstres céloso- (I) Nous avions cru d'abord trouver un argument contre cette loi dans le re- dressement des côtes, la séparation des deux moitiés du sternum, et l'écartement. considérable des os iliaques. Un examen plus aUenlif et plus rétléchi des parti- cularités organiques de notre monstre nous porte aujourd luii a adopter une opi- nion contraire Dans ces divers cas, il est vrai, la réunion n a pas eu lieu sur la ligne médiane ; mais elle se serait certainement elîectuée sans l'obstacle méca- nique (éveiitration trèx cleiuUie) qui l'a empêchée. Nous n'en maintenons pas moins, contre l'universalité du principe proclamé par M. Serres, les arguments que nous ont fournis nos observations sur le développement du Colaspis atra , vulgaire- ment Négril. {Voir notre Mémoire inséré dans les Annules des Sciences nalurelles. 3" série, t. il, p 13, et p. 27, note 2, et le BnlMin ilr In Société (Vngriculliin 'le iJléraull, janvier I8il * DE MONSÏKES CÉLOSOMIENS. 381 miens. Si l'on considère maintenant la remarquable torsion que le rachis a éprouvée dans sa région lombaire, on sera naturel- lement conduit à rapprocher ce fait curieux de celui que Méry a mentionné dans ïllistoire de l' Académie des Sciences pour l'année \ 700 (p. 42). On sait que l'observation de cet académi- cien est relative à un fcrtus humain, chez lequel « l'épine du dos était contournée de telle sorte que la face , la poitrine et le ventre étant vus par devant, les parties extérieures de la génération, les genoux et les pieds se trouvaient placés au derrière du corps. Les trois capacités de la tête , de la poitrine et du ventre étaient toutes ouvertes. La voûte du crâne manquait à la tête ; le sternum et les cartilages des côtes, à la poitrine, et au ventre tousses muscles et le péritoine, etc. » Sauf l'ouverture du crâne, et peut-être le manque total de ster- num, la description qui précède nous paraît convenir parfaite- ment à, l'individu que nous avons sous les yeux. ]\'e peut-on pas, dès lors, regarder la monstruosité dont il s'agit comme assez net- tement caractérisée pour exiger l'établissement d'un de ces genres dont MM. GeolTroy Saiiit-Ililaire avaient pressenti la nécessité et prévu la création prochaine? Nous donnerons à ce nouveau genre le nom de Streplosome (corps tordu), et nous le distinguerons par la diagnose que voici : « Eventration atteignant l' abdomen , la poitrine et même la tête; manque total de sternum'! torsion com- plète du rachis dans sa région lombaire. Les SI reptosomes , si toutefois l'on admet ce genre, que nous ne proposons qu'avec une extrême réserve , et uniquement pour classer des faits qu'il nous semble utile d'enregistrer dans l'intérêt de la Science, les Sireptosomes, disons-nous, formeront le dernier terme de la longue série des monstres Cétosomiens. Ils viendront se placer naturellement entre les Chélonisomes et les Exencépha- LIENS, avec lesquels ils se lieront par des caractères qui leur se- ront communs avec quelques uns de ces derniers (Hyperencé- pliales), la célosomie et l'ouverture du crâne. Je ne me dissimule point tout ce qu'il y a d'incomplet dans les observations que je viens d'avoir l'honneur de soumettre à l'Aca- démie; telles qu'elles sont, j'espère qu'elles obtiendront quelque faveur. Un heureux hasard m'a fourni l'occasion de les faire; un hasard plus heureux encore pourra me donner celle de les com- pléter un jour. L'essentiel , à mon avis, est de ne pas laisser per- dre les faits; car, sans les faits, point de théories solides, point de généralisations dignes de prendre rang dans la Science. TABLE DES MATIERES COMEMJES DANS CE VOLUME. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. Note complémentaire du troisième Mémoire sur le développement des or- ganes de la fircii/nd'oH et du sang dans l'embryon ûa Poulet ; par MM. Pré- vost et Lebert ... 96 Recherches sur les diverses espèces de cires: par M. Lewï. (Extrait.). 