.. 6 'et) ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE PALEONTOLOGIE Paris. — tmpi'lniriie île [•'.. Martinet, rar- Miffnur..? Z.D. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE COMPRENANT LANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. MILNE EDWARDS TOME IV PARIS VICTOR MASSON ET FILS, PLACE DE l'école-de-médecine 1865 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE DEUXIÈME MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES (ANTIPATHES VRAIS), Par le docteur H. LA€ A KK-DUTHIERS. CHAPITRE PREMIER. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. I Quand on cherche à dégager la caractéristique des Antipa- THAiRES des descriptions que renferment les ouvrages les plus spéciaux et les plus justement estimés, on est bientôt embar- rassé par les nombreuses difficultés que l'on rencontre, et en y réfléchissant un peu on voit que ces difficultés tiennent toutes à l'insuffisance de nos connaissances. Tel qu'il est représenté dans les musées, le groupe des Anti- PATH AIRES VRAIS cst très-naturcl, et pour un bon nombre de ses espèces les polypiers seuls peuvent facilement conduire à recon- naître et à définir avec toute la précision désirable non-seulement le groupe, le genre, mais encore l'espèce. Toutefois, à côté des 6 H. LACAZE-DVIUIERS. cas où. le moindre doute ne peut se présenter à l'esprit, on voit des exemples qui mettent en défaut toutes les règles de la dia- gnose, règles que cependant on pourrait supposer de première valeur, quand on n'observe que les exemples les plus démon- stratifs et les plus nettement caractérisés. A quoi cela tient-il? Il n'en faut pas douter, cela dépend de l'ignorance où nous sommes relativement à des particularités de tout genre qui, si elles étaient connues, nous serviraient pré- cieusement en nous permettant de les rapporter à des faits plus généraux et de les coordonner méthodiquement. Les vrais Antipathes sont facilement reconnaissables à leurs polypiers toujours très-fragiles et cassants quand ils sont dessé- chés; àleurs dernières ramifications toujours très-grêles, déliées, et qui ressemblent aux barbules délicates d'une plume ; aux épines plus ou moins nombreuses et grandes qui sont disposées le plus souvent irrégulièrement à la surface des gros troncs et assez régulièrement sur les barbules les plus grêles, enfin à une cer- taine teinte noirâtre, toujours assez foncée, qui ne semble jamais faire défaut. De tous ces caractères, celui qui certainement a le plus d'im- portance dans l'état actuel de nos connaissances, c'est celui que l'on peut tirer de la présence des spinules. Jamais, jusqu'ici du moins, on ne l'a rencontré chez les Gorgones, qui, elles aussi, ont un polypier noirâtre flexible, quelquefois cassant et d'appa- rence cornée. Que l'absence de ces spinules soit un caractère aussi net et positif chez les Gorgones que leur présence l'est chez les Anti- pathes, cela n'est pas douteux ; mais dans ces derniers, il peut se présenter des exemples sur lesquels manquent ces épines, tandis que jamais il n'a été vu un axe de Gorgone épineux ; aussi quand l'Antipathe est glabre, il devient dans les collections extrêmement difficile de le distinguer du polypier dénudé d'une Gorgone. D'après les observations que j'ai faites dans les riches collec- tions dont j'ai l'honneur d'être chargé au Muséum d'histoire MÉMOIRE SUR LES ANTIPATH AIRES. 7 naturelle, chez XAntipathes glaberrima Esp., devenu pour M. Gray le type du genre Leîopa^/ie^(l), ce caractère ne manque pas complètement, mais il disparaît entièrement sur les gros troncs, et ne se présente que sur les ramuscules, et surtout sur les barbules. Avant d'aller plus loin, il est nécessaire d'établir le sens précis de cette expression déjà plusieurs fois employée Antipathes VRAIS. Dans un précédent mémoire (2) qui, avec celui-ci, peut être considéré comme une introduction à l'histoire de ce groupe, j'ai montré quelle confusion avait eu lieu relativement au genre Leioputhes, établi primitivement pour l'il. glaberrima, et com- ment un animal très-différent de ceux qu'on va apprendre à connaître recouvrait les charpentes cornées de la Gerardia. Une révision du groupe des Anlipathaires est aujourd'hui nécessaire, car les genres ont été multipliés sans des raisons, à ce qu'il me paraît, bien plausibles. Toujours est-il que, dans l'état actuel de nos connaissances, on peut donner l'existence des épines sur les polypiers comme caractérisant ce que je nomme les Antipathes vrais, qui correspondent au genre Anti- pathes créé primitivement par Pallas. Et qu'on le remarque, je suis loin de dire que le caractère que j'indique ici est absolu. Si l'on juge des richesses des collec- tions en général par celles du Muséum d'histoire naturelle de Paris et par le catalogue du British Muséum publié par M. Gray (3), qui, ainsi que chacun le sait, manque rarement l'occasion de faire des espèces ou des genres nouveaux, ou bien le nombre des espèces que ce groupe renferme est fort restreint, ou bien les musées sont très-pauvres. La seconde supposition est la plus vraisemblable, et dès lors il serait imprudent de vouloir sans (1) Voyez, pour la distinclion de cette espèce et de ce genre, le travail sur la Gerar- dia {Aim. des se. nat., 5« série, ZooL., t. II, p. 172). (2) Voyez ibid. (3) Voyez la Revue des genres et d,es espèces ■r.inh),;th"^, p^ic M. Gr.iv 'Pnjceeding,<: of' Ihc ZDolo'jtiyd l^nririt/). 8 U. LACA^CE-ULTUIERS. plus de recherches caractériser tous les Antipathaires présents et à venir. Les déceptions sont souvent si grandes en zoologie, quand on s'abandonne sans réserve aux déductions analogiques! 11 ne faut jamais oublier ce qu'en zoologie peut et doit donner la méthode naturelle basée sur l'ensemble des carac- tères, car seule elle nous mène à la vérité par la précision. Le plus souvent on se contente d'un seul caractère, si même ce n'est d'un à peu près, et dans l'un et l'autre cas on est conduit certai- nement à des erreurs fâcheuses ou à des classifications pure- ment artificielles. 11 serait facile de montrer plus. d'un exemple de travaux trop vite et légèrement faits ayant causé des erreurs qu'il est pénible de rencontrer dans une science déjà suffisamment décriée et délaissée. La Gerardia Lamarckii dont il vient d'être question avait été désignée dans les collections par des noms différents, suivant l'état plus ou moins parfait des échantillons ; aussi son polypier avait-il été confondu avec celui de \ Anlipalhes glaberrima, Lamarck, ou du Leiopathes glaberrima Gray. Les Polypes des Antipathes vrais paraissent offrir une organi- sation caractéristique. M. Dana a fait connaître les animaux de deux espèces, et il a montré qu'ils n'ont que six tentacules ; ce qui est en parfaite concordance avec ce que Solander avait déjà indiqué pour 1'^. spiralis. Moi-même j'ai constaté sur quatre autres espèces que le nombre des tentacules était encore de six. Il semble donc que ce caractère est constant chez ces animaux ; or les polypiers ont quelquefois assez de ressemblance pour être confondus avec ceux d'autres espèces qui n'ont pas ce nombre de tentacules ; ainsi il s'est trouvé que la Gerardia, quand elle a été étudiée vivante, a présenté vingt-quatre tentacules, sans compter bon nombre d'autres particularités anatomiques qui la différencient des Anti- pathaires connus. Qu'est-ce qui aurait pu faire prévoir une telle diiîérence? MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 9 Certainement, d'après les études peu détaillées qui avaient été faites, ce n'était pas le polypier, et ce n'est à coup sûr pas Lamarck qui l'eût reconnue, lui qui confondait le polypier dé- nudé de cette espèce avec celui de ï Antipalhes glaberrima, et qui faisait du même, lorsqu'il était couvert de la couche animale, sa Gorgonia tuberculata. Je le répète encore, ce n'est pas un seul caractère , mais l'en- semble des caractères superficiels et apparents, cachés ou pro- fonds, qui peut et doit guider dans la connaissance des rapports naturels des êtres. Aussi ici comme partout ailleurs, les mono- graphies détaillées sont-elles nécessaires avant d'entreprendre les études générales. Le groupe des Antipathaires est le moins connu de tous ceux qui composent la grande division des Coralliaires ; il est donc utile de faire connaître tous les renseignements qui peuvent porter quelque lumière nouvelle sur son histoire. En accumu- lant ainsi les faits et les détails, on réunit des matériaux qui, plus tard, peuvent servir à une sage et logique généralisation, bien plus propre à rendre d'utiles services que toutes ces déduc- tions analogiques, trop souvent décorées du nom de philoso- phiques, qui séduisent, mais entraînent vers l'erreur, quand elles n'ont pour point de départ que des vues de l'esprit et non des faits sérieusement étudiés. L'histoire anatomique que je présente ici offre quelques lacunes ; elle est moins complète que celle de la Gerardia qui Fa précédée. Le petit nombre d'échantillons en bon état, la diffi- culté très-grande qu'on éprouve à se les procurer, tout cela avec l'époque peu propice à laquelle je les ai vus, ne m'a pas permis d'acquérir des données très-complètes sur les organes de la reproduction. C'est une lacune regrettable que des observations ultérieures combleront, je l'espère; à part cela, on trouvera ici des faits importants relatifs à l'organisation ; ils n'avaient point encore été indiqués par les auteurs. Ils ont un intérêt réel, car ils 10 n. i.tCAZC-urrHiEKS. serviront k Texplication et aux rapprochements morphologiques des diverses formes de la classe des Coralliaires. Quand ces deux monographies anatomiques seront publiées, quand deux types bien distincts, la Gerardia Lamarckiiel YAnti- pathes subpinnata^ seront connus, je me propose de résumer les observations que j'ai faites en classant la collection du Muséum de Paris. Une revue du groupe Antipathaire est aujourd'hui nécessaire, car la nomenclature de quelques genres et leur dis- tinction laissent beaucoup à désirer. Il est aussi très-probable que des Gorgones décortiquées, ayant pris place en grand nombre, non- seulement comme genres, mais aussi comme espèces, dans cette famille si différente à tous égards des Alcyonaires, doivent définitivement eu être séparées. II On ne sait à peu près rien sur l'organisation des Antipathes ; c'est à peine si l'on a vu quelques animaux épanouis; aussi trois figures de la forme extérieure des Polypes, figures que l'on peut considérer du reste comme fort exactes, forment tous les documents relatifs à ces êtres. Après Solander, dont le dessin du Polype de 1'^. spiralis a été le premier connu, et recopié partout (1), M. Gray a voulu s'occuper de l'anatomie de ces animaux. Malheureusement ses études ont été faites sur des échantillons conservés dans l'alcool, et l'on sait qu'il est fort difficile d'arriver dans ces conditions, sur des animaux de la nature de ceux qui nous occupent, à des résultats positifs, si, primitivement, on n'a fait des études dans l'état naturel. Toutefois M. Gray avait constaté que les Polypes n'avaient que six tentacules, ce qui ne l'empêche point de leur trouver encore une grande analogie avec les Gorgones. Il me paraît utile de réunir ici tout ce qui a été dit sur ces animaux ; il y a si peu de chose , que tous les renseignements (1) Voy.ElUsctSolauder, pi. 19, li-. 3. i et 5. MÉMOlHli SUR LUS ANTIFATUAIRKS. 11 acquièrent de la valeur. Ces citations sont d'ailleurs nécessaires pour montrer que l'opinion du savant anglais n'est pas celle à laquelle nous nous arrêtons. « Mr. Gray also stated,that onexamining a spécimen of /Inti- pathes sent to the Britisli Muséum by the Rev. R.-T. Lowe from Madeira, and vs'hich he believed to be identical with the Ant. dichotoma Pall., he had discovered the animais of this remarkable Coral, and thus ascertained (what had previously been only presumed from the close resemblance of their horny axes) its near relation tothe genus Gorgonia. He regarded this confirmation of the generally received opinion as the more important in conséquence of the apparent similarity between some of the species of Anlipathes and some strong flbrous Sponges, which are now generally believed not to be the habitations ofPo/i//)e5. The minute branches of the spécimen examined bore on their surface at irregular intervais a number of red , dry , pellucid tubercles ; and portions of a similar substance were observed hanging from their sides. Thèse on being immersed for some time in proof spirits, and afterwards placed for examination in water, exhibited uuder the micros- cope, in each tubercle, a Polype exactly similar to those of Gorgonia and Corallium, except that it had only six tenlacula, while the Polypes of the two last named gênera bave eight. It is necessary to observe that when examined in spirit, the Polypes and the thin bark by which they are connected to each other and to the stem assumed a uuiform waxy appea- rance, and broke down beneath the needle without exhibi- ting any traces of organisation. This circumstance had nearly inducedMr. Gray to abandon bis search, had he not discovered thatby macerating in water, and thus removing the spirit, the Polype was restored to its natural gelatinous consistence ; in which state it was readily expanded and observed. Minute, pellucid, oval bodies, which are perhaps similar to the irre- gular papillary spiculœ found in the bark of Gorgonia, are scattered through the bark of this species of Anlipathes, and the axes of its smaller branches are minutely tubular. là H. LACAZE-DIJTHIERS. » Mr. Ellis's "History of Zoophytes" is giveii a figure ot whatthe » author regardée! as the Polype oîA . spiralis, which he found scat- » tered over the stem of that species in the shape of small distant » warts. Thèse when soaked in water, he describes as having six » tenlacula surrounding a small ciip. The tentacula, he observes, » in a letter to Linnœus, pubUshed in the "Gorrespondence" » of that naturahst, are shaped like a bull's horns, with wrinkles » across, and full of gelatinous matter ; and the cup of a most » élégant figure. In the figure this part appears to be concave, » with a crenated edge, and placed on an urn-shaped pedicle. » Should this account of the Polype of Ant. spiralis prove to be » correct, it would be necessary to remove that species from » neighbourhood of the Gorgoniœ and other barked Corals, » from ail of which it would differ so remarkably in its cup- » shaped appendage, and the want of ciliation of the surface of » its tentacula. Mr. Gray added that he had repeatedly examined » the stem of the species in question, but had never been able to » discover on it anything resembling a Polype. The earlier » observations of Rumphius, Marsigli and Pallas, the former on » Ant. spiralis, and the two latter on Ant. dichotoma, were of » too vague a character to furnish any idea of the Polype (1). » M. Dana (2), dans son magnifique ouvrage de l'exploration scientifique de l'Amérique, a donné des dessins fort beaux de deux espèces, de VAntipalhes arborea et de YAntipathes anguina. Gette dernière espèce doit très-probablement entrer dans le genre Cirripathes de Blainv.. D'après les formes extérieures, l'auteur américain a cru devoir établir un rapprochement entre les Zoanthaires et les Ântipathaires, comme on peut en juger par le passage suivant : « An examination of the animais of two species has led to an » arrangement of them among the Actinoïdea, as the tentacles (1) Voy. Pioccedùigs of the Committee of Science and Corresponiletice of the zoological Society of London, part. U, 1832, p. 41. (2) Voy. Vnited-States exptoring Expédition, Zoophytes, 1 volume avec aUas grand in-folio, p. 575. MÉMOIRE SUR LES ANTIPA.THAIRES. là » liave the nakecl character peculiar to this suborder, and the » Polypes closely resemble those of the Madreporae in appearance » and habit (1). » Mais on peut juger d'après ce qui suit que ce rapproche- ment n'était point basé sur des considérations anatomiques, car M. Dana reconnaît lui-même que son rapprochement doit être considéré comme provisoire : « The existence of génital lamellee within the viscéral cavity » bas not yet been proved by dissection, and as this is the deci- » ding character, the propriety of the présent arrangement » cannot be considered as fuUy established. » MM. Milne Edwards et Jules Haime (2) ont admis aussi ce rapprochement, et, dans leurs [travaux sur les Coralliaires, ils ont toujours placé les Antipathes au nombre des Zoanthaires. Ces auteurs, du reste, reconnaissent que Ion sait fort peu de chose sur ces animaux ; que les replis intestiniformes ne sont pas du tout connus, et que les recherches des naturalistes ne peu- vent être que fort utiles en apportant des lumières qui nous manquent encore. Il n'existe rien de plus sur les Antipathaires, et là doivent se borner les citations bibliographiques. Je n'entends point parler des descriptions d'espèces plus ou moins exactes dont il ne peut être question ici , elles sont fort nombreuses. 111 L'anatomie des Zoophytaires est en général difficile. Ces animaux, quelquefois très-vivaces, résistent aux efforts que l'on fait pour les anatomiser, car il est presque impossible de pouvoir anéantir chez eux brusquement la vie. Les contractions de leurs tissus sont si violentes, qu'elles les rendent méconnaissables. Dans quelques espèces, ils deviennent durs et résistants, et l'on (1) Voy. JDaiia, /oc. rit. (2) Voyez Milno Eilwiifds cl .liilis ll.iiiiii , Histoire iitilnrelU- ti.e.'i Corn //inires. ik U. LACAZe-DVTHlERS. éprouve une grande peine à dissocier leurs éléments, si même les formes et les organes ne s'altèrent sous l'influence des con- tractions. Ici ce n'est pas la résistance des tissus contractés qui porte obstacle aux observations, bien au contraire, c'est leur délicatesse ; à peine sont-ils exposés quelques instants à l'air, qu'ils se dessèchent. Les touche-t-on pour les disséquer, qu'ils reviennent sur eux-mêmes, tant leur irritabilité est grande, et qu'ils se décomposent pour ainsi dire en un mucus filant, au milieu duquel les études deviennent fort difficiles. Avec ces conditions, on se rend très -bien compte et de l'état des échantillons dans les musées, et du petit nombre de faits relatifs aux animaux vivants. Si l'on ajoute à cela que ces Anti- pathes habitent toujours, dans la Méditerranée du moins, à de grandes profondeurs, et que les pêcheurs de Corail qui vont au large les rapportent à peu près seuls, ou se fera une idée des difficultés que le naturaliste rencontre pour en faire l'étude. Pendant trois saisons de pêche, plusieurs bateaux de la Calle m'ont apporté de très- nombreux objets d'études ; c'est par cen- taine que j'ai eu à ma disposition des Gerardia vivantes et en très-bon état. Je n'ai eu que quelques rares échantillons de trois espèces d'Antipathes. L'une, YAntipathes dichotoma, entièrement desséchée et décor- tiquée, n'apu meservir. Lesdeux autres avaient leur sarcosome; mais de celles-ci, je n'ai eu qu'un échantillon de VA. larix, dont les animaux restés un peu hors de l'eau n'ont jamais pris un grand développement. J'étais cependant dans d'excellentes con- ditions pour bien observer, et pour avoir les produits de la mer avec la plus grande commodité. Il faut d'ailleurs conclure de ces faits que les Antipathes sont relativement peu nombreux dans les mers de l'est de l'Algérie, et je puis dire aussi sur les côtes du Maroc, car des échantillons de bien des choses m'ont été procu- rés par M. Bertrand, commandant le Corail, bâtiment de l'État en station àOran, et je n'ai eu aucun Antipathes. En Corse et en Sardaigne, il n'en est pas ainsi d'après ce que j'ai pu observer moi-même, et surtout d'après les renseignements qui m'ont été donnés par les corailleurs. Toutes les fois que je MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 15 leur (leDiandais des palmas neras, c'est ainsi qu'ils appellent les Antipatlies, toujours ils me répondaient qu'elles se trouvaient en Sardaigne. Il faut, en outre, pour arriver à faire des études sérieuses rencontrer des pêcheurs à la fois intelligents et dévoués qui sachent, qui veuillent surtout, rapporter les objets qu'on leur demande et les soigner à la mer, à partir du moment où ils les ont pris. lime souvient qu'étant parti d'Ajacciopour une excursion, je rencontrai dans le golfe de Propriano deux petites coralines, auxquelles je promis une bonne récompense si elles me gar- daient ce qu'elles pécheraient. C'était le matin; le soir je les trouvai de nouveau ; elles me donnèrent un très-bel exemplaire d'Antipathestarioc, pris très-peu de temps après mon passage du matin. Il n'avait plus trace de matière animale; tout avait été desséché par le soleil qui, il faut bien le dire, était fort ardent, et quand les pécheurs me virent arriver, ils plongèrent à plusieurs reprises le polypier dans l'eau pour le débarrasser de la teinte terreuse et grisâtre qui le recouvrait, et lui donner plus d'appa- rence. Il faut, je le répète , aller soi-même assister à la pêche, ce qui n'est pas toujours possible, afin de montrer ce dont on a besoin et rencontrer des pêcheurs de confiance et intelligents, avec ces conditions seules, on obtiendra quelque chose; c'est à elles que je dois d'avoir pu observer aussi bien que je l'ai fait la Gerardia. IV La spécification des Antipathes laisse beaucoup à désirer; elle est difficile, et les ouvrages ne fournissent que des renseigne- ments peu précis ; cela tient à ce que le groupe est très-naturel, par conséquent difficile à diviser, et que l'on a décrit simplement ses polypiers. Que dirait-on d'une classification des Gorgones basée uniquement sur leurs polypiers? Sans doute, les choses ne sont pas absolument comparables ; mais au moins est-il néces- saire de faire entrer en ligne de compte la forme, la disposition, 16 II. L4€A2E-DtITUIERS. le nombre des spinules, et de ne pas s'en tenir absolument à la disposition de la ramure. J'espère montrer ce qu'il faut absolu- ment faire pour arriver à la spécification dans la revue que je me propose de publier après ce mémoire. J'ai comparé avec les échantillons de la collection du Muséum ceux que j'ai rapportés d'Afrique, et, sans aucun doute, j'arrive aux espèces suivantes d'après les descriptions, les ouvrages, et l'étude des objets décrits et notés par Lamarck. L'une des espèces peu branchue, à barljules très-longues et relativement assez grosses, est le Lithophyton, n" 9, de Marsi- gli (1), elle véritable A?itipathes dichotoma de VaWdi?, (2); je ne l'ai pas eu vivant. La seconde a un tronc à peu près indivis, une, rarement deux fois bifurqué. Dans les musées, on la rencontre haute de plus d'un mètre, sans aucune ramification. Des b.arbules grêles, déli- cates, rayonnent tout autour de son axe : c'est bien YAnti- pathes larix (3) . La troisième est fort irrégulière ; ses troncs sont capricieuse- ment anguleux ou contournés, et ses barbules, fort grêles et délicates, sont placées latéralement sur trois ou quatre rangs très-làches de chaque côté des dernières ramifications. C'est à n'en pas douter VAntipathes subpinnata des auteurs (h). Cette dernière espèce a été vivante dans mes aquariums ; c'est elle qui a servi surtout aux études dont je présente ici les ré- sultats. (1) Voj. Marsigli, Physique de la mer, p. 105, pi. 21 , lig. 101. (2) Vo\. Pallas, Elench., p. 216. (3) Voy. Espf-r, Pflanzmth., t. II, p. 147, pi. a. (4) Voy. Ellis et Solander, Pallas. MÉMOIHK SUR LES AMTIPATHAIRES. 17 CHAPITRE II. I-^\Tin.\' HK VA.VTIPATIIES SUBPI.WATA. I Du zoanthodèiiio. Le zoanthodème de cette espèce a une apparence, un port, bien différents de l'espèce qu'Esper et les autres zoophylo- graphes ont décrit sous le nom de Larix (1). Il présente des ramifications primaires fort développées qui sont de véritables tiges, plusieurs fois et très-irrégulièrement ramifiées. Les branches portent latéralement des pinnules (2) ou barbules de ù à 5 centimètres de long au plus, jamais ramifiées, fort délicates, flexibles, et toutes couvertes d'épines assez serrées. Nous reviendrons sur ces particularités en nous occupant des polypiers ; elles ont une grande importance, car elles contri- Inient beaucoup à la distinction des espèces. Le port général (3) est très -différent des autres espèces qui sont le plus ordinairement assez régulièrement branchues. Le tronc peut être droit et perpendiculaire à la partie qui le supporte, puis se fléchir brusquement, à angle quelquefois aigu, et se porter ainsi obliquement assez loin. Les ramifications peu- vent aussi exister vers la base, tout comme ne se rencontrer que vers l'extrémité. Les barbules sont souvent réunies en sortes de bouquets aux extrémités des rameaux; elles n'existent qu'ex- ceptionnellement sur les grosses branches. La fragilité du tissu du polypier peut expliquer toutes ces irré- gularités des zoanthodèmes. J'ai reçu une fois un échantillon très-vivant, de la base au sommet, qui était formé, d'une part, en bas d'une grosse masse comme le poing, où les couches du polypier et d'autres corps alternaient; d'autre part, d'une tige (1) Voj. EUis et Solander, Hùt. of'Zooph., p. 101, pi. 19, fiif. 9 et 10 ; Lamouroux, Pol. flex., p. 379, et Exp. tneth., p. 39, pi. 19. (2) Voy. Ann. des se. nnt . , Zooi.., 5* série. 1. TV, |)1. 1. (3) Voy. ibid. 5<= séri.-. Znoi.. T. I\'. (Gi.Iiicr ii'^ 1.; 1 2 18 B.- L AC AZE-DVTHIERS . assez grêle, longue d'un demi-mètre, et cinq à six fois angu- leuse en sens inverse, terminée par un bouquet de barbules dis- posé comme il vient d'être dit sur un ramuscnle fort long et d'un faible diamètre. Ce zoanthodème a vécu plusieurs jours dans mon aquarium. Ainsi la forme est très-variable et n'a rien de particulier. La couleur générale, quand les Polypes sont vivants, est d'un gris un peu rougeâtre, lavé de terre de Sienne. Les échantillons conservés dans l'alcool changent peu, car ils ne perdent qu'une très-légère partie de leur nuance rougeâtre ; ils deviennent seu- lement plus franchement gris, et à part cette différence, on les croirait vivants et contractés. Si les tissus des Antipathes offrent une grande délicatesse, ils se conservent aussi beaucoup mieux dans les liqueurs que ceux des autres Zoophytes coralliaires, et des échantillons que j'ai bienti'it depuis tro.is ans semblent encore sortir de la mer. 11 Pu sarcosome. La couche charnue qui couvre le polypier est relativement assez épaisse, si elle paraît avoir une couleur uniforme à la simple vue ; elle semble à la loupe toute piquetée de fines taches de la même nuance que le polypier, par conséquent presque noirâtres. Quand on la touche, elle se couvre dune viscosité épaisse, d'une sorte de mucosité filante produite par une exudation des tissus de sa surface. Il est fort difficile de la détacher du polypier, et cela pour deux raisons ; elle est si peu résistante, que l'on n'en peut avec des pinces arracher que des parcelles insignifiantes ; on n'arrive jamais à obtenir un lambeau d' une étendue même fort restreinte ; son adhérence au polypier est d'ailleurs fort grande, et les épines qui couvrent la surface de celui-ci s'avancent en le tra- MÉMOIRE SUR LES ANTIFATHAIRES. 19 versant jusqu'à sa limite extérieure ; de la sorte, lesarcosome ne peut être détaché, retenu qu'il est par les innombrables piquants qui le traversent. Il y a déjà dans cette disposition une différence très-grande avec ce qui existe chez les Gorgones, où dans bien des cas on peut décortiquer et dénuder entièrement le polypier en élevant le corps charnu d'une seule pièce. 11 est vrai que dans ce groupe le sarcosome est limité à la tàce interne par une couche de vais- seaux, dont le tissu très-délicat est rompu par les plus légères tractions , tandis que dans le reste de son épaisseur il est con- solidé par une multitude de spicules qui se croisent et se feutrent dans tous les sens. Il ne paraît exister rien de particulier à la surface des tissus mous, dont nous ferons connaître plus loin la texture intime. Les Polypes font partie du sarcosome , et à ce titre il faut remarquer que le corps charnu général recouvre souvent les bases grosses et bouillonnées, sans présenter de Polypes, et que sur les gros troncs ceux-ci sont fort éloignés. J'insiste sur ce fait qui me paraît plein d'intérêt au point de vue de la physiologie générale de ces animaux. 11 ne m'a point été possible, avec un aussi petit nombre d'individus que celui dont j'ai pu disposer, de reconnaître s'il existait des vais- seauxau milieu du corps charnu ; c'est là une lacune regrettable, qu'il me semble bien difficile de combler sans un nombre très-grand d'échantillons, en raison môme de la difficulté que présente l'anatomie. On a vu dans la Gerardia un système de canaux irrigateurs fort développé mettre en communication tous les Polypes d'un môme zoanthodème; l'analogie et le raisonnement conduisent ici à admettre une disposition semblable. Comment comprendre, en effet, sans elle l'accroissement des bases des troncs du polypier, là où les Polypes sont ou très- éloignés, ou même absents. Il faut bien évidemment que les 20 H. LACAZE-nVTHlERS. substances destinées à la nutrition soient apportées dans les points où en se déposant elles produisent quelque chose. Le rai- sonnement conduit donc à admettre des vaisseaux, que l'ob- servation directe n'a pu démontrer. Nous reviendrons encore sur ce fait en nous occupant des rapports des polypiers et des Polypes sur les barbules. III Des Polypes. Les animaux des espèces d'Antipathes ipril m'a été donné d'observer sont très-différents de ceux de la Gerardia, et cela pendant toute leur existence, car ils conservent exactement les mêmes caractères à la base ou au sommet des zoanthodèmes, sur les barbules ou sur les grosses branches. N'ai-je point eu d'animaux aussi vivants que M. Dana ; ou bien l'espèce étant différente, les formes qu'ils m'ont présentées étaient-elles en rapport avec leur nature spécifique? 11 m'a semblé trouver quelques différences ; mais comme j'ai si sou- vent remarqué sur les animaux inférieurs que la variabilité des formes est pour ainsi dire illimitée , que l'état de con- traction ou de relâchement peut faire prendre un aspect tout autre à un Polype, je ne saurais trop mettre de réserve dans l'appréciation comme caractères des formes extérieures de l'animal. Les individus que j'ai observés étaient (1) toutefois bien vivants ; ils avaient vécu plusieurs jours se fermant et s'épa- nouissant alternativement, et répondaient très-bien par la mani- festation de leur sensibilité aux irritations extérieures. Mais j'ai vu des choses semblables pour le Corail, et cependant quelque- fois il était à peine ouvert, et ne donnait nullement l'idée de la longueur de ses bras et de l'élégance de ses corolles. Les Polypes n'ont jamais étendu leurs bras bien loin ; ils les épanouissaient de manière à représenter tout au plus dans leur (1) Voy. Amudessc.nnt., Zooi,., .'j« série,!. IV, pi. 1, tl°. 2. 3 et 4. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 21 ensemble une fois et demie le diamètre de la barbule qui les portait. J'entends de la barbule couverte des tissus mous. Dans leur plus grand épanouissement, le grand diamètre de la rosette qu'ils forment ne m'a jamais paru mesurer plus d'un mil- limètre à un millimètre et demi. Ils n'ont que six tentacules disposés en couronne ovale, dont les extrémités ne dépassent jamais que d'une petite quantité les bords de la barbule qui les porte. Jamais cette couronne ou rosette ne s'est éloignée de sa base comme dans la Gerardia^ qui, on le sait, a son péristome porté par un tube quelquefois très-long quand 'elle est épanouie." La bouche occupe le centre du péristome ; elle est comme tou- jours ovale, et quelquefois portée par un prolongement, par une élévation qui ressemble à un mamelon, et forme un mufle. Cela s'est présenté quelquefois dans la Gerardia (1) ; M. Dana (2) l'a aussi indiqué chez VJntipatlies arborea, et Ellis et Solander (3) chez Y Antipalhes spiralis. Les tentacules qui occupent la circonférence du péristome ne se sont jamais, sous mes yeux, étirés pour devenir grêles et lon- guement tubuleux ; ainsi que cela se voit chez les autres Coral- liaires, ils m'ont toujours paru comme de gros tubercules cylin- driques, terminés à leur extrémité par une calotte sphérique. Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, il m'est arrivé si souvent de reconnaître que la forme des animaux d'une même espèce est toute différente suivant le moment de l'observation, que je ne voudrais pas affirmer que, dans le cas actuel, les tentacules ne fussent jamais plus allongés que ceux dont je donne ici le dessin. Je ne saurais donc trop le répéter, il est impossible de rien préjuger sur la forme, la grandeur et la direction des tentacules. Qui pourrait dire, par exemple, que ces tous petits tubercules qui (1) Voy. Lacaze-Duthiers, A7in. des se. nat., Zool., 5« série, t. U, pi. 14, %. 6. (2) Voy. Dana, loc\ cit., pi. 56, 2, 2», 2b, et flg. 1, 1», 11-, U. (3) Voy. Ellis et Solander, loc. cit., pi. 19, tig. 1 à 6. Cette figure a été repro- duite par presque tous les auteurs. 22 B. LACAZK-DUTHIERIâ. entourent la bouche d'une Hydre d'eau douce presque contrac- tée prendront cette longueur et cette gracilité que tous les natu- ralistes leur connaissent. Je n'insiste sur cette remarque que pour bien faire sentir la différence ([ui existe entre les dessins que je donne ici, et ceux qu'a publiés M. Dana dans l'exploration scientifique de l'Amérique, différence que je ne voudrais rap- porter à la nature de l'espèce qu'en faisant mes réserves. Les tentacules sont très-contractiles, comme on pouvait sans peine le prévoir ; mais ils ne se retourneiit point en dedans comme chez les Alcyonaires, Le'péristome ne paraît même pas se déprimer au centre pour les recevoir et les recouvrir de ses parties périphériques, comme on l'observe chez les Zoanthaires. Leur tissu se contracte, et ramène tout simplement au niveau des parois du corps leur sommet arrondi qui se confond presque avec ce dernier, et tout le Polype forme un mamelon froncé à son sonnuet, comme cela se présente toujours chez les Zoanthaires, mais sans jamais masquer absolument la bouche et les tentacules. La position des animaux est variable : tantôt ils sont fort rap- prochés, tantôt ils sont éloignés les uns des autres, même séparés par un assez grand intervalle. Dans le premier cas, ils sont presque au contact, si bien qu'une légère dépression les sépare à l'extérieur, et ([u'une simple cloison les limite à l'intérieur. Dans le second cas, il y a un tissu intermédiaire fort difficile à bien analyser, et qui ne montre pas dans son épaisseur toutes les particularités que l'on a vu exister dans le sarcosome de la Gerardia; la première condition se trouve sur les barbules, la seconde sur les gros troncs. Cette grande distance (1) qui sépare les Polypes sur les grosses tiges mérite d'être considérée d'une façon toute particulière ; elle mesure quelquefois de 3 à /i millimètres, même davantage, tout à fait sur les bases des zoanthodèmes, et comparée à la taille des animaux cette distance est grande ; nous en reparlerons en (1) Voy. Ann. des se, naU, Zool., 5^ série, pi. J, fig". 2. MÉMOIRE SUR LÈS ANTIPATHÂIRES. 23 tious occupant de l'existence de l'appareil de la circulation, car elle a un intérêt d'anatomie physiologique et zoologique tout particulier. Sans vouloir en aucune façon faire ici une étude comparative des espèces, je dois dire cependant qu'en étudiant la collection du Muséum, j'en ai rencontré quelques-unes portant encore la couche de sarcosome, dans laquelle les animaux étaient fort évidents et faciles à reconnaître avec tous leurs caractères. Ainsi, par exemple, X /inlipathes scoparia présente des animaux qui ont plus de 2 millimètres de diamètre sur ses branches, et qui sont beaucoup plus volumineux que ceux que VAntipathes subjmmata porte sur ses barbules et sur ses troncs. Sur les gros rameaux et les troncs de cette espèce, le diamètre augmente encore, et l'on peut très-bien voir à la loupe sept tubercules, dont l'un repré- sente au centre la bouche, et les six autres, rangés en cercle, les tentacules. Ici, comme dans les autres espèces, la rosette repré- sente un ovale et non un cercle parfait. Sur un tronc et sur l'extrémité cassée d'une grosse branche de là collection du Muséum, et appartenant au Leiopathes gla- berrima (1), dans un espace de quelques centimètres, la couche sarcosomique est parfaitement conservée. Les animaux y sont très- évidents , et leur diamètre dépasse aussi 2 millimètres d'étendue. Les tentacules ne sont qu'au nombre de six, et dis- posés comme il a été dit plus haut. La position des Polypes est assez curieuse dans les deux espèces qui nous occupent pour qu'il soit nécessaire d'en dire quelques mots. M. Dana l'a du reste parfaitement indiquée pour les deux espèces dont il a donné les figures. Dans VA. anguina (2), les animaux sont irrégulièrement distribués tout autour de l'axe [i) Le genre Leiopathes de Gray doit être conservé pour respèce qu'Esper appelait Antipathes glaberrima. Mais i\ faut en exclure le Leiopathes Laviarckn (J. Hainic), devenu le type du genre Gerardia. Voyez, pour plus de détails^ cette distinction, Mémoire sur la Gerardia Lamarckii, Ann. des se. nat., ZoOL., 5^ série, t. II, p. 172. (2) Voy. Dana, loc. cit., pi. 56, fig. 1, U, l^ 1'^, 1"'. 2/1. U. LACAZE-DUTHIER9. simple du polypier, tandis que dans 1'^ . arborea ils sont disposés en ligne, en file, sur un seul côté desbarbules(l).De même dans les deux espèces qui nous occupent ici, et j'ajouterai aussi dans VA. scoparia, dont les deux échantillons que possède la collec- tion du Jardin des plantes, sont couverts de Polypes très-bien conservés, quoique desséchés, et sur lesquels il est possible de reconnaître parfaitement toutes les dispositions caractéristiques. Dans les trois dernières espèces, les Polypes sont très-régu- lièrement disposés sur un seul côté des barbules, sur celui qui est opposé à la base, et qui regarde par conséquent le sommet des tiges. Si donc on suppose une barbule devant soi (2), la tige qui la porte étant verticale, tous les Polypes placés à côté les uns des autres paraissent former comme un feston sur la partie corres- pondant au côté supérieur, dont chaque dentest un animal con- tracté, et chaque échancrure un intervalle entre deux Polypes. Pour VA. larix, la même chose se présente; les corps dés Polypes forment une saillie très-évidente sur le côté de la bar- bule qui regarde le sommet de la tige générale. Dans VA . scoparia, la plupart des barbules sont encore dans le même cas ; mais le développement des branches secondaires léplace quelquefois les choses, et l'on peut croire parfois que les Polypes ne sont plus sur le côté qui regarde le sommet de la tige ; mais néanmoins ces animaux forment toujours une série sur un seul côté. Sur les troncs (3) et les grosses branches dans ces espèces qui présentent un arrangement si régulier quand il s'agit des bar- bules, les Polypes n'ont plus une position aussi uniforme; ils sont semés çà et là. Sans doute, cela peut s'expliquer par les nom- breux changements de rapports qui s'accomplissent quand les barbules deviennent branches. Pendant raccroissement, des dé- placements nécessaires et forcés apportent le trouble dans la régularité priuiitive ; ainsi des barbules nouvelles naissent sur les barbules, et le sarcosome, en se transformant pour pro- (1) Voy. Dana, /oc. cit., flg. 2, 2a, 2b. (2) Voy. Ann. des se. naf., Zool., 5«séne. 1. IV, pi. 1. Ik. 1 tt 2. (3) yo^:ibid.,i\s. '2{p,p']. tl MÉMOIRE SUR LES ANTIPATUAIRES. 25 duire ces éléments nouveaux, doit s'étendre dans un sens plus que dans l'autre, et détruire ainsi un mode de groupement qu'il est cependant besoin de considérer comme caractéris- tique des espèces qui le présentent. Il était important de signaler ces dispositions, car elles peu- vent servir beaucoup, et aider les spécifications toujours diffi- ciles quand il s'agit de groupes aussi naturels que celui qui nous occupe. IV Organisation des Polypes. Une chose rend l'observation facile et favorise ici le natura- liste, les tissus sont assez transparents et l'animal assez ma- niable, pour qu'il soit possible de voir l'intérieur de la cavité générale avec un grossissement de 50 fois. Voici comment on doit agir pour constater les faits que je vais exposer : Il faut porter avec précaution toute une barbule détachée avec soin du zoanthodème, dans une petite cuvette à observa- tion microscopique ; on doit avoir le soin d'éviter toute compres- sion, afin que les Polypes s'épanouissent, ce qui ne tarde pas à arriver quand on les place dans de l'eau fraîche et nouvellement puisée à la mer. En observant ces animaux soit de face, soit de profil, voici ce qu'on peut reconnaître par transparence : D'abord en dessus et de face (1), la bouche se présente comme une fente ovale placée au centre d'une figure hexago- nale , dont les angles sont prolongés en lignes délicates et rayonnantes, plongeant et disparaissant bientôt dans l'épaisseur des tissus. Ces lignes sont évidemment les cloisons qui partagent la cavité générale en loges périphériques. On sait que dans tout le groupe des Zoophytes cœlentérés (1) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5^ série, t. IV, pi. 1, fig. 3, et pi. 2, fig. 7. 126 II. LAC-AZE-nLrilIKRS, et plus particulièrcinent des Coralliaires, la cavité générale est partagée en compartiments, loges ou stalles périphériques (1), qui sont limités par des cloisons nées sur les parois du corps, et prolongées vers le centre sans se souder dans le bas, tandis que dans le haut elles sont unies au tube œsophagien qui descend de la bouche. Ici tout cela se présente, et en étudiant en effet une barbule de profil, on voit bientôt que les cloisons sont unies à un œsophage ou tube central fort court sur les animaux un peu contractés (2). Mais un fait bien curieux , et à mes yeux fort important au point de vue de la morphologie des Actiniaires, se présente ici. Dans les Acliniens, on remarque, sans peine, qu'à chaque ten- tacule correspond une loge périphérique de la cavité générale, et que chaque loge est limitée par deux cloisons ; en un mot, qu'il y a autant de cloisons que de tentacules et de loges. On observe aussi que les cloisons, dans la partie de leur bord interne qui est libre au-dessous de l'œsophage, portent un cordon bor- dant, qui, plus long que les cloisons, est obligé de se contourner en zigzags répétés, et rappelle par-là les circonvolutions de l'in- testin suspendues aux lames du mésentère, d'où le nom de lames mésenlévoides qu'on a donné aussi à Ces cloisons, de lames radiantes^ de lames à cordon pelotonné. La différence que présentent les replis ou cloisons dans \Anti- palhes sLibpinnata est des plus remarqualîles ; elle me paraît tout à fait insolite dans le groupe des Zoophyles cœlentérés (Coral- liaires). Je pense bien que les six cloisons existent; mais quatre d'entre elles sont tout à fait rudimentaires ou sont peu saillantes sur les parois de la cavité générale. Deux au contraire offrent un déve- loppement considérable (3), et représentent les cloisons avec cordon pelotonné des autres Coralliaires. Ces deux cloisons opposées l'une à l'autre sont symétrique- (1) Voj. il/iw. des se. liât., Zool., 5*= SL-ric, Mémoire sur lu Gerardia Lamarckii t. n, pi. 17, (ig. 29. (2) Voy. Aiin. des se. nat. ,Zooi., 5^ série, t. IV, pi. 2, lîg. 5. (3) Voy. ibid.f fig. 7 (m). MÉMUlRfc; SUR LES ANTIPATHAIRES. 27 ment placées dans la cavité générale ; elles ont deux cloisons rudimentaires (1) de chaque côté d'elles, et partagent ainsi en deux moitiés distinctes et parfaitement semblables le corps des Polypes. On les distingue facilement quand on regarde de face la rosette tentaculaire , alors on voit les deux cordons pelotonnés partant de deux points opposés vers le milieu de la bouche, et rayonner vers le centre. Dans un mémoire déjà ancien ('2), et qui avait pour but le développement des Actinies {Adinia equînia), j'ai montré que les cloisons suivent une certaine loi dans leur apparition. Le jeune Polype est au commencement divisé en deux parties par deux cloisons opposées l'une à l'autre, marchant dans leur accroissement de la circonférence vers le centre, et perpendicu- lairement au grand diamètre. Primitivement donc, le nombre six n'existe pas, c'est le nombre deux. Chacune des moitiés du corps de la jeune Actinie se partage de même que l'avait fait tout le corps en parties secondaires, et n'arrive que par des transformations successives au nombre six, qui disparaît même si rapidement qu'on peut le regarder chez elles comme tout à fait transitoire. Après le nombre six vient le nombre huit, qui conduit facilement, quoique moins brusquement, au nombre douze, et le type Actiniaire, ou Zoanlhaire, est alors caractérisé, car il est un multiple de trois ou deux fois six, soit douze. Dans leur développement, quant aux parties qui les composent, les replis radiés suivent une marche analogue ; ainsi les replis sont formés avant les cordons pelotonnés, et quand les cordons sont produits, ils se présentent sur les lames les plus anciennes. De sorte que les premiers cordons répètent dans leur apparition la même marche que les lames. On sent tout de suite quel parallèle il est possible d'étabhr entre l'organisme naissant d'une Actinie et celui qui est constant dans un Antipathaire. Ne pourrait-on pas dire qu'un arrêt de (1) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5« série, t. IV, pi. 2, flg-. 7 (m, n, n, n). (2) Voy. Compte rendu de l'Académie des sciences, 1851, 28 II. LAC/tZE-DLIHIEKS. développement a frappé quatre des cloisons primitives, et que deux se sont seulement développées ; que les deux premiers cor- dons pelotonnés correspondant aux deux premières cloisons se sont eux-mêmes seuls formés? Quand on regarde de face un Polype, on voit bien que sa bouche est ovale, et que son plus grand diamètre est justement perpendiculaire à la direction des deux replis à cordons pelo- tonnés : or ce sont ces deux replis qui, dans le principe, ont divisé la masse de l'ovoïde embryonaire en deux parties. A une période très-peu avancée de son développement, une jeune Actinie avait son corps partagé en deux moitiés, comme le Polype de l'Antipathe ; dans celui-ci, quatre cloisons se sont ajoutées aux deux premières, et ont complété le cycle du nombre six, caractéristique du groupe. Il y a doiic, à certains égards, une grande analogie entre le développement des Actinies, ou mieux des Zoanthaires, et celui des Antipathes. Mais ce dernier se caractérise en ne continuant pas une évo- lution qui multiplierait le nombre de ses parties. Il reste sta- tion naire. Dans un autre travail plus général, je montrerai comment en partant de l'embryogénie de l'Actinie on peut se rendre un compte aussi exact que facile et simple des différentes formes que nous offre la classe des Coralliaires ; comment, par exemple, on arrive au nombre huit qui caractérise les Alcyonaires. Mais revenons à la disposition anatomique de V^éntipathes. Quand on examine de profil les barbules couvertes de rangées linéaires et régulières de Polypes, on voit par transparence et de face les deux replis mésentéroïdes avec leurs gros cordons pelotonnés, et l'on sent que le plan qui [tasserait par ces lames radiantes tomberait sur l'axe de la barbule du polypier paral- lèlement à elle. En un mot, les cloisons des divers Polypes d'une même bar- MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 29 bule sont placées dans un même plan qui passe par la l)arbule cornée. D'après cela, on voit tout de suite qu'un plan dirigé par le grand axe de la bouche, que l'on a vue être ovoïde et perpendi- culaire aux deux cloisons les plus développées, doit couper per- pendiculairement encore la direction du polypier. Aussi d'après cela quand on regarde la barbule par le côté qui porte les Polypes, on voit que toutes les bouches sont transversales (1). Ces détails minutieux peuvent paraître en ce moment de peu d'importance; plus tard, quand j'aurai l'occasion de publier un travail général de morphologie, ils acquerront tous une valeur des plus grandes, et permettront de relier les formes parti- culières et peu connues des Antipathaires aux formes plus géné- rales et mieux étudiées des autres Coralliaires. V Texture intime des tissus. Lorsque l'on enlève des parcelles des parties molles du sarco- some qui recouvrent le zoanthodème de YAntipathes stibpin- nata, et qu'on les soumet à l'observation microscopique, on voit que les tissus sont essentiellement formés par des éléments cel- lulaires bien caractérisés, qui rappellent ceux qui ont été décrits dans la Gerardia Lamarckii ("2). Les cellules (3) sont assez grandes; elles s'altèrent facilement, et autour d'elles flottent de très-nombreuses granulations fines qui paraissent produire une mucosité filante, au milieu de laquelle semblent empâtées un grand nombre d'elles et de cellules mêlées à d'autres éléments [h). (1) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5« série, t. IV, pi. 1, lig. 3 (/>}. (2) Voy. Lacaze-Duthiers, loc. eit. (3) Voy. Ann. des se. nnf., Zooi.., 5« série, t. IV, pi. 3, fig. ih el 15, (4) Voy. ibid., pi. 3, fi;;. 15. 30 H. L%C.4ZE-DLTaiEKS. Si l'on peut arriver à isoler un tubercule tentaculaire et le comprimer légèrement, on voit que ses éléments affectent les rapports suivants. La chose n'est point aisée, tant les tissus sont délicats; le peu de résistance qu'ils offrent au tranchant des instruments fait qu'il est fort difficile d'en obtenir des lambeaux où les éléments soient intacts. Les cellules sont grandes, et mesurent dans leur plus grand diamètre un centième et demi de millimètre, et dans leur plus petite dimension un centième seulement. Assez lâchement unies, elles se compriment cependant les unes les autres un peu, et deviennent légèrement polyédriques (1) ; mais sous lactiou des moindres tiactious ou compressions, elles se désagrègent, et reprenneiit en devenant libres leur forme sphéroïdale (2). Beaucoup d'entre elles sont remplies de granulations grosses, dont une dizaine, placées bout à bout, mesurent à peu près leur plus grand diamètre. Dans quelques points de l'organisme, il n'est pas rare de ren- contrer d'autres cellules plus grandes, parfaitement transpa- rentes (o), réfractant assez vivement la lumière, et dont les bords paraissent par conséquent somlji-es. Les tissus les plus colorés présentent aussi les cellules à granulations les plus développées, et ces éléments sont eux-mêmes colorés de la teinte générale gris jaunâtre. Ce sont ces granulations qui s'échappent quand les cellules qui les contiennent sont rompues, et qui, en se mêlant à l'eau, produisent un mucilage visqueux, filant, au milieu duquel un grand nombre de granulations se voient encore intactes à côti' d'autres en voie de désagrégation. Les cellules les plus grandes se rencontrent dans les replis mésentéroïdes (l\). soit dans le cordon pelotonné, soit dans la (1) Voy. Ami. des se. nai., Zool., 5' séric^ t. IV^ pi. 3, fig. ilx. (2) Voy. ibid., fig. 13. Ici les cellules sont vues et dessinées avec le n» 7 deNachet, c'est-à-dire à un grossissement plus considérable que dans la figure précédente. (3) Voy. ibid., fig. 13 (6), et fig. 17. (4) Voy. ibid., pi. 3, fig. 13. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. ol la lame tout eiiUère (i). C'est même dans celle dernière que Ton voit souvent les éléments des tissus encore sphéroïdanx, et comme empilés les uns sur les autres. Dans la Gerardia., on observe une disposition facile à recon- naître, même avec de faibles grossissements. Les éléments cel- lulaires sont réunis en deux couches fort distinctes (2) : lune externe, à éléments relativement petits, posés, suivant leur grand diamètre, les uns à coté des autres et perpendicu- lairement à la surface générale ; Vautre interne, plus colorée que la précédente, dont les cellules, plus làcheuient unies, forment comme la partie parenchy mate use la plus délicate. Ici j'ai cher- ché à retrouver ces deux couches; il ne m'a point paru qu'elles fussent aussi nettement distinctes, tout en pensant qu'elles devaient exister. Les difficultés de l'observation sont la cause de l'incertitude que je laisse exister ici : car sur un animal vu de profil dont je donne le dessin (3), on reconnaît tout autour de la ligne colorée, représentant évidemment les limites des parois du corps, comme une trace d'une seconde couche; mais dans quelques points, surtout à l'opposé du polypier, la couche colorée unique limitant la cavité, étant en dedans couverte d'un épithélium vibratile, il est plus difficile de distinguer nettement les choses. Je prie le lecteui' de bien considérer la figure qui repré- sente (u) un Polype grossi et vu de profil. L'axe du polypier (5) est comme enfermé dans un canal, et entouré de toute part d'une couche de tissu cellulaire. Cette couche forme évidemment le plancher delà cavité du Polype ; or, si on la suit jusqu'aux limites de l'animal, par conséquent jusqu'au point où deux Polypes sont contigus, on voit que la couche externe (6) passe sans inter- (1) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5« série, t. IV, pi. 3, fig. 10 [g). (2) Voy. Mémoire sur la Gerardia, loc. cit., pi. 15, fig. 7 ; Ann. des se. nat., Zool., 5' série, t. II. (3) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5* série, t. IV, pi. 2, fig. 5. (4) Voy. ihid., particulièrement fig. 5. (5) Ibid., B. (6) Voy . ibid. , le eôté de la figure 5 ; (<'), couche externe. â2 n. LACASEE-DUTHIERS ruption aucune d'un animal à l'autre, et que, au-dessous d'elle, perpendiculairement au polypier, une ligne un peu sombre marque la limite des deux animaux ; on croirait que cette ligne est le résultat de l'accolement des deux couches internes, dont la limite dans la cavité n'est que vaguement indiquée. Mais à côté de cela, on voit une des parties des tubercules représentant les tentacules, sans apparence de couche interne, puisque les cils vibratiles sont très-nettement visibles en dedans. Quoi qu'il en soit, on retrouve, dans quelque position qu'on observe la barbule, toujours une couche fort nettement limitée, et présentant une coloration particulière due aux granulations des cellules qui la forment. Les Nématocystes sont remarquables, et ont une apparence toute spéciale ; ils sont très-transparents , ovoïdes et légèrement lavés de teinte neutre (1). Leur longueur est d'un centième et demi, et leur épaisseur d'un demi-centième de millimètre (2). Vus de côté et couchés sur leur plus grand diamètre, ils paraissent traversés d'un bout à l'autre par une ligne noire plus foncée, plus large vers le milieu de la longueur, et l'on ne découvre dans leur intérieur aucune trace du fil enroulé en spi- rale. Cependant ils en renferment un, car on en rencontre beau- coup dans le champ du microscope qui sont prolongés par un fil très-délié, mais peu allongé (3). Leur distribution offre des particularités intéressantes. Je ne voudrais pas donner trop de valeur à ce caractère, ne désirant pas me hâter de généraliser; mais cependant, en fai- sant gontler les tissus de \ Anlipathes scoparia et du Leiopalhes glaberrima dans une solution assez forte de soude, je l'ai trouvé sur les échantillons de la collection du Muséum, aussi marqué que dans les espèces fraîchement sorties de la mer. (1) Voy. Ann. des se. naf., Zooi.., 5« série, t. IV, pi. 