190 De l'Influence des températures extrêmes de l'atmosphère sur la produclion de VacMe carbonique dans la respiration des animaux à sang chaud ; par M. Letellier. (Extrait.) .191 Observations sur la circulation : Du mode de distribution des Quides nour- riciers dans l'économie animale; par M. Milne Edwards 257 Observations sur le développement des corpuscules sanguins chez les In ■ sectes et autres Invertébrés ; par M. G Newport 36.1 Mémoire sur deux genres nouveaux de monstres Célosomiens, que l'auteur propose de désigner sous les noms de Chélonisome et de Streptosome ; par M .loly. ... 37V ZOOLOGIE GË:«ÉRALE. Rapport adressé à M. le ministre de l'Instruction publique, sur les recher- ches zoologiques faites pendant un voyage sur les côtes de la Sicile ; par M. Milne Edwards 129 AIVIMitllX VERTÉBRÉS. .Sur la classification et les analogies des dents molaires des Carnivores; par M. R. OwEN 116 Histoire du développement de Vcettfelda fœtus du Chien: par M. Bischoff. 367 Observations sur les globules du sang du Paresseux à deux doigts [Brady- pi(s didacfy/iis) ; par M. G. Gdlliver. . .190 Observations sur les globules du sang de V Ornithorhynque : par M. E.-C HoBsoN 48 Observations zootomico-physiologiques sur la respiration chez les &re- nouilles, les Salamanilres H \es Tortues : par }il. Fanizza 230 Sur \eColossochehjs al/u.'î, Tortue fossile gigantesque découverte dans l'Inde; par MM. Falcoser et Cautlev 190 Mémoire sur les Poissons fosailes de l'argile de Londres; par M. Acassiz. 21 ANIIHAUX ANGELES. Recherches microscopiques sur l'organisation des élytres des Coléoptères; par M. BERNARD-DEscnAMPS 354 Observations sur les rapports des Fourmis avec les Pucerons; par M. Eu- gène Robert 99 Etudes anatomiques et physiologiques sur les insectes Diptères de la famille des Pupipares: par M. L. Dufocr 49 Premier Mémoire sur les Acariens, et en particulier sur {'appareil respira- toire et sur les organes de la manducatinn chez plusieurs de ces animaux ; par M Félix Diuardin 5 Observations sur le d(Telni)penieiil i]e^ Annélides : par M Mune Fkwards. 145 TAIil.E DES MATIERES. ;iss MOIXI'SQIIES. Observations et expériences sur la oirculiiiion chez les Mollusques, par M. MiLNE Edwards 289 Nouvelles observations sur la constitution de Vappareil circututvire chez les Mollusques ; par MM Milne Edwards et Valenciesnes .'iOT Observations sur la circulation : Appareil circulatoire du Poulpe; par M. MiLNE Edwards. . . . , .141 Lettre sur lappareil de la circulalion chez les Mollusques de la classe des Brachinpodes ; adressées M. Milne Edwards par M. Owen HI.5 Observations sur le sysiéme nerivux des Mollusques acéphales testacés ou lamellibranches; par M. Emile Blanchard 321 Recherches sur les lois qui président a la dislrilmlinn géographique des Mol- lusques côtiers marins; par M. Alcide d'Obbignï 193 Note sur des Anodontn cijijiiœa et des Paludina vivipara qui ont résisté à la congélation ; par M. N. Jolî 373 Observations analomiques et physiologiques sur \eSagilta bipunctata; par M. A Krohn. ..... 102 XOOPni'TES. Recherches sur Vorganisalion des Vélelles: par M Hullabd 2iS Recherches sur le iléreloppemenl des animalcules Infusoires et des moisis- sures ; par M. F. Pineac 182 Observations sur quelques espèces (V Infusoires de la famille des Rhizo- podes ; par M P. Schlumberger. 2.54 MÉLAXCiES. Publications nouvelles. 191 TAHI.E DES MATIERES PAIÎ ]\OMS D'AITEURS. Agassiz. — Mémoire sur les Pois- sons fossiles de l'argile de Lon- dres 21 Bernird-Deschamps. — Recher- ches microscopiques sur l'orfta- nisation des élylres des Coléop- tères. . .... 33.4 BiscBOFF. — Sur le développement de Vœuf et du fœtus du Chien. 3G7 Blanchard. — Observations sur le système nerveux des Mollusques testacés ou lamellibranches. . 321 Cautlev et Falconer. — Sur le Cossochelys atlas, Tortue fossile gigantesque découverte dans llnde 190 Beschamps (Bernard). — Voyez Bernard-Deschamps. DiTouR (Léon) — Etudes anato- miqueset physiologiques sur les Insectes Diptères de la famille des Pupipares. .... 