'i, fig. 11 et 12. (2) Voy. ifjul. (e,f). (3) Voy. ////>/., fijj. 12 (e). MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 33 Les capsules urticaiites se groupent de quinze à vingt au moins en paquets disséminés, sans régularité et passablement espacés. Chaque groupe ou paquet paraît formé de petits cercles (1) réunis qui représentent la projection de la paroi, au milieu duquel on voit un point noirâtre, qui lui-même est la projection de la ligne longitudinale indiquée plus haut ('2). Cette disposition toute particulière semblerait peut-être carac- téristique des Antipathaires ; mais avant de se prononcer d'une manière absolue, il est nécessaire que de nouvelles observations viennent confirmer ces prévisions. Dans les replis intestiniformes, les Nématocystes sont beau- coup plus gros que dans les parois du corps (3). Ils ont un peu plus de longueur, mais surtout leur diamètre transversal est au moins deux fois plus grand. Leur longueur est à peu près la même que celle des Nématocystes des parois du corps ; toutefois elle atteint deux centièmes de millimètre, et leur longueur est bien plus considérable. La traînée obscure du milieu est très-marquée, et l'une de ses extrémités, celle qui correspond au bout le plus obtus de l'ovoïde de la capsule, est un peu arrondie, et n'arrive pas jusqu'aux parois de la capsule. Ces cellules filifères n'ont pas dans le cordon pelotonné une disposition semblable à celle que l'on vient de voir dans les parois du corps [h] ; elles sont en effet fort rapprochées, toutes placées à côté les unes des autres, et viennent jusqu'à la surface, oi!i l'on voit leur extrémité la plus large; elles sont mêlées aux cellules renfermant la matière colorante ; aussi quand on com- prime un peu un repli intestiniforme, les Nématocystes se tra- duisent par un espace clair au milieu des granulations colorées (1) Voy. Ann. des se. nat., Zooi.., 5« série, t. IV, pi. 3, fig. 11 (c). (2) Voy. ibid., fig. 12 (,). (3) \^oy. îT/ùZ., fig. 12 (rf), deux Nématocystes îles replis intestiniformes ; ils sont plus gros que ceux de la même figiu-e (e, /). (4) Voy. ibid., pi. 3, fîg. 10. Le bord du cordon pelotonné montre les Nématocystes placés à côté les uns des autres ; en comparant cette figure avec celle de la même planche lîg. 16, on appréciera tout de suite les différences indiquées dans le texte. 5^ série. Zoni.. T. IV. (Cahier n» 1.) =! 3 5ft H. LACAZE DUTHIERS. des cellules, espace pi'ésentaiU la ligue noirâtre caractéris- tique. Le sarcosome, intermédiaire aux animaux, offre la même structure que les parois de leur corps, et au-dessous des barbules on retrouve une couche tout à fait analogue à celle qui limite le corps des animaux en dessus. Sur les gros troncs, entre ces animaux, le sarcosome offre une texture semblable à celle qui vient d'être indiquée; seule- ment son étude est fort difficile. On trouve bien les mêmes élé- ments, mais leur mode d'union, que tout doit faire supposer le même, ne se décèle pas facilement, par cette raison que la couche molle qu'ils forment est traversée par les innombrables spinules qui hérissent, comme un duvet ou un velours, la surface du polypier (1) ; aussi le sarcosome est-il déchiré et labouré dans tous les sens quand on veut le détacher du zoanthodème. En observant les individus bien vivants et entièrement intacts sur les barbules, on croirait que le polypier est enfermé dans un canal ("2), dont les parois, quand elles se contractent, s'appli- quent sur l'axe, et sont traversées par les spinules (o). Mais il y a une grande difficulté à reconnaître l'existence de ce tube, en raison même de la délicatesse des tissus ; toutefois s'il existe, il peut être considéré comme un moyen de commu- nication indirecte entre tous les individus rangés en ligne sur une mêmebarbule, et rien ne s'opposerait à ce qu'il fût continu, se ramifiant plus ou moins irrégulièrement sur les grandes bar- bules, sur les ramusc jles et les branches, ainsi que sur les gros troncs. (1) Voy. Ann. des ?c. "a/.Zoou.. 5' série, t. IV, pi. 4, flg. 21. Portion de surface du Polypier pris sur une tige on voit les autres épines qui toutes, avant la préparation, étaient noyées dans le sarcosome . (2) Voy. ihid., pi. 2, tig-. 5 : B, In barbule ; (<), tissu mou formant comme un canal autour du Polyp er. (3) Voy. ibid., pi. 2, fig. 8. Portion du tissu mou, contracté et traversé par une épine qui est devenue saillante. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. S5 De nouvelles observations sont encore nécessaires à cet égard ; mais si, nous en tenant à cette particularité, nous voyons ici le polypier dans un conduit qui certainement renferme des sucs nourriciers propres à son accroissement, il ne serait pas possible d'admettre que l'axe dur et résistant soit le produit de l'endur- cissement de l'épidcrme, car le canal ne peut évidemment pas être considéré comme une partie extérieure rentrée en dedans. Le corps des Polypes est couvert de cils vibratiles qui déter- minent les courants propres à conduire la matière alimentaire vers la bouche. On peut s'en assurer facilementen laissant flotter des particules colorées dans l'eau où vivent ces animaux; on voit bientôt la direction des courants (1) être différente sur les parties voisines du point de contact de deux polypiers. Les courants marchent de la circonférence au centre de la figure ovalaire que représente le corps de l'animal, et le changement de direc- tion commence très-exactement, entre deux animaux, en face de cette cloison, que l'on a vu séparer la cavité de leur corps. VI Existe-t-il des spicules ou sclérites dans le sarcosome ? Cette question, qui a été longuement discutée à propos de la Gerardia (2), offre ici bien moins d'intérêt ; du reste, personne n'a décrit, comme pour ce dernier genre, des corpuscules cal- caires ou siliceux dans les tissus mous. Je me serais abstenu d'en parler, si la distinction des Antipa- thaires avec et sans spicules, faite par MM. Milne Edwards et J. Haime, ne m'avait naturellement conduit à rechercher si réellement les spicules se présentaient quelquefois dans le sar- cosome des Anlipathes. (1; Voy. Atin. des se. nat., ZooL., 5' série, t. IV, pi. 2, fig. 5. Les flèches indiquent la direction des courants d'eau produits par les cils de la surface du corps. (2) Voy. le mémoire relatif à cette espèce, où la question a été longuement étudiée, t. n, p. 189 des JwH. des se. nat.., Zool,, 5« série. (Lacaze-DutUiers.) B6 U. LACAZe-DUTBlERS. Une fois des corps étranges tout à fait semblables à ceux qui ont été décrits dans l'histoire de la Gerardia (i), et qui sont res- tés indéterminés quant à leur origine, se sont présentés accolés au sarcosome (:2). Ici se trouverait, s'il était besoin, une preuve de plus à l'appui de cette opinion que les spicules de la Gerardia ne lui appartenaient pas en propre; et que tous ces petits corps qu'on trouvait à sa surface lui étaient entièrement étrangers. On peut donc affirmer qu'il n'existe pas, parmi les espèces d'Antipathaires jusqu'ici étudiées, d'exemples montrant dans leurs tissus mous de concrétions scléreuses, et cela ainsi que les autres caractères, les éloigne encore davantage des Gorgones. VII Du Polypier. Le polypier de X Ànti-pathes subpinnala offre, a-t-il été dit, dans sa forme de nombreuses irrégularités dues, sans contredit, aux fractures causées par sa fragilité ; aussi sa ranmre ne pré- sente-t-elle rien de particulier f[ui puisse, comme pour beaucoup d'autres espèces, être considéré comme caractéristique ; mais il faut d'ailleurs reconnaître que les ramuscules secondaires et les branches se détachent des troncs des rameaux plus gros qu'eux, sans direction déterminée : c'est là certainement la première cause de l'irrégularité du zoanthodème. Il faut remarquer encore que le volume des branches n'est pas proportionné. Il n'y a aucun rapport entre la longueur et la grosseur. Ainsi, sur des échantillons on voit un gros tronc trois ou quatre fois brusquement anguleux et souvent gros porter une tigelle grêle, fort longue, ayant à son extré- mité seulement quelques barbules. Presque tous les troncs portent à leur base de grosses gib- bosités, de grosses masses bouillonnées ; ces sortes de tumeurs (1) Voy.jln«. des se. nal., Zool., 5« série, 1. IV, pi. 16, fig-. 2i. (2) Voy. ihid., pi. 4, fig. 26 et 27. MÉMOlRt: SUR LKS ANTIPATHAIRES. 37 sont formées de couches alternatives de tissu corné du polypier et de dépouilles de Bryozoaires et d'Algues incrustées de calcaire ; elles sont des témoins non douteux de la lutte pour la vie {Strug- gleforlife) ou de la loi de destruction réciproque des êtres (1). La surface du Polypier (2) est couverte de piquants déliés, de fines épines sur lesquelles nous reviendrons plus tard et plus en détail. La couleur a valu à tous les Antipathaires le nom de Coran. NOIR. Comme le polypier est ordinairement assez compacte et dur on en fait, dans les pays orientaux, des grains de chape- lets; car il peut prendre par le travail un très-beau poli. V Antipallies glaberrima ouïe Leiopathes glaberrima présente naturellement, et sans travail, un brillant très-remarquable, on croirait que ses tiges ont été soumises à un polissage très-per- fectionné. Les barbules sont les dernières ramifications des branches, elles sont dans tous les Antipathaires très-grêles et filiformes, et l'on doit les considérer comme les parties terminales et indivises. Je crois qu'il importe de les considérer comme des parties distinctes et spéciales, car leur étude et leur comparaison dans les différentes espèces fournit des caractères spécifiques d'une grande valeur. Ainsi que je l'ai déjà dit, je me propose de faire une révision du groupe des Antipathaires, et alors il sera nécessaire d'aborder la définition des termes et des parties servant à la spécification. Je m'en tiens donc ici à indiquer simplement leur importance relative. En observant une barbule intacte dont l'extrémité est entière, on arrive assez facilement à se rendre un compte exact des par- ticularités que présentent les gros troncs. (1) Voy. Lacaze-DuthierSj Histoire naturelle du Corail, p. 92, et'Ann. clei se. nat., ZooL., b" série, t. U, p. 220, Histoire de la Gerardia. (2) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5'^ série, t. IV, pi. 4, fig. 21. ^ B. LACAZE-DtJTUIERS. La surface (1) est couverte de petites épines, nées de loin en loin et disposées à peu près, sauf la direction, comme les épines d'un rosier. Il y aura aussi à revenir plus tard sur la forme, la direc- tion, etc., de ces spinules qui fournissent de précieux rensei- gnements pour la spécification. Primitivement (-2) ces épines sont de toutes petites lames triangulaires fort aplaties, dont le plan perpendiculaire à la sur- face du cylindre, que représente la barbule, est parallèle à sa direction; et dont la pointe libre assez mousse à l'origine devient aiguë plus tard, et se dirige vers l'extrémité libre de la barbule. Chacune de ces épines dans le principe représente fort exacte- ment un triangle, dont le côté antérieur le plus court est con- cave, dont le côté extérieur et postérieur est légèrement con- vexe^ et enfin dont l'interne ou adhérant, le plus long^ est soudé à la surface de la barbule (3). Avec les progrès du développement les épines se modifient peu à peu, si bien qu'elles deviennent presque coniques, et que la forme lamellaire s'efface presque complètement pour faire place à la forme cylindrique. Ce changeaient de forme s'observe surtout sur les branches qui primitivement étaient des barbules ; en effet, les spinules sont absolument coniques vers leur extré- mité^ et cylindriques au milieu et à la base (/i). L'inclinaison sur la partie qui les porte est presque constam- ment de 45 degrés, et l'angle aigu qu'elles forment avec celle-ci est toujours ouvert du côté de l'extrémité libre de la barbule. La distribution des épines sur les barbules ne pai'aît pas (1) Voy. Ann. des .ic. nat., Zool., 5« série, t. IV, pi. !i. fig. 18. Portion terminale d'une barbule d'Antipathss .tubpinnaia. Fig. 28^ portion tei'minile d'une barbule A' Antipathes larix. (2) Voy. ibid.t les fig. 19 et 24, qui représentent, à un fort grossissement, les som- mets des barbules représentées aux fig. 18 et 23. (3) Les mots extérieur et antérieur indiquent la position des choses relativement à l'ex,trémité libre de la barbule et, par opposition, les mots interne ou postérieur dési- gnent le côté qui correspond au tronc. (4) Voy. Ann. des se. nat,, Zool., 5« série, t, IV, pi. i, tig. 21. MÉMOIRE SUR LES ANTIPAÏHAIRES, 39 abandonnée au hasard. Si l'on prend lune d'elles et si l'on cherche en dehors ou en dedans comment les autres la sui- vent ou la précèdent, on décrit un tour de spire s' enroulant de droite à gauche ou de gauche à droite, suivant la direction que Von a prise, et l'on trouve cinq, six ou sept spinules formant le cycle complet, c'est-à-dire qu'après avoir compté ces nombres on arrive à une épine placée immédiatement sur la même ligne que celles dont on était parti. On voit ici une disposition analogue à celle que l'on rencontre sur les végétaux; on sait, en effet, que dans les plantes les feuil- les ne sont point placées au hasard, et qu'une ligne qui passe par leur insertion décrit une spirale, dont la longueur est fort varia- ble avec les espèces. Dans la revue que je me propose de publier après ce mémoire, je chercherai à mettre à profit, autant que cela est possil)le cette disposition, afin de faciliter la spécification, d'ailleurs fort diffi- cile, des Antipathes ; non pas quand il s'agit d'espèces ayant un port constant et véritablement caractéristique ; mais lorsque l'ir- régularité de la ramure, dans tous ses détails, ne permet plus d'établir des distinctions avec certitude. C'est avec le plus grand soin que j'ai étudié l'extrémité fraî- che des barbules, c'est-à-dire la partie où se fait l'accroissement en longueur et où l'on peut aussi juger de ce qui se passe dans l'augmentation du volume eu diamètre. Vues à un assez fort grossissement, 400 diamètres environ, encore fraîches et dépouillées avec soin de leur sarcosome, les barbules paraissent coniques, obtuses, mais jamais avec une extrémité aiguë (1). Les épines n'existent qu'à une certaine distance du sommet qui en est toujours dépoui-vu. On n'oubhe pas qu'il s'agit ici de distances microscopiques relativement fort petites; sans cela, en examinant les objets simplement à la loupe on pourrait croire que cette description est inexacte. (1) Voy. Ann. des se. iiai., Zool.,5« série, t. IV, pi. i, lig. 19 el 24. ko H. LACAZK-DIjrUIEK»!». Le tissu est encore transparent, et vu avec la lumière trans- mise, il paraît teinté d'une couleur terre de Sienne très-chaude. Malgré le plus grand soin je n'ai pu trouver, dans son épais- seur, trace de structure particulière. On voit seulement des lignes concentriques qui indiquent évidemment la succession des dépôts recouverts les uns par les autres. On reconnaît là une certaine analogie avec le mode d'accrois- sement en longueur de l'axe des organes chez lesquels, en effet, les extrémités des rameaux présentent aussi des sortes de calottes se recouvrant les unes les autres comme des doigts de gants que l'on invaginerait. Les épines naissent toujours sur des couches déjà déposées, et non sur ces calottes, des extrémités; elles ressemblent, au moment de leur apparition, à de très-légers pincements trian- gulaires et membraneux de la couche la plus externe. Leur forme à leur naissance a été décrite plus haut. Le dépôt, de l'extrémité des barbules se traduisant pai- ces lignes à peine saisissables, doit être, sans aucun doute, de la jnême nature sur le reste du polypier. Mais, sans aucun doute aussi, il a moins de consistance et peut-être qu'étant formé plus rapidement il reste toujours plus mou et moins dense. Cela fait que, dès qu'il est recouvert par les couches de substance cornée plus dures et plus lentement déposées, il se fait distinguer encore par sa nuance plus claire, et comme les dernières couches for- ment autour de lui un contour plus accusé ; on croirait avoir sous les yeux les parois d'un tube (1) ou d'un canal. Que se passe-t-il pendant la vie et après la mort des Antipa- thes ? Y a-t-il résorption du tissu central et par cela même pro- duction d'une cavité? Quand après leur sortie de l'eau les poly- piers sont soumis à la dessiccation, un vide se produit-il par le retrait de cette substance plus délicate? Toutes ces suppositions sont les unes aussi plausibles que les autres. Sans vouloir induire ici de ce qui se passe dans d'autres gen- res, il est cependant impossible de ne pas remarquer que chez (l) Voy. Ann. des se, nat., Zool., 5'= série, t. IV, pi. II. fig. 20. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAlRES. l\i les Cirripathes et plus particulièrement chez le Cirripathes anguina, les polypiers gros comme des tuyaux de plume à écrire, ont un canal extrêmement développé, et cependant son extrémité, quand elle est intacte, est toujours terminée par une portion conique et close. L'idée d'une résorption dont l'effet est augmenté plus tard par la dessiccation se présente donc tout naturellement à l'esprit; mais quant à son mécanisme, il est assez difficile de l'expliquer sans avoir fait des études plus éten- dues sur le vivant et sur un plus grand nombre d'espèces. Dans toute sa longueur la barbule reçoit des couches qui se superposent, augmentent son diamètre et lui donnent la résis- tance qu'on lui connaît. Les couches sont très-faciles à observer. Il n'est pas jusqu'aux épines qui ne laissent voir l'emboîtement du dépôt qui les produit (1). Si l'on rompt une épine et si l'on examine à un grossissement suffisant la cassure sur la barbule, on voit les couches concentriques se rapprocher d'autant plus de la circonférence qu'on les regarde plus à l'extérieur. Cela s'explique, puisque l'on a vu que les épines, de lamellaires qu'elles étaient à l'origine, avaient une tendance à devenir coni- ques et cylindriques à leur base. Il nous reste à parler des épines appartenant aux branches et aux gros troncs ; elles offrent un intérêt tout particulier. L'étude du développement du polypier chez l'embryon, alors que le zoanthodème est en voie ,de formation, présenterait le plus vif intérêt. Mais je n'ai pu obtenir assez d'échantillons pour arriver à voir la reproduction s'accomplir sur mes yeux. Quoiqu'il en soit, il est possible de reconnaître que les bar- bules primitives sont devenues des branches quand sur leur lon- gueur se sont développées d'autres barbules. Cela est évident. Il suffit pour le constater de faire des coupes d'un polypier assez gros pour voir des traînées traverser les tissus, arriver jusqu'à la surface et se continuer dans une barbule; ces traînées sont si évidentes qu'on pourrait les prendre tout d'abord pour des M) Voy. Ann. des se. naf., ZoOL,, 5« série, t. IV, pi. 4, fig. 22, A2 H. LACAZt:-Dl]TUIEKS. canaux ; il en est ici comme dans les tiges de végétaux où l'on peut suivre les branches dans l'épaisseur du bois jusqu'à leur point d'origine. Mais, en est-il de même pour les épines? Celles qu'on voit à la surface des gros troncs, sont-elles celles-là même qui étaient sur la barbule primitive, seulement allongées et grandies par les dépôts des couches successives? Ce n'est pas probable, d'abord, cesspinules semblent plus nombreuses sur les gros troncs que sur les barbules, et comme la surface du cylindre représenté par le polypier dans ces deux états est infiniment différente, il faut bien admettre qu'il y a eu formation d'épines nouvelles. Par l'observation des coupes minces du tissu du polypier on en acquiert d'ailleurs la conviction, ainsi que par l'étude des soudures des ramuscules chez certaines espèces, on voit des spi- nules enfermés et noyés dans les dépôts des couches cornées. Ce qui montre bien que chacune de celles qu'on trouve sur un gros tronc n'est pas le prolongement de celles qui étaient sur les bar- bules primitives. Ces détails sembleront peut-être un peu minutieux, {}ui sait même peut-être inutiles, mais il importe cependant d'en tenir compte quand on veut apprécier les particularités dé texture intime des parties. Dans la revue générale du groupe des Antipathaires, que je désire publier, je ine propose de tirer parti pour la spécification de la disposition et des caractères de ces épines. Sur YAntipcUhes subpinnala (1), les épines des gros troncs sont longues et cylindriques, jusque vers leur sommet qui devient aigu et par conséquent conique. Elles n'ont pas une inclinaison particuhère, elles ne sont pas toutes droites, et le plus souvent elles sont flexueuses. Quelques-unes sont bifurquées, mais c'est le très -petit noni-r? bre. Chez d'autres espèces, au contraire, la bifurcation semble être plus fréquente, et je crois que l'on peut et doit tirer parti de ces différences pour arriver à la spécification. (1) Voy. Ann. des se. nat., Zool., 5« série, t. IV, pi. h, fig. 21. MÉMOIRE SUR LES ANTiPATH AIRES. 43 Ces épines prises dans leur ensemble forment à la surface du tronc des Antipathaires, qui présentent ce caractère, comme un véritable velours, comme un duvet dur et résistant, qu'on ne saurait mieux comparer qu'à une carde, et ce sont les extré- mités de ses épines qui paraissent comme un fin piqueté brun sur la couche du sarcosome (1). C'est, il faut le remarquer, une disposition bien curieuse et qui mériterait une étude toute spéciale, que la rareté des maté- riaux ne m'a pas permis de conduire à bonne fin. Comment, en effet, sont produites ces épines? Quelle est l'organisation de ce sarcosome, au milieu de cette forêt de pointes qui le labourent et le transpercent de toute part? Ce sera surtout par des études comparatives et avec des échantillons nombreux qu'il sera pos- sible d'arriver à l'éclaircissement de ces questions. J'ai dit plus haut que je reviendrais sur la nature de ce tissu commun charnu , et je dois maintenant poser cette question : Y a-t-il dans son intérieur des vaisseaux? Il eût été très-utile de pouvoir apporter une réponse positive. Mais je n'ai pu le faire, de visu ; toutefois le raisonnement indique qu'il doit en être ainsi, car dans les cas où les Polypes sont fort éloignés, comment com- prendrait-on le développemont des couches cornées si les élé- ments de ces tissus n'étaienl charriés dans toutes les parties. Dans la Gerardra (^i), personne n'avait encore signalé cette disposition des canaux de l'irrigation organique, elle explique bien facile- ment l'accroissement rapide et considérable des gros polypiers de cette espèce. Dans le cas qui nous occupe actueUement, il y a souvent un très-grand intervalle entre les Polypes, et cependant le tissu qui les unit, vit et sécrète des couches cornées ; je ne puis donc m'empècher d'admettre que dans son épaisseur circulent des fluides élaborés par la digestion des animaux ; et je ne le puis surtout lorsque dans tous les Alcyonaires je vois des réseaux (1) Voy. Ann. den se. nat., 5« série, t. IV, pi. 1, fig. 2. (2) Voy. Ann, des se. nat., Zool., 5« série, t. H, p. 220, pi. 15, flg. 17. ktl n. LACAZE-DVTIIIERS. vasculaires, aussi développés qu'ils le sont, mettre en communi- cation directe les différents habitants d'une même colonie, et faire des zoanthodèmes l'image de la communauté la plus parfaite qu'on ait jamais pu rêver. J'ai le regret de n'avoir pas rencontré un assez grand nombre d'échantillons pour tenter de nombreux essais, et arriver à re- connaître ce que j'admets, àpriori, c'est-à-dire ce qui me paraît exister sans aucun doute : la communication des parties par l'intermédiaire d'un système de vaisseaux. Il faut aussi revenir encore sur la position et les rapports des barbules et des branches. Les échantillons bien conservés sont extrêmement rares dans les collections, presque tous sont plus ou moins cassés, et ce n'est qu'au milieu des touffes que l'on rencontre quelques branches qui présentent leurs barbules intactes. Je nomme Barbule, en général, tout appendice grêle qui nest point ramifié, et par conséquent qui est simple; quelle que soit du reste sa longueur, aussi peut- il y avoir des barbules de moins d'un millimètre de longueur et de plus d'un décimètre; quand elles naissent, elles sont à l'origine fort semblables à des spinules, et se présentent à l'œil comme étant fort analogues à de petits tubercules. Je n'ai jamais trouvé de barbules ayant plus de 4 à 5 centi- mètres de longueur; presque toujours, quand elles mesu- rent cette étendue, elles portent déjà des barbules naissantes et commencent à devenir des ramuscules. Il n'est question ici, on ne l'oublie pas, que de \ Anli pallies subpinnata. On peut donner le nom de ramuscule à toute petite tige qui était naguère simple ou barbule, et qui ne porte point de barbule commençant à se ramifier. Je réserve le nom de rameau à toute partie de la tige qui porte des ramuscules , c'est-à-dire qui présente trois ordres d'axes. Il est important d'établir cette nomenclature, car il est fort MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 45 difficile sans cela, sans avoir quelques termes précis, d'expri- mer et de bien faire entendre ce qu'on observe. Les barbules ne sont jamais opposées les unes aux autres sur un même ramuscule. Elles sont alternes; elles ne naissent pas non plus dans un plan unique, c'est-à-dire que si l'on fait passer un plan par certaines d'entre elles et par l'axe du ramuscule qui les porte, on en laisse en dehors de lui. Mais cependant les barbules (1) ne sont point disposées tout autour de la portion de la tige qui les porte ; elles sont toutes contenues dans deux ou trois plans passant par la tige du ramus- cule, et formant entre eux des aiigles aigus ; de telle sorte qu'un ramuscule et même un rameau présentent dans leur ensemble une sorte d'aplatissement ; mais si les barbules ne sont pas toutes dans le même plan, il n'en résulte pas moins comme une appa- rence bipinnée, irrégulière, qui a valu à l'espèce l'épithète de subpinnala. 11 est rare qu'il y ait plus de deux ou trois rangées de chaque côté du rameau ; ce qui fait que si Ton enlevait quelques bar- bules, elles pourraient être toutes placées dans un seul et même plan. Le rameau porte souvent, on pourrait même dire toujours, quelques barbules. Il n'est devenu rameau, en effet, que parce que les barbules se sont transformées en ramuscules en cessant d'être simples. Les barbules sont inclinées sur les ramuscules à peu près de 45 degrés, et comme successivement elles deviennent ramus- cules, rameaux et branches, celles-ci se rencontrent entre elles ou avec les rameaux en faisant des angles semblables. On n'a pas oublié quelle est la disposition des animaux ; ils sont rangés en ligne sur le côté des barbules qui regarde l'extré- mité ou le sommet du zoanthodème, c'est-à-dire sur le côté opposé à celui qui regarde la base d'insertion de la colonie. Ceci peut expliquer la courbure que présentent ces barbules ; elles (t) Voy. Aiin. dex se. nnf., Zooi... 5" série, 1. IV, pi. 1, tig;. 1 et 2. /i6 H. L4€AZE-DUTHlERjS. sont en effet un peu arquées en contrebas, leur convexité répond au côté qui porte les Polypes. Toutefois, si cette explication peut être admise dans le cas présent, elle semble faire exception pour d'autres espèces. La structure des tiges est maintenant facile à expliquer. Si l'on fait une coupe perpendiculaire à l'axe, on trouve au centre un canal évident, très-variable quanta son diamètre ; cela tient à une foule de raisons, en tête desquelles il faut placer la dessiccation et la résorption dont il a été parlé précédemment. On distingue des lignes concentriques qui indiquent les sépa- rations des couches superposées de l'accroissement. On voit aussi des traînées qui représentent des ovales, qu'on reconnaît être la coupe oblique d'un ramuscule ou d'un rameau recouvert et noyé par les dépôts de la couche cornée, et qui arrive quelquefois jusqu'auprès du centre de la branche. Par des coupes parallèles à la direction de la tige, quand elles tombent sur Taxe même, il est bien rare de ne pas rencon- trer des barbules ou des rainuscules, dont le canal central paraisse encore, et qui rappellent entièrement les coupes longitudinales d'une tige des végétaux ligneux des arbres, sur lesquelles on voit les nœuds ou branches pénétrer obliquement de la surface au centre. En résumé, la structure est fort simple, et toutes les particu- larités qu'elle présente s'expliquent parfaitement. Que l'on suppose à l'origine un embryon, un oozoïte dAnli- pathes se fixant au rocher ; Taxe primitif qu'il produira, quand les blastozoïtes se formeront autour de lui, pourra être repré- senté par une barbule ; celle-ci deviendra l'axe principal par la naissance de barbules sur ses côtes, et de même plus tard pour celles-ci. Que l'on imagine des ramifications nombreuses nées successivement et donnant une grande activité vitale à la colonie, la barbule primitive sera recouverte de dépôts cornés d'autant plus nombreux, qu'elle sera la plus ancienne ; mais la formation de ces dépôts ne fera point disparaître les connections de la bar- MÉMOIRR Sl)ïl LES ANTlPATHAIRES. M bule primitive avec les barbules secondaires qui, nées sur elle et devenues à leur tour branches, auront masqué ses premières formes. Ces points d'union sont seulement entourés par les dépôts, et plus tard, quand on fait une coupe, on les découvre et rien de plus ; ainsi s'expliquent ces longues traînées obliques que l'on voit dans une coupe parallèle à l'axe. Si l'on enlevait une lame mince du polypier, tangentiellement à la surface du cylindre qu'il représente, on verrait encore les barbules primitives immergées dans les tissus; mais dans ces conditions, elles paraîtraient comme des petits cercles, souvent percés à leur centre d'un pertuis représentant, ainsi qu'on l'a vu, le canal primitif. Un dernier mot relativement aux épinas, On les a considérées comme étant des rameaux ou rompus, ou avortés; il suffit de se rapportera la description précédente pour ne pouvoir admettre cette opinion. Dans quelques espèces, outre leur nombre, leur disposition, et enfin leur forme, tout s'oppose à ce qu'on puisse interpréter ainsi leur origine. Deux espèces dont il sera question dans la revue générale du groupe, ont montré des spinules, encore fort reconnaissables, recouvertes par une couche de tissu corné qui avait uni deux barbules entre elles. La croissance, en effet, est limitée, ou mieux la hauteur est bornée ; elles peuvent bien être prolon- gées quand la tigelle qui les porte s'allonge , mais elles ne dépassent pas au-dessus de la surface de celle-ci une certaine hauteur, cela paraît certain; c'est d'ailleurs une conséquence de la disposition des tissus mous qui les recouvrent. On n'a qu'à jeter un regard sur le dessin où est figuré un animal entier au-dessus d'une barbule (l), pour reconnaître que nécessairement les nombreuses spinules qui correspondent à l'espace qu'il recouvre ne peuvent être autant d'origines de branches avortées ou cassées. Leur nombre est beaucoup trop considérable pour permettre de leur attribuer une pareille origine. (1) Voy. A>ni. des ic. naf., 2ooi,., 5* série, t. IV, pi. 2, flg. 5. ÛS B. LACAZE-DIJTHIERS. VII Dans l'étude de la Gerardia, on a pu voir que la question du parasitisme a été longuement discutée; il y avait pour cela des raisons qui nécessitaient ces détails. Ici il est à peine utile de s'occuper de cette question. Les Antipathes recouvrent, en|étalant d'abord leur sarcosome, en déposant ensuite leur polypier, tous les corps qu'ils rencon- trent ; c'est ainsi que sur leurs tiges on trouve des coquilles, des Balanides, etc., recouvertes, et formant des masses plus ou moins irrégulières. En cela, rien de particulier ; les Gorgones, le Corail, les Zoanthaires à polypiers, tous produisent des choses analogues ; mais eux tous ont une forme spéciale arrêtée pour leurs polypiers ; aucun deux, comme la Gerardia, n'envahit la totalité d'un polypier pour le recouvrir ensuite d'une couche dure, et s'approprier ainsi en totalité une charpente étrangère qui ne lui appartient pas. Il n'y a donc ici rien de particulier en dehors du parasitisme habituel. ■ Dans les grosses bases plus ou moins étalées ou bosselées que l'on retrouve vers la racine des troncs, il ne faut voir que des effets de la lutle pour l'existence, ou de la loi de destruction réciproque des êtres entre les Algues incrustantes, les Bryo- zoaires ou les Zoophytes d'espèces variées. Je ne répéterai point ce qui a été longuement développé à la fin du mémoire sur la Gerardia (I) et dans Y Histoire naturelle du Corail (2). Je n'ai qu'à renvoyer à ces deux travaux. Le parasitisme de la Gerardia a été tellement exagéré, que l'on a même refusé à ces animaux la faculté de produire un poly- pier. Depuis qu'a paru mon travail, j'ai pu observer une tige de Corail recouverte d'un étui corné, sécrété sans aucun doute par une Gérardie. Ce fait confirme pleinement tout ce qui a été publié antérieurement sur ce sujet. (1) Voy. Lacaze-Duthiers, yl«;/. des se. nat., ZooL., Il' série, t. H. (2) Voy. Lacaze-Dtilhiers, Hislm'ie nnh/rel/e du Cnroi/. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. li^ CHAPITRE m. ANTIPATHES LARIX. L'organisation de cette espèce n'a pas été étudiée avec tous les détails nécessaires pour que son histoire puisse être considérée comme complète. L'unique échantillon que j'ai eu à madisposition avait malheu- reusement été exposé pendant quelque temps à l'air; son sarco- some commençait déjà un peu à se dessécher, et je n'ai pu en faire d'étude qu'après l'avoir laissé tremper dans l'eau de mer. On ne trouvera donc ici que peu de renseignements. Le sarcosome est d'une teinte plus foncée que dans l'espèce précédente ; il est presque noirâtre quand il est sec. Les lambeaux mis dans l'eau ont produit une mucosité vis- queuse comme dans l'exemple précédent. Les Nématocystes sont groupés en paquets, et leurs fils ne se dessinent point par des stries dans la capsule, le tout comme dans l'espèce qui vient d'êtreétûdié e. Il ne m'a pas été possible de pouvoir reconnaître positivement la position des replis mésentéroïdes ; je le regrette vivement en raison même de la disposition si particulière qui a été signalée dans VAntipathes bipinnata, et surtout parce que les Polypes étaient en plei e reproduction. On a du remarquer qu'il n'a pas été question dans les études précédentes de cette fonction ; je présente ici avec toute réserve les quelques faits que j'ai observés sur VA. larix laissé hors de l'eau pendant quelque temps et ramolli plus tard. Les Polypes déchirés sous la loupe ont présenté dans leur inté- rieur des lames, dont il ne m'a pas été possible d'étudier la dis- position avec toute la précision désirable, mais qui paraissaient couvertes de très-nombreux corpuscules ovoïdes. Sans oser affirmer la nature du contenu de ces capsules, leur 5<= séiio. Zooi,. T. IV. (Cahier 11» 1.) 4 n 50 H. LitCAZE-DUTHIERS. ressemblance avec celles des mâles de la Gerardia m'a fait sup- poser qu'elles étaient des testicules. Leur grandeur et les cor- puscules internes qu'ils renfermaient avant le développement complet des spermatozoïdes, tout était semblable. Il m'a semblé aussi que ces capsules étaient saillantes à la sur- face des lamelles qui les portaient; mais encore une fois, pour établir ces faits positivement, je n'oserais le faire, n'ayant observé que des individus qui n'étaient pas absolument intacts. Les Polypes sont bien plus volumineux que dans VA . subpin- nata; mais du reste, comme dans celui-ci, ils sont placés sur le côté supérieur des barbules. Le port du polypier et par conséquent du zoanthodème est caractéristique de celte espèce. Le tronc est ordinairement simple, rarement une ou deux fois bifurqué. J'en ai recueilli un en mer dans le golfe de Propriaiio en Corse, qui avait 1"',50 de hauteur; il présentait deux bifurcations. Dans les galeries du Muséum, il existe un échantillon qui a bien près de 2 mètres et qui est indivis , on peut donc considérer le polypier de cette espèce comme étant formé d'un tronc simple, non ramifié, et tout au plus bifurqué une ou deux fois ; sans branches, rameaux ou ramuscules secondaires. Les barbules sont presque perpendiculaires à l'axe central, et si l'on regarde celui-ci directement, par la base ou le sommet, on voit qu'elles forment en rayonnant autour de lui six séries longitudinales. Je dois faire remarquer ici que, d'après le sens attribué précé- demment aux mots barbules, ramuscules, etc., il pourrait se pré- senter dans l'exemple quelques difficultés, mais elles ne seraient qu'apparentes. En effet, la barbule, avec son caractère, est bien toujours la même; elle est grêle, indivise et sans ramification; mais il n'est pas nécessaire pour qu'elle mérite ce nom quelle soit portée sur un ramuscule; point, elle peut, et l'on en a ici un exemple, être directement attachée à un tronc. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATH AIRES. 51 Les barbules naissent directement sur l'axe principal. C'est là un caractère de X Jntipalhes larix. La longueur de chacune d'elles est à peu près constante, sauf vers l'extrémité des tiges oii elles sont plus courtes, étant dans ce point en voie d'accroissement ; elles ont à peu près de 8 à 10 centimètres. Puisque les naturalistes voulaient, pour désigner les espèces, prendre des noms tirés des comparaisons avec les êtres du règne végétal, il eût été ici bien plus naturel de comparer l'espèce qui nous occupe maintenant à un Equisetum; la ressemblance avec ces plantes cryptogames est des plus frappantes. Ainsi V Equisetum paluslre dont la tige s'élève droite et ordinairement sans ramifications, ressemble tout à fait, quant au port, kVAnti- pathes larix, kp-àrt, toutefois, les dispositions des pinnules qui, dans Y Equisetum, sont verticillées, c'est-à-dire naissent à une même hauteur, tandis que dans FAntipathes elles sont spirales et alternes, et nées de loin en loin. Les épines sont infiniment plus éloignées que dans l'espèce précédente ; il suffit de comparer les figures 18 et 23 de la plan- che 4, pour être tout de suite frappé de la différence qui existe entre ces deux espèces. Du reste, pour aller d'une épine à une autre placée immédia- tement sur la même ligne, on décrit des tours de spire eu passant parles épines intermédiaires tout comme dans YAntipathes sub- pinnata. C'est surtout dans cette espèce qu'il est possible de bien voir les barbules enfermées dans les tissus cornés de la tige, car elles sont recouvertes à leur base à mesure que l'accroissement du diamètre du tronc s'effectue, aussi est-il facile dans une coupe verticale de les suivre de la circonférence jusqu'au centre. Le canal médian de la tige, plus large vers le sommet que vers la base, paraît être dû, comme il a été dit, à la résorption du tissu déhcat primitif qui, en se déposant à l'extrémité, allonge l'axe ; mais vers la base du tronc il se rétrécit, probablement 52 n. LACAZE-ULTUIERS. par la compression qu'exercent les couches déposées successive- ment autour de lui. Il en est encore ici comme dans les arbres où l'on voit le canal médullaire, fort considérable dans les bran- ches, disparaître pour ainsi dire vers la base du tronc, tellement il est là comprimé par les couches ligneuses successivement déposées. RESUME. M. Dana, dans son magnifique ouvrage sur les Zoophytes d'Amérique, a décrit la forme extérieure des animaux de deux espèces d'Antipathes, et, avant lui, EUis et Solander avaient donné la figure de l'animal de \ Antipathes spiralis. Mais aucun de ces auteurs n'avait fait connaître la structure de ces êtres restés jusqu'à nos jours tout à fait inconnus. Bien moins favorisé que pour la Gerardia. pendant trois cam- pagnes eu Algérie, malgré toutes mes recommandations, je n'ai pu avoir que quelques échantillons de vrais Antipathes en bon état. Mais il m'a été cependant possible de les étudier vivants et d'en faire une anatomie qui montre les différences capitales qui existent entre eux et la Gerardia, et qui par conséquent légitime en la confirmant la séparation de ce dernier genre. Deux espèces seules, VJntipathes subpinnata et V Antipa- thes larix, ont été étudiées avec leurs tissus mous. L'époque à laquelle la première a été apportée par les corailleurs n'était point celle de la reproduction, aussi n'ai-je rien à dire de cette fonction ; quant à la seconde, elle était évidemment au moment de se reproduire; ses glandes étaient turgides, mais l'état assez mauvais où elle me fut remise, ne m'a pu permettre de donner des indications suffisamment précises. Si je devais cependant formuler une opinion , je dirais que les sexes semblent être séparés. Les Antipathes sont de tous les coralliaires bien certainement MÉMOIRE SUR LES ANTIPATUAIRES. 5.^ les plus difficiles à étudier ; cela peut expliquer le peu de notions précises que la science possède encore sur eux. Ils vivent à de très-grandes profondeurs, et ne sont rapportés que par les corailleurs qui seuls pèchent sur les rochers. Leurs animaux sont formés d'un tissu tellement délicat, que la plus courte exposition à l'air suffit pour les dessécher et les faire pour ainsi dire disparaître, et comme ce n'est qu'à grand'peine qu'on obtient des pêcheurs de les soigner de façon à les faire vivre jusqu'à la rentrée au port, le naturaliste éprouve de grandes difficultés pour faire sur eux des études sérieuses. Dans les deux espèces que j "ai observées vivantes, les animaux sont régulièrement disposés en lignes sur un seul côté, le côté supérieur des barbules ou dernières ramifications des polypiers ; sur les troncs leur position n'a plus la même régularité. Chaque animal a bien, ainsi que les auteurs Ellis et Dana l'avaient vu, six tentacules disposés en rosette ; ces tentacules ne m'ont jamais paru s'allonger beaucoup, et le plus souvent ils représentent six gros tubercules. Je me garde toutefois d'en conclure que dans la mer les choses soient ainsi, car on observe trop souvent que les Polypes, hors des conditions favorables à leur existence, modifient profondément leur forme par leur contractilité. Jamais je"n'ai vu le corps des Polypes s'allonger en tube au-desssus du polypier, il forme simplement un gros mamelon. Les Polypes de \ Antipathes subpinnata mesurent au plus dans leur grande étendue un millimètre. Ils sont plus grands dans V Antipathes larix. Si je juge par l'examen de la collection du Muséum de Paris, il doit exister, relativement à la grandeur des Polypes, de grandes différences entre les espèces. Ainsi, par exemple, les échan- tillons de l'^. scoparîa du Muséum portent des animaux dessé- chés fort beaux et bien plus grands que ceux des espèces dont il est ici question. Quand les tentacules sont contractés, les animaux forment des mamelons à la surface desquels on ne les distingue plus. Souvent 5ill H. LACAZE-UDTUIERS. au milieu d'eux, la partie du péristome, qu'ils entourent et limi- tent, s'allonge en une masse saillante que Dana, Ellis et Solander ont déjà figurée. La cavité générale du corps ofîre, dans Y A. subpinnata, une disposition générale qu'il était facile de prévoir, mais qui, cependant, présente une particularité fort intéressante et tout à fait inattendue ; en regardant de face et par transparence le Polype on voit, rayonnant autour de la bouche, six lignes qui correspondent évidemment aux cloisons que l'on rencontrent habituellement tout autour de la cavité générale du corps. Mais tandis que quatre de ces lignes sont très-délicates et disparaissent non loin de la bouche au milieu des tissus, deux, beaucoup plus volumineuses et opposées l'une à l'autre, portent seuls des cor- dons pelotonnés. Ces deux lignes correspondant aux lames, ou replis bordés par le bourrelet intestiniforme, sont ordinairement placées dans la direction de la longueur des ramuscules du polypier. Cette disposition est fort remarquable. Dans le développement des Jclinies, on voit que la formation des loges périphériipies marche dans un certain ordre. D'abord, il s'en développe deux qui conservent toujours l'avance qu'elles ont sur les autres, et qui, par cette raison, sont toujours plus marquées, et correspon- dent au milieu de la longueur de la bouche. Ici ces deux pre- mières cloisons semblent atteindre seules un entier développe- ment et prendre une prédominance complète. Les autres, sont à peine développées et laissent ainsi en évidence la première disposition embryonnaire. Un œsophage bien formé, quoique court, s'attache à ces deux replis les plus développés ainsi qu'aux autres qui sont rudimen- taires. Relativement à la grandeur des Polypes, le bourrelet margi- nal du repli est très-gros, mais pas très-long, il semble mesurer toute ou presque toute l'étendue de son bord libre quand l'ani- mal est contracté. Les tissus, qui forment les parois du corps, sont d'une délica- MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 55 tesse extrême ; les cellules qui les composent, sont les unes trans- parenteset volumineuses, sans noyaux bien apparents, et gonflées de liquide; les autres remplies de grosses granulations. Celles-ci, en éclatant répandent leur contenu qui, en se mêlant à l'eau, donne naissance à un mucilage visqueux et filant. On ne distin- gue pas ici, ainsi que dans la Gerardia^ deux couches cellulaires différentes dans les parois du corps des Polypes ; mais, à la sur- face externe comme à la surface interne, on reconnaît un mou- vement très-vif dû à un épithélium vibratile bien développé. Les nématocystes sont ovoïdes, volumineux, beaucoup plus gros dans les replis intestiniformes que dans les téguments; dans les cordons pelotonnés, ils sont très-régulièment disposés à côté les uns des autres, tournant leur grosse extrémité vers la surface. Le fd qu'ils renferment n'est pas long. On ne distingue pas s'il est disposé en spirale. Suivant l'axe de la capsule, on voit une ligne plus obscure et sombre qui doit tenir à la disposition du filament. Les nématocystes sont groupés dans les téguments par paquets, (ju'il est facile de reconnaître dans les animaux contractés et même desséchés dans les collections. Par exemple, le tissu des- séché de r^. scoparia paraît, à un faible grossissement, cha- griné ; si on le ramollit à l'aide d'une immersion dans une lessive de potasse ou de soude on reconnaît que chaque élévation est due à un paquet des nématocystes. Dans VA. larix les replis ont paru remplis de corpuscules, qui, par leur transparence et leur teinte, rappelaient les capsules testi- culairesde laGerardia; s'il n'était téméraire de conclure d'après les observations faites sur un échantillon dans un état qui n'était pas parfait, on pourrait dire que les sexes sont séparés et portés non-seulement par des Polypes différents, mais encore par des zoanthodèmes distincts. Le Polypier des Antipathes vrais offre une particularité fort remarquable, il est hérissé de spinules que tous les auteurs ont indiquées, mais qu'il ne faut pas considérer comme des rameaux 56 U. LACAZe-DUTBIERfS. avortés ; les spinules se développent et restent spinules. 11 suffit, pour s'en convaincre, d'observer les barbules encore couvertes d'animaux, surtout dans 1'^. subpinnata et l'A. larix, qui ne présentent jamais de branches secondaires. Les spinules sont à ce point nombreuses, que sous le corps d'un seul Polype on en peut compter une centaine. Je n'entends pas dire, cependant, que l'accroissement exagéré d'une spinule ne puisse devenir le point de départ d'une barbule ; ce que je veux dire ici, c'est que nécessairement chaque spinule n'est pas le point de départ, l'origine d'une barbule, d'une ramuscule et finalement d'une branche. L'étude de leur disposition offre des données fort utiles pour la distinction des espèces, ainsi que je le montrerai dans la révi- sion générale du groupe des Antipathaires. Le tissu mou du sarcosome est tout à fait analogue à celui des parois du corps des Polypes ; il entoure de toute pari le polypier qui semble être contenu dans une sorte de gaine ; mais quand il se contracte, les spinules le traversent comme cela a lieu pour les spicules calcaires chez quelques Gorgones. Le développement du polypier a lieu par le dépôt de couches qui se superposent sur les tiges, et qui, aux extrémités, s'emboî- tent comme des doigts de gants, mais toujours le milieu du poly- pier paraît creusé d'un canal qui, en réalité, n'existe pas à l'ori- gine. Cette apparence est due, sur les échantillons frais, à la densité moindre de la substance surajoutée aux extrémités, ce qui la fait paraître transparente, et sur les échantillons desséchés au retrait de ce tissu qui forme une cavité vide. CHAPITRE IV. RAPPORTS ET DIFFÉRENCES DES ANTIPATHES VRAIS ET DE LA GÉRARDIE. Il n'est pas sans intérêt d'opposer maintenant les caractères de la Gerardia et des Antipathes vrais ; afin de montrer la néces- sité de séparer ces êtres, qu'une étude trop superficielle avait fait à tort confondre. MÉMOIRE SUR LES ANTIPATHAIRES. 57 Le polypier ofFre surtout des caractères qui ne permettent aucune confusion entre les deux. Dans la Gerardia Lamarckii, à aucune époque on ne trouve d'épines sur les parties dures. Les extrémités des rameaux dans le Leiopathes glaberrima portent, au contraire, des épines, rares il est vrai, mais très-appréciables. La partie lisse de ce dernier est brillante, parfaitement glabre et inerme, comme si elle avait été polie. Dans la Gemrrfm, les surfaces sont très-finement chagrinées et chacune des petites élévations est déprimée à son centre et comme ombiliquées. Ces caractères différencient suffi- samment la Gérardie de Lamarck et les Leiopathes glabres. Les polypiers des vrais Antipathes (si l'on en juge au moins par les échantillons conservés dans les collections et sur les- quels il ne peut rester d'incertitude en tant qu' Antipathes) sont toujours échinulés, chargés d'épines, et leurs branches ou leurs troncs, fort variables, portent constamment des barbules qui, grêles et de longueurs diverses, sont couvertes d'épines; on ne voit rien de semblable dans la Gerardia. Le parasitisme est réel dans cette dernière, on ne le retrouve pas dans les espèces connues d'Antipathes. Aussi les polypiers de la première n'ont-ils aucune forme particulière, ils ont dès le commencement la forme du polypier d'emprunt qui leur sert de soutien ; les seconds ont un port et des formes caractéristiques, dès le premier moment de leur existence. La cause de cette différence tient spécialement à ce que le sar- cosome de la Gerardia s'étend rapidement sur tous les corps, et reste, relativement, assez longtemps avant de sécréter un poly- pier, tandis que le sarcosome des autres Antipathes s'élève de lui-même en produisant très-vite son polypier. Il n'a donc pas besoin d'un soutien d'emprunt. Les animaux n'offrent pas moins de différences. Six espèces, dans les Antipathes vrais, ont présenté constam- ment des Polypes à six tentacules. Il est très-probable que toutes les espèces, dont les polypiers sont semblables, ne doivent pas en 58 n. LACAZE-DLTHIEKS. avoir davantage. La Gerardia en a vingt-quatre. Les deux nom- bres sont, il est vrai, multiples l'un de l'autre; et cela prouve la ressemblance et l'analogie; mais, ils sont assez éloignés pour légitimer la séparation, non-seulement comme espèce, mais très- probablement aussi comme famille. Je n'ose émettre ici que des prévisions, sans pouvoir sûrement généraliser, vu le petit nom- bre de faits connus. Des différences, non moins capitales, se présentent si l'on com- pare l'organisation interne de la Gerardia avec celle des vrais Antipathes. Il y a autant de cloisons mésenléroïdesque de tenta- cules. Dans la première, ddiU^V Antipathes subpinnata, ilyabien^ six cloisons, mais deux seulement atteignent leur entier déve- loppement, en acquérant un cordon pelotonné. Ces caractères légitiment certainement assez la séparation de ces espèces, mais on peut se demander s'ils ne doivent les éloi- gner beaucoup plus et les faire placer dans des groupes distincts. La matière cassante, brillante du polypier, indépendamment de tout analyse chimique qui pourrait bien donner des caractè- res distinctifs, est à peu près la même dans les deux cas ; pour tous les naturalistes, le polypier de la Gerardia est un polypier d'Antipathaire. Les tissus mous n'offrent pas moins de ressem- blance dans les deux cas, les cellules à granulations produisent des mucosités filantes, offrant la plus grande analogie; quand on a fait l'anatomie des Coralliaires, on reconnaît bien vite que l'on a affaire à un Zoanthaire à polypier calcaire, à un Antipathaire, ou à un Alcyonaire; on ne s'y trompe pas. Le groupement des nématocystes me semble encore présenter une analogie très-grande dans les deux cas. Mais je le répète, dans l'étude de ce groupe, n'ayant encore que deux espèces à opposer l'une à l'autre, il serait prématuré de vouloir d'avance dire ce qui peut exister chez celles dont nous n'avons que les charpentes dures et dépouillées de leur partie animale. ' Le groupe Antipathaire me paraît être plus étendu qu'on ne MÉMOIRE SUR LES ANTIPAÏUAIRES. 59 le pense généralement, il doit présenter des types très-difFérents. Je crois même qu'il doit exister d'autres espèces ayant tous les caractères de la Gerardia^ mais qui ne produisent point de polypiers. Absolument comme dans les Alcyonaires, on trouve des espèces ayant des polypiers calcaires, d'autres les ayant cor- nés, enfin d'autres, n'en ayant pas du tout comme, par exemple, la Bebryce mollis. L'étude des animaux vivants est encore trop en retard pour que, sans imprudence, il soit possible de présenter un aperçu général des faits que je viens de faire pressentir, mais pour la démonstration desquels je possède déjà de nombreux documents. On s'en est tenu beaucoup trop aux dépouilles desséchées et entassées telles quelles dans les musées par les voyageurs; on doit aujourd'hui entrer largement, pour les Zoophytes comme pour les autres animaux, dans la voie de la méthode naturelle, et rapprocher à la fois les caractères fournis par les parties fugaces, qui disparaissent facilement, et les parties dures qui per- sistent; de l'ensemble de ces caractères résulteront les données sérieuses et positives permettant les classements rigoureux des êtres. Là, seulement, est la vraie méthode. Là est la science du progrès, celle qui fait pour l'avenir, celle qui établit des choses durables, et non des ouvrages encombrants que les études appro- fondies détruisent tôt ou tard, mais qu'elles sont toujours obli- gées de prendre la peine de détruire; travail inutile, au fond, et que la légèreté de ses auteurs a cependant rendu nécessaire. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 1. Antipathes subpinnata (Polypes). Fig. 1. Extrémité d'une tifrelle portant exclusivement des barbulcs disposées dans plusieurs plans. Cette portion de zoanthodème a vécu quelques jours dans mes aquarium^ et c'est sur ses polypes que les observations ont été faites. Le sarcosome détruit en quelques points sur le gros tronc, et l'extrémité des barbules, se contracte et permet aux animaux qui restent, par une sorte de cica- frùation' contractile, de continuer à vivre. 60 n. rACAZE-DumiERs. Je dois remarquer que cette figure ne représente pas précisément la forme, ni la disposition la plus habituelle de cette espèce; c'est une tige qui portait beaucoup de barbules et qui, étant bien vivante, avait servi à mon dessin. Voilà pourquoi elle a été dessinée ici, son sommet était cassé. Fig. 2. Une portion de la même, grossie, pour montrer les polypes {p, />'), placés à d'assez grandes distances sur le sarcosome de l'axe principal. On peut comparer la distance qui les sépare dans ce point à celle qui existe sur les barbules, celle-ci est infiniment moins considérable. Sur les barbules, les polypes sont pour ainsi dire en contact les uns avec les autres. Fig. 3. Une barbuleplus grossie et vue de face. Je lai choisie à dessin pour montrer des polypes bien distincts. Chaque animal est ici éloigné en apparence, mais les cavi- tés du corps viennent au contact; ce n'est que le péristome qui se détache aussi nettement de celui des autres animaux voisins, a, le mamelon portant la bouche; b, la bouche ; c, les tentacules. Fig. à. Le même, vu par derrière, c'est-à-dire par le côté de la barbule B. Toutes ces figures ont été calquées à la chambre claire, dans des conditions tou- jours semblables et comparables; fig. 2, grossie dix à quinze fois; fig. Set 4, grossie vingt-deux fois. PLANCHE 2. Antipathes subpinnata (organisation des Polypes). Fig. 5. Un polype vu de profil, au microscope, grossi soixante fois. L'instrument est disposé de telle sorte que l'on observe le plan représenté par les deux lames (/) développées et qui portent les cordons pelotonnés (i). Cette figure est intéressante à bien des égards ; elle présente : B la barbule qui porte les polypes et montre que cette partie du polypier semble être enveloppée dans un tube que forme le sarcosome (/). On voit la bouche en (6) à laquelle sont amenées les particules par les cils vibra- tiles de la surface du corps. Des flèches indiquent le départ des courants sur le centre de chaque polype au-dessus de la limite (/). L'œsophage (e) correspond à la ligne médiane et présente une étendue bien peu considérable. Les tentacules correspondraient à l'espace {t'). Fig. 6. C'est le même polypier que dans la figure précédente, vu au même grossisse- ment mais en dessous par le côté de la barbule opposé à celui de la bouche. On voit toujours au milieu des tissus la barbule B, et par transparence on distingue vaguement des lignes («, n) correspondant aux cloisons intestiniformes rudimen- taires. Fig. 7. Le même Polype vu de face, du côté de la bouche ; une partie seulement de la surface du péristome est représentée : la bouche (6) a son grand diamètre dirigé transversalement ou perpendiculairement à la direction générale des deux replis in- testiniformes (i, m). Les quatre autres lamelles ne portent point de cordons peloton- nés et se voient en («, n, n, n) . MÉMOIRE SUR LES ANTIPATH AIRES. 61 Fig. 8. Une des épines de labarbule faisant saillie au dehors des tissus qunnd ceux-ci se sont contractés. Grossissement beaucoup plus considérable, à peu pris trois cents Ibis. PLANCHE 8. Antipathes subpinnata (histologie). Fig'. 9. Un repli intestiniformc détaché, vu à un faible grossissement ; h, cordon pelo- tonné ; ff, lame. Fig. 10. Le même, vu à un grossissement considérable. La nature cellulaire de la ^_ lame {g) est manifeste ; sur le bord du cordon pelotonné (A), ou voit les gros némato- cystes qui sont placés à côté les uns des autres. Fig. 11. Portion des parois du corps d'un polype^ montrant de face (c) un paquet de nématocystes ; c', d'autres paquets un peu inclinés. (Fort grossissement.) Fig. 12. Nématocystes isolés, grossis 500 fois, cl, les grosses capsules à fil intérieur du cordon pelotonné ; e, nématocystes des parois du corps avec les fils peu étendus sortis des cellules : f, un paquet isolé de ces éléments et vu de côté. Fig. 13. Cellules de la lamelle du repli intestiniformc; les unes (a) sont remplies de granulations, les autres (6) semblent vides et transparentes. Fig. 14. Cellules un peu plus petites que les précédentes, vues au même grossissement et prises sur les parois du corps. Fig. 15. Ces mêmes cellules rompues, et leurs granulations se résolvant en une matière mucilagineuse. Fig. 16. Les parois du corps vues du point où existent les tentacules; la disposition générale des paquets de nématocystes, au milieu du tissu cellulaire qui les constitue semble caractéristique des Antipathes. Fig. 17. Cellules transparentes dont le contenu lui-même se résout en une sorte de matière glaireuse. PLANCHE U. Antipathes subpinnata et A. larix (polypier). Fig. 18. Une barbule d' Antipathes subpinnata. Extrémité intacte et non cassée; les épines qui la couvrent sont disposées avec ordre. Grossissement faible, trente-sept fois. Fig. 19. Extrémité de la même barbule, fortement grossie, trois cents fois, montrant l'origine des épines (/", g], et les couches en forme de calottes qui s'ajoutent les unes aux autres pour augmenter sa largeur {h, h'). Grossissement, quatre cents fois. Fig. 20. Portion d'une barbule tout près de son insertion, sur le ramuscule qui la porte. Vu au même grossissement que la figure 19. Les épines ne sont pas encore cylindriques, elles sont plates. Fig. 21. Portion delà surface du polypier, hérissée d'épines relativement beaucoup 62 H. L.J|>CA%K-DUTHIERI$. plus longues que sur les ramuscules et les barbules ; elles sont cylindriques et quèl^' ques-unes sont bit'urquées. Même grossissement que la figure 18. Fig. 22. Une épine vue à un fort grossissement, pour montrer les couches de tissu emboîtées les unes sur les autres. Fig. 23. Extrémité d'une barbu]c dam VAntipathes lurix, vue au même grossissement que la figure 18, pour montrer quelle diflërence considérable existe entre ces deux espèces relativement aux épines qu'elles portent. Fig. 24. Sommet de cette même barbule, vu au même grossissement que dans la figure 19. Le mode d'accroissement dans les deux cas est le même, mais la disposi- tion générale est tout autre. Fig. 25. Portion grossie d'une barbule à sa base, on reconnaît que la couche de tissu interne est moins dense, et qu'elle semble correspondre à un espace canaliculaire. Fig. 26. Corpuscules particuliers tout à fait analogues à ceux que l'on rencontre quel- quefois sur le sarcosome de la Gerardia, ils n'appartiennent pas aux animaux des Antipathes. (a, 6, c), à divers états de développement. Grossissement, cinq cents fois. Fig. 27. Les mêmes, vus à un faible grossissement et semés à la surface du sarcosome. HECHERCHES SUR VA DURÉE m. LA VIE DES POISSONS HORS DE L EAU, Par M. G. POL.UT4, Pnifpsseur à l'École vétérinaire de Kliarkoff (Russie méridionale). La durée de la vie des divers genres de poissons hors de l'eau est très-différente suivant les espèces. Ainsi, nous voyons l'Esturgeon vivre hors de l'eau plusieurs heures et le Brochet un peu moins, tandis que le Hareng {Clupea pontica Eichw.) périt, dans cette circonstance, au bout d'une minute. Cependant, cela ne provient pas d'une structure différente des organes respiratoires, car si l'on décapite l'Esturgeon de manière à lui enlever les branchies avec la tète, l'animal vit encore assez longtemps hors de l'eau ; le Brochet, dans les mêmes circonstances, vit un peu moins et le Hareng meurt dans la minute de l'opération. Il est vrai que la vie ([ui persiste ainsi n'est que celle des animaux décapités en général, mais ce n'en est pas moins la vie, et plus le poisson décapité vit long- temps, comparativement à un autre poisson également décapité, plu^ le premier, s'il n'était pas décapité, pourrait vivre hors de l'eau, compara- tivement à un autre animal de même classe qui serait également intact. POLUTA. — SUR LA RÉSISTANCE VITALE DES POISSONS. 63 La longévité dépend principalement de la ténacité de la vie dans la libre animale. Cette ténacité est en relation inverse de la quantité de l'oxygène nécessaire à l'entretien de la vie dans l'organisme, ainsi que cela résulte de l'expérience suivante. Quand on met un Esturgeon dans un vase rempli d'eau de rivière, il vit emprisonné longtemps ; le Brochet, dans un vase de grandeur propor- tionnelle, vit moins de temps que le premier ; le Hareng dans l'eau non renouvelée continuellement meurt très-promptement. Cette expérience démontre que le Hareng exige plus d'oxygène pour le même poids du corps que le Brochet et plus encore que l'Esturgeon. Moins la fibre animale exige d'oxygène pour soutenir sa vie, plus elle vit sans respiration et vice versa. Les tissus du corps de l'Esturgeon exigent moins d'oxygène pour vivre que les tissus du Brochet, et à cause de cela l'Esturgeon vit sans respiration plus que le Brochet ; enfin, comme le corps du Hareng pour le même poids exige beaucoup d'oxygène, il meurt, pour cette raison, aussitôt qu'il cesse de respirer. Quoicjue la durée de la vie des poissons hors de l'eau ne dépende pas d'une structure différente des organes respiratoires, cependant, celle-ci a une certaine influence secondaire sur la longévité de ces animaux dans l'atmosphère. En général, on peut dire que les poissons placés à l'air meu- rent, soit par l'arrêt de la circulation branchiale, soit par défaut d'oxy- gène dans le sang, ou bien par l'une et l'autre cause réunies. , Les circonstances qui sont susceptibles de prolonger la vie des poissons hors de l'eau sont : a. La forme cyhndrique du corps du poisson ; b. La présence de l'eau dans les chambres branchiales ; c. L'absence d'écaillés sur la peau. ' Et voici ce qui la diminue : a. La forme du corps comprimée latéralement; b. L'agrégation des branchies et de leurs feuillets en une masse; c. L'existence d'écaillés sur la peau. aa. Les poissons cylindriques se couchent sur la terre tranquillement et vivent plus longtemps que les poissons aplatis latéralement, car les premiers étant couchés sur le ventre distendent leurs branchies, et quoi- qu'il n'y ait pas d'expansion complète des feuillets branchiaux, cepen- dant l'oxydation du sang s'effectue et ce liquide traverse les branchies, quoique tout cela se fasse incomplètement et avec difficulté. Les poissons dont le corps est comprimé latéralement se couchent sur le côté, et ne peuvent distendre leurs branchies que du côté opposé, encore très-incomplétement et pour peu de temps. C'est à cause de cet abaisse- ment des feuillets branchiaux, et de cette agrégation des branchies en une masse, que la circulation et l'oxydation du sang s'arrêtent sitôt, et 64 POLIJTA . que l'animal éprouve tout d'un coup une insupportable anxiété et meurt bientôt. C'est à cause de cette anxiété que l'animal, aplati latéra- lement, reste moins tranquille que les poissons cylindiiques ou aplatis en dessus. bb. Quelques poissons, dont l'organisme n'exige pas beaucoup d'oxy- gène, ont les chambres branchiales conformées de façon à pouvoir conte- nir assez d'eau pour que les feuillets des branchies soient toujours flot- tants, lorsque l'animal reste hors de l'eau. Ces poissons vivent longtemps dans l'atmosphère : quelques heures et plus. Alors, chez eux la circulation branchiale est libre, quoique l'oxydation du sang soit nulle, car l'eau ne se renouvelle pas. Ils meurent par défaut complet d'oxygène dans le sang et périssent lentement, car le peu d'oxygène qu'ils ont dans le sang peut encore suffire à entretenir la vie agonisante pendant quelques instants. Le Trigon pastina L. est dans ce cas. ce. Enfin, la ténacité de la vie des poissons hors de l'eau se trouve en relation avec la ténacité avec laquelle les écailles sont implantées dans la peau. Les écailles du Hareng sont très-caduques et la résistance vitale de ce poisson est très-faible. La ténacité de la vie du Leuciscus blicca L. est plus grande que celle du Hareng, ses écailles adhèrent au corps avec plus de force que chez ce dernier. Les écailles de Brochet adhèrent au corps avec beaucoup plus de force que chez les précédents, et ce poisson vit beaucoup plus de temps qu'eux. Enfin, chez les Esturgeons, les Rhombus, et les Trigon, elles sont implantées avec le plus de force et ce sont ces poissons qui vivent le plus longtemps hors de l'eau. De toutes ces observations on peut conclure que la longévité des pois- sons hors de l'eau, se trouve en rapport inverse de la quantité d'oxygène nécessaire pour le même poids du corps, mais en relation directe avec l'adhérence des écailles. Quand les observations faites dans cette direction seront plus nom- breuses, on en pourra déduire la loi physiologique générale pour les autres animaux. Ainsi nous voyons que la ténacité de la vie des Lézards, des Tortues et des Serpents est très-gi'ande, et se trouve en relation inverse avec la quan- tité d'oxygène nécessaire pour soutenir la vie et en relation directe avec la force d'implantation des écailles. Je tâcherai de faire des recherches analogues sur les Mammifères et les Oiseaux, et je chercherai s'il y a quelque liaison entre la ténacité de leur vie et : !• La quantité de l'oxygène nécessaire pour la soutenir ; 2° La force d'implantation de leurs parties cornées; 3" La quantité de leurs parties cornées. RECHERCHES SI li LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS, Par le n-^ Ixéon VAIIXAIX'T. PREMIERE PARTIE. — ETUDES ANATOMIQUES. INTRODUCTION. La lamlUe des Tridacnidés peut être regardée sans aucun doule comme l'une des plus naturelles de la classe tles Mol- lusques acéphales, et si sa place dans la série de ces êtres aussi bien que ses rapports donnent lieu à des interprétations diverses, on ne peut disconvenir cependant que toutes les espèces, en petit nombre jusqu'ici, qu'elle renferme, présentant un faciès des plus faciles à saisir, ne permettent pas de méconnaître les étroi - tes analogies qui les réunissent les unes aux autres. C'est dans ce groupe que se trouvent les Mollusques acéphales susceptibles d'atteindre de beaucoup la plus grande taille; parmi les genres perdus, les hiocérames, qui eux aussi peuvent acqué- rir un volume considérable, sont loin, cependant, d'arriver aux dimensions colossales de la Tridacne gigantesque en particulier. On serait porté à penser, en raison de cette particularité frap- pant les yeux les moins exercés, que ces êtres ont dû fixer de tout temps l'attention des observateurs et cependant les auteurs antérieurs au xvf siècle ne paraissent pas en faire mention. Il est vrai que les contrées oîi habitent ces énormes échantillons étaient peu fréquentées par les Européens aux époques reculées, et le document, qui renfermait sans doute la description des pro- duits des mers orientales, nous manque à peu près complète- ment, je veux parler du journal de vovage de Néarque, amiral â<' siTic. 7.001.. T. IV. Cahior ii" 2.; 1 ;, 60 1. VAILLAIMT. d'Alexauilie le Grand, ouvrage qui laallieureuseuieul ne nous est connu que par les extraits incomplets d'Arrien. Dans ce qui nous a été conservé du récit de cette intéressante navigation, nous voyons (1) qu'à plusieurs reprises les Grecs embarqués furent obligés, faute de vivres suffisants, dase nour- rir de Mollusques testacés, mais les noms cités de Moules {Mvaç OryXaaaiovq), d'Huîtres et d'une autre espèce sans doute égale- ment bivalves (SwX^vaç), sont trop vagues pour permettre une détermination même approchée. Cependant un passage bien connu de Pline l'Ancien et qu'on trouvera plus bas montre évidemment que les soldats d'Alexandre avaient rencontré aux Indes des Acéphales conchyfères dont la grande taille les avait frappés. Aristole ne paraît pas faire mention des Mollusques qui nous occupent, à peine pourrait-on supposer qu'il en eût eu connais- sance par un passage où il dit (2) : que les Testacés sont tous d'une grandeur excessive {v7iépp.zy£9-ri) dans la mer Erythrée, et si j'en crois quelques renseignements qui m'ont été donnés en Egypte, on trouverait en descendant sur la mer Rouge et parti- culièrement aux îles et au détroit de Jubal des Tridacnes d'une grande taille, bien que toutes celles que j'ai vues ou recueillies fussent de dimensions médiocres. Pline, auquel a été emprunté le nom de Tridacna{o), nel'ap- (1) Voyage de Nénrque des bouches de /'Indus Jusqu'à l'Ëuplirate, ou Jouninl de rexpédilioii (h; la fliilli' d'Alexandre, rédigé sur le journal ori^riniil du Néarque roii- scrvi' par Aniiii, à 1 .lido des éclaircisscmonls puisés dans les éei'its et relations des auteurs, g-éograplies ou voyageurs tant anciens que modernes ; traduit de l'anglais de William Vincent par J. Billecoq. Paris, an VIII, p. 198 et 208. (2) Histoire des animaux, lib. VIII, cap. xxviii. (Voy. trad. de Camus. Paris, 1783, t. 1, p. 523.) (3) Je dois faire remarquer qu'il existe en français une certaine confusion sur le genre du mot Tridacne les uns le faisant masculin, d'autres féminin. Ainsi M. de Blainville, dans un passage, le fait d'un genre qu'il cliangc dans un autre (voy. Manuel de malacologie et de conchyliologie, p. 152 et 544). Bruguièrcs, en empruntant à Pline le mot Tridacna, en a fait un nominatif féminin singulier ; cependant dans le texte latin le mot est un accusatif neutre pluriel : il semblerait donc plus naturel de faire de Tri- dacne un nom masculin ; mais, comme il y aurait évidemment plus d'inconvénients que d'avantages à modifier un barbarisme que l'usage a consacré, il est pré'férable, .je crois, de faire ce mot féminin dans l'une et l'autre langue. RKCIIERCFIES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDËS. 67 pliqiie cependant pas aux Coquilles ainsi désignées aujourd'hui, mais à des Huîtres ordinaires de grandes dimensions, ce terme ayant été inventé, dit-il, chez un certain Romain par un esclave chargé sans doute d'annoncer les différents plats dans un festin. C'est au moins ce qu'on peut conclure du passage suivant : « In » Indico mari Alexandri rerum auctores pedalia (Ostrea) in- » veniri prodidere. Nec non inter nosNepotis cujusdam nomen- » clator tridacna appellavit tanta amplitudinis intelligi cupiens » ut ter mordenda essent (1). » Il est probable que, dans la pre- mière phrase, Pline fait allusion au voyage de Néarque qui lui jetait connu sans aucun doute, puisqu'il en donne différents extraits. Comme les Grecs appliquaient indifféremment le nom d'Huître Ç'oa-pso^j) k tous les Testacés bivalves à tét rugueux, il est possible qu'il soit question des véritables Tridacnes. Au milieu du xvi'' siècle, on commence à avoir des détails plus circonstanciés sur ces animaux, les rapports devenus plus fré- quents avec l'Orient depuis les croisades et les grandes naviga- tions effectuées par les Portugais, font arriver eu Europe des spécimens remarquables de la Tridacne gigantesque; c'est vers cette époque sans doute que François I" reçut de la république de Venise les deux valves qui ornent encore actuellement l'église Saint-Sulpice. En 1555 Pierre Belon du Mans, l'un des plus illustres voya- geurs naturalistes français, donne sur ces coquilles le premier document exact, il est même possible, malgré la brièveté de sa description, mais en tenant compte du lieu où il observa, de conclure, avec grande probabilité, qu'il s'agit ici de l'espèce désignée sous le nom de Tridacna elongata. Voici ce passao-e curieux où il parle de ce qu'il appelle YOEstre de la mer Rouge (2) : « Estant un jour au Tor, village situé au rivage de » la mer Rouge, vers le costé d'Arabie, nous vismes des'mon- » ceaux de coquilles de certaines OEstres. Les Caloyères jaco- » bites de là les nous nommèrent Aganon : car ils en mangent (1) Historiœ naturalis, lib. XXXU, cap. xxi. (2) La nature et diversité des Poissons avec leurs pourtraicts représentez an plus près du naturel. Paris, 1560, p. il9 68 »'• VABLLAXT. ,) à jours maigres. Lors, il nous vint souvenance (jue les anciens » l'avoient nommée Tridacua, car il n'y a homme qui les scaiche )) manger à un seul morceau ; elles sont grandes oultre mesure » et ont sept tresses à chaque coquille qui est quatre fois plus » grande que ne sont les nostres. Les coquilles sont seulement M fermées il' un nerf fort comme nos vulgaires. Aussi y a sept » coches es environs se répondant aux sept tresses des coquilles. » L'une des coquilles est si grande qu'il y pourroit autant de » liqueur qu'un homme en hoiroit à un traict. Cette OEstre est » aussi fréquente au sine arabique de la mer Rouge comme les » nostres sont en nos rivages et est quasi du mesme goust. « On doit seulement remarquer que Belon fait erreur en pensant que ce sont ces coquilles que les anciens désignaient sous le nom de Tridacna, on a vu plus haut, daprès la citation de Pline, ce qu'il faut penser à ce sujet. Quant au nom (VAganon qui paraît bien d'origine grecque, je ne l'ai trouvé nulle autre part. Rondelet n'a guère fait que commenter le passage que je viens de citer (1). 11 avait cependant, à ce qu'on peut croire, des échantillons de ces coquilles sous les yeux, car sa description des squames est plus détaillée que celle de Belon ; le premier, il donne une représentation, assez grossière il est vrai, des valves H impose à ce Mollusque un nom spécial en l'appelant Concha imbricata, dénomination empruntée, dit-il, h Pline, mais cet auteur en parlant des coquilles ondulées et squameuses (-2), ne parait pas faire allusion à une espèce spéciale, au moins dans le passage auquel je renvoie (o). Rondelet montre fort bien que le mot Tridacna n'est pas employé par les Latins pour désigner la coquille dont il s'occupe, mais il interprète mal le passage de Belon, (juand il fait dire à cet auteur que ce sont les cénobites arabes qui désignent cette coquille sous le nom de Tridacne. (1) Libri de Piscibus maiinis in , //. 80 I,. VAiixAMir, reiices et dont les interstices sont remplis par une matière amor- phe finement granuleuse. Ces cellules mesurent 0""",011 à 0'""\012, et sont pourvues d'un noyau transparent de 0""", 005 à O^'^OOG. On trouve en outre des corpuscules jaunâtres (1), plus réfringents mesurant 0""", 008 et montrant dans quelques cas un noyau moitié plus petit de 0""",00/i, ils paraissent d'autant plus nombreux que la partie est plus colorée. Au milieu du tissu ainsi constitué se voient une grande quantité de vaisseaux (2), la plupart ont 0™"',0o2 environ, il y en a d'un tiers plus petits, ce sont les plus fins; ils se réunissent en des troncs beaucoup plus gros, bien visibles à l'œil nu, puisqu'ils peuvent atteindre 1 mil- limètre. Ceux d'un diamètre moyen (3), que leur transparence et celle des tissus voisins rend faciles à observer à un grossisse- ment suffisant, paraissent tapissés dun épitliélium très-analogue à celui qui forme le tissu propre du manteau, mais à cellules un peu plus petites, et présentant cette différence frappante c[u'elles se compriment mutuellement de manière à devenir polyédriques. Quelque soin que j'aie mis à examiner ces vaisseaux, il m'a été impossible d'y découvrir une paroi propre autre que ces cellules, qui au reste leur donnent un contour très-net ; on est donc porté à admettre qu'ils sont comme creusés dans le tissu palléal et y forment des sinus plutôt que des vaisseaux proprement dits. Au point de vue de la contractilité, ce tissu comparé à presque tous les autres du même animal est mal partagé, je n'ai pu y reconnaître de fibres musculaires distinctes, et sa contractilité aux excitants mécaniques paraît nulle. Outre ces différents élé- ments la face interne de la portion intra-musculaire du man- teau est pourvue d'un épithélium à cils vibratiles que j'ai ren- contré sur la plus grande partie de son étendue, ce qui paraît en rapport avec les fonctions de cette partie pour la respiration. On trouve assez fréqueminent dans l'épaisseur de cette mem- brane des concrétions calcaires qui ne sont autre chose que les perles de la Tridacne, elles sont mates comme l'intérieur de la (1) PI. 12, fig. 2 : c, c. (2) PI. 12, fig. 2 : «, (I. (3) PI. 12, lig-. 2 : \ 90 I- VAILLANT. pour le passage de l'eau et en outre par la perforation de la cloison interbranchiale (1). Celle-ci est située à peu de distance en avant du pied ; elle est infundibuliforme, au moins après la mort, et, chose assez singulière à ce qu'il semble au point de vue de la direction du courant, sa petite ouverture un peu dente- lée est dirigée vers la chambre branchiale. Il est probal)le que pendant la vie et à l'état de repos cette ouverture peut acquérir d'assez grandes dimensions dans certaines circonstances, mais il ne m'a pas paru possible d'arriver à en prendre une idée exacte ; après la mort et évidemment à l'état de contraction, elle mesure à peine 3 millimètres sur des Tridacnes de 16 à 18 centimètres de long. On peut d'ailleurs présumer que cette perforation n'est destinée qu'à servir accidentellement pour livrer passage à quel- que corps étranger introduit par mégarde : à l'état normal le courant d'eau doit filtrer au travers des organes respiratoires. Le canal suivant, que j'appellerai chambre post-branchiale ou chambre aquifère moyenne ('2), est limité en haut et sur les côtés parla paroi inférieure de la chambre branchiale, en bas parla masse gastro-génitale, le corps de Bojanus et les gros muscles, en avant il n'a pas de paroi et communique librement avec le canal suivant. La chambre post-branchiale n'est pas simple mais subdivisée en trois parties, latéralement on trouve les chambres incubatrices communes (3) qui laissent au centre une troisième cavité limitée parla face inférieure'_de la cloison interbranchiale en haut, et latéralement par les deux feuillets internes de ces mêmes chambres incubatrices. Les premières cavités commu- niquent avec la chambre branchiale au travers des branchies externes, la dernière par la perforation de la cloison interbran- chiaîe et les branchies internes, toutes trois en avant sont large- ment ouvertes. Quant au troisième canal qui est la chambre anale ou chambre aquifère inférieure (6), sa composition est plus simple ; limité (1) PI. 9, fig. 1 : i; pi. 11, fig. 1 : A. (2) PI. 9, fig. 1 : /; pi. 11, fifr- 1 : k. (3) Pi. 11, fig. 1 : /. (4) PI. 11, fipr. 2 : (, RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 01 en haut par les grands nuiscles et le péricarde, en bas et sur les côtés par le manteau, il communique librement en avant (1) avec les cavités de la chambre post-branchiale et en arrière et en bas débouche h l'extérieur par l'ouverture efférente du man- teau. La succession de ces trois canaux force en définitive le cou- rant à suivre un trajet qu'on peut comparer à une S retournée. En effet, l'eau en entrant par l'ouverture afférente se dirige directement d'avant en arrière et remplit la chambre branchiale puis passe soit au travers des branchies externes dans les chambres incubatrices communes, soit par les branchies in- ternes et la perforation de la cloison interbranchiale dans la subdivision médiane de la chambre post-branchiale. Le li- quide alors doit revenir sur ses pas, c'est-à-dire d'arrière en avant , pour contourner le grand muscle adducteur, arriver enfin dans la chambre anale et, marchant de nouveau d'avant en arrière, aboutir enfin à l'ouverture afférente. Ce trajet est beaucoup plus compliqué qu'il ne l'est d'ordinaire dans les autres Mollusques acéphales oîi l'animal n'a pas subi de déviation ; généralement en effet l'eau passe directement de la chambre branchiale dans la chambre anale ([ui sont parallèles l'une à l'autre, en sorte que le trajet effectué est comparable à un U couché. La membrane de séparation formée par la cloison interbran- chiale, dont je n'ai pas indiqué la structure pour ne pas inter- rompre cette description si compliquée, est de nature musculaire et conjonctive , elle contient en outre un très-grand nombre de vaisseaux très-fins et superficiels, et doit pour sa part concou- rir à la respiration ; sa couleur est d'un blanc assez pur sur les deux faces, celles-ci présentent des rides transverses. La chambre anale est la seule pour laquelle l'apparence des parois mérite d'être signalée, attendu que la portion qui revôt le muscle et le péricarde ressemble à la partie interne du man- teau située vis-à-vis et est pourvue d'un épithélium pavi- (1) PI. 9, lIi,^ 1 : /'; pi. 11, lig. 2 : g. 92 L. VAIIXMNI. menteux coloré en brun rougeâtre présentant une épaisseur notable. C'est dans la chambre branchiale que se trouve toujours, au moins sur les nombreux individus que j'ai pu examiner, cela n'a jamais fait défaut, un petit crabe pseudo-parasite, VOstracotheres Tridacnœ, Ruppel, qui se tient en général cramponné sur les organes respiratoires. Cette particularité qu'on arenconti'ée chez un grand nombre de Mollusques acéphales et qu'Aristote avait mentionnée en particulier chez la Pinne(l), mérite d'être notée à cause de sa fréquence. D'après ce que j'ai observé, les matières alimentaires qu'on trouve dans l'estomac de la Tridacne allongée appartiennent au règne végétal ; ne serait-il pas permis de croire que ce crabe carnassier, sans doute comme la grande majorité des animaux du même groupe (2) servirait à l'animal avec lequel il habite et qui sans doute ne fait pas grand choix de ses aliments pour arrêter au passage les particules animales et l'en débarras- ser. Dans cette hypothèse, si une supposition aussi problématique mérite ce nom, VOslracotheres Tridacnœ non-seulement ne serait pas parasite dans le vrai sens du mot, mais, au contraire, payerait en quelque sorte par ses services l'hospitalité dont il use. Dans certains gros échantillons de Tridacne j'ai trouvé deux de ces crabes ; ils quittent l'animal aussitôt après sa mort. En examinant à un point de vue général la disposition réci- proque du corps et du manteau, on est frappé des difîér-ences singulières que l'on rencontre ici. et qui ont été signalées par tous les observateurs. De Blainville [?>) dit que l'animal des Tri- dacnes ne diffère de celui des Cames ([ue par un singulier retour- nement dans sa coquille. Il ajoute que cela pourrait être dû à (1) « Elles (les Pinnes) ont dans leur coqnille l'animal appelé le ffardien de la Pinnc » (învvcœ6X9'7,a) ; c'est ou une petite squille ou un petit cancre qu'elles ne peuvent perdre » sans périr bientôt elles-mêmes U nait dans quelques Tcstacésdes cancres -blancs et » fort petits; le plus grand nombre se trouve dans les espèces de moules dont la » coquille est renflée ; après vient la Pinne, son cancre se nomme le Pinnotbère. » Aristote, Histoire des animaux, lib. V. cap. xv, trad. de Cainus, t. I, p. 273. — Voy. aussi Pline l'Ancien, Hist. itat,, lib. IX, cap- lxvi. (2) Milue Edwards, Histoire naturelle des Crustacés {Suites à Buffon, t. I, p. 60). (3) Loc. cit., p. 54i. RHCHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 93 la suspension, mais, comme on Fa vu, l'animal ne paraît jamais être suspendu et d'ailleurs pour les Peignes, les Avicules, qui souvent vivent dans cette position, il ne paraît exister rien de semblable. Sans s'arrêter à des explications plus ou moins hypo- thétiques, on doit remarquer que les ouvertures du manteau offrent une situation tout à fait anormale en ce qu'elles sont toutes reportées en avant. Les orifices anal et branchial, au lieu d'être contigus, sont très-distants, et môme le premier est plus rapproché de l'ouverture pédieuse; ce changement de position a en outre déplacé les rapports anatomiques ordinaires, et l'ouver- ture branchiale est supérieure, au moins dans la situation con- ventionnelle adoptée ; dans la position normale à l'état de vie, les rapports physiologiques habituels sont rétablis. Par suite de ce refoulement des ouvertures afférente et efférente à la partie antérieure, le tube digestit, qui par la bouche correspond au premier, par l'anus au second, a dîi se recourber en U et les deux orifices sont dirigés tous deux en avant, en sorte que sa forme générale le rapproche absolument du type qu'il doit avoir chez les Mollusques (1), tandis que chez un certain nombre d'acé- phales il aurait une tendance à prendre une direction telle que les deux ouvertures fussent situées aux extrémités opposées du corps, comme cela a lieu dans les animaux supérieurs. On peut encore noter comme particularité spéciale à ces animaux, la position du muscle adducteur presque au milieu de la longueur dans un point très-rapproché du limbe, enfin le cœur qui en accompagnant la terminaison du tube digestif est venu se placer en face de l'ouverture des valves au lieu de répondre à la char- nière. Je ne fais que signaler en passant ces anomalies sur les- quelles j'aurai à revenir, en traitant séparément de chacun des appareils. La coquille des Mollusques acéphales se rapporte à l'enveloppe extérieure de l'animal et doit être étudiée avec le manteau dont (1) Milnc Edwards, Lpcnnf futr lu plnj^^iôlagir et rarintomie cotuparrc tir l'hommp et lies riinnuiux, t. V, p. ti\fi. 94 L. VAILLAN1'. au point de vue physiologique elle ne constitue qu'une dépen- dance ; j'ai dit pour quelles raisons je négligeais ici les détails de forme, pour ne la considérer qu'au point de vue histologique. On reconnaît en général dans les enveloppes solides des Acé- phales conchyfères deux parties: l'une interne, l'autre externe, hien nettes dans les Avicules, les Moules et le plus grand nombre des Monomyaires, l'une est nacrée, tandis que l'autre, de teinte généralement sombre, est plus ou moins fibreuse; on ne trouve plus guère que la première dans les Bucardes et la plupart des Dimyaires. Les Tridacnes, sous ce rapport, se rapprochent de ces derniers, la substance interne, qui n'a pas il est vrai l'aspect nacré, forme toute la coquille la partie externe se trouvant réduite à une mince pellicule verdâtre peu distincte. Ce tissu est remarquablement compact, sa conqiositiou chi- mique ne paraît pas cependant s'écarter notaljlement de celle des autres coquilles, si l'on se reporte aux analyses qui en ont été faites par différents chimistes et dont MM. Pelouze et Fremy ont donné une exposition très-complète (1). La quantité de matière organique qu'elle contient est de 2, -25 à 2,-26 pour 100, et la proportion de carbonate de chaux de 93 pour 100 environ, en admettant que tout l'acide carbonique soit combiné avec cette base. Lorsqu'on fait dissoudre des portions de coquille dans les acides il reste à peine quelques traces de matière orga- nique. La densité est de 2,75, poids spécifique supérieur à celui de la plupart des marbres et qui est précisément celui des perles fines. Il serait curieux, je crois, à un point de vue général de mettre les analyses de coquilles et leur densilé en rapport avec leur structure anatomique, il ne paraît pas douteux qu'il ne sortît de cette recherche d'intéressants résultats. Cette coquille est assez fragile et se brise avec une grande facilité, surtout lors- qu'elle n'est pas en grosses masses ; cette friabilité se remarque dans les squames qui ornent les côtes du test dans un grand nombre d'espèces et l'on sait combien par cette raison il est rare d'avoir des échantillons d'une intégrité parfaite. La cassure est (1) Traité de chimie générale, 2« édit., 1857, t. VII, p. 290. RKCIIERCHES SUR LA FAMILI.K DES TRIDACNIDÉS. 95 saccharoïdo et le tissu très-homogène, ce qui permet d'obtenir sur cette substance un fort beau poli aussi brillant et aussi fin que celui de l'ivoire, aussi le mot de structure éburnée ne peut-il trouver une application plus juste. L'apparence feuil- letée est beaucoup moins nette sur les coupes que ne semble- raient le faire croire ces squames, lesquelles ne paraissent être autre chose que le bord relevé des stries d'accroissement. Quant à la structure intime, elle est parfaitement en rapport avec ce que l'on peut découvrir à l'œil nu et par un examen superficiel. M. William Carpenter (1), dont les travaux sur ce point d'histologie sont si connus, n'a dit que peu de choses sur la famille qui nous occupe. Suivant lui il n'y a pas de structure organique distincte ni dans les Tridacnes, ni dans l'Hippope ; à peine peut-on saisir çà et làquelques traces obscures de l'origine cellulaire, et rhomogénéitéjn'esl interrompue sur quelques points que parce qu'il désigne sous le nom de structure ridée {corruga- ted structure) dont la couche interne de la Lima squamosa est le type [2) ; il n'a pas représenté de coupe de ces coquilles. 11 est vrai qu'en parlant des Camacées cet auteur donne les motifs (jui le portent à supposer avec raison que cette structui'e ridée est due à de véritables cellules prismatiques très-allongées (3). On éprouve en effet une certaine difficulté à se rendre compte de l'arrangement des éléments ; cependant il n'en existe pas moins nettement une structure bien visible. Sur des coupes menées surtout transversalement on voit qu'au milieu d'un tissu homogène sont des sortes de traînées pai'allèles (k) plus ou moins irrégulièrement anastomosées les unes avec les autres, larges, de 0""",00fi au maximum et que leur aspect plus foncé ou plus clair suivant la position de l'objectif, lorsque l'on regarde par transparence, fait facilement distinguer du reste du tissu. (1) On the microscopic structure ofShells [Ueports of tae Britùh Association, l'^ par- tie, 1844, p. 1-24; 2« partie, 1847, p. 93-134). (2) Loc. cit., 2' partie, p. 100. (3) Loc. cit., 2" partie, pi. 4, tig, 13. (4) PI. lO.flg. 8: a. 96 !.. VAIIXAXT. M. Carpenter (i) a figuré pour la Came une disposition tout à fait analogue à celle que je représente ici. Ces bandes sont com- posées d'une multitude de petites stries en chevrons placées les unes au-dessus des autres, mais qui parfois sont excessivement difficiles à distinguer. Dans certains points, surtout vers la face interne et dans les parties saillantes de la charnière, la substance se partage en sorte de prismes dans lesquels on aperçoit les les stries en chevron. Au milieu de ce tissu compact existent de ces sortes de canaux (2) caractérisant ce que M. Carpenter a\)^e\\e \si structure tubulaire [tubular structure). Ces tubes ne sont pas très-nombreux, dans les préparations quej'ai pu exami- ner ; leur diamètre est de 0'"",003 à 0'"'",004, ils sont comme d'ordinaire égaux entre eux et, bien qu'ils s'anastomosent fré- quemment, les branches et les troncs sont tous de même diamètre. Il serait cependant possible, à en juger par certaines coupes, qu'il existât des tubes beaucoup plus considérables de près de 0"'",5; Meckel (3) avance que chez les Mofiusques on peut démontrer que la coquille reçoit des vaisseaux d'autres régions du corps, cela paraît probable et la vitalité de ces parties est peut-être plus active qu'on ne paraît l'admettre ordinaire- ment; cependant je n'ai pu voir clairement chez les Tridacnes cesconnexionsvasculaires. L'usage de ces sortes de vaisseaux n'est pas connu jusqu'ici, mais il est très -admissible qu'ils servent au transport des liquides destinés à la nutrition de cette envelopjte. En traitant par les acides de minces coupes sous le champ du microscope la substance animale est si rare, qu'il n'en reste d'ordinaire que de très-petits fragments peu distincts ; en opérant sur une plus grande quantité de matière on obtient des lambeaux plus visibles, mais qui ne paraissent pas présenter de structure appréciable. Quant aux concrétions perlièresque l'on rencontre dans l'épais- seur du manteau, leur structure est celle de la coquille, seu- (1) Loc. cit., 1" partie, pi. Il, fier. 13. (2) PI. 10, fi-, 8: b. (3) Traité général d'anatomie comparée, Iratl. i\o MM. Rioster et Alpli. Sansoii, 1828, t. H, p. 166. RECHKKCHES SUR LA. KÀMlLLE DKS TRIDACNIDÉS. 97 lement la matière paraît encore moins nettement organisée, les cellules y sont peu visibles, on y distingne cependant les fdjres en chevrons ; parfois la masse se divise aussi en prismes, mais il n'existe pas de vaisseaux de la substance tubulaire. Au point de vue de la structure, la coquille des Tridacnes paraît eu somme se rapprocher beaucoup de celle des Cames avec lesquelles i.inné les confondait et d'une façon plus géné- rale de la co(iuille des Dimyaires. CHAPITRE II. Orgaiifs (lu nioiueiiicnl. — Byssus. Les Tridacnes ne diffèrent pas notablement des autres Mol- lusques acéphales monomyaires pourvus d'un pied quanta leurs organes du mouvement et leur système locomoteur comme celui du plus grand nombre des animaux de cet ordre est d'une grande simplicité. Il comprend le muscle destiné à rapprocher les valves ou grand mmde adducteur, les muscles rétracteurs et protracteurs du pied qui ont pour usage de mouvoir cet organe ; on doit rattacher à l'étude de celui-ci le byssus qui n'en est qu'une dépendance, enfin le ligament, tlont l'action amène l'ouverture des valves, fait également partie des organes de la locomotion. Je ne fais que rappeler ici les nuiscles du manteau qui ont été précédemment décrits. Le grand muscle adducteur (1) est très-développé comme l'exigeait la taille de l'animal et le poids de sa coquille, sa position dans celle-ci est remarquable et tout à ft\it spéciale à cette famille, il se trouve un peu au-dessous de la ligne moyenne vers le milieu de la coquille et très-près du rmd:)e. Ses dimensions doivent être parfois énormes à en juger par l'impression muscu- laire laissée sur les grands exemplaires qu'on rencontre dans nos collections, car elle peut mesurer lui diamètre de 13 à 15 centi- (1) PI. s, liy. 1; pi. 9, li-. I ; pi. 11. (f-. | cl i 5* siM'ic. Zooi.. T. \\ . fCaliici- ii" 2. •' 98 L. VAIIXAIVT. mètres. Sur une Tridacne allongé».' de taille moyenne pour la baie de Suez, longue de 21 cent. 1/2, dont la coquille attei- gnait le poids de 1265 grammes, le grand muscle adducteur était long de 6 centimètres et pesait 39^', 50, son volume était d'environ 37 centimètres cubes ; cet individu a servi à quelques expériences, dont je parlerai plus bas, relatives à la force de ces animaux. Ce muscle est composé de fibres allongées, granuleuses, dont la structure élémentaire n'est pas très-nette et qui se présentent sous l'apparence de filaments de O"", 0058 à 0"'"',01Zi5 occupant toute la longueur du muscle ; l'acide acétique ne permet d'y constater la présence d'aucun noyau. Ces fibres sont accolées les unes aux autres et réunies en faisceaux, variant pour la gros- seur de 0""",5 à 0""",6 et plus, que la pression qu'ils exercent les uns sur les autres rend polyédriques ; ils sont séparés par une sorte de tissu lamineux dans lequel se trouvent des vaisseaux artériels bien distincts. L'usage de ce muscle comme opérant le rapprocbement des valves n'abesoin que d'être indiqué, seulement ou doit remarquer que sa position près du limbe, position sur laquelle j'ai appelé l'attention, accroît beaucoup sa puissance en l'éloignant delà charnière c'est-à-dire du point d'appui et augmentant par suite la longueur du levier sur lequel il doit agir pour vaincre l'élasti- cité du ligament. Les muscles moteurs du pied sont au nombre de quatre : deux rétracteurs et deux protracteurs situés par couple à droite et à gauche de l'animal. Les premiers (1) sont de beaucoup les plus considérables, contigus au grand muscle adducteur et placés en arrière de lui, ils atteignent pour les dimensions au moins la moitié de ce dernier, au reste l'impression qu'ils laissent sur les coquilles en donne une idée très-juste. A partir de leur inser- tion à chaque valve ils se dirigent en haut et eu dedans de manière à marchera la rencontre l'un de l'autre pour s'accoler (1) PI. 8, fig. l;pl. 9, fig. 1; pi. 10, fig. 2; pi. H, fig. 1 et 2 : mr. RKCHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 99 et se réunir d'une manière intime (1) par un mélange de leurs fibres et pénétrer ainsi dans le pied dont ils constituent la masse principale. Ils forment donc un muscle unique en haut, mais présentant deux origines ; dans la bifurcation se trouve logé le corps de Bojanus qui se prolonge en arrière et se trouve en contact intime avec ces deux sortes de racines sur toute leur partie postérieure. Les protracteurs sont beaucoup plus petits, ils s'insèrent à la coquille dans la région cardinale au-dessous de la dent princi- pale ou de la fossette qui y correspond sur une surface rugueuse située en dehors de l'impression palléale et très-facile à recon- naître, de là les fibres se dirigent en avant eu divergeant, les unes se rendent sur la face postérieure du pied tournée vers la bouche, le plus grand nombre continuant tlirectement leur trajet passent de chaque côté de l'organe pour se rendre à sa partie postérieure où elles paraissent se souder pour chaque muscle avec les fibres du côté opposé. La différence, dans le volume de ces deux paires de muscles, est en rapport avec leurs fonctions très-distinctes. L'animal pourvu d'un pied peu développé au point de vue de la motilité propre de cet organe et vivant fixé aux rochers ou aux pierres, avait surtout besoin d'un organe puissant pour agir sur son point d'attache et mouvoir ainsi sa coquille ; c'est à cet usage qu'est destiné le rétracteur, tandis que le protracteur semble ne plus servir qu'à quelques mouvements locaux du pied. Celui-ci considéré dans son ensemble est gros et court (2), sa forme est celle d'un cylindre creusé d'une cavité cratéri- forme (3), simple en haut, présentant deux enfoncements laté- raux à la partie inférieure, enfoncements qui par leur direction correspondent aux axes des deux racines du muscle rétracteur. Il est formé en majeure partie par les fibres musculaires prove- nant des différents muscles dont je viens de parler et revêtu d'une enveloppe cutanée quant à la cavité dont il est creusé ; elle (1) PI. 10, fig. 2. (2) PI. 9, fig. 1 : f. (3) PI. 10, fig. 2. est occupée par le byssus et Ton y rencontre les parties destinées à la production de cet organe sur lequel j'aurai ii revenir dans un instant, c'est aussi dans l'épaisseur du pied que se trouve, en presque totalité, cet organe singulier dit stylet hyalin (1) dépen- dant des organes digestifs. La couche cutanée qui revêt le pied ne présente rien de bien remarquable. Elle est blanchâtre sauf à la partie antérieure et inférieure où existe une coloration d'un brun violet; sur une partie des côtés et surtout en avant elle est couverte de papil- les (H) assez volumineuses, mesurant 0""",/i à la base et longues de 0""",7 dont l'usage ne paraît pas facile à déterminer; la pré- sence de ces sortes de villosités donne à cette portion de la sur- face du pied un aspect velouté facile à saisir à l'œil nu. Les fdjres musculaires affectent dans l'organe deux directions principales. Les unes qui sont la prolongation des fdires extérieu- res des rétracteurs postérieurs se dirigent de la base du pied au pourtour de l'ouverture supérieure, elles sont plus longues en avant et en arrière, ce qui fait que cet orifice présente dans les points correspondants de sa circonférence deux mamelons ; l'an- térieur (3) est le plus développé, il contient également des fibres ascendantes provenant des protracteurs. Mais la plus grande parlie des éléments qui composent ces derniers vont directement d'arrière en avant pour venir contourner le pied à sa partie anté- rieure en formant de véritables anses. Les libres se trouvant ainsi ordonnées suivant deux directions à peu près perpendicu- laires entre elles sont entremêlées d'une façon inextricable; cependant on peut distinguer des fibres en anse dirigées presque horizontalement et formant une couche superficielle principale au-dessous de laquelle les fibres ascendantes provenant des par- ties extérieures du rétracteur forment une seconde couche éga- lement assez distincte. L'usage de ces muscles pour mouvoir le pied dans toutes les (1) PI. 10, fig-. 2 : e. {■2) PI. 9, fig. 1 : f/. (3) P1.9, fig. 1 :ù. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 101 directions se comprend fiicilement; on verra plus bas que les fibres des parties centrales du muscle rélracteur adhérant aux fibres du byssus sont destinées plus spécialement à permettre à l'animal de se mouvoir par l'intermédiaire de ce dernier sur le corps où il est fixé. Enfin on doit admettre que ce rétracteur postérieur peut aider pour une certaine part à l'action du grand adducteur des valves ; les muscles de chaque coté entrecroisant leurs fibres à une petite distance du point d'attache, on comprend qu'ils puissent, en unissant leur action, concourir à rapprocher les deux parties de la coquille. C'est ce qu'on reconnaît facile- ment en coupant l'adducteur à l'une de ses attaches, on voit alors que les valves ne s'écartent que faiblement; si l'on détache ensuite le rétracteur postérieur l'écartement total a lieu. Cette dernière action du muscle rétracteur du pied me paraît conduire à une interprétation nouvelle de la division en deux parties du muscle adducteur des valves chez les Monomyaires et en particulier dans l'Huître commune. On sait que chez ces Acé- phales la masse musculaire qui rapproche les valves présente deux portions très-faciles à distinguer à la vue et aussi à séparer anatomiquement ; l'une, est d un blanc mat un peu nacré ; l'au- tre, plus transparente comme gélatineuse, chacune paraît avoir une sorte de tunique propre qui l'isole parlaitement de sa voi- sine. Ces observations faites avec beaucoup de soin par Poli (1), particulièrement sur le Spondyle pied-d'àne {Spondylus gœdro- piis Lamk) et l'Huître commune [OstreaecUilisLhm.) (2), avaient porté quelques conchyliologistes à voir là une fusion des deux muscles des Dimyaires rapprochés au contact l'un de l'autre. Cette opinion est rejetée par M. Deshayes, qui donne d'excel- lentes raisons tirées surtout de la position de l'intestin par rap- port à ces organes moteurs des valves, mais sans proposer une autre explication (3). Si l'on examine la position de ces deux (1) Tcstacea utriusqiie Siciliœ porumque historia et anatome. Parme, 1791, t. I p. 107, pi, XXn, %. 2 et 3, DE; p. 174, pi. XXIX, lif?. 2 et 3, GH. (2) M. Desliayes, qui reproduit Tune des ligures Poli [Atlas du règne animal de Cimier, grande édition. Mollusques, pi. 70, fig. 2), en fait VOstrea cochlenr Lamk; au reste, dans VOstrea edulisAe. nos marchés, la disposition est absolument la même. (3) Traité élémentaire de conchyliologie, t. 1, p. 287. 102 I-. TAILLAIT. portions du muscle adducteur, si on les compare à ce qu'on peut observer dans des Acéphales qui, comme la Moule ordinaire, font le passage des Monomyaires aux Dimyaires et qu'on rap- proche de ces faits ce que je viens d'exposer pour la Tridacne, on est forcément conduit à admettre que dans l'Huître la portion supérieure du muscle adducteur des valves doit être rapprochée du muscle rétracteur du pied, en sorte que ce dernier, réduit à un état très-rudimentaire et modifié dans ses fonctions, se ren- contrerait jusque chez ces Mollusques si dégradés sous le rap- port des organes de la locomotion. Dans le Spondyle pied-d'âne en se reportant aux figures, à la description et aux modèles de Poli, car je n'ai pu disséquer cet animal par moi-même, on voit que ce pied singulier en forme de champignon, qui paraît spé- cial à ce groupe, doit être placé "Sur la première portion du muscle adducteur, mais sans adhérer à ce qu'il semble avec lui ; ceci, dans l'hypothèse que je présente, pourrait paraître étrange, mais on peut voir dans ce même travail que les protracteurs du pied étant bien développés (1) les rétracteurs ne sont figurés nulle part, d'où l'on peut conclure qu'ils n'existentpas, l'habileté de l'anatomiste dont j'invoque ici l'autorité ne peut laisser de doute à cet égard; ces observations confirment donc notre manière de voir. Dans la série des Mollusques acéphales, sous le rapport de l'organe moteur désigné sous le nom de pied, on observerait par conséquent la dégradation suivante. Dans la grande majorité des cas il serait formé par les fibres provenant de deux paires de muscles, les rétracleurs et les protracteurs (ex. : Mytilmedu- lis, Tridacnaelongala), la disjonction des éléments ayant heu le rétracteur viendrait se joindre à l'adducteur des valves, les pro- tracteurs subsistant encore formeraient seuls le pied (ex. : Spon- dylus gœdropus), enfin ce dernier disparaissant complètement en apparence ne serait plus représenté que par le rétracteur uni comme dans le cas précédent à l'adducteur des valves (ex. : Ostrea edulis). (1) Loc. cit., pi. XXTI, fig. 7, ,7. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 103 L'adhérence de tous ces muscles à leur point d'attache chez la Tridacne allongée est très-considérable pendant la vie, mais elle devient si faible après la mort que l'animal se détache spon- tanément de sa coquille au bout de quelques heures. Outre les muscles dépendants du rétracteur et du protracteur du pied on voit partir du pourtour de l'anneau œsophagien et de la cloison fibreuse qui sépare la masse gastro-génitale du corps de Bojanus et du péricarde, des faisceaux musculaires qui rayonnent en différents sens sur la masse viscérale, mais ils sont mélangés à un grand nombre de trousseaux fibreux dont il est fort difficile de les distinguer. Le byssusde la Tridacne allongée, laquelle a fait l'objet spé- cial de ces recherches, facile à étudier par suite de son volume, présente des particularités importantes qui ne paraissent pas avoir été parfaitement interprétées jusqu'ici et il en résulte des notions assez dilîérentes de ce qu'on a généralement admis tant sur la manière dont se forme cet organe que sur les parties qui le constituent. Le byssus, dans la famille qui nous occupe, a été signalé depuis longtemps; je me suis expliqué sur l'usage qu'en fait l'animal pour se fixer dans le sable contrairement à l'opinion de quelques observateurs qui ont prétendu qu'il servait à suspendre aux rochers cette lourde coquille. Il a été étudié et figuré par divers anatomistes mais le travail le plus complet sur ce sujet est certainement la description que Millier (1), en a donnée dans ses études générales sur le byssus des acéphales ; c'est sur la Tridacna crocea que portent ces observations. Cette même espèce a été décrite succinctement par M. Woodward (2), mais la façon dont le byssus est représenté dans la figure donnée par (1) « Ueber die Byssus der Aceplialcn nebst eiiiige Bemerkungen zur Auatomic der » Tichogonia Chemnitzii Rossm. {Mytilus polymorphus Pallas). » Wigman's Archiv fur Naturge-ichichte, 1837, p. 1-16, pL I et II. (2) Descriptions of the animais of certain Gênera of Bivalve Shells {Anna/s and Magazine of natural History , 2^ sér., t. XV, 1855, p. 100; voy. aussi Manual ofthe Mollusca, 1851-56, p. 469, (ig. 265). lOâ L. Vj\ILLAIMr. cet rtiiteur, me paraît fort iiiauvaise et diliere trop de ce que Millier a observé et de mes propres recherches, pour qu'on puisse hi regarder comme parfaitement exacte. Le byssus y est figuré comme une sorte de cyhndre plein qui rappellerait l'or- gane analogue chez les Arches ; on peut voir dans le travail de l'auteur allemand que j'ai cité et par ce qui sera exposé plus loin ce qu'il faut penser de cette idée. MM. Quoy et Gainiard (1), ont représenté également le byssus de la Tridacna mutica dans les planches du Voyage de V Astrolabe, cette figure est sans doute moins défectueuse que celle de M. Woodward, cependant, elle est encore loin de donner une idée suffisante de cet organe. La description de Millier dans son remarquable travail est beau- coup meilleure et, sauf quelques détails qui ont échappé à son observation faute sans doute d'avoir pu convenablement étu- dier l'individu qu'il avait à sa disposition, je n'aurai qu'à confir- mer sur beaucoup de points ce qu'il a avancé. Le byssus de la Tridacne se compose de deux parties distinctes : lune centrale formée de ce que Millier appelle le tronc (2); l'autre à laquelle on peut donner le nom de chevelu (3) et qui se compose de filaments d'une part unis au tronc, adhérant d'autre part aux corps sur lesquels 1" animal se fixe. C'est donc à torique de Blainville(4) admet qu'il est conq^arable à celui des Arches et que les Tridacnes peuvent « se fixer aux corps solides » par une sorte d'agglutination de leur pied et non fibre à fibre » . Il s'insère par son tronc au fond de la cavité cratériforme creu- sée dans le pied et dont on a parlé plus haut. La disposition de sa base ou racine s'accommode à celle de ces parties, c'est-à-dire qu'elle se partage en deux branches (5), ce qui donne à la por- tion centrale du byssus la forme d'un Y renversé, dont les deux divisions pénétreraient dans les deux enfoncements latéraux (1) Voyage de /'Astro/abe, Zoologie, pi 80, litr. 15. — Vo\ . missi ; Hègne animal de Cuvier, gnxndc oditioii, M(ji.r.vsyLES, atlas pi. 96, 1!