49 l)i JARDIN (Félixl — Premier Mé- moire sur les Acariens , et en particulier sur l'appareil respi- roloire et sur les organes de la mandiication chez plusieurs de ces animaux. . o Edwards ( Milne J. — Rapport adressé à M. le ministre de l'In- struction publique , sur les re- cherches zoologiques faites pen- dant un voyage sur les côtes de la Sicile 129 — Observations sur le développe- ment des Annélides. ... 1 45 — Observations sur li circulation: Du mode de distribution des fluides nourriciers dans l'éco- nomie animale 2.ï7 — Observations et expériences sur la circulation chez les Mollus- ques 289 — Appareil circulatoire du Poulpe. 341 Edwards (Milne) et Valenciennes. — Nouvelles observations sur 384 la constitution de l'appareil cir- cuiatoire chez les MoUuaques. 307 Falconeb et Cautley. — Voyez CauHey. Gulliver — Observations sur les globules du sainj du Paresseux a deux doigts (^Bradupus didac- tylus). . . . '. . . .190 HoBsoN. — Observations sur les globules du sang de VOrnit/io- rhynque 48 HoLLARD. — Recherches sur lor- ganisalion des Vélelles. . . "248 JoLï. — Note sur des Aiiodonta cygiiœa et des Pahulïiia vwlpara qui ont résisté à la congélation 373 — Mémoire sur deux genres nou- veaux de monstres Célosomiens, que lauleur propose de dési- gner sous les noms de Chéloni- some el 6e Sireptosome. . .374 Krohn, — Observations anatomi- ques et physiologiques sur le Sagilla bipmiclata 102 Lebert et Prévost. — Note com- plémentaire du troisième Mé- moire sur le développement des organes de la cireululion et du sang dans l'embryon du Poulet. 96 Letellier. — De l'influence des tempéralures exlrémcs de l'at- mosphère sur la production de l'acide carbonique dans la res- piration des animaux à sang chaud 191 TABLE DES PLA^C.I1ES. Lewï. . — Recherches sur les di- verses espèces de cires. . 190 Newport. — Développement des corpuscules sanguins chez les Insectes et autres Invertébrés. 3Gi Orbignï (Alcided') — Recher- ches sur les lois qui président à la distribution géographique des Mollusques côtiers marins. . 193 OwES. — Sur la classification et les analogies des dents molaires des Carnivores 1 1 fi — Lettre sur l'appareil de la cir- cjilation chez les Mollusques de la classe des Ilrachiopodes ; adressée à M. Milne Edwards. 31.5 Panizza. — Observations zooto- mico-physiologiques sur la res- piration chez les Grenouilles , les Salatnnndres et les Tortues. 230 PixEAu. — Recherches sur le dé- veloppement des animalcules In- fusoires et des moisissures. . 1 S2 Prévost et Lebert. — Voyez Le- bert. Robert (Eugène). — Observations sur les rapports des Fourmis avec les Pucerons 99 Schlumberger. — Observations sur quelques espèces A'Infu- soires de la famille des Rhizo- podes. . 2;).4 Valencienses. — Voyez Milne Edwards, TABLE DES PLANCHES mXATIVES AUX MÊMOIBES CONTE.NUS DANS CE VOLU.ME. Planches 1. A. Développement du Poulet. 1}. Organisation du Sagilla bipunclola 2 3 ■ j Organisation des Diptères Pupipares 4. Fig. 1-7. Système dentaire. Fig. 8- 10. Circulation dans les Rrachiopodes. 4 bis. Fig. 1-6, Cuterebra noxialis (Goudot). Fig. 8-27. Développement des Infusoires. Fi ^" "' ' ' ' " ' " 6. 7. 8. 9. 10 H 28-34. Analomiede la Vélelle. I'lanche.s 12. Système nerveux des Mollusques acéphales. Développement des Annélides. 13. ' 14. ( Appareil de la circulation dans 15. l le Poulpe. 16 ! rt.\ ni jt/ift Jat .t'rtffi itttt 3' SeriA ■ ^O0l Ton, 3.PI I. v_- yy^ . \ ca \y' *N W" ^J^^^ l L 1> Or^(i/ii.va///>/i (/// Ja//{/ùi ùi/?u/u'ùiài Jnn iif.r Setenc nat J'.ftv-K Ort/tifNsaùo/i i/,w /)(ffh'ri'.\- /uifiiptireo' r?-.. Jnn des Setmr nat 3' .''^"• ^00/ Tom 3 P/ 3 (hu/amsûiwn dejr ffiptère^c pupipares. Vy?,/...,.^ ,„y. iit.r . livi'ftr naf . V . '.'v y^ooi y'o/n . ? /'/ ' ' L \ /y - y.v >x^ '>(>i ■f . ^ n //!/ / - 1 7/ ,l//.r/,'//n- i/cii/,iif(> . /■l'i/.l /// - .\ li/iii/a//n/i Jii/i.i' /,:•■ /tnlr/ii'i)//iii/(V j4nn licx Seti'/u' Htt/ J''Jh-jr* MUst5; '/(// des Scienc ■ nat J^Scree 3. JHool Tarn 3 PI. S m '4- %m ^: fia Déoe/oppemcfii ckj- Téreùe/àv .\ Jlff,,<""/ i^'r -inn .dfj'Jctenc.nai 3*Sêrù--. ^ool rom 3 PI. 6 j8 , -\ J- i5. /■■■-*■ ï À 11 -. ) 1 V i6. 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