^. 3. (2) PI. 8, &g, i: t/j; p|. 10, fig. 1 : a. (3) PI. 8, fig. i : cb; pl. 10. lijr 1 /, (û) Loc. cit., p. 152. (5) Pl. 10, fiîî. 1 : a', a". RKCHKRCHES SUR LA FAMILLK DES TRIDACNIDÉS. 105 du fond de la cavité, lesquels sont creusés dans le centre de cha- cun des rétracteurs postérieurs. Ces deux enfoncements (1), aussi bien que l'élévation en dos d'âne qui les sépare, présentent à leur tour des dépressions ou cryptes d'abord assez grandes, puis subdivisées de plus en plus, de manière à présenter en dernière analyse de petits culs-de-sac où pénètrent des prolongements du byssus, qui envoie une petite ramification dans chacun d'eux ; il y a là un emboîtement réciproque qui assure l'adhérence des deux organes l'un avec l'autre. Sur un individu frais il est facile de constater cette disposition au moyen de coupes fines longitu- dinales, c'est-à-dire faites suivant l'axe du tronc et intéressant à la fois le byssus et la portion musculaire ; sur une préparation ainsi obtenue, on peut reconnaître aisément l'emboîtement dont je viens de parler surtout après avoir traité cette coupe soit par l'acide acétique qui pâlit les fibres musculaires sans altérer les éléments du byssus, soit par l'alcool concentré qui désunit un peu ces derniers et fonce en les coagulant les éléments con- tractiles, réactions qui, on le comprend, facilitent beaucoup l'observation. Lorsque les animaux sont depuis un certain temps dans l'alcool, le byssus se détache d'ordinaire avec une grande facilité. Ces racines ultimes de l'organe, qui pénètrent dans les derniers culs-de-sac, sont épaisses de 0""",052, elles se réunissent en faisceaux plus gros correspondant à des cryptes de plus grandes dimensions, ces faisceaux à leur tour s'unissent les uns aux autres et enfin une coupe transversale menée vers le milieu de la longueur du tronc montre deux portions principales latérales subdivisées par des cloisons qui y dessinent une sorte de réseau fort élégant, ces deux portions correspondent à la division de la base en deux grandes branches primaires et les subdivisions aux racines d'ordre plus inférieur; cette disposition est fort bien décrite et figurée par Millier (2). Le tronc ainsi constitué a la forme d'un doigt effilé ou d'un cône obtus à son sommet, il est recourbé en arrière présentant par suite une convexité en avant. (1) PI. 10, fig. 2 : c. (2) Loc-df., pi. 1, fig. 3. 106 L. VAILLANT. Sa couleur est blanche, sauf à la partie supérieure où il prend une teinte opaline violette ; au reste suivant Millier toutes les parties de l'organe peuvent présenter cette coloration sous cer- taines incidences de lumière (1). La portion du byssus que j'ai désignée sous le nom de che- velu offre une disposition tout à fait différente, il faut se la figu- rer, et cela se voit fort bien sur les fibres les plus jeunes qui sont les plus inférieures ainsi que je le dirai plus bas, comme consti- tuée par des filaments isolés (2) appliqués par leur partie mé- diane sur la portion antérieure convexe du tronc et dont les extrémités sont ramenées en arrière et réunies (3) ; il en résulte que l'ensemble forme une boucle qui embrasse la partie centrale du byssus; le plein est intimement joint au tronc, les deux extré- mités réunies adhèrent aux corps sur lesquels l'animal est fixé. Cette disposition, qui est démontrée et par un examen attentif et par l'étude de l'organe sécréteur de ce chevelu, n'avait pas été parfaitement interprétée par Millier, faute sans doute d'avoir pu disséquer le pied de l'individu qu'il examinait pour se rendre compte de la disposition réelle de toutes les parties, peut-être aussi par suite des idées régnant alors sur la sécrétion de certains produits. Il est en effet essentiel pour bien comprendre ce chevelu de pouvoir examiner en détail la cavité qui contient le byssus. Si, après avoir enlevé celui-ci, on fend le pied d'une Tridacne sur sa partie antérieure suivant la ligne médiane, on voit sur la face interne de la paroi postérieure deux sillons parallèles limités cha- cun par deux lèvres épaisses (û). Ces sillons se réunissent en haut de cette dernière paroi en formant un petit épatement qui corres- pond à la face interne du mamelon postérieur (5), de là ils descen- dent parallèlement l'un à l'autre et arrivés un peu au-dessus du point où la cavité cratériforme se continue dans les deux enfonce- (1) Loc. cit., p. 20. (2) PI. 10, fig. 1: c. (3) PI. 10, fig. 1 : (/. (4) PI. 10, fig. 2 :f/,d;tig. 3 -.au. (5) PI. 10, fig. 2 : a. RECHERCHKS SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 101 nients latéraux les deux sillons se séparent en se dirigeant l'un à droite, l'autre à gauche (1) contournent la cavité en restant tou- jours à peu près à la même hauteur et vont se réunir sur la paroi antérieure dételle sorte que, en partant d'un point quelconque de ce sillon, on peut le parcourir en entier sans sortir de la gout- tière qui le forme et faire ainsi tout le tour de la cavité du pied. Cette disposition représente absolument celle des fibres du che- velu dont ces sillons doivent être considérés comme l'appareil sécréteur. Millier avait fort bien vu le gros sillon longitudinal, mais il n'avait pas observé la réunion à la face antérieure, car il le décrit comme « s'élargissant au fur et à mesure qu'il des- » cend dans la cavité du byssus pour renfermer en son milieu la » saillie en forme de V (qui sépare les deux enfoncements » latéraux) et descendre des deux côtés dans les deux enfonce- » ments principaux de la cavité » (2) . Si l'on fait une coupe de la partie postérieure du pied perpen- diculairement à la direction longitudinale des sillons on voit qu'ils sont limités chacun par deux lèvres rapprochées dont l'extérieure est la plus élevée {?>). Au fond de chacune des gout- tières étroites ainsi formées débouchent les conduits excréteurs de glandes en grappe facilement reconnaissables (4) et dont la couleur, blanche opaque dans les préparations fraîches tranche nettement sur la teinte jaunâtre des autres tissus. Chacun des acini de ces glandes mesure 0""",208 de long sur 0""",089 dans sa portion la plus large ; ils sont formés de culs-de-sac de 0""",042 surO'""", 062 qui contiennent d'ordinaire chacun quatre noyaux transparents de taille régulièrement différente, deux d'entre eux (5) mesurant 0""",015, les autres (6) ayant des dimensions moitié moindre, ces noyaux ne paraissent passe trouver renfermés dans des cellules nettement distinctes et constituent avec des (1) PI. 10, fig. 2 : d',d'. (2) Loc.cit., p. 18. (3) PI. 10, fig. 3 : c. (4) PI. 10, fig. 3:6; fig (5) PI. 10, fig. 5 : a. (6) PI. 10, fig. 5 : /-. 108 L. VAILLANT. granulations moléculaires les seuls éléments anatomiques appré- ciables. Bien que ces culs-de-sac soient parfaitement limités et facilement isolables je n'ai pu reconnaître leur paroi propre. Ces glandes sont évidemment en rapport avec la sécrétion du byssus, et c'est à leur ensemble que doit s'appliquer le nom de glande byssogène (gkmdula byssipara) employé par Mùller. Quand on examine le byssus encore adhérent après avoir fendu le pied comme dans la préparation que je viens d'indiquer pour découvrir la gouttière byssogène dans tout son parcours, on reconnaît que les fibres du chevelu n'existent sur le tronc qu'à une certaine hauteur, qui correspond précisément à l'an- neau inférieur de cette gouttière. Il paraît impossil)le par consé- quent de ne pas admettre que celle-ci ne soit l'organe actif de production de ces fibres. On peut donc se figurer que le byssus se sécrète de la manière suivante. Les cryptes du fond des cavités donnent naissance à des filaments, dont la production a lieu sans doute au moyen d'un blaslème épanché au fond des derniers culs-de-sac, ce que l'on peut comparer jusqu'à un certain point ;ï la sécrétion des poils chez les animaux supérieurs. Ces filaments s'élèvent et, réunis par une matière gommeuse spéciale, forment le tronc, arrivés à la hauteur de la gouttière byssogène (nom impropre, puisqu'elle ne sécrète qu'une partie du byssus) celle-ci dépose un filament de chevelu qui entoure et cercle pour ainsi dire la portion centrale ; comme cette dernière continue de s'élever les filaments se déposent les uns au-dessous des autres et finissent par donner à cette partie l'aspect qu'on lui trouve chez les adultes et qui a été figurée par Mïdler (i). Avec l'âge le byssus grossit par l'adjonction autour du tronc primitif de filaments du chevelu qui le recouvrent de nouvelles fibres, lesquelles sont entourées à leur tour et ainsi de suite, de là vient que, sur l'organe complè- tement développé, un grand nombre des fibres du chevelu paraissent sortir de l'intérieur du tronc, il est môme possible que certains filaments de celui-ci se mélangent au chevelu en se diri- (1) Loc. cit., pi. 1, lifr. 1. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES tRlDACNlDlîS. 109 géant vers l'extérieur, mais ce n'est pas le cas habituel. Il serait à désirer, pour donner la démonstration directe de ce mode d'accroissement, d'observer le byssus sur des animaux à diffé- rents états de développement ou sur des individus auxquels on aurait pu arracher cet organe en tout ou en partie. L'auteur allemand, dont j'ai cité souvent le travail, n'ayant pas reconnu la disposition cïe la gouttière byssogène regardait le chevelu comme formé dans sa partie basilaire par le fond de la cavité du byssus et par conséquent comme en représentant la forme, ce qui l'avait conduit à admettre que ces filaments se continuaient par leur circonférence avec une gaine entourant d'abord toute la base du tronc, puis se partageant en autant de gaines secondaires qu'il y avait de subdivisions jusqu'aux plus ténues, comparables par conséquent, suivant son expression, à un gant revêtant la main, l'extrémité des dernières ramifications aurait cependant été percée pour laisser passer les fibres du tronc. Ces gaines générales, aussi nombreuses que les filaments du chevelu, seraient emboîtées les unes dans les autres comme des gobelets empilés ou des tasses dont le filament détaché figu- rerait le manche (1). Millier s'appuie, pour établir ce fait, sur ce qu'en cherchant à arracher un de ces filaments on enlève avec lui une sorte de mince membrane qui parait descendre sur la racine du tronc. Mais ce n'est là qu'une fausse apparence produite par l'adhérence établie entre toutes les parties du byssus par une substance agglutinante d'apparence gommeuse; il est facile de s'en convaincre en examinant un de ces organes qu'on a laissé séjourner pendant quelque temps dans l'alcool absolu : ce réactif dissout quelque peu cette matière et permet de dissocier les par- ties avec un peu plus de facilité bien que d'une manière incom- plète, ce qu'on doit surtout attribuer au feutrage qui existe entre les différents éléments. Cette idée de Millier rappelle, comme on le voit, certaines théories anciennes sur la sécrétion des poils. Au point de vue histologique les parties constituantes du tronc et du chevelu ne paraissent pas différer sensiblement, Cesélé- 1 1 Loc. rit., |). IG. 110 I.. VAILLANT. nieiits se présentent sous l'aspect de fibres hyalines très-fines, me- surant O"", 0029 et qui se réunissent en faisceaux de O^^jOSâ, (ju'on pourrait appeler faisceaux primitifs, ce sont eux qui sortent des derniers culs-de-sac des cryptes; ces faisceaux primitifs con- servent la même dimension sur toute leur longueur. Malgré cette similitude d'aspect, les éléments du tronc et du chevelu ne se comportent pas absolument de même sous l'action des réactifs, ce que l'on pourrait peut-être attribuer à la différence de pro- portion dans la substance gommeuse dont j'ai parlé comme unissant les éléments, substance qui est beaucoup plus abon- dante dans le tronc. L'acide sulfurique concentré dissout au bout de douze heures environ les fibres du chevelu et n'attaque pas très-sensiblement le tronc dont la couleur devient simplement brune ; toutefois après l'action de ce réactif les fibres primitives deviennent indistinctes et l'on ne reconnaît plus que des fais- ceaux de 0'"'",017. L'ammoniaque n'altère pas le chevelu, mais gonfle considérablement la substance du tronc qui apparaît alors comme finement striée. Outre ces éléments, il faut encore signa- ler dans les derniers culs-de-sac des cryptes producteurs du tronc une couche épithéliale qui sépare les fibres musculaires des fibres propres du byssus, elle n'est sans doute pas étrangère à la sécrétion de celles-ci. Il résulte de ces considérations que le byssus doit être regardé, ainsi que le pensent les auteurs modernes, comme produit par une sécrétion toute spéciale et non comme dépendant des fibres musculaires dont l'extrémité subirait avec le temps une modifi- cation particulière, ainsi que l'avaient admis certains anatomistes à l'exemple de de Blainville (1). Les rapports du muscle avec cet organe seraient plutôt comparables à ceux qui existent entre les fibres musculaires et les fibres tendineuses, le byssus serait le tendon delà portion centrale du rétracteur postérieur; sa struc- ture histologique est d'ailleurs assez en rapport avec cette manière de voir. Dans la Tridacne hippope le byssus doit sans doute être cons- (1) G. Cuvier, Leçons d'onatomie comparée^ 2*édit., 18Ù6. t. VIII, p. 668, RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 111 Iruit sur le même type. J'ai pu examiner les échantillons de cet animal qui ont été rapportés par MM. Quoy et Gaimard, les bys- sus n'existaient plus ou du moins étaient enlevés, ce qui s'expli- que facilement par le séjour prolongé de ces individus dans l'alcool, mais la cavité du pied et la disposition des gouttières byssogènes rappellent absolument ce qu'on voit dans laTridacne allongée. Cette structure du byssus et sa division en deux parties, tronc et chevelu, affectant les rapports que je viens de décrire, se ren- contrent certainement, comme l'a déjà dit Millier, chez un certain nombre d'acéphales, c'est ce qui paraît résulter de l'exa- men de différents Mollusques entre autres de l'étude de la Moule comestible, les glandes byssogènes de cet animal sont même remarquablement développées, mais la petitesse des organes rend difficile à reconnaître la disposition des sillons. Le ligament doit évidement être compris dans les appareils du mouvement puisque c'est lui qui est spécialement chargé d'ou- vrir la coquille, son action est assez considérable et l'animal, connue on le verra plus bas, reste rarement fermé pendant un certain temps, quelque soit cependant la force de son muscle adducteur. Cet organe est situé en arrière des crochets dans une nymphe creusée en gouttière qui suit le bord du corselet et va en s' élargissant postérieurement. Chez les Tridacnes, il ne diffère pas de celui d'un grand nombre d'autres Mollusques acéphales, mais l'étude de cette partie ne me semble pas avoir été généra- lement faite d'une manière aussi complète qu'on pourrait le désirer et il me paraît utile, pour mieux éclairer le point spécial qui nous occupe, de reprendre la question d'une façon générale, tant au point de vue de la nature histologique qu'au point de vue de l'action physiologique. La plupart des auteurs se sont contentés pour ainsi dire de iignaler en passant la nature du ligament et, quant à son mode d'action, si tous sont d'accord sur ce fait que le ligament agit comme antagoniste du muscle adducteur et d'une façon en quelque sorte passive, en raison de son élasticité, la ma- 112 L. VAILLANT. nière dont celle-ci est mise en jeu a été très-diversement inter- prétée. G. Cuvier (1) n'est pas très-explicite à cet égard et, sans faire aucune distinction dans la position du ligament, se contente de dire que l'ouverture des valves a lieu par l'effet du ligament élastique qui fait l'office de muscle. Mais comme dans l'action musculaire on voit toujours des fibres qui agissent en rappro- chant leurs deux points d'attache, l'expression de cet anatomiste tendrait à faire croire que, suivant lui, le ligament tiraillé pen- dant la fermeture des valves agit par rétraction, en un mot que c'est une élasticité de traction qui est mise en jeu. Meckel ("2) dit que l'on trouve «au-dessus de la charnière, à >) l'extérieur de la cavité de la coquille, un ligament très- » élastique composé en partie de substance fibreuse, en partie de » de substance musculaire ; cette production étendue iVune valve » à l'autre agit par son élasticité en sens contraire de l'action » contractile des muscles qui rapprochent les valves » . L'auteur ne fait évidemment allusion qu'aux ligaments externes, mais ses expressions et la présence du tissu musculaire qu'il admet dans le ligament montrent assez qu'il le considère comme agissant par traction. Dans son Manuel de malacologie et de conchyliologie^ de Blainville (3) est beaucoup plus complet, et l'on ne peut avoir aucun doute sur sa manière de comprendre l'action du ligament. Il distingue très-nettement la position externe ou interne de cette partie et admet en outre un ligament épidermique ; la substance élastique est formée de fibres qu'il compare à celles des véri- tables byssus et «qui passent d'une valve à l'autre, absolument » comme les fibres contractiles des muscles adducteurs» . Enfin, il ajoute, en parlant de l'action physiologique qui amène l'ou- verture des valves (4), celle-ci ^. VAILL4R1T. digestif traverse complètement l'organe central de la circula- tion (;!). Il pénètre par la partie supérieure et postérieure des ventricules au milieu des fibres contractiles, et l'on comprend que dans le jeu des organes il devrait se trouver comprimé à chaque mouvement de systole ; mais plusieurs des colonnes dont j'ai parlé envoient sur la paroi intestinale à son point d'entrée des faisceaux (2) qui s'y insèrent plus ou moins perpendiculaire- ment. Le but de cette disposition paraît facilement explicable : au moment où le cœur se contracte, les faisceaux participent k l'action générale ; mais comme ils se dirisjent des parois du cœur à celles de l'intestin, leur effet doit être d'attirer ces dernières en dehors de manière à dilater le tube digestif; il s'ensuit que même pendant la systole du cœur le passage des matières n'est jamais empêché. Les faisceaux musculaires qui avoisinent l'orifice auri- culo-ventriculaire ont aussi une disposition spéciale et forment une sorte de boutonnière en sphincter qui peut aider à l'occlu- sion de la valvule destinée à empêcher le retour du sang dans les oreillettes. Le bulbe artériel (3) placé en avant du ventricule est piri- forme ou plus exactement en pyramide quadrangulaire à angles arrondis. Sa base, tournée en arrière, est creusée en coupe, de façon à s'accommoder à la forme sphérique du ventricule qu'elle reçoit. La couleur des parois est d'un jaune brun, par suite beaucoup plus accentuée que celle de la portion du cœur étudiée précédemment; à la base, la couleur est jaune paille, ce qui est dû à une sorte de tissu glandulaire logé dans la paroi et sur lequel j'aurai tout à l'heure à revenir. L'épaisseur de la paroi du bulbe est infiniment plus considérable que celle du ventri- cule; lorsqu'on l'ouvre [li), on voit qu'il présente également des colonnes charnues, mais adhérentes sur toute une de leurs faces comme les colonnes charnues du cœur dites de troisième ordre chez les animaux supérieurs, et si épaisses, si courtes, que les (1) PI. 11, fig. 3 : Î-. (2) PI. 11, fig. 3 : f. (3) PI. 11, fig. 2 : c (4) PL 11, fig, 3 : c. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 1 47 intervalles qui les séparent ne figurent plus que des espèces de perforations dans la paroi. La communication entre le ventricule et le bulbe n'a lieu que sur un point, l'intestin étant réuni à l'orifice ventriculo-bulbaire par une mince membrane qui en bas, où les cavités communiquent, s'enfonce vers le bulbe, et produit ainsi une véritable valvule comparable à une valvule semi-lunaire. Les oreillettes (-Ijontau contraire des parois très-minces, blan- châtres et transparentes. Leur forme est peu régulière, et elles se moulent sur les organes qui les avoisinent, c'est-à-dire sur la masse gastro-génitale et les organes de Bojanus. Dans la portion qui se trouve proche du ventricule, elles sont placées dans l'inté- rieur même du péricarde; en dehors, elles sont presque à nu sous la mince membrane cutanée qui s'étend entre les branchies et le bord supérieur du manteau. Ouvertes, elles présentent des co- lonnes charnues un peu moins fortes et moins nombreuses que celles du ventricule, mais en rappelant tout à fait la disposition. La manière dont l'oreillette communique avec le ventricule et dont le cours du sang est assuré est des plus simples. La partie qui se trouve en rapport avec l'organe d'impulsion central prend la forme d'un entonnoir (2) dont l'ouverture rétrécie serait en boutonnière allongée d'avant en arrière ; cette extrémité, formée d'un tissu mince, transparent, pénètre dans le ventricule et y flotte librement sur une longueur de 2 à o millimètres au moins; on comprend sans peine qu'une pareille disposition empêche par- faitement le reflux du sang du ventricule dans les oreillettes par le rapprochement forcé des deux lèvres de la boutonnière sous la moindre pression venant du ventricule. La disposition de cer- taines colonnes charnues ventriculaires dont je parlais tout à l'heure favorise peut-être également ce résultat en fermant activement cette ouverture. Toutes ces parties sont formées d'éléments musculaires de la vie organique ou fibres-cellules. Dans le ventricule (-5), elles sont (i) PI. 11, fig. 1: 1; fig. 2: 'i. (2) PLll,fig. 3: g. (3) PL 11, Kg. li. illS L. VAILLAMI. petites relativeineiit aux dimensions ordinaires de ces éléments; leur longueurest de O"-", 086, leur largeur de 0"■^008à0"^009; on y découvre un noyau de 0'"'",0I sur 0'""',007, très-apparent même sans l'action de réactifs et pourvu de plusieurs nucléoles brillants ; le tissu de la cellule est fortement granuleux. Les iibres musculaires du bulbe ne diffèrent de celles-ci que par une ti'ansparence beaucoup plus grande, tandis que celles des oreil- lettes sont sous ce rapport intermédiaires aux deux autres. L'acide acétique pâlit tout le tissu, cellules et noyaux, sans altérer les nucléoles. Dans le bulbe artériel on trouve encore d'autres éléments très- singuliers et sur la nature desquels il me paraît difficile de se prononcer, ils donnent à la base élargie de cet organe une apparence glandulaire, surtout à la partie postérieure et infé- rieure. A un fort grossissement on voit que ce sont des élé- ments ( ' ) arrondis, réfringents, et cela d'autant plus qu'ils sont plus petits, rappelant par suite absolument l'aspect de corpus- cules graisseux; ils sont très- variables dans leurs dimensions : les plus grands atteignent jusqu'à 0'°"',020fi, tandis que les plus petits ont à peine 0°"',001û. ('2) ; le plus grand nombre mesurent de 0"", 008 à 0"",009; ceux qui ont le plus petit diamètre, sur les prépaiations obtenues par dilacéralion du tissu, sont agités d'un mouvement brownien très-vif. Outre ces granulations réfringentes, on trouve des corpuscules (3) rougeàtrcs, irrégu- liers, mais le plus souvent arrondis, de 0°"°, 01 01 de diamètre, et qui rappellent des corpuscules semblables qu'on retrouve dans un grand nombre de tissus de l'animal où ils paraissent jouer le rôle de pigment. Les corps réfringents, qui semblent ici avoir l'importance la plus grande, sont réunis en groupes irrégu- liers (d), formant des espèces d'acini dans lesquels toutefois il est absolument impossible de constater l'existence de canaux excré- teurs. Ces acini, lonsjs d'environ 0""",0/i3 sur 0'""M^, sont (1) PI. 12,%..=) : u. (2) PI. 12, fig. 5 : b. (3 :1. 12, fig 5 : c. (4) Pi. 11, fig. 4: ty. RECHKRCHES SUR LA FAMILLi: DKS TRIDACNIDÉS. l/l9 composés d'ordinaire de corpuscules de dimension moyenne, les ceux plus volumineux sont très-rares. Ces éléments ne paraissent pas s'altérer par l'ébullition dans l'eau ou dans l'éther ; l'acide acétique est sans action sur eux ; la glycérine en diminue beau- coup la réfiingence et, les rendant plus pâles, permet d'étudier leur disposition avec plus de facilité. Malgré la structure musculaire très-évidente de toutes ces parties, les oreillettes et le ventricule seuls paraissent agir pour la circulation ; le bulbe artériel, chaque fois que j'ai eu l'occasion de l'examiner, ne m'a jamais paru contractile. Les mouvements se succèdent alternativement entre les oreillettes et le ventri- cule avec une grande régularité et beaucoup de lenteur. On peut au reste les observer très-facilement, vu la position particulière de l'organe et cette habitude spéciale qui fait que la coquille a une grande tendance à s'entre-bàiller ; en laissant quelques instants l'animal au repos, on voit les valves s'écarter au bout de peu de temps: il suffit alors d'interposer entre elles un coin d'une substance telle que du liége ou du bois tendre, qui empêche la fermeture des valves en n'étant pas assez dure pour qu'elles se brisent sur lui ; en fendant alors le manteau de l'ouverture effé- renle à l'angle postérieur de la coquille, on n'a plus qu'à inciser !e péricarde pour avoir l'organe sous les yeux. Je n'ai pu mal- heureusement reconnaître avec exactitude quel était le nombre de pulsations dans un temps donné, mais il doit être peu élevé, car le cœur bat lentement. De l'organe central de la circulation, c'est-à-dire du ventri- cule, naissent deux troncs principaux : l'un postérieur ou supé- rieur, l'autre antérieur ou inférieur dont le bulbe aortique peut être regardé comme l'origine. Si, en effet, au pointde vue de l'aspect et de la structure histologique ce dernier se rapproche des organes centraux avec lesquels je l'ai décrit, sous le rapport des fonctions il doit être rattaché aux vaisseaux ; il ne paraît en effet agir comme organe actif d'impulsion que dans des cas exceptionnels. Chez la Tridacne les artères antérieures qui cor- respondent aux postérieures des autres acéphales lamellibran- 150 L. VAILLANT. ches sont de beaucoup les plus considérables, ce qui n'est pas habituel dans ce groupe (1). L'artère principale supérieure (2) se détache de la partie posté- rieure et supérieure du cœur, s'enfonce immédiatement dans la masse gastro-génitale pour s'accoler aux organes digestifs et venir reparaître à la surface au point oh de cette masse s'élève l'organe sécréteur cardinal (3) ; cette artère suit alors la ligne d'adhérence de ce dernier pour arriver à l'orifice buccal. Dans ce trajet elle donne des branches considérables à l'ovaire (a) et au foie, quelques rameaux grêles à l'organe sécréteur de la char- nière (5); elle passe ensuite à gauche delà bouche au-dessous de l'anneau fîbro-musculaire pharyngien et des lèvres pour arriver au pied, dont elle suit la courbure, en fournissant des rameaux très-nombreux à cet organe (6). Chemin faisant, elle donne les artères tentaculaires (7) au moment oii elle passe sous l'anneau pharyngien. La branche pédieuse est ici réellement la véritable terminaison de l'artère principale supérieure, et l'on s'expli- quera aisément cette importance en songeant à l'apport de sang considérable que doit exiger la sécrétion du byssus. L'artère principale antérieure ou inférieure (8) offre une dispo- sition très-particulière, elle serait excessivement courte et même presque nulle si l'on n'y comprenait le bulbe artériel, dont l'extré- mité donne naissance immédiatement à trois branches : l'une, impaire, qui peut prendre le nom d'artère récurrente péricar- dique (9) ; les deux autres divergentes, qui sont les artères pal^ léales antérieures (10). - (1) Milne Edward', Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée, t. HI, p. lH, (2) PI. 11, fig. 1:2. (3) PI. 11, fig. 1 : ose. (4) PI. 11, tig. 1 :û. (5) PI. 11, fig. 1 : 3. (6) PI. 11, flg. 1 : 6. (7) PI. 11, fig. 1:5. (8) PI. 11, fig. 2 : c. (9) PI. 11, fig. 1 : 8; fig. 2 : 2. 2' ; fig. 3 : r. flO) PI. H, fig. 2 : 1. RECHRRCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 151 L'artère récurrente péricardique se détache sur la ligne médiane juste auprès de la terminaison du bulbe artériel; elle remonte directement en arrière dans l'épaisseur du péricarde ou plutôt dans la paroi supérieure de la chambre aquifère efférente, paroi qui double le péricarde en bas , enfin gagne l'extrémité postérieure de l'animal, c'est-à-dire le point qui correspond à la partie la plus reculée du ligament. Elle se divise alors en trois branches : l'une d'elles, antérieure, se distribue dans l'organe sécréteur cardinal (1) en y formant un très-riche réseau qui se remplit avec tant de facilité, comme je l'ai déjà dit, que l'organe prend entièrement la couleur de l'injection; les deux autres branches (2) se dirigent à droite et à gauche pour se placer dans le bord réfléchi du manteau et revenir en avant, on peut les appeler artères circum-palléales postéro-inférieures ; elles vien- nent s'anastomoser à plein canal avec des branches des artères palléales antérieures. Dans leur trajet ces branches donnent un grand nombre de ramifications qui se distribuent principalement dans le bord du manteau. Les artères palléales antérieures (3) partent en divergeant du sommet du bulbe artériel qui constitue, comme je l'ai dit, l'ar- tère principale inférieure; elles se prolongent au-dessous du muscle rétracteur postérieur du pied et du grand muscle adduc- teur des valves ; arrivées à la partie antérieure de celui-ci, elles gagnent le bord du manteau et se divisent chacune en deux branches. L'une de celles-ci, artère circum-palléale antéro-infé- rieure {[]) , revient en arrière pour aller s'anastomoser par inosculation avec les artères circum-palléales postéro-inférieures dérivées de l'artère récurrente péricardique dont j'ai parlé plus haut ; de cette façon se trouve complété le circuit des artères circum-palléales inférieures. L'autre branche (5) se dirige en avant, remonte en haut pour venir entourer l'ouverture (1) PI. 11, fig. 1 : 10. (2) PL 11, tîg. 1 : 9'; fis;. 2 : 3. (3) PL 11, fig. 2 : 1. (à) PL 11, fig. 2 : 4. . ('-,) PL 11, fia-. 1:7; fig. 2 : 5, 152 L. VAILLAKT. p<^dieiise et s'aboucher directement avec lartère coiTespondanle du côté opposé ; ces deux artères forment de cette façon un autre circuit et on peut les appeler arlères circum-palléales supérieures. Les artères circum-palléales inférieures et supérieures étant réunies à leur origine, puisqu'elles ne sont que les bifurcations des artères palléales antérieures (1), il s'ensuit qu'elles consti- tuent dans leur ensemble un circuit complet qui parcourt tout le hord libre réfléchi du manteau. Dans ce trajet les vaisseaux donnent un très-grand nombre de branches à l'enveloppe cuta- née, surtout autour de l'ouverture pédieuse (2). Avant leur ter- minaison les artères palléales antérieures donnent aux muscles sous lesquels elles passent des branches assez considérables (3). Un peu au-dessous du point de séparation de ces artères d'avec le bulbe artériel, l'une d'elles, il m'a paru que c'était le plus ordinairement celle de gauche, donne un tronc impair {fi. (jui se dirige directement en avant, fournit d'abord quelques ramuscules au rectum (5), puis, arrivé à la partie antérieure du grand muscle adducteur, le contourne pour venir se placer à sa partie supérieure, où il se partage en quatre branches, deux qui remontent postérieurement vers la région pédieuse (6) en diver- geant, deux qui suivent les replis internes des chambres incuba- trices communes et se distribuent à ces replis ainsi qu'à la cloi- son interbranchiale (7). Cette artère pourrait s'appeler arlh'e azygos antérieure. En résumé, on peut remarquer d'une manière générale que chez la Tridacne les deux artères qui émanent du cœur parais- sent se distinguer dans leur distribution par rapport aux organes auxquels elles se rendent. L'artère principale supérieure se distribue spécialement aux viscères et au pied : l'artère prin- (1) PI. ll.fig. 2 : 1, 4, 5. (2) PI. H.fig. 1 : 7'. (3) PI. 11, %. 2: 0. (Il) P». 11, %. 2 : 7; fi-. 1 . 11. (5) PI. 11, flg. 2:8. (6) PI. 11. fi?. 1 :12. f7) PI. 11, flif. 1:13. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRlDACMinÉS. 153 cipale antérieure par ses trois l)ranclies apporte surtout le Huide nourricier au manteau. Cette distinction n'est cependant pas absolue, puisque cette dernière fournit également une branche viscérale, l'artère azygos antérieure. Ainsi répandu dans toutes les parties du corps par les artères, le sang passe de celles-ci dans des sinus plus ou moins bien limités selon les organes et qui jouent le rôle de veines. Pour le manteau ces espaces forment un réseau difficile à injecter, mais assez net ; on a vu la structure de ces sinus en traitant de l'exa- inen histologique du manteau et je n'y reviendrai pas ici , je me bornerai à rappeler qu'ils paraissent constitués par de simples lacunes revêtues intérieurement d'un tissu épithélial. A la partie postérieure et supérieure de la partie intramusculaire du man- teau ces sinus se réunissent en des troncs principaux qui débou- chent par un vaisseau unique (1 ) dans l'extrémité de l'artère pulmonaire d'où le sang revient directement au cœur. Le sang qui arrive dans la masse gastro -génitale est repris également par des espaces assez nettement limités (2) pour représenter des vaisseaux, mais n'offrant pas non plus de paroi bien distincte autre que les [tissus environnants, il passe de là dans les corps de Bojanus. Une partie des sinus de ces derniers or- ganes (o) forment à leur surface un réseau très-riche et qu'on injecte avec la plus grande facilité par le pied de l'animal. C'est dans les sinus périmusculaires que se rassemble, en définitive, le sang ramené de ces différentes parties. Ils sont au nombre de deux : l'un situé en arrière du muscle rétracteur du pied (4); l'autre, entre celui-ci et le muscle adducteur des valves (5); ils communiquent largement l'un avec l'autre eu dessous du muscle rétracteur (6). C'est à la partie la plus reculée de ces sinus que débouchent les veines du corps de Bojanus. (1) PL H, fig. 1 : 16. (2) PL 11, fig. 1 : 17. f3) PL 11, fig. 1 : 18; fig. 2 : 9. (â) PL 11, fig. 1 : 19; fig. 2: III (5) PL 11, fig. 1 : 20; fig. 2 : 11. (6) PL 11, fig. 2: 12. 154 !.. VAILIiiiniT. Arrivé dans ces réservoirs, le sang passe dans Y artère bran- chiale (\), qui se dégage entre les deux muscles sous forme d'un gros tronc se divisant en éventail pour distribuer le sang dans toute la longueur des branchies. Chaque rameau en se subdivi- sant finit par envoyer dans chaque feuillet respiratoire un vais- seau médian d'où partent à angle droit une grande quantité de branches paralèlles, comme dans certaines feuilles, celles des Bananiers par exemple, les nervures secondaires se détachent de la nervure principale. Le sang est ramené au cœur par un tronc commun aux deux branchies de chaque côté et situé au-dessous d'elles (2). Cette veine branchiale' reçoit également les ramus- cules veineux de la cloison interbranchiale (3), laquelle n'envoie pas le sang dans les branchies, et avec le manteau forme par conséquent un second organe respiratoire auxiliaire. A peu près à la réunion du quart postérieur aux trois quarts antérieurs de la veine branchiale se détache le tronc, qui ramène le sang à l'oreillette (4), il passe entre la masse gastro-génitale et l'organe de Bojanus. Cette situation de la veine branchiale pourrait con- duire à une fausse interprétation, en faisant croire que le sang des deux organes qui l'avoisinent se rend directement dans ce vais- seau sans passer par les branchies. En effet, si l'injection est faite trop précipitamment, elle pénètre à la fois dans toutes les par- ties, remplit les branchies, les sinus des organes de Bojanus, ceux de la masse gastro-génitale, et ces derniers vaisseaux paraissent déboucher dans l'oreillette colorée également par l'injection, tandis qu'en réalité ils passent au-dessous. Pour réussir il importe, après avoir ouvert le ventricule pour empê- cher l'injection des artères, de pousser d'abord la matière colo- rée, avec précaution, par le tronc de la veine branchiale pour remplir celle-ci et les ventricules ; une seconde matière étant alors injectée par le pied, remplit les sinus de la masse gastro- génitale, ceux des corps de Bojanus, les réservoirs périmuscu- * (1) PI. 11, fig. 1 : 21. (2) PI. 11, fig. 1 : 22 (3) PI. 11, fig. 1 : 23. fil) PI. 11, (igr. 1 : 24. RECHERCHES SUR LA. FAMILLE DES TRlDACNflDÉS, 155 laires, et si l'opération réussit, on peut avoir le mélange des injec- tions dans l'artère branchiale. En injectant directement par le pied, les liquides pénètrent si facilement que, si l'on n'a pas la précaution d'ouvrir le ventricule, le réseau des artères môme peut se remplir. La structure des vaisseaux mérite d'être examinée avec soin. Le volume des artères palléales antérieures, dont le diamètre n'a pas moins de i^^iS à 2 millimètres même sur une Tridacne de taille moyenne, permet d'en étudier facilement la composition élémentaire. Sur une coupe transversale (1), préparation qui paraît la plus favorable à cet examen, on voit que la paroi vas- culaire est constituée en procédant de dedans en dehors de deux couches; la première {'2), très-mince, est formée par un épithé- lium pavimenteux ; la seconde (o) , qui ne mesure pas moins de O^^^ISO à 0'"",195, est constituée par un tissu lamineux, nacré, très-serré, et qui se distingue nettement par son aspect des tissus ambiants. Ces deux couches sont encore aisées à reconnaître sur des coupes du bord réfléchi du manteau , la tunique lamineuse devient seulement un peu moins épaisse. La couche épithéliale interne est facile à observer si l'on a la précaution de traiter là préparation par l'acide acétique, qui fait pâlir fortement les élé- ments de la couche externe sans altérer l'épithélium. Dans les veines, la structure est très-différente et beaucoup plus simple. Pour celles du manteau, en négligeant les petits ramuscules dont la composition histologique nous est déjà connue, sur les gros troncs, qui sont faciles à distinguer même si l'on n'a pas injecté l'animal, on peut obtenir des coupes dans différents sens, qui prouvent nettement que ce sont de simples cavités creusées dans le tissu même del'organe, cavités présentant sans doute une paroi épithéliale propre, mais très-difficile à reconnaître; il eii est de même pour les vaisseaux branchiaux. Quant aux sinus périmusculaires, il est assez difficile de se faire UTie idée de leur structure. (1) PI. 12, fig. 1. (2) PI. 12, ûg. 1 : o. (3) PI. 12, fig. 1 : 6. lof) I. VAILL/IKT. En somme, on voit qne chez la Tridacne la marche du thiide nourricier doit être très-régulière. Le sang artériel lancé par le ventricule est envoyé à toutes les parties du corps, il revient de là à l'oreillette, soit en passant par les sinus périmusculaires et de la dans les branchies, c'est ce qui a lieu pour le sang du pied, du foie, des corps de Bojanus, de la partie intérieure du man- teau, ou directement dans la veine branchiale, ce qui arrive pour le sang de la portion supérieure du manteau et pour le sang de la membrane interbranchiale. Dans l'un et l'autre cas le sang doit être considéré, au point de vue physiologique, comme ayant tra- versé nn oro-ane d'hématose avant de revenir au cœur. CHAPITRE VI. Organes respiratoires. Les branchies des Mollusques acéphales lamellibranches sont construites, on le sait, sur deux types principaux. Tantôt, comme dans les Spondyles, les Moules, les Pernes, elles sont pectinées, c'est-à-dire que les appendices respiratoires .sous forme de filaments sont appendus chacun par une extrémité à une tige commune, comme les dents d'un peigne, et libres sur tout le reste de leur étendue, aussi les voit-on flotter librement dans l'eau, au moins après la mort. D'autres fois elles sont réellement comparables à des lamelles, ce qui provient de la soudure plus intime des filaments par des trabécules dirigés dans le sens lon- gitudinal de l'organe ; ces différences, comme l'a fait remarquer M. Milne Edwards, sont du reste plus apparentes que réelles (1). Les Tridacnes, en se rapprochant de ce dernier type, présentent au premier abord des particularités assez frappantes en appa- rence, qui pourraient les faire regarder comme constituant une variété distincte , mais cela peut s'expliquer très-naturellement par ces soudures qui paraissent s'effectuer avec une si grande (1) Imc. of.. t. II, 1). 28. UbCHKKCUliS SUK LA FAMILLE DLS TKIUACNIUÉS. 157 facilité, comme l'a montré M. Lacaze-Duthiers dans ses études sur le développement de ces parties (1). A première vue, les branchies de la Tridacne allongée ne peuvent mieux être comparées qu'à des sortes de bourrelets cylindriques au nombre de quatre, placés par paire de chaque côté du corps de l'animal (2). C'est ce qu'on peut voir sur les figures de MM. Quoy et Gaimard pour l'Hippope (3), et de M. Woodward pour la Tridacne safrauée (4). Les paires de chaque côté se rapprochent et se soudent touT en restant dis- tinctes à la partie antérieure en avant du grand muscle adduc- teur des valves lorsqu'elles se recourbent autour de lui. Du côté opposé, c'est-à-dire vers la bouche, les branchies s'amincissent et se disjoignent, l'externe se perd en quelque sorte sur la masse gastro-génitale (5) vers le point de jonction que j'ai signalé entre le manteau, et celle-ci, là oi!i, comme on l'a vu, le sang ramené par les vaisseaux du manteau vient tomber dans la veine bran- chiale (6) ; la branchie interne aboutit entre les palpes labiales. Chacun de ces bourrelets, quand on l'examine avec attention, se décompose en une multitude de lamelles ayant la forme d'une demi-ellipse; les plus grandes mesurent sur les Tridacnes de 20 à 25 centimètres 10 à 12 millimètres de hauteur sur 6 à 7 milli- mètres de large, le sommet étant généralement un peu échancré ; elles sont à leur maximum de développement au centre de la branchie et décroissent vers les extrémités, surtout vers l'extré- mité postérieure, où elles finissent par être tout à fait rudimen- taires. Ces lamelles sont placées les unes derrière les autres , leurs faces élargies étant en contact; sur la hgne médiane chacune d'elle est soudée avec les deux voisines et l'ensemble de ces sou- dures forme un raphé, une sorte de cloison, qui s'étend sur toute la longueur de l'organe respiratoire. On pourrait donc encore se (1) Voy. Aun. des se. iiat., 4' sérii',. (. V. p (2) PL 8, fig. 1 : B R. (3) Loc. cit., pL 80, lig. 6, Ii, h, h. (4) Loc. cit., p. 469, lig. 265, g. ;5) PI. 16, fig. 1 : b. 6) PL 11, fig. \ : 16. 158 tu ¥AlLLJtniT. figurer chacune de ces branchies comme formée d'une lame médiane placée verticalement d'avant en arrière, à laquelle seraient appendus des prolongements latéraux situés vis-à-vis les uns des autres, chacun d'eux représentant une demi-lamelle. Quand on examine une de ces lamelles en particulier, on voit qu'elle est constituée par deux feuillets distincts réunis sur leurs bords, de telle sorte que dans son intérieur existe une cavité sub- divisée en deux poches latérales par le raphé médian, poches qui s'ouvrent librement dans le canal incubateur commun pour la branchie externe et dans la partie moyenne de la chambre postbranchiale pour la branchie interne ; les premières au moins doivent être regardées sans nul doute comme des poches incuba- trices proprement dites, analogues à celles qu'on rencontre chez un si grand nombre de Mollusques acéphales lamellibranches dans les organes respiratoires. Si l'on cherche à voir la structure du feuillet élémentaire qui en dernière analyse constitue la branchie, on y retrouve la dispo- sition des feuillets branchiaux des acéphales chez lesquels la soudure est la plus intime, c'est-à-dire où la lamelle se présente sous la forme d'un crible à petites ouvertures, les trabécules transversaux qui réunissent les filets élémentaires primitifs étant nombreux et égaux en diamètre à ceux-ci. En somme, comme on le voit, nous avons ici une véritable branchie de Mollusque acéphale lamellibranche construite sur le type de celles des Ano- dontes, des Bucardes, etc.; le feuillet direct et le feuillet réfléchi, suivant les dénominations adoptées (1), paraissent tous deux également soudés au corps de l'animal ; de plus, ces mômes feuillets ont pris, suivant leur longueur, un développement très- considérable, et ont dû pour se loger se replier en zigzag sur eux-mêmes ; chacun de ces plis représente la moitié d'une des lamelles élémentaires dont la réunion constitue la branchie. Une disposition et un aspect tout à fait analogue se retrouvent d'ailleurs dans certains autres animaux voisins, seulement le développe- ment et la régularité y étant moindres, cela ne frappe peut-être (1) Voy. Lacazc-Dulbicrs^ loc. cit., p. i2. RECHERCHES SUR LA. FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 159 pas autant au premier abord. C'est ce qu'on peut voiren particu- lier dans les branchies des Cardium, où, suivant M. Deshayes (I ), «la surface est profondément découpée par des sillons qui » séparent deux ou trois lamelles branchiales formant entre elles » un petit groupe séparé du voisin par le sillon dont on vient de I) parler» . Cette disposition a été parfaitement représentée chez le Cardium edule et le Cardium Mans dans l'histoire naturelle des Mollusques de l'Algérie ("2) ; seulement, dans les animaux qui nous occupent, c'est entre chaque lamelle qu'existe un sillon profond. Quant aux connexions de ces branchies avec les autres organes, je me bornerai à rappeler qu'elles sont unies entre elles par la cloison interbranchiale et aux organes sous-jacents par deux replis limitant la chambre incubatrice commune. Ces détails ont été suffisamment indiqués au commencement de ce mémoire pour que je croie inutile d'y revenir ici plus longuement. Dans la description faite plus haut du système vasculaire ou a vu comment se distribuent les vaisseaux ; le tronc médian dont j'ai parlé se trouve dans le raphé qui réunit les deux feuillets de chaque lamelle, et c'est de là que partent à angle droit les branches qui se répandent dans ces deux mêmes feuillets. L'in- jection est très-facile dans tous ces vaisseaux, aussi ne.peut-on guère savoir si l'on remplit les troncs artériels ou veineux et comment le sang circule dans le feuillet respiratoire. Pour les autres espèces de la famille des Tridacnidés on peut, d'après les figures données par diiférents auteurs, admettre que la structure des branchies est la même. Chez la Tridacne hippope, que j'ai pu examiner, la seule différence à noter est que la forme générale de chaque organe, au lieu d'être arrondie, est anguleuse, en sorte qu'au lieu d'avoir l'apparence d'un bourre- let la branchie dans son ensemble donne plutôt l'idée d'un prisme à quatre pans fixé par une de ses faces. Le raphé qui unit les lamelles paraît aussi un peu plus nettement accusé, d'où (1) Traité élémentaire de conchyliologie, t. li^ p. 4. (2) Voy. pi. XCVI, fig. \, 3, Û; pi. XCIX, fi^. 1. 160 L. VAILLANT. résulte une échancrure plus forte au sommet de celles-ci. Bien entendu que dans toutes ces particularités, en somme peu impoi- tantes, il faut tenir compte de ce fait que cet individu était plongé dans l'alcool depuis fort longtemps. Le courant d'eau nutritif qui sert à la respiration s'établit, comme on l'a vu dans la description du manteau, de l'ouverture branchiale à l'ouverture anale ; les rapports anatomiques ordi- naires sont changés, le premier de ces orifices étant supérieur dans la position où je décris l'animal, mais k l'état de vie les rapports physiologiques sont rétablis, c'est un fait que j'ai déjà signalé plus haut. Je me bornerai à faire remarquer que, outre le courant régulier normal qui renouvelle l'eau dans les chambres aquifères, les Tridacnes, au moins celles maintenues danslesaqua- riums, se contractent assez fréquemment d'une façon brusque pour expulser l'eau qu'elles contiennent, et un petit individu de 12 à 15 centimètres, recouvert de 3 centimètres d'eau, rejetait le liquide avec assez de force pour qu'on pût entendre l'agitation produite dans cet effort et voir un cône de liquide de 3 ou k cen- timètres s'élever à la surface. Il m'a paru intéressant de chercher a déterminer, autant que cela m'était possible, la température propre de ces Mollusques comparée à celle des fonds qu'il habite. Ces recherches sont simples à effectuer en ce qui concerne l'animal ; il est tou- jours facile en effet, par la lunule et l'ouverture pédieuse, d'in- troduire un thermomètre que l'on peut faire parvenir très-avant dans la chambre branchiale et qui donne, avec autant d'exacti- tude qu'on peut le désirer, la température réelle de l'animal. Je n'ai pu obtenir aussi aisément la température du fond, à cause des difficultés presque insurmontables qu'on éprouve, à donnej- aux embarcations une stabilité suffisante pour que les instruments puissent fonctionner sans se déranger. Je me suis servi pour ces dernières recherches d'un thermomètre à niaxima de Doulcet et d'un autre thermomètre à minima à marteau ; ces deux instru- ments, entubés pour être autantque possible à l'abri des pressions, étaient descendus au moven d'une sonde ojuinaire à releser les RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 161 fonds et laissés au moins un quart d'heure dans cette position pour s'équilibrer parfaitement avec le milieu ambiant. Pour la température de l'animal j'ai employé un petit thermomètre ordi- naire d'une grande sensibilité, destiné à des observations psy- chrométriques (1). En ce qui concerne la température des fonds qu'habitent les Tridacnes dans deux expériences faites sur le bas-fond d'Euzoui> Katah-el-Kébir , et qui m'ont paru les plus concluantes et les mieux faites, l'une le 22 mars 1864, à deux heures, et l'autre le k avril, à midi, les thermomètres ont marqué : dans le premier cas, 18 degrés, et dans le second, 17 degrés. Il en résulte que la tem- pérature moyenne de ce fond dans cette saison peut être approxi- mativement considérée comme étant de 17°, 5 ; la hauteur d'eau au point où ont été faites ces observations n'est à marée basse que de 2 mètres à '2™, 50. Quant aux Tridacnes, voici les diffé- rentes températures que j'ai obtenues, elles ont toujours été prises au moment même oii le plongeur rapportait l'animal : Animal de 25 à 27 centimètres de long 20,6 Id id 19,8 Td id 20,2 Animal de 15 à 18 centimètres de long 20,0 Id id 20,8 Id id 20,4 Moyenne 20,3 Le résultat de ces dernières expériences me paraît assez concluant, vu la petite différence qu'on peut remarquer entre les chiffres extrêmes, laquelle n'est que de 1 degré. On serait amené ainsi à conclure que la température de la ïridacne allongée est supérieure d'environ "2°, 8 à celle du milieu, non pas précisément qu'elle habite, mais qui lui est voisin. En effet, l'animal vivant enfoncé dans le sable et les thermomètres descendus avec la sonde se trouvant au moins à 20 centimètres au-dessus du fond, il est bien possible que la température du sol soit un peu autre (1) Tous ces instruments sortaient des ateliers de M. Baudin, dont l'habileté diins la construction de ces appareils est bien connue. 5« série. Zool. T. IV. (Cahier n" 3.) 3 H 16*2 L. -VAILLANT. que celle de la couche d'eau immédiatement supérieure. La diffé- rence doit cependant être très-faible ou mêm.e nulle, d'autant plus que la Tridacne, étant continuellement baignée par un cou- rant emprunté à cette même couche, doit être avec elle dans une relation constante qui tend à rétablir l'équilibre de température s'il n'existait pas. Ce chiffre de 2,8 indiquant la chaleur propre de ces Mol- lusques serait un peu supérieur à ceux qu on a généralement trouvés dans des expériences analogues (1) ; au reste, ces résul- tats ne doivent être regardés que comme approximatifs , la mé- thode d'investigation dont j'ai pu me servir ne permettant pas d'arriver à une exactitude aussi grande qu'on pourrait le dé- sirer. CHAPITRE VIL Sécrétions. Comme organe de sécrétion proprement dite il ne reste plus à mentionner que les corps de Bojanus (2), généralement consi- dérés aujourd'hui comme analogues des reins (8) , Ils se composent de deux glandes creuses, arrondies, intime- ment unies l'une à l'autre de manière à ne former qu'une seule masse, et dont les cavités communiquent largement entre elles. Le volume de ces organes dans leur ensemble étant naturelle- ment proportionnel à la taille de l'animal, est assez considérable ; sur un individu de 15 à 18 centimètres les dimensions ne sont pas inférieures à 5 centimètres de large sur 2 centimètres de hauteur et autant de largeur aux extrémités, la portion centrale étant rétrécie, ce qui donne grossièrement aux deux corps sou- dés la forme d'un sablier. Ils sont situés comme d'ordinaire entre les muscles adducteur des valves et rétracteurs du pied d'une part, et la masse gastro-génitale d'autre part, au-des- (1) Voy. Milne Edwards, hc. cit., t. VIU, p. 13, note 1. (2) PI. 8, fig. 1; pi. H;fig. 1 et 2 : cb. (3) Milne Ed^^ard. h'-, nf.. t. VU. p. 382. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDÂCNIDÉS. 163 SOUS des branchies et en dessus du péricarde. La portion moyenne, rétrécie surtout par une échancrure antérieure, loge dans une gouttière verticale ainsi formée les muscles rétracteurs du pied après leur réunion. La couleur de ces organes est d'un violet sombre très-riche. Quant à la cavité, elle est simple, anfractueuse, présentant des sortes de colonnes qui rappellent celles des parois du cœur, comme on le voit, sur un grand nom- bre de mollusques (I); je n'ai pas trouvé de communication avec le péricarde. Celte disposition rapprocherait la Tridacna elongata sous ce rapport du Peden Jacnbœus, àuSpondylus gœde- ropus (2) ; on peut remarquer que tous ces acéphales appartien- nent à la grande division des monomyaires. L'orifice excréteur (3) de chacun des corps deBojanus débou- che dans le canal incubateur commun contre la cloison qui limite la masse gastro-g'énitale, il est situé immédiatement en avant de celui des organes génitaux, mais en est parfaitement distinct. C'est une fente peu visible, mais qu'on trouve facile- ment en exerçant une légère pression sur l'organe pour faire sortir quelque peu de la matière liquide brune qu'il contient. En avant de cette fente se trouvent un certain nombre de très- petits pertuis (4), quinze à vingt environ, colorés en brun éga- lement, mais par lesquels la pression ne fait pas visiblement sortir le liquide sécrété, ce qui tient peut-être à leur petitesse ; cependant leur situation et leur aspect me portent à les consi- dérer comme des orifices supplémentaires de ces glandes. Le corps de Bojanus est très-riche en vaisseaux, dont quel- ques-uns sont visibles sans aucune préparation (5 ) ; ils s'injectent avec une grande facilité quand on pousse une matière quelconque par le pied ou toute autre partie du corps. Cet organe reçoit spé- cialement le sang de la masse gastro-génitale dans un système (1) L^cszR-'DnihieTS, Mémoù'e sur l'organe de Bojanus des Acéphales lamellibranches {Ann. des se. nat., 4« série, t. IV, voyez spécialement pi. à, %. 6). (2) Idem, p. 275. (3) Pi. 9, fig. 1 : d. (à) PI. 9, fig-. 1 : e. f5) PI. 8, iig. 1 : /(. (le sinus ioriiiant ini vérilal)ie systèiiie porte dont les troncs effé- rents se rendent dans les grands sinus périnmsculaires d'où le sang est ramené aux branchies ; ccst une disposition tout à fait comparable à celle qu'on a observée dans les autres mollusques acéphales étudiés jusqu'ici; aucun de ces canaux vasculaires n'étabht de communication directe entre le cœur et les vais- seaux du corps deBojanus. La structure des sinus dans lesquels se trouve le fluide sanguin paraît des plus simples; je n'ai pas été plus heureux que M. Lacaze-Duthiers (1), pour y constater la présence de la mince couche amorphe ([ui peut-être en tapisse la cavité ; il faut dire que la mollesse et la facile désagré- gation des tissus rendent les préparations difficiles k obtenir. Quant à l'existence de toute autre tunique propre, il ne paraît pas possible d'en admettre l'existence. Ce sont donc de véri- tables lacunes creusées dans l'épaisseur môme du parenchyme. Les éléments glandulaires sont des noyaux (2) de 0™"',009 à Qmu,^QI2^ brun jaunâtre, réfractant assez fortement la lumière, tantôt libres, d'autrefois contenus dans de grandes cellules transparentes (3) de 0""',01() k 0"'"\U20. Dans un assez grand nombre de cas, la grande celUile m'a paru en renfermer une plus petite [h], plus ou moins exactement de la grosseur du noyau brun qui semblait en sortir; ces éléments sont tout k fait comparables k ceux qu'on a déjà décrits et tîgurés (5). Il existe en outre un épithéhum à cils vibratiles sur la surface interne. Quant au produit sécrété, il se montre au papier de tournesol comme très-léffèrement acide. Le volume considérable de la glande permettrait, si l'on se trouvait dans des circonstances favorables, d'en faire l'analyse assez facilement; daus des fragments desséchés que j'ai rapportés, mon excellent collègue M. Hardy m'a annoncé n'avoir pu trouver aucune trace d'urée ; (1) Loc. cit., 1). 299. (2) PI 12, fig. 9 : b. (3) PI. 12, fig. 9 : a. ^A) PI. 12, fig. 9 : a'. (■")) Lîcaze-Duthiovs. hc. cit.. pi. à cl 5. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS, 165 Tacide iirique n'y est également pas appréciable, d'après ce que m'a dit M. V. de Luynes, qui à ma demande a bien voulu en faire l'analyse. Ces résultats concordent avec ceux obtenus par M. Cari Voit (1). (^APITRE VITI. Jlcproduclion. L'importance qu'on accorde aujourd'hui à juste titre aux études embryogéniques me fait d'autant plus regretter de n'avoir pu rassembler sur ce sujet quelques notions un peu satisfaisantes; mais de pareilles recherches exigent des condi- tions de temps qu'il ne m'a pas été possible de réaliser, aussi ce que j'aurai à dire des organes de la reproduction chez les Tri- dacnes est-il très-imparfait. Sur les nombreux individus (plus de quarante) que j'ai pu disséquer, je n'ai jamais rencontré de mâles; tous au contraire étaient munis d'ovaires ; cela pourrait porter à penser que les glandes spermatogènes se développent dans une autre saison, ce qu'il est permis de présumer, et conduirait peut-être à regarder ces animaux comme probablement hermaphrodites; mais une pareille conclusion ne peut être admise sans des observations nouvelles. Après les recherches des anatomistes modernes et surtout les travaux de M. Lacaze-Duthiers sur ce sujet ("2), on doit être fort réservé sur cette question de la réunion ou de la séparation des sexes dans un même individu chez les Acéphales, puisque des animaux très-voisins appartenant à un môme genre paraissent présenter, sans qu'il soit possible d'en saisir le motif, l'une ou l'autre combinaison. Le Pecten varius, [esCardium rusticum et C. eclnle, par exemple, étant unisexués, tandis que les Pecten Jacobœus, P. maximus, P. glaber, le Cardium ser- ratum, sont hermaphrodites (3) ; certaines espèces, comme les (1) Zeilschrift. f. wissen, Zoologie, i. X, 1860. (2) Recherches sur les organes génitaux des Acéphales lamellihrnnches (Ana. des se nat., 48sér., t. U, p. \hb). (3) Lacaze-Duthiers, foc. ni., p. 174, 208 et 214. 166 L. VAILLANT. Anodontes, peut-être par suite de conditions de localité, peu- vent môme rentrer indifféremment dans l'une ou l'autre caté- gorie (1). Les ovaires chez les Tridacnes ont la structure de glandes en grappe, comme cela est habituel ; on peut très-aisément consta- ter ce fait, si l'on examine surtout de petits individus de 10 à 12 centimètres de long, où ces parties n'ont encore en général qu'un développement médiocre. Ils sont symétriquement placés de chaque côté de la masse gastro-génitale dont ils font partie. Les acini vus sans préparation sont assez volumineux, mais, même sur les petits échantillons, je n'ai jamais pu les isoler con- venablement, par suite de la mollesse des tissus, pour pouvoir les examiner en détail. Ils se réunissent sur des canaux communs qui finissent par se réduire en quatre ou cinq gros troncs, abou- tissant eux-mêmes sur un canal unique assez long, qu'on peut considérer comme le véritable oviducte ('i). Ces canaux princi- paux sont faciles à injecter par l'orifice sexuel efférent. Ce der- nier (o), qui aboutit dans le canal incubateur commun, est large et n'atteint pas moins de 1 millimètre à \'""',5 ; il est situé sur la limite qui sépare le corps de Bojanus de la masse hépato-ova- rique et en dedans du connectifqui réunit le ganglion branchial au ganglion buccal, rapport sur lequel j'ai déjà appelé l'atten- tion en parlant du système nerveux. Les œufs sont volumineux, leur diamètre est de 0""",187, avec une paroi à double contour de 0""',026. Tantôt ils sont remplis de granulations fines (4), tantôt de granules plus gros, réfrin- gents (>) ; ils peuvent contenir une véritable tache germina- tive (6), de 0"'",0 iO à 0™",0/i5 ; mais celle-ci m'a paru manquer au moins dans la moitié des cas. On trouve fréquemment de ces (1) Lacaze-Duthiers, Observations sur l'hertnaphrodiiisme des Anodontes {Ann. des se. nat., à" sér.^ t. IV, p. 381). (2) PI. 9, %. 1 : b. (3) PI. 9, %. 1 : c. (4) PI. 9, fig. 5 et 7. (5) PI. 9, fig. il et 6. (6) PI. 9, fig. 6 et 7. REGHKRCHES SUR LA FAMILLE DES ïhiDAC^flDÉS. 167 œufs portant les traces de cet ombilic (1), dont M. Lacaze- Duthiers a expliqué l'origine dans les travaux que je citais plus haut (2). Il est grandement probable, d'après la situation de l'orifice ovarique et la structure des branchies, que les œufs subissent dans ces organes une incubation analogue à celle qu'on a observée dans un grand nombre d'autres mollusques, je n'ai cependant pas été assez heureux pour pouvoir m'en assurer d'une manière certaine. Les œufs, d'ailleurs, ne peuvent arriver que difficilement dans les poches de la branchie externe, qui ne paraissent pas communiquer directement avec le canal incu- bateur commun. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 8 (I). Fig. 1. Ti'idacna elongata. On a enlevé la valve gauche et une grande partie de la por- tion intramusculaire du manteau pour laisser voir la disposition des principaux organes; l'animal est seulement un peu plus retiré dans l'intérieur de sa coquille qu'il ne l'est à l'état normal, surtout aniérieurcment, où un feston a été reporté en arrière pour laisser voir plus facilement la position de l'orifice afférent. — Trois quarts de grandeur naturelle. s, côté supérieur. — i, côté inférieur. — a, côté antérieur. — p, côté postérieur. op, ouverture pédieuse; elle est plus relâchée qu'elle ne l'est â l'éttit normal, ordi- nairement elle se resserre autour du pied. OB, ouverture branchiale ou afférente dont on distingue les tentacules; la direction du courant est indiquée par une flèche. OA, ouverture anale ou efférente ; celle-ci, qui n'est pas visible lorsqu'on regarde l'animal de côté comme le montre cette ligure, est indiquée par une flèche. MG, masse gastro-génitale. — cb, corps de Bojanus. — mr, muscle rétracteur du pied. — MA, grand muscle adducteur des valves. — br, branchies. Ces mêmes lettres désignent les mêmes parties dans toutes les autres figures d'fen- semble. (1) PI. 9, fig. 6, (2) loc. cî7„p. 189. IGS L. VAII.I,«!\T. tb, porlion centrale ou Iroiie du byssus. — cl, clievelu du bjssus^ au moyen duquel l'animai se fixe aux corps environnaals. — tp, tentacules de l'ouverture pédieuse. — to, tentacules oculiformcs places sur la portion externe proprement dile du manteau. — pi, palpe labiale externe. — pi', palpe labiale interne. — ]k, péricarde. — ose, organe sécréteur cardinal. — mp, muscle palléal. fi, repli festonné double (a' et u") de la portion marginale du manteau. — 6, ter- minaison de la branchie externe sur la masse gastro-génitale en debors des palpes labiales. — c, paroi externe de lachambre incubatrice commune ou ligament extérieur ([ui réunit les branchies aux organes sous-jacents. — d, taches vert-émeraude de la portion marginale du manteau. — e, prolongement de l'organe sécréteur cardinal, qui se place dans la fossette de la valve droite au-dessus de la dent principale. — f, bosse- lures qu'on remarque sur la face interne de l'ouverture pédieuse. — g, point où la portion intramusculaire du manteau adhère à la masse gastro-génitale. — h, vais- seaux du corps de Bojanus. PLANCHE 9 (II). Fig. 1. Disposition générale du système nerveux de la Tridacna elongata. — Troi« quarts de grandeur naturelle. s, I, h, V, op, MG, eu, MR, MA, «H, II/, cb, tp, pi, pi', coninie dans la figure 1 de la planche 8. 6o, orifice buccal. «, repli festonné de la portion marginale du manteau. — b, oviductc. — c, son ori- fice elfercnt dans le canal incubateur commun. — cl, orifice elTérenl principal du corps (le Bojanus. — e, orifices efférents accessoires (?) du même organe. — /, pied. — q, papilles tactiles (?) de la partie antérieure du pied. — /(, cloison interbranchiale; la moitié gauche de cette cloison et la paire de branchies correspondantes ont été enlevées dans cette préparation. — i, orifice percé au milieu de cette cloison et qui fait communiquer les chambres aquifcres supérieure et moyenne, le bord en est un peu dentelé. — k, chambre aquifère supérieure ou branchiale. — /, chambre aqnifère moyenne ou post-branchiale ; elle communique en /' avec la chambre aquifère infé- rieure ou anale. — m et m', section du bord de l'ouverture pédieuse; l'un des lam- beaux, m, est rejeté en haut et en arrière. — n, tendon satellite du connectif anléro- postérieur pendant son trajet dans la masse gastro-génitale. — o, papille tactile (?) de l'extrémité postérieure et supérieure du pied. glb, ganglion branchial. — gll, ganglion labial ou buccal. — glp, ganglion pédieux. 1, connectif antéro-postérieur. — 2, connectif sus-buccal. — 3, connectif bucco- pédienx. — 4, nerf branchial. — 5, nerf du grand muscle adducteur. — 6, nerf de l'ouverture pédieuse. — 7, nerf des palpes labiales. — 8, nerf pédieux. — 9, nerf vis- céral émanant du connectif antéro-postérieur. — 10, origine des nerfs palléaux. Fig. 2. Ganglion branchial vu par sa face inférieure qui lépond au grand muscle adducteur; on remarque en son milieu un étranglement transversal et sur sa partie postérieure deux replis simulant deux circonvolutions. — Gross. 5 diam. RECHERCHES SUR LA FAMILLE DES TRIDACNIDÉS. 169 1, nerl' brancliial. — 2, fonnectif aiitéro-postérieur. — 3, nerf musculaire. — 4, nerf palléal qui se divise iinraédiatemeut en trois branches. — 5,neif de l'ouverture afférente. — 6, nerf de l'ouvertiu-e efférente. — 7, grand nerf postérieur. Fig. 3. Tentacules de l'ouverture afférente. Cette figure montre leurs principales formes et la disposition qu'ils affectent les uns par rapport aux autres, un tentacule simple .dtornant en général avec un tentacule branchu. — Gross. 4 diam, Fig. U, 5, 6, 7. Œufs pris dans l'ovaire et montrant les différentes modifications qu'ils peuvent présenter dans cet organe, étant remplis soit de grosses granulations, fig, /i et 6, soit de fines granulations, fig. 5 et 7; sans vésicule germinative, fig. 4 et 5, ou en présentant une, fig. 6 et 7. La fig. 6 montre la trace de l'ombilic indiquant le point où l'œuf adhérait à la paroi ovarique. — Gross. 130 diam. PLANCHE 10 (III). Fig. 1. Byssus de la Tridacna elongata arraché de la cavité cratériforme du pied pour montrer la disposition réciproque du tronc et des fibres du chevelu. a, tronc divisé à sa base en deux racines a' et a". — b, chevelu. — c, faisceau de fibres du chevelu isolé, pour montrer comment il forme une anse autour du tronc et comment les extrémités se réunissent en un seul filament, d, Fig. 2. Pied isolé et ouvert par sa partie antérieure pour montrer la disposition de la gouttière et des cryptes byssogènes dans la cavité cratériforme dont cet organe est creusé. MK, muscles rétracteurs du pied. a, papille tactile (?) de l'extrémité postérieure et supérieure du pied. — h, paroi fondue et écartée de la cavité cratériforme. — c, cryptes creusées dans les enfoncements latéraux situés dans l'axe de chacun des deux muscles rétracteurs et sur la saillie qui sépare ces enfoncements; c'est de là que naît le tronc du byssus. — d, gouttières bysso- gènes qui produisent les fibres du chevelu ; ce sont deux sillons accolés sur la paroi postérieure de la cavité cratériforme qui en bas, d', se disjoignent pour contourner cette cavité et se réunir en arrière. — e, section du canal dans lequel se trouve la tige cristalline. Fig. 3. Coupe des gouttières byssogènes perpendiculairement ù leur largeur dans la portion située sur la face postérieure de la cavité cratériforme. — Gross. 10 diam. u, sillons accolés. — b, glandes byssogènes. — c, c, lèvres externes des sillons. — d, d, leurs lèvres internes. Fig. 4. Acini des glandes byssogènes, montrant la manière dont les éléments se réu- nissent sur les canaux excréteurs. — Gross. 75 diam. Fig. 5. Derniers culs-de-sac des glandes byssogènes; un seul d'entre eux a été figuré avec les éléments qu'ils contiennent, pour ne pas compliquer la fig. — Gross. 300 diam. a, gros noyaux. — b, petits noyaux. — c, éléments mis en liberté par suite de la rupture de quelques culs-de-sac. Fig. 6. Coupe de la charnière et du ligament. VD, valve droite. — vg, valve gauche. — a, portion épidermique du ligament. — 6,'' portion fibreuse. Fig. 7. Eléments de la substance fibreuse du ligament. — Gross. 300 diam. 170 L. VAILLANT. Fig. 8. Coupe de la coquille. — Gross. 170 diam. a, traînées formées des petites stries en chevron (la netteté^de ces stries est exagérée dans cette figure). — b, substance tubulaire. PLANCHE 11 (IV). Fig. 1. Système vasculaire de la Tridacne allongée. L'animal est représenté vu par le côté gauche ; la presque totalité de la portion intramusculaire du manteau a été enlevée aussi bien que la moitié antérieure des branchies du même côté et la partie delà cloison interbranchiale correspondante ; l'anneau que forme l'ouverture pédieuse a été fendu et l'un des lambeaux rejeté en arrière. — Trois cinquièmes de grandeur naturelle. s, I, A, V, op, MG, CB, MR, MA, BR, /6, cbytp, pi, pi' , osc, comme dans la figure 1, 3b la planche 8. a, repli festonné de la portion marginale du manteau. — 6, repli suspenseur des branchies qui Ihnite en dehors la chambre incubatrice commune. — c, repli suspen- seur des branchies qui limite en dedans la chambre incubatrice commune. — st également soulevé dans la région parié- tale. Les vibrisses, les yeux, les oreilles, la queue, offrent ce grand développement caractéristique du Mus rattus. Le palais présente les mêmes plis, les plantes les mêmes cals. Et ce qui est plus convaincant encore, et ne pèse pas légèrement en faveur de ma thèse, la duplication fréquente des dernières pectorales, fait curieux sur lequel nous appelons, plus loin (3), l'attention des physiologistes, estconmriune aux deux espèces, et le Rat d'Alexandrie présente, dans le nombre de ces organes, les mêmes variations que le Rat. Les pariétaux dans leur rapport avec les temporaux, la forme de l'interpariétal, du sphénoïde antérieur, de la première ster- (1) Appendice, art. premier. (2) Mes comparaisons des différentes espèces de Mus reposent sur 23 squelettes entiers, 34 têtes osseuses et 10 préparations anatomiques de la colonne vertébrale. (3) Appendice, art. premier. DE l'existence d'uNE KACE NÈGRE CHEZ LE RAT. \11 tèbre, etc., etc.; enfin, tout le détail anatomique de ces deux espèces est exactement le môme , est absolument identique. Preuve manifeste, pour tout esprit réfléchi, de leur identité spécifique. Comment la science contemporaine a-t-elle pu méconnaître un fait si important par les conséquences qui en résultent? 11 est facile de s'en rendre compte, en se plaçant au point de vue des différents observateurs. Il n'est pas venu un seul instant à la pensée des uns et des autres que ces deux types si distincts de couleur et d'habitat pussent être autre chose que des espèces bien caractérisées. Nul n'a réfléchi que cette diversité radicale de coloration était due précisément à la diversité complète du climat. Cette opinion bien arrêtée, et leur conviction une fois faite, ils ont pris tout naturellement des traits individuels un peu sail- lants pour des caractères spécifiques. Pour les savants de l'expédition d'Egypte, Geoffroy Saint- Hilaireet Audouin, qui découvrirent les premiers la forme mère du Rat, à laquelle ils donnèrent dans le grand ouvrage sur l'Egypte, le nom de Mus alexandrinus, l'éloignement des gale- ries duMuséum et l'absence d'objets de comparaison expliquent suffisamment leur assertion gratuite, que « le Rat d'Alexandrie s'éloigne essentiellement du Rat ordinaire par l'étendue de la queue )). Les Rats d'Alexandrie que j'ai pu observer en nombre assez considérable, de même que l'exemplaire type qui a servi à la description de Geoffroy, ne m'ont présenté, avec le Rat ordi- naire, nulle différence dans la longueur de cet organe. M. P. Savi, qui, le premier, signala cette forme en Europe, sous le nom de M. tectorum (ce qui fit croire à l'invasion d'un nouveau Rat, alors que ce n'était qu'une fausse espèce de plus qui envahissait la science), prétend « qu'il est très-différent du M. Rallus pour les proportions et la forme des poils » (1). Pour ce qui est des proportions comparées des deux espèces, je ren- voie au tableau détaillé qu'en a donné le professeur Blasius dans (1) Nuovo Giornale de' lettemti, 1825, p. 73. 5"= scric, ZooL. T. IV. (Caliicr n» 3.) 4 12 J 78 A. DE L'ISLE. sa Faune des vertébrés d'Allemagne. Ou y verra qu'elles sont aussi identiques que peuvent l'être des mesures prises sur deux individus différents d'une même espèce. Pour les poils, il existe un malentendu regrettable. Nul observateur, en effet, ne s'est encore aperçu que le Rat ordinaire et celui d'Alexandrie présentaient trois sortes de poils bien caractérisés : les longs poils, les poils plats et la laine. — Les longs poils, qui ont plus de deux fois la longueur des poils plats, sont minces, cylindriques, fdiformes et capilliformes ; ils dépassent de beaucoup les autres poils et donnent au pelage son aspect hérissé. — Les poils plats, plus rigides et plus grossiers, sont courts, larges, aplatis, légèrement fusiformes et creusés d'une rainure en dessus. — Enfin la laine, à peine plus courte que les poils plats, souple, flexueuse, d'égale gros- seur, est singulièrement plus fine et plus abondante que les deux précédentes sortes de poils. On n'a pas distingué jusqu'à présent les poils des deux pre- mières sortes, si différents cependant. De là la confusion où est tombé l'éminent professeur de Pise, et avec lui le prince Charles Bonaparte, à l'exemple d'Audouin, de Desmarest et d'autres zoologistes. Le premier ne discernant dans une espèce que les longs poils, et les opposant à tort aux poils plats de l'autre espèce ; ces der- niers confondant les longs poils avec les poils plats, et présentant les seconds pour les premiers. Pour les différences qu'énumère M. Pictet, entre le Rat noir et le jeune alexandrinus, qu'il décrit sous le nom de Mus leuco- gasùer, elles sont dues uniquement à l'âge. Les jeunes Rats, comme son M. leucogaster, ont le poil beaucoup plus doux et plus soyeux que les adultes, le front plus bombé, le museau plus court, la queue sensiblement moins longue, les apophyses moins saillantes et les impressions musculaires moins marquées. Je note un seul désaccord : « La queue du M. leucogaster, dit M. Pictet, est formée de 36 vertèbres, tandis que celle du Rat (d'après deux exemplaires seulement) n'en a que 30 (1). » Sur {l)lMém, de la Sec de phys. et d'hist. naf. de Genève, 18/11, p. 153. DE l'existencf: d'une race nègre chez le rat. 179 mes noiiibrouscs préparations analomiques, je trouve pour le Rat noir comme pour le Rat d'Alexandrie, de â7 à 38 coccy- giennes. Enfin, les caractères différentiels sur lesquels s'appuient le comte Keyserling et le professeur J. H. Blasius, dans leurs Ver- tébrés d'Europe, pour séparer nos deux prétendues espèces, ne valent pas mieux que les précédents. D'après ces messieurs, le dernier tube d'émail de la troi- sième molaire d'en bas ne serait pas moitié aussi large que le précédent chez le Raltus, et ferait en largeur plus de la moitié de celui-ci chez Xalcxandrinus. Chaque moitié du bord anté- rieur de l'interpariétal serait, dans son milieu, arquée et con- vexe chez le premier, échancrée et concave chez le second. Mais ce sont là de simples traits individuels, que l'on rencontre aussi fréquemment dans une race que dans l'autre, et qu'un même crâne peut quelquefois montrer réunis. On se rend plus difficilement compte des suivants, que M. Bla- sius reproduit dans sa Faune d'y4llemagne. « Les plis du palais, granulés de tubercules calleux et pointus chez l'Alexandrin, seraient lisses chez le Rat. Le palais, sans sillon longitudinal chez celui-ci, serait chez celui-là traversé dans sa longueur par une rainure profonde. » Les Rats très-nombreux dont j'ai fait l'autopsie (1) avaient tous, comme les Rats d'A- lexandrie, le palais hérissé de granulations saillantes et régu- lières ; et ces derniers, que je n'ai point examinés en nombre moindre, avaient le palais sans sillon longitudinal, les plis inter- molaires étant, comme ceuxduRat, ininterrompus et simplement en chevron dans leur milieu. Il n'est pas possible d'insinuer que le docte professeur, qui base généralement ses descriptions sur de nombreux exem- plaires, ait précisément décrit ici quelque individu frappé d'hé- mitérie, d'un arrêt de développement par exemple. D'un autre côté, jeme suis assuré qu'un séjourprolongé dans l'alcool détrui- sait les granulations du palais et les plis mêmes qui les portent ; (1) D'après plu? de douze e.vompluiios de Tune cl de Tautic espèce. 180 A. RK l'iSLE on est donc fondé à croire que les diagnostics signalés par le célèbre Allemand sont dus à quelques déformations de ce genre. §2. Mœurs \arit'i.'S ilcs espèces du genre Rat ; iilentité de mœurs du .1/. liattus et du M. alexandrinus . En corrélation avec cette diversité de forme et de structure dont nous venons de parler, les espèces d'un même genre pré- sentent toujours des différences dans les facultés mentales et dans les phénomènes physiologiques. Si, procédant comme nous l'avons déjii fait, et négligeant le M. alexandrinus^ nous comparons l'une à l'autre les espèces les plus voisines du genre Rat, c'est-à-dire le M. minulus à Yagrarius^ le M. musculus SiU sylvaticus, le M. Raltus au decu- manus, nous ne sommes pas moins frappés combien elles diffè- rent entre elles à ce nouveau point de vue. L'habitat du Rat nain, M. mimdus, est bien plus vaste et déborde presque de tous côtés celui de l'espèce voisine. On le rencontre sur tous les points occupés par celle-ci, et de plus en France, en Angleterre, en Suède, en Finlande et dans la Sibérie orientale. Aidé de sa petite taille et de sa queue plus mobile, le Rat nain dépasse, en habileté pour grimper, les autres espèces, et le Rat agraire, qui ne vient, même pour ce genre d'exercice, que sen- siblement après le M. sylvalicus. « Il grimpe aux plus légers rameaux des buissons, à de si minces Graminées, qu'elles s'incli- nent avec lui vers la terre, y courant aussi librement que sur uu tronc d'arbre rugueux (1). » Seul entre tous ses congénères, le Rat nain suspend son nid à une certaine élévation au-dessus du sol ; d'oi^i Hermann l'avait nommé M. pendulinus. Il en varie les matériaux suivant la nature des récoltes qu'il habite au moment de la gestation. Dans les tourbières, les marais, il le fait des panicules soyeuses du (i) Blasius, Faune d'Allemagne. DE l'existence dune RACE NÈGRE CHEZ LE RAÏ. 181 Roseau, ou de ses feuilles qu'il sait fendre en longs filaments; dans les prairies, les moissons, d'herbes hachées, entrelacées, dont il dispose les plus fines et les plus menues à Fintérieur. C'est au contraire dans quelque renflement de son boyau souterrain, sur un simple amas d'herbe sèche, que le Rat agraire fait ses petits. Le M. minutus manifeste un goût plus vif pour la chair. Il est plus courageux que son rival. Si l'on enferme ensemble, dit M. Blasius, des M. minutus et agrarius, les premiers, malgré leur énorme infériorité de taille et de volume, se jettent sur les seconds et les dévorent. Nous avons pendant plus d'une année conservé une famille de ce joli petit rongeur; et il s'est reproduit deux fois sous nos yeux, en captivité. Bien qu'il ait les glandes de Tyson dévelop- pées, son odeur est faible. Celle du M. agrarius est très-pro- noncée. Si nous envisageons maintenant les M. musculus et sylvali- cus, la Souris domestique et le Mulot, nous trouvons des diffé- rences non moins importantes. Tandis que l'habitat du Mulot est restreint à l'Europe et à la Sibérie occidentale, la Souris, elle, est cosmopolite. Il n'est pa d'endroit où elle n'ait pénétré. Elle a suivi les Européens dans les cinq parties du monde, et se trouve maintenant répandue sur toute la terre habitée, en Sibérie comme sous l'Equateur. Elle infestait l'Europe dans l'antiquité, elle est cependant d'origine étrangère. Une certaine variation du pelage, dont il sera traité plus loin, et le fait qu'on ne rencontre point ses os dans les terrains de la période quaternaire, si riches en débris de petits quadrupèdes, confirment l'opinion qu'ont émise quelques philologues, que cet animal, déjà parasite à une époque très- reculée, a suivi le mouvement des peuples aryens, et que leurs plus anciennes migrations l'ont transplanté d'Asie en nos contrées. Le Mulot est indigène, comme l'attestent ses mœurs séden- taires et la rencontre fréquente de ses ossements fossiles dans le sol diluvien des cavernes. Il vit librement loin de l'Homme, dans ,s 182 ' A. DE L'ISLE. les champs et les bois, où il habite une cavité assez spacieuse, qu'il se creuse le plus souvent dans le talus des fossés. La Souris est éminemment parasite (1). En dépit de nos efforts, elle s'étend dans nos demeures, de la cave au grenier, de la cui- sine à l'office, et se fait des galeries derrière les boiseries et dans les vieux murs. Aidé de ses longs membres postérieurs, qui le rapprochent des Gerbilles, le Mulot, pour sauter et courir, n'a point de rival, et l'emporte aisément sur la Souris et les autres espèces. La femelle ne fait annuellement que deux ou trois portées de quatre à six petits. La Souris est bien autrement féconde, et cela est en rapport avec le nombre presque double de ses mamelles (2). Elle produit en toute saison, souvent même au cœur de l'hiver; elle met bas, quatre ou cinq fois l'an, de quatre à dix petits. Son cri est sin- gulièrement plus clair et plus soutenu que celui de l'autre espèce. On sait l'odeur fétide et pénétrante qu'elle répand. 11 n'en est pas et il ne peut eu être ainsi du Mulot, qui n'a pas de glandes de Tyson ou qui n'en présente que desrudiments (8). Même diversité, même contraste entre les M. decumamis et Battus, le Surmulot et le Rat. Ils sont, il est vrai, devenus l'un et l'autre parasites, l'un et l'autre cosmopolites, mais non simulta- (1) Cet instinct, qui existe siraultanémeut chez différentes espèr.s du genre, ne s'est développa que graduellement. Ces espèces ont commencé par dévaster les champs cultivés. De là à suivre les récolles dans les g-rangcs et les dépendances des habitations rurales, et à y demeurer quelquefois pendant l'hiver ou la saison des pluies, il n'y avait qu'un pas à faire. Beaucoup d'espèces en sont demeurées là, sans devenir parasites. Tels sont en Europe le iU. nyhudicus, les M. mimtfui clnrjrarius. D'autres enfin, moins timides, et sentant vaguement les bénéfices delà cohabitation avec l'Homme, ont trans- formé en un séjour permanent les quelques mois i\c la mauvaise saison qu'elles pas- saient accidentellement en nos demeures. Et comme de telles conditions d'existence se i-encontraient presque partout, elles sont devenues à peu près cosmopolites. (2) N'est-ce point un fait digue de remarque que nos trois parasites, le Surmulot, ^è Rat et la Souris, tous les trois d'origine asiatique, tous les trois cosmopolites, soient également tous les trois pourvus d'un plus grand nombre de mamelles, et que seuls de 'cur genre, ils produisent en toute saison. (3; S'il est privé de ces organes qui, par l'odeur qu'ils exhalent, concourent si puis- samment à la réunion des sexes, il y supplée par l'excellence de l'ouïe et de la vue; qu'il a plus développées que les autres espèces. DE l'existence DUNE RACE NÈGRE CHEZ LE RAT. 183 nément. Ce curieux instinct qui porte ces animaux à vivre dans un étroit rapport avec l'Homme ne s'est révélé et développé chez le Surmulot qu'au siècle dernier, lors de son introduction en Europe. Le parasitisme du Rat est beaucoup plus ancien et remonte au moyen âge. Comme la Souris, le Rat était déjà cosmopolite que le Surmulot était encore confiné dans les limites étroites de sa patrie originaire. Le Rat, dont le centre de création est demeuré jusqu'à ce jour inconnu, mais qui, comme nous le verrons plus loin, est indi- gène des déserts brûlants de l'Asie, ne s'écarte jamais, dans nos climats, des habitations. Originaire d'un climat plus tempéré (les terres Caspiennes) (1), ayant aussi depuis moins longtemps mo- difié ses anciennes habitudes, le Surmulot y revient encore volon- tiers. C'est ainsi que souvent il se creuse en terre des garennes, à de grandes distances des lieux habités, au bord d'une douve de marais ou de quelque bras de rivière. Cette espèce, qui a, comme nous le verrons plus loin, les pieds demi-palmés, nage et plonge fort bien, et ses habitudes sont en partie aquatiques. Il hante les endroits frais, les parties basses des maisons, les tanneries, les boucheries, les caves, les maga- sins; mais c'est sur le bord des eaux, des étangs, des égouts de ville et des canaux qu'il s'établit de préférence, d'où lui est venu, parm éprise, ce nom de Rat d'eau, sous lequel en bien des pays il est mieux connu que sous son véritable nom. Le Rat n'a pas vestige de membrane natatoire, et de plus c'est un animal frileux. Au lieu de rechercher les eaux, il les évite, et ne nage que lorsqu'il y est forcé. Il habite les lieux chauds et secs, les toits, les greniers; « perce le bois et se loge dans l'épaisseur des planchers, ou à la naissance des poutres, et se niche en hiver auprès des cheminées ou dans le foin » (2). Singulièrement plus fort et plus hardi, le Surmulot est son rival déclaré. Sa voracité bien plus grande n'admet point de (1) Les Gaspiens^ qu'il atramaitcn dévorant leurs fruits et leurs récoltes, dressaient et lançaient contre lui des faucons, comnie nous faisons aujourd'hui des rntiei-a. (Ainyn- tas, dans Elien.) (2) BiifTon. 18/l a. ue L'iSLi-:. concurrent. Il le tue pour s'en repaître, et pour prendre sa part de nourriture et de voirie. Presque partout, en Europe, il a expulsé les Rats des grandes villes et les a refoulés dans la cam- pagne, où en bien des lieux il les a suivis et presque complète- ment exterminés. On ne trouve plus l'espèce vaincue que dans les fermes, les châteaux, les villages. Si elle ne disparait pas complètement de nos contrées, elle n'en sera redevable qu'à sa légèreté et à la lourdeur de son rival. La vigueur et laudace de celui-ci sont extrêmes : il perce des murs très-épais. Dans les entrepôts de commerce, il descelle les lourds pavés de granit, les soulève et creuse son terrier dans le sable qui leur sert de lit. On a des exemples qu'il ait dévoré une Dinde sur ses œufs, entamé les flancs d'un Porc à l'engrais, et cruellement rongé les mains et la figure à de jeunes enfants. Enfin, ils n'exhalent pas la même odeur, et celle du Rat est plus fétide et plus prononcée. Si Ton compare maintenant le M. alexandrinus au 1/. Rat- tus, on trouve exactement les mêmes mœurs et les mêmes parti- cularités physiologiques. Comme lui, il a pour ennemi implacable le Surmulot. Comme lui, il recherche les parties élevées des maisons, ce qui lui a fait donner, en Toscane, le nom de Topo teUajolo, Rat des toits. Non- seulement l'habitat est le même, mais ce qui est bien digne de remarque, c'est qu'en Bretagne, où Y alexandrinus est peu com- mun, on ne le rencontre que dans les trous du M. Ratlm, jamais ailleurs. Dans l'opinion reçue jusqu'à ce jour, que ces deux types sont spécifiquement distincts, cela est inexplicable. Ce qui ne l'est pas moins, c'est que ces deux prétendues espèces vivent entre elles en bonne intelligence, tandis que les autres Rats n'ont pas d'en- nemis plus dangereux que leurs propres congénères. C'est chez l'Alexandrin la même légèreté d'allure, ce sont les mêmes mouvements prestes et vifs. C'est la même timidité, c'est pour l'eau et le froid la même aversion. La femelle, comme celle du Rat noir, porte vingt-trois ou vingt-quatre jours ; elle fait comme elle, chaque année, trois ou DE l'existence d'uXE RACE XÈGRE CHEZ LE RAT. 185 quatre portées de trois à dix petits. Ceux-ci, comme les jeunes Rats, ouvrent les yeux à quatorze jours, tettent pendant vingt- cinq, et sont dès trois mois aptes à se reproduire. Le cri d'appel du mâle, celui de la femelle, et ces accents bizarres, moitié cri, moitié sifflement, dans lesquels les Rats exhalent leurs plaintes ou leur colère, sont communs aux deux espèces. Enfin, il n'est pas jusqu'à cette odeur fétide, si caractéristique du M. Raltiis, que l'on ne rencontre également chez Valeœan- drinus. Ainsi, nous constatons, d'un côté, que les espèces européennes nous offrent toutes entre elles, dans les facultés mentales et les phénomènes de la vie, aussi bien que dans la structure anato- mique, une diversité constante et profonde ; de l'autre, qu'une espèce universellement admise, le M. a/ea?rtnc?nnM. Et la peinture qu'il en donnç, dans les rares exemplaires coloriés de la première édition (t. I, p. 829), est d'un noir de fumée très-intense. Antérieurement à Gesner, Georgius Agricola, dans son livre De Animantibus subterraneis, composé à Joachimsthal, nous le peint sous les mêmes couleurs : « Mus major mole corporis » mustelaî minimse : pilis est subnigris : cauda procera, etc. » Ainsi, nous pouvons constater que la race nègre du Rat s'est formée dans un laps de trois siècles. Mais la vie de ces animaux est si courte, et leurs générations si pressées, qu'il est même dou- teux qu'un tel changemciiL ail absorbé un temps aussi considé- DK l'existknck h'ilm-: n\r.\-: -skguk cii;/ Lh kat, ilt rable. En effet, un de ces rougeurs peut, dans une nu^nie année, naître et voir naître les enfants de ses petits-enfants, naître et devenir père, grand-père et aïeul, 900 générations directes peuvent se succéder en trois siècles, alors qu'il ne peut y en avoir que 109 chez le Taureau, 171 chez le Chevreuil et 1 20 dans l'espèce du Loup. Parti de la zone juxtatropicale de l'ancien continent, le Rat en abordant en Europe dans la zone tempérée chaude, ou région des oliviers, Turquie, Grèce, Italie méridionale, Espagne, n'eut pas à subir Tinflucnce de changements très-marqués dans le cli- mat et conserva sa livrée première (qu'il y garde encore de nos jours); mais contuiuant sa migration, il pénétra dans la zone tempérée propre, Fi'ance, Allemagne, Angleterre, etc. Là, sous la pression de conditions d'existence très-différentes de celles de sou centre de création, il se mit à varier. En Europe, les espèces de Mus et d'Arvicola, dont l'habitat est ^'ès-vaste, sont plus claires, ont la laine de couleur plus vive, au sud qu'au nord, en été qu'en hiver, dans la plaine que sur les hauteurs des montagnes, et sont plus ternes et plus rembrunies dans les conditions opposées. Quel est l'agent de telles variations? La lumière et la chaleur sans aucun doute. Elles seules, en effet, sont plus intenses, au sud qu'au nord, en été qu'en hiver, dans un pays découvert que dans les gorges des montagnes. Divers observateurs ont reconnu qu'elles exercent la plus grande influence sur les changements de couleur : « Ainsi Forbes assure que les mêmes espèces de Mollusques varient à la limite méridionale de leur station, ou lorsqu'elles s'étendent dans des eaux peu profondes, el prennent des couleurs plus brillantes que celles de la même espèce qui vivent plus au nord, ou à de plus grandes profondeurs. Ce sont aussi des Oiseaux de la même espèce qui, d'après M. Gould, varient selon la transpa- rence de l'atmosphère, et revêtent un plumage plus éclatant sous le ciel pur des régions chaudes et sèches iiue sous un ciel nébu- eux (1). » (1) Darwin, Uriyia of Species, c. V, p. 193. !212 A. DE i/ism:. Ce sont nos nuits plus froides, plus brumeuses et plus sombres ({ue celles de l'Italie et de l'Egypte, qui sont la eause prédispo- sante de la formation de la race nègre du Rat. Ce sont elles qui ont ébranlé le type premier de l'espèce, et qui l'ont ébranlé dans le sens de l'obscurcissement du pelage. Mais doit-on voir en elles l'unique cause de ce changement, et prétendre que le mé- lanisme du Rat n'est que l'exagération de ce qui a lieu chez ses congénères répandus sur un vaste habitat ? Un effet se rapporte rarement à une cause unique, et la con- sidération que les espèces parasites du môme genre sont plus portées à varier (1) que les espèces libres nous incline à faire la part d'action du parasitisme, et à croire que l'abondance et la variété des aliments qui en dépendent ont joué un rôle impor- tant dans cette transformation. Ce changement a-t-il été utile au Rat noir? Cela est prol)able, puisqu'il nous offre le spectacle si rare d'une variété plus nom- breuse et plus répandue que la souche dont elle est issue. « Mais comment, de quelle manière? On se rend très-bien compte du genre de service que peut rendre à tant d'ani- maux du pôle, la blancheur de leur robe ou de leur plu- mage qui, en leur permettant de garder plus intacte leur cha- leur interne, les protège contre les rigueurs et l'intensité du froid; à la Taupe son mélanisme normal, qui lui fait mieux res- sentir l'action des chaudes effluves de sa demeure souterraine. Cette même particularité ne peut avoir pour le Rat de sembla- bles avantages. Autrefois sa teinte arénacée, le confondant avec le sable des steppes, le protégeait contre certains dangers. Aujourd'hui, son nouveau masque ne le dérobe ni à l'œil de la Chouette, ni à celui du Carnassier domestique son ennemi héréditaire. 11 nous sem- ble qu'il ne peut tirer de sa couleur aucune utilité directe. Mais rien n'empêche qu'elle ne soit le signe extérieur d'une disposi- tion interne, l'expression d'un tempérament, et ne se trouve en corrélation avec quelque privilège physiologicjue qui lui per- (1) Voy. Syslème de coloration des devx rai:cs, § 3^ ji. 185. niv I. FXrSTENCK DUNE RACE NÈGRE CHEZ I.E RAT. 513 ïiietle de braver le froid impunément eî, de savancer plus au Noi'd. Et maintenant, qu'est d(?veuue la race nègre (1.) du Rat sous toutes les latitudes où l'a portée pendant trois siècles le com- merce européen ? Nous savons qu'on observe cet animal para- site sous le froid climat des Feroë vers le nord, et des Falkland vers le sud, comme sous la zone torride ; en un mot, sur toute la terre habitée, à l'exception des régions élevées du nord. Ce que nous savons moins, ce sont les changements qu'une telle variété de climat a pu produire dans sa couleur. On sait, par les natura- listes américains, que dans le nord des États-Unis, où le Rat se trouve maintenant plus abondamment qu'en Europe, la race nègre s'est maintenue. Mais on ne nous a pas dit encore ce qu'elle est devenue sous l'équateur; ni si, sous un ciel chaud et sec, comme celui de sa première patrie, retournée à la vie sauvage, elle a dépouillé sa robe d'emprunt pour reprendre sa première livrée. C'est aux naturalistes voyageurs de nous apprendre ce (pie cet animal, onmivore, parasite et cosmopolite, et par conséquent soumis à des adaptations si diverses, est devenu dans ses plus an- ciennes stations, et si, après avoir donné naissance à une race nègre, il a produit de nouvelles races, APPENDICE. ART. 1. Les divers Mus qui habitent l'Europe, si l'on en excepte celui dont nous attaquons la vahdité, présentent entre eux au point de vue de la forme de remarquable différences. Passons ce s f(uelques types en revue, ne mettant en parallèle que d(?s espèces appartenant au même groupe et à la même section. — Le^Riimm, Mus minutus, est, comme l'indique son nom, d'une très-petite taille. C'est la plus petite espèce d'Europe. L (1) D'après les règles de synonymie adoptées, il nous semble que le Rat noir doi prendre le nom de Mus alexandrinus var. Rathis, et le Rat d'Alexandrie conserver lo . sien propre, en sa qualité de typp fie l'espèce. 21 ii A. IM: l.'ISLE. Mus ngrarkts est diui volume presque triple. Pallas a trouvé qu'il pesait de trois à quatre gros, alors que le poids du Rat nain excédait rarement un gros et demi. La tête et principalement le museau du Rat nain sont plus velus et plus hérissés que chez l'autre espèce, les moustaches plus faibles, les oreilles plus petites et à demi cachées dans le poil. Le crâne est moins allongé, moins renflé dans la région des yeux. Les bords latéraux de linterpariétal sont arrondis et divergent d'arrière en avant, tandis qu'ils s'écartent l'un de l'autre d'avant en arrière chez le M. agrarhis. Le Rat nain a la queue de la longueur du corps, composée d'environ lâO anneaux écailleux, et de âO à 31 vertèbres coccy- giennes. Le M. agrariiis a la queue à peine plus longue que la moitié du corps, avec un nombre moindre de vertèbres, et seu- lement environ IW) anneaux écailleux. — Le Mulot est d'un cinquième plus grand que la Souris. Sa tète, proportionnellement beaucoup plus grosse, est renflée dans la région oculaire , et son prohl supérieur à partir des os nasaux est très-convexe. Chez la Souris, la tète s'aiguise gra- duellement à partir de l'oreille et le profd du crâne est presque droit. La différence dans le rapport des yeux est considérable ; très^ grands et très-proéminents chez le Mulot, ils sont au moins trois fois plus gros que ceux de la Souris. Mis en regard, ces derniers paraissent petits et peu ressorfis. LiCs oreilles du Mulot sont éga- lement d'un tiers plus grandes. Le huitième pli du palais, ou cinquième pli intermolaire, part de chaque côté, de la seconde molaire chez la Souris, de la troi- sième chez le Mulot ; le nombre des plis étant le même dans l'une et l'autre espèce, il en résulte que de la seconde molaire il ne part chez ce dernier qu'un seul pli au lieu de deux, et que le pli postérieur est rejeté plus en arrière. Le Mulot est remarquable entre tous ses congénères par l'é- tendue du membre postérieur. Séparé du tnmc et mesuré de la tète du fémur à l'extrémité du médium, il est d'un quart plus court chez la Souris; ou, si l'on veut, des deux nienibres appli- DE T.'f.XISTRNCI- d'Ui\E RACE NÈGRE CHEZ LE RAT. 215 qués ruii sur l'autre, celui du Mulot dépasse l'autre de toute la longueur du fémur, ce qui nous explique la différence marquée qui existe entre ces deux types dans la locomotion. Le Mulot a six mamelles : deux paires ventrales et une paire pectorale. La Souris en a dix, dont deux paires ventrales comme l'autre espèce, et trois paires pectorales. Les cals plantaires du Mulot anguleux en avant, larges en arrière, sont grands à l'exception du cinquième plus de deux fois moindre. Ceux de la Souris sont petits, arrondis, le cin- quième égal aux autres. La queue du Mulot mince, déliée, anguleuse, diminue insen- siblement de la racine à la pointe. Ses anneaux écailleux, moitié plus larges que chez la Souris, sont au nombre seulement d'en- viron 150. La queue de la Souris à peu près d'égale longueur, est moitié plus grosse et a les angles plus arrondis; épaisse, égale dans près de la moitié de sa longueur, elle diminue rapi- dement ensuite et est très-pointue à l'extrémité. Ses anneaux, beaucoup plus nombreux, parce qu'ils sont plus étroits et plus serrés, sont au nombre d'environ 180. La Souris a les glandes de Tyson très-grandes et si larges que l'une recouvre l'autre en partie. L'on ne trouve pas toujours ces organes chez le Mulot ; lorsqu'ils existent, ils sont rudimen- taires (quatre fois moindres que chez l'autre espèce), et écartés l'un de l'autre de toute la largeur de la verge. Treize dorsales, treize paires décotes et six sternèbres, six lom- baires et quatre sacrées, composent, chez toutes nos espèces, le nombre normal des pièces du tronc. Pour la Souris, comme pour les autres Rats, ce nombre est fixe et invariable. Il n'en est pas de même chez le Mulot, où le nombre de ces pièces varie d'un individu à l'autre d'une façon très-remarquable. On ren- contre fréquemment des Mulots qui présentent quatorze paires de côtes et quatorze vertèbres dorsales au lieu de treize, et par corrélation sept sternèbres au lieu de six. De mémo le nombre des londjaires varie de cinq à sept, et celui des sacrées, normale- nieiit de quatre, peut être réduit à trois. Dans mes nombreuses dissections , la Souris et les autres 216 A. DE L'KLE. espèces ne m'ont pas offert un seul exemple de variations ana- logues (l). L'allongement et la gracilité caractérisent les os longs du Mulot, la force et la brièveté, ceux de la Souris; de même, les os plats de cette dernière ont, en général, moins de surface et sont plus épais. Le crâne très-mince, très-large et très-bombé chez le Mulot, est chez la Souris soutenu d'os plus résistants; en même temps qu'il est petit, déprimé en dessus, et qu'il présente des vestiges de crêtes latérales. Une arcade zygomatique plus étendue d'avant en arrière, plus surbaissée et plus écartée du fond de l'orbite; et, par-dessus tout, extrêmement grêle et fragile, est caractéristique du Mulot. Tandis que la Souris, sensiblement plus petite, a la même partie, qui est moins étendue dans tous les sens, remarquablement robuste et puissante (au moins trois fois plus épaisse). Les os des membres et principalement des postérieurs, minces et longs chez le Mulot, sont courts et robustes chez la Souris. Les trous incisifs du Mulot se terminent en avant de la double rangée de molaires ; ceux de la Souris s'avancent notablement entre les deux rangs. Les os nasaux sont en dehors plus proéminents chez le Mulot, et s'avancent d'une façon sensible au delà des incisives; en arrière, ils s'arrêtent en deçà des apophyses lacrymales, tandis que, chez la Souris, ils dépassent de beaucoup ces mêmes apophyses. Chez la même le bord antérieur du pariétal est très-concave et s'allonge, en avant et en côté, en une longue pointe aiguë. Il est droit ou presque droit chez le Mulot, et terminé latéralement par un angle court et émoussé. L'interpariétal du même présente à peu près la forme d'un losange ; ses bords antérieurs et postérieurs écartés dans leur miheu, convergent rapidement l'un vers l'autre, et forment de chaque côté un angle très-aigu. Chez la Souris, le bord anté- (1) D'après vingt-trois squelettes entiers et plus de dix préparations de la colonne vertébrale. DE l'existence d'uNE RACE NÈGRE CHEZ LE RAT. 217 rieur et le bord postérieur du même os, si l'on ne tient compte de La pointe médiane du premier, sont parallèles et coupés pres- que carrément par des bords latéraux. — D'un tiers plus grand que le Rat, le Surmulot atteint sou- vent une taille double et triple. 11 n'a pas la tête, comme celui- ci, large et bombée, mais étroite et déprimée, à boite crânienne plus allongée et à museau plus court. Ses yeux sont plus petits et moins proéminents ; ses oreilles, plus épaisses et plus velues, sont beaucoup plus courtes, à peine du tiers de la longueur de la tête ; ramenées en avant elles n'atteignent pas les yeux. Celles du Rat, minces et presque nues, sont au moins de la moitié de la longueur de la tête, ramenées en avant elles couvrent en entier les yeux. Les vibrisses sont aussi notablement moins longues chez le Surmulot; malgré sa brièveté, elles ne dépassent pas l'oreille; elles la dépassent d'un demi-pouce chez le Rat. Le huitième pli du palais, ou cinquième pli intermolaire, tou- che le bord postérieur de la dernière molaire chez le Rat ; il en est largement écarté chez le Surmulot et est renflé à ses extré- mités. Les cals plantaires du pied postérieur sont sensiblement plus faibles chez le Surmulot, et présentent une disposition un peu différente. Le Rat a les doigts entièrement divisés. Ils sont demi-palmés chez le Surmulot. Une membrane mince et blanche les réunit jusqu'à la naissance des secondes phalanges, et en borde quel- ques-uns jusqu'à celle des troisièmes. Le Surmulot a douze mamelles en six paires; dont trois paires pectorales et trois paires ventrales (une paire ventrale de plus que la Souris). Chez le Surmulot, comme chez les autres espèces, le nombre des mamelles est invariable et fixe. Il varie d'une femelle à l'autre chez le Rat. Celui-ci présente toujours six mamelles ventrales, en trois paires, comme le Sur- mulot, et la variation porte presque constamment sur les ma- melles pectorales. Le nombre normal de ces mamelles , celui que l'on rencontre le plus fréquemment, est de quatre en deux paires; souvent aussi il existe, à droite ou à gauche, une ma- melle supplémentaire, ce qui porte leur nombre à cinq ; enfin, 218 A. DE L'ISLI-:. mais plus rarement, la paire est complète, il y a six mamelles pectorales en trois paires, comme chez le Surmulot. Le parasitisme du Rat explique très-bien ce fait curieux, que Daubenton avait déjà signalé et que j'ai vérifié sur un nombre considérable de femelles (1). Les naturalistes du xvi* siècle avaient été trop loin en désignant le Rat et la Souris sous les noms de Mns domestictis major. Mus domesticiis miiwr ; mais s'il ne faut pas exagérer les rapports de la domesticité et du parasi- tisme, il ne faut pas davantage fermer les yeux sur les points de contact bien évidents qui existent entre eux. A l'état libre, les Mammifères ne développent point de ma- melles surnuméraires; c'est, au contraire, un phénomène fré- quent en domesticité, où l'influence d'une bonne nourriture augmente la fécondité qui réagit à son tour sur le nombre de ces organes. Soustrait aux coups des intempéries et des disettes semi-périodiques qui déciment ceux de ses congénères qui n'ont pas recherché la cohabitation avec l'homme, à portée d'une nour- riture variée, abondante, permanente, qu'il n'a plus la peine d'aller recueillir au loin, le Rat a vu croître sa fécondité et avec elle le nombre de ses mamelles. Comment cela s'est-il fait? Par la duplication de la dernière paire pectorale. La mamelle ou les deux mamelles supplémen- taires sont les analogues des secondes pectorales du Surmulot; mais au lieu d'être, comme chez la Surmulotte, placées à égale distance des premières et des troisièmes pectorales dans des aréoles propres, elles sont séparées des premières par un inter- valle considérable et naissent dans les mêmes aréoles que les troi- sièmes, et si près de celles-ci qu'elles semblent se confondre avec elles. La queue du Surmulot est plus courte que le reste du corps et compte de 200 à 210 anneaux écailleux. Celle du Rat, plus lon- gue que le corps et la tète, excède d'un tiers celle du Surmulot, et a de 250 à 260 anneaux écailleux. Le nombre des vertèbres caudales varie de 29 à 31 chez le Surmulot. Le Rat en a 37 et quelquefois 38, c'est-à-dire (le (1) Sur près de cinquante femelles. DF-: l' EXISTENCE d'uNE RACE NiHiRI- Clir.Z LE RAT. 219 nombre tlps sacrées comme celui des autres Yertèbres du tronc étant le même dans les deux espèces), G à 9 de plus que le Surmulot. Le squelette du Surnmlot est plus fortement charpenté que celui du Rat. La plupart de ses pièces offrent aux muscles de plus larges points d'attache. L'apophyse supérieure de l'axis dégagée en arrière et médiocrement développée chez le Rat , forme chez le Surmulot une énorme lame osseuse plus que triple, qui surplombe et recouvre presque en entier la vertèbre suivante. Les apophyses transverses des vertèbres lombaires, proportion- nellement aussi longues chez le Rat, sont beaucoup plus étroites. l^a première pièce du sternum est sans crête chez le Rat, et dans ses deux derniers tiers de largeur et d'épaisseur égales; tîindis que chez le Surmulot elle s'amincit en dessous en une crête très-élevée, au point d'être dans la même partie plus de deux fois plus haute que large. Les os qui entrent dans la structure des membres et du bassin sont aussi allongés que leurs analogues chez le Rat, mais plus gros, avec des arêtes plus saillantes, et des apophyses muscu- laires mieux prononcées. L'iliaque et le péroné portent, à la face interne, des crêtes spéciales qui n'existent point chez le Rat. Le tibia, triangulaire dans les deux espèces, est creusé en large gouttière sur deux de ses faces chez le Surmulot, et a ses trois angles aiguisés en hautes arêtes tranchantes. Il est simplement aplati sur les mêmes faces chez le Rat, et a ses angles arrondis. Les pariétaux du Rat, très-larges et très-bombés entre leurs crêtes latérales, vu de profd, forment au-dessus d'elle une bosse proéminente. Ceux du Surmulot, plats, étroits, ne font pas saillie au-dessus de leurs crêtes latérales, qui sont beaucoup plus rap- prochées l'une de l'autre que chez la précédente espèce. Chez le Rat le temporal et le pariétal s'avancent également en avant, et leurs bords antérieurs sont sur une môme ligne et se louchent à leur point de contact. Chez le Surmulot le temporal dépasse de beaucoup la suture frontale du pariétal, et forme en avant de celle-ci un angle sortant très-prouoncé. Le sphénoïde antérieur chez le Rat, presque immédiatement 220 A. DE L'ISLE. en avant de sa partie articulaire, s'étrangle et devient filiforme dans la moitié de sa longueur, au point d'être quatre à cinq fois plus mince que la portion libre du sphénoïde postérieur qui le suit et à laquelle il est soudé. Chez le Surmulot la seconde moitié du sphénoïde antérieur égale en largeur la portion libre du sphé- noïde postérieur qui lui correspond , et avec laquelle elle s'articule. C'est que cet os est, comme le postérieur, dans sa partie libre, pourvu de crêtes latérales, tandis qu'il en est privé chez le Rat. ART. 2 ET 3. Je reproduis ici, sur le développement et la dentition des jeunes Rats, quelques observations que j'ai cru devoir, pour leur longueur, retrancher du récit de mes expériences. Le premier jour les petits sont entièrement nus, à l'exception des moustaches visibles à la loupe. Le dos et le ventre sont éga- lement rouge de chair (plus pâles et plus livides à l'instant de l'accouchement). La queue ne fait que le tiers du corps; les oreilles sont rudimentaires. A cinq jours ils ont doublé de volume. Us n'ont encore, et seu- lement sur les faces supérieures, qu'un très-faible duvet nais- sant. Le dos a bleui des yeux à l'origine de la queue, et le dessus des pattes. Les vibrisses ramenées en arrière ne dépas- sent pas l'œil, La queue est presque de la moitié du corps; les oreilles de la longueur de la fente palpébrale. A dix jours un changement marqué s'est opéré, un pelage ras comme du velours, serré, abondant, d'où se détachent déjà très- visibles les longs poils, garnit tout le dessus du corps. Les faces supérieures sont d'un noir profond, presque aussi intense (jue celui de la Taupe ou du Sorex fodiens. Les faces inférieures, cendré noirâtre ou violacé, sont presque nues, et n'offrent encore qu'un rare duvet. La queue, garnie de petits poils rigides, est sensiblement plus courte que le corps sans la tête. Ses anneaux écailleux bien marqués dans ses deux premiers tiers, sont con- fus encore dans le dernier. Les vibrisses, couchées en arrière, n'atteignent pas l'oreille. Celle-ci, plus allongée qu'à cinq jours mais moins large encore que la main, est épaisse, aplatie, et rejetée en arrière. DE l'existence DUNE RACE xNÈGRE CHEZ LE RAT. 221 U février 1863; les Ratons ont quinze jours. Leurs yeux, ([ui hier encore n'étaient pas ouverts, le sont aujourd'hui ; mais le jour les fatiguent, ils clignotent et les tiennent demi-fermés. Ils sont en dessus, d'un noir profond et chatoyant, qui passe au gris foncé, sur les faces inférieures. Celles-ci, à peu près nues il y a cinq jours, sont maintenant bien garnies de poils. Ces jeunes animaux sont encore un peu lourds; mais s'ils ne courent pas, ils marchent déjà assez vite. 9 février 1863; les Ratons ont vingt jours. Ils ne courent que trop bien maintenant. Voulant les examiner à loisir, j'en avais mis deux sur le tapis de ma table ; mais ils sont partis si preste- ment, qu'ils étaient de l'autre côté de la chambre, avant que j'eusse fait un mouvement pour les retenir, et ce n'est pas sans peine que j'ai pu les réintégrer dans leur cage. Les jeunes Rats, ce n'est pas la première fois que j'en fais la remarcfue, sont plus légers et plus vifs que les adultes. Ils sont bien dégrossis main- tenant, leur tête n'est plus épaisse et informe comme dans les premiers jours. Les oreilles, encore lourdes et massives il y a cinq jours, se sont assez brusquement amincies et développées. Hier elles étaient toutes plissées et chiffonnées, comme l'aile encore humide d'un papillon au sortir de la chrysalide. Seul le développement de la queue, comme celui de la taille, est loin d'être complet. Après vingt jours les progrès de la croissance jusqu'à l'âge adulte sont plus lents et offrent peu d'intérêt. Voici quelle serait, d'après nos observations, l'évolution des dents chez les jeunes Rats. Les incisives, qui à dix jours étaient encore cachées sous la gencive, à treize l'ont percée faiblement aux deux mâchoires. Elles sont blanches et décolorées. A dix-huit jours toutes les molaires sont encore cachées sous la gencive; et cependant aux deux mâchoires, mais surtout à celle d'en bas, les deux premières paires s'accusent déjà nette- ment sous leur enveloppe. La presque totalité des aliments se compose, comme on peut bien le croire, du lait de la mère ; on distingue cependant très- 222 A. DE L'ISLE. bien un faible amas coloré qui contraste avec la blancheur du lait coagulé, et doit être un commencement d'aliments rongés par le petit. A vingt et un jours, aux deux mâchoires la première paire de molaires a percé la gencive. Quatre dents sont ainsi complète- ment sorties. J'ouvre l'estomac : les trois quarts des aliments d'un blanc de crème sont évidemment du lait coagulé, le der- nier quart vert et brun se compose d'autres aliments concassés. Ainsi, grâce à ses quatre molaires à ilu, le petit à cet âge se nourrit de deux manières, et du lait de sa mère, et de ce qu'il trouve au dehors et peut déjà manger. Ses incisives ont jauni extérieurement. A vingt-quatre jours, les deux premières paires de molaires sont au^ deux mâchoires entièrement dégagées de la gencive. Huit molaires sont ainsi à nu et peuvent remplir leur office. Les trois quarts des aliments que renferme l'estomac se composent d'avoine et de patates, le reste de lait. On peut donc dire que les jeunes Rats sont, aux trois quarts sevrés, à vingt-quatre jours. A vingt-sept jours, les petits sont sevrés, l'estomac ne contient plus de lait. Nous avons successivement fait l'autopsie de jeunes Rats de 33, 35, 36 et 39 jours; c'est à /lO jours seulement, que la troisième paire de molaires a percé la gencive aux deux mâchoi- res, et que les douze molaires sont à nu. Sans vouloir comparer ces dents du fond de la bouche, si lentes à paraître, aux dents de sagesse, nous ferons remarquer qu'entre l'évolution des huit premières molaires, qui a lieu rapidement du vingt et un au vingt-quatrième jour, et celles-ci, à quarante, il s'écoule un laps de sei/.e joUrs. A cinquante jours, la membrane de l'hymen est intacte chez les femelles. Les mâles qui à quarante ont les testicules logés assez haut dans la cavité de l'abdomen, les ont à cinquante à demi ressortis et tombés dans le scrotum. OBSERVATIONS SUR DES CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE, Par m. HCSSË. APPENDICE A NOTRE TROISIÈME ARTICLE (1). Les découvertes ultérieures que uous avons faites, depuis la publication de nos observations sur les Crustacés qui vivent dans les ascidies composées, nous ont permis de les compléter par les renseignements suivants : BOTRYLLOPHILE VERT, Nobis. Habitat. — Nous l'avons rencontré dans un Botrylle ressem- blant beaucoup au ConsteUatus, mais d'une couleur intiniment plus pâle et d'un jaune clair sur laquelle se dessinent, en forme de rosace, des palmes brunes, ayant, au milieu, une tache blanche ponctuée de noir et entourée d'une bande d'un rouille vif. Ce Botrylle est remarquable en ce qu'au lieu de se fixer, comme sa congénère, sur les frondes des Fucus vesiculosusetserratus, il s'étale à la manière des Lichens sur les rochers sur lesquels il forme une couche mince et vernissée qu'il est très-difficile de détacher j il faut, pour y réussir, employer la lame d'un couteau et agir avec beaucoup de précaution. C'est entre les deux mem- branes, qui renferment ces ascidies, que l'on trouve ce petit Crustacé. Ses mouvements sont, comme dans les autres espèces excessivement lents et se réduisent à des contractions, ou à des extensions du corps, qui doivent naturellement favoriser sa pro- (1) Voyez le tome l, de 1864, 5« série, juin l8Gà. '2'2li uii;fssE. gression lorsqu'il trouve un point d'appui, mais qui restent sans effet lorsqu'il a été extrait de sou étroite demeure. Les œufs, qui, comme dans l'autre espèce, sont renfermés dans une enveloppe commune, exactement sphérique, sont placés, ainsi que nous lavons dit, au-dessus des deux appendices styliformes, destinés à les protéger, qui se trouvent sur le dos, à l'extrémité inférieure du thorax. Ils sont excessivement caducs et se détachent facilement de l'endroit où ils ne sont du reste fixés que par un étroit pédoncule ; aussi est-il rare de les trou- ver à leur place. Lorsqu'ils sont enlevés de l'endroit qu'ils occupent, on aper- çoit immédiatement au-dessous de l'appendice dorsal styliforme, dont nous avons parlé, l'ouverture très-large de Vovidiicle, laquelle est bordée d'un relief circulaire que entoure l'orifice. Dans cette espèce la couleur des œufs est d'un bleu noir ardoisé, foncé; on aperçoit, autour de la masse qu'ils forment, un limbe blanc et transparent qui provient de l'épaisseur de la capsule qui sert à les contenir; on reman[ue également, au- dessous de la base de l'abdomen, immédiatement après la der- nière paire de pattes thoraciques, une expansion membraneuse transparente, arrondie, relevée au bout dont l'extrémité est dirigée du côté de la tête et est divisée, transversalement, en deux parties à peu près égales. Cette expansion est probable- ment destinée à protéger les œufs en avant, comme ils le sont en arrière par les appendices styliformes dont nous avons parlé. BoTRYLLOPH ILE PALE. — BùtryllophUus palHdus , Nobis. Cette espèce est un peu plus grande que la précédente ; elle ressemble beaucoup, pour la forme et l'aspect général , k celles que nous avons déjà décrites. Vue de profil, sa tête, qui est petite et pointue, forme le som- met du corps qui va toujours en s' élargissant jusqu'à la base du thorax. V abdomen est très-robuste et il est terminé par deux appen- dices armés de trois fortes griffes en crochet. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. ^'25 Les antennes et la première patte-mâchoire sont grêles, la première patte thoraciqiieesi plus petite que les autres, elle est à peu de chose près simple, arrondie, rétractile et armée d'une forte griffe ; on remarque seulement à la base de cette patte une petite expansion courte et arrondie, armée d'épines diver- gentes, très-pointues et assez longues. La deuxième patte est à peu près conformée comme la première, quant à la partie externe, qui est cylindrique, et munie d'une forte griffe, la por- tion interne est rémiforme et arrondie au bout; elle est armée de très-fortes pointes divergentes. Les autres pattes thoraciques sont plus fortes et doubles. L'extérieure est armée de piquants, qui sont au nombre de trois ou de quatre; et l'antérieure est plate, large et arrondie au bout qui est garni de huit forts piquants divergents, dont le deuxième est penné seulement du côté interne. L'appendice styliforme, qui se trouve à la base de l'abdomen, est plus large que dans les autres espèces; il se rétrécit subite- ment, aux trois quarts de sa longueur, pour se terminer en une pointe forte et aiguë, qui est dépourvue de poils, à sa base, comme dans les autres espèces. Le mâle, \e jeune et les œufs nous sont inconnus. Coloration. — Le corps est d'un blanc mat, teinté de bleu ardoisé très -pâle, au milieu; le tube intestinal est brun ferrugi- neux; l'œil est rouge. Habitat. — Trouvé dans un Botrylle, de couleur vermillon, étalé sur la fronde du Fucus serratus. APPENDICE A NOTRE CINQUIEME ARTICLE. PLEUROCRYPTE DE LA GALATÉE SQUAMEUSE , Nobis. Depuis la publication de notre article, concernant le parasite qui vit sur la Ga/a/ée squameuse (1), nous sommes parvenu à (1) Voy. les Annales des sciences naturelles, t. XLU, 5' série, avril 1865, p. 226. 5« série. ZooL. T. IV. (Giiliier n" à.) 3 15 2^6 HE«iSE. nous procurer un exemplaire de ce Crustaeé en meilleur état que celui qui nous a servi pour notre premier travail ; nous avons donc eu la possibilité de vérifier de nouveau nos observations , de redresser quelques erreurs que nous avons commises ; enfin, d'ajouter des détails complémentaires à ceux que nous avons déjà donnés. Voici le résultat de ces nouvelles recherches : C'est à tort que nous avons placé la bouche de ce Crustaeé du côté de la partie plate du thorax, que nous avons considérée comme étant sa surface ventrale, tandis que c'est le contraire. Dans cette espèce, comme dans les Cymothoadiens, auxquels nous l'avons comparée, avec raison, pour la disposition de ses lames incubatoires, la bouche est également tournée du côté du ventre, c'est-à-dire de Venceinte ovifère, de sorte que toutes les raisons qui avaient pu nous faire croire à une exception sont annulées par le résultat du nouvel examen qu'il nous a été per- mis de faire. La tête, vue du côté du dos, offre la forme d'un écusson dont le bord supérieur est arrondi, et la partie inférieure est terminée par une pointe mousse ; en dessus de ce bord supérieur se trouve une membrane, mince, plissée, qui le contourne parallèlement et laisse apercevoir, lorsqu'elle s'abaisse, l'extrémité supérieure des antennes de la première paire. Vue en dessous, c'est-à-dire du côté du ventre, la tête montre d'abord cette membrane plissée du bord supérieur, dont nous venons de parler; un peu plus bas et au milieu, on aperçoit V appareil ôwcca/ entièrement couvert par les pattes-mâchoires qui sont larges, membraneuses, foliacées et operculiformes. La première paire de ces pattes-mâchoires, qui recouvre les autres, est triangulaire; la pointe supérieure est arrondie à son extrémité, et le bord intérieur l'est également, et il est placé de façon à pouvoir recouvrir, en partie, celui qui se trouve à côté de lui; tandis que le bord externe présente, au contraire, une large échancrure dans laquelle vient se loger la première paire de pattes thoraciques. On remarque, en outre, que ses pattes-mâchoires sont munies CRUSTACKS \()ll\EAU\ DKS l'.(Vn;s 1)1, I1{AM;1.. Î'.^J, il'iiii iuliclo basilairt', Uaiisvorsal, oli'uiL etairoiidi, semblable a celui (ju'oii voit dans les fausses pattes abdominales des Cymo- tlioadiens^ et qui sej't, coniuie pour celles-ci, de charnière propi-e à favoriser leur mouvement. La deuxième paire de pattes-inâchoires, qui est recouvei'te par celle que nous venons de décrire, est, comme la précédente, extrêmement mince et foliacée; elle est falciforme, et divisée en deux parties, dont la supérieure est aiguë et bordée intérieure- ment de poils ou de papilles ; et F inférieure est large et ari'oudie à sa base. Ces deux pattes sont beaucoup plus longues et plus étroites que les premières, elles atteignent même le bord frontal et le dépassent de leur sonmiet lorsqu'elles se redressent. C'est sous ces deux paires de pattes-mâchoires que se trouve la tête qui présente d'abord, placées horizontalement, deux paires d'antennes, dont les premières, qui sont plus petites que les secondes, mais conformées de la môme manière, sont cylindri- (jues, ayant trois articles dont le basilaire est le plus grand et le plus gros. Un peu plus bas, et sur la hgue médiane, on apercoil \e système buccal qui a la forme d'un cône très-aigu, pi'ésentaiit deux mâchoires plates, caniculées, denticulées au bout, qui est noir et d'une substance plus dure que le reste. Ces mâchoires, qui ont la forme d'une pince courbe^ dont la pointe est dirigée en avant, semblent pouvoir produire, eu s'appliquant l'une contre l'autre, une sorte de siphon, propre k l'aspiration dont on voit l'orifice ouvert à son extrémité. Nous avons également aperçu, à la base de ce cône et latéralement, d'autres appendices auxiliaires dont nous n'avons pas pu déterminer suffisamment la conformation. Enfin, nous avons constaté que les deux paires de pattes-mâchoires membraneuses et opère uli formes étaient sans cesse agitées d'un mouvement régulier d'abaissement et de sou- lèvement qui a la plus grande analogie avec celui des fausses pattes abdominales des Cymothoadiens. Le bord inférieur de la première paire de pattes-mâchoires membraneuses que nous venons de décrire, est suivi d'un boni - relet transversal étroit, qui précède les premières sijuames for- mant Xenceinte incubatoire. Nous avons t'galenit'iit constaté que les blanchies, i|uoit|ue disposées par paires, ont un pédoncule isolé et conséquenniient ne sont pas conjugées. Elles forment latéralement deux rangées de six chacunes, dont celles de la surface supérieure sont plus lietiles, larges a la base, terminées en pointe aiguë et dirigées verticalement vers Textrémité inférieure du corps, tandis remière description ; Vabdomen, surtout, se distinguait du tho- l'ax par un rétrécissement très-apparent, et par sa forme presque cvlindrique. Nous avons pu le conserver vivant plus d'un mois, sans lui donner de nourriture ; il faisait des efforts pour changer déplace, et s'aidait de l'extrémité de son abdomen qu'il ployait et redressait alternativement dans ce but, comme un ressort qui se détend. Le mâle restait constamment fixé sur l'abdomen de la femelle, se contentant seulement de se placer tantôt en dessus, lantôt en dessous, mais ne sécartant que très-peu de cette partie du corps. Nous avons examiné de nouveau la bouche de celui-ci, et nous avons constaté ({u'elle ressemblait à celle de la femelle, et qu'elle présente aussi ces deux mandibules caniculées dont nous avons parlé ; qu'il existe latéralement une autre paire de pattes qui j)araît terminée par une petite pince; enfin, ([ue l'espace laissé entre les deux branches des mâchoires caniculées, est rempli par un labre inférieur en forme de fer de lance terminé par une pointe très-aiguë. La première patle tlioracique diffère des autres, en ce qu'elle est comprimée latéralement, au lieu d'être arrondie et globu- leuse comme les autres. La griffe qui la termine est aussi plus forte et moins crochue que les autres. Les œufs et les embryons ne nous ont fouini aucune nouvelle observation. Nous n avons rien à ajouter à ce que nous venons de dire, si CRrSTACI-S XniIVKAlîX DF.S C.OTRS DK FRANT.F., 'S'iO CG n'est que nous confirmons tout ce que nous avons lait connaî- tre précédemment en ce qui n'est pas contraire aux rectifications (pie nous avons signalées. Sixiômo arlido. Les observations, dont nous consignons ci-après le résultat, sont destinées à faire suite à celles que nous avons déjà puhliées dans un précédent article (1), qui avait pour objet la description de nouveaux Crustacés, qui, comme ceux dont nous allons nous occuper, vivent dans l'intérieur des ascidies composées. Nous avions d'abord eu l'intention de compléter, avec les espè- ces assez nombreuses que nous avons découvertes dans les asci- dies simples, et qui ne figurent pas dans le savant mémoire de M. Thorell, celles publiées par ce naturaliste; mais nous avons pensé qu'il valait mieux terminer de suite, sauf à y revenir plus tard, la description que nous avons commencée des espèces que l'on rencontre dans les ascidies composées ; nous croyons, d'ail- leurs, qu'elles présenteront plus d'intérêt, attendu qu'il y a de grandes probabilités pour que, à raison de leur extrême petitesse et de la difficulté qu'il y a de les découvrir, elles aient échappé aux investigations des carcinologistes. § 1. — Espèces dont rcxtrémité du corps est terminée par des poinle? aiguës. l" Genre. — ADRANESIUS (2). AtiRANESirs ROrcE. — Afii'finoxins ru/jfir. Nnl)is. Ce Crustacé qui a beaucoup d'analogie, quant à la forme générale du corps, avec notre Ptantipode rouge , près duquel il devra être placé, en diffère cependant jmr plusieurs caractères que nous allons faire ressortir. ;i) Voyez les Annales des sciences. 5« série, t. IH, p. 220. (2) De âiïpavriî, inerte. î230 HKSSR. Il a environ !2 millimètres de longueur, sur un clemi-milli- mètre de largeur; son corjw est cylindrique, et, sauf les deux extrémités, qui sont un peu atténuées, il est d'une grosseur égale dans toute son étendue; sa lête, vue en dessus, est triangulaire, le sommet qui forme le front est plat, arrondi et présente des deux côtés les antennes qui sont grosses, courtes, coniques, com- posées de trois articles terminés par des poils rigides; celles-ci, ainsi que le bord frontal sont reliées ensemble et obéissent aux jiièmes mouvements de contraction et d'extension. . L'ceîV est placé au milieu et en dessus de la tête sur une légère l)rot ul)érance arrondie. Le thorax est divisé en quatre articles, de même dimension, profondément échancrés latéralement, pour faciliter, sans doute, les mouvements, i^e dernier anneau thoi'acique présente, à sa partie moyenne et inférieure, une sorte d'expansion plate, mince, ([ui, en s'éloignant du corps, constitiu) un prolongement dorsal t.'U iovmQ à' auvent qui sert, en abritant les oriticesdesoviductes, à protéger les sacs ovifères. lu abdomen esta peu près de la longueur du thorax, on n'y aper- çoit aucune division transversale annulaire ; son extrémité qui est arrondie est terminée par deux pointes aiguës d'une sub- stance transparente qui paraît très-dure. En dessous, la tête présente à la base et de chaque côté du bord frontal, d'abord les antennes dont nous avons parlé; et, en dessous, la première paire de^ pattes-mâchoires, laquelle est assez forte, large, plate, composée de deux articles d'égale longueur, dont le dernier est terminé par une griffe crochue. On aperçoit aussi, à la base de cette patte et en dedans, un appendice oblong, en forme de callosité Cl). La deuxième pattc-màchoire est également compos»'*e de deux articles dont le dernier présente un prolongement long et cylin- drique, tronqué au bout, et environné, à sa base, d'un petit pro- longement arrondi et de trois griffes aiguës ('2). ,J; Planche G, tis>. 1 P. (2; Planrlif 6, fie. 2 D. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. 231 La troisième patte-mâchoire est formée de deux articles basi- laires, très-larges, dont le deuxième surtout, lorsqu'il esten place, recouvre en partie l'orifice buccal et forme une sorte de labre inférieur : cette patte est, en outre, terminée par une petite tige arrondie, composée de deux articles dont le dernier porte quel- ques poils (1). La bouche est cylindrique et rétractile ; son orifice est circu- laire et garni de petites mâchoires cornées, le labre supérieur est triangulaire ; on aperçoit aussi, des deux côtés, et près de la base, deux autres paires de très-petites pattes-mâchoires dont la forme ne nous est pas bien connue. Les pattes thoraciques, vues de profil, paraissent triangulaires ; elles sont simples, très-fortes et musculeuses, composées de deux articles dont le dernier est terminé par une petite grilTe crochue mais à pointe mousse. Ces pattes sont rétracliles et la peau qui environne l'article basilaire est assez distendue pour que, au besoin, le premier article puisse s'y invaginer (2). Les lubes ovifères partent parallèlement, de chaque côté, du premier anneau thoracique pour descendre presque à l'extré- mité de l'abdomen et se relever ensuite pour atteindre l'orifice des oviductes, qui sont placés, comme nous l'avons dit, à la base et en dessus de l'abdomen, près du bord inférieur du dernier anneau thoracique, dont le bord extérieur en s'avançant les protège. Le tube digestif se rend verticalement et directement de l'ori- fice buccal à celui de l'anus, qui est placé à l'extrémité du corps. Le mâle, le jeune et les œufs, nous sont inconnus. Coloration. — Le corps est rougeâtre, la tête est moins colorée que le reste du corps, elle est blanche ou rose, les tubes ovifères sont couleur pourpre et l'œil est vermillon. Habitat. — Elle habite dans l'intérieur du Polycimium constel- lattim, elle est très-vivace, mais ses mouvements sont extrême- ment lents. Elle se meut sur elle-même, plus que les autres (1) Planche 6, lig. 3 D. '2^ Planche G. fi-, à\). ■232 MESSE. espèces, et c'est peut-être pour cette raison que Fou remarque que les bords inférieurs et latéraux de ses anneaux présentent de grands vides qui facilitent ces contractions ; le corps est aussi plus flasque que dans ses congénères, et nous Tavons vu recour- ber en arrière la partie antérieure du corps, de manière à la mettre en contact, du côté de la surface dorsale, avec l'extrémité inférieure. 2"= Genre. — MYCHOPHILE (1). Mtchophii.e rose (2). — Mychophilus roseus, Nobis. Il a beaucoup de ressemblance avec le précédent, si ce n'est que ses extrémités sont plus petites que son corps et plus renflées au milieu, conséquemment qu'il est fusiforme, et qu'il nepré- sente aucune division apparente constituant des anneaux. Il a un millimètre environ de longueur, sur un demi-milli- mètre de largeur : sa tête est conformée comme celle de l'espèce précédente; elle est triangulaire, pourvue d'un bord frontal, mince et arrondij; les antennes sont également semblables à celles de l'espèce précitée ; Vœil est placé au milieu et en dessus de la f^/e. Le cor/35 paraît tuméfié; le thorax n'est pas séparé d'une manière apparente de l'abdomen, mais cette dernière partie est traversée horizontalement par de nombreux plis, qui, vus de profil, forment, du côté du ventre, des dentelures arrondies (3) qui sont renfermées dans une double enveloppe hyaline dont le corps est recouvert, et qui se fait surtout remarquer à la surface ventrale de l'abdomen , formant un limbe transparent semblable à celui qu'on aperçoit chez les Leméopodiens. L'extrémité de l'abdomen ne présente pas ces vides, que l'on ne voit qu'un peu plus haut, et qui sont, sans doute, dus à la contractibilité du corps et à l'habitude que ces Crustacés ont, à raison du peu d'espace qu'ils ont pour se mouvoir, de se retourner sur eux- (1) De [iuxo'î, lieu secret ; «piXoç, ami. (2) Planche!, fig. 1. (3) Pl.mrlu' 1, fi-. 8. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. 233 mômes; elle est terminée, comme clans l'autre espèce, par deux pointes, transparentes et aiguës d'une substance cornée qui paraît très-solide ; elles sont portées sur un pédoncule assez mince et cylindrique qui a la faculté de se retirer dans le reste du corps, ou qui disparaît par suite de sa tuméfaction, lorsque ce Crustacé, étant extrait de son réduit, ne se trouve plus dans les mêmes conditions ; l'extrémité de l'abdomen devient alors conique, sans aucun rétrécissement, et ses deux pointes sont placées au bout (1). Vue en dessous, htête (-2) présente, au bord frontal, un écus- son en relief qui sert, des deux côtés, de base aux antennes; une nervure part de l'extrémité inférieure de cet écusson, pour aller rejoindre verticalement le tube buccal qui présente à son orifice une lèvre supérieure triangulaire et de chaque côté des mandibules. Cet organe est en outre entouré latéralement de trois paires de pattes -mâchoires (8) dont la première est plate, assez forte et terminée par une griffe; la deuxième par une pointe mousse et un petit appendice arrondi; enfin, la troisième est forte et glo- buleuse : son dernier article, qui se relève du côté do la bouche, présente une pointe mousse et un petit appendice arrondi ; enfin, la troisième est forte et globuleuse : son dernier article, qui se relève du côté de la bouche, présente une pointe courte et arrondie. On aperçoit en dessous de ces dernières pattes, dans l'espace qu'elles laissent libre entre elles, un labre inférieur, lequel est échancré, au milieu, et, au-dessous de celui-ci, une sorte d'écus- son conique dirigé dans le sens opposé de celui qui est attaché au bord frontal, destiné à renforcer ce labre inférieur ; enfin, tout ce système est circonscrit par un bord en relief qui lui sert d'encadrement (4). (1) Planche 6, fig. 8. (2) Planche 6, fig. 6. (3) Planche 6, fig. 5. (4) Planche 6, fig. 6. 236 HEsse. La première paire de pattes tlioraciques (1) est placée immé- diatement à la base de la tête; elle est suivie de trois autres qui sont exactement semblables, et qui sont espacées à une égale distance l'une de l'autre, du côté de la surface inférieure de la région thoracique. Ces pattes, vues de profil, paraissent, comme dans l'autre espèce, triangulaires; elles sont simples, fortes, musculeuses, terminées par une griffe, courte, robuste, à pointe mousse, laquelle se trouve sur le bord d'une petite cavité; combinaison qui peut, peut-être, en leur permettant de se rapprocher, de devenir préhensile, ou qui, dans tous les cas, leur fournit un double point d'appui (2). Ces pattes, à raison de leur nature musculeuse, sont égale- ment extensibles et contractiles, elles peuvent, suivant la néces- sité, rentrer dans l'intérieur, ou sortir de leur base et se loger dans l'épaisseur du corps qui paraît doué d'une certaine com- pressibihté. Il est extrêmement difîicile, à raison de la petitesse de ces Crustacés, de leur épaisseur relative et de la forme cylindrique de leur corps, de les maintenir dans une position stable sur le porte-objet du microscope; le moindre mouvement les fait rouler d'un côté ou de l'autre, et la cambrure de leur corps devient surtout un obstacle pour les fixer sur le dos ou sur le ventre; aussi est-ce à grand peine que l'on peut étudier leur conformation. Le tube digestif et les tubes ovifères sont disposés également de la même manière que dans l'autre espèce ; ces derniers vont éga- lemejit rejoindre l'ouverture des oviducles qui sont placés sur le dos à peu près à la hauteur de la dernière patte thora- cique, à la base de l'abdomen; ces orifices ne sont pas protégés, jomme dans l'espèce précédente, par l'extenseur du bord infé- rieur du dernier anneau thoracique ; elles sont très-courtes et se (1) Planche 6, lig. 1. (2) Platicbe 6, fi^. 7. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. 235 Imrnent à un bourrelet saillant et labriforme, qui, vu de profil, ne présente qu'une petite échancrure (1). Le mâle, \e jeune, les œufs, nous sont inconnus. Coloration. — Le corps est d'un rose vineux, clair, la tête est presque blanche, l'œil et les tubes ovifères sont pourpres. Habitat. — Nous avons trouvé plusieurs individus de ce Crus- tacé dans une espèce d Ascidie cotnposée qui se fixe, par couche de 6 à 7 millimètres d'étendue sur 1 millimètre d'épaisseur, sur la fronde de la Zostère marine {Zostera marina) qui était flétrie et qui, au lieu d'avoir la belle couleur verte qui la caractérise, lorsqu'elle est vivante, était d'un rouge brun (2). Celle de l'asci- die est d'un brun rouge vermillon très-vif, avec des points jaunes très-petits à ses orifices. Ces Crustacés sont très-vivaces, mais, comme nous l'avons dit, extrêmement lents dans leurs mouvements ; ils se tiennent d'ha- bitude très-cambrés eu arrière, sans doute pour évoluer plus fticilement en se reployant sur eux-mêmes. On remarque, en outre, que les fortes griffes, dont sont armées les premières pattes et les pointes aiguës qui terminent l'abdomen, sont de puissants auxiliaires de propulsion. Mykhophile pachygastre. — Mychophilus pru-hygaster, Nobis. Cette espèce est si voisine de celle que nous venons de décrire, que nous n'avons constaté aucune différence dans la disposition et la conformation de ses organes, elle est seulement beaucoup plus petite, n'ayant qu'un millimètre, environ, de longueur; la partie antérieure de son corps est courte et étroite, tandis que la région abdominale est, au contraire, très -développée et se termine brusquement en pointe ; aussi ces différences ne nous eussent pas paru assez importantes pour la faii'e distinguer de l'autre espèce, si son habitat n'eût pas été différent. Nous savons bien que, quelquefois, les mêmes parasites vivent sur différents animaux et sur diverses plantes, mais ces exceptions se présentent (1) Planche 6, fig. 2, 3 et U. (2) Planolio 6, fisf. 4. -<>0 IIESSE. très-rarement, et, généralement, chaque être organisé a son parasite. Ces considérations nous ont engagé à en faire une espèce. Le mâle, \esjeu7ies et les œufs nous sont inconnus. La coloration est la même que celle de l'autre Crustacé. Habilat. — Trouvé dans une Ascidie composée, fixée sur une tige morte de Zostère, sur laquelle elle formait un enduit mince et gélatineux de couleur grise. Extraites de leur commune enve- loppe, le manteau de ces ascidies était de couleur grisâtre, tacheté de petits points blancs. 3' Genre. — NARCODE (1), Narcode macrostome (2). — Narcodes macrosfoma, Nobis. Ce Crustacé a près de 3 millimètres de long sur un demi de large ; son corps ([ui est cylindrique est un peu plus gros du côté de la tête, à partir de laquelle il va en diminuant jusqu'à son extré- mité qui est terminée par deux appendices longs et pointus. Sa tête, qui est relativement assez petite (o), présente, près du bord frontal, des antennes cylindriques, très-courtes, tronquées au bout. Près d'elles se trouve la première patte-màchoire, laquelle est longue, composée de trois articles à peu près de même grandeur, terminés par deux petites griffes aiguës ; au- dessous de celle-ci se trouve la deuxième patte-màchoire, qui est courte et large, armée également d'une griffe plus robuste; enfin, la troisième paire de pattes se compose de trois articles cylindriques et globuleux, très-forts, qui remontent vers l'orifice buccal et se terminent par une petite griffe fixée à l'extrémité du dernier article qui paraît revêtu d'une matière cornée brune et très-dure (/i). (1) De vapy.ûîr,;, engourdi. (2) Planrhe 6, fîg. 1 A. (3) Planche 6. fig. 1 A. f'4) PInnclie f). fi38 IIKSSE. gemeuts latéraux, minces, transparents et divergents, anundis au bout, et destinés à protéger l'orifice des conduits ovifères, ainsi que les sacs qui contiennent les œufs. Vabdomen va en diminuant, de la base à son extrémité infé- rieure, qui estbifurquée et terminée par des pointes arrondies, divergentes et lisérées, dépourvues de poils ou de pointes (1). La tête est de la même grosseur que le corps, elle est petite, très-contractile et très-mobile, ayant le bord frontal légèrement échancré au milieu, donnant attache à des lames plates, en forme d'accolade, qui servent de base et recouvrent les antennes., les- quelles sont courtes, cylindriques, composées de trois ou ({uatre articles de longueur inégale et dépourvues de poiis uu de piquants. Un œil médian est placé sur la tête, près du bord frontal. Vue en dessous (2), on aperçoit d'abord les antennes, dont nous venons de parler, ([ui sortent d'une petite cavité latérale formée, à leur base, par les lames qui accompagnent le bord frontal. La première paire de palles-mâclwires (3) est longue et grêle, formée de trois articles, dont le dernier est terminé par une ou plusieurs griffes (|ui sont rétractiles et peuvent se loger dans une petite cavité. La deuxième paire de pattes-mâchoires est large à sa base, elle est comprimée latéralement et est ternn'née par une griffe assez forte; la troisième patte a la même conformation. En dessous des appendices frontaux et au milieu de la tête, se montre le tube buccal^ qui a une forme ovale et est terminé, à son extrémité inférieure, par un orifice rond, rétractile, en forme de suçoir, et pourvu, latéralement, de petites mâchoires. Les pattes thoraciques ont la même conformation ; elles sont doubles, composées, pour la partie externe, d'un appendice cylindrique, terminé par une forte griife, et pour celle qui est interne, d'une tige plus longue, plus étroite, également pourvue d'une griffé terminale; ces deux pattes peuvent, en outre, se (,1) Planche 7, lig. 2 E, 2 C, 2 11. (2) Planche 7, (ig. 2 B el 2 C. (3) Plancbc 7, lly. 2 D* CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. 239 contracter et rentrer dans une petite cavité qui se trouve à leur base. Entre les lanîes latérales, qui sont de chaque côté de l'abdo- men et cette partie du corps, sont les ouvertures des oviductes (1 ). Les œufs, qui sont assez gros, sont renfermés dans un sac cylin- drique, ovale, fixé à ces ouvertures par leur base ; la longueur de ces poches ovifères égale presque quelquefois celle du corps. Le mâle et V embryon ne nous sont pas connus. Lejeuiie a la tête très-grosse, son corps est cylindrique et va en diminuant vers l'extrémité inférieure ; il se rapproche beaucoup, pour la forme, de l'adulte; la première paire de pattes-màchoires est longue et cylindrique , les autres sont conformées comme chez celui-ci. Les pattes thoraciques sont doubles et formées de deux tiges arrondies dont les extrémités ne présentent ni griffes, ni poils. L'œil est gros et diffus. Coloration. — Le corps de l'adulte est d'un beau jaune d"or, l'œil et une raie médiane (l'intestin) sont d'un rouge vif, les œufs d'un jaune pâle. Le jeune a le corps tout blanc. Le tube intestinal est jaune, tacheté de points rouges, l'œil est aussi de cette couleur. Habitat. — Nous l'avons trouvé dans une Ascidie composée, d'un blanc jaunâtre, tacheté de petits points orangés, formant une couche mince et gélatineuse étendue sur des Fucus et des coquilles (2). Ce Grustacé est extrêmement indolent, ses mouvements sont très-lents et se bornent à contourner latéralement son corps, sans changer presque de position nous avons remarqué aussi qu'il se servait de l'extrémité inférieure de l'abdomen en le iléchissant et l'étendant pour se pousser eu avant (3). Cryptopode vert (4). — Cryptopodm viridis, Nobis. Ce Crustacé est si voisin du précédent que nous ne croyons pas (1) Planche 7, fig. 2 G. (2) Planche 7, fig. 2 I. (3) Planche 7, fig. 2 H. (4) Planche 1, iig. 3 A. 260 UESSE. devoir en faire un genre différent. 11 a un peu plus de 1 milli- mètre de long ; son corps est cylindrique et à peu près d'une grosseur uniforme dans toute son étendue, bien qu'il aille cepen- dant un peu en s'élargissant vers l'extrémité inférieure du tho- rax. Sa tète est petite, plus étroite du haut que du bas ; le bord frontal est carré, il donne attache, de chaque côté, à deux expan- sions minces, arrondies au bout, et creusées au milieu, en forme d'accolade, qui servent de base, et au besoin de retraite, à deux antennes courtes et cylindriques composées de trois articles. Il a un œil en dessus et au milieu de la tête ; il paraît cylin- drique et creux au centre. Les anneaux thoraciques sont peu indiqués, si ce n'est par certains rétrécissements latéraux du corps; ils sont tous, à l'exception du dernier qui est deux fois plus grand que le pre- mier, d'une longueur égale ; celui-ci peut en outre, à raison de la largeur de son bord inférieur, en s' écartant du corps, former une sorte de capsule qui sert à proléger les œufs en se combi- nant avec les expansions de l'abdomen. \j abdomen (1) est coniforme, large à sa base, et terminé, à sa partie inférieure, par une pointe arrondie portant deux expan- sions plates, bifurquées, sans poils, ni épines. On voit également, à la base de cette partie du corps, deux larges expansions mem- braneuses plates, transparentes, s'avançant horizontalement, qui sont destinées à protéger les orifices de l'oviducte et les sacs ovifères. Vu en dessous, la tête (2) présente latéralement les antennes dont nous avons parlé, logées sous les lames frontales, et un peu en dessous les premières paires de paUes-7nâclioires qui sont longues, cylindriques, terminées à leur extrémité par une sorte de petite cavité bordée d'un limbe corné dont la forme peut se modifier, et dans laquelle peut se retirer la griffe qui la termine, et, en appuyant sur ce bord, saisir les objets (3). (1) Planche 7, fig. 3 E. (2) Planche 7, fig. 3 Bel 3 G. (3) Planche 7, fig. 3 G cl 3 F. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔlES DE FRANCE. 241 La deuxième paire de pattes -mâchoires est très-forte ; elle a une base large et carrée, contractile, laquelle est suivie d'un article cylindrique contourné en crochet, et terminé par une forte griffe qui peut, en se contractant, se loger dans un petit godet, formé par l'élargissement de la peau, et placé à la base de cette griffe. La troisième paire de pattes -mâchoires est conformée de la même manière. Les pattes thoraciques (1) sont simples; elles sont fixées à chaque anneau de cette partie du corps, et se ressemblent toutes; elles se composent d'un premier article cylindrique assez fort, suivi d'un autre plus long et moins gros, lequel est terminé par une griffe crochue. Ces pattes présentent à la base une petite cavité ovale, environnée d'un bord saillant qui en consolide l'ensemble, et dans laquelle elles peuvent, en se contractant, se loger (2) . Le tube intestinal est gros, et se rend directement de l'orifice buccal à l'anal ; les œufs, avant la ponte, sont placés parallèle- ment de chaque côté. Le mâle, l'embryon etleyeimede ce Crustacé nous sont in- connus. Coloration. — Son corps est d'un vert pâle, l'œil est rouge, les tubes ovifères sont noirs et l'intestinal jaune. Les appendices frontaux thoraciques et abdominaux sont blancs et transpa- rents. Habitat. — Nous avons trouvé ce Crustacé dans une Ascidie composée (3), bursiforme, plate, gélatineuse, d'une couleur verte, présentant, à la loupe, des points jaunes et noirs qui, vus au microscope, sont formés parles Ascidies renfermées dans l'en- veloppe commune. Ses mouvements sont très-lents, et comme il a le corps relativement très-épais, il est très- difficile de bien apercevoir la conformation de ses organes ; l'Ascidie dans la- quelle nous l'avons découvert était fixée sur les valves du Pecten maximus. (1) Phxiu'lic 7, Rg. 3 D. (2) Planche?, fig. 3B et 3 D. (3) Planche 7, lig. 3 H. 5' série. Zool. T. IV. (Cahier ii'' 1.) * 16 2/|2 HESSE. 5« Genre. — BIOGRYPTE (1). Biocrypte rose (2). — Bioeryptus roseus, Nobis. Ce Crustacé n'a pas plus d'un millimètre à un millimètre et demi de longueur sur un demi-millimètre de largeur. Son corps est cylindrique, d'une largeur à jieu près égale dans toute son étendue; il paraît tuméfié, de manière à laisser nulles ou très- incertaines les divisions des anneaux tlioraciques et la séparation de cette partie du corps avec Y abdomen. La tête est relativement très-grosse ; elle est un peu plus étroite au sommet qu'à la base, qui est arrondie. Elle est pourvue d'un œil médian. On aperçoit latéralement et au-dessous du bord inférieur du dernier anneau thoracique deux expansions plates, creuses en dedans, bombées en dehors, dont l'extrémité atteint presque celle de l'abdomen, destinées à protéger les orifices des conduits ovifères, et à garantir en même temps les sacs qui contiennent les œufs. Ceux-ci sont relativement assez gros et entassés dans une enveloppe collective, où nous en avons compté de huit à dix de chaque côté. L'abdomen ne présente aucune division transversale ; il est peu développé, et va en diminuant de la base au sommet qui est tronqué, se relève du côté du dos, et se termine par deux lames, ovales et plates, dépourvues de poils ou de piquants (3). La tête (û), vue en dessous, présente de chaque côté du bord frontal une paire de petites antennes très-courtes, cylindriques, tronquées au bout, et formées de trois à quatre articles ; plus bas apparaît la première paire de pattes-mâchoires qui est très-plate, très-large, spatuliforme, et terminée par plusieurs poils ou petites pointes aiguës ; en dessous de celle-ci se trouve la deuxième (1) De Pto'c, vie; xpuwToç, caché. (2) Planche 6, fig. 1 B. (3) Planche 6, fig. 8 et 9 B. (i) Planche 6, fig. 2 B et i B. CRISTACKS NOUVEAUX DES COTES DE iUANCE. 2/|0 paire (1) qui est assez forte, et terminée par une griRp cmchtie ; enfin la troisième patte-mâchoire est plus grosse que les autres ; elle est globuleuse, et terminée par une petite griffe courte et arrondie au bout. -. La bouche est cylindrique ; l'ouverture en est large et arron- die ; elle est entourée d'un bord corné qui en consolide l'orifice. Lea pattes thoraciques (2) sont doubles; elles sont au nombre de quatre paires, disposées de chaque côté du corps, à égale distance Tune de l'autre. La patte externe est triangulaire, large et charnue, terminée par une petite griffe robuste et à pointe mousse. La patte interne est longue, cylindrique, terminée par trois pointes longues et aiguës. V embryon (3) ressemble à tous ceux des Crustacés parasites ; sa forme est ovale, et il est pourvu de chaque côté de trois paires de pattes natatoires, dont les deux dernières sont biramées; l'extrémité de l'abdomen est tronquée. Le ieune {h) a le corps allongé et d'une largeur égale dans toute son étendue. La tête est de la même dimension, et arrondie au bord frontal. Les antennes sont courtes et composées de trois articles. Il a un œil qui est médian. Les anneaux thoraciques^ au nombre de quatre, sont bien distincts et d'égale grandeur. Labdomen est un peu plus grand qu'un de ces anneaux ; il est arrondi au bout inférieur, et terminé par deux lames plates , ovales, comme dans l'adulte ; il est également muni, comme lui, de deux expansions membraneuses ovitectrices. Les pattes thoraciques sont doubles. Le mâle nous est inconnu. Coloration. — La femelle est d'un rose vineux assez foncé; l'œil est rouge; les œufs sont d'un rouge ponceau très-vif lors- qu'ils sont franchement pondus ; ils deviennent plus pâles à mesure que l'incubation avance. (1) Planche 6, fig. 5 B. (2) Planche 6, fig. 3 B. (3) Planche 6, fig. 7, B. (3) Planche 6, fig. 6 B. Lemljryoïi est bhiiic avec l'œil luuge , et une Ijaiide de la même couleur au milieu de l'abdomen est jaune. Lg jeune est d'une couleur rose ou jaune. Habitat. — 11 vit renfermé dans l'intérieur d'une Ascidie sociale qui se iixe sur la fronde de la Zostère marine, Zostera marina vivante (1), et sur laquelle elle forme nue couche mince et mucilagineuse d'un jaune vif, ponctué de très-petites taches rouges. Il pénètre dans la tunique môme de cette Ascidie, dans laquelle, à raison de son extrême petitesse, il est extrêmement difficile de l'apercevoir et de l'extraire ; ce n'est que la couleur rouge très-vive des œufs, qui tranche sur le jaune de l'Ascidie, qui le signale à l'attention. Ce Crustacé est, comme tous ceux qui vivent dans lesmô mes conditions, extrêmement apathique ; les mouvements sont très- lents ; il a habituellement le corps courbé en arrière. Cette espèce surtout et les suivantes ont beaucoup d'analogie avec celle décrite par M. Van Beneden sous le nom d'Iniercola fulgens (^Extrait des Bulletins de l'Académie de Belgique, '2" série, t. IX, n° 2) ; aussi avons-nous hésité à la séparer de celle publiée par notre savant collaborateur. Nous trouvons cependant des différences assez notables dans la forme pour penser que ce n'est pas la même espèce ; l'habitat n'est pas non plus le même. Biocrypte jaiwe (2). — Biocryptus flavus, Nobis. Ce Crustacé a environ un milUmètre de longueur sur un demi- millimètre de large ; son corps est gros, trapu, à peu près de la même dimension dans toute son étendue. Sa tête est de moyenne grosseur ; elle est un peu plus étroite à son sommet qu'à sa base ; elle est pourvue d'un cei/ médian. La division des anneaux du thorax est faiblement indiquée; ils sont d'une égale grandeur; leur bord inférieur est libre, et s'écarte de manière à permettre à l'inférieur de s'imbriquer (1) Planche 6, fig. 10 B. (2) Planche 6, fig. { G, CRUSTACI=:S NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. "2^5 dans le supérieur, el de cette façon à faciliter le raccourcisse- ment du corps dans le sens de la longueur. Cette disposition se manifeste surtout à l'égard de la première division de l'abdo- men, dont le bord inférieur, en s'évasant considérablement, forme une vaste capsule qui fait le tour du corps (1), destinée à loger la base des sacs ovifères, et à les protéger contre les frotte- ments extérieurs. Ceux-ci sont gros et courts, relevés en croissant du côté de la tête, mais ayant leur extrémité divergente, et tournée en dehors lorsqu'on les voit de face. La partie inférieure de l'abdomen va en diminuant de dimen - sion en allant vers l'extrémité qui est tronquée au bout, et est terminée par deux petites lames ovales, plates, sans poils, ni piquants. En dessous (2), la tête ne présente pas cVanletmes, ou du moins elles sont si petites, qu'elles ont échappé à nos investigations. ^ La première paire de pattes-mâchoires {^} est très-longue, bi- articulée, large et plate à son extrémité, laquelle est arrondie, et terminée par des poils ; la deuxième est assez forte, et terminée par deux pointes mousses ; enfin la troisième, qui est la plus forte et qui est grosse et globuleuse, est terminée par un article qui remonte vers l'orifice buccal, lequel est pourvu d'une petite griffe courte et à extrémité arrondie. L'orifice buccal {(i) est placé à l'extrémité d'un tube probosci- diforme, gros et rétractile, large, à sa partie supérieure, un peu étranglé au milieu, et s' élargissant à son extrémité inférieure, laquelle est pourvue de mandibules cornées, qui sont complétées latéralement par d'autres qui sont plates et denticulées (5). Les pattes thoraciques (G) sont doubles et toutes conformées de la môme manière. Les extérieures sont larges, plates, terminées (1) Planche 6, fig. 2 G. (2) Planche 6, fig. 5 G. (3) Planche 6, fig. 4 G. (4) Planche 6, fig. 4 et 5 G. (5) Planche 6, fig. 6 G. f6) Planche 6, fig. 8 et 9 G .. 2/i6 HESSE. par un ongle court à pointe obtuse. Les externes sont plus longues que les premières; elles sont cylindriques, et terminées par trois petites griffes courtes, mais très-aiguës. La dernière de ces pattes est en outre hérissée de pointes aiguës. Le jeune est gros et court ; il a la môme forme que la femelle adulte; seulement il est dépourvu de la capsule ovitectrice de celle-ci, et son abdomen est plus pointu et moins volumineux. Vœil est aussi proportionnellement beaucoup plus gros. Les œufs sont relativement extrêmement gros, et les tubes ovifères n'en contiennent chacun que cinq ou six. Ils sont ren- fermés, outre leur enveloppe particulière, dans un sac commun. L'embryon (1) ressemble à celui des Crustacés parasites ; il est pourvu de trois paires de pattes dont les deux dernières sont biramées. Le mâle i ?) ou peut-être le jeune (2) a la forme d'un monocle. Son bouclier céphalique est large et arrondi, et suivi de quatre anneaux thoraciques d'une égale hauteur, mais allant en dimi- nuant de largeur en s'avancant vers l'extrémité inférieure. Ij abdotnen ne présente que deux articles dont le dernier est conique, et est terminé par deux petits appendices plats et lamel- leux, pointus et échancrés intérieurement. L'œi/ est double ; il est placé, comme d'habitude, au milieu et non loin du bord frontal. Coloration. — La femelle varie, suivant le degré d'incubation des œufs, du rose au jaune pâle, lorsque les œufs n'ont pas été pondus, et se trouvent sur deux lignes parallèles de chaque côté du tube intestinal; leur couleur rouge, très-vive, influe sur celle de ce Grustacé, mais il est jaune dans le cas contraire. L'œil et les œufs sont d'une belle couleur pourpre. Il en est de môme de l'embryon ; le jeune, ou le mâle, est jaune pâle ; l'œil est rouge, ainsi que la ligne médiane qui parcourt verticalement le corps de haut en bas. Habitat. — Ce Crustacé vit dans l'intérieur d'une Ascidie (1) Plancho 6, fig. 7 G. (2) Planche 6, fij. 3C. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. 247 composée que l'on trouve fixée sur la fronde du Cystoseira fîbrosa (1) qu'elle enveloppe, comme le font les œufs du Bombyx neustria ou annularis , qui forment des anneaux autour des branches des arbres fruitiers. C'est dans ces Ascidies sociales, qui sont d'une couleur blanche, veinée d'un bleu noirâtre, à enve- loppe vernissée, cartilagineuse et très-résistante, qu'on les trouve blottis dans une si petite cavité, qu'ils sont obhgés de se con- tracter ou de se replier sur eux-mêmes pour pouvoir s'y loger ; l'enveloppe supérieure est beaucoup plus dure que l'inférieure , aussi est-ce de ce côté qu'il faut chercher ces Crustacés, et pour détacher cette Ascidie de la fronde, il faut inciser verticalement l'anneau qu'elle a formée autour de ce Fucus. 6" Genre. — HYPNODE (2). Hypnode jaune (3). — Hypnodes flavus, Nobis. Ce Crustacé a un miUimètre de long sur un demi-millimètre de large. Son corps est à peu près de la môme grosseur dans toute son étendue; l'extrémité supérieure de la tête et l'inférieure de l'abdomen sont seules un peu plus étroites que le reste. Les anneaux du thorax sont disposés de manière à pouvoir favoriser la contraction du corps en s'imbriquant les uns dans les autres. L'abdomen est formé de trois anneaux qui vont en diminuant de circonférence, en s'avancant vers l'extrémité inférieure, la- quelle est tronquée au bout, et présente deux appendices ovales et plats, sans poils ni pointes (à). Le bord inférieur du premier anneau abdominal est élargi, de manière à former une sorte de capsule qui sert à recevoir la base des tubes ovifères. Ceux-ci sont presque du diamètre du corps et de sa longueur; ils sont courbes en dedans en forme d'accolade, et ne contiennent chacun que cinq à six œufs qui (1) Planche 6, fig. 10 G. (2) De uTrv&xy»);, endormi. (3) Planche 7,%. 1. (!i) Planche 7, fig'. 8. 2/i8 BESSE. sont très-gros, et renfermés dans une enveloppe particulière et commune. Vue en dessous, la lête (1) présente de chaque côté de son bord frontal, lequel est arrondi et entouré d'un liséré en relief, une paire d'antennes ("2} plates, creuses, arrondies au bout. La première paire de pattes-mâchoires (3) est assez forte : elle est composée de deux articles, et terminée par trois ou quatre griffes pointues. La deuxième en a trois, et la troisième, qui est un peu plus forte que les précédentes, est bifurquée, mais terminée par des bouts arrondis. L'orifice buccal (6) est placé à l'extrémité d'un tubeprobosci- diforme qui occupe le centre de la tête, et qui est entouré à son ouverture d'un bord corné, de chaque côté duquel on aperçoit de petites mandibules et deux appendices plats et arrondis ter- minés par des poils. Tout le bouclier céphalique est environné d'un bord en relief qui en circonscrit la limite, et est échancré inférieurement en accolade. Les pattes thoraciques (5) sont au nombre de quatre, doubles et semblables. La patte extérieure est triangulaire, plus étroite que dans les autres espèces, et terminée par une petite griffe à pointe mousse. La partie interne est plus longue et plus grêle ; elle est armée de deux grandes pointes aiguës en forme de fourche. Le tube intestinal est gros ; il occupe le centre du corps ; les œufs sont placés de chaque côté sur deux lignes parallèles, jus- qu'à leur expulsion dans les tubes ovifères. Le mâle nous est inconnu, ou du moins nous nous abstenons de le décrire, attendu que nous craignons de le confondre avec la femelle non adulte. L'embryon ressemble, comme ceux des autres espèces dont nous venons de parler, aux jeunes Caligiens. Le jeune, ou peut-être le mâle, a à peu près le tiers de la lon- (1) Planche 7, fig. 2. (2) Plauche 7, fig. 4. (3) Planche 7, fig. 5. (4) Planche 7, fig. 2 et 3. (5) Planche 7, fig. 6 et 7. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. 2^9 gueur de la femelle. Le bouclier céphalique est large et arrondi au bord frontal ; son corps va en diminuant graduellement jus- qu'à son extrémité inférieure, laquelle se termine par une pointe arrondie. Les anneaux du thorax sont bien délimités, mais nous n'avons pu examiner suffisamment la conformation des divers organes. La tète est blanche avec un œil rouge médian, et le corps est d'un jaune d'or très-vif. Coloration. — Varie du jaune d'or foncé au rouge pourpre vif. Les œufs, ainsi que l'œil, sont de cette dernière couleur. Habitat. — Ce Crustacé vit dans une Ascidie composée^ qui, comme la précédente, s'attache à la fronde du Cystoseira fibrosa (1), sur laquelle il forme de petites nodosités blanches ressemblant à celles produites par la sécrétion des Cercopes, si ce n'est que celles-ci, au lieu d'être spumeuses, sont au contraire très-coriaces, et qu'il faut les inciser pour les enlever de la tige sur laquelle elles sont fixées. Extrait de son enveloppe commune, l'Ascidie qui contient ce Crustacé est extrêmement petite, et c'est avec peine qu'on l'aper- çoit dans la partie inférieure de la tunique qui l'enveloppe, d'où il est aussi difficile de l'extraire que de la découvrir ('2). § 3. — Espèces dont rextrémité du corps est terminée par des lames plates convergentes. 7" Genre. — LYGÉPHILE (3), Lygéphile violet (4). — Lygephile violaceus, Nobis, Il a tout au plus 1 millimètre de long ; sa tête est cordiforme, et présente un œil médian ; elle est séparée du corps par un étranglement assez prononcé en forme de cône. Le thorax est divisé en quatre anneaux, tous d'égale gran- (1) Planche 6, fig. 9. (2) Planche 7, fig, 10. (3) De Xûp, ténèbre ; çîXoç, ami. (4) Planche 1, fig-. 1 A. 250 HESSE. deur, arrondis aux bords externes. Vabdomen, qui va en dimi- nuant de la base au sommet, est court, gros et cylindrique ; i. paraît formé de quatre à cinq anneaux contractiles, terminés par deux expansions arrondies, échancrées au milieu, se tou- chant à leur extrémité, et disposés comme ceux que Ton voit chez les Caligiens (1). Le thorax (2) présente à sa base, et latéralement, deux expan- sions larges, minces, bombées en dessus, creuses en dessous, destinées à protéger les sacs ovifères. En dessous, la tète (3) offre de chaque côté du bord fi'ontal, qui est arrondi, une paire cV antennes cylindriques allant en dimi- nuant de la base au sommet, divisées en trois articles, dont Te pre- mier, à la base, est strié de raies transversales. Celui du milieu, le plus long, et le dernier en forme d'olive, ne présente ni piquants, ni poils {l\). La première patte-mâchoire (5) est biarticulée ; elle est longue, plate, arrondie au bout, et terminée par plusieurs piquants ou griffes. La deuxième paire de pattes ressemble à la première. La troisième est bifurquée, en forme de pince, mais les bouts sont arrondis et la partie supérieure est plus courte que l'infé- rieure; elle est formée de trois articles dont l'inférieur porte, à la base, une forte épine. La première patte-mâchoire qui est large et operculiforme se rabat sur la deuxième et, en se réunis- sant à la troisième, cachent, lorsqu'elles sont en repos, cette deuxième patte ainsi que l'extrémité du tuhe buccal. Celui-ci (6) ressemble beaucoup, pour la forme, à ceux des caligiens. Au-dessous du front et à la base des antennes, on voit une protubérance en forme d'écusson, au haut de laquelle on aperçoit, par transparence, Vœil placé sur la surface de la tête, et (1) Planche 7, fig. 1 D. (2) Planche 7, fig. 1 D. (3) Planche 7, fig. 1 D. (4) Planche 7, fig. 1 C. (5) Planche 7, fig. 1 E. (6) Planche 7, fig'. 1 C. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. 251 k l'extrémité inférieure de cetécussoii, des mandibules internes, destinées à compléter l'action des premières mâchoires. Ces man- dibules internes sont douées d'une grande activité et on les voit s'écarter et se rapprocher incessamment l'une de l'autre. V orifice buccal est entouré d'un bord corné des deux côtés desquels sont des mandibules ayant un mouvement également très-actif. Toute la face inférieure du bouclier céphalique est environnée d'un bord saillant, formant relief, présentant, à la base, une échancrure dont la pointe est dirigée en haut. Les pattes thoraciqiies , au nombre de quatre paires, sont doubles et exactement conformées de la même manière (1). Celle qui est externe est courte et terminée par deux appendices arrondis pourvus chacun de deux fortes griffes. La patte interne se trouve attachée à celle-ci près de son extrémité inférieure ; elle est composée d'une lame plate, ovale, portant au bout deux longues pointes très-aiguës courbées en dedans, en forme de fourche. Le tube intestinal est très-large et se rend directement, de l'orifice buccal à l'anal ; on aperçoit de chaque côté, sur deux lignes parallèles, les œufs qui ne sont pas encore assez développés pour être chassés du corps dans les sacs ovifères. Les œufs, les embryons, le mâle, nous sont inconnus. Coloration. — Tout le corps est d'un rose vineux, l'œil est rouge, le tube intestinal est jaune et les œufs contenus dans le corps sont d'une couleur rouille tirant sur le rouge. Habitat. — Trouvé dans une Ascidie composée fixée sur les valves d'un Pecten opercularis (2), laquelle est corticale, épaisse, membraneuse, d'une couleur brune, très-foncée, couverte d'as- pérités rondes et comme pustuleuses. Ce Crustacé, qui est extrê- mement petit, est très-lent dans ses mouvements ; mais il est très-vivace; on voit, très-facilement, dans l'acte de la mastication opéré par les mandibules qui sont placées à l'orifice de la bouche, les deux pattes-mâchoires de la troisième paire, qui sont à la (1) Planche 2, fig. 1 F. C2) Planche 8, fig. 1 G. 2o!2 UEssE. base de la tête, et qui se rapprochent entre elles, pour faciliter et concourir à celte opération. BIOLOGIE. D'après ce que nous venons de dire, on voit que les Crustacés, dont nous avons donné la description, ayant tous la même ma- nière de vivre, doivent, conséquemment, avoir aussi, comme du reste cela existe effectivement, une grande analogie dans leur conformation et dans celle de leurs organes. Encore plus étroite- ment renfermés, dans leur demeure, que ne le sont les espèces qui habitent les Ascidies simples , les Crustacés qui vivent dans les Ascidies sociales sont parfois si comprimés entre les parois delà cavité branchiale de leur hôte, que cette enveloppe semble, en quelque sorte, moulée sur leur corps (1) et les ensei'rer, comme s'ils étaient renfermés dans un kyste; aussi seraient-ils condamnés à une immobilité presque complète, si les tissus entre lesquels ils doivent circuler n'étaient abondamment lubrifiés par une sécrétion mucilagiueuse qu'exsudent ces Timiciers, et si l'extrême élasticité de la carapace et l'évasement considé- rable du bord inférieur des anneaux, qui divisent le corps de ces Crustacés ne leur donnaient la facilité de se courber sur eux- mêmes, et de tourner comme sur un axe; et enfin, si les efforts qu'ils ont le moyen de faire, à l'aide des épines et des griffes dont leurs pattes sont pourvues, ne leur procuraient des moyens efficaces de propulsion, en leur permettant de vaincre les obstacles qui s'opposaient à leur circulation. M. Thorell, dont nous avons déjà mentionné, avec l'éloge qu'il mérite, le remarquable travail, paraît croire que ces Crus- tacés, qui habitent les Ascidies, se contentent d'y chercher un refuge sans vivre aux dépens de celles-ci (1). Nous n'osons pas nous prononcer d'une manière catégorique à cet égard, nous remarquerons toutefois que la conformation de leur bouche, qui (1) Planche 8, fig. 10. (2) Animalia aut intra saccum respiratiouis AscicUarum shnplicium, aut inter lamcl- la-; ejus liospitantin, non veve parasitantia. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. 25?» est cylindrique, les rapproche cGiisidérablement de celle des Crustacés suceurs et qu'il s'en trouve même, parmi ceux qui vivent dans ces conditions, qui appartiennent évidemment à l'ordre des Siphonostomiens (1); nous savons aussi que par suite du courant artificiel qui se produit par l'introduction et l'expulsion alternative de l'eau qui entre et sort par les deux ori- fices des Ascidies certains Crustacés ravisseurs profitent de cette circonstance pour saisir leur proie au passage ; de sorte que dans ce milieu qui peut être également favorable à des individus d'une conformation mixte, il n'y a rien d'impossible à ce qu'ils puissent bénéficier des avantages que présente cette double situation ; on peut en outre remarquer également que si leurs pattes-mâchoires et leurs mandibules paraissent propres à la trituration des objets masticables, la conformation tubiforme de leur bouche semble se prêter aussi à l'absorption des substances liquides, par la succion . SYSTÉMATISATION. En attendant qu'on puisse leur assigner, dans la classification générale des Crustacés, la place qui leur sera définitivement attribuée, nous avons cru, pour ceux dont nous nous occupons, devoir faire ressortir, dans le tableau synoptique que nous don- nons ci-après, les différents caractères sur lesquels nous nous sommes appuyé pour établir les divisions que nous avons adoptées. Nous remarquons d'abord que les uns ont les pattes thora- ciques simples et que les autres les ont doubles ; celte observation nous a conduit à faire ces deux séparations principales; nous voyons ensuite que dans ceux qui ont les pattes thoraciques simples il y en a qui les ont plates et onguiculées, et d'autres qui les ont inermes et cylindriques; dans ceux-ci les uns ont les antennes courtes et arrondies, les autres les ont longues et plates ; enfin, les appendices ovitecteurs sont chez les uns d'wne seule pièce, tandis qu'ils sont cupuliforme et nuls chez les autres. (1) Hotdiamenl les Notodelphysy les Liuhomol'jgues, les Ergusiles et les l)i/.^jJO)i(ins. 25/l HESSE. Dans les Crustacés qui ont les pattes thoraciques doubles, les uns ont les antennes nulles; les autres les ont larges et plates et ceux-ci cylindriques ; les individus qui n'ont pas d'antennes ont les appendices ovitecteurs d\ine seule pièce dorsale et ciipuli forme; tandis que chez ceux qui ont des antennes larges et plates et ceux qui les ont longues et cylindriques , ces appendices sont plats, doubles et latéraux. Enfin, on peut ajouter à ces caractères distinctifs ceux qui résultent de la terminaison de leurs corps et que nous définis- sons comme suit : Extrémité de l'abdomen terminé par : \ 3. Naucode. , ,. , \ II. BlOCRYriE. „ „ , , ^ 4 divergentes \ ^ „ B. Des lames plates l " ) 5. Hypnoue. (.convergentes.... 6. LyGÉriiii.K. G. Un prolongement plat, épaté, à pointes réunies mais divergentes. 7. Crypïoi'ODE. Tableau synoptique des espèces décrites dans ce mémoire. l'.ENUEP. f ( onguiculées et plates. /d'une seule pièce cupu- AntenncscourtesetJ litornie et dorsale. .. . Adranesius. arrondies. Append. j . ( Mycuoi'iule. [simples^ ovlcteurs. V ' ° | Nabcode. ' platesellongues.Appen- Pattes I f inermes et cylindri-l dices ovitecteurs liilo- ques. Antennes. . . J bcs, plats et latéraux. . Gbyptopooe. nulles. Appendices ovi- tecteurs entiers, dor- saux et cnpulil'ormcs. Biockvpte. dovibles. Antennes longues et cylindriques. Appendices ( Hvpxqde. ovitecteurs doubles, plats et latéraux. ( Lygkphile. Voici maintenant la caractérisation de nos genres : 1" Genre. — ADRANESIUS. Tête petite, triangulaire, pourvue de petites antennes courtes et tronquées. — OEil médian. — Corps cylindrique, atténué à ses deux extrémités. — Anneaux thoraciques distincts, au nombre de quatre, évasés à leur base, et pouvant s'invaginer. — Abdomen, d'une longueur presque égale à celle du corps et terminé par deux pointes aiguës. — Bouche cyUndrique. — CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. 255 Pattes thoraciques simples, à demi rétractiles, pourvues d'uu ongle court. 2^ Genre. — MYCHOPHILE. Tête petite, triangulaire, pourvue de deux petites antennes courtes et tronquées. — Œil médian. — Corps cylindrique comme tuméfié, atténué à ses extrémités, ne laissant apercevoir aucune division thoracique ou autre. — Abdomen beaucoup plus long que le reste du corps, et terminé par deux petites pointes aiguës. — Bouche cylindrique. — Pattes thoraciques, simples et plates, pourvues d'un petit ongle à pointe mousse. 3« Genre. — NARCODE. Tête, assez grosse, pourvue de deux petites antennes courtes et tronquées. — OEil médian. — Corps allongé, cylindrique, plus large du haut que du bas, qui finit en pointe. — Anneaux thoraciques très-distincts . — Abdomen , relativement petit , conique, terminé par de longues pointes aiguës. — Bouche cylindrique entourée de mâchoires robustes pourvues de renforts cornés. — Pattes thoraciques, longues, grêles, cyhndriques, arrondies au bout, et inermes. W Genre. — GRYPTOPODE. Tête petite, triangulaire, pourvue d'une paire d'antennes plates ou rondes, assez grandes, accompagnées à leurs bases d'uu pro- longement plat. — OEil médian. — Corps long et cylindrique d'une égale largeur. — Anneaux thoraciques au nombre de quatre, distincts, le dernier le double plus grand que les autres, et pourvu latéralement d'une expansion plate à sommet arrondi. — Abdomen étroit, conique et cyhndrique, divisé, ou non, en quatre anneaux, dont le dernier est épaté et bifurqué. — Bouche cylindrique. — Pattes thoraciques simples, les trois dernières rétractiles, pouvant se loger à la base dans une sorte de cupule. — Tubes ovifères, pédoncules^ piriformes, quelquefois aussi long que le corps. 256 HESSE. 5^ Genre. — BIOCRYPTE. Tête grosse, arrondie. — Antennes nulles ou rudimentaires. — OEil médian. — Corps gros, court et cylindrique, d'une dimension égale dans toute sa longueur. — Divisions thoraciques incertaines, bord inférieur du dernier anneau se prolongeant pour former une cupule destinée à protéger la base des tubes ovifères. — Abdomen de la même largeur que le corps se termi- nant brusquement, muni de deux petites lames ovales, plates, inermes. — Bouche cylindrique , entourée de fortes pattes- màchoires; la première, longue, large et plate, spatuliforme. — Pattes thoraciques doubles ; l'externe large, triangulaire, ter- minée par une petite griffe; l'interne cylindrique, longue, héris- sée ou non de pointes. — Tubes ovifères, presque aussi gros que le corps, courts et arqués. — OEufs très-gros. 6' Genre. — HYPNODE. Tête grosse, triangulaire, pourvue d'une paire d'antennes larges et plates, assez grandes. — Œil médian. — Corps cylin- drique gros et court, divisé en anneaux distincts d'égale lon- gueur, pouvant s'invaginer. — Abdomen plus étroit que celui-ci, conique, arrondi au bout, pourvu de chaque côté d'appendices plats et larges, destinés à protéger les tubes ovifères, et terminés par deux petites lames plates, ovales, sans piquants ni poils. — Bouche cylindrique. — Pattes thoraciques doubles : l'externe plate, pourvue d'une griffe; l'interne plus longue, plate, aussi munie de deux longues griffes fourchues. — Tubes ovifères aussi gros et presque aussi longs que le corps ; œufs gros et peu nom- breux. V Genre. — LYGÉPHILE. Tête triangulaire, grosse; bord frontal saillant, arrondi, ser- vant de base à une paire d'antennes longues, cylindriques, divi- sées en plusieurs anneaux. — OEil médian. — Corps long, hémi- sphéri([ue, partagé en anneaux peu distincts ; le dernier pourvu CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. "257 de deux lames latérales, plates, divergentes, destinées à protéger les œufs. — Abdomen court, cylindrique, divisé en plusieurs anneaux, et termine par une extrémité arrondie, bifurquée, échancrée au milieu. — Bouche cylindrique. — Pattes thora- ciques doubles : l'extérieure large, plate, triangulaire, munie d'une griffe; Tintérieure, plus longue, plate, année de deux longues griffes fourchues. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 6. Fig'. 1. M;/chophi/e rose, vu de profil, aniplilié d'environ 100 Tois. Fig. 2 et 3, Pattes thoraciques^ très-grossics, vues de profil. Flg. à. Pattes tlioraciques, vues de face et en dessous. Fig. 5. Antenne et pattes-mâchoires, très-grossies, vues de profil. Fig. G. Tète \ue de face, en dessous. Fig. 7. Portion de zostère, sur laquelle esl représentée, à peu près de grandeur natu- l'cUe, l'Ascidie composée habitée par ce Grustacé. Fig. 8. Extrémité inférieure, très-grossie, de l'abdomen, vue de profil. Fig. 1 A. Nnrcocle mucrostomc, vu de protil, amplifié d'environ 80 fois. Fig. 2 A. Antennes et pattes-mâchoires, très-grossies, vues de profil. Fig. 3 A. Les mêmes organes, mais modifiés, vus de profil. Fig. 4 A. Patte thoraciquc du même, très-grossie, vue de profil. Fig. 5 A, Portion d'une Ascidie composée, qu'habite ce Grustacé. Fig. 1 B. Biocrypte rose, vu de profil, amplifié d'environ 80 fois. Fig. 2 B. Tète, très-grossie, du même, vue de profil. Fig. 3 B. Patte thoraciquc du même, très-grossie, vue de profil. F'ig. 4 B. Première patte-mâchoire, très-grossie, vue de face. Fig. 5 B. Deuxième patte-mâchoire, vue de profil. Fig, 6 B. Jeune de la même espèce, vu eu dessus. Fig. 7 B. Œuf, très-grossi, contenant l'embryon. Fig. 8 B. Portion inférieure, très-grossie, de l'abdomen, vue eu dessous. Fig. 9 B. Le même, vu de profil. Fig. 10 B. Portion de Zostère, de grandeur naturelle, sur hupielle esl livéc l'.Vscidie composée dans laquelle vit ce Grustacé. Fig. 1 G. BiocrijiJti' jaune, vu de profil, amplifié environ 70 fois. Fig. 2 G. Le même, très-grossi, vu en dessous. Fig. 3 G. Embryon ou mâle, très-ampli(ié. Fig. 4 G. Tète de l'adulte, très-grossie, vue de profil. Fig. 5 G. Tête de l'adulte, \ue de face en dessous. Fig. 6 G. Mandibules du mOine, très-grossie-, ô'' série, ZooL. T. \\ . ;Galiier n" 5.) • 17 ioS UiiSSE. — CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. rig. 7 C. (Mui, tiTii-gTOSsi. Fig'. 8 et 9 C. Pattes thoraciqucSj vues de prolil. Vig. 10 C. Fragment du Cî/^/owïVff^èrosc sur lequel on voit fixée l'Ascitlie composée clans laquelle vit ce Crustacé. Fig. 1, 2; 3 et II D. Pattes-màclioiros et Ihoraciques de VAilranesius ruuge. PI-ANCHE 7. Fig. 1. Hypnode jaune, vu en dessus, amplifié 50 fois, en\iron. Fig. 2. Tète du même, très-grossic, vue en dessous. Fig. 3. Tube buccal, du même, amplifié. Fig. II. Antenne, du même, vue de profil. Fig. 5. Pattes-mâchoires, du même. Fig. G et 7. Pattes thoraciques, du même. Fig. 8. Partie inférieure du tliorax et de l'abdomen, trcs-grossie, du même, vue en dessous. Fig. 9. Portion d'un Cystoseira fihrosa, sur lequel on a figuré l'Ascidie composée oiî vit ce Crustacé. Fig. 10. Ascidie composée, très-grossie, retirée de son enveloppe collective montrant la position qu'occupe ce Crustacé lorsqu'il y est renfermé. F^ig. 1 A. Lyyiphile violet, vu en dessus, amplifié d'en\iroa 80 fois. Fig. 1 B. Tête du même, très-grossie, vue en dessous, Fig. 1 C. Tube buccal surmonté des antennes. Fig. 1 1). Partie inférieure de l aiulouien, Irès-aaiplifiée. Fig. 1 E. Pattes-mâchoires, du même. Fig. 1 F. Patte abdominale, du même. Fig. 1 G. Ascidie composée, dans laquelle \it ce Crustacé. Fig. 2 A. Crypiopode jaune , amplifié de 70 fois, vu en dessus. Fig. 2 C. Tète du même, très-grossie, vue en dessous. Fig. 2 C. La même, vue de profil. Fig. 2 D. Pattes thoraciques, très-grossies. Fig. 2 E, F etc. Partie inférieure de l'abdomen, présentant des modifications dans leur conformation. Fig. 2 H. La même, vue de profd. Fig. 2 I. Ascidie composée dans laquelle vit ce Crustacé. Fig. 3 A. Cryptopode vert, amplifié 80 fois, vu en dessus. Fig. 3 r>. Tête du même, Irès'grossie, vue eu dessous, le iube buccal est rek\é et rabattu sur le bord frontal, la première paire de paltes-màchoires est masquée par la deuxième. Fig. 3 C. La même, \uc de pi'olil. Fig. 3 D. Patte tbornciquc, vue de profil. Fig. 3 E. Partie inférieure de l'abdomen, vue en dessus. Fig. 3 F et G. Première patte tboracique, vue de face, en ilcssus, Fig. 3 H. Ascidie composée dans laquelle vit ce parasite. OBSERYAÏiONS SUR LA REPRODUCTION PARTHÉNOGÉNÉSÎQUE CHEZ QUELQUES LARVES D'LNSECTES DIPTÈRES , Par M32. K. l-VAG^ESî, MS^BXESST , l»A«^E.^Î*TïiCUEK et ftiA-^'B^JE (1). M. Wagner, professeur de zoologie à Casan, communiqua à M. Siebold, dans l'hiver de 1801-1862, un mémoire très- remarquable sur la reproduction de certaines larves d'Insectes. 11 les avait trouvées aux environs de cette ville, en août 1861, sous l'écorce d'un orme mort; elles étaient immobiles, et en les examinant il vit qu'elles étaient remplies d'autres larves qui leur ressemblaient complètement. Il pensa d'abord qu'il s'agissait d'uu cas de parasitisme; mais, après un examen attentif, il croit y voir une nouvelle espèce de métamorphose ou , pour mieux dire, une reproduction de larves par des Insectes, qui eux-mêmes étaient des larves. Voilà les raisons dont il arffua : 1° Il esîimpossiiVie de supposer qu'un animal et son parasite soient de la même espèce ou d'espèces extrêmement rapprochées. 2" Les parasites déposent en même temps tous leurs œufs dans les larves d'Insectes qu'ils infestent, de sorte que tous les œufs éclosent simultanément ; mais dans le cas en question, M. Wagner (l) Beitrag zur Lehre von der Fortpflanzung der Insjectenlarven, \m\ N. Wagner (Zeitschr. fur wissensch. Zoologie, t. XUIp. 513). — Meiiiert, Weitere Eriuutei-ungcn liber die von Prof. Wagner beschricbcne hisedenlarve, wcîc/ie àiih dureh Sprosnea- biidu.tg vcrmchrt {Zeitschrift zur wissensch. /oo/., 1864, p. Z^li).— Die ungeschlecht- (ichc Vermehrung der Fliegenlarven, von Prof. H. Alex. Paj-cnsteclicr in Heidolbcry [Zeitschr. fur -wissensch. ZooL, 186/i, t. XIV, p. 400). — Gauine, Noiw. observ. sur lu reproductioi' '/'- 'u.-rr- r/Vv iH^^tn diplcrcs tBulktin de l'Acudmàe de Suitd- Pcicrsiinin-iJ, 18l)")^. 2(50 %. WAGNEB, MUINKBI, PAGi:Ki^TECilER ET «ANIKE. a pu observer en même temps tous les différents degrés de déve- loppement des jeunes larves. o" Le parasitisme est un phénomène plus ou moins fortuit, tandis qu'à une certaine époque de leur existence toutes les larves en question renfermaient des jeunes. 4" La grosseur d'un œuf est constante, tandis que celle des corps, qu'on pourrait prendre pour des œufs dans le cas dont il s'agit, varie. Ces corps grossissent, eu effet, à mesure que la larve logée dans leur intérieur grandit. 5° La tunique externe de ces prétendus œufs sert comme membrane protectrice à la larve et comme cocon à la chrysalide, avant que le jeune devenu libre soit sorti du corps de la larve mère. 6° M. Wagner a pu suivre le développement de ces êtres, depuis leur apparition sous la forme d'un petit corpuscule dans le corps graisseux, jusqu'à l'état de larve parfaitement développée, bien qu'il n'ait pu voir tous ces états sur un même individu. 7" Enlin, les larves produites dans le corps de la larve mère reproduisent à leur tour des larves semblables à elles-mêmes. Ce mémoire, dont le fond est si remarquable, renferme aussi des détails sur lorganisation de ces larves avec des figures nom- breuses qui étaient précieux, parce que l'Insecte parfait n'ayant pas été alors observé, il était très -difficile, sinon impossible, de déterminer l'espèce, à l'histoire de laquelle ces faits se rappor- teraient. M. Wagner termine son mémoire par les conclusions suivantes: 1" Que les corps] graisseux peuvent avoir, outre leurs fonc- tions générales, une fonction spéciale ; 2° Qu'il puisse s'y produire des germes qui, en se développant et en passant sous diverses formes transitoires, peuvent fonc- tionner comme des œufs proprement dits ; 3" Que toute cette production de larves est une condition tran- sitoire de la parthénogenèse vraie; [i° Que des cas de cette espèce sont des exemples les plus simples de la génération alternante chez les Insectes ; celle qui a lieu chez les Aphides e^l un peu plu- ; ompliquiV. RKPRODIjCTIOX par des LARVEh. Îî61 Après avoir remis sou iiiéiuoiie à M. Siebold, M. Wagner poursuivit ses recherches sur la production et sur les métamor- phoses de ces larves, et il publia les résultats de ces observations dans le Bulletin de l'université de Casan. En voici le résumé ré- digé par l'auteur : « Au mois de mai i SG2, toutes les larves atteignirent le terme de leur étrange reproduction (ou plutôt de la propagation alter- nante), et se métamorphosèrent en chrysalides ; celles-ci avaient les dimensions de V'"\5 à 2" ',o en longueur. Elles étaient sans cocons, et d'une couleur rouge orangée vive, surtout dans la partie abdominale. Ce qu'elles offraient de plus remarquable, c'étaient deux longues soies ou poils qui se trouvaient à la tète. Ces soies ne se métamorphosaient pas en antennes chez l'Insecte parfait, et leur usage n'est pas connu. Les différences sexuelles sont reconnaissables chez les Chrysalides; le corps des mâles est plus court que chez les femelles; ses derniers segments sont rétrécis et renflés. Au contraire, chez les Chrysalides femelles, la partie abdominale est plus longue, effilée et pointue. A travers les téguments minces et transparents du corps de ces Chrysalides âgées de deux jours, on aperçoit déjà très-bien les formes de l'Insecte complet, et sous les couvertures du dernier segment on peut remarquer les appendices sexuels, dont l'or- ganisation fort remarquable constitue la principale différence caractéristique des sexes. Dans trois ou quatre jours, toutes les Chrysalides qui étaient a la disposition de l'auteur se sont métamorphosées en Diptères, qui ressemblaient un peu à des Cécidomyiens, mais qui en môme temps possédaient des caractères génériques distinctifs. M. Wag- ner donne la description détaillée de cette Mouche (1), tant de la femelle que du mâle, et il insiste surtout sur la signification et l'usage des différentes parties de l'organisme de cet Insecte. Nous ne reproduirons ici que les résultats les plus remarquables de cette partie du travail. La partie abdominale du corps est plus grande chez la femelle que chez le mâle, disposition qui est commandée par le dévc- (1) Voy. pi. ili, fi^. 20. loppement des œufs chez la première, car ceux-ci nécessitent beaucoup d'espace. Mais la différence dans la grandeur des ailes ne correspond pas à celle des abdomens ; les ailes des mâles sont presque aussi grands que celles des femelles. Celte différence fait que le vol du mâle est beaucoup plus léger et plus puissant que celui de la femelle, et me fait supposer qu'ici comme chez beaucoup d'autres Diptères, le mâle poursuit la femelle et la fé- conde en voltigeant. En examinant les ailes de très-près, on voit qu'elles ne sont pas riches en nervures. Ici, comme chez d'autres Insectes de petite taille, deux nervures suffisent pour soutenir la mince et petite membrane ailée. Les poils courts et roides, mais légers, qui sont épars sur cette membrane, servent proba- blement à y donner plus de solidité. Pour accroître l'étendue des ailes sans en augmenter notablement le poids, leurs bords sont munis de longs cils. Sur le bord antérieur, ces cils sont beaucoup plus courts qu'ailleurs, et sont inclinés pour ne pas empêcher les mouvements progressifs pendant le vol. En général, la forme des ailes, large et arrondie sur l'angle extérieur, n'est pas très-favo- rable à la légèreté du vol; mais ce défaut est réparé à certains égards par le grand développement des haltères, surtout chez les femelles oi^i ces organes doivent supporter pendant le vol l'abdomen plus large et plus lourd que chez les mâles. Les pieds de la Mouche, grêles et assez longs, mais forts et sveltes, sont appropriés à une marche rapide et légère. M. Wag- ner donne beaucoup de détails sur l'organisation et l'usage des articulations de ces pieds ; mais parmi ces détails nous ne cite- rons que ce qui est relatif à la conformation des derniers articles, car ce sont ces particularités qui fournissent les caractères géné- riques des Diptères cécidomyens. Les tarses sont composés de cinq articles, mais la Mouche ne s'appuie en marchant que sur les trois derniers. Le premier article, plus long que les autres, constitue une sorte du prolon- gement de la hanche ; le bout de celle-ci ne s'appuie pas contre la terre, et pour cette raison elle est privée de ces fortes épines qui se trouvent chez la plupart des Insectes, et qui donnent à leur démarche plus de fermeté. Chez la r^îouche en question, ces RÉPRODUCTION PAR DI'S LAUVF.S. 203 épines se trouvent à la fin de chaque article Hcs tarses. Le der- nier de ces articles (pi. 7, fig. 21 et 22) est si petit, qu'il semble n'être qu'un supplément du précédent ; il est armé d'une paire de crochets assez pointus, à la base desquels est placé une petite pulville ronde , et couverte inférieurement de poils courts et épais. C'est certainement par le jeu de cette pulville que la Mouche marche très-rapidement sur les vitres. Il est aussi à noter que tous les articles des pieds sont couverts de poils roides et disposés en rangées irrégulières, ce qui leur donne probalile- ment plus de solidité. En examinant chez les deux sexes la forme et l'organisation des derniers segments du corps, on remarque que ces segments sont allongés et effdés chez les femelles, et y remplacent la tarière des autres Diptères. La présence d'une véritable tarière ne s'ac- commoderait pas avec la grande dimension des œufs qui exigent un vaste espace dans la cavité abdominale. Le bout de l'abdo- men de la femelle paraît devoir être introduit pendant la copula- tion dans l'ouverture sexuelle du mâle. Cette opinion est fondée sur la comparaison du mode de fécondation chez les autres Diptères, et sur la présence des petits crochets dont la pointe est tournée en dehors, qui couvrent les derniers articles de l'abdo- men, et qui rappellent parleur forttie ceux qui garnissent les articles de la tarière de plusieurs Muscides. Enfin une grande largeur de l'ouverture sexuelle des mâles et le développement énorme de ses forceps vient aussi à l'appui de cette hypothèse. Si nous considérons la grande quantité des œufs qui sont pondus par les différentes Muscides, nous comprendrons bien les précautions que la nature prend ici pour assurer la conserva- tion de l'espèce. Chacun de ses œufs est énormément développé (atteignant 1 millimètre de longueur), de sorte que toute la cavité abdominale d'une femelle est remplie par cinq de ces corps tout au plus. La cause de l'étrange faculté que possèdent ces larves de dé- velopper une longue série de générations successives est attri- buée par M. Wagner à la grande dimension de l'œuf primitif, c'est-à-dire de l'œuf produit par la Mouche mère. Cet œuf, beau- !26/| N. WAGNER, MEINERT, PAGEK^^TKCHER ET GANIKI). coup plus grand que les pseudo-ova qui proviennent des larves, contient une grande quantité de vilellus, c'est-à-dire de la ma- tière nutritive, aux dépens de laquelle se développent énormé- ment les corps adipeux des larves, et ces corps servent à leur tour comme nourriture pour des générations ultérieures. Mais quelle est la cause qui détermine la grande dimension de l'œuf primitif? Pour résoudre cette question, M. Wagner s'est livré à des' recherches sur l'organisation des autres larves des Cécido- myiens, qu'il avait rencontrées dans les troncs des arbres avec les larves qui font l'objet de ce mémoire. Quelques-unes de ces larves ne différaient que très-peu de ces dernières ; mais chez toutes il existait une différence remarquable dans la structure du dernier segment du corps : l'ouverture anale était placée sous le dernier segment, tandis que chez la larve reproductrice cette ouverture est placée à l'extrémité d'un tube particulier qui ter- mine le segment, et qui peut être poussé en dehors ou retiré au dedans. Si nous considérons quel rôle ce tube remplit pen- dant les métamorphoses de l'Insecte, nous verrons que, chez les Chrysalides, elle se transforme en un segment complet, au dedans duquel sont placés les appendices sexuels (fig. 23 et 24). La présence de ce segment supplémentaire détermine le grand déve- loppement des organes sexuels extérieurs, qui, à son tour, mène au développement excessif des organes reproductifs intérieurs, et surtout des sacs ovifères (ou ovaires), ce qui permet aux œufs d'atteindre de grandes dimensions. En examinant les œufs, on remarquait la coquille, tout à fait lisse, et sans aucune trace des cellules épidermiques qui garnissent la surface des œufs des autres Diptères ; à l'un de leur pôle, on apercevait le micropyle en forme de petit entonnoir évasé. » M. Wagner termine son mémoire parles considérations géné- rales sur les divers modes de reproduction des animaux, particu- lièrement des Entomozoaires, et il a été conduit à penser que le mode de reproduction agame, dont il a constaté l'existence chez les Diptères, doit être i-angé près de la propagation alternante des Vers intestinaux (Cestodes et Trématodes). Mais cette opi- REPRODUCTION PAR DES LARVES. 265 nion était basée sur la non-existence des organes spéciaux de la reproduction chez ces larves reproductrices, et, ainsi que nous le verrons bientôt, ces parties ne manquent pas. §2. M. Wagner donne une description très-détaillée de l'Insecte, qu'il vit éclore des Chrysalides provenant des larves reproduc- trices; mais il ne peut déterminer cet Insecte ni génériquement, ni spécifiquement, et ce ne fut que postérieurement à la publi- cation de son travail dans le Zeitschrift der wissenschafllklie Zoologie, que l'attention fut appelée sur les observations qui avaient été faites par M. le docteur Meinert (de Copenhague). Ces observations ont été publiées dans le Naturliistorisk Tidsskrift, puis reproduites par M. Siebold dans le Zeitschrift der wis- •senschaftliche Zoologie (I86/1). M, Meinert a trouvé nos larves propageantes près de Fredericksdal, sous l'écorce d'une bûche. Il a observé leur propagation alternante, et il l'a poursuivie jusqu'à leur transformation en Chrysalides, desquelles il a obtenu (ainsi que M. Wagner) un Insecte diptère. D'après M. Meinert, cet Insecte doit constituer un nouveau genre, et il le désigne sous le nom de Miastor melraloas. Voici la diagnose de ce nouveau type générique donnée par M. Meinert : MIASTOR, nov. gen. (Fam. Cecidomyice.) Palpi biarticulati, hrevissimi. Tarsi k-articulati. Antennœ- monili formes, li-articulatœ. Alœ tricostatœ, costa média non apicem attingente, extrema intégra. Miastor metraloas. Ochroceus, ocupite vittis tribus mesonoti, metanoto extrême segmenta mediali, marginibus segmentorum extremorum apice- que abdominis nigrescentibtis. Mas : Antennœ corpore quadrnplo breviores. Genitalia parva. (Long. l'«™,20-l'"°\75.) Femina : Antennœ corpore rpiintuplo breviores. Ovipositor brevis. (Long. 2 niillim.) Larva habitat siib corlice Fagi, gregatim. §3. M. le professeur Pageiistecher (de Ileidelberg) a publié récem- ment sur le même sujet des recherches qui portent sur des larves d'une autre espèce d'Insecte, mais qui ont permis à ce savant de confirmer l'exactitude générale du fait annoncé par M. Wagner, tout en réfutant les idées de cet auteur touchant certains détails, tels que la production des germes dans les corps graisseux. Ce mémoire nous a paru devoir intéresser également les lecteurs des Annales, et nous en reproduirons ici la plus grande partie. M. Pagenstecher, après avoir cité les observations de M. Wag- ner dont il vient d'être question, ajoute : «Elles ont dû avoir fait sensation parmi les zoologistes, mais certainement elles ont rencontré beaucoup d'incrédules. Ce fut donc avec un éton- nement grand et agréable, que, dans les premiers jours de juin 186/i, par suite d'une circonstance accidentelle, j'ai observé pour la première fois ces faits extraordinaires. J'espérai d'abord résoudre toutes les questions qui se présentaient naturellement à mon esprit; mais on verra bientôt que le manque de maté- riaux m'a empêché de le faire ; cependant il me semble que les observations que j'ai pu mener à bien sont assez importantes pour être communiquées au public. Disons une fois pour toutes que cette reproduction des larves de Diptères a eu lieu à une distance de 350 lieues géographiques du point où on l'avait observée pour la première fois, et, de plus, que le Diptère chez laquelle elle se montrait était bien certainement d'une autre espèce. Je crois aussi pouvoir rectifier dans quelques points les faits expo- sés si consciencieusement et si clairement par mon prédécesseur. Je vais raconter d'abord les circonstances par suite desquelles je suis devenu lémoin de cette reproduction par des larves, afin REPRODUCTION PAR DES LARVES. 207 que d'autres naturalistes puissent profiter de circonslanees ana- logues, et pour qu'on puisse comprendre comment mes recher- ches ont dû rester incom.plètes , faute de matériaux suffisants. Une certaine quantité de résidus de betterave en mauvais état, provenant '- 286 ^'. ^VAUKER, MEIKËR'i, PAUf^lKSrECHER P.T «ANIIVE. lion de ce vitellus passe diiecteuieiil daus les coi'ijs graisseux, de sorte que s'il en était ainsi, la production d'œufs par les restes du vitellus et leur développement seraient en harmonie, car il est certain que plus tard les restes du vitellus et les corps grais- seux fournissent à la croissance d'œufs placés entre eux. Il est parfaitement certain que l'embryon subit une mue pen- dant son séjour dans l'œuf (fig. J6); la peau détachée semble privée d'antennes et d'une ouverture buccale. Je nose pas dire que cela a lieu constamment. Il existe encore ce qui parait être une autre peau, mais qui n'eu est pas, située entre les mem- branes de l'œuf et l'embryon ; c'est une couche de molécules fuies disposées souvent dans des champs très-réguliers ; on doit les regarder, ce me semble, comme des excrétions de la peau de l'embryon qui se détache de plus en plus des membranes de l'œuf. Tandis que le développement de l'embryon avance de plus en plus dans l'intérieur de l'œuf, la larve mère devient de plus en plus grosse et pleine, et se meut moins ; mais les fonctions y persistent toujours. Tantôt les corps graisseux latéraux restent simples, tantôt ils se divisent en plusieurs masses qui ont la forme de boudins. C'est alors que les jeunes percent les membranes de l'œuf et se meuvent d'abord d'une manière lente, s étendant et se contractant librement dans le corps de leur mère (fig. 8 j. D'abord la mère continue de vivre, mais alors, ou un peu plus tôt, il se passe quelque chose de très-analogue à ce qui a lieu chez le jeune daus l'œuf ; il s'opère une mue, mais en sens inverse ; il se fait une peau incomplète sous une peau complète. Cela est plus visible à l'extrémité antérieure et à l'extrémité postérieure du corps où la peau se retire de la membrane chitinique délicate, et une nouvehe peau se forme (fig. 1). Cette nouvelle enveloppe n'est pas complète partout ; ainsi elle manque sur le dernier ar- ticle des antennes ; l'antenne est généralement plus grossière , plus arrondie , comme ce qu'on voit chez les nymphes. Parfois on trouve l'ancienne enveloppe déchirée, et la nouvelle libre et exposée. Le plus souvent cependant les deux enveloppes restent ensemble, I ancienne emboîtant la nouvelle, seulement l'extré- RKPKODUCTION I>AH DKS 1 ARVtS. 285 mité antérieure de la première' reste vitle sur rextréinité cépha- lique nouvelle. I^a larve reste encore mobile pendant ces chan- gements; on y remarque en particulier un mouvement de va-et-vient d'avant en arrière, comme si elle voulût favoriser la séparation entre l'ancienne et la nouvelle peau. Ici finit l'acte de la reproduction chez notre larve, la vie de lindividu se terminant au commencement d'une espèce d'état (le nymphe de Diptère. Les enveloppes chitiniques externes, pénétrées peu à peu par les liquides qui les entourent, étaient devenues d'un jaune sale non-seulement en avant , mais en arrière; les mouvements et l'ingestion d'aliments chez la larve mère cessent; celle-ci n'est plus qu'une double poche qui retient les embryons, et dont le contenu est dévoré par eux avec une voracité toujours croissante. La vie propre de la mère s'éteint ; son organisation va être détruite : les corps graisseux, la chaîne ganglionnaire, l'estomac, disparaissent, et il ne reste plus dans l'intérieur du corps que quelques anses de trachées balancées cà et là par les end:)ryons inquiets. J'ai percé de tels sacs soit en avant, soit en arrière, et les jeunes ont cherché vivement à eu sortir quand l'ouverture était assez grande pour le permettre ; mais j'ai trouvé aussi dans les résidus de betterave un de ces sacs perforé spontanément et vide. Une seule fois je n'ai trouvé qu'un embryon dans un de ces sacs ; dans ce cas, on aurait pu croire plutôt à une mue qu'à une reproduction , mais les caractères du sac ne le permettaient pas. Les seules mues que ces animaux éprouvent paraissent être celles qu'ils subissent dans l'œuf et celles de la nymphe; du i-este, le peu d'augmentation du volume du corps paraît per- mettre qu'il en soit ainsi. Comme il y a des différences considérables dans l'époque et dans le degré de la consommation des corps graisseux, la des- truction conq)lète de l'organisme de la mère varie. J'ai trouvé une larve mère de 1""",9 de long couq)létement dévorée jus- qu'aux trachées par ses jeunes longs de 1 millimètre ; tandis ((ue chez une autre, longue de 2""", 5, la chaîne ganglionnaire et tous les viscères existaient encore reconnaissables, et la rétrar- tioii de la nymphe clans la peau de la larve ne venait que de commencer. Un coup d'œil rétrospecteur rapide, jeté sur la reproduction par les larves de Diptère, donne les résultats suivants : Dans un point du corps non encore déterminé se détachent des cellules qui, restant libres dans la cavité du corps, prennent le caractère d'œufs véritables, et se développent d'une manière tout à fait normale, et produisent chacun un embryon sans qu'ils aient été fécondés, et sans que le Diptère mère ait passé de l'état de larve à l'état d'Insecte parfait. A l'époque où les em- bryons deviennent mûrs, la larve, mère, sous la protection de son ancienne enveloppe, se transforme en nymphe complète (en repos) . La croissance des œufs et des embryons se fait aux dépens du sang de la mère d'abord, plus tard aux dépens des aliments amassés préalablement dans les corps graisseux ; les embryons devenus libres vivent enfin directement aux dépens des organes dépérissants de la mère. La génération ainsi pro- duite se reproduit de la même manière. La reproduction non sexuelle se fait ici comme chez les Aphides, c'est-à-dire à l'état de larve, où l'organe, qui, dans la vie des Insectes à l'état parfait, acconijiagne et sert le plus la vie sexuelle dioïque, manque. Je ne doute pas qu'un examen atten- tif de l'organe producteur des germes ne démontre une ana- logie parfaite entre ces Insectes. La différence de la génération sexuelle et les conditions de son existence temporaire n'ont pas été observées dans notre espèce. §5. Le 2 mars de cette année, un article de M. Ganine, prépara- teur à l'université de Karkov\% intitulé Nouvelles observations sur la reproduction des larves des Insectes diptères, a été lu à l'Aca- démie de Saint-Pétersbourg (i). L'auteur nous apprend que pen- dant l'hiver passé on a trouvé à Karkow des larves propageantes (1) Non-- rlrvdns l'entrait (1(^ ce mémoire à M. N. Wagner. REPRODUCTION PAR DES LARVES. 1287 SOUS les planches vermoulues d'une maison, dans les débris de différents corps, par exemple des semences de Tournesol, de Melon d'eau, de Noisettes, de débris de bois vermoulu, de j)apiers cartonnés, etc. Ces larves ne diffèrent que très-peu de celles trouvées par MM. Wagner et Pagenstecher, et par leur taille elles occupaient le milieu entre les larves décrites par ces deux savants. Nous n'empruntons du travail de M. Ganine que la description des organes reproducteurs des larves et du développement des pseudo-ova, qui ont été étudiés par cet auteur mieux que par ses prédécesseurs. M. Ganine a vérifié l'exactitude de l'opi- nion de M. Pagenstecher concernant la présence des organes particuliers destinés à produire les ovules; il a trouvé que ces corpuscules ne s'engendrent pas simplement dans les corps adi- peux, mais proviennent de petits sacs auxquels il donne le nom d'ovaires. Ces organes, au nombre de deux, sont placés symétri- quement dans le onzième segment du corps de la jeune larve, et logés dans une petite excavation creusée dans la partie latérale et interne des corps adipeux (fig. 26). Chacun de ces ovaires re- présente un petit sac aux parois minces et transparentes de forme ovalaire, ayant chez les jeunes larves environ r"",5de longueur sur C'^^o de largeur. Us sont remplis par un liquide limpide, contenant quelques granules ou même deux ou trois petites cellules. Chez les jeunes larves, ces organes sont bien apparents à travers les téguments minces du corps, et ils sont intimement liés aux corps adipeux. A mesure que la larve s'ac- croît, les ovaires grandissent, prennent plus de longueur, et se détachent plus ou moins des parties voisines, auxquelles ils ne sont liés dans ce moment que par deux fdaments (ligaments) très-fins (fig, 27). En même temps qu'ils gagnent en gran- deur, des changements s'opèrent dans leur intérieur, et les pseudo-ova se développent. Le premier dépôt de ces corpuscules se manifeste par la multiplication de granules contenus dans le liquide. Quelques-uns de ces corpuscules en se groupant ei s'en- tourant d'une enveloppe mince se transforment en véritables cellules, dont les contours ne sont d'abord bien visibles que dans !288 !\. WAftWER. MEIIMERT, PAÏ^KlMSTKt IIKR ET CAKIME. la partie latérale de l'ovaire oi'i ils tigurent des demi-cercles Toutes ces jeunes cellules s'agrandissent peu à peu, et parmi les granules à double contour dont elles sont remplies, on aper- çoit une cellule plus grande qui représente ici la vésicule ger- minative avec son noyau. Plus tard, cette vésicule vient se confondre avec les autres granules qui augmentent aussi en grandeur, et elle échappe à l'observation. Pendant la période suivante du développement, chacun des jeunes pseudo-ova se couvre Vl'une couche très-épaisse et forte- ment réfringente. Dans chaque ovaire, le développement des pseudo-ova ne marche pas avec la même rapidité, et les produits les plus mûrs sont réunis au bord postérieur de ce sac. Il s'ensuit que le détachement de ces corpuscules de l'ovaire ne s'effectue ipe peu à peu, selon le degré de maturité de ces corps. Après ce détachement et même au dedans de l'ovaire, on commence à distinguer dans chaque pseudo-ovum le premier dépôt du vitellus, qui se montre toujours à l'un des pôles sous la forme de granules opaques d'une petitesse extrême, répandus parmi les granules ou plutôt parmi les cellules primitives (fig. 31). Peu de temps après, les gouttelettes graisseuses avec les contours bien marqués viennent s'ajouter à ces granules, et pendant que tous ces changements s'opèrent dans l'intérieur des pseudo-ova, ceux-ci s'allongent de plus en plus, et prennent une forme ellipsoïdale . Le développement ultérieur d'un pseudo-ovum s'opère con- stamment hors de lovaire. et consiste tout simplement en la multiplication des éléments du vitellus, qui rt-mplissent peu à peu tout l'intérieur de ce corps, et cachent aux yeux de l'obser- vateur ce qui se passe dans les granules ou vésicules primitives. Les pseudo-ova détachés de l'ovaire, et tombés lilircment dans la cavité abdominale, viennent s'agglomérer dans les segments postérieurs, et, en grandissant, ils montenl peu a peu au milieu des viscères, vers la tête de la larve mère. De cette manière, les plus mûrs de ces corpuscules gagnent toujours la partie anté- rieure du coi'ps de la mère, et c'est là que se trouvent constam- ment les larves les plus avancées. F.n atteignant le tenue do REPRODUCTION PAR DES LARVES. 289 leur développement, ces larves s'échappent par cette partie antérieure du corps de la mère , en déchirant d'abord les coques de leurs œufs, puis les parois du corps de l'individu pro- créateur. Le premier changement qui s'opère dans un pseudo-ovum complètement développé consiste dans la formation d'une couche blastodermique sur la surface du vitellus et d'une couche épaisse et gélatineuse, aux dépens de laquelle se développe une rangée de cellules très-petites, oblongues-ovalaires, qui dispa- raissent bientôt après leur formation. Avant l'apparition de ces ce\\u\eii,\e pseudo-ovum commence à changer de îorme, et devient voûté du côté ventral. Pendant la période suivante, une masse claire finement granulée, qui donne naissance à l'embryon, se constitue à la surface du vitellus, et bientôt s'agglomère sur le côté convexe du pseudo-ovum; l'embryon se développe d'une partie de cette masse, et peu de temps après on y distingue des sillons transversaux très-profonds, qui constituent les pre- miers vestiges de segments de la future larve. A mesure que le développement avance, le vitellus diminue en quantité ; il se place sur le côté dorsal de l'embryon, où il se transforme immédiatement en corps adipeux. EXPLICATION DES FIGURES. Planche 13. Les lettres suivantes indiquent les mêmes parties dans toutes les figures où elles se trouvent. a. Les masses graisseuses latérales. a m. Le petit corps graisseux, moyen, attaché au cerveau. a ?i t. Les antennes étendues ou rétractées, et dans ce dernier cas cachées sous le bord du second anneau du corps. c. Le ganglion sus-œsophagien ou cerveau. g a. Les masses nerveuses placées au devant de l'anneau œsophagien, vues par la face dorsale et la face ventrale. (/^ et gr4 Les quatre premiers ganglions de la chaîne ventrale, à compter du gan- glion sous-œsophagien. ma. Les vaisseaux de Mulpighi. ô* série. ZuoL. T. IV. ^Cahier u" 5.) 3 |g '290 i\. %%ii€;i\tR, Mbli\ERT, PAGEKI^TECHËR ET «.%NIKE. uil. Les faisceaux des museies lougitudiuaux. mn. Les muscles longitudinaux les plus postérieurs qui se fixent à i extrémité prota- clile de l'intestin pour la rétracter. mt. Le système des muscles transversaux. 0. Les œufs. oc. Les yeux. oe. L'œsopliage. s. Les stigmates du pénultième segment du corps. sa. Les glandes salivaires. t. Les trachées. une. La garniture de crochets, située au bord antérieur des segments. u. L'estomac. va. La fente longitudinale de l'anus avec ses valvules. L'amas de cellules situées à l'extrémité postérieure du canal intestinal. y. Les groupes de cellules placées dans les replis de la membrane inter-segmentaire. z. Les grandes cellules placées à la face iulcrue de la peau (cellules destinées à deve- nir le germe des œufs?). Fig. 1. Une jeune larve avec sa tète rétractée. Grossie 80 fois. Fig. 2. Extrémité céphaUque d'une larve plus grande. Grossie 160 fois. Fig. 3. Extrémité céphaliquc d uuc très-graude larve renfermant des jeunes et devenue immobile. Fig. 3 6. La même, \uc sous le compi'esscur ; le menton et les mâchoires sont devenus visibles. Grossissement de ces deux figures, 160 diamètres. Fig. i. Uuc antenne grossie 300 fois. Fig. 5. Une larve avec des œufs assez voUunineux, dans lesquels on peut déjà aperce- voir les bourrelets des embryons. Grossie 80 fois. Fig. 6. L'extrémité postérietirc d'une larve portant dc< œufs de diverses grosseurs, sous un grossissement de IGO diamètres. Fig. 7. L'extrémité antérieure d'une larve portant des œufs; on y voit la disposition des ganglions antérieurs, de l'œsophage et des glandes salivah'es. Fig. 8. Une très-grande larve, vue sons un grossissement de 180 diamètres. L'extré- mité antérieure et l'extrémité postérieure de l'animal sont rétractées et séparées de l'enveloppe cliitiniquc exléricmc, de sorte îiuon voit la tète de la iiymiiiic sou» la peau de la tète de la larve. Giuq jeunes débarrassés des enveloppes d'œuf se meuvent librement dans l'intérieur du corps de leur mère. Fig. y, 10, 11, 12, 13, 14. Divers stades de développement de 1 œuf jusqu'à l'appa- rition des bourrelets, sous uu grossissement de IGO diamètres. Fig. 15. L'extrémité postérieure d'un œuf plus avancé. On voit sous la membrane de l'œuf et détachée d'elle une couche de molécules, disposée comme un épithélium, formant une espèce de double enveloppe de l'embryon. Grossie 168 fois. Fig. 17. L'extrémité antérieure d'un œuf encore plus avancé. L'embryon se retirant de sou enveloppe chitinique antérieure, commence à éprouver une véritable mue dans l'iiitcrieui de i œuf. (irossisseuient IGO diamètres. REPRODUCTION PAR DES LARVES. 291 l"i^-. 17. Un cnibvyon retiré des ci\\cloppes de l'œur et grossi 100 fois. Le dos s'élève soukve pur le vitcUus restant, vi ; on peut distinguer les yeux, l'armature d'épines, l'œsoptiag-e, les corps graisseux latéraux et les vaisseaux de Malpighi. li, lus l'estes de la masse vitelline. Fig. 18. L'extrémité postérieure du cœur l'orlciucnt grossie. Fig. 19. Les grandes cellules gauglionnairos posées sur la masse cérébroïde et placées en arrière en dessous des anses trachéennes. Grossissement de 200 diamètres. PLANCHE 14 A. Fig. 20. Miastui metralous femelle, grossi 20 fois. Fig. 21. Extrémité de la patte, vue de côté. Fig. 22. La même, vue eu dessus. Fig. 23. Extrémité postérieure du corps dune l'cmcUe \ne de profil : a, l'ouverture uro-génitale ; h, prolongement conicpie qui termine le dernier segment ; c,c, les appendices palpiformes. Fig. 24. Forceps d'un mâle vu en dessus : a, le septième segment de l'abdomen; 6, le huitième segment ; c, tergum du neuvième anneau ; d, les angles inférieurs de ce segment courbés en haut et soudés au premier article du forceps (e); f, les branches du forceps; (/, les crochets terminaux de ces branches; /(, les plaques uro-génitales. Fig. 26. Le pôle supérieur d'un reuf : a, la membrane externe; a', la membraue in- terne ; 6, le micropyle ; c, le vitellus. Fig. 26. La partie postérieure du corps d'une jeune larve : o, l'ovaire; a, portion des corps adipeux. Fig. 27. Ovaire d'une larve de 1 millimètre de long et 0""», 17 de large : «, filament; 6, les cellules. Fig. 28. Ovaire dans l'intérieur duquel on apcr(;oit des traces des futurs pseudo- ovules. Fig. 29. Ovaire avec sept jeunes ovules. Fig. 30. Une portion de l'ovaire dans laquelle s'est déjà détachée presque la moitié des ovules. Fig. 31. Un ovule sorti de l'ovaire, et dans lequel s'opère le dépôt du vitellus. Fig. 32. Un ovule presque rempli par le vitellus. Le nombre des cellules claires est réduit, et on ne les aperçoit que dans la partie claire. Les figures 1 à 19 sont tirées du mémoire de M. Pagenstetiier; les ligures 20 à 26 appartiennent au deuxième mémoire de M. Wagner; enfin les figures 27 à 32 sont tirées du travail de M. Gauiue. NOTE SUR LES PLOIES DES DI NO RNIS RUBUSTUS, Par SI. DALLAS. Extrait. On sait, par les recherches de 1>1. Owen et de plusieurs autres natura- listes, qu'à une époque plus ou moins reculée il existait à la Nouvelle- Zélande des Oiseaux de grande taille qui, aujourd'hui, paraissent être complètement détruits et qui ont regu le nom de Dinornis. Mais on ignore l'époque de leur disparition, et tout ce qui peut nous éclairer à ce sujet présente beaucoup d'intérêt. Nous croyons donc devoir signaler ici les faits suivants : M. Dallas, conservateur du Jiusée d'histoire naturelle de York, nous apprend que la Société [)hilosophiquc de cette ville vient d'actiuérir un exemplaire du Dinornix robustm dans un état de conservation si parfait qu'on y voyait encore des portions du système musculaire et de la peau, mais aussi des plumes. La portion des téguments qui portait ces appen- dices recouvrait la région pelvienne au-dessus de la base de la queue. Les plumes sont toutes très-incomplètes, mais on voit que par leur struc- ture elles ressemblent beaucoup à celles des Casoars; elles ne sont pas conformées comme chez les Autruches, mais offrent à côté de la tige principale une tige accessoire; les barbes sont longues et consistent en filaments grèks, soyeux et aplatis ; elles portent des barbules très-déli- cates qui paraissent être dépourvues de barbicules. (.a tige accessoire est notablement plus petite que la tige principale; m;iis elle est assez déve- loppée pour jouer un rôle important dans la constitution de l'enveloppe tégumentaii'e. D'après l'état de conservation de ce cadavre, on aurait pu croire, au premier abord, que la mort de l'animal ne datait que de peu d'années; mais M. Dallas fait remarquer que certaines parties du squelette étaient si profondément altérées, tiuecela suppose l'exposition à l'air libre pendant un temps fort considérable. (Anna/s and Mag. of Natural Histonj^ juil- let 186f>, t. XVi, p. 66, avec figures dans le texte.) SUR UN GENRE NOUVEAU D'ASCÎDIEN, LE CHEVREL'LIIS CALLENSIS, Lac.-Diitii., Par le docteur U. I^tC %Ki:-S»i;Tif lEItS. Le groupe des Ascidiens est à la fois très-remarquable et fort curieux; il mérite à tous égards une étude particulière, car il se distingue par de nombreux traits du reste des Mollusques. La variété de forme, de rapports, de structure, et la composi- tion chimique toute spéciale qu'offrent les animaux qui le com- posent, présentent un intérêt qui ne saurait être mis en doute. Déjà de nombreuses études ont fait connaître bien des types di- vers dans cet ensemble d'organismes tantôt simples?et isolés, tan- tôt au contraire composés et agrégés. Il suffirait de rappeler les travaux de Savigny, de Cuvier, de MM. Milne Edwards, Huxley, AUman, KôUiker, Agassiz, van Beneden, Eschricht, Gegen- baur, etc., pour faire sentir toute l'importance des recherches qui ont déjà eu lieu ; et cependant les découvertes qui restent à faire sont encore nombreuses. Il est probable que dans les profondeurs des mers inexplorées existent des formes du type Ascn)iE, qui se rapprochent des formes des autres Mollusques quant à l'extérieur, tout en restant au fond essentiellement caractérisées par les particularités d'or- ganisation qui toutes sont propres et communes au groupe. J'ai été assez heureux pour rencontrer des circonstances qui, ayant favorisé mes recherches, m'ont permis de trouver sur les fonds coralligènes un de ces exemples qui, par la forme exté- rieure, rappelle un autre groupe de Mollusques, et qui, par la disposition de ses organes, ne peut être rapporté qu'au type ASCIDIEN. Son étude est des plus instructives ; elle montre combien la nature emploie quelquefois des procédés simples quand il s'agit 29/| H. LtCAZR-DlITIlIFRS avec peu de faire un être différent en apparence de ses sem- blables, tout en le laissant identique au fond ; elle nous prouve aussi combien la connaissance des détails anatomiques ou orga- nologiques est indispensable pour le zoologiste, car, sans eux, un examen superficiel ferait classer l'être dont il vient d'être ques- tion dans une tout autre division que celle à laquelle il appar- tient, et dans laquelle on est obligé de le ranger quand on a appris à le connaître anatomiquement. II Qu'il soit permis d'abord d'exposer sommairement le plan d'organisation d'une Ascidie. On peut se représenter un de ces animaux,' ainsi que l'in- dique l'étymologie du nom, comme formé par un sac muni de deux orifices rapprochés servant à établir des communica- tions avec l'extérieur, et entouré par une enveloppe générale plus ou moins coriace ou résistante qui constitue une véritable tunique. Les organes formant le corps affectent une position particulière, et sont disposés suivant une certaine symétrie dont il ne sera question que secondairement, et seulement pour les besoins de la démonstration. L'enveloppe externe ou la tunique, que l'on a aussi nommée le test, est presque à elle seule caractéristique du groupe, si bien que Lamarck avait appelé Tuniciers tous les animaux qui la présentaient. Le sac interne se décompose en deux sacs secondaires (1) ; l'un, placé immédiatement sous la tunique, représente à peu près entièrement les véritables parois du corps ; il recouvre le second qui, très-rapproché de lui, est d'une bien plus grande délicatesse ; celui-ci, percé d'innombrables pertuis, représente un véritable crible ou trélis perméable, qui permet à l'eau de le traverser. (1) Il n'est ici question que des dispositions les plus générales, et je laisse de côté les (listiuctioiis d'anatoniic liiic et minutieuse qui ont conduit quelques auteurs à ailmetlre plusieurs iiieniliv.ines l:'i ni'i un cvnnieii superficiel n'en fait \oir ([lie deux. SUR IX GRNRE NOUVEAU d"aSCLD11;M. 295 Ainsi des trois sacs concentriques enfermés les uns dans les autres: l'un, externe, dur et coriace, est protecteur; l'autre, interne, semblable à un tissu maillé, est destiné à tamiser les liquides; un troisième, intermédiaire, plus résistant que le der- nier, mais moins que le premier, représente réellement les parois du corps. Le sac le plus interne est la branchie ; il a deux orifices, l'un supérieur, l'autre inférieur ; le premier est destiné à l'entrée de l'eau, le second n'est autre que la bouche. L'eau apporte les particules qui servent à l'alimentation, et qui, entraînées par les courants vibratiles, vont tomber dans la bouche béante au fond du sac ; puis elle traverse les mailles déli- cates et innombrables des parois de la cavité en hématosant le sang qui circule dans les vaisseaux capillaires que celles-ci ren- ferment. Elle tombe alors dans la cavité du second sac représen- tant la véritable enveloppe du corps et n'en peut sortir que par un nouvel orifice latéral qui manque à la blanchie, pour qu'elle soit forcée de traverser cet organe. La cavité de ce second sac est comme un cloaque oîi s'ouvrent à la fois les organes de la reproduction et l'extrémité anale du tube digestif. La tunique offre de même deux orifices, au pourtour desquels viennent s'attacher les lèvres des orifices des sacsqu'elle renferme. Dans sa forme extérieure la plus générale, une Ascidie simple présente plus ou moins d'analogie avec un corps piriforme ; sa base est le plus souvent adhérente; son sommet est occupé par l'orifice branchial ; l'orifice latéral du cloaque est tantôt rejeté sur le côté, ou tantôt rapproché du premier. Il est facile de reconnaître une Ascidie à ces deux orifices, et quand on a vu un de ces animaux, quand on a une connaissance bien positive de leur organisation, on ne peut guère s'y tromper: les deux orifices sont des points de repère toujours fidèles dans les indications qu'ils fournissent. Le corps même de l'animal, constitué par l'ensemble des viscères, est placé vers la base du sac branchial auquel il est accolé ; il est recouvert par le second tégument, et adhère dans un point fort limité à la tunique externe. 296 H. LACAZK-ULliSli^KS. L'œsophage (jui fait suite à la bouche est toujours court ; l'estomac, assez vaste, a ses parois souvent confondues avec le tissu sécréteur de la bile, le foie ; l'intestin, plus ou moins cou- tourné, laisse entre ses circonvolutions des espaces où se logent le cœur et les glandes génitales. Si j'ajoute que, dans l'épaisseur du sac qui limite le corps entre l'orifice anal ou latéral et l'orifice buccal ou terminal du sommet, on trouve un seul et unique ganglion nerveux, quel- quefois bilobé, d'où naissent des filets' nerveux, dontles dernières ramifications se perdent dans les téguments, on aura une Fidée à peu près complète du plan général des Ascidiens. L'organisation de ces animaux est donc à la fois assez simple et assez différente de celles des autres types de Mollusques ; elle est facile à caractériser, et on ne peut la méconnaître ou la con- fondre avec celles des animaux qui, même au premier abord, paraîtraient devoir être comparées aux Ascidies. Il serait sans doute intéressant de rappeler quelques autres détails relatifs à la division du groupe, mais ils n'auraient qu'une importance secondaire, puisqu'il ne peut être question ici de classification méthodique quand il s'agit d'un groupe signalé pour la première fois, et qui n'est encore représenté que par un genre et une espèce. Toutefois il faut indiquer comme servant à la classification les festons disposés autour des deux orifices. Par leur variété de forme et de grandeur . ils ont servi à Savigny dans la détermination des espèces et des genres. Ils fournissent d'ailleurs par leur présence des caractères précieux pour la distinction rapide des Ascidies. Ces festons, de grandeur et en nombre variables, sont accom- pagnés le plus souvent de points colorés, trop souvent et trop faci- lementappelés oculiformespar les zoologistes. Ces points n'offrent rien de spécial, du moins qui soit encore bien connu quant à leur organisation. Ils sont placés tantôt un peu en dedans de l'ouver- ture, tantôt dans les échancrures qui séparent ces festons. Toutes ces conditions peuvent fournir de très-utiles renseignements. La tunique offre des variétés, quant à sa consistance, à sa SUR L'N GRMRF NOUVKAU d'aSCIDIEN. 297 couleur, à son épaisseur, à ses propriétés spéciales qui, toutes, sont mises à profit par les naturalistes pour les déterminations: tantôt elle est coriace et d'une couleur éclatante ; tantôt elle est comme membraneuse et terne; tantôt elle ressemble cà une épaisse gelée transparente ; mais toujours elle a été décrite comme n'ofTrant aucune différence quant à sa forme générale, toujours elle a été jusqu'ici observée avec deux orifices, percés, l'un, à l'une des extrémités, l'autre sur les côtés du corps plus ou moins régulièrement ovoïde que représente l'Ascidie. La position respective des orifices est constamment semblable, mais leur distance varie beaucoup. Il faut aussi remarquer que presque toutes les espèces, sauf quelques exceptions, se fixent en soudant leur tunique sur les rochers ou sur les corps sous-marins; et il peut se faire encore que tout l'extérieur de cette tunique vivante sécrète une humeur agglutinative qui fasse adhérer à sa surface les débris des corps étrangers placés dans le voisinage. Les deux orifices existant toujours sans exception comme deux pavillons, comme deux étendards tout reconnaître les Ascidies qu'on ne distinguerait souvent pas sous la couverture qu'elles se sont faite avec des débris de coquilles ou de plantes marines de toutes sortes. De ce court tableau très-résumé de l'organisation d'une Ascidie, il ressort que le type de ces animaux est parfaitement reconnaissable, et qu'il n'est pas possible de le confondre en quoi i[ue ce soit avec celui des autres Mollusques. III Il était nécessaire de rappeler les dispositions générales qui précèdent, parce que dans l'animal dont il va être question on rencontre certaines analogiesavec les Acéphales Lamellibranches, qui sont cependant très-distincts des Ascidies. Il sera main- tenant plus facile de faire sentir les différences ou les analogies en comparant le nouvel être soit aux uns, soit aux autres. Le test des Lamellibranches, du moins des animaux apparte- 298 H. LACAZE-DLTUIRRS. liant à ce groupe tel qu'il est limité aujourd'hui, est presque toujours bivalve. Si l'on rencontre des espèces ayant plus de deux pièces fondamentales dans leur coquille, c'est qu'il y a eu addition de parties nouvelles et supplémentaires, souvent de parties modifiées et comme morcelées, qui peuvent toujours se rapporter aux parties importantes et fondamentales. Dans toutes les Ascidies connues, on ne trouve, au contraire, rien qui rappelle, même de très-loin, l'organisation d'un groupe quelconque de cette grande division des Mollusques. Il va sans]dire qu'ici il n'est question que de ces dispositions organiques secon- daires qui déterminent les coupes également secondaires du groupe général : car, au point de l'ensemble, les Ascidies ont les caractères de l'embranchement, et sont à nos yeux de véri- tables Mollusques. Leur tunique, uniforme à peu près dans toute son étendue, est contractile ; quand on la touche, elle revient fortement sur elle-même. Or. le] type que le présent mémoire a pour but de faire con- naître offre ceci de remarquable , ([ue la tunique est presque entièrement cartilagineuse, sauf dans une partie de son étendue, 011 elle présente soit une épaisseur insignifiante, soit une inter- ruption complète, ce qui entraîne une forme tout à fait spéciale et caractéristique ; or cette forme est à ce point différente de celle qu'on est habitué à rencontrer dans les Ascidiens, que les naturalistes, auxquelsj'ai montré le portrait du nouvel animal, ont d'abord supposé qu'il devait y avoir eu erreur de ma part, et que probablement ou devait le rapporter à un groupe très- défini des Mollusques acéphales bivalves , c'est-à-dire aux Lamellibranches, L'étude de l'organisation ne peut laisser le plus léger doute : l'animal dont il est ici question est bien certainement une Ascidie, mais une Ascidie dune forme particulière; et comme les naturalistes ne paraissent pas l'avoir encore connu, il est nécessaire de le désigner par un nom particulier et d'en faire un genre nouveau. SUR UN GENRE NOUVEAU d'aSCIDIEN. 299 Je le dédie à M. Chevreul, directeur du Muséum, dont les travaux sans nombre touchent à toutes les branches des sciences. Je serais heureux que cette dédicace pût être considérée par le savant illustre auquel elle s'adresse comme le témoignage de l'admiration que m'ont causée son amour pour la science et ses labeurs si patiemment, si philosophiquement conduits ; puisse- t-elle être aussi regardée comme une marque de la vive et pro- fonde reconnaissance que je ressens pour l'accueil sympathique et bienveillant que j'ai reçu du savant doyen et directeur du Muséum. Je nommerai donc le genre dont la description va suivre CHEVREULIUS, et comme l'espèce est encore unique et n'a été rencontrée que dans les eaux de la Galle, je lui donnerai le nom spécifique de CALLENSIS. Il n'est pas douteux que cet animal ne se trouve dans bien d'autres localités de la Méditerranée. Mais, n'ayant pas eu l'oc- casion de draguer ailleurs que dans les eaux dont la Calle est le centre, je ne puis assigner que cette localité comme étant habitée par cette espèce. IV Le genre Chevreulius diffère totalement des autres genres des ÏUNiciERs et plus particulièrement desAsciDiENs; un opercule qui ferme comme un clapet l'extrémité supérieure de sa tunique lui donne un caractère tout spécial. On pourrait par un mot le caractériser. 11 forme au milieu du groupe des AscmiENS un type particu- lier : il est une Ascidie bivalve. Reste à savoir comment la disposition que rappelle ce mot peut être réalisée; s'il y a ici quelque analogie entre ce que va nous présenter ce type et les Acéphales, c'est ce que nous allons étudier. Avant de faire la description du Chevreulius, il est important •^00 a. LACAZE-DLTUIERS. de signaler ce fait que jamais, à la base des individus observés ou sur leurs côtés, on n'a trouvé de bourgeons ou de stolons qui, ainsi que cela se voit chez les Clavelines, multiplient les ani- maux et en forment des colonies en les groupant, ce qui leur a valu le nom, dans ce cas, d'AscioiES sociales ou composées, donné par Savigny et Milne Edwards. Le Chevreulius est une Ascidie simple, etsi sa tunique, vers sa base, envoie des prolongements, ce n'est que pour les insinuer dans les tissures des rochers et prendre plus d'adhérence en pénétrant au milieu des inégalités qui les portent. La forme générale du Chevreulius peut être représentée par une portion de cylindre, le plus souvent aplatie ou concave sur l'un de ses côtés, sur celui qui s'adosse contre le rocher qui le porte. Dans les dessins qui accompagnent cette description, on trouvera une figure (1) qui montre un individu adossé à une Thécidie. Les mouvements de la valve (2) supérieure du Brachiopode se sont opposés à la soudure de la paroi du cylindre qui semble un peu excavé de ce côté. Des deux valves, l'une, plus irrégulière, est adhérente aux corps sous-marins ; l'autre est à peu près perpendiculaire à l'axe même du cylindre que représente l'enveloppe tout entière et se détache en mode de valve ou clapet, puis fait un angle droit avec sa première position (3) en se relevant. La tunique est lisse, d'une couleur un peu jaune, qui varie beaucoup avec les différents individus et qui, cependant, rappelle un peu la corne blond jaunâtre ; quelquefois un glacis de teinte chaude terre de Sienne s'ajoute dans les plis formés dans les angles qu'ont soulevés les corps sur lesquels l'animal s'est fixé. L'épaisseur du test est uniforme dans toute son étendue, mais elle n'est pas considérable. Sa consistance rappelle celle d'un car- (4) Aim. des se. nat., Zool., 5' série, t. IV, pi. 5, fig. 3 (j-). (2) Voy. ibid. (t). (3) Voy. ibid.. liy. 2, 3, à.{i/i/>/) VnUc cpii se redresse comme le couvercle d'une tabatière. SUR UN GENRE NOUVEAU d'aSCIDIEN. ^Ot- tilage lamellaire; aussi, relativement à ce qu'on observe dans la plupart des Ascides, il y a ici une notable différence. Quand on prend, entre des pinces ou les doigts, une tunique de Chevreu- lius, on éprouve, relativement aux proportions et à la forme de 1 objet, une résistance assez grande; sous la pression lenveloppe résiste et repousse le doigt par son élasticité. On a vu que l'un des caractères des Ascidies, le plus essen- tiel peut-être, est la présence de deux orifices garnis de festons ou découpures avec points oculiformes. Lorsque le Chevreulius est fermé (1), on ne voit rien qui puisse faire soupçonner ce caractère ; mais dès qu'il entre-bâille et soulève sa valve supérieure, on aperçoit (2) au milieu d'un tissu blanc deux orifices qu'au premier abord on pourrait ne pas reconnaître pour ceux d'une Ascidie. Mais bientôt, quand la valve qui se soulève est devenue tout à fait perpendiculaire (3) à sa première position et que l'animal s'épanouit, il est facile de voir que chaque orifice présente les caractères de ceux que l'on rencontre d'une manière si constante chez tous les Ascidiens. Toutefois, il ne faut pas se le dissimuler, ces orifices pour- raient, à la rigueur, ne pas être suffisants pour caractériser seuls fanimal, puisque, dans quelques Lamellibranches, on voit les lobes du manteau à ce point soudés, qu'il existe à peine un orifice en avant pour laisser passer le pied ; quelquefois même la sou- dure est complète, et il n'y a plus alors que deux tubes offrant en apparence une grande analogie avec ceux des Ascidiens; puisque l'un porte l'eau dans la cavité respiratoire, et que l'autre conduit le résidu du fluide respiratoire à l'extérieur quand il a traversé la branchie. C'est même là la première observation qui m'a été faite quand j'ai montré mes dessins sans les accompagner de figures anato- miques assez nombreuses. (1) Voy. Aiiii.des si:, nat,, Zool., 5' série, t. IV', pi. 5, fig. 1. (2) Voy. ibid., fig. 2 ol 4. (a) Orifice supérieur, (o) orifice latéral. (3) Voy. ibid., fig. 2. 302 B. LACAZE-DU'rillEilBS. Il me paraît cftpendant certain que lorsque l'on a yu et sufti- samment étudié les Ascidies, la première impression que l'on éprouve en observant le Chevreulius bien ouvert est celle que produirait un Ascidien. Rien, dans la disposition, la forme des tubes, ne peut faire croire à l'existence d'un Lamellibranche ordinaire, dont le manteau serait soudé. La nature de la mem- brane, la position des orifices, rien ne ressemble à ce que pré- sentent les Lamellibranches normaux. Que dire de la transparence des tissus, de la direction entre- croisée des paquets de fibres musculaires qui n'ont aucune symé- trie, par rapport à un plan médian, de l'apparence d'un grillage qui a fait donner le nom de thorax à une partie du corps, en raison même d'une certaine ressemblance entre les bandes trans- versales de la cavité respiratoire et les côtes des animaux supé- rieurs; tout, jusqu'à une tache blanche (1) qu'on peut observer par transparence entre les deux orifices, conduit à une diagnose certaine quand déjà l'on a connaissance du plan de l'Ascidie. Cette tache blanche que, vaguement, on voit au travers des parois molles du corps, est le seul centre nerveux de ces ani- maux; elle seule permettrait presque de dire à coup sûr: voilà une Ascidie. Mais, en pénétrant plus profondément dans l'organisme, il ne reste pas le plus léger doute sur la nature de cet être. Si l'on enlève, par exemple, une portion de la tunique ('2), vers la partie inférieure adhérente aux corps sous-marins en avant, c'est-à-dire à l'opposé de la charnière, on tombe sur une mem- brane mince qui cache le sac interne criblé de petits orifices, et en dégageant celui-ci, on reconnaît tout de suite la grande poche branchiale. On trouve donc ici la succession, indiquée plus haut, de trois tuniques concentriques et emboîtées les unes dans les autres. (1) Ann. des st. nal,, Zool,, 5« série, t. IV, pi, 5, %. 2 {n,n). ('l) Voy. ibùL, fig-. U. Tunique (a), partie inférieure adhérente. SUR UN GENRE NOUVEAU d'aSCIDIEN. 303 Cette poche descend plus bas de ce côté du corps de l'animal que du côté de la charnière ; eUeest terminée, en haut, par un ré- trécissement, une sorte de pédicule qui lui donne la forme d'une poire un peu obliquement courbée, et qui s'attache à l'orifice supérieur, à celui qui est placé à la gauche de l'observateur, en face de qui FAscmiEN est placé quand il présente son côté opposé à la charnière (I). C'est, par conséquent, l'orifice qui correspond à celui qui ter- mine en haut l'ovoïde plus ou moins allongé que représente le corps de toutes les Ascidies que l'on retrouve ici. En bas, on voit sur la face qu'on peut appeler antérieure, pour orienter la description, une masse glandulaire ('2) de laquelle semble se dégager l'intestin (3), Celui-ci est comme soudé, appliqué à lasurface du sac, et s'ouvre dans une cavité (/i) qui, elle, est sous la seconde enveloppe, et qui s'ouvre à l'orifice latéral, à celui que l'observateur a à sa droite en regardant le Chevreulius dans la position indiquée (5). Il suffirait de cette description pour caractériser suffisamment un Ascidien. Mais continuons. Si l'on enlève l'animal de son test, et si on le considère par la face qu'on peut appeler postérieure, c'est-à-dire par celle qui correspondà la charnière, on ne voit plus directement la poche branchiale, parce que l'on a sous les yeux une partie de la seconde enveloppe plus épaisse et traversée en sens divers par des paquets de fibres musculaires qui masquent la cavité placée au-dessous d'elle, et où s'ouvrent à la fois le .canal excréteur de la reproduction et l'extrémité postérieure du rectum (6). (1) Voy. Ann. des se. nat.^ Zool., 5* série, t. IV, pi. 5, fig. ti. B. Braiichie; (a) son orifice d'entrée, {p) cavité péribranchialc où viennent s'ouvrir Tintestin (') et les or- ganes rcprodiuteurSi (2) Voy. ibid. (g), (3) Voy. ibid. (i). {à) Voy. ibid. ip). (5) Voy. ibid., lig. 2 et lig. 4 (Je). (6) Voy, ibid.[i>). 30^ H. LACAZE-DrilllERS. Si l'on fend cette enveloppe, on arrive sur les parois de la branchie, et l'on rencontre bientôt le tube digestif auquel s'accole le canal excréteur de la glande génitale. La CAvité qui entoure la branchie ne peut pas communiquer avec l'extérieur par l'orifice supérieur; elle s'ouvre, d'ailleurs, au dehors par l'orifice latéral, de sorte que l'eau qui a pénétré par l'orifice supérieur et traversé le grillage branchial doit tomber dans son intérieur, et en sortir par son orifice propre, entraînant avec elle les fèces et les produits de la reproduction. Il est impossible de ne pas reconnaître ici tous les caractères d'une Ascidie. Sur le bas du corps, dans la position oîi est l'animal quand on l'a ainsi dépouillé, du côté de la charnière, la masse viscérale se montre bien plus étendue que sur la face antérieure. Le tube digestif {i ) descend sur les côtés de la poche et se perd au milieu des acini glandulaires; dans la courbe qu'il décrit et au-dessus de lui (2) se place l'estomac, dont les parois, alternati- vement plus épaisses et plus minces, paraissent striées longitudi- nalement; cette apparence est due à l'état glandulaire de ses parois et aux plis ou bourrelets longitudinaux que forme la muqueuse qui les tapisse. Du côté gauche de l'observateur est placé un tube court, c'est l'œsophage, qui s'ouvre dans le fond de la cavité branchiale par une bouche (3) sans lèvres, véritable infundibulum béant qui reçoit toutes les particules alimentaires que lui apportent les cou- rants respiratoires, courants déterminés par les cils vibratiles de la surface de la cage ou cavité branchiale. Au milieu de cette masse glandulaire se trouve aussi le cœur, organe si singulier et si simple qui , ainsi que l'a montré M. Milne Edwards, se contracte tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. (1) Voy. Ann. ites se. nat., Zool., 5« série, t. IV, pi. 5, fig. 5. (i). (2) Voj. ibùf. (p). (3) Voy. ibid. (b). SUR UN GKNUE NOUVEAU d'aSCIDIEN. 305 Labranchie desAscmiENS présente une disposition toute spé- ciale, toute particulière. Elle est constituée par des tubes de deux ordres : les uns, longitudinaux, sont parallèles (1) à l'axe médian de la poche qu'ils forment; les autres, d'un diamètre un peu moindre (2), unissent les premiers assez régulièrement et trans- versalement, en faisant avec eux des angles droits. Quand on re- garde cette sorte de treillage, à un faible grossissement, on s'aper- çoit très-aisément qu'il n'y a point de membrane fermant chacun de ces petits orifices. Cela devait être, puisque la respiration ne s'accomplit que par le passage de l'eau au travers des mailles. Mais, suivant les genres, on voit des plis longitudinaux ou des papilles qui s'avancent dans la cavité de la branchie, et augmen- tent, cela est facile à comprendre, l'étendue de la surface respirante. Savigny a même tiré des caractères spécifiques et géné- riques de la présence et de la forme de ces appendices, papilles, lamelles, ou plis, qu'on voit dans l'intérieur de cet organe de la respiration. Ici, en face des séries de tubes transversaux, qui unissent ceux, plus gros, se dirigeant de l'oritîce extérieur vers la bouche, on remarque qu'ils naissent (5) de petites lamelles minces, à bords ondulés, plus ou moins étendues, qui, si elles ne se présentent pas quelquefois en face de chacune des séries de tubes, sont cependant régulièrement disposées vers le milieu de la hauteur de la branchie. Je ne voudrais pas assigner une importance trop grande à l'existence de ces lamelles, carie genre qui nous occupe est encore unique, ainsi que l'espèce ; et pour apprécier la valeur d'un carac- tère, il est nécessaire de l'avoir comparé dans plusieurs espèces ou plusieurs genres. Mais je devais signaler leur présence. La forme et la disposition des orifices méritent aussi une description spéciale. (1) Voy. Ann. des se. nat.y Zool., 5* série, t. IV, pi. 5, lig. 6 (5). (2) Voy. ibid., {>■). (3) Voy, ibid., (s). 5* série. Z(hil, T, IV. Caliior 11" 5., * 20 L'orifice supérieur présente sept festons bien marqués, et entre chacun d'eux existe un point d'un joli rouge carmin (1). L'ouverture latérale ne présente que six festons et deux points oculiformes (2). Ces renseignements doivent être consignés ici, car ils fourni- ront, sans aucun doute, quand on trouvera d'autres espèces, des caractères propres à les faire distinguer. Il nous reste maintenant une question importante à examiner. Comment le Chevreulius ferme-t-il et ouvre-t-il sa tunique cartilagineuse? Par quel mécanisme bâille-t-il? Y a-t-il dans le mécanisme de ses mouvements quelque analogie avec ce qui s'observe chez les Acéphales lamellibranches ? On sait que, dans ces derniers animaux, les deux valves de la coquille sont al)solument séparées et distinctes l'une de l'autre ; qu'elles sont unies par une partie membraneuse qui maintient dans un rapport constant l'engrenage des dents de la charnière, et que, entre ces dents et la partie de la coquille leur ré- pondant, existe un tissu éminemment élastique,' dont la posi- tion, la forme, l'étendue sont extrêmement variables. En outre, un ou plusieurs muscles traversant le corps des animaux de part eu part, et s'insérant perpendiculairement cà la surface des valves, rapprochent parleur contraction les deux moitiés de la coquille. Quant à l'écartemenl ou bâillement, son mécanisme est des plus simples. Voici comment il s'accomplit: Le tissu élastique est comprimé entre les deux parties de la coquille, quand lesmuscles agissent^ absolument comme le serait une pièce de caoutchouc placée entre le battant et le cadre d'une porte que l'on chercherait à fermer. Les efforts pourraient, en compi'imant le caoutchouc, l'emporter un moment et permettre de fermer la porte ; mais dès que l'action directe cesserait, le (1) Ann.ffessc. nat., Zool., 5* série, t. IV, pi. 5,fig. 2, à, 5 (aaa). 2) Voy. ihki.. 'ooo). SUR UN GtNRK NOUVEAU d'asCIDIKN. 307 roi'ps (Ma.sti([iic, l'jprenaiit sou volume primitif, chasseiait, par son élasticité, la porte, qui n'éta'i maintenue que par une force active et puissante. On peut donc dire que, dans les Acépliales lamellibranches, le bâillement est entièrement passif et aban- donné à l'action d'une pelote élastique, et que l'occlusion est essentiellement active et produite par des muscles. Eu est-il de môme pour le Chevreulius? D'abord il ne semble pas y avoir une charnière proprement dite, et par conséquent discontinuité entre le couvercle, ou valve supérieure, et la partie inférieure. La première se continue directement avec la partie qui forme le pourtour de la seconde. Dans sa position uoiinale, cette lamelle valvaire doit se relever et se placer perpendiculairement à la section du cylindre que représente le corps pris dans son ensemble, et cela par l'action de son tissu, qui est, comme il a été dit, très-élastique. Ainsi donc, ici, l'opercule est soulevé par l'action directe de son élasticité propre : l'animal bâille passivement, dès que l'activité musculaire cesse; mais, pour que l'occlusion ait lieu, il tant que des organes actifs, c'est-à-dire des muscles, tirent la valve connue chez les autres Lamellibranches. On trouve, en effet, de chaque côté de la commissure qui unit les deux moitiés du test, un muscle fort et formé de faisceaux de fibres qui, quoique courtes, sont bien propres à agir et à forcer le clapet à s'abaisser et à vaincre la résistance de sou élasticité. Si l'on voulait coujparei', au point de vue du nombre des puissances, le Chevreulius aux âcéphalks lamellibranchks, on pourrait dire, comme pour la Moule, par exemple, qui a deux muscles, qu'il est un Dimyaires, par opposition à l'Huître et au Pecten, qui n'en ont qu'un, et sont dits Monomyaires. Sur les animaux conservés dans l'alcool, ces faisceaux muscu- laires deviennent durs et nacrés ; chaque paquet de fibres est distinct de son voisin. jVIais il suffit de considérer les animaux par la face posté- rieure, pour voir combien il y a de différence entre le type qu 308 n. LACAVIË-DUTHIERS. nous occupe ici, et un Lamellibmuehediniyaire. Dans ce dernier, l'un des muscles est en arrière de la bouche, et l'autre en avant de l'anus. Voilà des rapports constants, et lorsqu'il n'y a qu'un seul agent moteur, on le trouve placé dans la concavité de la courbe décrite par le tube digestif, comme, par exemple, dans les Pecten, les Oslrea. Ici lien de semblable : les deux orifices de la tunique (jui répondent aux orifices de l'appareil digestif, mais d'une manière éloignée, n'ont aucun rapport avec les muscles; ils sont l'un et l'autre placés en dedans d'eux. Nous avons maintenant à indiquer quelle différence existe entre la tunique du Chevreulhis et celle des autres Ascidiens. Voici la question qu'il serait utile de résoudre : La tunique est-elle interrompue suivant une ligne que repré- senteraient les deux bords lilwes des deux valves (1); et lorsqu'il y a bâillement, est-ce la seconde enveloppe générale du corps, la véritable, qui se trouve ainsi mise à nu sur une grande éten- due. En un mot, la tunique externe serait-elle incomplète dans un certain point, et se réunirait-elle ici à l'enveloppe de l'ani- mal par le pourtour d'une grande fente, au lieu de se refermer jusqu'à la iiauteurde chacun des orifices, comme il n'est pas dou- teux que cela existe chez les Ascidies ordinaires? On pourrait certainement répondre affirmativement à cette question, et trouver des raisons en faveur de l'opinion qu'elle contient. Mais, cependant, si la tunique et l'enveloppe placées au-dessous l'une de l'autre sont distinctes d'une manière absolue, on devrait trouver deux lamelles dans la partie qui vient d'être indiquée : or, c'est chose difficile à dire ; il faudrait que, dans tout l'espace représenté par les membranes minces et blanches au milieu desquelles on voit les i\(iu\ orifices, le test ou la tunique coriace fut excessivement miiu e et accolée à la seconde mem- brane, celle qui forme le second sac. (1) Voyez, Ann. sciences nat., Zooi , 5^ bérie, t. IX, pi. 5, fig. 1 et 3, la ligne qui fcinble séparer l.i valve supérieure du reste du test. SUR ux nrxRR nouvrau d ascidiex. 30') Cette manière d'interpréter les choses permettrait peut-être de mieux et plus facilement comprendre les dispositions que l'on vient d'étudier. On ne peut oublier, en effet, que ce serait une bien grande exception au plan général des Ascidies, que de voir cette tunique cartilagineuse, interrompue sur une aussi grande étendue que celle que mesure l'écartement des deux valves. Aussi, peut-être, est-il préférable, bien que les démonstrations ne soient pas suffi- santes, d'admettre provisoirement, lorsque l'animal se retire et contracte ses muscles, que c'est la partie amincie du test coriace qui cède, ploie et permet le recouvrement des parties les unes par les autres. Toutefois les dissections étant difficiles, les objets petits et délicats, je désire faire toutes mes réserves. Car, pour lever tous les doutes, il eût fallu un bien plus grand nombre d'individus que je n'en ai eu à ma disposition ; il en eut fallu de plus grande taille, comme on en rencontrera certainement en cherchant avec soin. VI En résumé, d'après les faits qui précèdent, il n'est pas pos- sible de pouvoir se refuser à admettre que, parmi les Ascidiexs, il n'existe deux types très-caractérisés. L'un, qui correspond à toutes les AscmiES connues, et chez lequel l'enveloppe coriace n'offre aucune particularité permet- tant de le rapprocher des Mollusques bivalves. L'autre, qui n'est encore représenté que par un genre et une espèce, le CHEViiEULlUs GALLE mis, et qui deviendra, sans aucun doute, le chef de fde d'une nouvelle série d'AsciDiENS à test bivalve. On trouvera ici une preuve nouvelle, s'il était nécessaire d'en donner, de cette inépuisable variété de moyens aussi simples qu'efficaces employés par la nature pour produire des organismes en apparence différents, ({iioiqne cependant identiques, et qui, oJO H. I.VCAZE-IIMKIF.RS. par leur forme, semblent désigner des êtres tout à fait dislincts et éloignés. Ici quelques fibres musculaires sont surajoutées aux deux côtés d'une partie amincie; celle-ci cède sous l'action de leur raccourcissement, et une moitié de l'enveloppe devient mobile sur l'autre, elle se rabat se ferme, comme une valve : voilà, sans doute, un opercule fait à bien peu de frais et qui n'en est pas moins d'une efficacité parfaite. Ne voit-on pas, par exemple, une pince se produire par le simple allongement de l'un des ar- ticles de la patte d'une Écrevisse? Pour cela, il suffit que l'avant- dernière division, en s'allongeant dans un point, devienne oppo- sable à l'autre; il n'y a point là création d'un organe nouveau, à proprement parler, il y a seulement modification légère d'une partie qui cependant conduit à une fonction nouvelle. On remarquera encore combien les notions d'anatomie sont venues ici donner de force et de précision à la fixation de la nature de cet animal. Il eût été peut-être possible, en ne considérant ([ue l'exté- rieur, de soutenir qu'on avait affaire à un Acéphale bivalve lamellibranche dont la coquille serait restée cartilagineuse, ne se serait point imprégnée de sucs et de dépôts calcaires, et dont le manteau , entièrement soudé par ses bords, ue présenterait plus que deux orifices. Mais en face des faits les plus généraux qu'une étude ])Oussée seulement jusqu'au point nécessaire pour avoir une démonstration, il semble difficile de pouvoir rester un instant dans le doute ; tout prétexte même d'indécision disparaît par la connaissance des organes. C'est un fait aujourd'hui acquis à la science des animaux. Il n'est plus possible d'étudier et de trouver les rapports des êtres sans les secours de l'anatomie et de la physiologie. Bien peu d'années cependant nous séparent encore de l'époque où l'on voyait, en France, sourire presque de pitié les anato- misteset les zoologistes de profession, quand on leur parlait de faire les classifications à l'aide de données organographiques et embryogéniques. SLR UN GENRE NOUVEAU d'aSCIDII: V. oll Les temps sont bien changés, et le ridicule que Ion voulait rejeter sur la nouvelle méthode anatomo-physiologique retombe aujourd'hui entièrement sur les détracteurs d'autrefois. Les pro- grès sont tels, que de nos jours les jeunes naturalistes formés à cette nouvelle école s'étonnent qu'on ait jamais pu doutei' de la nécessité des données anatomiques et physiologiques pour arri- ver aune détermination précise des classes et même des espèces. Je n'ai jamais oubhé les critiques qu'un anatomiste éminenl faisait devant moi cà ce sujet, il y a maintenant plus d'une quin- zaine d'années. Nous avions travaillé dans le môme laboratoire, et n'avions pas tardé à nous trouver en désaccord sur plusieurs points de vue, non-seulement delà méthode d'observation, mais encore de la philosophie naturelle. « Gomment admettre qu'un organe transitoire de sa nature, » comme Yallantoùle, puisse être pris pour servir à la classifi- » cation et à caractériser un groupe ? J'ai peine à comprendre » qu'un zoologiste ait songé à faire figurer cet organe embryon- » naire, d'une existence éphémère, dans une classification qui a » pour but de représenter la position relative des êtres dans leur » état parfait. » Cette critique prouvait simplement qiie le savant anatomiste ne se doutait pas de la portée de ses paroles, et qu'il ne voyait qu'un seul côté de la zoologie, celui-là même qui ne représente plus la science moderne , et qui consiste dans l'étude pure et simple du caractère extérieur; il soutenait, peut-être sans s'en douter, une opinion qui déjà avait conduit, par son exagération, un auteur bien célèbre à de graves mécomptes. Cuvier a dit : « Pour que chaque être puisse toujours se » reconnaître dans le catalogue, il faut qu'il porte son caractère » avec lui ; on ne peut donc prendre les caractères dans des pro- » priétés ou des habitudes dont l'exercice soit momentané, » mais ils doivent être tirés de la conformation (1). » Si l'on suit dans la classification, de point en point, la marche qu'indique le grand naturaliste, on tombe dans des erreurs sem- (1) Règne nnwuif, IsTUomcnoii, t. I, p. 9. DITIIII<;RH. II Fabius Coloiina, le premier, avait indiqué l'existence de l'or- gane propre aux Janthines sous le nom de spuma carlilaginea. Cuvier constata que cet organe n'avait aucune connexion anato- mique avec le corps. « Il est attaché, dit-il, à la partie posté- » rieure du pied, à peu près au-dessous de l'endroit où se trouve » l'opercule des autres genres. Je penserais même assez volontiers » que c'est un vestige d'opercule qui éprouve, dans sa forme et » dans son tissu, des changements pareils à ceux que la Nature » nous fait observer dans tant d'autres de ses productions (1). » Nous reviendrons sur la dernière idée, qui ne me paraît pas entièrement juste. Cuvier, évidemment, n'avait pas observé l'animal vivant. Son travail avait été fait sur des individus con- servés dans r esprit-de-vin. « L'organe n'a point de communication directe avec l'inté- » rieur du corps, c'est un simple appendice des téguments. Et il » ne paraît pas que l'animal puisse à son gré le vider ou le rem- » plir d'air ; il peut seulement le conqDrimer en le faisant ren- » trer dans la coquille, ou l'abandonner à son élasticité naturelle, » en le laissant sortir (2). » J'ai pu voir des animaux épanouis et contractés, fortement contractés même, comme ceux que la mer avait roulés sur la grève, et il n'est pas possible d'admettre que la mousse rentre entièrement dans la coquille ; elle y suit la Janthino qui se retire, mais elle n'y est point introduite comme une partie de l'or- ganisme. Toutes les opinions s'expliqueront aisément quand nous aurons montré quelle est l'origine réelle de ce ludion curieux. On verra combien l'op.nion de Bosc (3), déjà critiquée avec juste raison par Cuvier (h), était erronée, quand il disait que (1) Voy. Cuvier, Mémoires pour servir à l'hittoire et r) /'nnnfonu'e {Im Mollusques {Mémoire sur la Janthine et la Pliasinnelle, p. 4). (2) Voy. ibicl. (3) Voy. Bosc, Coquilles, t. IV, p. Hi. (4) Voy. CiiTier, lor. cit., p. 5. COM^P\T LES JANTIllNI'S FONT LEUR FLOTTEUR. 8"^1 Y animal absorbe r air de ses vésicules el qu il les enfle à volonlé. Du reste , Cuvier ajoute « cette assertion de Bosc n'est » qu'une supposition, et non un fait constaté par des expériences » directes, » La présence môme de l'organe n'avait pas paru chose abso- lument nécessaire au célèbre naturaliste, qui dit formellement : a Tous les individus n'ont pas cet organe : j'en ai trois qui n'en » montrent aucun vestige. » Bory Saint-Vincent avait, dans ses voyages, observé, sans aucun doute, la Janthine vivante ; aussi il dit : «Je ne me suis » point aperçu que l'animal eiU la faculté de le vider ou de le » remplira volonté et avec promptitude (J). »Le même observa- teur ajoute qu'il a vu des Janthines « dans lesquelles l'organe avait » été écrasé ou emporté aux trois quarts, sans qu'elles parussent » avoir souffert. » Et Cuvier, qui cite cette opinion, observe que « sa nature est en effet telle, que les Janthines qu'on en » priverait de force n'éprouveraient probablement d'autre gène » que celle qui résulterait de la difficulté de se rendre à la sur- » face de l'eau. » Tout cela est en rapport avec la nature anatomique, c'est-à- dire avec l'indépendance du tissu et du ludion, mais non avec son origine et sa nature. Aussi, quand Cuvier ajoute : « Mais, j'ai lieu de croire qu'il y en a aussi qui en sont privées naturel- lement » , il fait une supposition, et son opinion exprime le doute quand il cherche à en donner l'explication. Ainsi, il invoque l'âge et la saison pour expliquer son absence : « J'ai lieu de » croire qu'il y en a aussi qui en sont privées naturellement, soit » qu'il ne se développe qu'à un certain âge ou dans une certaine » saison ; et mon motif est que je n'ai pu apercevoir aucune cica- » trice, aucun reste de cette partie dans les individus qui en » manquent et que je possède. » Toutes les fois qu'une opinion n'est pas basée sur des faits positifs, elle embarrasse jusqu'à son auteur qui cherche lui-même (1) V'oy. Bory Saint-Yincciit, Voyages, t. I, p. 241. 332 n. L4CAze-niiTHiER8. il en donner l'explication, et à trouver des raisons qui fassent oublier les côtés faibles par où elle peut être attaquée. Le docteur Coates a confirmé les vues deCu\ier(l), et montré qu'il n'y avait aucune relation anatomique entre le corps et le flotteur. Il a trouvé aussi que celui-ci était entièrement sécrété par le pied, et que lorsqu'une portion est enlevée, le dommage est rapidement réparé. Le dernier auteur qui se soit occupé du flotteur de la .Tan- thine est M. Adams(2); son travail n'est pas ancien, il date seulement de trois ans. 11 renferme des faits nombreux qui sont parfaitement exacts, et qui prouvent que l'auteur a observé l'animal vivant. « Le flotteur est attaché, dit-il, à la surface supérieure de » l'extrémité caudale du pied, où ce qui paraît être des follicules «^mucipares lui donne une apparence striée (3). » Quand l'animal est affaibli ou mort, le flotteur se détache » promptement, car il n'existe pas de connexion organique entre » lui et le pied. » Cette opinion fort exacte revient toujours, et tous les obser- vateurs qui ont vu de près les choses arrivent à la même con- clusion que Cuvier. Quant à l'origine du flotteur, M. Adams est moins positif : «Les » vésicules sont formées probablement (probably) de la même » manière que l'écume mousseuse de la petite larve verte d'un » Homoptère que l'on voit sur les arbrisseaux dans le printemps, » et qui dans le Hampshire est habituellement appelée cracliat de (1) Voy. Journal ofthe Academy of Natural Sciences of Philadelphia, vol. IV. (2) Voy. Adams, On the Animal and float of Janthina, p. 417 {Ann. and Mag. of Nat. History, ser. 3, vol. X, 1862). (3) Voy. ibid., loc. cit., p. 419. «The float isattached to tlie undcr surface of the » caudal end of the foot, where what appears to bc the muciparous follicles gives it a a striated appearance » « When the animal is wcakly on dead, the float readily becomes detached, for » there is no organic connexinn bctween il aiid the foot » COMMl'NT LES JANTHINES FONT LEUR FLOTTKLR. 333 » Coucou [Cuckco-spil) . Lorsqu'une portion est séparée, le flot- » teur est agrandi vers l'extrémité du pied de l'animal, et il n'est » point reproduit dans la partie coupée (1). » 11 faut s'entendre : on verra qu'il peut être réparé dans le point qui a été détruit, mais que cela dépend tout à fait de la place qu'occupe ce point. « Avec des ciseaux affilés et pointus, j'ai fait des inci- » sions dans le flotteur, et reconnu que l'air s'échappe ; que les » animaux descendaient graduellement et restaient hors d'état » de pourvoir à leur besoin, au fond des vases. Pendant tout le » reste de la vie des animaux, les flotteurs n'étaient pas régé- » nérés ou refaits ('2). » J'appelle l'attention, d'une manière toute particulière, sur ce passage, qui indique un fait très-exact, et que j'invoquerai en faveur de l'opinion qui va être soutenue. Enfin, M. Âdams remarque que les parties crépitantes conti- nuent à flotter jusqu'à ce que l'air qu'elles renferment s'échappe peu à peu et qu'elles s'affaissent; qu'enfin, les flotteurs broyés dans un mortier se réduisent promptement en mucosité. Telles sont les observations qui ont été faites sur le flotteur de la Janthine. III Voici maintenant les faits que j'ai constatés, et d'où je tire les conséquences qu'on va trouver dans cet article. D'abord, je fus frappé de voir que toutes les Janthines (1) Voy. Aduins, loc. cit., p. 419. « Tlie \csidcs are probably forrned in thc » saine mauuer as thc frotliy spuuic of llit- littlc giccn Homoplerous larva whicli is sccu » on buslies in thc spring, anil which, in Hampshirc, usually gocs by thc namc of » ''Guckoo-spit". Whcn a portion is eut oiï, the float is enlargcd at thc end ncxt thc » foot of the animal, and is not regcncratcd at tiie cxriscd part. » (2) Voy. ibid., loc, cit., p. 419 : « Witii a pair of sharp-pointcd .scissors 1 made inci- » sions into thc floats, and allowcdUic air to escapc, when thc animais gradually des- » cended, and remaincd hclplcss at the bottom ofthcvessel; tlic floats were notrcgc- » ncratcd or rcnc>vcd diiring the peried liu' animale rcmaiiicd alive » ?>bll II. LU izt:°i>Lriiii:R<^. dépourvues absolument do bulles aéi'iennes restaient au fond de l'eau, bien qu'elles fussent parfaitement vivantes; que quelques- unes des plus vivaces rampaient, quoique difficilement, avec leur pied contre les parois des vases, arrivaient jusqu'à la surface, là se renversaient en arrière, mais le plus souvent sans pouvoir parvenir à reconstruire leur flotteur ; enfin retombaient lourde- ment au fond de l'eau. Je ne les ai jamais vues nager, comme on voit tant de Mol - Jusques le faire, en dilatant et contractant alternativement leur pied. Peut-être, en pleine mer, les choses se passent-elles autre- ment, je ne saurais le dire ; mais tout semble indiquer que la coquille et laoimal ont un poids qui ne leur permet pas de flot- ter sans un ludion, et il faut ajouter que les Janthines restées au fond de l'eau y meurent assez rapidement. On a vu que M. Adams dit : « Que lorstju'on a crevé leur » flotteur, les animaux restent au fond des vases, hors d'état de » pourvoir à leurs besoins (1). » Les efforts que faisaient les animaux, soit pour revenir à la surface, soit probablement pour reconstruire leur flotteur sans y réussir, me donnèrent l'idée de les placer dans des conditions différentes qui me paraissaient devoir être celles qu'ils cher- chaient. J'avais d'abord essayé de me rendre un compte exact de la constitution de la mousse, et j'avais, comme les auteurs précé- dents, reconnu bien vite qu'aucune relation organique n'existait entre elle et le corps ; qu'elle était simplement fixée et adhé- rente au pied, et que, par conséquent, l'air qu'elle renfermait, ne pouvant être le produit d'une sécrétion, devait avoir été empri- sonné, enfermé mécaniquement dans les vésicules. Ce qu'il fallait donc chercher, c'était le moyen ou le mécanisme par lequel l'animal avait pu introduire la bulle dans chaque vésicule. Le flotteur est assez régulièrement formé : les cellules qui le (1) Voy. Adams, /vc. cit., p. /Ji9 ; « And rcmaiiicd liclpless at the bottom of the 1) wesscl. » COMMENT LES JANTHINES FONT LEUR ri.OTTEUU. 535 composent sont polyédriques, par suite de la compression réci- proque qu'elles exercent les unes sur les autres ; mais elles sont toujours parfaitement sphériques dans celle de leur partie qui reste libre. Gela se voit, par exemple, très-bien sur toutes les vésicules du pourtour de l'oi'gane, sur le dessus, ou bien et surtout sur les cellules qui viennent d'être faites. Du reste, dans la disposition de ces vésicules, il y a un ordre très-marqué; elles forment des lignes presque droites, allant d'une extrémité à l'autre de la masse, dont la plus grande éten- due en longueur est dirigée d'avant en arriére. En observant attentivement l'extrémité antérieure, c'est-à- dire celle qui est la plus voisine de la tête, on peut compter exactement le nombre et reconnaître d'une manière positive le volume, la forme et les rapports de ^es cellules ou vésicules ter- minales. On peut alors suivre et juger ce ([ui arrive quand l'ani- mal travaille à restaurer ou à augmenter son flotteur. Le pied est bien distinctement partagé en deux parties diffé- rentes : l'une, postérieure, lapins grande, est plane, c'est elle qui donne insertion au flotteur; l'autre, antérieure, est arrondie en avant, creusée en dessous d'un canal qui change de forme à chaque instant, par suite du reploiement de ses bords en dessous (1). C'est la partie mobile antérieure qui construit le flotteur. Voici comment. On la voit d'abord s'allonger en avant, puis se redresser et se porter en haut, aller à gauche ou à droite, et embrasser dans sa concavité, en se moulant sur elle, l'extrémité antérieure du (1) Il faut alti'ibucr un sens net et précis aux mots (Hsiis d (/cs;so;is, afni do s'en- tendre dans les dcscriptiuns. La Janthinc qui nage appcndue sous son flotteur, est renversée comme une Liniuéo qui nage en rasant la surface de l'eau avec la face inférieure de son pied. Donc, lorsque l'on dit la face inférieure du pied, on entend parler liu pied qui serait dans la position naturelle, et quand, dans la pln-asc précédente, il est dit « le pied est en dessous creusé d'un canal», cela se rapporte à la position de lanimal supposé redresse rampant sur le pied. Car si l'on prenait la position sous le flotteur d'une manière absolue, ce serait la face supérieure qu'il faudrait dire;. On n'oubliera donc pas que le sens des mots dessus et dessous se rapporte non à l'animal renversé, mais à l'animal supposé dans la position noi'malc des Gastéropodes. 336 II- râCAZE-DVTIIItK^. flotteur. Dans ses mouvements d'élongation, cette partie du pied prend souvent la forme d'une petite massue, surtout quand elle s'élève au-dessus de l'eau (1). La position du pied sur l'extrémité antérieure du flotteur a été signalée par M. Adams. Mais ce qu'il importe surtout de bien suivre, c'est la succession des mouvements ou manœuvres de la partie antérieure du pied, quand elle sort de l'eau et se rapproche du flotteur. On voit d'abord le pied s'allonger pour sortir de l'eau dans une direction presque opposée à celle du flotteur; puis l'animal le porte en haut et le rend saillant au-dessus du liquide. A ce moment, l'organe présente vers son extrémité comme un godet ; il se creuse en canal, en rapprochant en dessous ses deux bords et recroquevillant un peu sa partie anté- rieure (2). Tous ces mouvements se suivent sans interruption, ainsi qu'on le pense bien ; mais on peut cependant, sans difficulté, en obser- ver la succession. Lorsque le pied est sorti de l'eau, l'animal le rapporte en arrière i}^), en lui faisant décrire un arc de cercle qui l'éloigné de la tête et le rapproche du flotteur. Mais, en môme temps, il le recourbe de telle sorte que la gouttière et le godet, qui étaient tournés vers le ciel, deviennent inférieurs. Alors cette extrémité du pied enferme sous elle une certaine quantité d'air, comme un verre ou une cloche renversée que l'on plongerait sous l'eau ; ou bien encore comme ces Araignées et ces Insectes aquatiques qui, remontant à la surface de l'eau, descendent en emportant sous leur abdomen une bulle d'air pour la placer dans leur nid au milieu des plantes aquatiques. Dans cette position, le pied s'approche de plus en plus du som- met du flotteur, et c'est alors ([u'on le voit s'étaler et glisser dou- (1) Voy. A)in. des se. mil., Zooi.., 5*: série, pi. 15, riy. 1, 2, 3 (p,p,p). (2) Voy. ibid., flg. 2 (p). L'organe vient de sortir de l'eau et va décrire la courbe qui le rapportera en arrière. (3) Voy. ibid., (ig. 2 (/<) . Dans cette (igure, une bulle d'air (b) a été dessinée peut- être trop in;;riiiito, mais elle est destinée *Mi iiiw».»' leit ^.Tottii'tiï cam^iKrtt^. /;«'/. /^/ni- i ^ 7 ,1,1 Vir>^ inmtii M/i.r /nf v^/.f.v,//rM ovy '■■/ ' '• T--# n .//„,/.,„,„• y,. /„ rn,/,„:M ,:/,„„„„„ • III- .l.,,,,,,,,,,. ,,,. /„ /;„,/„„„„ ,./.„„„„„ ,„„. d ,^:c^t^H~Mà^ B^&^ù^i^' "^WHjSi^^ ./«« .f^€ .C»»,- *«? .r.Vrth: x^i. n^f). n. , ■■i^-T^f'- o " ■- J J, . "8 o Hfî imm V. J„„/,.„i,r ,/,■ /„ /;„/.„■/,„ ,/„„,/„/„ . z.„ ' • 7 # ^ "" n "^ .*-• ^«.Ci,>*, -«• ,l-.ft r.>mf4f r/-^3\ ^\ ¥Mi ^\-. S - "^ ^ ^ J l-i «J ¥. - «*"4\ '^' ffir/fl^/il-tl/ltt/l ^,-J- Air'l'tf.T //'*V7 />l/>f,^- ^^Jd '-•'-"--'•— ^W /l'mr 4 /■/ . \ / "^hMm rv. ~'frui~ 4it\.t -iiiftn- . mt/ . S' Sorte /.,.^f r.,mc i /'/ . Hii'-iT '^.'^'V-' •"^J'fïQ j(7 j lO'j/rjaa m '■?-( /y,i//f/tr ,/4\! J,ifi/Âi^f.r O'i'/f t/at /.ùi ZooJ.TA.PLJVL «>».. *-\ imk ., ^f k'iuiii i^mp (l'ivoirn fn.ssilr irmivpV /Uns '.m giscmcri!. ossiférc du Pch '/.oo! 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